Au musée de la franc-maçonnerie, au siège du Grand Orient de France, le vernissage de « Lumières dans la ville Paris et les francs-maçons » a réuni une assistance nombreuse, passionnée et érudite.

Autour de Pierre Bertinotti, Grand Maître du Grand Orient de France et président du musée, et de Laurent Segalini, conservateur du musée, cette exposition ouverte du 29 avril au 20 décembre 2026 invite à relire Paris comme un immense livre de pierre, de mémoire et de Lumière. Le catalogue qui l’accompagne, remarquable par son ampleur et sa richesse, fera prochainement l’objet d’une note de lecture approfondie.

Il est des expositions qui ne se contentent pas de présenter des objets, des documents ou des images. Elles déplacent le regard. Elles nous conduisent à traverser un lieu familier comme si nous le découvrions pour la première fois.
« Lumières dans la ville, Paris et les francs-maçons » appartient à cette famille d’expositions qui déplacent le regard et nous conduisent à traverser un lieu familier comme si nous le découvrions pour la première fois.
Inaugurée au musée de la franc-maçonnerie, au « 16 Cadet », elle propose bien davantage qu’une promenade historique dans la capitale

Elle donne à voir un Paris traversé par trois siècles de présence maçonnique, un Paris de signes, de bâtisseurs, d’artistes, de musiciens, de républicains, de savants, d’artisans, de figures célèbres et de noms oubliés.
Le vernissage s’est déroulé devant une assistance nombreuse, passionnée et érudite, comme à l’accoutumée lorsque le musée de la franc-maçonnerie ouvre ses portes à une histoire qui touche autant à la culture qu’à l’initiation.
Parmi les personnalités présentes, il convient de relever la présence de deux anciens Grands Maîtres du Grand Orient de France, Guillaume Trichard, Grand Maître 2023-2024, et Jean-Michel Quillardet, Grand Maître 2005-2008. Leur présence donnait à cette soirée une profondeur institutionnelle supplémentaire, comme si plusieurs générations de l’obédience venaient saluer, dans un même mouvement, le travail du musée et la fidélité d’une mémoire vivante.
Pierre Bertinotti, Grand Maître du Grand Orient de France et président du musée de la franc-maçonnerie, a ouvert cette soirée en donnant immédiatement au titre de l’exposition sa pleine résonance.
Lumières dans la ville n’est pas seulement une belle formule. C’est une promesse de lecture

Dans son propos, il a rappelé combien les francs-maçons avaient contribué, depuis près de trois siècles, à faire briller Paris par leurs idées, leurs combats et leurs idéaux, mais aussi par leur participation concrète à l’espace urbain lui-même. L’exposition permet ainsi de comprendre comment la franc-maçonnerie a laissé dans la capitale une empreinte discrète, délicate et pourtant remarquable, souvent méconnue, parfois oubliée, mais toujours perceptible pour qui sait regarder et écouter la ville.
Ce mot d’ouverture donnait le ton

Le Paris maçonnique qui se dévoile ici n’est pas celui d’une mythologie facile ni celui d’une chasse aux signes cachés. Il est celui d’une présence patiente, parfois silencieuse, inscrite dans la pierre, dans les institutions, dans les jardins, dans les musées, dans les combats civiques et dans les idéaux républicains. Paris n’apparaît plus seulement comme décor de l’histoire maçonnique. Elle en devient l’un des grands théâtres, l’un des ateliers, l’un des temples à ciel ouvert.
Laurent Segalini, conservateur du musée, a ensuite donné à cette exposition sa respiration savante et presque initiatique

Son intervention a pris la forme d’une déambulation à travers une ville que nous croyons connaître, mais dont les couches profondes demeurent encore à déchiffrer. Paris y apparaît tour à tour comme ville lumineuse, ville des Lumières, ville gauloise, ville égyptienne, ville rebelle, ville fraternelle.

Des premières loges du faubourg Saint-Germain au mythe d’Isis, de Jacques Louis David à Bartholdi, de Carmontelle à Vivant Denon, du Conservatoire de musique à Notre-Dame, de la Commune aux fêtes laïques de la Belle Époque, c’est tout un paysage intérieur de la capitale qui surgit.
L’exposition invite ainsi à comprendre que le symbole maçonnique n’est jamais un simple décor

Il est une méthode du regard. Il apprend à lire ce qui se tient derrière l’évidence. Il fait apparaître des continuités là où le passant ne voit parfois que des façades, des rues, des plaques ou des monuments. Dans cette perspective, Paris devient un grand palimpseste. La ville conserve, efface, recouvre, révèle. Elle est mémoire et chantier. Elle garde les traces de celles et ceux qui voulurent travailler à l’amélioration de la condition humaine, selon cette formule chère au Grand Orient de France.

Il faut saluer ici le travail de toute l’équipe du musée, des bénévoles, des médiateurs culturels, des prêteurs, des auteurs du catalogue et de toutes celles et ceux qui ont rendu possible cette exposition.
Leur présence fortement représentée lors du vernissage rappelait que la transmission patrimoniale ne repose jamais seulement sur les vitrines. Elle suppose des voix, des regards, des passeurs, une disponibilité fraternelle. Le pot de la fraternité qui clôtura la soirée prolongea naturellement cette ambiance, dans cette alliance si particulière entre exigence intellectuelle et chaleur humaine.

Le musée de la franc-maçonnerie bénéficie depuis 2003 de l’appellation Musée de France, délivrée par le ministère de la Culture. Créé en 1889, victime de spoliations sous l’Occupation, rouvert en 1973, il est devenu depuis 2000 le musée de la franc-maçonnerie, avant d’obtenir cette reconnaissance patrimoniale majeure.
Le catalogue de l’exposition

Le magnifique catalogue publié à l’occasion de « Lumières dans la ville, Paris et les francs-maçons » mérite, à lui seul, une attention particulière. Nous y reviendrons prochainement dans une note de lecture approfondie, tant cet ouvrage apparaît déjà comme bien davantage qu’un simple accompagnement d’exposition, afin d’en mesurer toute la richesse historique, culturelle, symbolique et initiatique.

Il constitue un véritable livre de référence, à la fois savant, vivant et superbement construit, où la mémoire maçonnique de Paris se lit comme une autre histoire de la capitale.
Publié à l’occasion de l’exposition temporaire, ce catalogue, proposé au prix de 15 €, rassemble des contributions qui composent une cartographie intellectuelle, historique et symbolique du Paris maçonnique.
L’ouvrage s’ouvre par un avant-propos de Pierre Bertinotti qui inscrit d’emblée l’exposition dans une relation profonde entre les francs-maçons et Paris. Cette relation, écrit-il en substance, ne pouvait être autre chose qu’une histoire d’amour, discrète parfois, décisive souvent, mais toujours enracinée dans la vie de la cité.
L’introduction de Laurent Segalini, conservateur du musée, donne ensuite au parcours sa respiration propre. Elle invite à regarder Paris autrement, non pour y chercher les signes d’une omniprésence fantasmée, mais pour y reconnaître des empreintes, des œuvres, des lieux, des noms et des gestes.

Le catalogue devient alors une promenade initiatique dans la ville, une manière d’apprendre à lire ce qui demeure visible, ce qui s’est effacé, ce qui subsiste dans la pierre, les jardins, les musées, les monuments, les cimetières et la mémoire des rues.

Le sommaire confirme l’ampleur du projet. Jean-Marie Mercier et Thierry Zarcone reviennent sur « Une loge à Paris en 1725, un faisceau d’indices convergents », tandis que Laurent Segalini explore le paysage des premières loges parisiennes autour de Saint-Germain-des-Prés. Jean-Luc Le Bras propose une « Esquisse d’un atlas maçonnique de Paris 1725-1825 », Séverine Laporte-Dupuis étudie les « Artisans, commerçants et francs-maçons à Paris au XVIIIe siècle », René Perinelli et Laurent Segalini croisent les figures de « Casanova et Cagliostro, deux aventuriers italiens à Paris ».

Pierre Mollier éclaire ensuite « Les « 33e » à la table de l’Archichancelier », dans une étude consacrée à la franc-maçonnerie et à la gastronomie sous le Premier Empire. Jean-Marc Schivo ouvre les allées de « Paris et ses jardins maçonniques », Patrice Verrier suit les traces du « Paris maçonnique des musiciens », François Mairesse interroge le lien entre francs-maçons et musées, tandis que Pierre Mollier redonne toute sa place à un Frère parisien redécouvert, Jacques Louis David.
Le catalogue s’aventure aussi vers les mythes et les profondeurs symboliques

Laurent Segalini signe « Par-Isis, la franc-maçonnerie et le mythe de l’Isis parisienne », puis une étude sur « Le sculpteur Antoine-Denis Chaudet et l’interprétation alchimique de Notre-Dame de Paris ». Bernard Brangé met en lumière « Auguste Bellu et Eugène Milon, deux bâtisseurs au cœur du Paris monumental ». Sylvain Solustri revient sur « Paris, la Commune et les Francs-maçons ». Jean-Claude Momal (OE) clôt ce parcours par « Le funéraire maçonnique, de la mémoire à l’oubli ».
Ainsi présenté, le catalogue apparaît comme un véritable chantier de lecture

Il ne juxtapose pas des articles. Il assemble des pierres. Chacune éclaire une façade différente du Paris maçonnique. Ensemble, elles composent une ville intérieure, une capitale de signes, de filiations, d’engagements et de transmissions.

Avec « Lumières dans la ville, Paris et les francs-maçons », le musée de la franc-maçonnerie ne propose pas seulement une exposition
Il tend un miroir à Paris. Dans ce miroir, la capitale n’apparaît pas comme une ville achevée, mais comme un chantier toujours ouvert, travaillé par la mémoire, la liberté, la fraternité et la transmission. La Lumière y circule de la loge à la rue, du symbole à la pierre, du passé au présent. Elle ne s’impose jamais. Elle affleure, elle suggère, elle invite à regarder mieux. Et le visiteur comprend alors que lire le Paris maçonnique, c’est peut-être apprendre à mieux lire Paris lui-même, non comme un décor, mais comme une œuvre humaine encore inachevée, où chaque génération reçoit mission de poursuivre le travail.

Informations pratiques
Lumières dans la ville, Paris et les francs-maçons
Exposition du 29 avril au 20 décembre 2026
Musée de la franc-maçonnerie, siège du Grand Orient de France – 16 Cadet, 75009 Paris
Horaires habituels du musée : Du mardi au vendredi, de 10h00 à 12h30 et de 14h00 à 18h00
Le samedi, de 10h00 à 13h00 et de 14h00 à 19h00 / Le dimanche, de 10h00 à 12h30 et de 14h00 à 18h00 / Fermeture le lundi et les jours fériés selon les informations touristiques régionales disponibles.

Tarifs habituels : Plein tarif 8 € / Tarif réduit 5 €
Gratuité notamment pour les moins de 18 ans, les demandeurs d’emploi, les journalistes, les guides-conférenciers nationaux, les membres ICOM et les visiteurs handicapés, sur justificatif selon les informations pratiques recensées.

La billetterie en ligne du musée propose la réservation pour la visite libre du musée, collection permanente et exposition temporaire, ainsi que pour la visite guidée du musée et des temples du Grand Orient de France. Elle indique aussi le téléphone du musée, 01 45 23 74 09, et l’adresse de contact museefm@godf.org.
Photos © Yonnel Ghernaouti, YG

