L’ordre

Ordre est un substantif polysémique, même si ses différentes acceptions se réfèrent toutes à la même étymologie latine. A l’instar de l’ordo latin en effet, le terme ordre désigne à la fois un commandement, une prescription ou une injonction, mais aussi une espèce, une catégorie, un grand corps structuré autour d’une composante hiérarchique forte.

Surtout, nous retiendrons les définitions qui évoquent la notion d’organisation régulière, dans le temps comme dans l’espace. À ce groupe se rattache la définition de l’ordre comme « ensemble des règles, des lois qui régissent et constituent l’univers », ainsi que « respect des institutions; discipline; calme ».

Le sens commun donne aussi au mot ordre le sens d’organisation satisfaisante et fonctionnelle, voire d’organisation raisonnable, laissant entendre qu’ordre et raison sont liés.

L’ordre s’oppose naturellement au désordre, mais aussi au chaos. À propos de ce dernier terme, remarquons que le dictionnaire le définit comme la « confusion générale des éléments, de la matière, avant la création du monde » avant d’indiquer le sens figuré de désordre.

Le respect des institutions et la discipline, évoqués à l’instant, pourraient pour certains faire de l’ordre un carcan. Il est de fait, convenons-en, que l’ordre poussé à l’extrême risquerait de se confondre avec la sclérose, de devenir synonyme de rigidité, d’incapacité à évoluer et, par tant de progresser.
Fort heureusement, l’ordre tel que le comprend le Franc-Maçon de Rite Écossais Ancien et Accepté et dont il se réclame n’est nullement de cette nature. C’est bien plutôt une harmonie, organisée, réglée, régulée certes, mais non dépourvue de dynamisme, et par là de potentiel évolutif.

La démarche maçonnique toute entière est fondée sur cette notion de perfectibilité, de capacité à faire progresser chaque adepte. L’institution elle-même ne pourrait prospérer si elle n’était, dans son organisation comme dans son fonctionnement, inspirée par cette vision.

Pour l’initié, l’ordre est en quelque sorte synonyme de Vérité, source de la Lumière  et de la Sagesse au sens où l’entend le Franc-Maçon de Rite Écossais dès le soir de son initiation au 1er degré.

L’ordre est en effet le principe selon lequel est organisé l’Univers tel que l’a conçu le Grand Architecte, fixe et immuable dans ses lois fondamentales; absolu et universel dans ses mécanismes essentiels, mais en permanence en évolution.

Chaque nouvel élément de la création, chaque nouvel avatar de l’évolution obéit aux mêmes lois, est structuré selon les mêmes principes que ceux qui l’ont précédé. Il est à la fois nouveauté et permanence.

L’ordre n’est donc pas l’immobilisme.

Parce qu’il exprime l’organisation de la création telle que conçue et animée par un principe de cohérence, l’ordre est par nature, ontologiquement, harmonie, équilibre et beauté.

Comment le Franc-maçon écossais entre dans l’ordre.

On notera d’emblée que nous aborderons ici la rencontre et la progression du Maçon dans le concept d’ordre, développant une vision structurée et organisée du monde et tendant vers davantage d’ordre en lui-même comme dans l’environnement sur lequel il influe.
Cela dit, il est impossible de ne pas évoquer ici la notion d’Ordre, écrit avec une majuscule pour désigner l’institution, le cadre structurant dans lequel le Franc-Maçon va accomplir son parcours initiatique.

Par les règles qu’il instaure et dont il s’assure du strict respect, par les rituels qu’il édicte et qui donne au travail en Loge la forme et la rigueur qui conviennent à son objectif, par la progression qu’il organise et régule, on peut affirmer que l’Ordre est ordre, conformément aux principes de sa devise, Ordo ab Chao.
Au demeurant, Ordre et ordre sont liés, car l’Ordre va mettre à la disposition de l’initié les repères qui guideront ses pas dans ses voyages, l’aidant à forger son expérience et à progresser, degré après degré, dans les voies de la Connaissance.

Le monde sensible tel que nous l’appréhendons et le vivons, celui de notre microcosme, n’est pas parvenu à cet état d’ordre « essentiel ». En tant que Francs-maçons de Rite Écossais Ancien et Accepté, nous faisons nôtre l’engagement d’œuvrer à concourir à réaliser cette concordance, en nous inscrivant dans ce mouvement qui va de l’état du Chaos vers celui de l’Ordo.

Il est important de souligner ici que cette notion, est exprimée, d’une manière plus ou moins explicite, à tous les degrés du Rite.
Elle doit être progressivement rendue intelligible dès les degrés symboliques, qui conditionnent en lui donnant sens toute la démarche de l’initié.

L’Apprenti découvre l’ordre.

Tout juste initié, l’Apprenti apprend à se mettre à l’ordre, à adopter une posture qui par les équerres qu’elle fait construire à sa main droite, à son bras  et à ses pieds, c’est-à-dire son corps de haut en bas pour exprimer la rectitude à laquelle il est appelé dans ses pensées, ses paroles et ses actes. Le signe pénal que couvre le signe d’ordre est lui aussi porteur de cette notion d’ordre qu’il convient de respecter, exprimée ici par l’évocation d’une transgression qu’il s’interdit formellement.
En ordonnant son corps par une posture imposée, il marque à tout le moins sa volonté – et donc sa responsabilité – sur son être physique. 

D’une manière plus générale, la rigueur organisée et imposée par le rituel que découvre peu à peu l’Apprenti, et qu’il apprend à respecter et à reproduire, est bien l’expression d’un ordre, d’une organisation dans laquelle rien n’est fortuit, tout est sens.

Le Compagnon en découvre la dimension cosmique et spirituelle.

Dès l’initiation au grade de Compagnon, la notion d’ordre ajoute à ses implications visibles et matérielles une dimension spirituelle, au travers de l’évocation des cinq principaux ordres d’architecture, ou encore du signe d’ordre dans lequel le bras et la main gauche marquent déjà l’appel vers un plan supérieur.
L’ordre cosmique est également fortement évoqué lorsque le nouveau Compagnon découvre l’étoile flamboyante, au moins dans sa perception qui renvoie à la figuration de l’homme harmonieux, structuré, accompli, dont les proportions sont justes parce qu’en relation, précisément, avec le cosmos.
Les cinq significations traditionnellement données à la lettre G renvoient également toutes à l’ordre, que ce soit plutôt au plan intellectuel (géométrie, gravitation, génération) ou spirituel (génie, gnose).

Le Maître découvre que l’ordre porte en lui une part de désordre.

Le rituel d’élévation à la Maîtrise est lui aussi l’occasion de faire réfléchir l’impétrant à la notion d’ordre. Ici, c’est le contre-exemple qui est pris comme moyen pédagogique, au travers du refus de l’ordre établi et de l’acte d’indiscipline et de rébellion que constitue, à tout le moins, le meurtre d’Hiram. On ajoutera que dans le déroulé du rituel, ce sont les jeux de rôle du Vénérable Maître et des deux Surveillants qui les font incarner les meurtriers d’Hiram en frappant symboliquement le récipiendaire.
Ainsi est figurée l’idée que ceux qui détiennent le pouvoir, et dont le rôle doit être de maintenir l’ordre et l’harmonie au sein du groupe dont ils ont – provisoirement – la charge, sont aussi ceux qui sont le plus susceptibles de détourner ce pouvoir, de perdre tout discernement, de devenir destructeurs et non plus constructeurs de l’ordre collectif.

Enfin, il faut évoquer ici les « secrets véritables des Maîtres Maçons » », secrets véritables  de l’ordre absolu, qui ont été perdus et que doivent rechercher ceux à qui il est enjoint de voyager par toute la terre, en rassemblant ce qui est épars et en répandant partout la Lumière.

Bien que l’expression « Parole perdue » ne figure pas dans tous les rituels ni l’instruction au Troisième degré, il est dit explicitement que c’est bien la Connaissance qui repose à l’ombre de l’Acacia.

Cette Connaissance, dont Maître Hiram était dépositaire, est bien celle qui fait référence à l’absolu, à l’ordre engendré par le Grand Architecte.

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici

Jean-Jacques Zambrowski
Jean-Jacques Zambrowski
Jean-Jacques Zambrowski, initié en 1984, a occupé divers plateaux, au GODF puis à la GLDF, dont il a été député puis Grand Chancelier, et Grand- Maître honoris causa. Membre de la Juridiction du Suprême Conseil de France, admis au 33ème degré en 2014, il a présidé divers ateliers, jusqu’au 31°, avant d’adhérer à la GLCS. Il est l’auteur d’ouvrages et de nombreux articles sur le symbolisme, l’histoire, la spiritualité et la philosophie maçonniques. Médecin, spécialiste hospitalier en médecine interne, enseignant à l’Université Paris-Saclay après avoir complété ses formations en sciences politiques, en économie et en informatique, il est conseiller d’instances publiques et privées du secteur de la santé, tant françaises qu’européennes et internationales.

Articles en relation avec ce sujet

Titre du document

DERNIERS ARTICLES