EXCLUSIF – Interview de René Turiaf, vice-président de la Fondation du GODF

Reconnue dutilité publique par décret du 12 février 1987, la Fondation du Grand Orient de France agit dans le champ concret de la solidarité, de l’émancipation, de la santé, de lenfance en difficulté, de la culture, de la laïcité et des valeurs de la République. Créée en 1987 par des membres du Grand Orient de France, elle demeure indépendante dans son fonctionnement, tout en portant les valeurs humanistes de ses fondateurs, solidarité, fraternité, tolérance et liberté de conscience.

À l’heure où les demandes associatives augmentent fortement, où les appels aux dons deviennent un levier essentiel, où les témoignages de terrain donnent chair aux engagements, 450.fm a souhaité donner la parole à René Turiaf, vice-président de la Fondation du Grand Orient de France depuis le renouvellement du bureau du 23 octobre 2024.

450.fm : Très cher René, vous êtes vice-président de la Fondation du Grand Orient de France. Pour nos lecteurs, pouvez-vous rappeler la vocation profonde de cette Fondation et ce qui la distingue d’une structure caritative classique

René Turiaf : il est important de rappeler les raisons de la création de la Fondation du GODF. Le Grand Maître de l’époque, Roger Leray, a souhaité doter l’Obédience d’un outil permettant, dans la société, de tenir nos engagements de solidarité, d’entraide envers les plus fragiles, d’accomplir le grand œuvre de la fraternité universelle, d’aider à l’amélioration de la condition matérielle et morale de l’humanité. En clair, mettre en application ce que nous revendiquons en tant que Franc-maçon, c’est à dire avec les moyens qui sont les nôtres participer à tendre vers une société plus équitable et par l’intermédiaire des associations permettre aux populations concernées de trouver ou de retrouver leur place dans une société qui a du mal à être respectueuse des droits des individus qui la composent.

La Fondation revendique d’être Fondation du GODF mais rappelle qu’elle est totalement indépendante de l’Obédience dans son fonctionnement. Le Conseil d’administration de la Fondation reste vigilant à ce que cela soit respecté.

450.fm : La Fondation intervient dans quatre grands domaines, les actions humanitaires et émancipatrices, la santé et l’enfance en difficulté, la culture, la laïcité et les valeurs de la République. Comment ces priorités sont-elles choisies et comment évoluent-elles face aux urgences sociales actuelles ?

R. T. :  Effectivement la Fondation, dès sa création, a défini les quatre domaines dans lesquels elle souhaitait intervenir. Si je reprends quelques actions soutenues ces derniers temps dans le domaine des actions humanitaires et émancipatrices, nous avons accompagné de petites associations qui interviennent sur le plan humanitaire lors de catastrophes climatiques mais aussi de grandes institutions telles que le Secours Populaire Français lors des inondations à Valencia (Espagne), La Protection Civile à Mayotte, Médecins sans Frontières en soutenant leur projet à l’hôpital d’Amman en Jordanie de chirurgie re-constructive de personnes grièvement blessées lors des conflits au Moyen-Orient. Nous soutenons aussi des associations qui interviennent soit dans certains quartiers populaires, soit auprès de populations fragilisées (migrants, jeunes confrontés à la prostitution…) sur le territoire français mais aussi dans des pays africains (création d’écoles, de réseaux d’eau potable), en Inde (permettre à des femmes d’apprendre le métier de couturière et leur offrir à chacune une machine à coudre pour ouvrir leur propre atelier) et même en Afghanistan (réalisation d’un film donnant la parole aux afghanes afin de les rendre visibles dans une société qui les opprime).

Dans le domaine de la santé et de l’enfance en difficultés, nous avons accompagné une association qui a comme projet d’acheminer des panneaux solaires afin de permettre d’électrifier un dispensaire dans une région en Afrique. Un deuxième exemple, en août dernier, lors du Convent du GODF, les bénévoles de l’association CRACO ont organisé un repas de la fraternité et de la Solidarité qui a réuni 1200 convives. Lors de cet évènement, nous avons remis le prix de la Fondation d’une valeur de 10 000 € au représentant du Fonds de dotation de l’AP.HM « Phocéo » pour soutenir le projet du Professeur Laëtitia Padovani, chef de service d’oncologie-radiologie infantile à l’hôpital de la TIMONE à Marseille.

Je pourrais dans les deux derniers domaines vous donner aussi d’autres exemples de projets soutenus qui montrent la diversité des projets que la Fondation soutient.

Comme vous l’avez compris, nous étudions les dossiers qui correspondent à ces quatre domaines mais nous déterminons aussi chaque année un fil rouge, une thématique que nous souhaitons mettre en avant. En 2025, nous avions souhaité mettre en avant la pauvreté. Nous avions été sensibilisés à cela par un Conseiller de l’Ordre, Grand Officier délégué aux solidarités et à la pauvreté Dominique Brunel. Face à la situation de presque 10 millions de personnes confrontées à de très grandes difficultés, la Fondation a alors voulu sensibiliser les donateurs sur ce sujet.

Cette année, la Fondation est dans la continuité de ses actions de l’année passée. Mais elle a pris conscience qu’une attention particulière devait être portée en direction de la jeunesse. Quel que soit le lieu, en France ou au-delà, des associations œuvrent afin d’améliorer leur situation. La Fondation a toujours été attentive aux demandes faites qui permettent de faciliter la scolarisation des enfants, à celles qui protègent l’enfant de toute violence, celles qui accompagnent leur émancipation. Le bureau de la Fondation a décidé de décliner des actions afin de sensibiliser la population à ces problématiques. Pour cela, elle a axé sa communication, avec l’aide d’une agence,  sur les réseaux sociaux sur les thèmes suivants : La maltraitance, L’école et l’autonomie, La précarité chez les jeunes, L’engagement dans la cité.

450.fm : La Fondation ne mène pas directement les projets mais soutient financièrement des associations déjà engagées sur le terrain. Comment se déroule la sélection des dossiers et quels critères vous semblent les plus importants.

R. T. : Les associations doivent se connecter sur notre site web et cliquer sur l’onglet « nous solliciter » afin de compléter un ensemble de rubriques. La première condition vérifiée par le bureau de la Fondation est l’éligibilité de l’association. Le siège social de celle-ci doit se situer en France ou en Europe. Si le projet présenté se fait hors du territoire français, celui-ci doit être réalisé avec une association locale qui fait l’objet d’une convention avec l’association demandeuse. La subvention accordée sera obligatoirement versée à l’association porteuse du projet.

Le bureau de la fondation se réunit deux fois par mois, une fois en visio, l’autre en présentiel au siège à Paris afin d’examiner les dossiers déposés. Bien sûr en amont chaque membre du bureau a lu l’ensemble des pièces déposées sur le site. Nous examinons en premier les pièces juridiques de l’association, les rapports d’activités et financiers des années précédentes, les différents partenaires. Cette première analyse faite, nous examinons le projet présenté, le budget nécessaire à sa réalisation et la demande de subvention.

Les points de vigilance qui nous paraissent importants sont : la faisabilité du projet, les raisons de ce projet, son financement et tout particulièrement les cofinancements, quelles améliorations apporte-t-il aux personnes concernées et enfin correspond-il à l’un des quatre domaines cités plus haut.

Si tous ces critères sont cochés, nous vérifions que la somme demandée est acceptable par rapport à nos fonds disponibles.

Il faut savoir que nous refusons en moyenne plus de 40 % des dossiers déposés.

La dernière étape revient au Conseil d’administration de la Fondation. Après chaque bureau, le secrétariat de la Fondation fait parvenir la feuille synthèse des associations retenues aux membres du Conseil d’administration afin que ceux-ci puissent éventuellement demander un complément d’informations ou émettre une réserve sur un dossier. Dans ce cas, le bureau devra reprendre le dossier afin d’apporter les réponses au Conseil d’administration.

Je ne serais pas complet si je ne vous parlais pas du rôle essentiel de la secrétaire de la Fondation. Elle est à la fois la mémoire de la Fondation mais aussi la permanence dans le suivi des dossiers, des liens avec nos différents donateurs.

450.fm : En mai 2025, vous avez lancé un appel aux dons en soulignant que la Fondation avait déjà soutenu 40 associations depuis le 1er janvier et qu’elle pourrait accompagner environ 120 associations sur l’année, soit 40 % de plus qu’en 2024. Que dit cette progression des besoins du pays et du monde associatif.

R. T. : Effectivement la tendance qui se dégageait en mai 2025 nous laissait penser que nous aurions à subventionner plus d’associations que l’année précédente. Le nombre de demandes a avoisiné les 120 dossiers mais seulement 81 ont été validés. Cela représente sur l’année 2025, 67 % des dossiers examinés pour un montant de 345 989 € avec la répartition suivante :

36 % des dossiers concernent un projet mené sur le territoire français, 64 % un projet à l’international.

Pour répondre à votre question, la situation géopolitique internationale, les tensions dans certaines régions ont des conséquences sur le quotidien des personnes vivant sur ces territoires.

Concernant la France, nous constatons une aggravation de la situation de certaines couches de la population avec une augmentation de ceux vivant sous le seuil de pauvreté. Nous parlons d’adultes mais aussi d’enfants qui pour certains vivent dans la rue. Cela a aussi comme conséquence une dégradation de leur condition sanitaire. La Fondation reste attentive aux demandes dans le domaine de la santé et de l’enfance en difficultés. Elle porte une attention particulière aux demandes faites par des associations porteuses de projets concernant la défense de la Laïcité et des valeurs de la République. En effet, en 2025, seulement 3 % de nos subventions ont été attribuées dans le domaine de la défense de la Laïcité et des valeurs de la République (en 2024, 9%). L’année dernière à la même époque, la Fondation avait constaté le peu de dossiers déposés sur le site concernant ce domaine d’actions. Nous espérions que, sur l’année 2025, année des 120 ans de la loi du 09 décembre 1905, loi dite de la séparation des églises et de l’État, le nombre de dossiers aurait été plus important. Sur l’année 2025, seulement 7 dossiers ont pu être retenus pour un financement de 3 % de l’ensemble de nos subventions. Ce constat doit nous interroger sur les raisons de ce désintérêt, sur la fragilité de nos combats et sur la vigilance à avoir par rapport à la défense des valeurs de la République. Cela peut aussi s’expliquer par la difficulté que peuvent avoir les associations à mobiliser sur ce sujet.

Concernant le monde associatif, nous savons que ce dispositif est spécifique à la France et qu’il est actuellement en grande difficulté. Le système ne fonctionne que par l’action de ses militants, militants de plus en plus âgés et qui a du mal à trouver de nouveaux bénévoles alors que les besoins sur le terrain sont toujours aussi nombreux. La Fondation est fière d’être au côté de ce dispositif.

450.fm : Le site de la Fondation permet de donner ponctuellement, de mettre en place un don régulier, mais aussi de transmettre par legs, assurance-vie ou donation. Quel message souhaitez-vous adresser à celles et ceux qui hésitent encore à soutenir la Fondation ?

R. T. : Je vous remercie de nous permettre de nous adresser directement à nos donateurs mais aussi à celles et ceux qui hésitent à faire un don.

Nous nous adressons à tout citoyen qui est sensible à la défense de valeurs humanistes comme rappelées au début de notre entretien : Solidarité, Émancipation, Fraternité, Tolérance et Liberté de conscience.

Mais nous rappelons aussi que le nom de la fondation est bien fondation du Grand Orient de France. Notre Obédience est forte de plus de 56 000 membres qui, chaque quinze jours, réfléchissent sur la place de l’Homme et son élévation dans notre société, sur les outils nécessaires à cet objectif. Tout en rappelant que la fondation est indépendante sur le plan du fonctionnement, il serait hypocrite d’ignorer nos origines et les raisons de notre création. Il est important que chacun, chacune comprenne l’importance de ce bel outil qu’est la Fondation.

Faire un don régulier à la Fondation c’est nous permettre d’avoir les fonds nécessaires pour soutenir tout au long de l’année les associations. Il est important de rappeler que ce don s’il est fait par un particulier donne droit à une déduction fiscale de 66 %, à 75 % sur l’I.F.I. (impôt sur la fortune immobilière), s’il est fait par une entreprise celui-ci est déductible à hauteur de 60 % de l’impôt sur les sociétés.

Il est aussi possible d’aller au-delà de cet engagement en choisissant de léguer tout ou partie de ses biens à la fondation tout en respectant la part dédiée aux héritiers réservataires. Il existe aussi la possibilité de désigner la fondation comme destinataire de son assurance-vie ou de faire une donation de son vivant. Ces trois derniers dispositifs sont importants pour la Fondation. Ces deux dernières années, nous avons été destinataires de deux assurances-vie et de deux legs. Les sommes perçues nous ont permis d’aider un maximum d’associations. Nous rappelons régulièrement que la Fondation ne peut distribuer que l’argent qu’elle reçoit de ses donateurs et qu’elle ne reçoit aucun euro de l’Obédience contrairement à ce que pourraient penser certains.

450.fm : Le Focus Fondation rassemble appels aux dons, actualités, témoignages et lettres de la Fondation. Quelle place accordez-vous à ces témoignages d’associations soutenues ?

R. T. : Nous accordons une place importante au retour qui nous est fait par les associations subventionnées. D’abord par rapport aux membres du bureau et du Conseil d’administration. C’est pour nous une satisfaction de savoir que l’argent accordé a bien été utilisé pour le projet proposé, que ce projet a permis d’aider à faciliter la vie des populations n’ayant pas un accès à l’eau potable, a permis de scolariser plusieurs centaines de jeunes, d’aider à l’émancipation des femmes ou de soulager les souffrances de celles et ceux touchées dans leur chair dans les conflits soit en Europe soit au Moyen Orient.

Nous recevons aussi par mail des messages de remerciements mais aussi les bilans complets des actions menées.

Ces témoignages, ces retours sont aussi importants par rapport à nos donateurs qui peuvent, en allant sur notre site web, quand ils ont participé à une campagne dédiée, connaître les projets qui ont été soutenus ou s’ils ont fait un don « généraliste » voir les associations subventionnées.

450.fm : Lors du Prix 2025 de la Fondation du Grand Orient de France, vous avez remis un chèque de 5 000 euros à l’association Promofemmes, engagée notamment dans l’accueil et l’accompagnement de femmes vers une meilleure intégration sociale, citoyenne, culturelle et professionnelle. Que représente pour vous ce type de moment.

R. T. : Avant de répondre à votre question, il me faut revenir sur le choix de cette association. Comme je l’ai dit précédemment lors de la dernière soirée du Convent à Bordeaux l’association des bénévoles dénommée CRACO a souhaité organiser un repas de la fraternité et de la solidarité en faveur de la Fondation , repas qui a réuni 1 200 personnes. La fondation a souhaité remettre ce soir-là trois prix : un de 10 000 € à l’AP.HM « Phocéo » pour le projet de la TIMONE à Marseille et deux autres prix de 5000 € chacun à deux associations locales. Pour cela, nous avons demandé à l’association CRACO de sélectionner deux associations répondant à nos critères.

La première , l’association « Promofemmes » qui, comme vous l’avez dit, est engagée dans l’accueil et l’accompagnement de femmes vers une meilleure intégration sociale, citoyenne, culturelle et professionnelle.

La deuxième, l’association « Défense des exclus par la formation et l’information » qui accompagne les personnes en grandes difficultés dans leurs démarches administratives et qui de ce fait se retrouvent exclus de la société.

Ce type d’engagement de la Fondation montre bien que celle-ci peut aussi aller au devant des associations pour les accompagner dans leur projet d’inclusion dans notre République. Nous sommes toujours dans la même philosophie que celle voulue par Roger Leray…La défense de nos valeurs dans le monde que nous appelons profane.

À travers cet entretien, c’est une autre manière de comprendre l’engagement maçonnique qui apparaît non plus seulement dans la parole, la réflexion ou le travail symbolique, mais dans le passage à l’acte, dans cette alchimie discrète qui transforme un don en soutien, une intention en secours, une valeur en action. La Fondation du Grand Orient de France rappelle ainsi quune fraternité qui ne descend jamais dans la cité risque de demeurer inachevée.

450.fm remercie très chaleureusement René Turiaf, vice-président de la Fondation du Grand Orient de France, pour le temps qu’il nous a accordé, pour la clarté de ses réponses à venir et pour ce témoignage d’une solidarité vivante, exigeante et profondément républicaine.

À travers lui, nous saluons également toutes celles et tous ceux qui, donateurs, bénévoles, responsables associatifs, femmes et hommes de terrain, œuvrent chaque jour afin que la lumière ne reste pas seulement au Temple, mais rejoigne celles et ceux qui en ont le plus besoin.

Soutenir la Fondation du Grand Orient de France

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Alexandre Jones
Alexandre Jones
Passionné par l'Histoire, la Littérature, le Cinéma et, bien entendu, la Franc-maçonnerie, j'ai à cœur de partager mes passions. Mon objectif est de provoquer le débat, d'éveiller les esprits et de stimuler la curiosité intellectuelle. Je m'emploie à créer des espaces de discussion enrichissants où chacun peut explorer de nouvelles idées et perspectives, pour le plaisir et l'éducation de tous. À travers ces échanges, je cherche à développer une communauté où le savoir se transmet et se construit collectivement.

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