Vallat, Xavier (antimaçonnisme)

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Glossaire de la franc-maçonnerie

Xavier Vallat, né le 23 décembre 1891 à Villedieu (Vaucluse) et mort en janvier 1972 à Annonay (Ardèche), est un homme politique d’extrême droite, grand mutilé de la Première Guerre mondiale et député de l’Ardèche. Premier commissaire général aux questions juives du régime de Vichy, de 1941 à 1942, il a conçu et appliqué une politique d’exclusion et de spoliation des Juifs. Son itinéraire est exemplaire de l’articulation entre l’antimaçonnisme parlementaire de l’entre-deux-guerres, le nationalisme catholique et l’antisémitisme devenu politique d’État.

Un nationalisme catholique forgé dans la guerre

Xavier Vallat
Wikimedia Commons – Agence Meurisse (domaine public, voir notice détaillée) – Public domain

La Grande Guerre donne à Vallat son autorité morale et sa vision du monde. Blessé dès août 1914, il est à nouveau grièvement atteint au combat dans les chasseurs alpins et perd une jambe ; son frère meurt au front en 1915. De cette expérience, il tire la conviction que la nation des tranchées a été trahie par les politiciens et les influences étrangères.

Élu député de l’Ardèche en 1919, battu en 1924, il retrouve son siège en 1928 et le conserve jusqu’à la guerre sous les couleurs de la Fédération républicaine. Parallèlement, il devient l’un des orateurs les plus actifs de la Fédération nationale catholique, dont il anime pendant des années les congrès diocésains. Son nationalisme est indissociable de sa foi : la France qu’il défend est une France catholique menacée par des forces qu’il juge étrangères à son âme.

Un parlementaire en croisade contre les loges

Bien avant Vichy, Vallat fait de la lutte contre la franc-maçonnerie un axe de son action publique. Dès 1930, il réclame la dissolution des obédiences. Lecteur de la Revue internationale des sociétés secrètes et membre d’une ligue catholique antimaçonnique et antijuive, il devient en 1934 vice-président d’un groupe parlementaire de défense contre la franc-maçonnerie et prononce des conférences sur la « vérité » de l’institution. En 1935, il rejoint la direction de l’Union antimaçonnique de France.

En décembre 1935, lors du débat sur la dissolution des ligues armées, il dépose avec un collègue un amendement visant à étendre la mesure aux associations secrètes, c’est-à-dire aux loges. L’initiative n’aboutit pas, mais l’idée est formulée : cinq ans plus tard, la loi du 13 août 1940 la réalisera. Dans sa vision, Juifs, protestants et francs-maçons participent d’un même assaut contre la France catholique, selon une grille héritée de l’« anti-France » maurrassienne.

L’apostrophe de juin 1936

Le 6 juin 1936, Vallat prononce à la Chambre l’une des phrases les plus tristement célèbres de l’histoire parlementaire française. Alors que Léon Blum présente son gouvernement de Front populaire, il déclare que, pour la première fois, ce vieux pays gallo-romain sera gouverné par un Juif. Le président de la Chambre, Édouard Herriot, suspend la séance sous les protestations de la gauche, tandis qu’une partie de la droite applaudit.

L’épisode révèle la banalisation d’un antisémitisme de tribune dans les années 1930. Vallat ne parle pas en marginal : il est député depuis des années, ancien combattant respecté, figure du catholicisme militant. C’est précisément cette respectabilité qui rendra possible, quatre ans plus tard, son entrée dans l’appareil d’État.

Le premier commissaire général aux questions juives

Sous Vichy, Vallat transforme ses convictions en administration. D’abord secrétaire général aux anciens combattants, chargé de la Légion française des combattants, il est nommé au printemps 1941 à la tête du nouveau Commissariat général aux questions juives. Il y pilote le second statut des Juifs du 2 juin 1941, plus restrictif que celui d’octobre 1940, le recensement des Juifs ordonné le même jour, puis la loi du 22 juillet 1941 qui organise la mainmise sur leurs biens et entreprises. Il crée à la fin de 1941 l’Union générale des israélites de France, organisme imposé de représentation.

L’historien Laurent Joly a résumé cette trajectoire par une formule devenue classique : du nationalisme chrétien à l’antisémitisme d’État. Vallat revendiquait un antisémitisme français, juridique, distinct du racisme biologique nazi. Cette distinction n’a rien d’une circonstance atténuante : elle a permis d’exclure, de recenser et de dépouiller avec la caution de la loi. Écarté en mai 1942 sous la pression allemande, il est remplacé par Louis Darquier de Pellepoix, sous l’autorité duquel s’intensifient les déportations.

Antimaçonnisme et antisémitisme, une même grammaire

Chez Vallat, les deux hostilités ne se juxtaposent pas, elles se répondent. Les mêmes outils servent contre les francs-maçons et contre les Juifs : définition juridique d’une catégorie, déclaration imposée aux fonctionnaires, exclusion de la fonction publique et des professions, fichage, publicité des noms. La persécution des maçons relevait d’autres services que le Commissariat, mais elle procédait d’une même conception de la nation comme corps à purifier de ses éléments jugés étrangers.

Cette articulation éclaire l’expression de « complot judéo-maçonnique », omniprésente dans la propagande de l’époque. Pour Vallat comme pour bien d’autres, le franc-maçon est l’agent, le Juif l’inspirateur supposé, et la République laïque le résultat de leur alliance. Au cœur de l’été 1944, il prend même la parole à la radio collaborationniste après l’assassinat de Philippe Henriot, signe de son engagement jusqu’au bout.

Procès et mémoire

La justice de la Libération se montre relativement clémente envers lui. Arrêté en août 1944, jugé par la Haute Cour de justice en décembre 1947, il est condamné à dix ans de prison et à l’indignité nationale ; son passé d’ancien combattant pèse dans la décision. Libéré conditionnellement dès la fin de 1949, il est amnistié en 1954. Il poursuit ensuite une activité de journaliste monarchiste et dirige pendant quelques années un périodique de l’Action française d’après-guerre.

Lors de ses obsèques en janvier 1972, Beate et Serge Klarsfeld vinrent se tenir près de la tombe, une étoile jaune à la main. Ce geste silencieux résume le jugement de l’histoire sur celui qui avait mis son talent d’orateur et de juriste au service de l’exclusion.

Xavier Vallat montre que l’antimaçonnisme et l’antisémitisme de Vichy ne sont pas nés en 1940 : ils ont été préparés à la tribune, dans les ligues et la presse, par des hommes considérés comme respectables. Son parcours rappelle que les mots d’une assemblée peuvent devenir les articles d’une loi. Et que la loi peut devenir l’instrument d’un crime.

Voir aussi : Vichy et héritages antijudéo-maçonniques, Complot judéo-maçonnique, Péril judéo-maçonnique, Action française, Catholicisme et franc-maçonnerie, Maurras, Charles, Ligues antisémites et antimaçonniques, Coston, Henry, Ennemi intérieur.

Glossaire de la franc-maçonnerie

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