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Rassembler veut dire et doit comprendre à la fois «unir», «ordonner», «articuler» «optimiser». Épars veut dire à la fois divisé, désordonné, relié par de mauvais rapports, dépourvu de cohésion, privé de sens suffisant. Il importe donc d’agir sur tous ces plans. Réunir ce qui est épars consiste à (re)former un tout à partir d’éléments composites, similaires ou distincts qui, pour une raison ou pour une autre, se trouvent divisés, éclatés, séparés les uns des autres tout en leur gardant leur particularité.
Si la signification ésotérique de cette expression, réunir ce qui est épars, apparaît surtout au 3e degré, selon les Constitutions d’Anderson, la Franc-maçonnerie «a été fondée pour réunir les hautes valeurs morales qui, sans elle, auraient continué de s’ignorer, et pour être le centre de l’Union.» Remarquez bien qu’il est dit réunir et non rassembler !!!
C’est la fraternité qui rend possible une telle démarche, le symbolisme en est son outil par excellence. Elle est un but d’harmonisation du vivre ensemble.
L’assemblage des pierres taillées pour l’édification d’un temple en est la métaphore des rites de constructeurs.
Rassembler une séparation apparente
Le dualisme est la vision de l’antagonisme des contraires.
Le dualisme envisage uniquement la séparation que la conscience humaine a tracée entre le monde et le moi ; ces deux termes opposés, il les appelle «esprit et matière», «sujet et objet», ou «pensée et phénomène».
Le manichéisme est une doctrine religieuse, celle de Manès (Mani) au IIIe siècle, selon laquelle il y a deux principes premiers, le Bien et le Mal.
Un des fondements du manichéisme est de séparer le monde en deux : le royaume de la lumière, royaume de la vie divine, où s’exprime ce qui est de l’éternité et le royaume des ténèbres, royaume de la matière, royaume des morts, où s’exprime ce qui est de l’espace/temps. Par dérivation et simplification du terme, on qualifie aujourd’hui de manichéenne une pensée ou une action sans nuances, voire simpliste, où le bien et le mal sont clairement définis et séparés.

La Franc-Maçonnerie semble avoir admis l’influence gnostique qui affirme, au plan exotérique, que le bien s’oppose au mal, reprenant la séparation tirée à l’excès par Zoroastre, le mazdéisme, le manichéisme, où tout ce qui n’est pas le bien est négatif ; le Diable, du latin diabolus, du grec Διάβολος signifiant «diviser» ou «séparer», est l’esprit du mal. La même idée est exprimée différemment dès l’aube de la Franc-Maçonnerie française. On trouve encore dans l’Histoire pittoresque de la franc-maçonnerie et des sociétés secrètes anciennes et modernes de François-Timoléon Bègue Clavel, qu’à la question : Que fait-on à la loge de Saint-Jean? il est répondu : on y élève des temples à la vertu et l’on y creuse des cachots pour le vice.
Aujourd’hui encore on entend ce genre de réponses dans les rituels.
Le dualisme sépare par un cloisonnement moral qui, trop souvent, est enseigné dans le catéchisme de formation des jeunes maçons, leur laissant croire que le franc-maçon serait, évidemment, du côté exclusif du positif, du bien, de la pureté, de la lumière, saint parmi les saints. Cette démarche est à l’opposé de la quête initiatique et fraternelle qui rassemble ce qui est épars.
La Franc-maçonnerie, par les influences subies à caractère chevaleresque, hermétique, alchimique, compagnonnique a conservé et rassemblé différentes traditions et ésotérismes. «Voilà trois siècles que nous nous enrichissons de toutes les traditions spirituelles du monde, pourvu qu’elles ne soient pas contraires à nos principes de tolérance et de libre-pensée», résume Marc Henry, passé grand maître de la Grande Loge de France. La Franc-maçonnerie est un centre d’union rassemblant ce qui est épars.
Le mythe c’est le nom du monde pour celui qui est dans ce mythe. C’est pourquoi, la visite des peuples de la Terre nous offre une mosaïque de langues, de cosmogonies et de mythes. On peut donc se demander avec quelle source le mythe d’Hiram ou du tétragramme pouvait être interprété par les francs-maçons chinois par exemple ?
Changer nos mythes pour être universels ? Ne garder que le plus petit dénominateur commun spatial et intemporel ? Alors quel mythe pourrait être suffisamment «catholique» sans relent de colonialisme ni d’idéologie totalitaire ? Quelle structure pourrait le porter ? Quelle «association», avec un président, un secrétaire, un trésorier et des membres pour quel ensemble de règles qui permettraient de se reconnaître «reliés» tout en respectant l’hétérotopie (les lieux autres)… Une loi universelle pour l’humanisme et des pratiques locales pour la spiritualité et l’initiation ?
Cependant, dans la réalité, comme le remarque Régis Debray, les cultures (en particulier à travers leur sacré) fractionnent l’espèce humaine en forgeant des identités : « Un entre-nous, c’est toujours un contre-eux qui ne dort que d’un œil, toujours prêt à se réveiller au moindre empiétement. » Prenez le temps de parcourir l’ouvrage Les nuisances idéologiques de Raymond Ruyer
Malgré son apparence dichotomique, le pavé mosaïque n’est pas manichéen ; il est à considérer comme figure de la dualité, pas du dualisme, comme un plaidoyer pour la tolérance. Le maître-constructeur persan moderne élabore ses idées par une méthode secrète, dans laquelle un plan est divisé en carrés à carreaux égaux, dont chaque carré représente une ou quatre briques carrées comme celles utilisées en Perse. Il s’agit d’une miniature de celle qui est transférée au sol de l’atelier des maîtres, où les motifs sont incisés dans un plâtre de terrassement parisien prêt à servir de «moule» à partir duquel des dalles peuvent être coulées. («Ars Quat. Cor.», Vi, p. 99.) Le système forme pourtant le revêtement de sol de la maçonnerie libre; il est toujours en pratique secrète en Perse et est d’accord avec les dessins carrés de l’ancienne Égypte qui servaient à fixer un canon de proportion. La Guilde sans maçonnerie dit que le temple de Salomon avait des carrés d’une coudée maintenant représentés sur leur tapis. <John Yarker, The Arcanes Schools, 1909.
L’origine du mot mosaïque serait celle du mouséion, temple des muses et des arts. Une mosaïque est une décoration qui assemble des fragments pour en faire des motifs ou des figures. Ces fragments sont appelés des tesselles. La mosaïque sert au pavage du sol du temple maçonnique. C’est un assemblage complètement équilibré, parfait en régularité, de carreaux noirs et blancs alternés à l’infini, de lignes jointives sans épaisseur visibles en diagonale. Comme le rapporte Etienne Hermant, le Pavé mosaïque apparaît très tôt en maçonnerie et bien avant 1717 contrairement à ce qui a été avancé. Il apparaît déjà dans le Édimbourg Register House de 1696 dans la description des Trois joyaux (une pierre taillée, un pavage quadrillé et un large ovale), puis dans le Manuscrit Sloane de 1700 avec la même dénomination. On le trouve présenté dans le Ms Mason’s Examination (sous la dénomination de pavé d’équerre) et le Ms Wilkinson (pavé mosaïque), tous deux de 1727. Quant à l’étoile au centre du Pavé mosaïque, il ne s’agit pas d’une fantaisie, elle est présentée de cette manière dans la Maçonnerie Disséquée de Samuel Prichard de 1730 en désignation des «meubles dans votre loge» : le Pavé mosaïque qui couvre le sol de la Loge, l’étoile Flamboyante au centre et la bordure dentelée autour. La bordure dentelée qui entoure le Tableau de Loge donne la signification de l’ensemble du quadrillage. Il s’agit de la séparation du chaos (triangles noirs tentant de percer la Lumière et de l’envahir) et le mode crée (triangles blancs repoussant l’assaut), entre le monde profane et l’espace sacré. On assiste au triomphe de la Lumière sur la Ténèbre. Le Tableau de Loge, au centre du pavé mosaïque est un carré Long de Lumière que les ténèbres tentent d’envahir, la Lumière luit dans les Ténèbres et les Ténèbres n’ont pu s’en accaparer. Cette Lumière est consacrée au centre de la Loge par Beauté-Force-Sagesse lors de l’allumage des Piliers.
Au REAA du début du XIXe : Avez-vous des meubles dans votre Loge ? R. Oui. D. Quels sont-ils ? R. Le pavé mosaïque, l’étoile flamboyante et la houppe dentelée. D. Quel est leur usage ? R. Le pavé mosaïque est le sol de la Loge, l’étoile Flamboyante le Centre, et La houppe dentelée la bordure tout autour.
Le pavage peut être représenté par un tissu, une natte, symbole de l’isolement vis-à-vis de la terre et de ses salissures empêchant la prise de racine et offrant ainsi une possibilité d’élévation ; cet extrait de pavé mosaïque devrait être disposé à l’entrée du Temple, de façon que l’on soit obligé d’en fouler les dalles pour s’avancer en loge.
Il est réconciliation des deux extrêmes que sont les ténèbres et la lumière, le bien et le mal, Dieu et le Diable, l’infini négatif et l’infini positif des mathématiciens qui ne sont qu’Un. Pour cela, les Chevaliers du Temple en firent leur gonfanon composé, par moitié, du noir et du blanc, appelé aussi «baussant» signifiant «mi-parti de couleur».
La dualité est la vision de la complémentarité des contraires et de leur coïncidence dans l’unité.
La coincidentia oppositorum est l’une des manières les plus archaïques par lesquelles fut exprimé le paradoxe de la réalité divine.
Le présocratique Héraclite reconnaissait «la lutte nécessaire des contraires, harmonieux dans leur opposition même, définissant l’identité de ces mêmes contraires.» Hegel disait aussi : «chaque chose réelle implique une coexistence d’éléments opposés. Par conséquent, savoir, ou, en d’autres termes, comprendre un objet équivaut à en être conscient comme une unité concrète des déterminations opposées (Science de la logique, 1812).
C’est avec la dualité que le monde devient sensible ; elle est la limite de l’infini, là où disparaît le Un.
Les kabbalistes appellent Zivoug l’accouplement du masculin Beauté, (Tiferet), et du féminin Royaume (Malkhout) qui permet le retour à l’unité.
La Phénoménologie de la perception n’est véritablement thématisée qu’au moment où se radicalise la critique des oppositions de la réflexion (sujet-objet; intérieur-extérieur; moi-autrui, etc.) et se formule l’exigence dialectique de la «vraie philosophie» «saisir ce qui fait que le sortir de soi est le fait de rentrer en soi et inversement». Les notions fondamentales de la dernière philosophie de Merleau Ponty, chiasme, réversibilité, «dialectique sans synthèse» sont autant de tentatives pour remonter à l’origine ontologique de la diplopie de la philosophie (la chair comme voyant-visible) au lieu d’y rester enfermé en forçant l’un des opposés à se plier à l’autre.
C’est le ternaire qui devient l’expression de cette dualité.
C’est l’enseignement majeur de la symbolique de tout le décor de la loge, fondement de la formation de l’apprenti. Elle est manifestée dans le ternaire qui est constitué par un principe premier (au moins au sens relatif) dont dérivent deux termes opposés ou plutôt complémentaires (non duels mais duals). Car là même où l’opposition est dans les apparences et a sa raison d’être à un certain niveau ou dans un certain domaine, le complémentaire répond toujours à un point de vue plus profond, donc plus conforme à la nature réelle de ce dont il s’agit. C’est ce que dit le Zohar, le livre de la Splendeur de la Kabbale : «Trois sortent d’Un. Un est dans Trois. Un est au milieu de Deux et Deux embrasse celui du milieu et celui du milieu embrasse le monde.»
Dans le temple, tous les symboles de la dualité et ceux du ternaire montrent, à l’évidence, une vision de la complémentarité des contraires et de leur coïncidence dans l’unité.
Le ternaire est le premier des impairs. La triade, nombre mystérieux, qui joue un si grand rôle dans les traditions de l’Asie et dans la philosophie platonicienne, image de l’être suprême, réunit en elle les propriétés des deux premiers nombres. Le ternaire représentait pour les pythagoriciens non seulement la surface, mais encore le principe de la formation des corps.
René Guénon présente dans son livre La Grande Triade les divers types de rapports que peuvent entretenir les termes d’un ternaire. Trois fondamentaux se rencontrent dans la tradition : un principe se polarisant en deux complémentaires (comme c’est le cas pour l’unité dont dérivent le principe masculin, le ciel, et le principe féminin, la terre), un ternaire composé de ces deux complémentaires et de la résultante de leur union (comme c’est le cas pour le ciel, la terre et l’Homme, fils de la terre et du ciel), un ternaire linéaire où un terme engendre le deuxième qui engendre le troisième (comme c’est le cas pour les «trois mondes», la manifestation informelle, la manifestation subtile et la manifestation corporelle). Pour Papus (Traité Élémentaire de Science Occulte) «on appelle Père le principe divin qui agit sur la marche générale de l’Univers, Fils le principe en action dans l’Humanité, et Saint-Esprit le principe en action dans la Nature».
Le ternaire, incluant la terre, le ciel et l’homme, place ce dernier en position de médiateur entre les deux premiers ; autrement dit entre équerre et compas signalé comme étant le lieu où se trouve le maître signalé comme étant le lieu où se trouve le maître comme étant aussi le lieu où se trouve le maître en Franc-maçonnerie.
Des types de ternaires existent dans d’autres traditions : les trois mondes (le Tribhuvana hindou), le ternaire Spiritus, Anima, Corpus (se retrouvant dans la tradition chrétienne telle qu’exposée au Moyen Âge), le ternaire soufre, mercure, sel des alchimistes, le ternaire Deus, Homo, Natura (employé aussi par la chrétienté), le ternaire providence, volonté, destin (figurant dans la doctrine délivrée par Pythagore, par exemple), le triple temps (passé, présent, avenir), le Triratna bouddhique, Bouddha, Dharma, Sangha.
Si tous les êtres ne cessent jamais d’être contenus dans l’unité, en revanche, ils perdent de vue ce rattachement. Leur connaissance s’est obscurcie, d’où par exemple la souffrance et les erreurs sur la prétendue autonomie de l’individu.
Ce qui est appelé «âme» dans une vision ternaire de l’homme, c’est le monde mouvant, intermédiaire entre le corps terrestre et l’esprit de nature divine : il est fait d’émotions, de sentiments, d’images et de pensées, et il est appelé aux métamorphoses et aux transformations. Mais lorsque Socrate, les néo-platoniciens, les mystiques parlent de l’âme, c’est de l’âme-esprit qu’il s’agit : le principe lumineux, transcendant, immortel de l’être humain.
La vision ternaire des choses permet de s’extraire du dualisme pour comprendre la dualité afin de participer avec les trois niveaux (corps, âme et esprit) à la compréhension de l’univers.
On pourrait dire que la manifestation universelle est formée par des lettres séparées correspondant à la multiplicité de ses éléments, et que, en les réunissant, on la ramène par là même à son principe.
Dans les temps préhumains, les mythologies évoquent le démembrement de personnages (Ymir, Tiamat). C’est à partir des vestiges de leurs corps que sera générée la cosmogonie (ciel, terre, fleuves, plantes,…).
Réunir pour faire revivre
Une des narrations les plus complètes du mythe d’Osiris est celle de Plutarque, dans son De Iside et Osiride, dont il a eu, on ne sait comment, une connaissance plus complète qu’aucune source égyptienne, y compris celle des Textes des Pyramides. Les autres sources possibles sont : le Livre des Morts, les textes d’une stèle qui se trouve au Louvre, d’autres textes divers de l’Égypte antique, les recherches de spécialistes de l’Égypte ancienne.
Alors qu’il revient victorieux d’une longue campagne de conquêtes, Seth profite des fêtes organisées à cette occasion pour inviter son frère Osiris à un banquet. Au cours de la soirée, il le met au défi de s’allonger dans un grand coffre. Lorsque ce dernier y fut couché, Seth l’enferme et jette le coffre dans le Nil.
Isis, la Sœur-Épouse d’Osiris, part à la recherche de son âme afin de le ramener à la vie. Isis déchire ses vêtements et parcourt le monde à la recherche du coffre dans lequel «le Bienveillant» a été enfermé. Cependant de retour, elle ne ramènera pas Osiris car ceux qui descendent en ces lieux ne peuvent pas revenir et c’est seulement l’amour d’Isis, symbole de la régénération et de la vie éternelle qui permettra de retrouver le corps. Durant le voyage d’Isis aux enfers, le coffre contenant le corps, entraîné par la mer, atteint les côtes de Phénicie où il s’échoue aux pieds d’un acacia, ou d’un tamaris, selon les versions. La quête dura si longtemps que le tronc de l’acacia recouvrit la boite contenant le corps d’Osiris.
Le roi de Byblos, occupé à faire construire son nouveau palais, fait abattre l’arbre afin d’en faire l’une des deux colonnes qui doivent en décorer l’entrée. Isis entend parler de l’odeur qui s’échappait du tronc alors qu’on le coupait. Elle en comprend aussitôt la signification et se rend en Phénicie où on lui remet la colonne prodigieuse. Elle ouvre la colonne de bois et en retire le cercueil de son époux qu’elle arrose de ses larmes. Elle le ramène en Égypte et le cache au fond des marais afin que Seth ignore que le corps a été retrouvé. Mais au cours d’une chasse, ce dernier découvre le coffre. Furieux qu’Osiris soit encore entier malgré le temps écoulé, il décide de découper le cadavre en quatorze morceaux qu’il disperse à travers le pays. Le nombre de morceaux du corps d’Osiris varie selon les sources, de quatorze à quarante-deux. Les deux versions du Papyrus Jumilhac mentionnent quatorze morceaux collectés par Isis en douze jours, ce qui correspond à la durée de la fête du labour. Selon Diodore de Sicile, Typhon (autre nom de Seth, frère d’Osiris, principe du mal, des ténèbres et de la stérilité) découpa le corps de sa victime en vingt-six morceaux, un par conjuré. On donna à chacun une apparence momiforme avant de l’ensevelir. Enfin, la géographie sacrée d’Edfou mentionne autant de morceaux que de nomes (circonscriptions administratives de l’Ancienne Égypte), soit quarante-deux. Le corps démembré d’Osiris, dont l’inondation refait l’unité, se confond ainsi avec la terre d’Égypte. Ici, les quatorze morceaux représentent ceux qui sont retirés à la lune, dans la phase descendante, jusqu’à sa disparition totale. La quête d’Isis et la reconstitution du corps illustrent, au contraire, la phase ascendante, jusqu’à la réapparition de la pleine lune, reconstituée, l’œil oudjat.
Isis se met à la recherche des morceaux. Elle les retrouve tous à l’exception du sexe, dévoré par un oxyrhinque (ou un brochet du Nil). Aidé par Anubis, Thot et Nephtys, elle recompose le corps démantelé en douze parties et le momifie. Ramené à la vie par ces pratiques et désormais à l’abri de la mort, Osiris se retire dans les mondes souterrains, il laisse alors le trône du monde visible à son fils Horus qui deviendra le modèle des rois à venir.
C’est au 17ème jour du mois d’Athyr que la mythologie égyptienne place la mort d’Osiris : c’est l’époque où la pleine lune est surtout visible. Aussi les Pythagoriciens appellent-ils ce jour «interposition», et ont-ils pour le nombre 17 une complète répugnance. En effet, entre le carré seize (4×4) et le rectangle dix-huit (6×3), qui sont les seuls nombres de surfaces planes dont les périmètres se trouvent égaux à leurs aires, vient tomber le nombre dix-sept qui disjoint ces deux nombres, s’interpose entre eux et divise leur rapport en deux parties inégales.
Ainsi, sorti de sa gangue d’acacia, dépecé et recomposé, avec l’aide de trois autres divinités, Osiris sera relevé et momifié (le papyrus du Livre des Morts d’Ani, découvert à Thèbes en 1887 par Wallis Budge comporte une invocation toute spéciale : Hommage à toi, ô seigneur de l’Acacia). C’est seulement à l’issue de cette restructuration et de cette préparation à l’éternité qu’Osiris pourra reprendre son voyage. Ses os sont d’argent, ses chairs d’or, ses cheveux de lapis-lazuli.
Platon, Thalès, Eudoxe, Apollonius et Pythagore avaient rapporté d’Égypte ce principe, vrai ou faux, que dans l’économie de l’univers la vie sort du sein du trépas ; ce principe fut présenté sous l’allégorie d’Osiris expirant pour renaître sous le nom d’Horus.
C’est ce que l’on peut lire dans l’ouvrage du Docteur Pierre Gérard Vassal, Cours complet de Maçonnerie ou Histoire générale de l’Initiation depuis son origine jusqu’à, son institution en France, 1832, p.244 et 245. En voici un extrait :
Le 3ème grade se nommait en Égypte «porte de la mort». Le cercueil d’Osiris, dont l’assassinat était supposé récent, s’élevait au milieu de l’emplacement où se faisait la cérémonie. On demandait à l’aspirant s’il avait pris part au meurtre d’Osiris. Il était frappé, ou on feignait de le frapper, à la tête d’un coup de hache, il était renversé, couvert de bandelettes de momie, des éclairs brillaient, le mort supposé était entouré de feu. Assimilé à Dionysos, Osiris illustrait la théologie néo-orphique : la cosmogonie conçue comme un autosacrifice de la divinité, comme la dispersion de l’Un dans le Multiple, suivie par la «résurrection», c’est-à-dire par le rassemblement du Multiple dans l’Unité primordiale.
Osiris fut très tôt comparé au grain de blé enseveli (mourant), germant et réapparaissant à la lumière solaire, prêt à être la nourriture essentielle des hommes. De nombreuses illustrations représentent la momie du dieu couverte de grains de blé, ou de jeunes tiges de blé émanant de son corps allongé. Parce qu’il était l’image des cycles de la nature, on creusa dans la pierre des formes d’Osiris que l’on remplissait de terre, et dans lesquelles on répandait des grains de blé afin qu’il pousse dans le secret du tombeau. Ainsi, mis en terre en même temps que le défunt, le blé, symbole vital d’Osiris, était pour le disparu la certitude de sa renaissance future, l’assurance de la continuité de sa vie, puis de sa résurrection lumineuse. C’est pourquoi, dans le papyrus funéraire de Nu, Osiris déclare : «Je suis le Seigneur des hommes qui ressusciteront des morts.» C’est une telle image symbolique qu’utilisera le Christ lorsqu’il se comparera lui-même au grain de blé devant mourir pour renaître et produire de nouveaux grains au centuple. Certains gnostiques utilisèrent cette parole pour affirmer que le Christ avait suivi la totalité du parcours initiatique osirien afin de devenir à son tour un Osiris spirituel, un être de Lumière.
L’initié du 3ème grade des mystères d’Isis était d’abord conduit dans un vestibule au-dessus de l’entrée duquel était écrit «porte de la mort». Des momies et des cercueils étaient figurés sur les murs. Il trouvait bientôt un cadavre. Au milieu du vestibule était placé le cercueil d’Osiris, qui, à cause de son assassinat présumé, était empreint de tâches de sang. On demandait à l’aspirant s’il avait participé à ce meurtre ; à la suite de cette épreuve préparatoire, il passait dans une salle, où tous les initiés étaient habillés en noir ; on lui présentait une couronne qu’il foulait aux pieds, et le chef de l’initiation s’écriait «outrage, vengeance !», et saisissait de suite la hache des sacrifices, en frappaient doucement le candidat à la tête. À l’instant deux initiés le renversaient et l’enveloppaient de bandelettes ; tous ceux qui l’entouraient étaient dans la tristesse ; on le présentait dans cet état de mort apparente devant un tribunal qui déclarait qu’il n’avait point participé au meurtre d’Osiris, et on lui rendait la liberté ; … ; le signe de reconnaissance consistait dans une embrassade particulière.

En alchimie, au XVIIe siècle, le mythe d’Osiris est repris par Michael Maier dans son Atalanta fugiens sur son épigramme XLIV qui en fait une fugue, une gravure et un poème
Dionysos en Grèce, en Syrie Adonis,
En Egypte Osiris, sont le soleil des Sages.
Isis, épouse, sœur et mère d’Osiris
Unit ses membres saints déchirés par Typhon.
Mais le phallus se perd au fil de l’eau marine :
Le soufre qui donna le soufre n’est plus là.
Dans le mythe d’Osiris, nous voyons le principe : devenir tout d’abord quatorze, puis treize et enfin fonctionner physiquement, être matérialisé, suivant le nombre douze que nous retrouvons dans d’autres mythes, héritiers et successeurs de la mystique égyptienne.
En Grèce, l’homologue d’Osiris est Dionysos-Zagreus. Né d’une union illégitime de Zeus, l’enfant Dionysos encourt la haine d’Héra, qui le fait assassiner et mettre en pièces par les Titans; mais une autre divinité, Apollon ou Athéna, rassemble les membres suppliciés, et le jeune dieu reprend vie ; la biographie d’Atys, parèdre de Cybèle, comporte également castration, mort et renaissance. On n’en finirait pas d’énumérer les dieux dont l’histoire est conforme à cet itinéraire, dans lequel s’inscrit aussi celui d’Hiram. La mise en œuvre du mythe d’Hiram Abif, dans les rites égyptiens de la Franc-maçonnerie, est une opération de magie opératoire destinée à faire revivre à tous les maîtres maçons ce que les prêtres-initiés égyptiens ritualisaient dans la grande pyramide afin de transférer l’esprit du pharaon défunt (Osiris) au nouveau pharaon désigné pour en faire un nouvel Horus.
D’autres religions porteront plus avant cette connaissance au travers, notamment, du cycle d’Héraclès, puis, par la répartition des tâches apostoliques après la disparition terrestre du Christ. L’ordre de progression permettant à l’homme de reconquérir l’unité originelle disparue consiste donc à «fonctionner» dans le monde manifesté selon le mode duodécimal que symbolisent pour l’Égypte les douze morceaux du dieu disparu afin de remonter, de revivre, les phases successives du démembrement d’Osiris. Après avoir reconstitué cette première totalité et réalisé en soi la synthèse de l’ensemble de ces expérimentations, il deviendra alors possible de retrouver le cœur caché, le centre invisible d’énergie. Cette redécouverte implique la descente dans la caverne, puis la mort de tout ce qui a été notre comportement. Cette mutation ne peut intervenir que lorsque le temps est arrivé de mettre un terme à notre fonctionnement purement terrestre. À ce moment, celui-ci, bien qu’harmonisé avec l’universel, n’est plus adapté à notre nouvel ouvrage, c’est pourquoi une ultime transformation est nécessaire et permet de renaître enfin.
Rassembler ce qui est épars est la même chose que retrouver la parole perdue en associant les lettres du nom de la manifestation universelle qui pour René Guénon est le nom du GADLU (Symboles de la science sacrée).
Réunir un entre soi
«Réunir ce qui est épars» pour le Franc-maçon spirituel, serait donc travailler essentiellement sur soi-même et non sur les autres, afin de se réunifier pour retrouver l’unité première, car s’il est constitué : d’un corps (le soma) et d’un esprit (la psyché), sa démarche première consiste à retrouver cette unité Psychosomatique, afin de se réunifier.
En loge, le maçon se doit de ne plus être éparpillé, mais regroupé, centré, il ne doit faire plus qu’un avec toute la loge. Il doit regrouper ses pensées afin de mettre à profit l’instant présent, qui seul peut lui permettre de se dévoiler, de se découvrir, pour qu’enfin se révèle à lui sa vrai nature et qu’il puisse ainsi vivre l’expérience de l’éveil.
Elle rend apte à réintégrer le principe fécondateur disparu puis d’être créatif à notre tour, d’ensemencer les ténèbres de la lumière ainsi reçue. C’est alors que celle-ci s’enrichit des fruits de l’expérimentation.
La Franc-maçonnerie est une voie qui ne peut que proposer la lumière, lumière qui fera, ou pas, ensuite son chemin dans l’intériorité de chacun. Et c’est la somme des êtres ayant reçu la lumière qui fera évoluer l’humanité.
«Rassembler ce qui est épars» signifie surtout se réconcilier avec son propre «en soi». «Rassembler ce qui est épars» semble plutôt relever de l’individuel, de l’intériorité, et implique, par analogie, le retour au Un. Cet Un (aleph) s’est fragmenté dans le deux (Beth), inhérent à la Création. La maçonnerie appliquerait alors ce retour vers l’unité. L’union retrouvée n’est donc pas un pur retour à un état précédent, mais quelque chose de plus complexe où le répétitif s’allie à la prise de conscience d’une modification par «l’inversion de la dispersion».
Réunir ce qui est épars en conservant les différences n’est-ce pas la joie, le bonheur de la rencontre dans la complémentarité ? La réponse de Haïm Korsia, sur la vidéo Le sens de la vie dans le judaïsme
Heureux, ça se dit avec le mot en hébreu shaameach (שַׂמֵחַ) qui vient du mot shalom qui vous dira plénitude et ce n’est pas uniquement la paix c’est la plénitude, c’est-à-dire la construction de complémentarité.
