1975-2025 : Les 50 décisions qui ont coulé la France – Anatomie d’un déclin français

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Il est des livres – ou, ici, des rapports – qui ne demandent pas seulement à être lus, mais à être discutés, contestés, médités. 1975-2025 : Les 50 décisions qui ont coulé la France, publié par l’Institut Thomas More, appartient à cette catégorie.

Sir Thomas More

Document assumé, charpenté, parfois brutal dans ses formulations, il propose une lecture fortement critique d’un demi-siècle de vie publique française. Son ambition est claire : remonter le fil des décisions politiques qui, selon ses auteurs, auraient progressivement affaibli l’État, l’école, la souveraineté, la transmission, la justice, la santé, l’industrie, la démocratie locale et jusqu’à l’idée même de nation.

Pour le lecteur maçonnique, attaché à la liberté de conscience, à l’examen rationnel, à la construction patiente du temple intérieur comme du temple civique, l’intérêt d’un tel texte n’est pas d’y chercher une vérité révélée, mais d’y entendre une interpellation : qu’avons-nous fait de la République reçue en héritage ?

L’Institut Thomas More, un laboratoire d’idées libéral-conservateur

Thomas More’s Utopia in Th. Martens edition (1516)

Fondé en 2004, l’Institut Thomas More est un laboratoire d’idées basé entre Paris et Bruxelles. Il se présente comme un think tank libre et indépendant, à la fois centre de réflexion, d’action et de formation, inscrit dans une sensibilité libérale-conservatrice. Son nom renvoie à Thomas More, humaniste, homme d’État, auteur de L’Utopie, figure complexe où se croisent conscience morale, exigence politique et fidélité spirituelle.

Cette référence n’est pas anodine

Thomas More incarne à la fois l’imaginaire politique, la méditation sur la cité idéale, le rapport exigeant entre conscience individuelle et pouvoir, mais aussi les tensions propres à toute pensée qui veut unir ordre, justice, foi, raison et gouvernement des hommes. En choisissant cette figure tutélaire, l’Institut Thomas More revendique une approche qui ne se veut pas seulement technocratique, mais aussi civilisationnelle, culturelle et politique.

J.-T. Lesueur

Dirigé par Jean-Thomas Lesueur, historien de formation, diplômé d’un DEA d’histoire moderne de l’université Paris IV-Sorbonne, l’Institut travaille notamment sur les questions institutionnelles, européennes, économiques, migratoires, éducatives, culturelles et démocratiques. Jean-Thomas Lesueur en fut d’abord directeur des études avant d’en prendre la direction générale en 2007. Sous son impulsion, le think tank s’est structuré autour de chercheurs, d’experts et de contributeurs qui entendent intervenir dans le débat public par des rapports, notes, propositions et analyses à forte dimension programmatique.

Sa ligne intellectuelle est clairement située

Elle relève d’un courant libéral-conservateur assumé, attaché à la souveraineté nationale, à la transmission, à l’autorité de l’État, à la critique de certains effets de l’intégration européenne, à la maîtrise des flux migratoires et à une vision exigeante de l’identité culturelle.

Ces orientations suscitent adhésions, réserves ou oppositions selon les sensibilités

Elles expliquent aussi la visibilité médiatique de l’Institut, régulièrement présent dans les débats les plus sensibles de la vie publique française. Il convient donc de lire ses productions pour ce qu’elles sont : non comme des études neutres détachées de toute orientation, mais comme des contributions argumentées, engagées et idéologiquement situées.

C’est précisément cette identité intellectuelle qui donne au rapport sa force, mais aussi ses limites. Le lecteur doit savoir depuis quel lieu parle le texte, afin de mieux en mesurer la portée, les angles morts, les intuitions et les partis pris.

Un rapport de combat plus qu’un simple bilan

Coordonné par Jean de Belot, Tarick Dali et Jean-Thomas Lesueur, ce rapport de 112 pages, publié en juin 2026, se présente comme un acte de diagnostic avant un programme de redressement. L’Institut Thomas More entend y examiner cinquante années de décisions publiques, de 1975 à 2025, en les replaçant dans une chronologie politique précise. Le projet est explicitement orienté vers l’échéance présidentielle de 2027 : il ne s’agit pas d’un exercice universitaire neutre, mais d’un document d’intervention intellectuelle et politique.

La méthode est simple : cinquante dates, cinquante décisions, dix grands thèmes

L’école, l’immigration, la fiscalité, les retraites, la justice, l’Europe, la santé, la décentralisation, l’énergie ou encore les institutions sont ainsi passés au crible. Le rapport ouvre avec la loi Haby de 1975 instituant le collège unique et s’achève avec le programme EVARS sur la sexualité à l’école en 2025. Entre ces deux bornes, il déroule une histoire française du déclassement, du renoncement et de la dépossession.

Le lecteur trouvera donc successivement le regroupement familial, le numerus clausus, l’impôt sur la fortune, les lois Defferre, la retraite à 60 ans, le décret Lang, l’abrogation de la loi Peyrefitte, l’Acte unique européen, le RMI, la loi Jospin, Maastricht, Schengen, les 35 heures, le quinquennat, la loi SRU, l’euro, la tarification à l’activité, le principe de précaution, Lisbonne, les ARS, la loi pénitentiaire, le mariage des couples de même sexe, la loi Taubira, la cession d’Alstom, la loi NOTRe, la suppression de la taxe d’habitation, la fermeture de Fessenheim ou encore la loi Climat et résilience.

Une thèse centrale : la France n’aurait pas été victime du destin, mais de ses propres choix

La force du rapport tient à son fil directeur. Les auteurs ne disent pas seulement que la France va mal. Ils soutiennent que son affaiblissement procède d’une accumulation de choix politiques identifiables. Autrement dit, le déclin n’est pas fatalité, mais conséquence.

Le rapport combat l’idée d’une France seulement emportée par la mondialisation, les mutations technologiques, les crises énergétiques, les transformations démographiques ou les contraintes européennes. Ces facteurs existent, bien sûr, mais ils n’expliqueraient pas tout. À en croire les auteurs, la France aurait surtout aggravé ses propres fragilités par des décisions contraires à ses intérêts de long terme.

Cette thèse donne au texte son unité : la France aurait voulu plus d’égalité et obtenu moins de transmission ; plus d’État et obtenu moins d’efficacité ; plus de protection et obtenu moins de responsabilité ; plus d’Europe et obtenu moins de souveraineté ; plus de droits et obtenu moins de cohésion ; plus de normes et obtenu moins de liberté.

On peut discuter cette grille de lecture. On doit même la discuter. Mais elle a le mérite de reposer une question fondamentale : une société peut-elle survivre durablement lorsque ses décisions publiques ne sont plus ordonnées par une vision du bien commun ?

L’école, premier chantier du déclin selon les auteurs

Le rapport accorde une place majeure à l’école. La loi Haby, la loi Jospin, la loi Peillon, le décret Lang et le programme EVARS sont traités comme autant de signes d’un basculement : l’école de la transmission aurait cédé la place à une école de l’égalitarisme, de l’adaptation, du pédagogisme et de l’effacement progressif des savoirs.

Le collège unique est présenté comme le premier acte d’un nivellement vers le bas. La critique n’est pas nouvelle, mais elle est ici replacée dans une histoire longue de la crise éducative française. Les auteurs dénoncent moins la démocratisation en elle-même que sa forme : une massification qui aurait abaissé l’exigence au lieu d’élever les élèves. Dans cette perspective, l’école aurait cessé d’être l’atelier où se taille la pierre brute de l’intelligence pour devenir un lieu d’accompagnement indistinct.

Cette partie parlera particulièrement aux lecteurs attachés à la transmission

La Franc-Maçonnerie sait que l’égalité n’est pas l’uniformité. Le niveau n’est pas l’écrasement des différences, mais l’instrument qui permet à chacun de s’élever. Une école qui renonce à transmettre ne libère pas : elle abandonne les plus fragiles au hasard social.

L’État social, entre protection et dépendance

Le rapport est très sévère avec l’extension de l’État social. La retraite à 60 ans, le RMI, les 35 heures, l’aide médicale d’État, la fin de l’universalité des allocations familiales ou encore la multiplication des dépenses publiques sont interprétés comme les symptômes d’un État qui promet toujours davantage sans en assurer durablement les conditions économiques.

Là encore, l’analyse est située. Elle vient d’une sensibilité libérale-conservatrice assumée. Elle pourra heurter les lecteurs plus attachés à la tradition sociale, solidariste ou républicaine de la France. Mais elle pose une question difficile : à quel moment la protection cesse-t-elle d’être émancipatrice pour devenir un système de dépendance, de dette et de déresponsabilisation ?

La note la plus intéressante du rapport est peut-être là : il ne nie pas la nécessité de protéger les plus vulnérables, mais il accuse la puissance publique d’avoir confondu protection et extension indéfinie du domaine administratif. Pour un esprit initiatique, la solidarité ne peut être réduite à un guichet. Elle suppose aussi devoir, réciprocité, dignité, responsabilité. Elle n’est pas seulement distribution ; elle est lien.

Europe, souveraineté et dépossession démocratique

Le rapport consacre plusieurs développements à l’Europe : Acte unique, Maastricht, Schengen, euro, traité de Lisbonne, directive « retour ». La thèse est limpide : la France aurait transféré des éléments essentiels de souveraineté sans obtenir en retour une véritable puissance européenne. Elle aurait accepté une Europe du marché, de la norme et du droit, mais non une Europe politique capable de protéger ses peuples.

Le traité de Lisbonne occupe ici une place particulière, parce qu’il est lu comme une rupture démocratique après le référendum de 2005. Les auteurs y voient l’un des ressorts majeurs de la défiance contemporaine : lorsque le peuple vote et que le pouvoir contourne, la parole démocratique se fissure.

Cette question mérite d’être prise très au sérieux. La démocratie ne vit pas seulement de procédures ; elle vit de confiance. Elle suppose que le citoyen puisse croire que sa voix pèse. Lorsque cette croyance se défait, le pacte civique devient fragile. La Loge, qui enseigne la parole réglée, l’écoute et le vote, sait combien une communauté ne tient que si chacun reconnaît la légitimité du processus commun.

Immigration, laïcité, islam politique : les pages les plus sensibles

Les pages consacrées à l’immigration, au regroupement familial, à l’affaire du foulard de Creil, à Schengen, à l’AME ou à la directive « retour » sont parmi les plus polémiques. Le rapport y développe une critique frontale de l’abandon de l’assimilation, de la montée du communautarisme et de l’incapacité de l’État à nommer l’islam politique.

Il faut ici lire avec discernement. La vigilance face à l’islamisme politique est une nécessité républicaine. La défense de la laïcité, de la liberté de conscience, de l’égalité entre les citoyens, de la séparation du religieux et du politique, n’est pas négociable. Mais cette exigence ne doit jamais conduire à confondre une religion, des croyants et des entreprises politico-religieuses. La rigueur républicaine exige la précision des mots.

C’est sur ce point que le lecteur maçonnique devra exercer son compas intérieur : séparer ce qui relève d’un diagnostic légitime sur la fragmentation civique de ce qui peut apparaître comme une généralisation excessive. La laïcité n’est pas une arme contre les consciences ; elle est l’espace commun qui permet à toutes les consciences de respirer.

Justice, sécurité, institutions : l’ordre républicain en question

Le rapport revient longuement sur la justice : abrogation de la loi Peyrefitte, nouveau code pénal, loi pénitentiaire, loi Taubira. Il y voit les étapes d’un affaiblissement de la peine, d’un décalage croissant entre sanction prononcée et sanction exécutée, et d’une perte de confiance du citoyen dans l’ordre judiciaire.

Là encore, le propos est vigoureux

Il s’inscrit dans une critique plus large de l’État : trop présent dans l’accessoire, trop faible dans l’essentiel. Trop normatif dans la vie quotidienne, trop impuissant dans ses fonctions régaliennes. Trop bavard, pas assez protecteur.

Ce renversement est au cœur du rapport : l’État français serait devenu obèse sans être fort. Il multiplierait agences, normes, dispositifs, comités, plans, rapports, mais peinerait à remplir ses missions fondamentales : instruire, protéger, soigner, juger, transmettre, défendre.

Les limites du rapport : une lecture puissante, mais parfois trop systématique

La principale qualité du rapport est aussi sa limite : tout y converge vers la démonstration d’un déclin. La chronologie devient parfois téléologie. Chaque décision est relue comme une marche descendante. Cela donne au texte sa force narrative, mais réduit parfois la complexité du réel.

Certaines décisions mériteraient d’être davantage contextualisées. Certaines politiques ont produit des effets ambivalents. Certaines réformes répondirent à de véritables attentes sociales. Certaines critiques gagneraient à distinguer plus finement les intentions, les résultats, les circonstances et les effets imprévus.

Le rapport est aussi très marqué idéologiquement. Il assume son camp, sa sensibilité, ses références. Ce n’est pas un défaut en soi, à condition de le savoir. Il ne faut donc pas le lire comme une somme définitive, mais comme une pierre posée dans un débat national. Une pierre anguleuse, parfois coupante, mais qui oblige à regarder l’édifice.

Pourquoi ce rapport intéresse aussi le monde maçonnique

À première vue, ce rapport n’est pas un ouvrage maçonnique. Il ne traite ni des rites, ni des obédiences, ni de l’histoire des Loges. Pourtant, il touche à plusieurs préoccupations essentielles de la tradition maçonnique : la transmission, la liberté, la responsabilité, la souveraineté de la conscience, la solidité des institutions, la laïcité, le lien fraternel, la capacité d’un peuple à se penser lui-même.

La Franc-Maçonnerie n’a pas vocation à se faire parti

lle n’a pas à épouser mécaniquement une lecture politique. Mais elle a vocation à former des êtres capables de penser. Or penser, c’est aussi accepter d’entendre ce qui dérange. Ce rapport dérange. Il accuse. Il classe. Il tranche. Il heurte parfois. Mais il remet au centre une question que nos sociétés préfèrent souvent éviter : que transmettons-nous réellement à ceux qui viennent après nous ?

La République n’est pas seulement un régime juridique. Elle est une architecture morale. Elle suppose des colonnes : l’école, la justice, la commune, la langue, la mémoire, la liberté de conscience, la responsabilité civique. Lorsque ces colonnes se fissurent, le temple commun vacille.

Un document à lire non comme un verdict, mais comme une alarme

1975-2025 : Les 50 décisions qui ont coulé la France n’est pas un livre apaisé. C’est un rapport d’alarme. Il est écrit dans une langue de combat. Il veut convaincre, parfois asséner. Il ne cherche pas le consensus. Mais il met en ordre une inquiétude française profonde : celle d’un pays qui doute de son avenir parce qu’il ne sait plus très bien ce qu’il veut transmettre.

On pourra contester la liste. On pourra refuser certaines analyses. On pourra juger certains titres trop abrupts. On pourra regretter que la complexité historique soit parfois ramenée à une causalité trop linéaire. Mais on ne pourra pas dire que le rapport n’oblige pas à réfléchir.

Pour 450.fm, l’intérêt est là : non dans l’adhésion, mais dans l’exercice. Lire ce rapport, c’est entrer dans une chambre de réflexion civique. On y trouve des mots sévères, des diagnostics sombres, des responsabilités nommées. À chacun ensuite, avec son équerre et son compas, de mesurer, de rectifier, de contredire ou de prolonger.

Car une nation, comme un initié, ne se relève jamais sans examen de conscience

Encore faut-il que cet examen ne devienne ni nostalgie, ni ressentiment, ni procès perpétuel. Le vrai redressement commence lorsque le diagnostic se transforme en œuvre, lorsque la plainte devient volonté, lorsque la mémoire cesse d’être un tombeau pour redevenir une source.

Dans le cas de 1975-2025 : Les 50 décisions qui ont coulé la France, cette identité éditoriale est essentielle à connaître. Le rapport n’est pas un ouvrage neutre, ni une enquête académique détachée de toute orientation. Il relève d’un diagnostic engagé, structuré par une certaine idée de l’État, de la nation, de la transmission, de la souveraineté et de la responsabilité. C’est pourquoi il doit être lu pour ce qu’il est : non comme une parole définitive, mais comme une contribution vigoureuse, parfois tranchante, au débat français.

Pour le lecteur Franc-Maçon, l’intérêt n’est pas d’y chercher un catéchisme politique, mais d’y exercer son discernement.

Car toute pierre apportée au chantier commun mérite d’être pesée, mesurée, éprouvée. L’Institut Thomas More propose ici une lecture sévère d’un demi-siècle français. À chacun, ensuite, d’en éprouver la justesse, d’en discuter les angles morts, d’en retenir les alertes, et peut-être d’y entendre cette question essentielle : une République peut-elle se redresser sans d’abord consentir à regarder lucidement ses propres renoncements ?

1975-2025 : Les 50 décisions qui ont coulé la France, rapport coordonné par Jean de Belot, Tarick Dali et Jean-Thomas Lesueur, Institut Thomas More, Rapport 36, juin 2026, 112 pages.

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Charles-Albert Delatour
Charles-Albert Delatour
Ancien consultant dans le domaine de la santé, Charles-Albert Delatour, reconnu pour sa bienveillance et son dévouement envers les autres, exerce aujourd’hui en tant que cadre de santé au sein d'un grand hôpital régional. Passionné par l'histoire des organisations secrètes, il est juriste de formation et titulaire d’un Master en droit de l'Université de Bordeaux. Il a été initié dans une grande obédience il y a plus de trente ans et maçonne aujourd'hui au Rite Français philosophique, dernier Rite Français né au Grand Orient de France.

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