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Le péril judéo-maçonnique est l’une des expressions les plus caractéristiques de la fabrique française du soupçon. Elle désigne la croyance selon laquelle Juifs et francs-maçons formeraient une alliance secrète destinée à dominer la République, détruire l’Église, affaiblir la nation, contrôler la finance, orienter l’école, corrompre les mœurs et préparer un ordre mondial contraire aux traditions.
Une formule qui condense plusieurs peurs

Cette formule condense plusieurs peurs. Le Juif y est présenté comme puissance d’argent, d’influence ou d’errance cosmopolite. Le franc-maçon comme puissance de secret, de réseau et de subversion politique. Ensemble, ils deviennent les deux faces d’un ennemi total. Le péril judéo-maçonnique n’est pas une analyse. C’est une construction de haine. Elle ne cherche pas les causes réelles des crises. Elle désigne des coupables.
Son histoire traverse l’affaire Dreyfus, les ligues antisémites, l’Action française, la Revue internationale des sociétés secrètes, les milieux catholiques intégristes, les propagandes d’extrême droite et le régime de Vichy. Elle s’appuie sur des textes comme les Protocoles des Sages de Sion, faux antisémite majeur, que l’United States Holocaust Memorial Museum présente comme un document forgé diffusant des mensonges conspirationnistes sur les Juifs depuis plus de 120 ans.
La haine sous l’apparence de l’analyse
Le danger de cette expression est qu’elle fait passer la haine pour vigilance. Elle transforme la démocratie en façade, la République en complot, la laïcité en persécution, l’émancipation en machination. Là où il faudrait penser les conflits sociaux, religieux et politiques, elle impose une mythologie de l’ennemi intérieur.
La réponse maçonnique, historique et républicaine doit être sans ambiguïté. Le péril judéo-maçonnique n’existe pas comme réalité. Il existe comme poison. Il a servi à désigner, exclure, déshumaniser, spolier et persécuter. Le combattre, c’est défendre la vérité des faits, la dignité du judaïsme, la liberté maçonnique et la possibilité même d’une cité qui ne se fonde pas sur la haine d’un bouc émissaire.
Voir aussi : Judéo-maçonnisme, Protocoles des Sages de Sion, Antisémitisme, Vichy, Édouard Drumont.

Notice extraite de l’Abécédaire de trois siècles d’antimaçonnisme de Yonnel Ghernaouti.
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