Le monde n’est pas dangereux à cause de ceux qui font le mal, mais à cause de ceux qui regardent et laissent faire.
Albert Einstein
La banalité du mal, on connaît. La soumission servile à l’autorité aussi. Les études scientifiques l’ont largement démontré : donnez à un individu intelligent un tablier et un titre ronflant, et vous obtiendrez, avec une régularité désespérante, un mouton parfaitement capable de voter des résolutions parfaitement injustes tout en gardant un air de dignité offensée.
Le plus beau dans l’affaire, c’est que ces excellents exécutants se dédouanent ensuite avec une mauvaise foi olympique :
« Je n’ai fait qu’obéir aux ordres. »
Formule magique qui a déjà si bien réussi par le passé. On appelle ça « l’agentisation », un mot savant pour dire :
« Je ne suis qu’un petit engrenage, ne me reprochez rien. »
Le complice docile : vrai chef-d’œuvre de lâcheté

Mais quand on y réfléchit deux secondes, le plus pathétique n’est pas le tyran. Le tyran, au moins, il assume. Il a un plan, un intérêt, une ambition, parfois même un certain panache dans sa malhonnêteté.
Le véritable chef-d’œuvre, c’est le complice docile. Celui qui, par pure lâcheté,
- vote l’injustice,
- applaudit le scandale,
- et soutient son Grand Maître quoi qu’il arrive.
Lui n’a même pas le courage de ses propres compromissions. Il trahit par confort, par peur du conflit, par terreur de ne plus être invité à la table des puissants. Et le lendemain, il se regarde dans la glace en se récitant des maximes sur la fraternité et la rectitude.
Dans le secret de son petit cœur flétri, il sait. Il sait qu’il est un couard. Il sait qu’il est complice. Mais plutôt que d’affronter cette vérité inconfortable, il préférera toujours trouver :
- une excuse sophistiquée,
- un précédent historique,
- ou une lecture « ésotérique » qui justifiera sa soumission.
La difficulté de concilier tablier et vérité
Alors comment fait-il, le soir, pour concilier ce misérable spectacle avec son travail de maçon ? Mystère. Personnellement, je n’ai pas la réponse. Et entre nous… je préfère largement rester à ma place.
La question reste posée : dans une institution qui prêche la rectitude, la fraternité et la transformation intérieure, comment un homme peut-il voter l’injustice tout en se disant maçon ? Et surtout, comment fait-il pour regarder ses propres mains sans voir qu’elles sont déjà sales ?
Pour finir…
Le mal en Loge n’est pas seulement celui du tyran qui impose. Il est surtout celui du complice qui accepte, du maçon qui vote, du frère qui applaudit sans rien dire. La vraie question maçonnique n’est donc pas « Qui est le tyran ? » mais « Qui accepte de devenir son complice ? ». Et c’est précisément là que le tablier, au lieu de protéger, devient un masque de complicité.
