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Israël : En ordre dispersé, les obédiences communiquent…

Chacune, en fonction de leur spécificité, ont adressé un message de soutien au peuple israélien.

Par ordre chronologique, vous trouverez ci-dessous les différentes communications :

GODF : Communiqué de presse du 9 octobre 2023 – Le Grand Orient de France condamne l’attaque terroriste contre l’État d’Israël

GLNF : Message envoyé au Grand Maître de la Grande Loge de l’État d’Israël par la GLNF.

Communiqué de la Grande Loge Féminine de France.

GLFF : Communiqué mis en ligne le 10 octobre dernier.

GLDF : Le 11 octobre 2023, Thierry Zaveroni, Grand Maître, s’adresse, par courrier, aux frères de l’obédience. Le texte, in extenso : « Mes Très Chers Frères, Nous assistons impuissants depuis plusieurs jours, avec effroi et une intense émotion, aux terribles événements qui frappent la population israélienne.

Immédiatement, j’ai exprimé au nom de l’ensemble des frères de la Grande Loge de France, notre soutien et notre compassion envers les victimes de ces actes barbares commis par les terroristes.

J’ai aussitôt témoigné notre solidarité au Grand Rabbin de France, au président du Consistoire central israélite de France, au Président du Conseil Représentative des Institutions Juives de France, ainsi qu’au Grand Maître et au Grand Chancelier de la Grande Loge de Jérusalem.

Nous avons toujours eu un dialogue fraternel avec les représentants de ces institutions et plus encore aujourd’hui lorsqu’il s’agit de défendre les valeurs que nous partageons. Ce combat indéfectible pour nos idées et nos principes doit l’emporter sur l’ignorance, la haine et le fanatisme.

En ces heures si graves d’un état de guerre, tâchons, tous ensemble, de renouer avec la paix, et la fraternité dans cette partie du monde ravagée par l’obscurantisme. Thierry ZAVERONI, Grand Maître »

Après la lettre du Grand Maître du 11 courant, nous apprenons que ce dernier a souhaité diffuser le 12 octobre un communiqué public. À lire ICI.

Fédération Française de l’Ordre Maçonnique Mixte International LE DROIT HUMAIN : Le communiqué sur la situation au Proche-Orient du 12 octobre 2023 Sylvain ZEGHNI, Grand Maître National.

Extrait : « Profondément attachée à la paix, la Fédération Française de l’Ordre Maçonnique Mixte International Le DROIT HUMAIN, condamne l’attaque des terroristes du Hamas contre Israël.

Nous n’ignorons pas la complexité du conflit et les occasions de paix qui se sont muées en échec depuis la conférence de Madrid en 1991.

Le massacre de civils, dont des enfants, l’enlèvement d’otages, les viols ne peuvent être justifiés par aucune cause. Il s’agit tout simplement de crimes. Cet acte de guerre du Hamas, éloigne plus encore, s’il en était besoin, l’établissement d’une paix juste et durable. Le risque d’aggravation de la situation est élevé, tant l’engrenage du cycle de la violence semble désormais enclenché… » La suite ICI.

Napoléon était-il Franc-maçon ? Tulard vote non et oui

De notre confrère librecritique.fr – Par Dr Richard Wild

Que Napoléon ait été Franc-maçon ou non n’a que très peu d’importance. Ce n’est aucunement une « grande question » comme voudrait bien le faire croire Franck Ferrand le petit. C’est avant tout un choix personnel et nous n’avons pas à nous en mêler… sauf à participer à une de ces chasses aux sorcières (ou aux bonnes fées) fantasmatiques dont les mauvais médias ont le secret.

Laissez cela aux marronniers de certaines revues, et au plaisir solitaire de boutonneux en visite à des blogs nigaudo-conspirationnistes.

Pour l’essentiel, la discrétion doit être respectée. Y compris à titre posthume ou pour contrer ce fouinage pseudo-historique dont le Ferrand lifté a le secret.

Prenons le sujet à l’envers. Et c’est Tulard qui conclut le mieux. Dans l’état de nos connaissances, notre Napoléon bien-aimé n’était pas un frangin.

Cependant Jean Tulard, Président de l’Institut Napoléon a coécrit un livre qui paraît aussi dire le contraire, avec ce titre qui semble une affirmation : Napoléon, empereur franc-maçon. Voilà cet universitaire suspect de faire du « en même temps ».

Taisons ces fausses complications explicatives qui ne visent qu’à faire vendre papier et émissions.

Napoléon Ier, ce faux-frère, a su s’appuyer sur cette force « initiatique / intellectuelle » d’alors, pour concevoir et/ou faire avancer certains gros dossiers ; dont parait-il le code civil. Mais il a eu d’autres sources bien entendu. Il a aussi profité de l’effervescence de ces merveilleux agités inspirés des Lumières ; qui n’étaient pas forcément tous des adeptes du compas et de l’équerre, ni d’ailleurs de l’enclume et du marteau.

Il a eu la prudence de « ne pas en être », tout en regardant d’un œil bienveillant ce mouvement. En tout cas au début. Et il n’a pas empêché qu’une bonne partie de sa famille et de son entourage en soit. Pour situer ce côté politique malin, c’est comme lorsque aujourd’hui on s’environne prudemment au plus haut niveau de LGBT, ou LGBTQIA+ voire de 2ELGBTQQIA+ (autant mettre tout l’alphabet dans ce répertoire de Bibliothèque de Babel).

Ce « au cas où » est exactement ce que font les présidents français depuis un moment. Mais compte tenu de la perte d’influence de la Franc-maçonnerie, l’implication des proches et des ministres est moindre. C’est de bonne guerre. Au fait Macron a-t-il songé à mettre un ministre alsacien dans son staff ou bien l’a-t-il zappé pour un beau mâle, potentiellement reine de la nuit, à ses heures. On chouchoute les minorités qu’on peut de nos jours.

Lors d’un appel du Président Macron à une réflexion sur des changements à opérer pour le monde d’après Covid, les Franc-maçons n’étaient pas plus considérés que des membres de groupements religieux. Ils étaient dans le même sac. On pourrait dire que tout ce beau monde était sollicité par politesse et pour obéir à de vieux réflexes. D’ailleurs leur production a été lamentable.

Retour vers le passé. Plus troublant a été cette dévotion de frères, pour celui qui fut en Empereur et non pas un dirigeant républicain. A moins de considérer que les loges soient des organisations tout autant pyramidales et somme toute aussi peu démocratiques. En tout cas Robespierre a eu moins de succès chez les « spéculatifs ».

Une anecdote est quand même rafraîchissante dans tout ce magma qu’agite le pauvre Ferrand. Celle qui concerne la dissidence du général Claude-François de Malet (coup d’État de Malet) avec ses Philadelphes. Le 5 prétendant remplacer le 3 des maçons. Marrant cette tentation de préemption des chiffres simples. Je vais créer une obédience misant sur le 4, un nombre délaissé.

Et puisqu’on parle d’obédience, vous avez noté sans doute la présence exclusive du Grand Orient dans l’émission… et les autres mouvements ?

Vélomania (1/3)

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(Tiré de l’ouvrage : Au cœur de la Franc-maçonnerie « Huit récits contemporains » Éditions Numérilivre) Lire la suite avec 2/3

Un éclair ! La lame de l’épée s’élève brusquement et opère un demi-cercle au-dessus de moi, je la sens atterrir sur ma tête. « Mon frère Pierre, je vous crée…L’à-plat vibre sous le vigoureux coup de maillet… je vous constitue…. L’épée passe sur mon épaule gauche… je vous reçois… puis s’appuie sur mon épaule droite… compagnon-franc-maçon ! Même martèlement, même onde qui me zèbre le corps…

Le Vénérable Maître me donne ainsi, genou en terre devant lui, le deuxième degré du Rite Français…. Relevez-vous ! Je me remets debout. Accolade chaleureuse. Son collier de barbe noire me pique au passage, nos lunettes s’entrechoquent. Sourires complices. C’est ma deuxième initiation au Grand Orient de France, avec deux autres frères. Après celle au degré d’apprenti, l’an passé, dans ce même atelier, « Les Roses du Quercy » à Figeac.

Je revis souvent ce moment fort en marchant le long du Célé, avec dans les jambes, Matcho, mon jeune épagneul roux. La rivière est poissonneuse au centre-ville, près du pont, et il meurt d’envie de sauter dans l’eau verte pour barboter au milieu d’un banc d’éperlans ! Heureusement, dès que je le menace de la laisse, il se calme. Il a bondi une fois sur une barque de pêcheur, ce tout fou l’a ratée. Remonté boueux et penaud sur le petit chemin, il se souvient de sa punition. Huit jours de promenade, attaché ! Le dimanche après-midi, en automne, sans touristes, la ville est calme. Voitures et motos sont au garage, prix de l’essence oblige, peut-être ! Même les promeneurs que je croise, couples d’amoureux ou de retraités, parlent doucement, comme pour s’accorder à la tranquillité ambiante. Seul, le carillon à deux notes espacées de l’Eglise des Carmes, en égrainant heures et demi-heures, ose vraiment trouer le silence. Le charme sécurisant d’une petite ville de province.

Je suis né à Figeac, dans une famille établie depuis plusieurs générations. Je n’ai pas repris le métier d’artisan du cuivre, de père en fils. Mon cousin germain a sauvé l’honneur, si je puis dire, en ouvrant une boutique dans la rue piétonne. Il ne fabrique pas mais vend des bassines à couvercles, marmites, casseroles, et aussi des pendules ventrues à balancier de cuivre, typiques de la région. Incorrigible amateur de livres depuis mon enfance, moi je suis devenu vendeur en librairie-papeterie après le bac, et je viens de racheter à crédit le fonds de mon patron, à côté de la Halle. Une sérieuse prise de risque à trente-cinq ans, avec deux enfants ! C’est ce que pense ma femme, qui de son côté, travaille à la poste de Capdenac. Je suis serein. Dans la ville de naissance de Champollion, on aime la lecture, l’histoire, les traditions. Et la clientèle est fidèle.

C’est précisément grâce aux livres sur Champollion et l’Egypte, puis les philosophes antiques, que je me suis intéressé à la franc-maçonnerie, dans ma boutique même. Je lui ai d’ailleurs dédié plusieurs étagères, au sein du rayon Sciences Humaines. Beaucoup de maçons et de maçonnes fréquentent ma librairie. Je les connais presque tous ! Cette appartenance n’est pas un secret ici, dans une petite ville, où les allers et venues de chacun se donnent à voir au quotidien et le temple maçonnique localisé depuis longtemps ! Je me suis décidé de frapper à sa porte tout seul. J’ai présenté ce que l’on appelle aujourd’hui une « candidature spontanée », sans parrainage. C’est Jean-Paul, un brocanteur local et franc-maçon de longue date, qui est devenu mon parrain par la suite. Un brin vexé que je ne lui ait pas fait part de ma demande…puisque nous faisons du vélo ensemble deux fois par semaine, depuis des années !

Pourquoi suis-je devenu franc-maçon ? Certainement pas pour augmenter mon chiffre d’affaires ! Encore moins pour y trouver quelque thérapie : je suis en bonne santé physique et mentale, du moins je le pense ! Pour faire de nouvelles rencontres dans cette confrérie, et tenter de m’y enrichir intellectuellement, ça sans nul doute ! Mon approche personnelle des hiéroglyphes m’a fait découvrir le réel intérêt de la pensée abstraite : que d’images à profusion, que de raisonnements possibles – sans paroles, sans mots – constamment « élargis » à partir d’un graphisme, puis d’un autre ! J’ai tout à fait retrouvé ce mécanisme démultiplicateur dans le symbolisme maçonnique, entre autres avec la contemplation des outils ancestraux de la construction.

Pendant mon année d’apprenti-maçon, j’ai aimé cet « accès à moi-même » par le silence. Je n’avais jamais donné autant de temps de ma vie à la réflexion taiseuse auparavant ! J’ai aussi apprécié en communauté la valorisation de l’effort qui préside à ce degré, sous le signe du ciseau et du maillet, dans l’esprit même des bâtisseurs de cathédrales. C’est une représentation, bien entendu, mais, visualisée et réfléchie au fil des tenues, elle s’est inscrite en moi. Et, dans mon rôle accepté de « transmetteur », je suis persuadé qu’il est utile d’emmener cette idée d’application soutenue à l’extérieur, de la répandre, pour lui donner et redonner son sens. A une époque où la magie de l’électronique nous fait croire que les valeurs de volonté et de courage ne sont plus nécessaires, tellement tout est devenu facile, instantané et sans peine ! Enfin, quand les ordinateurs – ces faux cerveaux – veulent bien fonctionner correctement ! Logiciel ne rime pas avec logique…

Je poursuis maintenant l’aventure de « ma vérité en marche », au degré de compagnon. Selon la coutume médiévale, le compagnon passe de l’observation pendant l’apprentissage à l’action « oeuvrière ». Il voyage, de chantiers en chantiers, à la fois pour participer aux constructions d’édifices, mais aussi, pour s’instruire, nourrir son intelligence, au contact de ses frères de route et des chefs d’ouvrages, les maîtres-architectes. La main et l’esprit sont sollicités simultanément. L’effort continue ! Le compagnon franc-maçon contemporain est invité à voyager lui aussi, intellectuellement, dans la sphère des spécificités humaines, la conscience d’être, l’architecture, les arts, les pensées ancestrales, la réalisation de soi par le travail. Autant de ressources à explorer, pour le sédentaire, le dévoreur de livres que je suis. J’aime bien voyager dans ma tête…

Le pont de la rivière Kwaï ! Quand mon téléphone portable siffle cette musique de film, je devine que c’est Jean-Paul qui m’appelle. Cet après-midi, je le laisse sonner au fond de ma poche, j’ai plein de monde dans la librairie. Les regards cherchent d’où vient la mélodie…

J’écoute mon répondeur dans la soirée. Et je me raidis au fil du long discours ! Je peux compter sur Jean-Paul, dès qu’il y a un coup à faire sur deux roues, j’ai droit à sa crise aigüe d’enthousiasme. Et le bougre est contagieux ! J’avais pourtant l’esprit bien tranquille, avant son coup de fil ! Non et non, je ne veux pas m’aligner dans sa randonnée infernale : Paris-Brest et retour à vélo. Lui l’a déjà faite une fois, pas moi. Une randonnée cyclotouriste de 1300 km ! Pour qui en voit le bout, cela signifie 4 jours de selle, oui, 85 heures sur un vélo, et 7 petites heures de sommeil, au total ! La promenade de santé, quoi !

Depuis son message, ces chiffres se bousculent dans ma tête, comme des boules de loto. Je peste vraiment contre mon « frérami » de me gâcher ces derniers jours d’été, avec ses idées lumineuses. Est-ce qu’il se serait préparé à ce raid sans me le dire ?! Pour ma part, j’ai toutes les raisons pour ne pas m’embarquer dans cette galère. D’abord un manque d’entraînement manifeste, puis la librairie à tenir. Sans bien sûr oublier Matcho, qu’une journée sans moi dérange. A moins que ce ne soit l’inverse ! Je l’avoue, j’ai horreur de l’imprévu ! Et cette fois, je suis servi. En voulant nous engager dans cette équipée inhumaine, Jean-Paul vient de toucher au grandiose…

Bref, parce que je ne sais pas résister à la fraternité et à ses débordements, j’ai abandonné femme et enfants pour 3 jours, et confié la librairie à ma vendeuse ! Je me retrouve ce jeudi après-midi en route pour Paris avec Jean-Paul dans ma voiture, deux vélos sur le toit, nos sacs de voyage dans le coffre…et Matcho sur le siège arrière, glapissant, tout excité, le museau collé à la vitre. Ultime stratagème pour neutraliser ce fou-furieux de Jean-Paul, lui démontrer que je ne peux pas abandonner aussi mon chien. Et pour me contenter de faire la voiture suiveuse, derrière mon copain…

– Tu sais, Pierre, ce Paris-Brest, c’est l’occasion pour nous de faire de la maçonnerie appliquée !

– C’est à dire ?

– Tu viens de passer Compagnon, tu sais que l’effort du bâtisseur continue et que maintenant tu dois voyager de villes en villes ! Et pour moi aussi d’ailleurs, au degré de Maître, le voyage continue !

Oui, enfin, au sens symbolique !

– Et pratique ! Imagine-toi que pour le coup, à notre façon, on va construire une cathédrale horizontale, en pédalant de Paris à Brest !

– Et retour !!! Une cathédrale à plat…mais avec des bosses, en effet !

– T’énerves pas, Pierre ! C’est une métaphore !

1300 km, une métaphore ! Jean-Paul vient encore de me posséder, avec sa dialectique ! Après cinq heures d’autoroute, nous arrivons à Versailles, pour y dîner et dormir. L’épreuve a lieu tous les quatre ans. Auparavant, elle démarrait de l’hippodrome de Longchamp, maintenant, circulation oblige, le départ est donné dans la ville royale, devant le château. L’idée que je vais simplement suivre Jean-Paul en voiture avec Matcho me permet de glisser dans un sommeil heureux…

28 août, petit jour, 5 heures. Je suis bel et bien, comme Jean-Paul, en tenue de cyclotouriste, collant noir, maillot orange du vélo-club du Quercy, chaussures à cale-pieds et bécane à la main, sur le parking du château. Où piaffent quelque 200 téméraires, déjà en selle ! J’ai froid. Pourquoi je me retrouve dans cette galère ? Parce que mon brocanteur de copain a réglé le problème du chien, d’un coup de portable. Si j’éprouve le curieux sentiment d’être emporté au hasard par cette kermesse ambulante et bigarrée, l’organisation, elle, n’a rien d’improvisé. Devant nous, prêts à partir, motos à sirènes, command-car du directeur du raid, break « garde-manger », fourgon à bagages. Derrière nous, camionnette-atelier, voiture-balai, ambulance. On se croirait presque sur le Tour de France. Tout a été pensé, calculé, prévu. Tout, sauf que l’infirmière, complice de Pierre, accueillerait Matcho dans l’ambulance ! Celui-ci s’est déjà épris d’elle et, comme il se doit, royalement installé sur le siège passager ! Je ne peux plus me dégonfler, en route pour Brest ! C’est ce que, sur la ligne de départ, j’annonce à Clarisse, d’un clic de mobile, moi aussi. Je m’entends traiter de malade, de dingue, d’irresponsable, même. Je suis bien d’accord avec elle !

Aux premières lueurs de cette aube soufrée, blotti dans la masse pour me mettre en jambes, je respire davantage les effluves camphrées d’embrocation, ce Guerlain des pelotons, que l’air vif de la vallée de Chevreuse. Près de moi, Pierre caracole, content de lui, insolent d’aisance. Il me surveille du coin de l’œil. Et me lance dans un virage, d’un ton gouailleur à la Belmondo, son habituel : « Alors, Pierre, heureux ?! », qui a le don de m’énerver, puis de me détendre. Et enfin, nous fait éclater de rire !

Premier devoir du cycliste de plaisance, manger et boire souvent, pour prévenir la fringale. Arrêt-petit déjeuner à Maintenon. Le ciel est bleu maintenant sur la Normandie, aux vallons fraîchement coiffés en brosse par les moissonneuses. La moyenne est bien respectée, m’indique mon compteur. Et notre convoi, toujours au complet, derrière nos « capitaines de route » que l’on ne doit pas dépasser. Je suis bien réveillé maintenant. Avant Verneuil sur Avre, le relief joue aux montagnes russes. Les montées accentuent le moutonnement bariolé des échines, les descentes emballent la ronde incessante des jambes. Un vidéaste à moto filme cet instant quasi-fellinien qui appelle les expressions cyclistes. Devant mes yeux amusés, les gambettes tricotent, nues ou gainées, frisées ou lisses, luisantes ou mates. Cuisses de grenouilles et pattes de sereins, mollets de coq ou ventres de lapins, jambes en gouttes d’huile ou entre parenthèses. Les rémouleurs affûtent leurs abattis en cadence. Ils sont venus, ils sont tous là. « C’est le festival de Cannes ! » commente Jean-Paul, pour la caméra.

Déjeuner-éclair dans une bruyante salle des fêtes et caresse rapide à Matcho qui échange toujours avec sa dame blanche, un amour réciproque. A l’heure du pousse-café, cher à la France profonde, avant même que me vienne l’idée d’une sieste, nous enfourchons nos vaillants destriers, pour la suite des évènements. Plus que 1000 kilomètres !

Derrière le 4X4 à gyrophare, le long serpent multicolore s’étire à nouveau au soleil normand, dans le chuintement des pneus et boyaux sur l’asphalte. Un tremblement fugace me parcourt. Au vrai sens des mots, je vais en Finistère, au bout du monde. Et c’est bien un parcours initiatique que je suis en train d’effectuer ! Vent dans le dos, gai et confiant, comme tous mes collègues, je mouline bien rond. Enfin, pas pour longtemps…

A peine entrevue la majestueuse cathédrale de Sées… c’est dommage ! Une pensée pour les apprentis et les compagnons qui l’ont édifiée me traverse. C’est bien un parcours initiatique que je suis en train d’effectuer, avec deux mots qui m’escortent : EFFORT, VOYAGE. Ils clignotent devant mes yeux, au moment même où, insidieusement, le profil de la route est en train de changer. Les vallons deviennent plus creux, les bosses plus raides. Les dérailleurs craquent, cherchent un meilleur pignon, plus fluide pour les mollets. Pour la première fois depuis le départ, je me lève de ma selle, et debout sur les pédales, je grimpe « en danseuse », selon l’argot de la confrérie cycliste. Au fil des bornes, les rires s’estompent, les visages se tendent. Jean-Paul n’amuse plus le peloton. On parle moins. Comme pour économiser son souffle. Bien sûr, en cette fin d’après-midi, chacun pense à la pédalée nocturne qui l’attend ! Un arrêt d’une heure à Domfront n’est pas superflu pour préparer les corps et les machines. Tenue de rigueur : Casquette et gants de laine, blouson réflectorisé et cuissards longs, en guise de pyjama. Frileux que je suis, je n’ai pas quitté les miens depuis le départ. Pour le vélo, éclairages à piles, avant et arrière, sécurité oblige.

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Connaissez-vous la formation « Valeurs de la République et Laïcité » ?

Le Réseau d’Échanges Réciproques de Savoirs (RERS) et de Créations d’Œuvres Collectives a pour objectifs de :

  • se rencontrer pour échanger réciproquement des savoirs, des savoir-faire ;
  • se rencontrer pour partager des connaissances, des moments de convivialité ;
  • se rencontrer pour avoir des projets en commun de création artistique.

Le RERS d’Évry Centre-Essonne dispense une formation entièrement gratuite sur les valeurs de la République et la Laïcité. De telles formations existent dans tous les départements.

Cette formation est destinée à tous les publics et vise à répondre à leurs besoins d’accompagnement sur l’application du principe de laïcité dans les situations personnelles ou professionnelles qu’ils rencontrent au quotidien.

La formation doit permettre aux participants :

  • acquérir des bases sur les valeurs de la République et le principe de laïcité ;
  • repérer les conceptions de chacun sur la laïcité ;
  • interpeller les participants sur ce que représente pour eux le principe de laïcité ;
  • démontrer que le sens du mot laïcité diffère selon les approches intellectuelles.

Cette formation permet aussi d’être sensibilisé sur l’origine de la laïcité de son passé riche et ancien.

Et de comprendre que le principe de laïcité est au service du respect des libertés individuelles. Cette formation est reconnue par le contrat d’engagement républicain.

Si tel est votre désir, il reste encore quelques dates de disponible :

En octobre : le 17 et 18, 26 et 27 ; en novembre : le 9 et le 10, le 23 et le 24, puis le 30 novembre et le 1er décembre ; en décembre :  le 13 et le 14 décembre. N’hésitez pas à vous inscrire : j.herbet@rers.fr 01 69 36 25 14 ou c.sahie@rers.fr 01 64 97 0938

La formation a lieu à Évry-Courcouronnes, dans l’Essonne.

Le président de la République François Hollande rappelait dans son allocution suite aux attentats du 13 novembre 2015 : « Ce que nous défendons, c’est notre patrie, mais c’est bien plus que cela, ce sont les valeurs d’humanité. »

Lieu symbolique : Le Mémorial National de la Prison de Montluc

C’est l’hommage rendu à l’occasion du 14e salon lyonnais du livre maçonnique aux francs-maçons résistants qui nous a fait penser à la prison Montluc, de sinistre mémoire.

C’est pourquoi nous avons souhaité vous présenter ce minutieux et très sérieux travail, mené par une très belle équipe que fut l’exposition du salon « Du plus humble au plus illustre ». Exposition qui a puisé aux meilleures sources historiques et maçonniques (Archives du Rhône, Archives nationales, Archives municipales, etc.).

En mémoire de tous ces maçons, nous avons décidé de dérouler chaque slide, expliquant en cela les plus de 16 minutes du diaporama. Par respect pour celles et ceux qui sont tombés sous les balles ou la torture de la bête immonde pour qu’aujourd’hui nous puissions vivre libre, nous vous invitons à le visionner dans sa totalité.

Nous souhaitons aussi renouveler tous nos plus fraternels remerciements à tous les organisateurs et partager ce moment de bonheur que nous avons eu le temps des Rencontres Culturelles Maçonniques.

Merci aussi aux 1500 sœurs, frères et amis(ies) profanes venus au salon.

Bien évidemment, nous profitons de cette chronique « Lieu symbolique » pour aborder l’histoire de la prison Montluc à Lyon, devenue par la suite Mémorial.

La prison Montluc

Marc Bloch.

Situé au 4 rue Jeanne-Hachette dans le 3e arrondissement de Lyon, elle est une prison militaire construite en 1921 sur les glacis du fort Montluc. Elle est particulièrement célèbre pour son rôle de lieu de détention pendant la Seconde Guerre mondiale. Plus de 10 000 personnes parmi lesquelles le préfet Jean Moulin (1899-1843), fils de franc-maçon* et grande figure de la Résistance et l’historien Marc Bloch (1886-1944), auteur de L’Étrange Défaite. La prison Montluc fait l’objet d’une inscription au titre des monuments historiques depuis le 25 juin 2009.

De la prison au Mémorial

Quelques mois après la déclaration de guerre, la prison de Montluc rouvre ses portes en novembre 1939. Outre les habituels justiciables militaires, insoumis, espions, on retrouve également à Montluc et dans toutes les prisons militaires françaises, les premiers détenus du fait de l’état de siège décrété le 1er septembre 1939. Quelques détenus politiques, essentiellement des militants communistes, suite à la signature du pacte de non-agression germano-soviétique, sont alors victimes de ces premières juridictions d’exception, rattachées aux tribunaux militaires.

Suite à la fermeture de la prison de Montluc en février 2009, d’importantes menaces de démolition pèsent sur les bâtiments. L’Association des rescapés de Montluc fait alors pression pour sauvegarder la prison et l’instituer en mémorial. Soutenue par les pouvoirs publics, cette demande conduit à l’inscription d’une partie du site à l’inventaire supplémentaire des Monuments historiques le 25 juin 2009. Rénovée, elle est ensuite affectée au ministère des Armées et gérée par l’Office national des combattants et victimes de guerre pour ouvrir au public à partir de septembre 2010 en tant que haut lieu de la mémoire nationale.

Créé afin de rendre hommage aux résistants, Juifs et otages, victimes des nazis et de Vichy, en abordant l’étude des politiques de répression et de persécution de 1940 à 1944, le Mémorial aborde également les nombreuses autres strates historiques de la prison se succédant de 1921 à 2009.

Deux entités sont constituées afin d’accompagner le fonctionnement du Mémorial. Un conseil d’orientation, composé principalement des associations d’anciens résistants et de la communauté juive. Un comité scientifique, structuré autour des différents chercheurs et de responsables d’autres structures culturelles et mémorielles.

Site du ministère des Armées géré par l’Office national des combattants et des victimes de guerre, le Mémorial National de la prison de Montluc s’intègre également dans un vaste réseau de lieux de mémoire composé de dix hauts lieux de la mémoire nationale ainsi que de 275 nécropoles nationales.

*Jean Moulin – qui n’a jamais reçu la lumière – est le fils d’Antoine-Émile Moulin, professeur d’histoire-géographie au collège Henri-IV de Béziers et de Blanche Élisabeth Pègue. Les convictions laïques et anticléricales d’Antoine-Émile Moulin le poussent à s’engager dans la franc-maçonnerie. En 1902, il se fait recevoir dans une loge affiliée au Grand Orient de France, l’Action sociale. Lors de la séparation de l’Église et de l’État, il prend position nettement pour la séparation. En 1923 encore, il participe à la création de l’« association laïque pour la jeunesse », une sorte de patronage laïc servant à encadrer la jeunesse dans ses loisirs. Cependant, son attitude est exempte de sectarisme. Il respecte les convictions religieuses des autres, de sa femme notamment qui a toute liberté de donner une éducation religieuse à ses enfants.

Sources : Wikipédia, Wikimedia Commons,  Mémorial National de la Prison de Montluc, Rencontres Culturelles Lyonnaises

Montage : LEDFMD1717

Les « Widows Sons » font le show pour 2 enfants qui ont besoin de notre aide

A l’initiative Biker Comedy Club en faveur des enfants handicapés. Il s’agit d’un spectacle humoristique et caritatif au profit de Léna et Mattéo organisé par les Widows Sons le 19.11.2023 à 14h au Théâtre Comédie St Martin, situé 33, bd St Martin 75003 Paris.

Vous pouvez réserver dès aujourd’hui vos places (15€) sur :

www.billetreduc.com. Les gains seront intégralement reversés à Léna et Mattéo.

Site officiel des widows-sonsfrance.fr

4/11/23 – 19 h – Conférence publique à Toulon – « La Franc-maçonnerie au XXIème siècle » – Avec Georges Serignac

Dans le cadre de l’anniversaire des 250 ans de l’appellation du G∴O∴D∴F∴, les FF∴ de la loge « Humanisme et progrès » organisent une Conférence publique à Toulon.

sur le thème « La Franc-maçonnerie au XXIème siècle »

Le conférencier est notre T∴C∴F∴ et ancien G∴M∴ Georges Sérignac.

La franc-maçonnerie est une institution qui a traversé les siècles en s’adaptant aux enjeux de chaque époque. À la suite d’hommes et de femmes qui tous ont œuvré, à leur manière, au progrès et à l’amélioration de l’Humanité, le Grand Orient de France est un promoteur actif des principes contenus dans sa devise qui est aussi celle de la République « Liberté, Égalité, Fraternité ».

Aujourd’hui, à l’heure des individualismes exacerbés et des interrogations sur l’avenir de l’humanité, la franc-maçonnerie continue d’évoluer pour répondre aux défis du monde moderne. Seront abordées des questions contribuant à construire un humanisme et une fraternité à l’échelle de la planète.

C’est donc sur cette thématique que la loge Humanisme et Progrès, de Toulon, accueille le Grand Maître Passé Georges Sérignac pour une conférence publique sur la franc-maçonnerie au 21ième siècle.

Samedi 4 Novembre 2023, à 19 heures (accueil à partir de 18 heures 30)

Salle Boyer – UPV, 237 Place de la Liberté à Toulon

L’accès est gratuit et ouvert à tous, mais l’inscription préalable est obligatoire car le nombre de places est limité.

L’inscription se fait via l’application Helloasso, accessible via le lien ci-dessous

https://www.helloasso.com/associations/cercle-philosophique-et-culturel-humanisme-et-progres/evenements/conference-publique

Considérations sur le temps en Loge  

Dans un monde qui n’aspire qu’à aller toujours plus vite, il me parait intéressant de prendre 5 minutes pour partager mes épanchements sur le temps en loge bleue.  D’abord, de quoi parle t-on quand on parle du temps ? Considérer le temps c’est déjà et d’abord un exercice de l’esprit. A quoi pensez-vous quand on parle du temps ? Chacun aura un avis.

Certain vont penser à une horloge. C’est une conception moderne. Moi j’aime bien penser à une fleur fanée. Ensuite, il sera question de la notion de temps et du fait qu’il s’agit là d’un concept très souvent associé aux notions d’activités humaines et particulièrement en lien avec le travail. Enfin nous aborderons, la notion de temps sous l’angle initiatique au travers de ce que nous disent les rituels du Rite écossais ancien et accepté.  

Qu’est-ce que le temps ?

Pour le commun des mortels, c’est un ressenti subjectif. Ce que nous ressentons du temps, c’est en fait une formalisation des sensations de ce que nous observons des effets produits par le temps(Francis WOLFF, Temps physique et temps Métaphysique, Revue de métaphysique et de morale, 2011/4, N°72). On entend souvent dire que le temps passe vite, ou lentement, qu’il est tranquille. Quand j’étais gamin je trouvais souvent que le retour avait été plus rapide que l’aller. Les bons moments passent souvent trop vite. L’attente d’un avion ou du train est interminable. On se demande même quel temps il fait, mais là on parle plus du même temps, on parle de ce qui se passe au-dessus de nous, même si finalement il y a bien des rapprochements à faire. Le temps nous échappe et en même temps, il rythme nos vies, tout tourne autour de lui, parfois on s’emmêle les crayons parce qu’on parle tous en même temps.  

Bref, le temps, c’est une manière de parler de quelque chose d’insaisissable, qui existe d’une manière ou d’une autre, mais que l’on peine à définir. C’est le sens de ce que voulait dire Saint Augustin (“Qu’est-ce donc que le temps ? Si personne ne me le demande, je le sais ; mais si on me le demande, je ne le sais plus.” Les confessions, livre XI, Chapitre 14). Les physiciens ont bossé dur sur ce concept. Il existe des définitions précises : la seconde telle qu’elle est définie internationalement est la durée d’un certain nombre d’oscillations (9 192 631 770 exactement) liées à la fréquence de transition hyperfine de l’atome de césium. Je ne comprends rien à ces démonstrations. Ce que je comprends du temps c’est ce que je perçois. En tout cas, je ne suis pas le premier à me poser la question. Ça fait un moment que les hommes et les femmes qui peuplent notre planète s’interrogent. Dans l’antiquité, on formulait le problème un peu différemment. Grosso modo, on essayait de comprendre ce qui reste quand les choses changent.

Le temps passe, on reste le même, et pourtant on change. Ça marche avec les bonhommes mais aussi avec les choses. Quelle est la matière primordiale ? Finalement, la question c’était de savoir s’il y avait une matière primordiale, fondamentale qui garantit la continuité de l’être(école de Milet et Thales, Jeanne HERSCH, L’étonnement philosophique, Folio essais, 1993, p. 13). Les choses et les personnes bougent, se déplacent, traversent le temps, mais elles restent les mêmes. Il y a un mouvement, une direction, du même et du différent. En vieillissant, on se reconnait mais des choses ont bougé. Le temps d’une certaine manière a la faculté d’introduire à la fois un questionnement universel : tout le monde subit ses effets mais aussi fait naitre des intuitions très variables : on passe de la science, de la raison à l’expression d’impressions personnelles, d’observations personnelles. Le temps est tout cela à la fois : le mouvement et ce qui perdure, le changement et la durée, la perception d’une vitesse et d’un déplacement. Une identité et une évolution. Bref, c’est l’un et le multiple, l’éternel et l’éphémère.

Les caractéristiques du temps 

Puisque le temps est en quelques sortes une expérience, un maintenant qui invite à penser les évènements comme des intervalles, il y a donc un ordre de succession dans les choses. Un début et une fin. Il y a un cours du temps. Nos représentations du temps font que, souvent, on l’imagine sous la forme d’une flèche qui va da la gauche vers la droite. Il y a une continuité, le temps ne s’arrête pas. Cette manière de considérer le temps rappelle finalement la sentence d’Oswald Wirth pour qui « l’initiation est un acte irréversible ». Le temps initiatique a les mêmes propriétés que le temps profane de ce point de vue. Pourtant, aujourd’hui, on fantasme par le biais de l’outil numérique sur la possibilité de ralentir le temps comme s’il s’agissait d’un film qu’on peut mettre sur pause, examiner en zoomant. La nature des choses nous rappelle avec brutalité que malgré les progrès accomplis par la science, le temps qui passe conduit inévitablement à l’extinction de l’observateur. On a beau triturer les notions d’espérance de vie, nous sommes toujours confrontés au redoutable cycles de la nature que les mythes anciens traduisaient sous la forme de Dieux tels que Chronos et Saturne, parce qu’on sacralise et divinise ce qu’on ne maitrise pas, ce qu’on n’explique pas. D’ailleurs lorsqu’on regarde les illustrations de ces divinités, elles sont souvent représentées par un homme, un vieillard portant une faux. 

Le temps nous impose donc de penser deux grandes idées : Une continuité et Irréversibilité. C’est par la durée et la perception de ses effets que chacun d’entre nous se confronte au temps.  

Qui dit durée, dit mesure.

Pendant longtemps, on se référait davantage non pas à une mesure abstraite du temps sur une montre mais on au travers de la diversité des activités humaines associés aux évènements naturels. 

Au fur et à mesure du temps justement, le contrôle du temps est devenu synonyme de contrôle des populations. C’est évidemment un raccourci pour signifier que l’introduction de la pendule n’a marqué pas seulement les heures, elle a synchronisé les actions humaines »(VIDAL, Les hommes lents. Résister à la modernité, Paris, Editions Flammarion, 2020, p.35). La conception du temps a évolué et dès le moyen-âge. 

Jusque-là, « l’oisiveté était la source de l’élévation intellectuelle, elle devient un péché capital pour ceux qui se laissent aller à la douceur de vivre, condamné dès le 14ème siècle, moment exacte où les monastères et leur vie réglée font leur apparition ». L’activité des hommes pour être efficace et plaire à Dieu et à ses seigneurs nécessitaient une organisation. La maitrise de la matière, la complexification de l’outil permettant une production efficace a introduit l’idée de la planification du temps. L’ordre des choses devient une évidence car il y a des processus de fabrication à respecter. La nature peut dorénavant grâce à la technique être contrariée. On sait accélérer le refroidissement des métaux, on sait comment modifier la forme des choses. Les hommes ont compris progressivement quand et comment il fallait agir sur la matière pour en tirer profit. Néanmoins, Au quotidien, pour Edouard P. THOMSON, c’est encore le temps de l’activité qui guide le monde. On « compte le temps » à l’aune de cuisson du riz (environ ½ heure), découpe les journées en plusieurs prières, récite des AVE MARIA pour calculer la cuisson d’un œuf, on sait qu’une saison contient une germination.  

C’est la naissance de l’horloge mécanique au 13ème siècle qui change la perception du réel et dénature la perception du temps et la notion de travail. Avant, l’horloge mécanique, il n’y avait pas de minute ou de seconde, la vie suivait son cours naturel. Cela rappelle le chant du coq, l’aurore, l’hiver, les phases de la lune. Le calendrier humain rendait compte des cycles de la nature. De nombreux ouvrages montrent combien les croyances et les pratiques religieuses sont redevables aux phénomènes naturels d’une part et comment la vie religieuse pilote et guide le rythme des hommes de la communauté qu’elle soit rurale ou urbaine. 

On peut rétorquer qu’il existait d’autres moyens de compter le temps : « le sablier, l’astrolabe, l’horloge à mercure, le cadran solaire, mais […] les grains de sable ne conviennent pas au temps long, les nuages cachent parfois le soleil, l’eau gèle en hiver, etc. La 1ère caractéristique de l’horloge est de s’affranchir de la nature. Le temps mécanique devient une mesure implacable, régulatrice où des unités discrètes sont enfermées dans un cadran »(Lewis MUMFORD, Technique et civilisation, Marseille, Editions Parenthèses, 2015). C’est ce qui fait dire à Lewis MUMFORD que la clé de la période industrielle n’est pas la machine à vapeur mais la montre. La fragilité du moment, l’insaisissabilité de l’instant est quantifiée et ouvre la voie à la gestion et à l’organisation, optimisée. Le temps n’est plus passé mais dépensé. En gros, le temps devient une marchandise comme les autres, que l’on peut perdre ou gagner. Les repos deviennent une faille dans l’action, dans la planification, l’emploi du temps devient incontournable. On entre alors dans le monde de la cadence 

L’évolution des mécanismes introduit une modification des perceptions des activités humaines, c’est un autre rapport au monde qui s’instaure. « L’accélération des rythmes ne pourrait se justifier, si ce n’est du point de vie pécuniaire. Car l’énergie et le temps, les deux composantes du travail mécanique, ne sont humainement qu’un moyen »(Lewis HUMFORD, technique et civilisation, Marseille, Editions Parenthèses, 2015, p.206). La technique et la connaissance ne modifient pas en soi le rapport au temps sauf si on introduit l’idée de rentabilité.  

La vie humaine a longtemps été rythmée par la nature, par la vie quotidienne avant d’être exclusivement pilotée par l’économie. Aujourd’hui, il est clair que « Le temps c’est de l’argent ».  

Ce que dit le rite écossais ancien et accepté 

La notion de temps est aujourd’hui souvent perçue comme des rythmes et des cadences qui invitent à la notion de mesure puis de gestion. Et c’est là que je veux en venir. Quand on parle de temps, on parle de travail. Et c’est bien ce que nous faisons en Maçonnerie. La franc-maçonnerie, ce n’est pas un passe-temps, c’est un travail qui oblige. Et c’est pourquoi, notre rituel nous donne des heures de travail. Il se trouve que ce créneau est tout à fait incongru: Les apprentis francs-maçons que nous sommes, bossent de midi à minuit. Nous travaillons donc pas trop tôt le matin, et juste après l’apéro, au moment où les autres vont manger. C’est aussi exactement le moment où il fait le plus chaud, où le soleil est à son zénith. Les maçons jettent l’épongent à minuit, conscients qu’il reste encore du pain sur la planche. Minuit c’est l’heure du crime, les ténèbres de la vie profane s’installent, et nous retournons à nos habitudes dans le temps de l’asservissement aux lois de la consommation et de la vie sociale dite ordinaire.  

Les rituels indiquent, par deux fois qu’« il est l’heure et que nous avons l’âge » : en fait c’est un RDV qui nous est proposé. Être à l’heure de la tenue, c’est se tenir dans le présent. L’instant présent est une occasion, brève, d’apercevoir fugacement une partie de ce que nous sommes seulement. Pendant un instant, nous présentons au monde une version inachevée de ce que nous en train de devenir. Entre midi et minuit, nous sommes conscients d’être en chantier, d’être incomplets. Et c’est très inconfortable de constater que nous ne sommes pas finis. D’abord, il y a le moment où je prends conscience que le présent m’échappe, je suis un intervalle, je suis décalé en permanence : je suis désynchronisé. Quand je dis ce que je pense, ce n’est déjà plus le moment où je l’ai pensé. Je ne suis qu’un chantier permanent et je suis toujours en retard avec mon esprit. La sensation de ce déséquilibre me fait souvent penser au funambule qui cherche à la fois l’équilibre et la progression sur son fil tendu. Pour avancer, j’ai besoin de garder l’équilibre entre le passé qui me sert de mémoire et de référence et le futur que je crée intérieurement. Encore une fois, j’ai envie de citer Oswald WIRTH « En initiation, rien ne compte, hormis ce qui s’accomplit intérieurement ». Travailler de midi à minuit, c’est prendre conscience de ce fil. L’initiation c’est une tension et une dynamique. J’essaye plus ou moins d’avancer, pas à pas, entre la tradition et l’utopie en sachant qu’il n’y a pas d’issue possible et que je ne pourrai pas faire marche arrière. La recherche de l’équilibre est incessante. C’est un travail qui n’a rien à voir avec la productivité, chacun a son rythme.  Ce n’est pas le temps de l’horloge, de la cadence, ce n’est pas non plus du salariat avec des revendications : je comprends mieux pourquoi les apprentis obtiennent leur salaire en silence. Chacun d’entre nous sait intimement le chemin qu’il a accompli, les efforts qu’il a fournis et le chemin qui reste à parcourir.  

Philippe GERARD, philosophe du Droit estime qu’il « est malaisé de dire que nous n’avons que le temps : le temps ne s’accommode du verbe « avoir » que si on le confond avec la mesure du temps, avec le temps des horloges. Nous n’avons pas le temps, temps impalpable, pur élan qui à la fin rassemble et anime l’épaisseur des choses communes, lourdes ou légères, habituelles, insignifiantes ou non. La condition humaine et le temps s’entre-appartiennent dans l’éclosion incessante des commencements »(Philippe GERARD, François OST, Michel Van de KERCHOWE et Alain STROWEL, Droit, mythes et raison, Presse de l’université de Saint louis, Bruxelles, 2019). Maintenant, tout de suite, notre temps du travail est une occasion de faire, d’agir. S’inscrire dans le temps revient à avoir en même temps conscience de ce qu’il se passe, de le penser et d’agir. C’est à la fois un examen de conscience et un acte. C’est la possibilité de faire, de contribuer à la marche de quelque chose qui nous dépasse. Encore une fois, le mouvement, l’identique, le semblable et le différent s’interpénètrent dans un tourbillon. Nous ne contrôlons ni la vitesse, ni la direction et encore moins les effets.  

Il existe bien d’autres références au monde du travail et au temps dans notre rituel. La récréation par exemple, qui est le temps du repos entre deux épisodes de travail. C’est durant le sommeil que nous rêvons, et c’est à ce moment que nous affinons nos idéaux. Il y a eu parfois des coquilles dans les rituels. Un accent disparait, et la récréation devient la recréation. Loin d’être une aberration absolue, cela devient une opportunité de penser autrement : avec l’oubli d’un trait de crayon, on invite à recommencer sans cesse quelque chose qui n’a pas de fin, quelque chose qui n’a pas de forme finale. C’est la quête d’amélioration perpétuelle. Dans le monde du travail profane, on traduit cela par l’amélioration continue de la qualité. Il s’agit là d’une manière de passer de la quête spirituelle à l’esclavage gestionnaire. 

Enfin, la notion de temps, du fait qu’elle est indissociable du rapport à l’espace, implique le Franc-maçon se déplace en fonction de son temps passé, de son expérience dans la loge. Il ne s’assied pas où il veut. Les apprentis sont installés à un endroit, les compagnons à un autre. Seuls les maitres sont libres sauf s’ils portent une charge, s’ils ont un devoir supplémentaire dans le fonctionnement de l’atelier. Bien entendu, il ne convient pas de dévoiler ce que tout le monde peut trouver sur internet en cherchant un peu, mais bien de souligner que la place que chacun occupe est une variable du temps qui a fructifié. Les changements de place sont toujours à la fois le fruit du travail de chacun mais aussi le résultat d’un vote. En maçonnerie, quel que soit le temps passé, ce sont les autres qui vous invitent à progresser et vous y autorisent.  Une autre particularité qui peut étonner : celui qui a présidé l’atelier durant un temps, devient à la fin de son mandat celui qui garde la porte, le portier, tâche peu reluisante à priori. Et comble du comble, il est positionné face au nouveau président. Cette position dans la loge n’est pas soumise au vote, elle est une conséquence du temps passé à la “tête” de la loge. A la fin du travail le plus honorable, il n’y a pas d’honneurs, mais de l’humilité.

En guise de conclusion provisoire 

L’heure cosmique (basée sur la position du soleil) fixe les conditions de travail du maçon. Le midi comme le minuit sont des instants uniques. Etrangement, ils ont la même position sur le cadran. Les aiguilles sont positionnées sur le 12. Certains vous diront que 12 c’est 7 + 5 et que donc ça veut dire des trucs. Pour ma part, je n’en ai aucune idée. En tout cas, ce qui me semble intéressant, c’est de considérer le temps maçonnique comme un espace de travail sacré, durant lequel nous avons l’occasion de commencer quelque chose en dehors des horloges, des obligations industrielles, sociales qui contraignent nos comportements ordinairement. Cela ne veut pas dire du tout qu’il s’agisse d’un laisser-aller, bien au contraire. Entre midi et minuit, il y a un prix à payer et chacun, en son âme et conscience se doit de définir ce qu’il est prêt à verser. Le temps en maçonnerie ne se mesure pas : il nous faut regarder la position du soleil et de la lune, et la sienne, il faut lever les yeux vers quelque chose qui nous éblouit, et le comparer avec notre ombre projetée. On ne peut pas être pressé quand on ne sait pas où on va et c’est toute la beauté du temps en maçonnerie.

Stéphane Gebler

28/10/23 : Université maçonnique – « Le Frérisme et ses réseaux » puis « La fraternité maçonnique »

Samedi 28 octobre 2023 de 10 h à 12 h. 

Nous entendrons ce samedi  les conférenciers suivants : 

Florence Bergeaud-Blackler – Anthropologue, Chargée de recherches au CNRS – Spécialiste du fait religieux islamique : « Le Frérisme et ses réseaux »

suivi par :

Jacques Fontaine – Psychopédagogue en formation des adultes – Ecrivain ( 40 ouvrages) – Membre du Grand Orient de France et de OITAR  « La fraternité maçonnique »

Si vous ne vous êtes pas déjà inscrit à cette conférence, je vous rappelle que vous pouvez encore le faire jusqu’au début de la conférence. 

Cela nécessitera que vous vous inscriviez sur le lien suivant :

https://us06web.zoom.us/webinar/register/WN_ynbxaKa9Rgi_pg56l5T_aA

Lors de votre inscription, vous recevrez le lien de connexion sur lequel vous devrez vous connecter pour assister à la conférence.

J’espère vous y retrouver nombreux.( ouverture de la conférence à 9h50 ) Recevez, ma TCS et mon TCF mon accolade fraternelle.

Jean-Robert DAUMAS
Président de l’Université maçonnique

Le Triangle en Franc-maçonnerie

De notre confrère expartibus.it

Le triangle est l’emblème de l’achèvement, de la matérialisation, de la concrétisation du 3 comme chiffre de l’union entre l’esprit, l’esprit et le corps. On retrouve souvent la figure du triangle équilatéral avec un œil au centre, dont la signification ésotérique est la sagesse, la Divinité qui voit tout, est au-dessus de tout et pardonne tout.

A lui seul, il symbolise tous les principes de la trinité, du renversement, de la perfection, de l’Universel, de la connexion avec l’être suprême et les quatre éléments.

Ses 3 faces nous démontrent la divinité en nous, l’union du père, de la mère et de l’enfant et, donc, la manifestation dans le monde de la création, microcosme en macrocosme, et l’univers en nous, la tension de l’être humain vers la transcendance divine. , la protection universelle et divine envers l’humanité et la nature.

Dans la tradition pythagoricienne, où il apparaît sous le nom de Tétraktys, il indique l’ascension du multiple vers l’Un. Selon l’interprétation alchimique particulière, dans l’ordre des figures fermées, il est placé entre le cercle et le carré ; on peut donc en déduire qu’il représente une entité intermédiaire entre la substance presque abstraite et spirituelle, et la matière qui, au contraire, relève de nos sens.

Sa symbolique universelle se retrouve dans toutes les traditions, car elle est la manifestation du retour à l’unité primordiale et est donc liée aux différentes symboliques du ternaire.

Il communique le dynamisme et sert d’indicateur de direction et, avec ses trois côtés et ses trois pointes, représente la complétude et l’origine de toute évolution, harmonie, proportion.

Si dans le christianisme il fait allusion à la trinité, dans les civilisations orientales celui dont le sommet pointe vers le bas fait référence au féminin, celui qui pointe vers le haut au masculin.

En même temps, il représente également l’esprit, le corps et l’esprit de l’ésotériste, qui doit apprendre à réaliser une union équilibrée de toutes ses parties pour les réunir dans un nouvel être, un Surmoi qui guidera mieux et avec plus de puissance l’être. celui qui a atteint cet état interne.

Les quatre éléments sont reproduits au moyen du triangle équilatéral : s’il a le sommet en haut, c’est un symbole de feu ; s’il est traversé par une ligne horizontale, cela indique de l’air ; s’il a le sommet en bas, il fait référence à l’eau ; s’il comporte un trait horizontal, il fait cependant référence à la terre mère.

C’est la Parole parfaite, car elle présuppose un principe intelligent, un principe parlant et un principe parlé. L’absolu qui, à travers la parole, se révèle, lui donne un sens égal et en crée lui-même un tiers ; c’est ainsi que le Soleil, par sa lumière, se manifeste et rend cette apparition effective par la chaleur.

Il est tracé dans l’espace par le point culminant du ciel, l’infini en hauteur, qui se rejoint par deux lignes divergentes de l’est et de l’ouest.

triangle d'or maçonnique couvercle de montre
triangle doré portant des symboles maçonniques, couvercle de montre gousset

Ce triangle visible s’oppose cependant à un autre invisible, égal au premier, qui a la profondeur pour sommet et dont la base inversée est parallèle à la ligne horizontale qui joint l’est à l’ouest. Tous deux, réunis en une seule figure, forment une étoile à six rayons, signe sacré du sceau de Salomon, qui exprime l’idée de l’infini et de l’absolu.

La grammaire a attribué trois personnes au Verbe : la première est celui qui parle, la seconde est celui à qui on le dit, la troisième est celui dont on le parle.

Le GADU, le Grand Architecte de l’Univers, en créant, parle de lui-même et de lui-même : c’est l’explication du ternaire et l’origine de la Trinité.

Même le dogme magique est un sur trois et trois sur un. Ce qui est en dessous ressemble ou est identique à ce qui est en haut. Ainsi deux choses qui se ressemblent, avec la Parole qui exprime leur similitude, en font trois. Le ternaire est le dogme universel.

En magie, c’est principe, réalisation, adaptation ; en alchimie azote, incorporation, transmutation ; dans la théologie chrétienne, il devient Dieu, incarnation et rédemption, Trinité, archétype de la structure triadique de l’être, qui prend forme de pensée, d’amour et de pouvoir ; dans l’âme humaine, c’est pensée, amour, action ; dans la famille, c’est le père, la mère et le fils.

En tant que symbole maçonnique, il est présent dans le temple sous le nom de delta lumineux et doit être interprété avant tout comme un vecteur directionnel, dans la verticalité apicale duquel il symbolise l’Œuvre destinée à la gloire du GADLU.

Il y a trois points qui désignent symboliquement le franc-maçon et expriment également les concepts « Passé – Présent – ​​Futur », « Liberté – Égalité – Fraternité ». Ils font également référence à la boussole ouverte, dont la pointe principale exprime le Soleil, donneur de vie, et les deux autres la double polarité universelle. Ils représentent également les trois Personnes qui forment l’unité en Dieu. Enfin, ils rappellent les trois facultés de raison, de mémoire et de volonté ; l’actif, le passif et le neutre.

On a très bien dit que si les triangles faisaient un Dieu, ils lui donneraient trois côtés.
Charles-Louis de Montesquieu, Lettres persanes, 1721

Les Francs-Maçons sont les bâtisseurs idéaux par excellence et perpétuent la transmission symbolique des « outils » et des « produits architecturaux » de leur Art. Il y a donc dans la franc-maçonnerie une tension ininterrompue pour « soulever », « élever », « rétablir », mais pas exactement pour « terminer », pour « conclure », pour « achever », car le chemin latomistique reste toujours ouvert. , en constante évolution, aussi fascinant que stimulant au point d’être considéré comme « impossible » selon la mentalité profane et bornée.

Les francs-maçons s’identifieront toujours au triangle, l’évoquant continuellement ; il faudra toujours un « triangle » pour donner vie à une nouvelle loge, car c’est de lui que tout prend naissance.