P comme Porte en Franc-maçonnerie

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Glossaire de la franc-maçonnerie

La porte du temple est le seuil qui sépare le monde profane de l’espace rituel. Placée à l’Occident, entre les deux colonnes, gardée par le Couvreur, elle est franchie par le candidat lors de son initiation, puis à chaque tenue par les membres de la loge. La tradition française la veut souvent basse, pour que celui qui entre s’incline. Symbole universel de passage, elle concentre plusieurs enseignements maçonniques : la séparation entre deux mondes, l’humilité, la discrétion et la promesse d’une lumière à recevoir. On n’entre pas en loge comme on entre dans une salle : on y passe.

Un symbole universel du seuil

Porte
Porte du Temple de Périgueux

Dans les traditions religieuses et initiatiques, la porte marque la limite entre un dedans et un dehors, un connu et un inconnu. Le dieu romain Janus, gardien des portes, avait deux visages tournés l’un vers le passé, l’autre vers l’avenir. Les Évangiles emploient l’image de la « porte étroite » (Matthieu 7, 13) et la formule « frappez, et l’on vous ouvrira » (Matthieu 7, 7), souvent rapprochée de l’entrée en loge. Franchir une porte, c’est changer d’état autant que de lieu.

La porte à l’Occident

Le temple maçonnique est orienté : le Vénérable siège à l’Orient, la porte s’ouvre à l’Occident. Celui qui entre marche donc vers l’Orient, vers la lumière, selon un trajet qui reproduit symboliquement la course inverse du soleil. Dans la plupart des rites, la porte est encadrée ou précédée par les deux colonnes rappelant celles du porche du Temple de Salomon, que la Bible nomme Jakin et Boaz (1 Rois 7, 21). Passer entre elles, c’est entrer dans un espace ordonné par des forces complémentaires.

La porte basse

Les loges françaises connaissent l’usage de la porte basse, par laquelle le candidat, les yeux bandés, doit se courber pour pénétrer dans le temple lors de son initiation. Le geste enseigne l’humilité : on n’accède pas à la connaissance en se tenant au-dessus d’elle. Il évoque aussi une naissance, passage étroit vers un monde nouveau. Dans de nombreux temples, la porte basse est aujourd’hui symbolique ou réservée aux cérémonies, mais son enseignement demeure.

Dans les rituels

Porte
  • Le profane frappe à la porte du temple de façon irrégulière ; les maçons, eux, frappent selon la batterie du degré.
  • Le Couvreur, ou Frère Terrible selon les rites, garde la porte, vérifie la qualité de ceux qui entrent et écarte les profanes.
  • L’ouverture des travaux commence par s’assurer que « le temple est couvert », c’est-à-dire que la porte est gardée.
  • Les retardataires ne peuvent entrer qu’avec l’accord du Vénérable, souvent à un moment précis du rituel.
  • Aux tenues de fermeture, on « ressort » vers le monde profane, en emportant ce qui a été reçu.

Garder la porte

La fonction de Couvreur, en anglais Tyler, est l’une des plus anciennes de la loge : elle apparaît dès les premiers textes. Garder la porte, c’est garantir la discrétion des travaux et la sécurité de ceux qui s’y expriment librement. Dans plusieurs rites, cette charge est confiée à un ancien Vénérable, comme une leçon d’humilité : celui qui a présidé la loge accepte de veiller à son seuil. La porte n’est donc pas seulement un passage, mais un lieu de responsabilité.

Les portes solsticiales

Certains auteurs de tradition ésotérique ont rapproché la porte du temple des « portes solsticiales » de l’Antiquité, que l’on associait aux deux saint Jean, patrons de la maçonnerie : saint Jean-Baptiste au solstice d’été, saint Jean l’Évangéliste au solstice d’hiver. Selon cette lecture, développée notamment par René Guénon dans Symboles de la science sacrée, la porte ouvre sur le temps cyclique autant que sur l’espace sacré. Il s’agit d’une interprétation, non d’un enseignement commun à tous les rites.

Entre deux mondes

La porte n’exprime pas un mépris du monde profane. Elle sépare pour permettre un travail différent, puis elle s’ouvre à nouveau. Les rituels rappellent que le maçon doit porter au dehors ce qu’il a construit au dedans. Le seuil est donc à double sens : il protège le temple, et il renvoie l’initié vers la cité. C’est sans doute l’une de ses leçons les plus durables : on entre pour mieux ressortir.

Pour aller plus loin : l’article Wikipédia de référence.

Voir aussi dans le glossaire : Couvreur, Occident, Initiation, Profane, Batterie, Saints Jean.

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