La GLFF fait entendre sa voix contre les violences sexuelles : un soutien maçonnique à la “loi intégrale”

Gardez cet article avec vous
Emportez-le partout en PDF, gardez-le pour toujours — et soutenez une presse libre et indépendante.
+ frais de traitement
Vous avez un code promo ?

Logo GLFF

La Grande Loge féminine de France ne s’est pas contentée d’un soutien de principe : dans un communiqué clair et engagé, elle a pris position en faveur de la “loi intégrale” portée par la coalition féministe et enfantiste, au moment où le débat public se trouve relancé par le meurtre de la jeune Lyhanna. L’obédience féminine affirme qu’il faut désormais penser ensemble la prévention, la protection, la justice, l’accompagnement et la réparation pour faire reculer durablement les violences faites aux femmes et aux enfants.

Ce positionnement, relayé par Le Parisien, donne à voir une parole maçonnique rarement exprimée avec une telle netteté sur un enjeu de société aussi brûlant. La GLFF, première obédience maçonnique féminine et non mixte, ne se place pas ici dans un simple registre de solidarité symbolique : elle soutient une architecture globale de lutte contre les violences sexuelles et sexistes, qu’elle considère comme un levier puissant pour enrayer ce qu’elle décrit comme un continuum de domination masculine.

Une prise de position très assumée

violences faites au femmes

Le communiqué publié le 3 juillet 2026 à Paris ne laisse guère de place à l’ambiguïté. La GLFF dit “afficher son soutien” à la loi intégrale et s’aligner sur un projet transpartisan nourri par l’expertise du terrain, la parole des victimes, les savoirs professionnels et la recherche. Dans son texte, l’obédience insiste sur un point essentiel : les violences faites aux femmes et celles faites aux enfants ne doivent pas être pensées séparément, car elles relèvent d’une même matrice de domination.

Cette articulation entre violences conjugales, violences sexuelles et protection de l’enfance est au cœur du communiqué. Pour la GLFF, l’enjeu n’est pas seulement de punir davantage, mais de changer d’échelle dans la manière de prévenir, d’entendre, de protéger et de réparer. Le vocabulaire est celui d’une refondation : il ne s’agit plus d’empiler des mesures, mais de refaçonner le cadre de réponse collective.

Le poids des mots

Le communiqué emploie des formules fortes, comme “puissant levier” ou “continuum de domination masculine”, qui traduisent une lecture structurelle des violences. La violence n’est pas présentée comme une succession de cas isolés, mais comme un phénomène social profond, alimenté par des mécanismes culturels, institutionnels et relationnels. Cette manière de nommer les choses donne au texte une densité politique qui dépasse le simple message de soutien.

La présidente, Liliane Mirville, ajoute une dimension morale et civique à cette prise de parole. Elle rappelle que “la protection des femmes et des enfants est l’affaire de tous” et souligne qu’il existe des faits que l’on “ne parvient plus à oublier une fois que le bruit médiatique se tait”. Dans cette phrase, tout est dit du ressort du communiqué : ne pas laisser retomber l’émotion, ne pas banaliser, ne pas détourner le regard.

Une parole maçonnique cohérente

GLFF, rue du couvent

Cette prise de position s’inscrit dans la continuité de l’identité revendiquée par la GLFF. L’obédience rappelle qu’elle est une organisation maçonnique féminine, indépendante, adogmatique et apolitique, fondée en 1945 et forte aujourd’hui de près de 14 000 membres répartis dans 455 loges. Elle met en avant une démarche initiatique et humaniste, attachée à la laïcité, à l’émancipation des femmes et à l’égalité des droits.

Le mot “apolitique” mérite ici d’être lu avec précision. La GLFF ne dit pas qu’elle se tient à l’écart des grands sujets de société, mais qu’elle n’adhère à aucun parti. En revanche, elle revendique pleinement le droit, voire le devoir, de prendre position sur des questions touchant à la dignité humaine, à la justice, à l’égalité et à la protection des plus vulnérables.

Dans cette logique, la lutte contre les violences sexuelles n’apparaît pas comme une sortie de terrain inhabituelle, mais comme une conséquence directe de ses valeurs. L’obédience affirme d’ailleurs que de nombreuses franc-maçonnes s’engagent déjà dans des associations de défense des droits des femmes et des enfants, ce qui renforce la cohérence entre engagement maçonnique et militantisme associatif.

La loi intégrale en discussion

assemblée nationale
Assemblée nationale (Palais Bourbon)

Le communiqué soutient un texte élaboré par une coalition d’environ 150 associations féministes, syndicats, juristes, défenseur(es) des droits humains et expert(es), qui ont formulé 140 propositions. La logique est celle d’une réponse intégrée, couvrant tout le cycle de la violence : prévenir, protéger, juger, accompagner, réparer.

Cette approche tranche avec des politiques souvent perçues comme fragmentées. Elle répond à une critique récurrente des associations : la difficulté d’obtenir des réponses coordonnées entre l’école, la police, la justice, le secteur médico-social et les services de protection. En soutenant cette loi intégrale, la GLFF se place donc du côté d’une réforme d’ensemble, fondée sur la continuité de l’action publique.

Un contexte chargé d’émotion

Le communiqué intervient dans un climat particulièrement sensible, relancé par le meurtre de la jeune Lyhanna, mentionné par Le Parisien. Ce contexte donne à la parole de la GLFF une résonance immédiate, parce qu’il associe la réponse institutionnelle à un fait tragique qui a ravivé l’indignation. Dans de telles circonstances, les prises de position ne sont jamais neutres : elles disent autant la réalité du terrain que l’état de la conscience collective.

Ce qui frappe, dans le texte de la GLFF, c’est l’effort pour convertir l’émotion en exigence politique. Là où beaucoup de déclarations publiques se limitent à la compassion, l’obédience choisit de lier la compassion à des outils concrets. Elle suggère que la mémoire des victimes n’a de sens durable que si elle produit des transformations réelles.

Une lecture humaniste

Bâtir le Temple de l’Humanité

L’intérêt du communiqué tient aussi à sa dimension profondément humaniste. La GLFF ne se contente pas de condamner les violences : elle insiste sur le regard, l’écoute, les moyens des professionnels et la responsabilité du collectif. En filigrane, le texte pose une question simple et exigeante : comment une société peut-elle se prétendre fraternelle si elle laisse s’installer des violences répétées contre les femmes et les enfants ?

Cette dimension collective est essentielle. La présidente évoque non seulement les institutions, mais aussi le voisinage, les regards attentifs, les relais de terrain et les moyens donnés aux professionnels. Autrement dit, la GLFF rappelle que la prévention n’est pas uniquement une affaire de loi : elle dépend aussi du tissu social, de la vigilance ordinaire et de la capacité à prendre au sérieux les signaux faibles.

Ce que révèle ce communiqué

Au fond, ce texte dit beaucoup de la manière dont une obédience féminine peut intervenir dans l’espace public sans renoncer à sa singularité maçonnique. La GLFF n’emploie pas un langage confessionnel, ni un discours partisan, mais une parole structurée par la responsabilité, la transmission et la recherche du juste. Elle parle à la fois comme institution initiatique et comme actrice civique.

Cette double position est intéressante, parce qu’elle montre que la franc-maçonnerie féminine ne se limite pas à un espace de réflexion interne. Elle peut aussi servir de caisse de résonance à des combats considérés comme essentiels à la dignité humaine. Ici, la défense des femmes et des enfants n’est pas périphérique : elle devient un prolongement direct de l’éthique maçonnique revendiquée par l’obédience.

Une parole qui compte

La GLFF choisit donc de ne pas laisser le débat aux seuls politiques, aux seules associations ou aux seuls experts. En prenant position publiquement, elle ajoute sa voix à un front large qui souhaite faire de la lutte contre les violences sexuelles et sexistes une priorité de fond, et non une réaction intermittente aux drames.

Ce soutien à la loi intégrale marque une étape notable dans la visibilité publique de l’obédience. Il confirme que la GLFF entend rester fidèle à sa devise implicite : former des femmes libres, initiées et engagées, capables de porter dans la cité une parole exigeante sur les grands enjeux contemporains.

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici

Articles en relation avec ce sujet

Titre du document

DERNIERS ARTICLES