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Dans le langage des loges, un scrutin est dit nul, ou défavorable, lorsque le vote d’admission d’un candidat ne réunit pas les conditions requises, le plus souvent parce que des boules noires sont apparues dans l’urne. Le mot ne juge pas la personne : il constate l’issue d’une procédure collective et secrète. Héritier du ballottage des clubs et sociétés du XVIIIe siècle, ce vote par boules blanches et noires reste l’un des usages les plus caractéristiques de la Franc-maçonnerie, et l’un des plus discutés.
Le vote par boules

L’admission d’un profane, comme l’affiliation d’un frère ou parfois l’augmentation de salaire, est soumise à un scrutin secret. Chaque membre reçoit une boule blanche et une boule noire, et dépose l’une d’elles dans une urne ou un sac à double compartiment, de façon que nul ne voie son choix. La boule blanche approuve, la boule noire s’oppose. Le procédé est ancien : le verbe anglais to blackball, « blackbouler », vient précisément de ces scrutins de clubs et de loges, et le français l’a emprunté au XIXe siècle.
Quand le scrutin est-il défavorable ?
Les règles varient fortement d’une obédience et d’un rite à l’autre ; elles sont fixées par les règlements généraux et les règlements particuliers des loges.
- Dans certaines juridictions, une seule boule noire suffit à écarter le candidat : c’est la règle de l’unanimité, longtemps dominante dans la maçonnerie anglo-saxonne.
- Ailleurs, un nombre ou une proportion de boules noires est fixé par les règlements.
- Certaines obédiences prévoient qu’une boule noire isolée oblige son auteur à s’expliquer, de façon confidentielle, auprès du Vénérable.
- Le scrutin est précédé d’enquêtes et de rapports sur le candidat, lus en loge.
L’ajournement
Un scrutin défavorable entraîne généralement l’ajournement du candidat. Celui-ci n’est pas définitivement exclu : il peut, après un délai fixé par les règlements (souvent un an), présenter de nouveau sa demande, dans la même loge ou ailleurs selon les obédiences. Le Vénérable informe le candidat par l’intermédiaire de son parrain, sans dévoiler les raisons, que le secret du vote rend d’ailleurs inconnaissables.
Pourquoi le secret ?

Le secret du vote protège la liberté de conscience de chaque frère et évite les pressions. Il traduit aussi un principe ancien : l’harmonie de la loge prime sur le désir d’un seul. Un frère qui connaît sur le candidat un fait sérieux, ou qui juge qu’une admission troublerait l’atelier, peut s’y opposer sans avoir à le justifier publiquement. La loge ne cherche pas à recruter à tout prix, mais à réunir des personnes capables de travailler ensemble.
Dérives et débats
Ce pouvoir a son revers. La boule noire peut être utilisée par rancune, par préjugé ou par calcul, et l’histoire maçonnique connaît des exclusions injustes, par exemple sur des critères sociaux ou raciaux dans certaines juridictions. D’où les débats récurrents sur la règle de l’unanimité et les dispositifs qui demandent à l’opposant de motiver son vote devant le Vénérable. Le bon usage de la boule noire relève de la conscience : elle protège la loge, elle ne doit pas servir à régler des comptes.
Une lecture symbolique
Au-delà de la procédure, le scrutin rappelle que l’initiation n’est pas un droit, mais une reconnaissance mutuelle. Le candidat demande la lumière ; la communauté décide de la lui donner. Un vote défavorable n’est pas une condamnation, mais un « pas encore », qui invite parfois à mûrir sa démarche. Pour la loge, il est un exercice de responsabilité : chacun engage sa conscience pour l’ensemble.
Repères
- Boule blanche : acceptation ; boule noire : opposition.
- Scrutin secret, après enquêtes et rapports sur le candidat.
- Seuil de rejet variable selon les obédiences et les règlements.
- Conséquence : ajournement, avec possibilité de nouvelle demande après un délai.
- Le mot « blackbouler » est issu de cette pratique.
Le saviez-vous ?
L’usage des boules pour voter remonte à l’Antiquité : les tribunaux athéniens utilisaient des jetons (psêphoi) pleins ou percés, mot dont dérive l’anglais psephology, l’étude des élections. Les clubs londoniens du XVIIIe siècle, contemporains des premières Grandes Loges, pratiquaient le même ballottage que les loges.
Pour aller plus loin : l’article Wikipédia de référence.
Voir aussi dans le glossaire : Scrutin, Candidat, Parrain, Profane.
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