(Les « éditos » de Christian Roblin paraissent le 1er et le 15 de chaque mois.)
Le vacarme envahit l’espace social. Il faut y faire du bruit pour exister. Ce Journal fait grand cas des perturbations qu’engendrent dans les têtes et dans les relations les clameurs qui fusent de partout, comme, à un moindre degré, le brouhaha permanent des conversations. Comment se concentrer et se recentrer, sans faire le calme en soi ? Serait-ce devenu une trop vaine espérance ?
L’actualité nous prend à partie et, dans ce tohu-bohu d’indignations qui s’entrecoupent, devons-nous céder à l’injonction de… prendre parti sur toutes choses, comme nous sommes sommés à tout instant de le faire ? Première règle d’hygiène mentale : examiner en quoi des réactions vives résolvent un tant soit peu les difficultés qu’elles prétendent trancher. La réponse est sous-jacente à la question.

Il y a, en effet, des débats entre Frères et Sœurs dont la Rédaction s’est fait l’écho, qui brouillent sérieusement l’écoute, comme on aime à dire au Canard enchaîné. Toutes et tous ont appris à lever le doigt pour demander la parole en loge. Quand je dis le doigt, c’est tout au plus l’index. Mais dès qu’ils s’expriment en ligne sur des forums ou des blogs et parfois physiquement à l’extérieur des temples, c’est le majeur qu’ils brandissent, sans demander la permission, en agonisant d’injures leurs semblables, en les frappant d’anathèmes. C’est ainsi qu’ils se condamnent mutuellement aux ténèbres extérieures de la franc-maçonnerie, c.-à-d. à errer irrémédiablement en des lieux totalement privés de Lumière.

Ici, nous ouvrons des débats. Certaines questions préoccupent nos consciences habituées à moins d’outrance et de radicalité. Nous offrons des angles nouveaux d’interprétation, en sollicitant les apports des sciences biologiques et humaines. Nous souhaitons comprendre comment de tels phénomènes déferlent, désormais, sur nous, sans crier gare.

Nous constatons tristement que nos exercices spirituels et sociaux ne sont pas assez fréquents pour nous éduquer avec robustesse à la mesure et nous obliger patiemment au résultat. Nous demandons plus d’engagement maçonnique et, pour tout dire, osons le mot : initiatique, afin que le franc-maçon ou la franc-maçonne échappe aux dérives voire aux dérapages que nous déplorons et conserve une vision d’ampleur, certes, lourde des contrastes ravageurs qu’on observe, mais riche de nouvelles possibilités constructives voire constructrices.
Avant toutes choses, imposons-nous de faire régulièrement silence en nous et d’en approfondir les disciplines. Laissons, alors, advenir les paroles et les actes qui, ne participant jamais au fracas du monde, ne se coupent pas davantage des voies du cœur. Et, pour celles et ceux que mes propos iréniques agaceraient, je leur dirais :
« Regardez l’Histoire ! Ne croyez-vous pas que la lenteur aurait apaisé ou corrigé les erreurs et les violences que produisent ou ravivent constamment toutes les formes de haine ou d’excitation, dans un jeu perpétuel d’effets et de contre-effets ? »
