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Les habitants des éléments : les forces de la nature

Toutes les cultures ont donné des formes humaines ou animales aux élémentaux, aux forces de la Nature, à travers les mythologies, les légendes ou les contes de fée : elfe (esprit de l’air), gnome (esprit des minerais), sylphe (esprit de l’air dans les arbres), salamandre(esprit du feu), ondine (esprit de l’eau),… Dans la mythologie populaire et le folklore, on les appelle péris, faunes, elfes, farfadets, gobelins, etc.

Les esprits Élémentaux sont définis dans Isis dévoilée comme : « Les créatures évoluant dans les quatre règnes de la terre, de l’air, du feu et de l’eau, et appelées par les cabalistes gnomes, sylphes, salamandres et ondines. On peut les appeler les forces de la Nature ; ils agissent, soit comme agents serviles des lois générales, soit comme des agents employés par les Esprits désincarnés, purs ou impurs, et par les adeptes vivants de la magie et de la sorcellerie pour produire des phénomènes déterminés. Ces êtres ne deviennent jamais des hommes. »

Le terme général « éléments » a été appliqué aux phases inférieures ou physiques de ces quatre principes primaires, et le nom « essences élémentaires » à leurs constitutions spirituelles invisibles correspondantes. Les minéraux, les plantes, les animaux et les hommes vivent dans un monde composé du côté grossier de ces quatre éléments, et construisent leurs organismes vivants à partir de diverses combinaisons de ceux-ci.

Les civilisations de la Grèce, de Rome, d’Égypte, de Chine et d’Inde croyaient implicitement en l’existence des satyres, des lutins et des gobelins. Elles peuplaient la mer de sirènes, les rivières et les fontaines de nymphes, l’air de fées, le feu de Lares et de Pénates, et la terre de faunes, de dryades et d’hamadryades. Ces esprits de la Nature étaient tenus en haute estime, et des offrandes propitiatoires leur étaient faites. Parfois, en raison des conditions atmosphériques ou de la sensibilité particulière du dévot, ils devenaient visibles.
De nombreux auteurs ont écrit à leur sujet en des termes qui suggèrent qu’ils avaient réellement vu ces habitants des royaumes plus subtils de la Nature.
Certains experts estiment que plusieurs des dieux vénérés par les païens étaient des élémentaux, car certains de ces invisibles étaient considérés comme ayant une stature imposante et une allure magnifique.

Pour Nicolas de Montfaucon, la nature de l’Adam avant sa chute possédait les perfections de ces quatre espèces  «Les salamandres, comme vous l’avez déjà peut-être compris, sont composés des plus subtiles parties de la sphère du feu, conglobées & organisées par l’action du feu universel, dont je vous entretiendrai quelque jour, ainsi appelle parce qu’il est le principe de tous les mouvemens de la nature. Les sylphes de même font composés des plus purs atomes de l’air, les nymphes des plus déliées parties de l’eau, & les gnomes des plus subtiles parties de la terre. Il y avoit beaucoup de proportion entre Adam & ces créatures si parfaites, parce qu’étant composé de ce qu’il y avoit de plus pur dans les quatre éléments, il renfermoit les perfections de ces quatre espèces de peuples, & étoit leur roi naturel».

Ainsi, Nicolas de Montfaucon, dit abbé de Villars, dans son fameux ouvrage de 1670,  Le comte de Gabalis ou Entretiens sur les sciences secrètes (Second entretien), les nomme les Sylphes, les Ondins ou Nymphes, les Gnomes & les Salamandres.

Pour William Adams, les esprits de la nature (également dénommés élémentaux) sont formés de matière éthérique et ils habitent par conséquent ce monde invisible qui anime et organise le monde visible.  Suit la liste de ces esprits éthériques :
Les Esprits de la Terre (Torn, lutin, gnome, kobolds, farfadet, nain, rhome, troll, faune, fée)
Les Esprits des Eaux (Vouivre, ondin et ondine, triton, sirelle, nymphe, néréide, sirène, fée de l’eau)Les Esprits de l’Air (Ryel, sylphe, sylphide, elfe, vestale, licorne, fée de l’air) Les Esprits du Feu (feu-follet, fée du feu, Salamandre)

L’air est donc de nature double : une atmosphère tangible et un substrat intangible et volatil que l’on peut qualifier d’air spirituel. Le feu est visible et invisible, discernable et indiscernable – une flamme spirituelle et éthérée se manifestant à travers une flamme matérielle et substantielle. En poursuivant l’analogie, l’eau se compose d’un fluide dense et d’une essence potentielle de nature fluidique. La terre, de même, possède deux parties essentielles : la partie inférieure, fixe, terreuse et immobile ; la partie supérieure, raréfiée, mobile et virtuelle.

Ces êtres sont considérés comme des entités vivantes réelles, souvent de forme humaine, mais habitant des mondes qui leur sont propres, inaccessibles à nos sens non développés. Paracelse affirme qu’ils possèdent chair, sang et os, mais ne sont pas de « véritables esprits » car ils se reproduisent, mangent et dorment, occupant une place entre les hommes et les esprits. Leur corps est composé d’une chair transsubstantielle, une « matière spirituelle » ou « éther », rendant leur substance un composite d’esprit et de matière. Composés d’un seul élément, ils n’ont pas d’esprit immortel et, à leur mort, se désintègrent dans l’élément dont ils proviennent, sans conserver de conscience individuelle. Leur durée de vie est longue, allant de trois cents à mille ans. Bien qu’incapables de développement spirituel, la plupart sont d’un caractère moral élevé et possèdent une intelligence spécialisée dans leur élément.

C’est dans Les Enseignements Secrets de Tous les Âges, de Manly P. Hall; l’encyclopédie ésotérique la plus complète que j’ai puisé les ressources de ce qui suit. C’est une lecture essentielle pour quiconque souhaite explorer la connaissance ésotérique.

Pour l’exposition la plus complète et claire de la pneumatologie occulte existante (la branche de la philosophie traitant des substances spirituelles), l’humanité est redevable à Philippus Aureolus Paracelsus (Theophrastus Bombastus von Hohenheim), détenteur du Secret Royal (la Pierre Philosophale et l’Élixir de Vie). Paracelsus croyait que chacun des quatre éléments primaires connus des anciens (terre, feu, air et eau) se composait d’un principe subtil et vaporeux ainsi que d’une substance corporelle grossière. La pneumatologie occulte, telle qu’exposée par Paracelse, laisse penser que chacun des quatre éléments primaires – la terre, le feu, l’air et l’eau – possédait une double nature : une substance corporelle grossière et un principe subtil, vaporeux ou spirituel. C’est dans ces essences spirituelles invisibles, appelées essences élémentales ou éthers élémentaux, que résident les élémentaux ou esprits de la nature. Paracelsus diffère quelque peu des mystiques grecs concernant les limitations environnementales imposées aux esprits de la nature. Le philosophe suisse les constitue d’éthers subtils invisibles. Selon cette hypothèse, ils ne seraient visibles qu’à certains moments et uniquement pour ceux en harmonie avec leurs vibrations éthérées

Paracelse a divisé ces habitants des éléments en quatre groupes distincts :

Les Gnomes (Esprits de la Terre) :

Les gnomes sont de tailles variées – la plupart bien plus petits que les êtres humains, bien que certains aient le pouvoir de changer de stature à volonté. Cela résulte de la mobilité extrême de l’élément dans lequel ils évoluent. À leur sujet, l’abbé de Villars écrivit : « La terre est presque remplie jusqu’à son centre de gnomes, un peuple de petite stature, gardiens des trésors, des minéraux et des pierres précieuses. Ils sont ingénieux, amis de l’homme et faciles à gouverner. »

Tous les auteurs ne s’accordent pas sur la disposition aimable des gnomes. Beaucoup affirment qu’ils sont d’une nature rusée et malicieuse, difficiles à gérer et traîtres. Cependant, les écrivains s’accordent à dire que, lorsqu’on gagne leur confiance, ils sont fidèles et loyaux.

Les esprits de la terre se réunissent à certaines périodes de l’année en de grands conclaves, comme le suggère Shakespeare dans Le Songe d’une nuit d’été, où les élémentaux se rassemblent pour célébrer la beauté et l’harmonie de la nature ainsi que les perspectives d’une excellente récolte.

Ils résident dans l’éther terreux et ont un immense pouvoir sur les roches, la flore et les minéraux.
ils sont les gardiens de trésors cachés et travaillent avec les pierres, les gemmes et les métaux. Le groupe inclut les pygmées, sprites des arbres et des forêts, sylvestres, satyres, pans, dryades, hamadryades, elfes, brownies et petits vieux hommes des bois.
Ils peuvent changer de taille à volonté.
Leur disposition est décrite comme ingénieuse et amicale envers l’homme, bien que certains les jugent rusés et malicieux. S’ils sont fiables, ils sont loyaux.
Ils sont gouvernés par un roi nommé Gob, d’où le terme « gobelins ».
Ils sont associés au Nord et à un tempérament mélancolique.
Ils se marient, ont des familles (gnomides) et des appétits insatiables. Les jeunes enfants les verraient souvent.

Les Ondines (Esprits de l’Eau) :

Il existe de nombreux groupes d’ondines. Certaines habitent les chutes d’eau, où elles peuvent être vues dans les embruns ; d’autres vivent dans les rivières à courant rapide ; certaines ont leur habitat dans les marais ou les fagnes suintantes ; tandis que d’autres groupes résident dans les lacs de montagne limpides. Selon les philosophes de l’Antiquité, chaque fontaine avait sa nymphe ; chaque vague océanique, son océanide. Les esprits de l’eau étaient connus sous des noms tels que oréades, néréides, limoniades, naïades, sprites d’eau, sirènes, et potamides. Souvent, les nymphes d’eau tiraient leurs noms des ruisseaux, lacs ou mers dans lesquels elles résidaient.
Elles évoluent dans l’éther humide (ou liquide) et contrôlent l’eau dans la nature.
La beauté est leur principale caractéristique, et elles sont le plus souvent symbolisées comme féminines.
Elles habitent les chutes d’eau, les rivières, les marais, les fagnes et les lacs.
Elles sont connues sous des noms comme oréades, néréides, limoniades, naïades, sprites d’eau, sirènes et potamides.
Elles peuvent prendre l’apparence humaine mais retournent toujours à l’eau.
Elles travaillent avec les essences vitales et les liquides des êtres vivants.
Leur souveraine est Necksa.
Elles sont associées à l’Ouest et à un tempérament vital et émotionnel.
Les sirènes, mi-humaines mi-poissons, sont parmi les ondines les plus célèbres.

Les Salamandres (Esprits du Feu) :

Pour l’alchimiste, Paracelse, la salamandre est l’élémental du feu, son esprit. Invoquée dans le «labo-oratoire» de l’adepte, la salamandre active la température du feu.
Dans l’Antiquité Pline décrivait déjà la salamandre comme un animal si froid que rien qu’à toucher le feu il l’éteint comme le ferait de la glace.
À la Renaissance, la salamandre prend pour nom Vulcanales, Vénus de Vulcain, le dieu forgeron de Rome qui vivait dans les flammes de sa forge. Le Roi François 1er la prendra pour emblème avec la devise « Nutrico et Extinguo » (j’entretiens et j’éteins).
Elles vivent dans l’éther spirituel atténué du feu et sont essentielles à l’existence du feu matériel.
La communication humaine avec elles est difficile à cause de leur élément ardent, mais peut être facilitée par l’encens.
Elles peuvent apparaître comme de petites boules ou langues de feu, ou sous une forme semblable à un lézard ou d’énormes géants flamboyants.
Elles sont les plus puissantes et les plus fortes des élémentaux, dirigées par un esprit flamboyant nommé Djin.
Elles sont dangereuses et les sages étaient mis en garde de s’en tenir éloignés.
Elles sont associées au Sud et influencent les êtres de tempérament ardent ou tempétueux, agissant sur la chaleur corporelle et la circulation sanguine.

Les Alchimistes l’associent au Mercure, le vif-argent, c’est à dire à l’esprit créateur. La salamandre est symbole d’immortalité : son corps peut s’autorégénérer.

Les Sylphes (Esprits de l’Air) :

Ils vivent dans un milieu invisible, intangible et spirituel, un éther bien plus subtil que l’atmosphère terrestre.
Ils sont les plus élevés des élémentaux en raison du taux vibratoire de leur élément.
Ils ont une longue durée de vie (centaines, voire mille ans) et des sens d’une grande perfection.
Leur tâche est de modeler les flocons de neige et de rassembler les nuages (avec les ondines). Les vents sont leur véhicule.
Leur chef est Paralda, qui résiderait sur la plus haute montagne de la terre. Les femelles sont appelées sylphides.
Ils peuvent prendre une forme humaine pour de courtes périodes et sont souvent représentés avec des ailes.
On pense qu’ils inspirent les rêveurs, les poètes et les artistes.
Ils sont associés à l’Est et à un tempérament joyeux, changeant et excentrique.
Ils travaillent avec les gaz du corps humain et le système nerveux.

Paracelsus ajoute que, tandis que l’homme est composé de plusieurs natures (esprit, âme, esprit et corps) combinées en une seule unité, l’élémental n’a qu’un seul principe, l’éther dont il est composé et dans lequel il vit. Il faut se rappeler que par éther, on entend l’essence spirituelle de l’un des quatre éléments. Il y a autant d’éthers que d’éléments, et autant de familles distinctes d’esprits de la Nature qu’il y a d’éthers. Ces familles sont complètement isolées dans leur propre éther et n’ont aucune interaction avec les habitants des autres éthers ; mais, comme l’homme possède en lui des centres de conscience sensibles aux impulsions des quatre éthers, il est possible pour n’importe quel royaume élémental de communiquer avec lui dans des conditions appropriées.

C’est pourquoi, les anciens croyaient que des guerres pouvaient éclater entre ces royaumes élémentaux ou au sein de leurs groupes, se manifestant par des phénomènes naturels comme la foudre brisant les rochers.

Il est crucial de ne pas confondre les esprits de la nature avec les démons. L’Église chrétienne a erronément regroupé toutes les entités élémentales sous le titre de « démon », ce qui a conduit à les percevoir comme maléfiques, alors qu’ils ne sont pas plus malveillants que les minéraux, les plantes ou les animaux. Ils se distinguent également des incubes et succubes, qui sont des créations parasitaires maléfiques issues des pensées et émotions négatives, et des vampires, corps astraux de personnes mortes ou vivantes volant l’énergie vitale.

Il est d’autres Esprits que l’on rencontre dans la nature (Géant, dragon, orbe)

L’idée, autrefois répandue, selon laquelle les éléments invisibles entourant et pénétrant la terre étaient peuplés d’êtres vivants et intelligents, peut sembler ridicule à l’esprit prosaïque d’aujourd’hui.
Pourtant, le folklore et la mythologie de tous les peuples regorgent de légendes concernant ces mystérieuses petites figures qui hantent les vieux châteaux, gardent des trésors dans les profondeurs de la terre, et construisent leurs demeures sous la protection des champignons. Les fées sont le délice de l’enfance, et la plupart des enfants y renoncent avec résistance.
Il n’y a pas si longtemps, les plus grands esprits du monde croyaient en l’existence des fées, et il reste une question ouverte de savoir si Platon, Socrate et Jamblique avaient tort lorsqu’ils affirmaient leur réalité.

L’élément eau des anciens philosophes s’est métamorphosé en l’hydrogène de la science moderne ; l’air est devenu l’oxygène ; le feu, l’azote ; la terre, le carbone.
Ainsi le biologiste Henry Drummond, dans Natural Law in the Spiritual World,  décrit le processus des commencements de la vie : « Si nous analysons ce point matériel où toute vie commence, nous le trouverons constitué d’une substance claire, sans structure, semblable à de l’albumen ou du blanc d’œuf. Elle est composée de carbone, d’hydrogène, d’oxygène et d’azote. Son nom est protoplasme. Et elle est non seulement l’unité structurelle avec laquelle tous les corps vivants commencent leur vie, mais aussi celle avec laquelle ils sont ensuite construits. Le protoplasme, dit Huxley, simple ou nucléé, est la base formelle de toute vie. C’est l’argile du Potier. »

Le système de Leibniz a été qualifié d’atomisme spirituel. Pour lui, atomes et éléments sont de la substance, pas de la matière. . Ces particules élémentaires sont des forces vitales qui n’agissent pas mécaniquement, mais à partir d’un principe interne.

Ce sont des centres de force ou, mieux, des « êtres spirituels dont la nature même est d’agir »

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Juan Perón et la Franc-maçonnerie : révélations, contradictions et héritage d’un secret politique

De notre confrère argentin derechadiario.com.ar

Introduction : un tabou révélé dans les archives de l’histoire Argentine

Le 8 novembre 2025, la Grande Loge d’Argentine de Francs-maçons Libres et Acceptés a franchi un cap inédit en ouvrant une partie de ses archives historiques au public, dans le cadre de La Noche de los Museos. Parmi ces documents jaunis par le temps – lettres, formulaires d’adhésion, correspondances internationales entre loges – émerge une révélation explosive : Juan Domingo Perón, le fondateur du péronisme et trois fois président de l’Argentine (1946-1955 et 1973-1974), était bel et bien Franc-maçon.

Alfonsín Franc-maçon Source : Infobae | Journal de La Derecha

Accompagné de preuves similaires pour Raúl Alfonsín (1983-1989), ce scoop met un terme à des décennies de rumeurs, de démentis et de théories conspirationnistes. Infobae, premier média à y accéder, qualifie ces papiers de « première preuve documentaire directe ».

Pourtant, Perón, farouche critique public de la maçonnerie, avait nié toute affiliation jusqu’à sa mort en 1974. Cette découverte n’est pas seulement anecdotique : elle interroge l’ensemble de son parcours, de son ascension militaire à son exil européen, en passant par ses politiques populistes et ses alliances occultes. À la lumière de ces archives et de la biographie exhaustive de Perón, cet article décrypte les strates d’un engagement secret qui pourrait avoir modelé l’histoire argentine du XXe siècle.

Les origines d’un héritier maçonnique : enfance et ascension militaire

Né le 8 octobre 1895 à Lobos, dans la province de Buenos Aires, Juan Domingo Perón grandit dans un contexte familial marqué par l’humilité rurale et des influences discrètes. Fils illégitime de Mario Tomás Perón, un modeste employé des chemins de fer, et de Juana Sosa, issue d’une lignée métissée potentiellement tehuelche (peuple autochtone patagonien), Perón revendiquait fièrement ses racines indigènes pour souligner son ancrage populaire.

Son grand-père maternel, maçon convaincu, représente le premier lien tangible avec la Franc-maçonnerie – un héritage familial qui, bien que non direct, imprègne l’atmosphère de son enfance itinérante en Patagonie (Río Gallegos, Cabo Raso). Des débats historiographiques persistent sur cette ascendance tehuelche, que Perón utilisait pour forger son image de « leader du peuple », mais aucun document ne lie explicitement ce grand-père à l’initiation de son petit-fils.

Entré au Collège militaire national en 1909, Perón en sort sous-lieutenant en 1913, marquant le début d’une carrière fulgurante. De 1914 à 1919, il sert au 12e régiment d’infanterie à Paraná, où il vote pour le radical Hipólito Yrigoyen en 1916, signe précoce de son inclinaison progressiste contre les conservateurs oligarchiques. Il participe à la répression de grèves ouvrières, comme celle de La Forestal en 1919, et à la sanglante « Patagonie rebelle » – des épisodes qui forgent son pragmatisme syndical futur, sans trace maçonnique évidente. Champion d’escrime militaire en 1918, promu capitaine en 1924, il publie des ouvrages comme Hygiène militaire (1924) et étudie à l’École supérieure de guerre en 1926.

C’est dans les années 1930 que les ombres maçonniques se dessinent. Attaché militaire au Chili de 1932 à 1938, Perón voyage en Europe (Italie, Allemagne, France, Espagne, URSS), assistant à des cours sur l’économie et les conflits mondiaux. Des sources ultérieures suggèrent une initiation précoce au Chili en 1936, juste avant son retour en Argentine comme colonel. Promu major après le coup d’État de 1930 contre Yrigoyen – qu’il collabore en sécurisant la Casa Rosada –, Perón rejoint le Groupe des Officiers Unis (GOU), une loge militaire secrète nationaliste et anti-maçonnique en apparence, formée pour renverser le président Ramón Castillo et maintenir la neutralité pendant la Seconde Guerre mondiale.

Cette contradiction initiale préfigure les ambiguïtés de son rapport à la maçonnerie : le GOU, bien que non affilié au Rite Écossais, opère comme une société initiatique, influençant la Révolution de 1943 qui porte Perón au secrétariat au Travail.

L’Initiation secrète : de l’exil européen au 33e degré

Lettre affirmant que Perón était maçon. Source : Infobae | Journal de La Derecha

La révélation des archives de la Grande Loge d’Argentine, fondée en 1857 et installée au Palacio Cangallo (inspiré du Temple de Salomon), pointe vers une initiation formelle durant l’exil de Perón (1955-1973). Après son renversement par la « Révolution libératrice » en 1955 – un coup qu’il attribue plus tard à une « synarchie internationale » incluant maçons, capitalistes et communistes –, Perón fuit au Paraguay, puis au Panama, Nicaragua, Venezuela et Espagne.

C’est à Madrid, en 1973, que Licio Gelli, grand maître de la loge italienne Propaganda Due (P2), l’initie au Rite Écossais Ancien et Accepté, selon les déclarations de Gelli lui-même : « Perón était maçon, je l’ai initié à Madrid à Puerta de Hierro en juin 1973. »

Les documents confirment une affiliation antérieure en Suisse, via la Grande Loge Alpina, où Perón atteint le 33e degré – le plus élevé, réservé aux « Souverains Grands Inspecteurs Généraux » – avant son retour triomphal en Argentine. Pablo Lázaro, actuel président de la Grande Loge, insiste sur l’activité de Perón :

« Ces documents prouvent non seulement qu’il était membre, mais qu’il était actif. »

Perón nommé Grand Maître Maçon. Source : Infobae | Journal de La Derecha

Des lettres et formulaires d’adhésion montrent des échanges avec des loges internationales, reliant Perón à un réseau transatlantique. Cette initiation tardive s’inscrit dans un contexte d’exil fertile : à Madrid, Perón publie Los Vendepatria (1956) et rencontre Che Guevara (1959-1962), tout en tissant des liens avec des exilés fascistes et des réseaux atlantistes. La P2, loge clandestine dirigée par Gelli (un ancien de la République de Salò), devient un vecteur d’influence : Gelli conseille économiquement Isabel Perón et José López Rega, fondateur de la Triple A (Alliance Anticommuniste Argentine). Des membres de la junte militaire argentine (1976-1983), comme Emilio Massera, étaient affiliés à la P2, reliant Perón à des dynamiques plus sombres.

Contradictions publiques : le Péronisme anti-maçon ou une stratégie d’occultation ?

Perón incarna une paradoxale hostilité publique à la franc-maçonnerie, tout en étant initié en secret. Dans une interview de 1970 à Tomás Eloy Martínez, il dénonce les maçons comme partie d’une « synarchie internationale » responsable de son coup d’État de 1955, aux côtés du « sionisme, du communisme et du clergé traditionnel ».

Pourtant, il admet leur rôle dans l’indépendance argentine de 1816. Cette rhétorique s’inscrit dans son opposition au GOU anti-maçonnique des années 1940, où il critique les loges comme élitistes et anti-populaires. Des historiens y voient une stratégie : en Argentine, la maçonnerie, influente depuis Domingo F. Sarmiento et Bartolomé Mitre (XIXe siècle), est associée à l’oligarchie libérale que Perón combat.

Le livre de Potash qui a révélé les documents du GOU. Source : Infobae | Journal de La Derecha

Ses politiques justicialistes – « troisième position » entre capitalisme et communisme – résonnent pourtant avec des idéaux maçonniques : fraternité ouvrière, laïcité, éducation gratuite (triplement des étudiants universitaires en 1949), droits des femmes (suffrage en 1947, impulsé par Eva Perón). La Fondation Eva Perón (1948), financée à hauteur de 1 % du PIB, évoque les œuvres philanthropiques maçonniques. Des controverses posthumes amplifient le paradoxe : en 1985, la profanation de sa tombe à San Vicente – mains sectionnées pour une rançon – est attribuée à la P2, en représailles à un prétendu manquement de Perón envers Gelli. Cette affaire, impliquant des complices militaires, souligne les enjeux occultes de son héritage maçonnique.

Contradictions Clés de Perón vis-à-vis de la MaçonnerieExemples
Critiques PubliquesAccuse les maçons de complot en 1955 ; dénonce la « synarchie » en 1970.
Liens PrivésInitiation en Suisse/Espagne ; 33e degré ; amitiés avec Gelli (P2).
Influences PolitiquesSoutien à l’indépendance argentine (1816) via maçons ; politiques sociales alignées sur fraternité maçonnique.
Héritage PosthumeProfanation de tombe (1985) liée à P2 ; membres de junta (1976-1983) affiliés.

Implications politiques : une influence sur le péronisme et l’histoire argentine ?

L’adhésion de Perón à la maçonnerie éclaire rétrospectivement son « justicialisme » : nationalisations (ferrovias en 1948, Aerolíneas Argentinas en 1950), État providence (santé unifiée sous Ramón Carrillo, retraite pour ouvriers), et diplomatie non-alignée (ONU, reconnaissance de l’URSS). Ces réformes, influencées par la doctrine sociale catholique (Rerum Novarum), convergent avec l’humanisme maçonnique universaliste. Son exil renforce ces liens : la P2, via Gelli, facilite son retour en 1973, où il nomme Cámpora (péroniste) président intérimaire.

Des photos montrent Gelli à la Casa Rosada avec Perón et Giulio Andreotti, soulignant un réseau transatlantique. Pour Raúl Alfonsín, les documents révèlent une adhésion active, contrastant avec son image de démocrate radical. Ensemble, ces révélations « démystifient » la maçonnerie, comme l’affirme Lázaro : « Elle n’a rien à cacher. »

En Argentine, où la Grande Loge compte aujourd’hui 10 000 membres (contre 2 200 en 2008), cette ouverture coïncide avec une revitalisation post-dictature. Elle questionne aussi les théories conspirationnistes : la P2, impliquée dans le scandale du Banco Ambrosiano et la tuerie de Bologne (1980), liait Perón à des opérations anti-communistes atlantistes.

Conclusion : Perón, maçon occulté, et l’écho d’un héritage divisé

Ces documents secrets transforment Perón d’icône populiste en figure ambivalente : critique virulent d’une maçonnerie qu’il intégrait en sous-main, allié pragmatique de réseaux initiatiques pour survivre à l’exil et revenir au pouvoir. Son grand-père maçon, ses voyages européens, l’initiation tardive via Gelli – tout converge vers un engagement qui, sans dominer son action, infuse son universalisme social.

À l’heure où l’Argentine renaît de ses divisions, cette révélation invite à repenser le péronisme non comme un monolithe anti-élite, mais comme un syncrétisme habile, mêlant catholicisme social, nationalisme et ésotérisme discret. Comme le note Lázaro, « La maçonnerie a influencé l’indépendance et l’unité du pays » ; pour Perón, elle fut peut-être le fil invisible reliant son premier mandat triomphal à son ultime discours de la Plaza de Mayo en 1974 : « Je porte dans mes oreilles la musique la plus merveilleuse, celle du peuple argentin. » Un peuple, désormais, qui peut enfin sonder les mystères de son leader.

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Le secret maçonnique : mythe et réalité

Il faut l’admettre, il est vrai que la franc-maçonnerie cultive le secret.  Elle le cultive comme jadis les bâtisseurs de nos cathédrales et autres édifices sacrés cultivaient le secret de métier. Mais pour autant, qu’elle cultive le secret, la Franc-maçonnerie est-elle une société secrète ?

Evidemment non, au sens des sociétés secrètes à but criminel, comme les Yakusas, ou à but terroriste, comme hélas celles qui se manifestent par la violence aveugle jusque dans nos cités.

Les diverses obédiences maçonniques françaises, qui réunissent à travers la France plus de 150 000 de nos concitoyennes et concitoyens, ont pignon sur rue. Ce sont des associations selon la loi de 1901, dûment déclarées auprès des pouvoirs publics.  Nos sièges sociaux sont aisément identifiables. Nos musées et nos bibliothèques sont visités chaque jour par des curieux et des chercheurs profanes. Les principaux responsables sont régulièrement reçus ès-qualité par les plus hautes autorités de l’Etat, ou encore par les membres de commissions. Nos sites Internet reçoivent des centaines de visiteurs chaque jour. La Franc-maçonnerie n’est donc pas une société secrète au sens de société clandestine.

Mais nous sommes une société qui demande à ses membres de garder le secret sur une partie de ce qui leur est transmis, et dont les réunions se tiennent à huis clos. Nul ne peut y être admis qui ne se soit fait reconnaître comme Franc-maçon ou Franc-maçonne.

Nazi à Berlin

Ainsi, persuadés que la Franc-maçonnerie dissimule des secrets qui donnent à ses membres des pouvoirs de domination sur le monde, à peine les troupes allemandes avaient-elles occupé Paris en juin 1940 que plusieurs groupes appartenant à divers services du régime nazi sont venues fracturer les sièges de plusieurs obédiences maçonniques pour piller les archives.

Devançant les demandes de l’occupant, le maréchal Pétain proposera de s’occuper lui-même de la franc-maçonnerie française

Les fichiers des obédiences françaises furent exploités par les agents français du Service des Sociétés Secrètes, conduisant à de nombreuses arrestations, déportations et exécutions. Les archives et autres documents historiques seront stockés d’abord en Allemagne puis, saisies par les soviétiques en 1945. Mais ni les nazis ni les soviétiques, n’y ont découvert le moindre secret, ni rien qui puise laisser imaginer qu’un tel secret n’ait jamais existé.

Et pourtant, je vous l’ai dit, le secret maçonnique existe bel et bien ! En fait, il faudrait plutôt dire « les secrets maçonniques existent bel et bien ». 

Il existe en fait trois secrets maçonniques, de nature tout à fait différente.

Le premier est le secret d’appartenance, le second est le secret des rituels et le troisième est le secret de l’initiation.  Je vous propose de les examiner l’un après l’autre.

Le premier secret que les Maçons s’engagent à respecter, est donc le secret d’appartenance.

Concrètement, je peux faire savoir que je suis Franc-maçon, et c’est ce que je fais tout simplement ce soir, alors que mon nom est en clair sur le programme de cette soirée. Mais je ne peux pas dire de Monsieur Untel qu’il est maçon, ni de Madame Unetelle qu’elle est maçonne, et pas même confirmer ou infirmer leur appartenance si la question m’est posée.

En fait, dès la création des premières loges, à une époque où la liberté d’association n’existait pas, une hostilité se fait jour dans la population, face à ces hommes ou ces femmes qui se réunissent à huis clos, et que l’on va accuser de toutes sortes de déviances.

Il faut aussi compter avec l’attitude de l’Eglise, à partir de la bulle pontificale In eminenti apostolatus specula de 1738 et nourrie par les tenants de la fameuse théorie du complot.

Il est vrai que la non-divulgation de l’appartenance d’autrui peut être une forme de protection contre ces persécutions, quels qu’en soient la nature et le degré.

En fait, la règle qui interdit aux maçons de faire connaître l’appartenance d’un autre maçon n’est pas que la résultante de ces manifestations de l’antimaçonnisme. Elle découle en fait de deux principes maçonniques essentiels qui sont le respect d’autrui dans ses propres convictions et sa liberté absolue de conscience.

L’engagement maçonnique est un engagement d’hommes et de femmes libres, désireux de se perfectionner. Le parcours initiatique d’un franc-maçon vise à développer en lui ou en elle les principes et les valeurs morales qui vont guider ses choix, qui vont donner sens à ses actions. Mais en tout état de cause, il ou elle est libre, libre et responsable. Sans sujétion aucune.

Voilà pour le secret d’appartenance.

Le deuxième secret de la franc-maçonnerie est le secret des rituels.

Rites et rituels

Dire que la Franc-maçonnerie est une société initiatique traditionnelle, c’est dire que les formes de cette initiation, comme celles de tout ce qui se passe dans la Loge, sont régies par des règles fort anciennes, héritées des sociétés initiatiques de l’Antiquité et du Moyen-âge.

Pour se reconnaître, et identifier ainsi ceux qui peuvent partager leurs travaux, ils font usage de signes et de mots de passe, à chacun des degrés et qui sont détaillées dans une série de rituels.

Même si depuis les débuts de la Franc-maçonnerie spéculative il y a plus de trois siècles l’essentiel de ces rituels a été largement divulgué, et peut être trouvé sans difficulté dans de nombreux ouvrages ou désormais sur Internet, ils sont pour les Francs-maçons des composantes du secret.

Cela signifie qu’ils s’engagent à ne pas les révéler à qui n’a pas qualité pour les connaître, c’est-à-dire à qui n’est pas franc-maçonne ou franc maçon.

Lorsqu’un profane demande à être reçu Maçon, on dit qu’il demande à être « admis aux mystères et privilèges de la Franc-maçonnerie ».

Pour le dire en termes simples, un mystère n’est pas quelque chose que l’on cache, mais quelque chose de caché, que chacun est appelé à s’efforcer de découvrir au travers d’un processus ritualisé, celui précisément qui a fait de lui un myste, c’est-à-dire un initié.

Les mystères mésopotamiens, égyptiens, puis grecs, nous invitent à réfléchir sur la vie et la mort, au travers d’une réflexion sur la fécondité, la renaissance de la nature, le cycle mort-renaissance.

A chaque époque, dans chaque culture, des sorciers, des mages, des prêtres ont proposé des réponses, décrit des cosmogonies, conçu des légendes, forgé des mythes, érigé des temples et réglé des cultes.

Que la divinité soit nommée Amon Râ, Isis ou Osiris, Zeus, Jupiter, ou Dieu, ou bien que le principe créateur soit dénommé Grand Architecte de l’Univers, il faut admettre que c’est en fait au même besoin que répondent ces désignations de l’Un-Tout, au même ineffable, au même indicible, à la même cause première que l’on fait référence.

Au reste, le mot « mystère » lui-même nous conduit à cette conclusion, puisqu’il est construit sur la racine indo-européenne mu que l’on retrouve dans le mot muet et qui signifie se taire, ne pas pouvoir dire. Le Mystère est en dehors du champ de ce qu’une langue peut exprimer.     

On voit ici exprimée l’idée que ce qui est de l’ordre du sacré, du divin, ne peut être transmis indûment ; et que le silence s’impose.

Toutes les sociétés initiatiques reposent ainsi sur l’idée que les rites qui permettent de transmettre les éléments d’accession à la connaissance ne peuvent être connus que de ceux qui, librement, acceptent de s’y engager.

Dans toutes les cultures, parmi ceux qui se devaient de connaître, de respecter et de transmettre les enseignements sacrés figuraient de tous temps ceux qui concevaient et construisaient les temples et autres édifices sacrés, gardant le secret sur ce qui était qualifié d’Art Royal, au sens d’art du divin qui règne sur le monde, car « Ce qui est en bas doit être comme ce qui est en haut. »

Les bâtisseurs de cathédrales héritèrent à leur tour de ces connaissances sacrées. La loi du Devoir à laquelle ils avaient juré obéissance était faite d’obligations professionnelles, mais aussi d’obligations morales, touchant à l’honneur, à la probité, à la solidarité et à la fraternité envers les autres Compagnons bâtisseurs.

Les Devoirs auxquels s’obligeaient les hommes de métier, tels que les décrivent les manuscrits Regius (vers 1390), Cooke (vers 1425) ou Schaw (en 1598), créaient entre eux une solidarité explicite.

Dès le tout début du 17ème siècle, des hommes qui n’étaient pas des artisans souhaitèrent être instruits des secrets de l’Art royal, et, pour cela, à être admis dans des loges jusque-là exclusivement opératives. Et ainsi, lorsque des membres non professionnels, clercs, savants, nobles ou notables locaux, vinrent à être acceptés dans ces Loges, ils furent à leur tour instruits de ces secrets en même temps que des devoirs qui s’imposaient aux membres.

Maçons du métier ou Maçons acceptés partageaient l’héritage que constituaient les traditions et les usages, mais aussi les mots, signes et attouchements qui visaient à préserver la confidentialité et la régularité d’appartenance à leur Loge.

Et puis des Loges se créèrent peu à peu, notamment en Ecosse, des loges dites « spéculatives » dont les hommes de métier, les « opératifs » étaient absents.  Pour autant, et dans leur continuité, la Franc-maçonnerie telle que nous la connaissons aujourd’hui n’a cessé de perpétuer nombre traditions, de règles, de pratiques et d’usages des guildes et corporations de maçons du Moyen-âge.

Nous, Franc-maçonnes et Francs-maçons acceptés d’aujourd’hui, sommes en tous cas dépositaires de cet héritage.

Mais il ne s’agit plus de bâtir un édifice de pierres, temple de Jérusalem ou cathédrale ; il s’agit de s’efforcer de se construire soi-même, pour concourir à la construction d’une société meilleure, plus éclairée, une société pour laquelle les mots de liberté, d’égalité et de fraternité ne soient pas que des paroles gravées au fronton des écoles et des mairies, mais de véritables règles de vie pour tous et pour chacun.

Les Franc-maçonnes et les Francs-maçons continuent de préserver le caractère sacré de leur mission, et donc le secret. C’est une question de principe. C’est une question de respect de l’obligation, c’est-à-dire du serment qu’ils ont, librement, prêté, et qui fait partie intégrante du processus initiatique dans lequel ils veulent être admis et progresser.

Chacune et chacun de nous comprend ainsi que si les secrets des degrés auquel il n’a pas encore été admis lui sont encore cachés, ils ne sont pas inaccessibles. Il suffit de faire montre des capacités requises. C’est ce que je voulais dire il y a un instant en donnant les clés du processus : travail, patience et persévérance.

Je vous ai donc parlé du secret d’appartenance et du secret des rites et des rituels.

Il me faut maintenant tout vous dire sur le troisième secret de la Franc-maçonnerie, qui est en fait le plus important.

Ce véritable secret, c’est celui de l’initiation.

Non pas de ce qui se passe et se dit lors de la cérémonie, que l’on trouve aujourd’hui, comme je l’ai dit, en trois clics sur Internet, mais le secret du vécu, du ressenti, de ce qui, en chaque initié, s’est transformé au soir de son initiation.

Car tout dire sur le secret de l’initiation consiste à dire qu’il n’y a rien à dire ! Ou plutôt cela consiste à dire qu’il est impossible de communiquer sur ce secret. Je n’ai pas dit que c’était interdit, j’ai dit que c’est impossible. Ce secret est indicible. C’est une expérience que l’on vit, intimement, et que l’on ne peut véritablement partager.

Cela me fait penser à mes collègues professeurs de gynécologie et d’obstétrique, qui savent décrire par le menu chaque phase de la grossesse et de l’accouchement, mais qui ne pourront jamais raconter ce que ressent intimement une femme qui sent un être vivant se développer dans son ventre jusqu’au moment, douloureux et merveilleux à la fois, où il jaillit à la vie et pousse son premier cri.

C’est une expérience, un vécu intime, qu’ils ne peuvent qu’imaginer, se représenter, mais qu’ils ne pourront jamais vivre, et qu’ils ne pourront donc jamais vraiment communiquer.

Le secret de l’initiation n’est pas communicable.

L’interdiction, qui existe et je vous ai dit à quoi elle correspondait, vient bien après l’impossibilité. L’interdiction est symbolique, comme le sont les outils et les autres composantes de nos rituels. L’impossibilité est insurmontable. Il n’y a qu’un seul moyen de connaître le secret de l’initiation : frapper à la porte du temple et demander à être reçu Franc-Maçonne ou Franc-Maçon.

Le reste n’est question que de patience, de travail et de persévérance.

Continuité initiatique : Le souffle de la loge

De notre confrère expartibus.it – Par Rosmunda Cristiano

La continuité initiatique est le souffle de la Loge, qui devient le souffle de l’individu : un aller-retour au Centre, à chaque fois plus lucide, plus sobre, plus présent. C’est le sentiment d’appartenance qui devient méthode : non pas un principe abstrait, mais une discipline intérieure qui façonne les gestes, éclaire les choix et recompose la fracture entre la pensée et l’action dans le travail quotidien du Franc-maçon.

L’appartenance ne signifie pas se réfugier dans une identité, mais l’intégrer à son caractère : relever les piliers lorsque l’inertie les fait s’écrouler, reprendre les outils, laisser le silence apaiser le cœur et la Parole retrouver son poids et sa mesure.

Pour le Franc-maçon, la continuité n’est pas la répétition mécanique du rituel : c’est un retour actif, susceptible d’approfondissement. Ce qui est accompli au Temple imprègne les gestes du quotidien ; ce qui est vécu à l’extérieur retourne se purifier entre les colonnes.

Les symboles deviennent des critères, les outils des vertus opérationnelles, la vie ordinaire se transforme en Travail : sans fanfare, mais avec la fermeté de ceux qui savent que tout progrès authentique est un approfondissement et non une course en avant.

Ce travail exige de longues périodes de temps et des gestes simples : lire et méditer, écouter et garder le silence, parler lorsque c’est nécessaire, servir avec discrétion, se corriger sans complaisance, recommencer sans faire d’histoires.

La persévérance maçonnique est une lucidité qui procède par petits coups de maillet, en enlevant le superflu sans endommager l’essentiel.

Au sein et en dehors de la Loge, les difficultés ne disparaissent pas : elles se transforment. La friction adoucit, la résistance ordonne, l’erreur instruit, pourvu qu’elle soit replacée dans le cadre d’une méthode.

À l’extérieur, les épreuves mesurent la fidélité à sa profession ; à l’intérieur, elles exigent modération et bienveillance, de peur que la vérité ne se mue en dureté et la charité en faiblesse.

La même rigueur est nécessaire dans les deux cas : maintenir l’équipe sur la bonne voie malgré les tentations de dévier, refuser les raccourcis et persévérer jusqu’au bout. C’est là que la continuité se révèle une vertu éminemment opérationnelle : elle détermine si une intuition devient une habitude et si une résolution devient une méthode.

La fraternité est la gardienne de cette continuité. Nul ne se forge seul un destin. La chaîne d’union est soutien, miroir, correction et réconfort : elle nous préserve de la complaisance quand tout semble aller pour le mieux et du découragement quand la tâche se corse.

Un frère qui tend la main ne remplace pas le travail de l’autre ; il lui permet de ne pas gaspiller ses forces, le ramène au Centre, lui redonne le souvenir de son objectif.

La fraternité n’est pas un sentiment, c’est une pédagogie : elle nous apprend à recevoir et à donner de l’aide sans humilier, à tolérer et à corriger sans blesser, à faire passer le bien de l’Œuvre avant le prestige de l’individu.

La continuité initiatique est, en définitive, la transition harmonieuse du rituel à la vie. La répétition des gestes et la rigueur des formes ne sont pas des coquilles vides : elles sont le lit du fleuve qui permet à l’eau de couler sans se perdre.

La forme préserve l’énergie, la dirige et la mesure. C’est pourquoi le franc-maçon apprend à reconnaître le moment du silence et celui de la parole, le temps de l’action et celui de l’attente. La discipline n’éteint pas le feu ; elle le rend utile.

C’est pourquoi l’audace exige de la modération : pour ne pas être confondue avec l’imprudence. Il ose différer, corriger, renoncer quand toute action serait vaine.

Le monde exige de la constance. Les belles choses requièrent du temps, de l’attention et des sacrifices : elles répondent non pas à l’urgence du résultat, mais à la fidélité du processus. La continuité initiatique enseigne cette économie : investir dans le long terme de sa propre transformation, œuvrer pour une œuvre qui sera mieux perçue demain ou, peut-être, entre les mains de ceux qui viendront après.

Pierre Cubique à Pointe

Chaque pierre bien placée rend la suivante possible ; chaque bonne habitude en ouvre une autre. C’est une chaîne de causes justes, et non une somme d’efforts aléatoires.

La continuité recèle la simple joie d’appartenir. Non pas celle qui exclut, mais celle qui implique la responsabilité : appartenir à une Loge, c’est appartenir à la Loge.

La fidélité au devoir — présence, ponctualité, étude, préparation des Tables et soin apporté au travail — n’est pas bureaucratique ; elle est affective, au sens le plus élevé du terme : elle se soucie de la qualité de la lumière qui circule entre les colonnes.

Lorsque cette qualité est présente, chacun travaille mieux, trouve l’inspiration, corrige son tir sans se sentir jugé, et découvre que la rigueur de la méthode est, en réalité, une grande forme de bienveillance.

Deux devises anciennes indiquent clairement la direction à suivre.

Le premier dit :

De l’aspera à l’astra.

Nul progrès n’est sans difficulté : ce qui opprime peut devenir un tremplin si l’on s’y engage avec conscience et solidarité. Il ne s’agit pas d’une invitation à rechercher l’épreuve, mais à ne pas la fuir lorsqu’elle est le prix du bien.

Le deuxième sonne :

Ibi victoria, ubi concordia.

La victoire de l’individu est fragile ; celle de la Loge est durable, car elle repose sur une harmonie agissante qui multiplie les forces, harmonise les différences et rend possible ce qui, seul, ne pourrait être accompli. Entre ces deux pôles, l’effort entrepris et l’harmonie cultivée, naît la continuité sur laquelle repose l’Ordre.

Le Secret des Francs-Maçons, jeu à la découverte des symboles maçonniques
Le Secret des Francs-Maçons, jeu à la découverte des symboles maçonniques

Continuer, c’est donc renouveler son choix. C’est retrouver sa place entre les colonnes, reprendre les outils, garder son cœur docile aux enseignements des symboles, soumettre ses actions à l’épreuve de la modération et accepter qu’une transformation profonde s’opère sans bruit.

Ainsi, l’appartenance devient foyer, la persévérance devient un voyage, et le voyage révèle que l’Œuvre n’est pas un horizon lointain, mais ce qui se passe ici et maintenant , lorsque le Maçon unit ce qu’il a compris à ce qu’il fait.

Dans cette union entre la pensée et l’action, protégée par la fraternité et soutenue par le rituel, la continuité initiatique n’est plus un slogan : elle est la forme même de la vie qui construit.

La parole du Véné du lundi : « Pourquoi y a-t-il plus de maçons les jours de soleil ? »

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Je pose la question sans détour : sommes-nous des maçons… ou des météorologues ?

Car enfin, observez : Quand le ciel est bleu, le ventre plein et le CAC 40 en hausse, la Loge déborde. Les tabliers sont impeccables, les planches fusent, les agapes sentent le foie gras et la fraternité coule à flots. Mais qu’une averse tombe – ou pire, qu’un bulletin de vote déçoive, qu’un licenciement menace, qu’une facture d’énergie explose – et voilà : la salle se vide plus vite qu’un bar après la défaite des Bleus. Je m’interroge.

Serions-nous, par hasard, des maçons à la carte ?

Des adeptes du « je viens si le buffet est garni et si ma…

  • sécurité affective est assurée,
  • mon ego social caressé,
  • mon réseau LinkedIn en expansion » ?

Dans la pyramide de Maslow, nous squattons allègrement les étages du bas :

  • Besoin physiologique → oui, mais seulement si le traiteur est bio.
  • Besoin de sécurité → oui, mais pas si Bercy menace mon bonus.
  • Besoin d’appartenance → oui, mais pas si mon Frère vote mal.

Et l’accomplissement ? L’élévation ? Le travail sur la pierre brute quand la vie devient brute ?
Là, silence radio.
Comme si la Loge n’était qu’un club de bien-être pour jours fastes, une salle de sport spirituelle climatisée, un Tinder professionnel avec rituel en bonus.Franchement :

  • Sans les ventres repus,
  • sans les CV qui brillent,
  • sans les selfies devant le pavé mosaïque,

combien reste-t-il de Frères pour ouvrir les travaux ? Trois ? Cinq ? Le Vénérable, le Surveillant et le chat de la concierge ?Je ne juge pas. Je constate.

La Franc-maçonnerie n’est pas un subtitut aux matchs de foot.
Elle n’est pas non plus un réseau d’affaires avec incenseur.
Elle est un laboratoire d’âme.
Et l’âme, elle, ne prend pas de congés pluvieux.Alors oui, venez quand tout va bien.

Mais venez surtout quand tout va mal.

C’est là que le compas sert.
C’est là que l’équerre redresse.
C’est là que le Frère se reconnaît.Sinon, mes FF∴ mes SS∴,
autant rester chez soi, bien au sec, devant Netflix.

La Lumière, elle, ne craint pas la pluie.

À lundi prochain. Sous la voûte, qu’il pleuve ou non.
Le Vénérable Maître
(celui qui ouvre, même s’il n’y a que deux Surveillants et un Apprenti trempé)

La GLCS se développe jusqu’à Brazzaville – Entretien avec Marcel Laurent le Fondateur

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Avec notre confrère du Congo adiac-congo.com – Par Guillaume Ondze

Fondée en 2003, la Grande loge des cultures et de la spiritualité (GLCS), une obédience mixte, théiste et laïque, a été présentée le 14 novembre à Brazzaville à la presse nationale par son fondateur Marcel Laurent. S’inspirant de l’existence d’une force suprême, la GLCS a la conviction forte d’œuvrer avec détermination à l’indispensable renouveau de la Franc-maçonnerie universelle.

Le grand maître Marcel Laurent, fondateur de la GLCS, a fait savoir que la Franc-maçonnerie régulière et universelle regroupe toutes les obédiences à travers le monde ; y adhèrent tous les Francs-Maçons initiés régulièrement, dans le contexte précis des « Landmark » du 18e siècle, découlant eux-mêmes des « Old-charges » (anciens devoirs). « En France, il existe un certain nombre d’obédiences, chacune avec ses spécificités, donc à priori sa raison d’être. Notre obédience est jeune, elle fut créée le 2 octobre 2003 par quinze frères et sœurs. Elle n’a pas vu le jour à la suite de quelques « caprices », ou d’une vaine volonté de recherche d’un quelconque « pouvoir ». Loin de là, elle fut le résultat d’une analyse, parfois douloureuse et attristée, de ce qu’était trop souvent devenue la Franc-Maçonnerie en France via certaines obédiences, d’où la prise de conscience de la nécessité d’un renouveau », a-t-il poursuivi.

Marcel Laurent a souligné qu’au début des années 2000, trois constats pouvaient être établis (ils sont toujours d’actualité). « 1er constat. D’abord, la Franc-Maçonnerie ou plutôt certaines obédiences sont trop souvent dominées par des passions humaines certes, mais souvent dévastatrices. Au fil du temps, les ambitions politiciennes, l’affairisme, la bureaucratie sont entrés dans les structures. Elles en ont parasité le fonctionnement et, plus grave encore, elles ont fait oublier le message maçonnique fondamental : apprendre à se construire, à s’élever. Nombre de Francs-Maçons négligeaient les principes maçonniques élémentaires au profit de la défense de leurs seuls intérêts, comme pour une maison, les fondations devenaient moins importantes que la décoration des murs », a-t-il décrit.

« C’est ce qui explique notamment l’« hémorragie » subie par la Franc-Maçonnerie française. En vingt ans, 125 000 membres l’ont désertée, déçus par trop d’affairisme, le faible niveau de réflexion en loge, et le manque d’implication sérieuse. Ce à quoi, il faut ajouter le verrouillage dans certaines obédiences par les « apparatchiks », quelques frères qui stérilisent la vie maçonnique, ayant oublié ce pourquoi ils sont entrés (théoriquement) en Loge, ou qui chercheraient davantage les médailles décors et honneurs que le bonheur de partager notre fraternité », a précisé le Souverain grand commandeur, Marcel Laurent.

Marcel Laurent Fondateur de la GLCS

Parlant de la philosophie véhiculée et prônée à la GLCS, confie Marcel Laurent, il y a beaucoup d’obédiences. Chaque obédience a ses spécificités et nous avons respecté chacune de leurs spécificités, mais nous avons tenu absolument que notre obédience soit mixte, théiste-philosophique et laïque. « Pourquoi mixte ? parce que dans le paysage maçonnique français, il y avait le droit humain, mais qui n’était pas théiste et nous voulions la loyauté au Grand Architecte de l’Univers que chacun ait une croyance dans son propre Dieu. C’est pour ça, que chez nous, il y a un coffre qu’on appelle l’Autel des serments. Dans ce coffre, il y a les trois livres des religions monothéistes : la Bible, la Thora, le Coran et un livre blanc pour les philosophies théistes, de manière à ce que chacun puisse retrouver ce qu’il souhaite… », a-t-il assuré.

En outre, il a indiqué que la politique a sa place au même titre que les religions. L’on ne doit pas rentrer dans ce processus de juger. Et, chaque obédience qui existe au Congo Brazzaville a sa raison d’être, parce qu’elle correspond au choix de chaque maçon qui est entré dans cette obédience. La maçonnerie est plurielle. Il y a des maçonneries qui veulent ceci ; d’autres qui veulent cela ! Et, nous nous avons expliqué que nous sommes déistes, philosophiques, laïques et mixtes. Nous sommes la seule obédience théiste. La personne qui croit en Dieu, qu’elle soit juive, musulmane où quelquefois dans le bouddhisme, c’est son problème, l’essentiel  est qu’elle soit consciente d’une force suprême. Nous sommes tous des particules de Dieu, nous sommes des poussières d’étoiles, si vous voulez, nous avons tous eu en nous cette force… mais le pouvoir est énorme, la magie de la foi est énorme. Si nous croyons bien fort que nous sommes des particules de Dieu, il est normal que nous ayons aussi une partie de ce pouvoir, à nous d’aller le chercher (…).

Le Temple Maçonnique de Rochefort : Un joyau historique en voie de renaissance

Information issues de divers média dont notre confrère France 3 Région – Par Sarah Boana et Yann Salaün

Un Sanctuaire Oublié au Cœur de la Cité Colbert

Au 63 avenue Lafayette, à Rochefort, se dresse un immeuble aux allures anodines, façade néoclassique du XIXe siècle qui ne laisse rien présager du trésor qu’il abrite. Derrière ces murs discrets se cache le Temple Maçonique de la loge L’Accord Parfait, un lieu unique en France, classé intégralement au titre des Monuments historiques depuis 2014. Fondé en 1776, ce sanctuaire maçonnique n’est pas seulement un témoignage architectural d’exception ; il incarne deux siècles et demi d’histoire Franc-maçonne, tissés au destin de cette ville-arsenal, berceau de navigateurs et de penseurs des Lumières.

Aujourd’hui, face à une dégradation inexorable, une rénovation ambitieuse d’un million d’euros s’annonce comme un sauvetage providentiel. « Si on le laisse se dégrader, on va perdre les décors« , alerte Bruno Candau, maître de la loge et responsable national de l’immobilier de la Grande Loge de France (GLDF).

Cet article explore les strates d’un patrimoine vivant, entre symboles ésotériques, engagements humanistes et défis contemporains.

Des origines aux lumières : la naissance de L ‘Accord Parfait dans l’ombre des voiles

Temple maçonnique de Rochefort (Crédit : rochefort-ocean)

L’histoire de la Franc-maçonnerie à Rochefort est indissociable de celle de la ville elle-même, fondée en 1666 par Colbert pour en faire un bastion naval stratégique. Dès la fin du XVIIIe siècle, ce port bouillonnant devient un vivier maçonnique, où marins, officiers et intellectuels échangent idées progressistes et fraternelles. La loge L’Accord Parfait émerge en 1776, sous l’égide du Grand Orient de France, alors principal obédience maçonnique européenne.

Elle s’inscrit dans une vague de loges nées dans les Charentes, comme L’Union Rétablie à Marennes ou L’Égalité Régénérée à Saint-Jean-d’Angély, reflétant l’essor des idéaux des Lumières dans une région marquée par le commerce atlantique et les vents de la Révolution.

Bannière de la Loge l’Accord Parfait – Rochefort (Crédit image : France 3)

Au fil des décennies, L’Accord Parfait s’affirme comme un pilier. Elle accueille des figures emblématiques : le marquis de Lafayette, héros de l’indépendance américaine et grand voyageur maçonnique, y pose sans doute ses pas lors de ses escales rochefortaises ; Jean-François de Galaup, comte de La Pérouse, explorateur légendaire dont la disparition en 1788 hante les mers du Pacifique ; ou encore Édouard Grimaux, chimiste et philologue du XIXe siècle, dont les travaux scientifiques portent l’empreinte d’un humanisme maçonnique.

Ces « frères de la Marine« , en poste ou en relâche, font de la loge un carrefour intellectuel. En 1841, après une période de dormance due aux troubles post-révolutionnaires, la loge renaît de ses cendres. Elle acquiert deux immeubles contigus rue Lafayette en 1842-1843, pour un montant modeste, et lance des travaux d’aménagement qui transformeront ces bâtiments en un temple d’exception.

À l’époque, sous le Second Empire hostile à la Franc-maçonnerie, L’Accord Parfait résiste, franchissant les tempêtes de la Commune de Paris et atteignant le XXe siècle avec 130 membres actifs.

Cette résilience s’explique par l’ancrage local : Rochefort, avec son arsenal et ses chantiers navals, attire des ouvriers et des artisans – tailleurs de pierre, charpentiers – dont les métiers inspirent les rites maçonniques, évoquant la construction mythique du Temple de Salomon. La loge devient un espace de promotion sociale, aidant orphelins et populations fragilisées, et propageant les valeurs d’égalité et de fraternité dans une société encore féodale.

Un décor unique : symboles, fresques et un trésor bibliographique

Pénétrer dans le Temple de L’Accord Parfait est une immersion dans un univers codé, où chaque élément murmure les mystères de la Franc-maçonnerie. Classé en totalité par arrêté du 14 avril 2014 – une première nationale pour un tel édifice –, l’immeuble de trois étages abrite deux temples superposés, une salle de méditation « aveugle » (sans fenêtres, pour l’introspection), et une bibliothèque d’une richesse inouïe.

Les décors, datés de la seconde moitié du XIXe siècle, sont parmi les rares ensembles complets et intacts en France, épargnés par les remaniements post-Libération qui ont effacé tant d’autres temples.

Bibliothèque de la Loge de Rochefort (Crédit France 3)

Au rez-de-chaussée trône la bibliothèque, joyau humaniste fondé en 1869. Avec plus de 4 600 volumes – dont 6 000 répertoriés en 1934 –, elle constitue une médiathèque avant l’heure, ouverte au public jusqu’à la Seconde Guerre mondiale pour l’alphabétisation des ouvriers de l’arsenal.

Livres d’architecture, traités philosophiques, ouvrages maçonniques : ce fonds, saisi en 1943 sous Vichy et restitué miraculeusement à la Libération par un marchand local, témoigne d’un engagement éducatif profond.

« C’était une œuvre d’accompagnement individuel et d’aide à la promotion sociale« , note un historien des archives départementales.

À l’étage, les temples déploient leurs fresques murales aux tons ocre et azur, symboles géométriques – équerre, compas, œil omniscient – et allégories évoquant le « Grand Architecte de l’Univers« . Le bureau du Vénérable Maître, pièce maîtresse en style Empire surmonté d’une estrade, domine l’espace principal, flanqué de trente fauteuils Louis-Philippe pour les « frères« . Une salle de méditation, aux murs nus pour favoriser la contemplation, complète cet ensemble rituel.

Temple maçonnique de Rochefort (Crédit : rochefort-ocean)

Ces ornements, peints par des artisans locaux inspirés des cathédrales gothiques, rappellent les origines opératives de la maçonnerie : « Nous y accédons avec la confrérie des tailleurs de pierre, ce qu’ils faisaient avant pour construire les cathédrales, nous on le fait maintenant pour construire les hommes« , confie Bruno Candau.

Visites guidées lors des Journées du Patrimoine – gratuites et limitées à 30 personnes – offrent un rare aperçu de ces mystères, démystifiant les fantasmes pour révéler un idéal issu des Lumières : fraternité, recherche de vérité, engagement sociétal.

Les années sombres et la protection ultime : de Vichy au classement historique

Le XXe siècle marque une épreuve pour L’Accord Parfait. En 1940, sous l’Occupation et le régime de Vichy, la Franc-maçonnerie est dissoute, ses biens saisis. Le temple est condamné par la Milice, ses murs badigeonnés en blanc pour effacer les symboles – un acte qui, paradoxalement, préserve les décors sous cette couche protectrice.

La bibliothèque est vendue à l’encan, mais un Rochefortais bienveillant la restitue en 1945.

Bibliothèque maçonnique du Temple de Rochefort (Crédit : rochefort-ocean)

Contrairement à d’autres temples ravagés et refaits à la Libération, celui-ci émerge intact, constituant « l’un des rares exemples subsistants de décors maçonniques du XIXe siècle« .

La reconnaissance arrive en 2013-2014 : classé d’abord régionalement, puis nationalement, le temple devient le premier édifice maçonnique protégé en France. « C’est la garantie de la non-destruction« , se félicite Jean-Marie Tonnelier, ancien Vénérable Maître.

Ce statut, obtenu grâce à la mobilisation des frères, assure transmission et accès public, tout en préservant l’usage rituel : une soixantaine de membres se réunissent encore deux fois par mois pour « approfondir le travail du Grand Architecte« .

Menaces contemporaines : fissures et appel à l’urgence

Des fissures apparaissent un peu partout dans l’immeuble abritant la loge de l’Accord parfait, le 13 novembre 2025, à Rochefort (Charente-Maritime). • © Pierre Lahaye, France Télévisions

Malgré sa robustesse historique, le temple ploie sous les outrages du temps. Fissures serpentant les murs, gouttières défaillantes laissant l’humidité ronger le plâtre jusqu’au moellon : les signes de délabrement s’accumulent. « Des fissures commencent à se créer un peu partout. […] Le plâtre va finir par tomber directement sur le moellon et on va perdre les décors« , insiste Bruno Candau, évoquant un risque imminent de perte irréversible.

L’amiante et le plomb, vestiges des normes passées, aggravent le péril sanitaire.En 2018, la loge cède symboliquement le bâtiment à la GLDF pour un euro, anticipant les coûts colossaux des travaux.

La pandémie de Covid retarde les décisions, mais en novembre 2025, le chantier est enfin lancé : une restauration exhaustive, estimée à plus d’un million d’euros, entièrement financée par la GLDF.

La renaissance : travaux, découvertes et héritage vivant

Elsa Ricaud, architecte du patrimoine

Dirigés par Elsa Ricaud, architecte du patrimoine réputée pour la restauration de la Maison Loti, les travaux s’étaleront sur deux ans et demi, débutant fin novembre 2025.

Objectif : remise aux normes (élimination de l’amiante et du plomb), consolidation structurelle, et retour aux couleurs originelles des décors. La surprise pourrait venir des badigeonnages de guerre : « Il avait été demandé que tous les murs soient badigeonnés en blanc […]. Ce sera la surprise, bonne ou mauvaise, on verra« , anticipe Candau, espérant révéler de nouvelles fresques cachées.

Au-delà de la pierre, cette rénovation revitalise un héritage vivant. L’Accord Parfait, plus ancienne loge active de la GLDF, continue d’incarner une Franc-maçonnerie humaniste et ouverte, à l’image des autres Loges à l’Orient de Rochefort comme La Démocratie du Grand Orient de France, fondée en 1904.

L’arsenal de Rochefort en 1690.

Elle rappelle que Rochefort, carrefour de marins et d’idées, doit sa vitalité culturelle à ces réseaux discrets.

Conclusion : Un phare pour les générations futures

Temple maçonnique de rochefort (Crédit : ocean-rochefort)

Le Temple maçonnique de Rochefort n’est pas un reliquat poussiéreux, mais un phare allumé sur les valeurs de fraternité et de progrès. En le sauvant de l’oubli, la GLDF et ses frères ne préservent pas seulement des fresques ou des livres : ils perpétuent un fil reliant les Lumières à notre époque fracturée. Comme l’explique Bruno Candau, ce chantier est une construction d’hommes, pour les hommes – un « accord parfait » entre passé et avenir. Lorsque les travaux s’achèveront en 2028, ce sanctuaire rouvrira ses portes, invitant le public à un voyage initiatique. À Rochefort, la Franc-maçonnerie, loin des ombres mythiques, illumine toujours la cité de Colbert.

La Franc-maçonnerie et l’influence des marginaux de la réforme Protestante

Les Anabaptistes ou la révolution sociale du seizième siècle

« La société est composée de deux grandes classes : ceux qui ont plus de dîners que d’appétit et ceux qui ont plus d’appétit que de dîners »

 Chamfort.

L’histoire des Anabaptistes s’inscrit dans le courant des grands événements de l’histoire sociale et religieuse du monde. D’ailleurs le marxisme reconnu l’anabaptisme comme l’une des grandes expériences de socialisme, voire de communisme, avant l’heure. Cette doctrine religieuse bouleversa l’Europe de l’époque en général et l’Allemagne en particulier et ses conséquences historiques et sociales se prolongèrent après sa défaite militaire et imprima, inconsciemment, aux événements futurs une marque profonde.

L’anabaptisme se répandit dans toute l’Allemagne dès les premières années de la réforme luthérienne. Ayant réprouvé, dès le début, comme contraire aux textes de l’Evangile, le baptême des enfants, les anabaptistes commencèrent dans les premiers jours de 1525, à conférer à leurs adeptes un nouveau baptême qui se voulait le baptême de l’Esprit. Cette particularité purement extérieure, et par ailleurs nullement essentielle, leur valut le nom d’ « Anabaptistes » qui était, en fait, un sobriquet donné par leurs adversaires. Les enfants ne recevaient le baptême qu’à l’âge adulte. Mais, la plus grande diversité de doctrines et d’organisations ne tarde pas à morceler le mouvement en de nombreux conventicules autonomes : Sébastien Franck, un contemporain qui avait d’étroites relations avec les anabaptistes énumérait, dans sa chronique, 44 groupes qui vivaient entre-eux en parfaite harmonie et reconnaissaient tous ce dogme commun qui leur était propre et les séparaient nettement du protestantisme : « le règne intérieur et extérieur de l’Esprit ». Entre eux, ils s’appelaient « Frères » et constituaient des communautés qui visaient à réaliser l’idéal de perfection évangélique dans la pleine liberté l’égalité de tous au point de vue politique et social.

Martin Luther en 1529, par Lucas Cranach l’Ancien.

Comme Luther, ils supprimaient tout intermédiaire entre l’âme et Dieu et rejetaient, dès lors, toute Eglise et toute autorité, pour la plus totale liberté de conscience. Mais, tandis que Luther conservait la Bible comme règle de foi, les anabaptistes s’en tenaient à la parole intérieure et à la communication directe avec Dieu et ne reconnaissaient aucune autorité à cette parole extérieure consignée dans les deux Testaments. Par là même, ils constituaient le courant le plus à gauche et le plus radical au sein du protestantisme, alors que Luther ne rêvait que de l’institution d’une religion d’État ! L’affrontement violent ne pouvait que se trouver au bout du chemin…

Chez les anabaptistes, le prophétisme était un état permanent : dans les assemblées chacun prenait la parole pour édifier les autres. Le « Nouvel Evangile » annonçait le règne de Dieu sur terre, auquel seuls les élus ont part. Pour eux, contrairement à Luther, la foi ne justifiait pas tout et devait être accompagnée d’œuvres. Les contemporains reconnaîtront, avec bonne foi, l’immense charité des communautés anabaptistes. Le port des armes était interdit et ils avaient horreur du sang et de la violence. La communauté des biens était chose courante. Soumis, par la force des choses, à l’autorité civile, ils la regardaient comme une tyrannie contraire au droit divin. Œuvrant à la mise en place du royaume de Dieu sur terre, l’anabaptisme avait comme premier dessein de renverser l’ancien régime, fondé sur le principe d’autorité, sur les distinctions et les inégalités sociales pour établir dans la parfaite liberté des enfants de Dieu, le grand principe de l’égalité, qui se retrouve au premier temps de tous leurs récits. La lutte en Allemagne se déchaîna surtout contre le clergé beaucoup plus riche et beaucoup plus influent que les nobles et considéré comme le grand obstacle au nouvel ordre des choses (1)

La « Constitution Civile » de Michel Geismayer, anabaptiste du Tyrol, demande tout d’abord la suppression des « Persécuteurs de la parole de Dieu », comme aussi des images, statues, oratoires, la confiscation des calices, de l’orfèvrerie d’église et des monastères, hôpitaux, orphelinats et asiles, l’abolition des privilèges, l’administration par un état démocratique des biens mis en commun. L’ « Union Chrétienne » conclue, en 1524, entre les paysans de Stühlingen et les anabaptistes de Waldshut, jetait l’anathème non seulement aux châteaux, « mais aux couvents, et en général à tout ce qui avait quelque attache au clergé ». Suivant les événements, les régions et la situation économique des pays, deux courants se manifestèrent dès le départ dans le mouvement anabaptiste : le courant pacifiste et le courant révolutionnaire qui, finalement, l’emporta sur le premier. En Allemagne du sud, plus fertile, les tendances générales de l’anabaptisme s’orientèrent plus tôt vers un rêve de paix et de douceur, de tendance millénariste. Mais, dans le nord, plus pauvre, la tendance allait vers une action révolutionnaire pour accélérer la « venue du Royaume ».

Toutes les revendications sociales des anabaptistes et leur idées sur le règne de Dieu avaient été formulées déjà dans le cours du XVe siècle et clandestinement propagées par le peuple et la bourgeoisie. Il est intéressant de constater que les idées de l’anabaptisme existaient virtuellement dans les milieux catholiques au moment de la Réforme, et il serait impossible de comprendre le caractère et la portée de ce mouvement, son éclosion soudaine et son développement rapide dans tous les Etats de l’Allemagne, la précision et l’uniformité de ses revendications, si on voulait l’étudier en dehors de son cadre historique et des troubles sociaux qui marquèrent le cours du XVe siècle. Nous nous bornerons à signaler seulement l’influence persistante des doctrines hussites (2) et l’action des idées luthériennes. Très vite, ces deux courants religieux furent dépassés pour donner naissance à une pensée originale. Mais les anabaptistes, de par leurs convictions religieuses et sociales, ne pouvaient demeurer des penseurs de cabinet. L’histoire allait vite s’emparer d’eux…

L’empereur Charles Quint par Christoph Amberger, 1532.

La publication de l’Edit de Worms, signé par Charles Quint le 26 mai 1521, avait envenimé les choses et les anabaptistes sentirent que l’heure de l’action allait sonner. Tandis que le recours à l’action directe était encouragé à Erfurt par le moine Augustin Lange et que l’anticléricalisme se manifestait dans les journées sanglantes de juin et juillet 1521, une paisible communauté anabaptiste s’organisait, sans bruit, en milieu luthérien, à Zwickau sur la Mulda. Elle avait pour chef le drapier Nicolas Storch, aidé de Marc Stubner, Marc Thomae et Thomas Münzer (3). Nous pouvons considérer que ces hommes représentent les « pères » de l’anabaptisme militant. Nicolas Storch annonçait le règne prochain de Dieu et déclarait tenir directement du ciel la mission de régénérer le monde. A l’exemple du Christ, il avait choisi douze apôtres et soixante-douze disciples parmi ses partisans. C’étaient des gens d’origine modeste, ce qui démontre, sans que le terme en fût évidemment connu, l’aspect de « lutte de classe » que recouvrait ce courant religieux. L’opposition entre anabaptisme et luthérianisme ne tarda pas à se manifester : outre le rejet du dogme luthérien de la justification par la foi seule et l’omniprésence de la Bible, les anabaptistes percevaient que les luthériens étaient d’un « autre monde » et que leur révolte religieuse était surtout le besoin d’émancipation de la bourgeoisie et de la noblesse vis-à-vis de Rome. Au-delà des paroles « révolutionnaires » de Luther, une théocratie en cachait une autre !

A la fin de décembre 1521, une conférence contradictoire fut organisée par le conseil de la ville de Zwickau, se tient entre anabaptistes et luthériens, en présence de tout le clergé, du bourgmestre et de plusieurs conseillers, sur la question du baptême et du mariage. Les anabaptistes se réclamèrent du libre-examen, de l’illumination de l’âme par l’esprit et attaquèrent le luthérianisme sur ses inconséquences. Le représentant des luthériens, Hausmann, fut mis en difficulté et se retrancha derrière l’argument de tradition, comme un pur catholique. Ce qui fit dire à Münzer : « Et bien, rentre-donc dans le sein de la grande prostituée romaine. Que faites-vous, sinon enchaîner l’esprit à la lettre morte au lieu de la laisser libre de s’élancer vers une région plus élevée ? Vous êtes pareils, en un mot, à ces docteurs juifs, qui ne connaissaient pas le Saint-Esprit et qui ne s’occupaient de l’Ecriture que pour y trouver un remède contre l’ennui ! ». Débordés, les luthériens interdirent la diffusion de la pensée anabaptiste. Une révolte éclata et des membres de la fraternité furent mis en prison. La plupart des chefs réussirent à s’échapper et Münzer alla aussitôt conférer avec les hussites de Bohème, tandis que Storch, Stubner et quelques autres se rendirent à Wittemberg, où ils espéraient faire triompher leur cause auprès de Carlostadt et Mélanchton qui avaient des sympathies pour leurs doctrines. Luther, lui, se trouvait à la Wartburg, quand les anabaptistes de Zwickau arrivèrent à Wittemberg, le 27 décembre 1521.

Le luthérien Carlostadt était de tout coeur avec eux : il déclarait la guerre aux docteurs en théologie, recommandait aux étudiants le travail manuel, cherchait auprès des illettrés et des paysans le sens véritable des Ecritures et, dans ses sermons auxquels accourait la foule, il préconisait la violence puis, se mettant lui-même à la tête des émeutiers, abattait les autels et les croix. Il fit le meilleur accueil aux anabaptistes et son parti fraternisa avec eux. Melanchton n’était pas moins favorable : il accorda, durant plus de six mois, l’hospitalité à Marc Stubner et lui confia même l’éducation de ses enfants ! Luther, informé de tout ce qui se passait à Wittemberg, anxieux de l’influence que prenait l’anabaptisme, après avoir écrit, le 13 janvier, à Melanchton pour le mettre en garde contre les innovations des anabaptistes, se décide, malgré l’avis de l’Electeur Frédéric, de quitter le refuge de la Wartburg et arrive le jeudi 6 mars à Wittemberg, en costume de chevalier, avec une escorte armée jusqu’aux dents. Il est stupéfait des progrès idéologiques que les anabaptistes font et décide d’agir rapidement contre ces « envoyés du diable ». Une conférence eut lieu entre Stubner, Melanchton et Luther. Le réformateur écouta froidement les arguments anabaptistes, puis il refusa la discussion en déclarant péremptoirement que toutes ces « rêveries » n’avaient rien à voir avec l’Ecriture, qu’elles étaient « le produit d’un esprit malade ou d’une inspiration du diable ».

Les anabaptistes quittèrent Wittemberg, mais une guerre implacable venaît de se déclarer entre les deux partis. Vaincu à Wittemberg, l’anabaptisme se répandait, cependant, dans d’autres régions allemandes. L’artisan de cette extension en fut Thomas Münzer, ancien aumônier des religieuses bernardines au couvent de Benwitz, près de Weissenfels. Il avait comparé les doctrines de Luther et celles de Storch et avait rallié ce dernier. Etabli à Altstadt, dans la Thuringe saxonne, au commencement de 1523, il va mobiliser les populations campagnardes par ses sermons révolutionnaires qui préconisaient l’égalité de tous, le commun partage des biens et la lutte contre le clergé. Expulsé d’Altstadt par ordre du Duc Georges de Saxe, après le pillage du pèlerinage de Mellerbach opéré sous sa conduite, il se rendit à Nuremberg où il publia contre Luther, devenu son mortel ennemi, un pamphlet qui attisa les passions. Il organisa également en Souabe et dans la Forêt Noire des groupes armés qui devaient être prêts à lutter contre les nobles et les prêtres. On retrouve partout son passage : en Hegau, en Klettgau, en Souabe, au environs du lac de Constance, en Alsace, à Mülhausen, où il comptait de nombreux partisans. C’est à lui qu’il faut attribuer la conversion à l’anabaptisme des grands chefs du mouvement piétiste de Suisse : Conrad Grebel, Gelix Manz et Balthasar Hubmaier.

Les émissaires de Storch et Stubner parcouraient de leur côté le pays souabe et administraient désormais, le « baptême de l’Esprit » aux adeptes qui entraient dans leur fraternité. Ce n’était pas un sacrement, mais un signe de ralliement. C’est là qu’ils reçurent le nom d’anabaptistes. Münzer se prononça en faveur de cette pratique, mais sans la rendre obligatoire. Revenu en Thuringe en 1524, il n’en dirigeait pas moins le mouvement révolutionnaire dans la Haute-Souabe : on a conservé quelques-unes des « tablettes » qu’il faisait distribuer au peuple et où il indiquait les dimensions des balles fondues à Mülhausen pour servir à la prochaine guerre entre riches et pauvres. L’Alsace fut à son tour inondée d’écrits anabaptistes. A Strasbourg, la communauté était nombreuse et recrutait dans tous les milieux, contrairement à l’Allemagne où la composante sociologique était nettement paysanne. En Suisse, l’anabaptisme menaça très directement le luthérianisme et le zwinglianisme. C’est à Zurich, sous un gouvernement encore catholique que le mouvement anabaptiste prit naissance : il répondait mieux aux aspirations démocratiques du pays que le Zwinglianisme. Comme en Alsace, le recrutement se fit dans des milieux divers et les chefs en étaient des intellectuels : Grebel, Hubmaier, Manz. Autant, en Suisse et en Alsace le mouvement anabaptiste représentait un courant théologique, issu de la moyenne et petite bourgeoisie, autant en Allemagne, il représentait les classes populaires avides de changement social. Ce sera d’Allemagne que débutera, inévitablement, la guerre sociale…

Les fraternités s’établissaient partout, les plans s’élaboraient, les chefs se concertaient d’un bout à l’autre de l’Allemagne, la guerre sociale s’organisait. Chaque membre de la « Fraternité évangélique » devait chaque semaine verser sa contribution d’un demi-batzen pour le recrutement des « frères » en Souabe, Saxe, Misnie, Franconie et en pays Rhénan. Une seule direction préside à cet immense mouvement : Hans Müller, par exemple, avait été mis à la tête de la « Grande fraternité chrétienne de la Forêt Noire » et, drapé dans un vaste manteau rouge, coiffé d’un béret à plumes de même couleur, il parcourait la contrée et enrôlait des paysans. Mais il est établi, aujourd’hui, que le véritable organisateur de la guerre fut Balthasar Hubmaier, chef de la communauté de Waldshut, et secondé énergiquement par Thomas Münzer. Ils purent même espérer un succès définitif quand, pour des raisons politiques locales, le duc Ulrich de Wurtemberg se mit au service de la fraternité, avec ses trente bannières, sous lesquelles ne marchaient que des soldats suisses. La révolte éclata en Thurgovie, dans les derniers jours de juin 1524 : la chartreuse d’Ittingen, près de Frauenfeld fut assaillie par 5OOO paysans aux ordres des anabaptistes. Elle fut pillée et incendiée. Cet acte fut motivé par les sermons anti-anabaptistes des prêtres et des moines de la chartreuse.

Pendant ce temps, les paysans de Stülingen se soulevaient contre leur comte et, se réunissant aux vassaux de l’abbaye de Saint-Blaise sous le commandement d’Hans Müller de Bulgenbach, marchaient sur Walshut, précédés du drapeau noir, rouge et blanc des anabaptistes. L’Algau, resté à l’écart des prédications luthériennes, mais activement travaillé par les anabaptistes, se souleva : une insurrection eut lieu contre le prince-abbé de l’abbaye de Roth et les montagnards du Haut Algau et il fut déclaré par les révoltés qu’ils ne reconnaissaient plus ni seigneurs, ni maîtres. Les paysans de Kempten, en lutte avec leur prince-abbé prirent les armes au nom du « droit divin ». Des groupes venus de Baltringen, de la vallée de Schüssen, des bords du lac de Constance, animés par les discours « communistes » de Christopher Schappeler, l’animateur le plus politisé de la Haute-Souabe et par son disciple le pelletier Sebastien Latzer, se réunissaient à Memmingen, où se constituait la puissante association de l’ « Union Chrétienne », destinée à faire revivre la fraternité des temps apostoliques. Dans toute l’Allemagne, les anabaptistes s’emparèrent de biens religieux.

Au Tyrol, en Styrie et en Carinthie la révolte eut le même caractère : l’abbaye de Neustift fut attaquée la première et Lichel Geismayer, ancien employé de l’évêque de Brixen fut élu des révoltés, le 13 mai 1525. Les sujets de l’archevêque de Mayence se soulevèrent à leur tour dans presque toutes les villes et tous les villages de l’électorat. Mayence tomba aux mains des anabaptistes le 25 avril 1525. Le coadjusteur de l’archevêque, Guillaume, évêque de Strasbourg, négocia avec les révoltés et fut obligé d’accepter les revendications des paysans. Trois cent mille paysans, divisés en détachements de huit à dix mille hommes, aidés parfois par la bourgeoisie des villes, portaient ainsi sur tous les points de l’Allemagne une guerre sociale qui n’était plus une jacquerie, mais véritablement un mouvement révolutionnaire à partir d’un courant religieux.

Charles Quint était alors en Espagne et le conseil de régence n’avait ni autorité ni activité. Mais les nobles, conscients du péril qui les menaçait, organisèrent les premières résistances. Dans un premier temps, ils avaient considéré le mouvement comme sympathique, car ils étaient foncièrement anti-cléricaux et avaient opté, dans la plupart des cas, pour la réforme luthérienne. Mais dès que les paysans s’attaquèrent aux châteaux, la réaction s’organisa. Une « Ligue Souabe » vit le jour. Le duc Georges de Saxe, catholique, organisa les premières armées régulières qui, composées de troupes entraînées, commencèrent l’extermination des paysans. La peur avait été telle que la répression ne pouvait être que d’une sauvagerie impitoyable. En Souabe et en Franconie, le chef de la ligue, Georges Truchsess de Waldburg remporta près de Bollingen, le 12 mai 1525, une victoire sur l’armée des paysans, forte de dix à vingt mille hommes. Cette victoire fut suivie d’une répression épouvantable qui dépasse en horreur tout ce que l’on peut imaginer… Les paysans alsaciens furent battus par Antoine de Lorraine près de Saverne. Presque en même temps, les forces réunies de l’archevêque de Trèves, du landgrave Philippe de Hesse, du duc Georges de Saxen du duc Henri de Brunswick remportèrent la victoire décisive de Frankenhausen. Les paysans, mal armés et mal entraînés périrent avec un courage remarquable.

Thomas Münzer, capturé au cours de cette bataille, fut jugé et pendu immédiatement. Disparaissait la grande figure prophétique de l’anabaptisme. Plus de 5000 anabaptistes étaient morts à la bataille de Frankenhausen, en chantant le cantique : Viens Esprit Saint » ! Cette guerre religieuse et sociale, véritable tournant historique, avait fait plus de cent mille morts, plus de mille couvents et châteaux incendiés, d’innombrables villages détruits. Tel est le bilan de cette guerre qui avait failli anéantir tout l’ancien équilibre politique et social de l’Empire. Le martyrologue des anabaptistes compte plus de 5000 exécutions en quelques années : dans le Tyrol, plus de deux mille furent pendus et dans la seule ville d’Ensisheim, siège du gouvernement de l’Autriche intérieure, on relève 600 exécutions d’anabaptistes, brûlés, décapités ou noyés. En 1529, le comte palatin, en fit pendre 350 en quelques mois. Dans la petite ville de Kitzbüche, 67 furent pendus en 1527.

Luther, au milieu de toutes ces horreurs, de ces ruines, de cette tristesse, savoura le plaisir de la vengeance. Il montrait ainsi son vrai visage et sa vraie pensée théologique et sociale : le luthérianisme voulait remplacer le catholicisme, mais en ne bouleversant pas l’ordre social. Luther avait un besoin impérieux de la noblesse et de la bourgeoisie et l’anabaptisme qu’il nommait la « prostituée rouge » représentait un immense danger pour le « bon docteur » de Wittemberg. Il laissera faire le « sale boulot » aux catholiques !

L’aventure de l’anabaptisme devait trouver une fin apocalyptique à Münster. C’était une ville catholique soumise à l’autorité de l’évêque malgré l’opposition d’une grande partie des habitants que les anabaptistes réussirent à rallier à leurs convictions et à constituer un état. Depuis l’échec de la révolution sociale à Frankenhausen et la terrible répression qui ‘en suivit, Strasbourg devint le rendez-vous des vaincus. En 1529, Schwenkfeld et Hoffmann annoncèrent de nouveau la renaissance de l’anabaptisme et proclamèrent que Strasbourg était la « Nouvelle Jérusalem ». Hoffmann fut incarcéré et les anabaptistes ne purent établir à Strasbourg le « règne de Sion », mais ils furent plus heureux à Münster.

En dépit des efforts luthériens, Münster paraissait encore, en 1529, l’un des plus fermes remparts des catholiques. Mais, en mai 1531, des troubles éclatèrent à la mort de l’évêque Erich. Bernard Rothmann chapelin de Saint-Maurice et le drapier Bernard Knipperdollinck étaient les principaux chefs de l’insurrection. Né en 1495 à Stadtlohn, où son père était forgeron,

Bernard Rothmann, tout en appartenant à la maîtrise de Saint-Maurice, avait suivi des cours de la célèbre école du chapitre de la cathédrale, réorganisée par le savant humaniste, Rodolphe de Langen, et obtenait, en 1524, le grade de maître des arts à l’université de Mayence.Il devint vicaire à Saint-Maurice et fut un prédicateur très populaire. Ses tendances luthériennes ultérieures le firent éloigner de son poste et le chapitre l’envoya se perfectionner dans la théologie, à Cologne.A son retour, les choses avaient changé et l’anabaptisme commençait à s’infiltrer dans la ville. Il avait son plan de réforme à lui, qu’il prêcha, au-dessus des avis de l’évêque, et ce, avec l’appui de la petite bourgeoisie de la ville qui lui était acquise. Les églises furent pillées, les autels et les statuts brisés.

C’est sur ces entrefaites que fut nommé évêque de Münster, le 1er juin 1532, le comte Franz von Waldeck, dont la mission consistait à détruire la « Nouvelle Sion » que les anabaptistes voulaient établir dans la ville épiscopale. Jusqu’en 1533, Rothmann resta en dehors en dehors de la pensée anabaptiste, mais il fut converti par Strapade, qui lui avait été adjoint comme prédicateur. En mai 1533, il prêcha contre le baptême des enfants, ce qui fit grand bruit en Europe et les anabaptistes accoururent de toutes parts, entre autres Buckelson de Leyde, qui vint de hollande. Le conseil de la ville, maintenant acquis aux Luthériens, se retourna contre Rothmann et, n’osant l’expulser, lui interdit la prédication. Mais, celui-ci prêcha clandestinement. Plus que tout autre, la doctrine de la communauté des biens attirait de nombreux adeptes et les étrangers affluaient de plus en plus nombreux à Münster.L’anabaptisme prenait le pouvoir…

Le 5 janvier 1534, les envoyés de Harlem, Barthélémy, Boekebinder et Guillaume de Kniper arrivent dans la ville et annoncent que le temps de la promesse est arrivé. Ils rebaptisent Rothmann. En huit jours, plus de 1400 personnes, protestants et catholiques reçoivent le nouveau baptême. Les religieuses du couvent de Saint-Eloi et du couvent d’Ueberwassen quittent leurs cloîtres pour suivre les anabaptistes. A ce moment, de Hollande, arrive une foule d’anabaptistes qui cherchent à se soustraire aux mesures de répression édictées par Marie de Bourgogne. A leur tête se trouve le « prophète » Jean Matthison. Leur rêve est d’établir dans Münster la « Jérusalem Nouvelle » et les événements prennent aussitôt une tournure révolutionnaire.

Le 28 janvier, les anabaptistes paraissent en armes dans les rues et s’emparent des portes de la ville. Ils forcent le conseil à capituler et à proclamer la liberté de conscience. Rothmann rassemble à Münster toutes les familles anabaptistes de la région de façon à renforcer la défense de la cité et le 23 février, les anabaptistes s’emparent du conseil de la ville. Knipperdollinck devient bourgmestre et mes biens ecclésiastiques sont mis sous séquestre et constituent un trésor de guerre. Les catholiques et les luthériens sont expulsés de la ville et leurs maisons servent à loger les « Frères étrangers ». La communauté des biens fut établie et sept hommes furent choisis pour la gérance des biens confisqués et de la distribution des vivres et des vêtements aux indigents. Ils prirent le nom de « diacres ». Ordre fut donné, sous peine de mort, de livrer à l’administration commune les valeurs et les bijoux, l’or et l’argent, monnayé ou non.

L’exemple de Münster représentait un trop grand danger social pour les possédants, et il fallait de toute urgence anéantir cette expérience qui dépassait le cadre d’une querelle théologique, mais s’attaquait aux bases même de l’ordre social. L’évêque de Münster, réfugié à Telgte, négocie avec l’archevêque de Cologne et le landgrave de Hesse pour obtenir des secours. Le 28 février, les travaux du siège commencèrent. Les troupes épiscopales furent frappées de l’efficacité et le courage des assiégés. Des troupes armées accoururent de tous les points des Pays-Bas au secours de la « Sainte Jérusalem » et que les lansquenets du lieutenant impérial Georges Schenk de Thautenberg eurent grand peine à disperser. Au cours d’une sortie, Matthison fut tué et Jean de Leyde lui succéda. Il fallait une constitution à la cité et Jean de Leyde choisit douze anciens (rappel des douze apôtres de l’évangile) qui devaient gouverner la cité en commun. La nouvelle constitution régla aussi tous les détails de la vie : le service de garde, les repas en commun, la distribution des travaux à chaque corps de métiers et l’institution de la polygamie. Ce dernier point fut très largement exploité par les adversaires contemporains et futurs de l’anabaptisme !…

Affamés, dans une ambiance de fin du monde, les assiégés ne surent pas toujours résister à des tendances paranoïaques. Ainsi, Jean de Leyde ; s’intitulait : « Prince de la fin des temps » et reçu, à ce titre, l’onction sainte et s’entoura de toute la pompe du monarque. Trois fois par semaine, sur son trône de la place du marché, il rendait la justice au milieu de sa cour magnifiquement parée. Les condamnations étaient souvent dues à une opposition au nouveau régime et la tentation de l’intolérance surgissait, mais cette tentative de démocratie se faisait dans de telles conditions qu’il ne faut pas en retenir que l’aspect extérieur des choses. L’énergique résistance des assiégés triomphait de tous les assauts et leur propagande s’étendait jusque dans les rangs de l’armée épiscopale qui commençait d’ailleurs à s’éclaircir. François de Waldeck, inquiet, voulut parlementer. Son offre fut repoussée et le siège reprit. Jean de Leyde réussit à faire passer, à travers les lignes ennemis, 27 envoyés qui défendirent la cause anabaptiste dans toute l’Europe. Ces prédications et les écrits de Rothmann, répandus dans les pays environnants, soulevaient de plus en plus les populations et le danger menaçait toute l’Allemagne du nord. Aussi les archevêques de Cologne, Trèves et Mayence, l’électeur de Saxe, le landgrave de Hesse, le duc de Clèves et tous les princes des districts rhénan et westphalien se résolurent à un nouvel effort : la diète impériale, réunie à Worms le 1er avril 1535, assura elle-même un subside de cinq cent mille florins d’or.

Un assaut général fut préparé et grâce aux indications fournies par un bourgeois de Münster, Heinrich Gresbeck, et par un lansquenet, Eck von der Langenstraten, tous deux échappés de la ville. Un détachement catholique put s’introduire dans la nuit du 24 au 25 juin, à la faveur d’un orage, au centre même des fortifications. La ville tomba après une lutte acharnée. Rothmann tomba au combat. Jean de Leyde, Knipperdollinck et Bernard Krechting furent poignardés, le 28 janvier 1536, après avoir eu la langue arrachée et les membres torturés avec des tenailles ardentes sous les yeux de la foule… Conformément aux prescriptions de la diète de Worms, du 1er novembre 1535, le catholicisme fut rétabli à Münster, mais non sans la résistance des corporations.

L’Europe des possédants respirait mais, en réalité, malgré leur défaite militaire, les anabaptistes venaient de gagner une immense bataille : ils avaient montré aux déshérités que la révolte était possible et qu’une organisation de la société ne se concevait pas forcément d’une façon pyramidale et que la spiritualité ne peut s’abstraire du social…

Redécouvrir les 2 premiers épisodes

06/12/25 – Le Droit Humain : « Laïcité, j’écris ton nom ! » à l’aube des 120 ans de la Loi de 1905

À l’approche du 120e anniversaire de la loi de séparation des Églises et de l’État, promulguée le 9 décembre 1905, la France se prépare à célébrer l’un des piliers fondamentaux de sa République : la laïcité.

C’est dans ce contexte historique et symbolique que la Commission Laïcité et Droits Humains de la Fédération Française du Droit Humain organise, le samedi 6 décembre 2025, une conférence publique intitulée « Laïcité, j’écris ton nom ! » Démocratie et laïcité.

Cet événement, qui se tiendra à 14h30 à la Maison Maria Deraismes à Paris, promet une table ronde enrichissante suivie d’un débat ouvert, avec des intervenants de renom. Ouverte à tous, sur place ou en visioconférence, elle invite à réfléchir aux liens indissociables entre laïcité et démocratie dans un monde en pleine mutation.

Un contexte historique fondateur : de la Révolution à la Loi de 1905

La laïcité française n’est pas un concept abstrait, mais le fruit d’une évolution longue et tumultueuse. Tout commence avec la Révolution de 1789, qui abolit les privilèges nobiliaires et ecclésiastiques, posant les bases d’une sécularisation progressive de l’État.

Au fil du XIXe siècle, des lois successives affranchissent les institutions publiques de l’emprise de l’Église catholique, culminant avec la loi du 9 décembre 1905. Ce texte emblématique, initié par le député Aristide Briand, proclame la liberté de conscience et garantit le libre exercice des cultes, tout en affirmant que « la République ne reconnaît, ne salarie ni ne subventionne aucun culte ».

Adoptée après des débats passionnés, elle marque la fin du régime concordataire et instaure une neutralité de l’État vis-à-vis des religions, devenant ainsi le socle de la laïcité moderne.

Cette loi n’est pas seulement un acte juridique ; elle est un compromis historique qui assure la liberté individuelle tout en protégeant la sphère publique des influences cléricales.

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Cent vingt ans plus tard…

Cette loi reste d’une actualité brûlante, face aux défis contemporains comme les tensions communautaristes ou les débats sur la liberté d’expression. La conférence du 6 décembre se positionne précisément comme un hommage à cette héritage, invitant à interroger sa pertinence dans une démocratie en évolution.

La Fédération française du Droit Humain, gardienne des valeurs républicaines

À l’initiative de cet événement se trouve la Commission Laïcité et Droits Humains de la Fédération Française du Droit Humain (DH), une obédience maçonnique mixte fondée en 1921.

Issue de l’Ordre Maçonnique Mixte International Le Droit Humain, créé en 1893 pour promouvoir l’égalité entre femmes et hommes en franc-maçonnerie, cette fédération compte aujourd’hui des milliers de membres en France et s’engage activement dans la défense des droits humains, de la laïcité et de la mixité.

Son site officiel souligne son rôle dans des projets sociétaux, avec une emphase sur le rayonnement des valeurs républicaines.

Temple Pinel DH

La Maison Maria Deraismes, lieu de la conférence, rend hommage à la pionnière de la franc-maçonnerie féminine, initiée en 1882, symbolisant l’engagement historique du DH pour l’émancipation.

Sous la houlette de son Grand Maître National, Maurice Leduc, élu en août 2025, la fédération continue de porter haut les idéaux initiatiques et humanistes. Initié en 2005 au sein d’une loge de Roubaix, Maurice Leduc, ancien Grand Trésorier, incarne une vision moderne de la maçonnerie, axée sur la mixité et l’engagement sociétal.

Les intervenants : un panel diversifié pour un débat prometteur

Maurice Leduc : Grand Maître National de la Fédération Française de l’Ordre Maçonnique Mixte International Le Droit Humain

La table ronde réunira des voix expertes et complémentaires, promettant des échanges riches et multidisciplinaires :

Maurice Leduc, Grand Maître National du Droit Humain, ouvrira la conférence avec une introduction sur les enjeux maçonniques de la laïcité. Dans une récente interview, il a souligné l’importance de la méthode initiatique pour aborder les questions sociétales actuelles.

Jérôme Guedj, en 2010

Jérôme Guedj, député socialiste de la 6e circonscription de l’Essonne depuis 2012, apporte une perspective résolument politique. Ancien président du Conseil général de l’Essonne et secrétaire national à la laïcité au Parti socialiste, il est un fervent défenseur des valeurs républicaines, avec une solide expertise en affaires sociales. Son engagement pour l’égalité et la laïcité en fait un intervenant clé pour explorer les liens entre démocratie et neutralité publique ; fidèle parmi les fidèles, on le retrouve chaque année au square Paty, lors de la commémoration en hommage au professeur d’histoire-géographie, rappelant que la République se vit aussi dans la mémoire et le recueillement.

Martine Cerf – Source Babelio

Martine Cerf, auteure connue et reconnue, vice-présidente d’EGALE (Égalité Laïcité Europe) et formée aux Valeurs de la République et laïcité (VRL), représente le militantisme laïque européen. Secrétaire générale de cette association, elle défend la liberté de conscience, l’égalité et la non-discrimination au niveau français et européen. EGALE, membre du Collectif laïque, promeut ces valeurs auprès des autorités et de l’Union européenne.

– Xavier Gorce, dessinateur humoristique célèbre pour ses « Indégivrables » – des manchots satiriques qui croquent l’actualité –, interviendra en direct pour commenter les débats avec son trait mordant. Collaborateur de longue date du Point et ancien du Monde (qu’il a quitté en 2021 suite à une controverse sur un dessin), Xavier Gorce excelle dans la caricature minimaliste qui questionne les travers sociétaux. Son humour piquant ajoutera une touche légère et critique à la réflexion.

Le programme : interrogations profondes et débat ouvert

Après l’introduction de Maurice Leduc, la table ronde abordera des questions essentielles : Les principes démocratiques (liberté d’expression, égalité devant la loi) sont-ils compatibles avec la laïcité ? Les citoyens perçoivent-ils encore la République comme garante du bien commun ? Quels sont les liens entre laïcité et démocratie, et faut-il les faire évoluer ? Ces interrogations, inspirées des défis actuels, ouvriront sur un débat interactif avec le public. L’événement se clôturera par les commentaires visuels de Xavier Gorce, offrant une synthèse créative.

Pourquoi participer ? Un appel à la réflexion citoyenne

Dans un contexte où la laïcité est parfois contestée, cette conférence rappelle que la loi de 1905 n’est pas une relique, mais un outil vivant pour préserver la démocratie.

Gratuite mais sur inscription obligatoire democratieetlaicite@gmail.com, elle s’adresse à tous, Maçons ou non, pour un moment de fraternité intellectuelle. Ne manquez pas cette opportunité de réécrire, ensemble, le nom de la laïcité !

Infos pratiques

Maison Maria Deraismes – 9 Rue Pinel, 75013 Paris – 01 44 08 62 62

Vivre dans l’humour !

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« Un fou rire vaut un steak, mais de nos jours, à déconseiller pour vegan ou pour les personnes au régime ! »

Chers amis, Soeurs et Frères

Comme il est de coutume, dans mes rubriques (« Tablier Déchaîné« ) qui traitent de « Franc-maçonnerie classifiée » et je n’ai pas dit décalcifiée, j’essaie d’aller au fond des choses qui quelquefois peuvent friser le délire, enfin je l’espère.

Vos laborieux ou pour certains vos glorieux chroniqueurs, chroniqueuses auxquels je m’associe essaient de perpétrer la tradition de l’humour qui nous est cher en franc-maçonnerie. De nombreux et talentueux frères et sœurs nous ont ouvert la voie depuis des décennies. C’est un peu comme un cahier des charges auquel nous sommes soumis avec bonheur. 

J’attire tout de suite votre attention sur le fait que nous abordons des questions qui traitent de l’humour et de la maçonnerie, à priori deux thèmes opposés, mais à nous maçons rien nous fait peur. Nous pouvons dire :

« parmi nous de grands alchimistes transforment le plomb en or, mais nous avons besoin d’un compte en banque pour régler nos propres factures »

Pourquoi pas sales d’ailleurs…

Maçons nous voyons la Franc-maçonnerie de partout, nous sommes capables de remettre d’équerre un mur qui s’effondre et c’est là que l’on voit le maçon au pied du mur…

Oui nous utilisons le compas mais jusqu’à présent:

a pointe de celui – Ci n’a pas réussi à nous retirer la poutre que nous avons dans l’œil.

Nous marquons les angles et ce n’est pas simple de se déplacer dans la vie de tous les jours de cette manière. Nous travaillons dans la dualité et dans le ternaire sans être pour autant bipolaire et encore moins tripolaire.

Nous disons tout et son contraire et

à force de passer du noir au blanc nous en voyons de toutes les couleurs…

Sur les inscriptions présentes sur les murs, les cartes de visites, dans les discours, la maçonnerie est présente. Les exemples ne manquent pas. Les agences immobilières passionnées par le nombre d’or, omniprésent dans l’univers de la construction, sont passées au triangle d’or pour vanter leurs prestigieux lieux de champs de bataille, puis au carré d’or.

« A ce rythme, nous allons bientôt passer à la sphère cubique d’or. Nous sommes déjà en pleine quadrature du cercle d’or. »

Nous ne savons plus où donner de la tête ou à qui se fier. En tout cas, pas à la météo, car il pleut souvent chez nous ce qui n’arrange rien pour communiquer

J’ai dit, car il est l’heure de la video du Grand René ci dessous :