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Ni faute ni rédemption chez Homère, mais une quête de sens. Gilbert Garibal relit L’Odyssée en philosophe : l’homme d’épée, la conscience du provisoire, l’utopie antique de la « vie bonne »… jusqu’à la flèche de Télégonos, qui donne à la fois un sens et une direction.

À chacun, à chacune sa lecture de L’Odyssée, une fable vieille de près de trois mille ans ! Voici mon interprétation, sans prétention aucune. C’est une fiction, on le sait, tout comme son auteur, Homère (le poète aveugle), qui n’a probablement jamais existé, ainsi que le laisse entendre sa présentation même. Il n’est pas question de culpabilité dans ce conte, mais de responsabilité humaine, dans une suite de faits qui sont autant d’affrontements ! Son grand thème, à mes yeux, est que l’homme n’aime pas l’homme, d’où la guerre perpétuelle (la preuve, encore aujourd’hui !).
Ulysse, l’homme d’épée

Ulysse symbolise cet « homme d’épée », avec ses qualités et ses défauts : la vaillance et l’hubris, c’est-à-dire la démesure. En l’occurrence, Ulysse n’est toutefois pas responsable de la guerre de Troie : c’est le prince Pâris qui la déclenche. L’épisode du cheval de Troie – symboliquement le mal « endémique » lové dans le ventre de l’Homme, sous la forme de multiples soldats – est une ruse d’Ulysse, l’intelligence pratique de l’Homme, en état de légitime défense, pour renverser la situation et… gagner cette guerre !
Ulysse ne mène pas ensuite une vie de rédemption (le concept de faute est une idée chrétienne, qui viendra plus tard !), mais une quête de sens, dans une vie qui n’en a pas ! Son retour vers Ithaque donne effectivement un sens : le caractère provisoire de la vie, donc la conscience de la vie, qui n’est autre qu’un épisode de paix nécessaire… avant un nouveau conflit. Un passage éclair dans son foyer pour revoir Pénélope !

Vivre au présent, viser la vie bonne
Il s’agit, à cette époque, de vivre la vie comme un long « présent », le passé et le futur n’existant respectivement plus et pas encore, selon la « vision quotidienne du temps ». De là découle le concept de « vie bonne » : le bien d’alors est un idéal, celui de l’exercice de la raison et des vertus, qui conduit à la sagesse.
L’intérêt majeur de cette Odyssée, de portée universelle, est qu’elle met en scène à la fois les spécificités de l’esprit humain (raison, intuition, imagination) et les outils psychiques que sa nature lui dicte pour agir et exister, plutôt que simplement vivre (répétition, imitation, domination). Ainsi, le fait d’apprendre la vie en société puis de vouloir prendre le pouvoir sur autrui, jusqu’à le tuer – la guerre –, est la contradiction même de l’homme, qui va à l’encontre de ce concept de vie bonne. Laquelle est donc, en soi, une sorte d’utopie antique. Mais… l’espoir, assorti d’action, fait vivre ! Contrairement à l’espérance, cette attente, chimère religieuse qui fait miroiter un autre monde après la mort !
Suivez la flèche !

Une dernière remarque : ce sont toujours les pères (les penseurs) qui envoient leurs fils (les acteurs) à la guerre – voyez les guerres modernes ! À noter aussi que la légende comporte le mot fin, mais pas le mythe, qui, lui, est à fin ouverte, donc interminable ! Comme par hasard, la tradition homérique a tout de même trouvé une fin, avec la Télégonie, suite perdue de L’Odyssée : Ulysse est tué par son fils Télégonos d’une lance dont la pointe est une arête de raie – une flèche venue de la mer, en somme –, accidentellement, donc pardonné d’avance ! À noter encore que la flèche indique à la fois un sens et une direction : elle est symbole d’amour et de mort. Une vie de mortel « batailleur » aura été plus excitante pour Ulysse que la vie éternelle et lascive que lui proposait en chemin la voluptueuse Calypso !
Telle est ma vision du monde homérique. Au vrai, le conte réaliste d’un Homère amer.
L’Odyssée d’Ulysse : quelle histoire !
Gilbert Garibal
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