« Le manuscrit enluminé des Saints », ou la lumière transmise de main en main

Précédé d’une préface signée Yonnel Ghernaouti, Le manuscrit enluminé des Saints n’est pas seulement un beau livre consacré à l’hagiographie chrétienne. Jean-Luc Leguay et Thomas Grison y composent un ouvrage de contemplation active, où l’enluminure redevient présence, où le texte accompagne sans réduire, et où quarante-trois figures saintes reprennent voix dans notre présent comme autant de miroirs tendus à la conscience.

Jean Luc LEGAY

Il faut d’abord saluer ce que ce livre rend à l’image

L’enluminure n’y est jamais un simple embellissement. Elle agit comme une architecture intérieure. L’or, le bleu, le rouge, le vert, le blanc, jusqu’aux zones d’ombre, tout concourt à faire de la page un lieu de méditation. Le regard n’y circule pas comme dans un album. Il s’y arrête, s’y recueille, s’y transforme. Jean-Luc Leguay, héritier d’une transmission italienne pluriséculaire et maître d’une véritable « image de Lumière », donne à l’ensemble une intensité très singulière. La couverture consacrée à saint Christophe en offre l’une des plus belles expressions. Le saint n’y porte pas seulement l’Enfant, il porte plus grand que lui, et devient figure du passage, de la traversée et de la fidélité à une présence supérieure.

Face à cette puissance du visible, Thomas Grison apporte une écriture d’une remarquable finesse

Thomas-Grison

Ses textes ne se contentent pas d’expliquer. Ils écoutent les images, les prolongent, les ouvrent. Son parcours, nourri par une longue fréquentation du symbolisme chrétien et par des ouvrages consacrés au Tarot de Marseille, à l’épée, au miroir, à l’abeille ou à la grenade, l’a préparé à cet art délicat qui consiste à faire parler les attributs sans jamais les épuiser. Sous sa plume, chaque détail devient un seuil. L’épée, la rose, le feu, le dragon, la blancheur, l’eau ou le bâton ne sont jamais de simples motifs. Ils deviennent des questions adressées à l’âme. Cette écriture brève, dense et habitée donne au livre son souffle interprétatif.

Cette justesse se mesure à la manière dont les saints eux-mêmes sont traités

Saint Antoine le Grand y apparaît comme une figure de résistance intérieure et de maîtrise des passions. Saint Sébastien ne se réduit pas à l’image d’un martyre, mais devient celle d’une innocence blessée qui traverse l’épreuve. Sainte Agnès fait rayonner une pureté ardente. Sainte Marie l’Égyptienne porte un immense mouvement de conversion et de dépouillement. Saint Georges unit la chevalerie à la délivrance. Sainte Rita, saint Jean-Baptiste, sainte Marie-Madeleine, saint Michel, sainte Barbe, sainte Lucie ou saint Christophe élargissent encore la constellation. Le livre ne propose jamais un modèle unique de sainteté. Il offre une pluralité de chemins, une galerie de passages intérieurs, une cartographie du combat spirituel et du relèvement.

Il faut également souligner la beauté chorale de l’ensemble

CITIL blason

Autour de Jean-Luc Leguay se déploient les mains de Céline Bernard, Gaël Darras, Gaspard Destre, Gilles Jouanny, Arthur Lambert, Julie Lô, Sarah Narces, Adolphe Viala et Peggy Watry. Tous gardent leur souffle propre, mais tous servent une même exigence de lumière. Cette fraternité de l’image s’inscrit dans le travail vivant du CITIL, fondé par Jean-Luc Leguay avec Gilles Jouanny, puis prolongé par le CITIL Provence et par le mouvement Lumen Art.

Gilles Jouanny

Il ne s’agit pas seulement de conserver un savoir-faire. Il s’agit de transmettre une manière de voir, de tracer et d’habiter le monde, où la beauté n’est jamais décorative, mais porteuse de connaissance et de transformation.

Le manuscrit enluminé des Saints est ainsi un ouvrage rare

Rare par la tenue de ses images. Rare par l’intelligence symbolique de ses textes. Rare surtout parce qu’il rappelle qu’un livre peut encore devenir un lieu de recueillement, de conversion du regard et de transmission intérieure. Ces quarante-trois saints n’appartiennent pas seulement au calendrier chrétien. Ils deviennent ici des présences de seuil, des compagnons de conscience, des figures qui nous apprennent encore à porter la lumière plutôt qu’à la consommer.

Dans un temps saturé d’images fugitives, Jean-Luc Leguay, Thomas Grison et la fraternité des enlumineurs rappellent que voir peut encore relever d’un acte spirituel. Ils font paraître un ouvrage de contemplation active, un livre où l’image devient présence, où le verbe accompagne sans enfermer, et où la sainteté retrouve sa puissance de questionnement intérieur. C’est sans doute la réussite la plus profonde de ce livre, rendre à l’image sa gravité, au symbole sa respiration, et à la beauté sa vocation première, non distraire, mais éveiller.

Le manuscrit enluminé des Saints

Jean-Luc Leguay – Thomas Grison – Yonnel Ghernaouti (préf.)

Cépaduès, coll. de Midi, 2026, 106 pages, 29 €

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Aratz Irigoyen
Aratz Irigoyen
Né en 1962, Aratz Irigoyen, pseudonyme de Julen Ereño, a traversé les décennies un livre à la main et le souci des autres en bandoulière. Cadre administratif pendant plus de trente ans, il a appris à organiser les hommes et les dossiers avec la même exigence de clarté et de justice. Initié au Rite Écossais Ancien et Accepté à l’Orient de Paris, ancien Vénérable Maître, il conçoit la Loge comme un atelier de conscience où l’on polit sa pierre en apprenant à écouter. Officier instructeur, il accompagne les plus jeunes avec patience, préférant les questions qui éveillent aux réponses qui enferment. Lecteur insatiable, il passe de la littérature aux essais philosophiques et maçonniques, puisant dans chaque ouvrage de quoi nourrir ses planches et ses engagements. Silhouette discrète mais présence sûre, il donne au mot fraternité une consistance réelle.

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