L’Assemblée nationale vient d’adopter une résolution contre les Frères musulmans, alertant sur un entrisme tentaculaire dans la société française. Dans ce contexte, l’invitation de l’imam Tareq Oubrou, lié à l’UOIF, par une loge GLNF en 2019 n’interrogeait-elle pas déjà sur l’amorce d’une infiltration symbolique à l’occasion d’un pseudo dialogue initiatique ? L’anthropologue Florence Bergeaud-Blackler invite à scruter ces porosités discrètes.
Une résolution qui interroge les réseaux invisibles

Pourquoi l’Assemblée nationale, après un débat de près de cinq heures, vient-elle de voter, le 22 janvier 2026, par 157 voix contre 101, une résolution demandant une évaluation européenne de la mouvance des Frères musulmans ? Le rapport du ministère de l’Intérieur de mai 2025 y voit un entrisme multiforme : 139 lieux de culte, 21 écoles, 280 associations, doublant les effectifs militants en cinq ans. Une « double organisation » – officielle et secrète – finance-t-elle vraiment des « contre-sociétés » via le Qatar ou la Turquie, préparant un « islamisme municipal » pour 2026 ? Et la Franc-maçonnerie, avec son opacité initiatique, échappe-t-elle à ce maillage protéiforme ? Ce n’est pas céder à une prétendue paranoïa ambiante que de chercher, sur ce sujet comme sur d’autres, à faire la lumière et à mettre en garde, sachant que, malgré sa vigilance proclamée, la Franc-maçonnerie reste naïve, par nature, enracinée qu’elle est dans un humanisme confiant.
Tareq Oubrou : un parcours qui intrigue

Né en 1959 à Taroudant, autodidacte devenu « imam de Bordeaux », Tareq Oubrou revendique l’UOIF (ex-Frères musulmans en France) comme rempart contre le talibanisme : « Sans elle, je le serais devenu ». Sa «shari‘a de minorité », ancrée dans la principologie, adapte-t-elle vraiment la norme islamique à la laïcité française, ou conserve-t-elle une centralité coranique sous couvert d’herméneutique contextualisée ? De son rigorisme pro-voile des années 2000 à son « islam libéral » post-Charlie, chevalier de la Légion d’honneur malgré une fatwa de Daesh, ne mérite-t-il de susciter, au vu de son évolution, qu’une curiosité bienveillante et consensuelle ?
Le 26 novembre 2019, la loge Villard de Honnecourt (GLNF) l’accueille pour « Islam, une voie initiatique », célébrant sa réflexion sur la Révélation bédouine et l’Europe. Dialogue maçonnique enrichissant, selon les apparences, ou première brèche d’un frérisme migrateur vers des espaces symboliques ?
Florence Bergeaud-Blackler : un regard qui dérange

Et si l’anthropologue Florence Bergeaud-Blackler avait raison de parler du « frérisme » comme d’un islamisme culturel, infiltrant économie et institutions via un halal normatif plutôt que par une conquête empruntant trop visiblement les voies aménagées par l’État ? Ses enquêtes voient dans la «shari‘a de minorité » d’Oubrou une tactique d’adaptation : les concessions lexicales ne constituent-elles pas une monnaie d’échange au service d’un projet théologico-politique persistant ? Ce point de vue, certes, controversé, n’en invite pas moins à se demander : la Franc-maçonnerie, avec sa lampe équalisante, permet-elle de distinguer avec assez de rigueur et de perspicacité le désir légitime des loges dans leur ouverture pluraliste, d’une légitimation involontaire qui introduirait le ver dans le fruit ?
Vers une vigilance maçonnique repensée ?

Aucune preuve publique d’infiltration maçonnique n’existe, mais l’opacité des rites, la diversité des obédiences et moult débats chaotiques sur la laïcité menés à l’ombre d’un nombre appréciable de temples maçonniques ne créent-ils pas des failles théoriques ? L’exemple Oubrou-GLNF, tout anecdotique qu’il puisse paraître, n’avalise-t-il pas un frérisme suggérant une quête initiatique commune ? Plutôt que des protestations de bonne foi drapées dans une dignité ombrageuse que l’on connaît bien, ne faudrait-il pas renforcer contrôles internes, contre-discours et contextualisation historique – ligues factieuses, extrême droite – pour que les loges restent authentiquement des sentinelles de la République ?
Face à ces signaux parlementaires et symboliques, la Franc-maçonnerie française est-elle prête à s’interroger : jusqu’où tolérer sa porosité aux influences contemporaines, au risque de voir ses temples devenir par inadvertance les relais possibles d’un frérisme d’atmosphère ?
Allumons, au moins, cette veilleuse dans notre esprit !

personnellement je pense que ce groupuscule qu’est de nom: les frères musulmans est un danger pour notre république laïque, l’entrisme dont ils font foi, pour infiltrer toutes les souches de la société est effrayant.aussi nous devons quand cela le permet, notamment au cours de nos enquêtes pouvoir deviner et analyser la volonté véridique de certains postulants. pour info nous avons déjà été mis en garde par nos institutions et avons eu de notre côté, des cas similaires, cherchant dans la fraternité, la possibilité de faire ombrage,
La mémoire doit être travaillée pour ne pas oublier.
Tristesse pour les enfants de Gaza certes, sans oublier ce qu’a fait le Hamas et l’infiltration de celui ci dans Gaza.
Notre tolérance doit s’accompagner de vigilance.
Qu’une personne vienne de bonne foi est difficile à apprécier. Un F psychiatre me disait qu’en prison désintoxiquer un islamiste est impossible, par contre faire semblant pour tester l’autre est un de leur savoir faire.
Alors comment enrayer le phénomène sinon qu’en leur proposant un front uni. Non aux frères musulman, non aux petits arrangements pour « négocier ».
Il y a des mots qui n’existent pas où n’ont pas la même signification en tous pays. Laïcité est peu traduisible, et notre « négocier » =capituler, battre retraite en lâchant du lest.
Il ne peut y avoir de compromis avec un raciste, un islamiste, un antisémite…
J’ai dit
Entrisme des « frèristes » au sein de nos Loges ???
N’importe quoi, nous représentons tout ce qu’ils détestent au travers de nos rituels basés sur la Torah et les Evangiles…
Nous infiltrer non, nous détruire oui et à mon avis ils le feront dès qu’ils auront acquis assez de secteurs électoraux.
Merci à nos politiques naïfs qui leur ont facilité la tâche.
TAF de Breizh, ancien des RG (qui n’ont jamais cessé d’alerter lesdits politiques sur ce problème)
Entièrement d’accord avec vous helas.
https://youtu.be/000z6aLx13I?si=vVP-QW2IWIzNcoz0
Je me rends compte que la GNLF réputée très conservatrice est beaucoup plus ouverte et moins encline aux à priori que la plupart des SSFF qui ont semble-t-il oublié les principes de notre ordre : liberté, égalité, fraternité, et j’ajouterai bienveillance. Et je ne crois pas que nos FF de la GNLF soient des personnes crédules….
L’histoire de la religion partout ailleurs fait toujours grincer des dents surtout lorsqu’elle est mal abordée. C’est un sujet très délicat qu’il faudrait traiter avec délicatesse pour éviter des prises de bec.
Ce texte est lucide, raisonné, équilibré et objectif.
Comme pour toute idéologie, critiquer l’idéologie frériste est parfaitement légitime et n’en fait pas pour autant l’expression d’une stigmatisation des musulmans.
Ceux qui font ce parallèle s’égarent dans un confusionnisme militant qui vise à promouvoir un racialisme au mépris d’un universalisme républicain, laïque, humaniste et fraternel.
Ce n’est pas le fait de privilégier les relations entre soi qui est reproché aux frères musulmans, comme à toute autre organisation. Les francs maçons se fréquentent aussi et on s’aperçoit qu’au bout de plusieurs années, la grande majorité de nos relations sont frères. C’est logique. Vis à vis des frères musulmans, c’est le discours et le comportements qui sont en cause et paraissent contraires à notre mode de vie. L’Islam n’est pas qu’une religion. C’est un code civil intolérant.
Cet entrisme existe déjà avec succès. Certaines
Obediences ayant remplacé au deuxième degré
Confucius par Mahomet parmi les 5 Grands Initiés…
Je m’étonne toujours de l’oubli du principe de base qui fait de la République un espace où les hommes font des lois pour les hommes et de l’Islam où c’est Dieu (leur Dieu) qui fait des lois pour l’homme. L’Islam n’est pas une religion, c’est une loi ou un ensemble de lois qui régissent la condition humaine et son fonctionnement. Il est donc totalement opposé au principe de laïcité .Il convient de commencer par le rappeler avant toute discussion……Et merci à Florence de la rappeler régulièrement.
En Afrique, un proverbe dit que si le tam-tam fait un son fort, c’est parce qu’il est vide.
Cette article et les commentaires, à l’instar de Florence B-B qui ne parle pas un traître mot d’arabe, émanent de personnes qui ne connaissent rien au sujet dont ils veulent éclairer les autres. Pire encore, lorsqu’on écrit : « L’Islam n’est pas qu’une religion. C’est un code civil intolérant » c’est qu’on a rien à faire en FM. Il serait temps d’aller au 4eme Degré du REAA et apprendre les sentences.
Ce que je lis ici est la preuve que la Lumière n’a pas été perçue par tous les FM (reconnus…pas). L’ignorance-l’intolérance et… la haine n’ont pas fini de nous aveugler…
Mme F Blackler est une chercheuse imminente et une
lanceuse d alerte
Par définition l’entrisme islamique est une infiltration lente sournoise, sous des aspects de pseudo universalisme mais dont le but est l’installation d’un califat mondial . L’humanisme maçonnique et sa bienveillance sont des portes grandes ouvertes au frerisme, sans parler de la complicité de Lfi et de son antisemitisme avéré.
@ Marc-Olivier,
Bonjour,
Merci pour votre commentaire, mais permettez-moi de rectifier quelques points sur le parcours de Florence Bergeaud-Blackler, qui est souvent déformé dans les débats.
Elle est une anthropologue reconnue, chargée de recherche au CNRS (Centre national de la recherche scientifique), affectée au laboratoire GSRL (Groupe Sociétés, Religions, Laïcités) de l’EPHE/CNRS. Elle est titulaire :
– d’un doctorat en sociologie/anthropologie obtenu en 1999 à l’Université de Bordeaux,
– d’une habilitation à diriger des recherches (HDR) depuis 2019,
– et elle mène des recherches sur l’islam en contexte sécularisé depuis plus de 35 ans, notamment sur le marché halal et les normativités islamiques.
Elle a publié plusieurs ouvrages académiques et grand public, dont « Le Frérisme et ses réseaux, l’enquête » (Odile Jacob, 2023), qui analyse spécifiquement les réseaux liés aux Frères musulmans en Europe (et non l’islam en général).
Elle a été distinguée Chevalier de la Légion d’honneur en 2024 pour ses travaux.
Concernant l’arabe : elle n’a jamais revendiqué être arabophone native ou spécialiste linguistique au sens strict (comme traductrice ou philologue), mais ses recherches impliquent l’étude de sources en arabe et de contextes islamiques, ce qui est courant en anthropologie de l’islam.
Aucune source fiable ne la décrit comme « rien de tout cela » ; au contraire, son expertise est reconnue dans les milieux académiques et institutionnels (elle a été auditionnée par des commissions parlementaires sur l’islamisme).
Sur les liens supposés avec l’extrême droite : ses travaux sont controversés et critiqués par certains (notamment pour leur tonalité ou leur méthodologie), et elle a été invitée dans divers médias ou cercles (y compris conservateurs), mais elle reste une chercheuse CNRS indépendante. Elle a fondé le CERIF (Centre européen de recherche et d’information sur le frérisme), financé en partie par des donateurs privés, ce qui suscite des débats, mais cela ne la « lie » pas structurellement à l’extrême droite.
Des critiques (dans Le Monde, Mediapart, Orient XXI) pointent un positionnement plus militant que purement académique sur ce sujet sensible, mais d’autres saluent son travail documenté.
Quant à notre article, il parle explicitement de l’entrisme des Frères musulmans (organisation classée comme terroriste dans plusieurs pays, comme l’Égypte, l’Arabie saoudite, les Émirats, etc., et surveillée en France pour ses liens avec des mouvances radicales), et non des musulmans de France en général.
Il n’y a aucune insulte ni stigmatisation collective envers les concitoyens musulmans pratiquants ; le texte cible une organisation politique/idéologique précise et ses stratégies d’influence, pas une religion ou une communauté entière.
Critiquer les Frères musulmans n’équivaut pas à insulter les musulmans, pas plus que critiquer d’autres mouvements extrémistes ne stigmatise leurs coreligionnaires ou compatriotes. Encourager le débat factuel et nuancé me semble plus constructif que les attaques personnelles.
Cordialement.
Charles-Albert Delatour
Clair et objectif.
Une mise au point claire et bienvenue
La liberté de penser: Oui.
La liberté de conscience: Oui
La tolérance: Oui
La naïveté: NON
À la lecture de cet article, je m’interroge sur l’équilibre de la ligne éditoriale. Le choix de citer exclusivement une anthropologue connue pour ses positions très marquées à l’extrême droite donne une orientation qui semble manquer de pluralisme et pourrait s’apparenter à une forme d’instrumentalisation idéologique.
Bonjour,
Votre interrogation sur l’équilibre éditorial et le pluralisme est légitime en soi, mais elle repose ici sur une qualification inexacte et potentiellement diffamatoire de Florence Bergeaud-Blackler comme « connue pour ses positions très marquées à l’extrême droite ».
Cette chercheuse est chargée de recherche au CNRS (laboratoire GSRL/EPHE), docteure en anthropologie depuis 1999, habilitée à diriger des recherches (HDR) depuis 2019, et auteure de nombreux travaux académiques sur les normativités islamiques en contexte sécularisé, dont plusieurs ouvrages chez Odile Jacob.
Pour mémoire, les Éditions Odile Jacob sont une maison d’édition française indépendante, fondée en 1986 par Odile Jacob (avec le soutien de Bernard Gotlieb). Elles sont largement reconnues et respectées dans le paysage éditorial français, particulièrement pour leur travail de vulgarisation scientifique de haut niveau et pour la publication d’ouvrages sérieux et accessibles dans des domaines exigeants. Son ambition est clairement affichée :
« Comprendre notre société, les débats qui la façonnent et les découvertes scientifiques qui renouvellent la vision. »
Par ailleurs, notre compatriote a été distinguée Chevalier de la Légion d’honneur en 2024 pour l’ensemble de ses contributions scientifiques et publiques, et a reçu le Prix de la laïcité du Comité Laïcité République la même année.
Elle a été auditionnée à plusieurs reprises par des commissions parlementaires françaises (notamment en 2025 sur les liens entre mouvements politiques et réseaux islamistes), ce qui atteste de la reconnaissance institutionnelle de son expertise.
Qualifier une chercheuse CNRS, décorée de la Légion d’honneur et auditionnée par l’Assemblée nationale, d’« extrême droite » sans preuve concrète constitue une allégation grave, relevant potentiellement de la diffamation publique envers une personne privée exerçant une fonction publique (art. 29 et 32 de la loi du 29 juillet 1881 sur la liberté de la presse).
Les critiques méthodologiques ou idéologiques de ses travaux (parues dans Mediapart, Orient XXI, Le Monde, etc.) portent sur son approche parfois jugée militante ou sur la largeur de sa définition du « frérisme », mais aucune source sérieuse ne la rattache structurellement à l’extrême droite.
Son CERIF (Centre européen de recherche et d’information sur le frérisme) reçoit des financements privés (dont certains issus de cercles conservateurs), ce qui est courant dans le secteur associatif et ne vaut pas affiliation politique.
Notre article, que vous commentez, cite cette experte précisément parce qu’elle apporte des éléments documentés et sourcés sur les stratégies d’entrisme des Frères musulmans – organisation classée comme terroriste par plusieurs États (Égypte, Arabie saoudite, Émirats arabes unis, etc.) et surveillée en France pour ses liens avec des mouvances radicales.
Ces apports contribuent objectivement à l’échange de preuves : réseaux associatifs, financements, discours officiels, documents internes, etc.
Critiquer une organisation politico-idéologique spécifique n’est ni une stigmatisation des musulmans ni une absence de pluralisme ; c’est un débat légitime sur la laïcité, la démocratie et la sécurité, qui mérite d’être nourri par des faits plutôt que par des étiquettes disqualifiantes.
Si vous souhaitez un pluralisme accru, rien n’empêche de proposer d’autres sources ou experts contradictoires pour enrichir le débat.
En revanche, accuser sans fondement une contributrice reconnue d’appartenir à l’extrême droite n’aide ni l’échange ni la compréhension collective.
Cordialement.
Charles-Albert Delatour
je prends acte de cotre éclairage qui semble mieux documenté que mes propres affirmations!
entièrement d’accord, comme en tenue , il n’est pas interdit d’enrichir les publications
Florence Bergeaud-Blackler est une personnalité liée à des figures d’extrême-droite. Elle se prétend spécialiste et arabophone: elle n’est rien de tout cela. Il suffit de faire quelques recherches sur le net de tout cela pour trouver de vraies informations. Cessons de stigmatiser nos concitoyens musulmans et de les insulter à tout va…
@Marc-Olivier.
Je reconnais un frère FM. La Lumière a trouvé un écho. Ouf !
Certes, l’infiltration est un risque mais, faut-il pour autant ignorer un ou des avis ? Que penser, en écho à ceci, de la présence de frères engagés politiquement dans des courants extrémistes ? Y aurait-il des « mauvais » livres ? Il me semble – & ce n’est que mon avis – qu’inviter un profane, (sans pour autant l’initier), quel que soit ses opinions, peut apporter un éclairage utile. Ensuite à chaque frères &/ou sœur de se construire une opinion. C’est le prix de la liberté de pensée, me semble-t-il… Et, n’est-ce pas ce que nous recherchons ?