La Fédération LNF devient désormais : « Fédération Loge Nationale Française-René Guilly »

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Dans un communiqué daté du 21 septembre 2026 et adressé « aux obédiences amies », la Fédération Loge Nationale Française annonce compléter son nom pour devenir la Fédération Loge Nationale Française-René Guilly. Un ajout de trois mots qui, loin d’être cosmétique, ferme provisoirement un dossier ouvert depuis huit ans : celui de la filiation légitime avec l’obédience fondée en 1968 par l’historien René Guilly.

Ce qu’annonce le communiqué

Le texte est bref mais dense (voir ci-dessous). Trois points structurent l’annonce :

D’abord, le geste lui-même : « pour afficher encore plus clairement son identité », la Fédération adopte l’intitulé complété. Ensuite, sa légitimation : la démarche a été menée « en plein accord » avec Évelyne Guilly, fille du fondateur, que celui-ci avait désignée comme son « exécutrice testamentaire perpétuelle exclusive en tous points » pour tout ce qui touche à la franc-maçonnerie — une clause testamentaire que le communiqué cite directement. Enfin, sa motivation : les membres de la Fédération disent avoir eu « le sentiment que, depuis quelque temps, l’héritage de René Guilly faisait l’objet de tentatives de captation s’accompagnant de travestissement de sa pensée ».

Le communiqué se conclut sur une note d’apaisement : la Fédération « se tiendra à distance de toute polémique » et entend seulement « entretenir les meilleures relations avec toutes les composantes de la grande famille maçonnique française ».

Qui était René Guilly

René Guilly

René Guilly naît à Paris le 27 juillet 1921, dans une famille bourgeoise républicaine — son père était médecin et libre-penseur — et meurt le 11 juin 1992. Formé aux lettres et marqué par Jean Giono, il commence sa carrière comme journaliste au quotidien Combat, où il couvre la vie parisienne et la critique d’art, avant de bifurquer vers l’histoire de l’art : assistant de Germain Bazin au Louvre, il devient ensuite conservateur en chef des musées de France et professeur titulaire à l’École du Louvre.

Sur le plan initiatique, il est reçu au Martinisme en 1961 sous le nom d’ordre « Sâr Athanasius Indagator ». Mais c’est sa contribution à l’histoire maçonnique qui a marqué durablement le paysage français : il a dépouillé plus de 900 rituels et environ 2 000 documents d’archives pour la Bibliothèque nationale de France sur une période de six ans, travail qui a fait de lui l’un des historiens de référence sur les rituels et les rites français. Il fonde en 1970 la revue Renaissance Traditionnelle, toujours publiée aujourd’hui sous la direction de Roger Dachez à l’Institut Maçonnique de France. Ses articles, rassemblés à titre posthume, ont donné trois ouvrages de référence : Les Pierres de la Franc-maçonnerie (1995), Les Deux Grandes Colonnes de la Franc-maçonnerie (1997, réédition 2011) et Les Trois Grands Piliers de la franc-maçonnerie (2011).

1968 : la fondation de la Loge Nationale Française

Le 26 avril 1968, trois loges traditionnelles issues de la Grande Loge Nationale Française (Opéra) — Jean-Théophile Désaguliers et Fidélité à Paris, James Anderson à Lille — s’associent pour fonder un nouveau corps maçonnique sous l’impulsion de René Guilly : la Loge Nationale Française. L’objectif affiché est de « restituer aussi fidèlement que possible les usages et l’esprit d’une Maçonnerie conforme à ses principes d’origine », dans un cadre fédératif plutôt qu’une Grande Loge hiérarchique classique — la LNF n’a jamais eu de Grand Maître.

Cette philosophie est fixée en 1969 dans un texte de référence : la Charte de la Maçonnerie traditionnelle libre, qui affirme l’attachement à la foi en Dieu, Grand Architecte de l’Univers, et bannit toute activité politique, sociale, économique ou financière en loge. René Guilly anime l’obédience jusqu’à sa mort en 1992 ; celle-ci lui survit et, sans jamais dépasser quelques dizaines de loges, se fait connaître pour l’exigence de ses travaux — un lieu de formation prisé y compris par des maçons appartenant par ailleurs aux grandes obédiences françaises.

2018 : la fusion et la question de la gouvernance

Le tournant se joue en 2018. Lors d’assemblées générales extraordinaires — le 3 février pour la Loge Nationale Mixte Française (LNMF, fondée quelques années plus tôt) et le 21 avril pour la LNF — les deux obédiences votent leur fusion et donnent naissance aux Loges Nationales Françaises Unies (LNFU), constituées en association loi de 1901. Les loges conservent leur rattachement d’origine (LNF ou LNMF) mais la nouvelle structure adopte un Grand Maître, présenté par les LNFU elles-mêmes comme un choix destiné à donner « une plus grande incarnation, d’identité visible » à l’ensemble.

C’est précisément ce point que conteste le communiqué de la Fédération LNF : selon son récit, la fusion, présentée comme un projet d’ouverture à la mixité, se serait en réalité accompagnée d’un basculement de gouvernance — de la collégialité voulue par René Guilly à une administration centralisée entre les mains du Grand Maître, les débats entre pairs cédant la place à une gestion directive. Les LNFU existent toujours aujourd’hui, structurées autour du site fmtl.fr (l’acronyme même de la Franc-Maçonnerie Traditionnelle Libre), avec la LNF et la LNMF comme entités constitutives.

2021 : la reconstitution de la Fédération Loge Nationale Française

Contestant cette évolution, un groupe de membres quitte les LNFU et reconstitue en 2021 la Fédération Loge Nationale Française, avec l’intention explicite de renouer avec la LNF des origines. Parmi les fondateurs figurent, selon le communiqué, certains des plus anciens compagnons de route de René Guilly ainsi que plusieurs anciens dignitaires de la LNF, dont un ancien président de son Conseil national.

La Fédération se présente aujourd’hui comme une structure délibérément minimale — « pas de grand maître ni de titres pompeux » — privilégiant l’autonomie des loges et la qualité initiatique sur la croissance numérique. Elle revendiquait, en 2025, 25 loges, dont quatre consacrées exclusivement à l’étude et à la recherche, pratiquant plusieurs rites (Français Traditionnel, Écossais Rectifié, Émulation, Écossais Ancien et Accepté). Le 25 janvier 2025, l’Alliance des Loges Symboliques (ALS) — dont plusieurs loges avaient par le passé appartenu à la LNF — l’a rejointe, un rapprochement présenté comme un retour aux sources autour d’une doctrine commune, la « Règle en sept points » de l’ALS faisant écho à la Charte de 1969.

Le rôle d’Évelyne Guilly

Chapitre de Recherche René Guilly

La caution apportée par Évelyne Guilly donne au geste sa portée symbolique. Le communiqué rappelle qu’elle a été désignée par son père comme son exécutrice testamentaire exclusive pour tout ce qui touche à la franc-maçonnerie, avec pour mission de veiller à ce que ses héritiers « rest[ent] fidèles aux authentiques traditions maçonniques de spiritualité ». C’est dans ce cadre qu’elle a rejoint la Fédération avec sa propre loge, fondée en 1970 en parallèle de la création de la LNF, et qu’elle a accompagné la démarche de complément de nom.

Sa présence est récurrente dans la vie de la Fédération : elle intervenait déjà le 23 mars 2024 à La Rochelle, lors d’une journée d’hommage à son père qui avait réuni plus de 80 frères et sœurs issus de 23 loges et sept obédiences, aux côtés de témoins comme Bernard Dat, et d’historiens comme Pierre Mollier et Paul Paoloni.

Un héritage disputé, au-delà de la seule Fédération

Le communiqué évoque des « tentatives de captation » de l’héritage de René Guilly sans les nommer, mais le contexte plus large éclaire cette inquiétude. La figure de Guilly est aujourd’hui revendiquée par plusieurs courants du paysage maçonnique français bien au-delà de la seule Fédération : le Grand Chapitre Général Opéra, au sein de la Grande Loge Traditionnelle et Symbolique Opéra, a ainsi consacré en mars 2026 un chapitre de recherche portant son nom, s’inscrivant dans la continuité du chapitre Jean-Théophile Désaguliers fondé par Guilly en 1963. Ce geste avait suscité, dans nos colonnes, un débat sur la question de savoir si l’héritage de Guilly pouvait être revendiqué par une seule école ou devait rester un bien commun de la recherche maçonnique. Le complément de nom adopté par la Fédération LNF s’inscrit dans ce même climat d’attention croissante — et parfois concurrente — portée à la mémoire de l’historien, quinze ans après le numéro spécial que Renaissance Traditionnelle lui avait consacré.

Ce que change, et ce qui ne change pas

Sur le plan formel, rien ne change dans le fonctionnement de la Fédération : ses statuts, sa structure fédérative sans Grand Maître, ses 25 loges et ses rites pratiqués demeurent identiques. Ce qui change, c’est l’affichage : en associant explicitement le nom de René Guilly à sa dénomination officielle, la Fédération Loge Nationale Française entend couper court à toute ambiguïté sur qui, des différentes structures nées de l’histoire mouvementée de la LNF depuis 1968, se réclame le plus directement de la Charte de la Maçonnerie traditionnelle libre et de son fondateur — sans pour autant, dit-elle, vouloir en disputer le monopole.

Oui, la pièce jointe apporte un élément important qui mérite d’entrer dans la chute, car il donne à la démarche une dimension institutionnelle que le texte actuel ne fait pas suffisamment apparaître. Je te propose de remplacer la fin par ceci :

Une clarification portée directement auprès des obédiences

Roland-Tevels-president-du-tribunal-de-commerce-de-Saintes.-©-Credit-photo-photo-S.-J

L’affaire ne s’arrête d’ailleurs pas à la publication d’un communiqué. La Fédération Loge Nationale Française-René Guilly a choisi de porter elle-même cette clarification auprès d’une partie significative du paysage maçonnique français. Dans un courrier daté du 21 septembre 2026, signé par Roland Tevels, président du Conseil national, elle explique que l’adjonction du nom de René Guilly vise à « préciser la réalité de ce que nous sommes » et réaffirme que sa référence demeure la Charte de la Maçonnerie Traditionnelle Libre, présentée comme porteuse de l’héritage spirituel du fondateur. Surtout, Roland Tevels inscrit explicitement cette démarche sous le signe de la concorde, souhaitant qu’elle soit entendue comme un message adressé aux Frères et aux Sœurs des différentes obédiences. Accompagnement modèle (1)

Ce courrier papier a ainsi été adressé à huit obédiences françaises : le Grand Orient de France (GODF), la Grande Loge de France (GLDF), la Fédération Française du DROIT HUMAIN (FFDH), la Grande Loge Féminine de France (GLFF), la Grande Loge Mixte de France (GLMF), la Grande Loge Mixte Nationale (GLMN), la Grande Loge Mixte Universelle (GLMU) et la Grande Loge Traditionnelle et Symbolique Opéra (GLTSO). Le choix est significatif : plutôt que de laisser le changement de nom circuler comme une simple information interne, la Fédération a souhaité en expliquer directement le sens aux principales familles maçonniques auxquelles elle entend s’adresser.

C’est peut-être là que se situe finalement l’enjeu véritable. Ajouter « René Guilly » à une dénomination n’est pas seulement inscrire un patronyme sur un papier à en-tête. C’est revendiquer publiquement une continuité, mais aussi accepter qu’elle puisse être interrogée, confrontée aux textes, à l’histoire et aux autres héritiers d’une œuvre qui dépasse désormais ceux qui s’en réclament. La lettre de Roland Tevels dit vouloir éviter toute polémique et privilégier la concorde. Il faudra donc prendre cette intention au mot : l’héritage de René Guilly ne se mesure peut-être pas à celui qui en possède le nom, mais à ceux qui demeurent fidèles à l’exigence de recherche, de liberté et de tradition vivante qu’il avait placée au cœur de son œuvre maçonnique.

Et, au fond, c’est sans doute la plus belle manière de garder un héritage vivant : non pas le mettre sous cloche, mais continuer à le travailler.


Sources

communiqué officiel

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Charles-Albert Delatour
Charles-Albert Delatour
Ancien consultant dans le domaine de la santé, Charles-Albert Delatour, reconnu pour sa bienveillance et son dévouement envers les autres, exerce aujourd’hui en tant que cadre de santé au sein d'un grand hôpital régional. Passionné par l'histoire des organisations secrètes, il est juriste de formation et titulaire d’un Master en droit de l'Université de Bordeaux. Il a été initié dans une grande obédience il y a plus de trente ans et maçonne aujourd'hui au Rite Français philosophique, dernier Rite Français né au Grand Orient de France.

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