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GLMF : Felix Natali met en scène ses vérités alternatives… sans convaincre

La réunion Zoom de Félix Natali face aux révélations de 450.fm

Le 22 juin 2026 au soir, quelques jours après la publication par 450.fm de plusieurs articles mettant en cause la gouvernance de la Grande Loge Mixte de France, le Grand Maître Félix Natali a convoqué une réunion Zoom interne destinée aux représentants des loges. Présentée comme un temps d’information fraternelle, cette intervention s’est surtout apparentée à une opération de communication de crise visant à reprendre la main sur le récit et à contenir la contestation naissante.

L’objectif affiché était simple : informer. Mais le contenu, le ton et la structure de la réunion montrent surtout une stratégie classique de défense institutionnelle : minimiser les faits, personnaliser le conflit, déplacer la responsabilité vers l’extérieur et souder les membres autour d’une lecture victimaire de la situation.

Trois alertes mises en lumière

Les articles publiés par 450.fm portaient sur trois sujets distincts, mais convergents.

Ces révélations n’étaient pas des accusations sans fondement. Elles s’appuyaient sur des éléments vérifiables, des documents, des témoignages et des faits publics. La question n’était donc pas de savoir s’il fallait « protéger » la GLMF, mais si son Grand Maître était prêt à répondre sérieusement aux critiques formulées.

Une stratégie de crise classique

Conférence Zoom sur ordinateur portable
Conférence Zoom sur ordinateur portable

La réunion de Félix Natali a suivi un schéma bien connu en communication institutionnelle.

D’abord, l’intéressé a cherché à minimiser la portée des articles, en rappelant qu’il ne s’agissait que d’un sujet parmi des centaines abordés pendant le convent. Cet argument permet de diluer la gravité du problème, alors même qu’un sujet n’a pas besoin d’être considéré comme majeur, surtout par l’autorité en cause, pour être central, lorsqu’il touche à la gouvernance, à l’éthique ou à la confiance.

Ensuite, le chef de l’Obédience a personnalisé le conflit, en reliant les articles à la clôture d’une loge parisienne dont le fondateur de 450.fm était membre. C’est un procédé connu dans la vie sociale et politique, qui vise à disqualifier les charges, au motif qu’il s’agirait d’un simple acte de vengeance dicté par un différend personnel :

CETTE TACTIQUE transforme une critique institutionnelle argumentée en sordide règlement de comptes, afin de détourner l’attention, du fond de l’affaire.

Enfin, pour couronner le tout, le même Grand Maître a adopté une posture de victimisation collective, présentant la GLMF comme injustement attaquée, en appelant à la solidarité de ses membres autour de leurs dirigeants, face à une menace qui mettrait en péril l’institution – un tour de passe-passe dans les règles de l’art, qui permet d’esquiver le débat, autour des questions qui fâchent : « les faits sont-ils exacts ? », en le réduisant à une situation d’urgence : « comment défendre l’obédience contre ses détracteurs ?« 

Or ce n’est pas la GLMF qui est en cause mais ses administrateurs.

Les comptes : une vérité partielle suffit-elle à la vérité ?

Sablier avec courbe qui symbolise l'argent
Le temps qui passe dans le sablier et qui symbolise la production d’argent et de richesse

Sur le dossier financier, Félix Natali reconnaît que le bon résultat comptable découle de la vente d’un bien immobilier. Mais cette reconnaissance arrive comme une correction tardive, à la lumière de ce que 450.fm avait précisément pointé : un résultat artificiellement gonflé par une opération patrimoniale exceptionnelle.

Autrement dit, la réponse ne contredit pas l’analyse critique. Elle la confirme. La différence est dans le cadrage : là où 450.fm parlait d’un résultat trompeur sur le plan opérationnel, le Grand Maître a tenté de le présenter comme une donnée rassurante, en évitant d’insister sur ce que ce chiffre ne disait pas. Il a rejeté la faute du déficit sur ses prédécesseurs. Il a surtout évité de rappeler que les 66% d’augmentation de charges salariales ont été votées par lui lorsqu’il était Conseiller de l’Ordre et maintenus depuis qu’il est Grand Maître. Il doit donc assumer l’entière responsabilité de cette gestion.

Le problème n’est donc pas seulement comptable. Il est aussi politique et éthique : une obédience peut-elle se féliciter d’un résultat, si celui-ci masque en réalité un déficit structurel ?

La clôture de la loge : un angle mort, bien mort

Sur la fermeture de la loge parisienne, le discours officiel insiste sur les 23 points de non-conformité relevés avec une minutie et un acharnement assez prodigieux. Le raisonnement semble implacable : trop d’écarts appellent une fermeture immédiate.

Mais cette présentation laisse de côté l’essentiel. Elle ne dit rien du ressenti des membres de la loge, ni des témoignages faisant état d’une inspection vécue comme brutale, unilatérale et humiliante. Elle ne dit rien non plus du calendrier, ni du fait que la fermeture était publiquement évoquée des semaines avant sa mise en œuvre effective, ce qui confirme l’idée d’une procédure déjà verrouillée. En somme, un banal et effectif règlement de compte, dans l’autre sens que celui allégué, tel que l’article le montre bien.

Exécution d’Olympe de Gouges le 3 novembre 1793 à Paris

En occultant ces éléments, le discours de Félix Natali réduit une crise de gouvernance à une simple question administrative. Or la vraie question est ailleurs, si on l’aborde comme tout franc-maçon qui se respecte : comment une loge peut-elle être accompagnée sans être brisée ? Car ce que Felix Natali occulte totalement dans ses explications, c’est que la GLMF n’a jamais ni vérifié, ni visité, ni accompagné, ni mis en garde, durant 7 années consécutives, cette Loge, avant de l’exécuter à la va-vite.

Il s’est donc agi d’une somme d’accusation > condamnation > exécution, comprise dans une procédure réglée d’avance et non d’une enquête conduite avec scrupule et bienveillance. Autre fait troublant, l’Ordre du jour du Convent prévoyait le vote de la radiation de cette Loge. Le sujet à été éludé et les membres du Convent n’ont pas souvenir d’avoir traité ce point, pourquoi ? Décidément, cette Loge devait disparaitre, y compris des esprits présents !

Joël Canapa : un argument du pardon… à bon marché

Le point le plus délicat reste sans doute l’élection de Joël Canapa à la présidence du Convent.

Photo non contractuelle (IA)

La défense avancée repose sur une ligne simple : il a payé sa dette à la société, son casier judiciaire – du moins, le bulletin № 3 que peuvent se procurer les particuliers – serait, désormais, vierge et chacun a le droit à une seconde chance. Cette argumentation, qui respire la mansuétude et la miséricorde, évite pourtant d’aborder le fond : n’y a-t-il pas une charge symbolique particulière à élire à la tête d’une instance souveraine un homme condamné à plusieurs reprises, dont une fois pour des blessures involontaires en récidive ?

Il ne s’agit pas ici de nier la possibilité de rédemption (la preuve : il a trouvé ou retrouvé sa place sur les colonnes). Il s’agit de mesurer la cohérence entre la fonction exercée et la qualité morale attendue, dans un Ordre comme le nôtre. C’est une question que nous ne cantonnons pas à la GLMF, puisque nous l’avions posée au GODF dans l’affaire Sandillon, par exemple.

Quand une obédience se présente comme dépositaire de valeurs de rectitude, d’exemplarité et de progression, l’élection d’un tel profil ne peut manquer d’interroger.

Il y a, de plus, une autre question que la communication interne n’aborde pas clairement : si les conditions d’adhésion à la GLMF exigent une déclaration sur l’honneur de n’avoir jamais été condamné, ce document existe-t-il encore dans le dossier du frère concerné ? Et, si oui, l’obédience est-elle prête à le produire et à en garantir la conformité ? La rédaction s’est procuré le document (v. ci-dessous). On y voit très clairement que tout candidat doit confirmer qu’il n’a jamais eu de démêlés avec la justice. Le Grand Maître peut-il présenter le dossier de J. Canapa, afin de démontrer clairement que l’obédience a accueilli en son sein un membre radié du GODF (ce qui est contraire au traité entre les deux obédiences) et surtout contraire à son propre fonctionnement interne, au vu du document ci-dessous.

Document d’affiliation à la GLMF

Les inspections : mode d’accompagnement ou bras armé ?

Sur les inspections, le discours officiel insiste sur leur fonction d’accompagnement. En théorie, c’est exact. En pratique, plusieurs témoignages recueillis par 450.fm décrivent un tout autre vécu : pression psychologique, absence de contradictoire, sentiment d’inquisition.

Le décalage entre la fonction annoncée et l’expérience vécue est majeur. Lorsqu’un outil de soutien est perçu comme un piège, la confiance s’effondre. Et lorsqu’une institution refuse de regarder ce décalage en face, elle transforme une procédure de régulation en mécanisme d’intimidation, de domination voire d’élimination.

Une rhétorique de défense : l’oxymore d’un euphémisme brutal

Effet de manche
Effet de manche d’avocat

Ce qui ressort de cette réunion, c’est moins une explication qu’une stratégie de défense.

  • Les problèmes viennent de l’extérieur.
  • Les critiques sont suspectes.
  • Les faits sont mineurs voire insignifiants,
  • Les personnes qui dénoncent constituent le vrai sujet (rien de nouveau : depuis Sophocle, jusqu’à Star Trek, en passant par Shakespeare, toujours, cette vieille tentation de « tuer le messager »…).

Cette mécanique est efficace à court terme, car elle protège l’image du groupe. Mais elle est dangereuse à long terme, car elle interdit la remise en question. Elle nourrit l’idée que la loyauté consiste à se taire, que la fraternité consiste à couvrir, et que la critique est déjà une trahison.

Une occasion manquée : vraie gêne d’un faussement zen

La-transparence-imposée-peut-produire-de-la-stigmatisation

Au lieu de reconnaître l’existence de dysfonctionnements structurels, la réunion a préféré verrouiller le récit. Au lieu de répondre point par point aux interrogations, elle a déplacé le débat sur le terrain de la loyauté et du ressenti collectif. Au lieu de transformer une crise en moment de clarification, elle a privilégié le réflexe de sauvegarde.

C’est peut-être là le principal enseignement de cette séquence : lorsque la défense de l’obédience devient plus importante que la défense de ses principes, l’institution cesse de se corriger elle-même. La vraie question demeure donc entière :

combien de temps les francs-maçons accepteront-ils que la protection du sommet passe avant l’exigence de vérité qu’ils revendiquent dans leurs rites et à longueur de déclarations ? Le courage moral n’est plus une vertu, il devient un contresens.

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« L’espace-temps » imaginaire en Franc-maçonnerie

L’uchronie est une évocation imaginaire du temps. « Uchronie »  est un néologisme du XIXsiècle fondé sur le modèle d’utopie, avec un «u», négatif et «chronos» (temps) : étymologiquement, le mot désigne donc un «non-temps», un temps qui n’existe pas. En littérature, c’est un genre qui repose sur le principe de la réécriture de l’Histoire à partir de la modification d’un événement du passé. On utilise également l’expression histoire alternative ou histoire contrefactuelle.

Les temps sacrés maçonniques sont des uchronies.

La Franc-maçonnerie, particulièrement dans le Rite Écossais Ancien et Accepté (REAA), construit un univers initiatique où le temps et l’espace ne fonctionnent pas selon les lois ordinaires du monde profane. Cette architecture symbolique crée ce que l’on pourrait qualifier d’uchronie maçonnique : un espace-temps alternatif où se déploient les mystères de la construction, de la connaissance et de la transformation spirituelle de l’initié.

Contrairement à une uchronie littéraire qui imagine l’histoire différente, l’uchronie maçonnique fonctionne comme un temps sacré, intemporel et circulaire, superposé au temps profane linéaire. C’est dans ce temps-là que demeure la véritable action maçonnique.

Le temps, en hébreu, se dit «zeman» זְמַן, ce qui signifie littéralement  : c’est quoi ?
C’est de lui que surgit la possibilité de la question, de l’interrogation. Quand on réfléchit, « manger » n’est-ce pas consommer du temps, celui de l’existence de ceux qui ont participé à la production de ce que l’on ingurgite ?

La conception du temps dans la philosophie alexandrine spécifie trois temps : chronos, aeon et kaiiros .

Le monde créé, est un monde temporel, c’est un « monde temps », au point que l’idée d’un non-temps est impensable, inconcevable.

C’est quoi le temps ? Réponse donnée par Nassim Haramein : le temps n’est qu’un concept humain manifesté dans la mémoire, pas celui de l’univers ; seule l’information est sur l’espace.

Pour Étienne Klein, la polysémie du mot « temps » a pour conséquence l’impossibilité sinon l’erreur métaphorique de le définir par le langage, mais sa structure formate notre pensée du temps. (Nota, je conserve cette vidéo malgré les sanctions universitaires dont Klein est l’objet, pour la clarté de sa divulgation)

« L’office divin, d’après l’antique tradition chrétienne, est constitué de telle façon que tout le déroulement du jour et de la nuit soit consacré à la louange de Dieu. » C’est ce que l’on appelle la liturgie des heures. Pour les laïcs, la liturgie retient sept heures :
Lectures : entre minuit et le lever du jour, ou à toute autre heure de la journée
Laudes : à l’’aube
Tierce (troisième heure après le levant) : à 9 heures
Sexte (sixième heure après le levant) : à midi environ
None (neuvième heure après le levant) : à 15 heures environ
Vêpres : au début de soirée (vers 17 heures)
Complies : le soir, avant/après le coucher du soleil

 Les limites du temps sacré en tenue  

Le temps sacré maçonnique est la durée qui est comprise seulement entre deux limites édictées par le rituel aux moments de l’ouverture des travaux et de la fermeture des travaux.
C’est un temps pendant lequel les membres laissent leurs métaux à la porte du temple, durant lequel le vouvoiement cérémonieux, remplace le tutoiement fraternel,  durant lequel l’’ordre est établi et dirigé par le Vénérable Maître élu et installé, aidé en cela par ses officiers.
C’est le temps durant lequel tout ce qui est dit et réalisé doit respecter la règle intangible de la tradition maçonnique, selon le rite et le grade.  Ce temps immobile entre deux bornes a une caractéristique dynamique et créatrice, puisque c’est en lui, en sa présence, que s’effectue le travail véritablement initiatique. Il est seulement d’une autre nature. Il est une figuration de l’éternel présent, car il se recrée en permanence ; du moins pour autant qu’il soit réalisé par l’attention, la disponibilité, la présence réelle du maçon. En sortant de la succession temporelle, on peut se rapprocher d’une conception d’ordre métaphysique. C’est un espace-temps dans l’incessant troc du temps pour de l’espace ou de l’espace pour du temps.

Ce temps ne commence pas avant que ne soient constatées, par questions réponses et par positionnement du tapis de Loge, les conditions d’âge et d’heure permettant le début des travaux.

C’est le Vénérable qui déclare l’apparition du sacré.

Si les premiers degrés travaillent de midi à minuit, on trouve dans les rituels, à différents degrés, des durées différentes : de l’aube à la fin du jour, de la 1ère heure du jour à la 5ème heure du jour, du point du jour à 7 heures du soir, de la 1ère heure après minuit à l’heure du retour à l’heure où les neuf flambeaux illuminent le Temple, de 5 heures du matin à 6 heures du soir, quand le génie parle jusqu’au moment où le soleil a disparu, du coucher du soleil à laube, de midi plein à minuit plein, de l’heure prédite à l’heure accomplie, le jour et l’heure le fils d’Hiram doit venir pour sacrifier au GADLU (le Grand Architecte de l’Univers).
Au 1er degré du Rite Charbonnier, les travaux ont lieu depuis la fine aiguille, jusqu’au soleil couché.

Selon Mackey, dans les systèmes français et allemand de métier, nos anciens frères auraient été appelés au travail jusqu’à faible douze (low twelve), ou minuit, ce qui est donc le moment supposé ou fictif la loge française ou allemande est fermée… Dans le système de Zinnendorf, on dit qu’il y a dans une Mason‘s Lodge cinq heures, à savoir : douze coups (la 12e heure), midi, midi plein, minuit et minuit plein; qui sont ainsi expliquées : douze coups, frappés avant l’’ouverture de la Loge ; midi, quand le maître est à flot pour ouvrir la loge ; midi plein, quand elle est dûment ouverte (sans doute équivalent aux douze grandes de la Maçonnerie disséquée de Prichard, 1730) ; minuit, quand le Maître est sur le point de la fermer ; et minuit plein, quand elle est fermée et que les non-initiés sont autorisés à s’approcher.

Le RER distingue trois états de l’heure d’ouverture des travaux : la 12e heure, midi et midi plein. Lorsque les officiers de la loge sont installés, le Vénérable Maître fait aux Surveillants les questions suivantes : « Frère Premier Surveillant, quelle heure est-il ? 1er Surveillant : Frère Second Surveillant, quelle heure est-il 2nd Surveillant ? : C’est la douzième heure » Après les premiers travaux d’ouverture (profanes écartés et prière), la loge est déclarée ouverte. Le Vénérable Maître questionne alors : « Frère Premier Surveillant, quelle heure est-il à présent ? 1er Surveillant :Frère Second Surveillant, quelle heure est-il à présent ? 2nd Surveillant : Il est midi. » Le Vénérable achève l’ouverture de la loge et interroge :« Frère Premier Surveillant, quelle heure est-il enfin ? 1er Surveillant :Frère Second Surveillant, quelle heure est-il enfin ? 2nd Surveillant : Il est midi plein. »
On pourrait penser que, c’’est la même différence entre le moment où doit être commencé le carillon (la 12e heure), le premier son de cloche (midi) et le dernier des douze coups (midi plein). On peut retrouver plus de détails sur la différence entre l’heure et l’heure pleine dans l’article Midi – Midi plein – Minuit – Minuit plein

L’ouverture des travaux dans un temple maçonnique, à midi plein, signifie essentiellement l’irruption de la réalité cosmique, l’irruption du sacré et la disparition soudaine de la fiction, de l’illusion qui nous occupe dans la vie courante, irruption qui se produit à partir d’un ici et maintenant qui déclenche la reconstitution du monde sous la forme de ce symbolisme qu’est le temple.

Le temps sacré se distingue du temps maçonnique   cest-à-dire de celui qui se situe avant le rituel douverture et après le rituel de fermeture des travaux, avec la mise en conformité du temple par les apprentis, contrôlée par le second surveillant et validée par le Grand Expert, avec le revêtement du tablier, des décors et des gants blancs, parfois celui de lhabillement.

Dans Ahiman Rezon, Lawrence Dertnmott dit que les heures de loge, c’est-à-dire le temps où il est permis à une loge de travailler ou de faire affaire, sont du 25 mars au 26 septembre, entre sept heures et dix heures, et du 25 septembre au 25 mars, entre six et neuf heures ; d’’où il a tiré une loi inconnue, très peu observée, même par les Loges des Ancients pour qui son Ahiman Rezon a été écrit.

L’uchronie dans les degrés maçonniques

Le Premier degré – Apprenti : La naissance dans le temps initiatique

L’entrée en maçonnerie constitue une rupture temporelle radicale. Le profane ne devient pas simplement membre d’une organisation ; il accède à une nouvelle chronologie. Le cabinet de réflexion, chambre obscure et souterraine, symbolise le néant temporel avant la création, la caverne platonicienne où rien n’existe encore.
Cette première étape place le candidat hors du temps profane. Son ignorance n’est pas une simple méconnaissance, mais une absence existentielle dans l’ordre maçonnique. L’initiation à la lumière (la candélabre à trois branches) marque non pas tant une illumination intellectuelle qu’une entrée en temporalité sacrée. Le travail de l’apprenti – dégrossir la pierre brute – est un travail sur soi qui s’inscrit dans un temps qui n’est jamais fini, jamais terminé, toujours en devenir.

Le deuxième degré – compagnon : La dilatation temporelle

Les cinq points parfaits du compagnonnage ne sont pas des étapes linéaires mais des dimensions multiples d’un même moment sacré.
C’est au degré de compagnon que s’affirme la non-linéarité du temps maçonnique. Le voyage traditionnel du compagnon à travers les temples et les pays représente un parcours intemporel : il rencontre des maîtres de tous les âges, traverse une géographie qui n’est pas celle du monde réel. Le nombre cinq, nombre du compagnon, est celui de l’homme, mais aussi celui de la pentagramme, figure qui contient en elle-même plusieurs dimensions temporelles – le passé dans deux points, le présent au sommet, l’avenir dans deux autres.

Le troisième degré – Maître : L’arrêt du temps et sa transcendance

Le troisième degré constitue un tournant temporel fondamental. La légende d’Hiram introduit la mort et, avec elle, l’éternité. Le temps linéaire de la vie s’arrête pour l’initié à ce degré : Hiram meurt et, mystérieusement, sa mort engendre une immortalité symbolique.
À ce stade, l’initié comprend que le temps maçonnique n’avance pas comme le temps profane : il s’approfondit. Les trois années de compagnonnage, les trois voyages du maître, les trois coups du silence – tout cela ne mesure pas une durée ordinaire mais marque des seuils d’une réalité atemporelle. L’initié maître a accédé à une sagesse qui est hors du temps : celle de la construction, qui perdure au-delà des générations.

Les side degrees : L’expansion de l’uchronie maçonnique

Une rupture importante survient au-delà du troisième degré. Les degrés du 4e au 14e du REAA plongent l’initié dans des univers temporels de plus en plus complexes, construisant progressivement une histoire alternative de la sagesse et du pouvoir.

Le 4e degré (Maître Secret) situe l’action maçonnique dans un temps post-diluvien, une époque de reconstruction où la connaissance doit être préservée. L’initié devient gardien d’une transmission qui transcende les catastrophes historiques. Le temps ici est celui de la mémoire collective face à la destruction.

Le 5e degré (Maître Parfait) introduit les mystères d’Égypte, mais pas l’Égypte historique : une Égypte archétypale, atemporelle, réservoir de tous les mystères anciens. L’initié voyage dans un temps qui n’est jamais passé car il demeure présent dans toute initiation.

Le 6e degré (Secrétaire Intime) et le 7e degré (Intendant des Bâtiments) organisent cette uchronie en institutions durables. Le temps y devient administratif, ritualisé, enraciné dans une structure permanente. C’est le temps de la gestion du sacré, qui rejoint, paradoxalement, le temps profane en le sanctifiant.

Les 8e et 9e degrés (Maître en Israël, Chevalier de l’Élu des Neuf) projettent l’initié dans le temps biblique, particulièrement celui des mystères du Temple de Salomon. Mais encore une fois, ce n’est pas l’histoire réelle du Temple qui importe : c’est le Temple archétypal, la maison de la sagesse divine qui existe dans tous les temps et hors de tous les temps. L’initié ne remonte pas simplement aux origines ; il accède à l’origine intemporelle d’où émane toute connaissance.

Le 10e degré (Illustre Élu des Quinze) introduit la vengeance et la justice, mais dans une acception qui dépasse le temps : il s’agit d’une justice cosmique, d’une harmonie universelle qui doit être rétablie. Le temps y devient instrument d’une volonté supérieure qui transcende la vengeance personnelle.

Le 11e degré (Sublime Chevalier Élu) et le 12e degré (Grand Maître Architecte) dépassent définitivement la narration historique. L’initié ne se situe plus dans une histoire (même archétypale) mais dans une métaphysique atemporelle. L’architecture devient cosmique : ce qui était construction physique (le temple matériel) devient construction de l’univers lui-même.

Le 13e degré (Royal Arch) et le 14e degré (Grand Élu Maçon) consolident cette transcendance. Le maçon ne travaille plus sur des pierres historiques, même symboliques ; il participe à la construction de l’édifice éternel, celui qui n’a ni commencement ni fin.

Le 15e degré marque un tournant considérable. L’initié quitte définitivement la construction historique et symbolique localisée pour accéder à une chevalerie cosmique. Le temps ici devient politique, mystique et guerrier à la fois.

L’uchronie maçonnique, qui jusque-là s’était déroulée dans les arcanes du temple, s’élargit soudain à la dimension du monde. Les chevaliers maçons se situent dans une histoire alternative de la civilisation, celle où les vrais initiés ont toujours guidé le destin des nations. C’est le temps de l’action illuministe, celui où l’initié reconnaît son rôle dans la marche progressive de l’humanité.

Le 16e degré (Prince de Jérusalem) restaure Jérusalem, mais ce n’est pas la cité du Moyen-Orient : c’est la Jérusalem céleste des mystiques, la cité de la paix qui existe dans tous les âges et qui se reconstruit constamment par l’œuvre de ceux qui servent la lumière.

Le 17e degré (Chevalier d’Orient et d’Occident) unifie les temps et les espaces. L’orient et l’occident ne désignent plus des directions géographiques mais des états de conscience : le lever du soleil éternel de la sagesse. Le maçon se situe au cœur de cette réconciliation cosmique.

Le 18e degré (Chevalier Rose-Croix) synthétise tous les temps antérieurs. La rose (cycle perpétuel) et la croix (convergence des opposés) inscrivent l’initié dans une temporalité qui englobe tous les autres degrés. C’est le moment où l’uchronie maçonnique révèle sa véritable nature : elle n’est pas une fuite du temps réel, mais plutôt une perception profonde du temps réel dans ses dimensions sacrées.

La Résurrection d’Hiram au 18e degré n’est pas un retour à la vie ordinaire, mais une compréhension que la mort n’existe que dans le temps profane. Dans l’uchronie maçonnique, rien n’est perdu, tout se transforme, rien ne finit.

À partir du 19e degré, l’uchronie maçonnique se cristallise en structure. Ces degrés, souvent moins connus mais fondamentaux, organisent la transmission de ce temps alternatif à travers des cadres institutionnels et doctrinaux.

Le 19e degré (Grand Pontife) établit les principes généraux de la doctrine maçonnique comme système complet, une théologie atemporelle qui couvre toutes les questions existentielles.

Les degrés intermédiaires (20e à 30e) constituent une véritable administration du temps sacré : chaque degré organise un aspect particulier du gouvernement de la franc-maçonnerie, ses relations avec le monde extérieur, sa doctrine, sa morale, son action. Le temps y devient institutionnel sans cesser d’être mystique.

Le 30e degré (Grand Élu Kadosh ou Chevalier Kadosh) apporte une virulence révolutionnaire à cette uchronie. Le Kadosh ne se contente pas de contempler l’ordre cosmique ; il doit le réaliser dans le temps profane. C’est la transformation de l’uchronie intérieure en un projet de transformation du monde extérieur.

Ce degré peu pratiqué dans de nombreux rites reste symboliquement crucial. L’inspecteur inquisiteur n’inquisite pas contre les hérétiques mais contre les fausses connaissances, les mensonges temporels. Il garantit que l’uchronie maçonnique ne se corrompt pas en prenant les traits du temps profane.

Le 32e degré constitue l’avant-dernier seuil. Le prince du palais royal règne sur l’uchronie maçonnique maintenant pleinement constituée. Ce palais n’existe en aucun endroit du monde réel, et pourtant il est partout : c’est le centre du monde mythique d’où irradie toute sagesse.

À ce stade, l’initié comprend que tout ce parcours à travers 32 degrés n’était pas une ascension temporelle vers un but futur, mais une exploration progressive d’une réalité qui existait déjà. Le temps n’a pas avancé ; la conscience s’est simplement élargie.

Le degré suprême transcende définitivement l’uchronie. Le 33e degré n’est pas un grade comme les autres : c’est une vision finale, celle du monde et de l’histoire vus du point de vue de la Sagesse absolue.

À ce degré, l’initié réalise que tout ce qui s’est passé dans les 32 degrés précédents était une préparation à la compréhension que le temps lui-même est une illusion maçonnique. L’histoire, avec ses empires, ses guerres, ses civilisations, n’est qu’une manifestation temporelle d’une réalité atemporelle.

Le Souverain Grand Inspecteur Général ne gouverne pas l’uchronie ; il habite la conscience de l’uchronie. Il voit à la fois tous les temps et aucun temps : le passé des anciens mystères, le présent de la construction constante, l’avenir de la sagesse enfin universelle – tout cela existe maintenant, dans l’éternité de la connaissance.

La structure atemporelle de l’initiation maçonnique

L’uchronie maçonnique ne progresse pas linéairement, comme on l’a vu. Elle fonctionne plutôt comme une spirale ascendante : chaque degré reprend les thèmes fondamentaux (mort et résurrection, chaos et ordre, ignorance et sagesse) mais à un niveau de compréhension plus profond.

Les trois premiers degrés établissent les archétypes fondamentaux
Les degrés de 4 à 14 les projettent dans différentes scènes historiques et symboliques
Les degrés de 15 à 18 universalisent cette connaissance
Les degrés de 19 à 30 l’institutionnalisent et l’organisent
Les degrés de 31 à 33 transcendent le système entier en une vision ultime

Finalement, l’uchronie maçonnique du REAA n’est pas un simple univers imaginaire ou allégorique. C’est un espace de transformation réelle de la conscience. Par le parcours à travers les 33 degrés, l’initié quitte progressivement le temps ordinaire de la vie profane pour accéder à une perception de l’existence entièrement transfigurée.

Cette transformation n’est pas une fuite du monde réel ; c’est plutôt l’accès à ce qu’il y a de réel dans le monde, au-delà des apparences temporelles. L’histoire profane continue son cours, mais celui qui a parcouru les degrés maçonniques vit maintenant simultanément dans deux temporalités : celle du monde ordinaire et celle du monde sacré.

L’uchronie maçonnique des 33 degrés du REAA réalise ainsi une symbiose singulière entre la durée et l’intemporalité.

L’uchronie crée un temps qui n’existe nulle part et partout à la fois, une histoire qui n’a jamais eu lieu et qui a toujours lieu.

Cet espace-temps alternatif ne nie pas le réel : il le complète, l’ennoblit et le transfigure.

Le maçon qui termine son parcours initiatique n’a pas quitté le monde ; il l’habite désormais avec la conscience que, sous les pierres qui se construisent et les murs qui se lèvent dans ce monde, travaille une architecture éternelle qui échappe au temps et à la mort.

La franc-maçonnerie reste, en ce sens, une célébration du travail créateur, réalisé dans et à travers une dimension temporelle qui est sienne propre, complétement distincte du temps profane mais intimement liée à lui, comme l’âme au corps.

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Quand l’arbre devient lumière – Le Brandon de Luchon et la mémoire du solstice

Au cœur de Bagnères-de-Luchon, commune de la Haute-Garonne en région Occitanie, celle que son histoire thermale et la majesté de son site ont fait surnommer la « Reine des Pyrénées », un sapin dressé attend la nuit de la Saint-Jean. Écorcé, fendu, ouvert par le fer, retenu par le cercle et livré au feu, ce tronc condense une vision du monde où la matière, le geste et la mémoire accomplissent ensemble une métamorphose.

Inscrit en 2015, avec les fêtes du feu du solstice d’été dans les Pyrénées, sur la Liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l’humanité, le Brandon relie la montagne et la cité, les vivants et les anciens, la clarté solaire et la nuit intérieure. Pour le Franc-Maçon placé sous le patronage symbolique des deux saints Jean, il devient une méditation sur la verticalité, la transmission et cette loi initiatique selon laquelle aucune lumière ne naît sans préparation de la matière.

L’arbre choisi porte déjà la promesse de sa métamorphose

Le Brandon commence loin de la flamme, dans la forêt et dans le choix d’un sapin. La ville sollicite traditionnellement l’Office national des forêts afin d’obtenir un tronc d’environ dix à douze mètres. L’arbre est écorcé, transporté devant les thermes, puis confié aux services municipaux et aux charpentiers qui perpétuent le savoir-faire.

Cette première étape contient déjà l’essentiel du rite. La nature ne fournit pas une flamme toute faite. Elle offre une matière que le travail humain doit comprendre sans la brutaliser. Le tronc est fendu sur une grande partie de sa longueur à l’aide de coins de fer. Des cales de bois maintiennent l’écartement, tandis que des cercles métalliques préviennent l’éclatement. Le jour venu, les fentes reçoivent copeaux et paille afin que le feu pénètre la fibre au lieu de demeurer à sa surface.

Le fer ouvre, le bois soutient, le cercle contient, l’air dessèche et le feu accomplit

Aucun élément ne domine les autres. La transformation dépend de leur juste succession. Le geste ne détruit pas la matière, il lui ménage des passages. Ce qui doit éclairer consent d’abord à être ouvert.

Le Franc-Maçon reconnaît cette loi dans le travail de la pierre. La matière brute ne devient pierre d’œuvre qu’après avoir rencontré l’outil, la résistance et la mesure. Le bois du Brandon suit une autre voie, mais la leçon demeure proche. L’initiation ne consiste pas à recouvrir l’être d’un langage nouveau. Elle demande que tombent certaines écorces, que soient reconnues les lignes de faiblesse et que s’ouvrent des espaces intérieurs où la Lumière puisse agir. La transformation véritable commence lorsque la matière cesse de se croire achevée.

Dressé entre la terre et le ciel, le tronc devient un axe de passage

Couché, le sapin appartient encore à la forêt abattue et au chantier. Dressé, il change de statut. Il ne porte plus ses branches et ne plonge plus ses racines dans le sol, mais sa nudité même renforce sa verticalité. Le Brandon devient colonne, axe temporaire autour duquel la communauté se rassemble. Sa présence au cœur de la ville introduit dans l’espace quotidien une orientation nouvelle. Le regard monte. La place publique acquiert un centre. L’attente commune transforme le voisinage en assemblée.

Le Brandon reprend la structure symbolique de l’arbre en la dépouillant.

Privé de ramure, il semble réduit à sa ligne essentielle. Une seconde croissance lui est pourtant promise, non plus celle de la sève, mais celle de la flamme. L’arbre mort va s’élever une dernière fois sous une forme lumineuse.

Le Brandon ne porte aucune voûte de pierre, mais il rend visible un centre qui ne commande pas et ne retient pas. Le centre véritable rassemble parce qu’il offre à chacun une orientation commune sans abolir les différences. Durant quelques heures, habitants, familles, curistes et visiteurs se tiennent autour d’une même attente. La ville cesse d’être une addition d’existences parallèles. Elle retrouve la conscience d’une mémoire partagée.

Au sommet de la lumière commence déjà son retrait

Le Brandon de la Saint-Jean appartient au temps du solstice d’été, lorsque le soleil atteint le sommet de sa course apparente avant que les jours ne commencent à décroître. La fête célèbre donc une plénitude qui porte déjà la trace du déclin. Au moment où la clarté semble triompher, elle annonce son retrait.

Le christianisme a placé près de ce seuil cosmique la naissance de Jean le Baptiste.

Le Précurseur annonce une lumière qui le dépasse et accepte de diminuer afin qu’elle croisse. Le tronc dressé obéit à une logique comparable. Il accomplit sa fonction en se consumant. Sa disparition rend la nuit lumineuse et la communauté plus consciente de ce qui la relie.

La Franc-Maçonnerie a placé une part de son calendrier symbolique sous le signe des deux saints Jean. Jean le Baptiste accompagne le solstice d’été. Jean l’Évangéliste veille près du solstice d’hiver. Entre eux se déploie le cycle de l’expansion et du retrait, de la manifestation et de l’intériorisation. La Lumière ne se possède pas. Elle se reçoit, se protège et se transmet au moment même où elle paraît décliner.

Répéter n’est pas reproduire. Répéter revient à se replacer devant la même exigence. Que faisons-nous de la lumière reçue. Que consentons-nous à transformer pour qu’elle ne s’éteigne pas avec nous.

Le feu n’est fécond que lorsqu’il demeure soumis à la mesure

Le feu réchauffe et ravage, éclaire et aveugle. Le Brandon ne dissimule aucune de ces possibilités. Son embrasement demeure préparé, surveillé, inscrit dans un lieu et dans une durée. La communauté ne célèbre pas la violence d’une flamme abandonnée à elle-même. Elle honore une énergie devenue féconde par le travail, la règle et la vigilance.

L’alchimie a fait du feu l’agent des séparations et des métamorphoses. Il éprouve la matière, consume certaines composantes et rend possible un autre état. Le sapin ne devient lumière qu’en cessant d’être bois intact. La flamme libère une énergie contenue dans les années de croissance forestière, dans le savoir des mains et dans l’attente collective.

Mme Carole Delga, présidente de la région Occitanie et M. Sébastien Denard, Maire de Luchon. Allumage du Brandon après bénédiction des torches par M. le curé.

Cette économie du feu rejoint le travail initiatique. La purification exige de discerner ce qui doit être abandonné et ce qui mérite d’être préservé. Sans mesure, l’ardeur devient emportement. Sans orientation, le désir de lumière nourrit l’orgueil. Les cercles de fer qui retiennent le tronc rappellent que l’ouverture ne vaut pas dispersion. Les fentes permettent au feu d’entrer, tandis que les liens empêchent la matière de céder avant l’heure.

Toute initiation authentique associe l’ouverture et la tenue, l’abandon et la règle, l’ardeur et la maîtrise.

Le compas limite l’élan afin de lui donner une forme. L’équerre vérifie la rectitude de l’action. Le feu peut alors œuvrer sans devenir maître.

Une tradition demeure vivante lorsque des mains acceptent de la reprendre

L’inscription obtenue en 2015 associe des communautés d’Andorre, d’Espagne et de France autour des fêtes du feu du solstice d’été dans les Pyrénées. Ce patrimoine demeure dans des gestes appris, des responsabilités assumées, des itinéraires parcourus, des musiques, des récits et des mémoires familiales.

À Luchon, la transmission mobilise les services municipaux, les associations, les groupes folkloriques, la fanfare, la Compagnie des Guides à Cheval et les familles. Les anciens montrent aux plus jeunes comment préparer le tronc. Le savoir passe par l’observation, l’imitation, l’essai et la correction.

Transmettre ne signifie pas déplacer une information d’un esprit vers un autre. Il faut une présence, un temps partagé et une confiance. Celui qui reçoit devient responsable de ce qui lui est confié. Il devra accomplir le geste à son tour, en préserver l’âme et l’adapter sans le dissoudre.

La tradition demeure parce qu’elle distingue l’évolution fidèle de l’abandon.

La montagne, souvent perçue comme une frontière, devient chaîne de passages. Falles, haros et brandons composent une géographie de la lumière dont les formes locales diffèrent sans se nier. Chaque vallée conserve sa langue, ses rythmes et ses usages, mais toutes affirment qu’une flamme partagée ne s’appauvrit pas. Elle se multiplie sans se diviser.

Lorsque la colonne s’effondre, la mémoire entre dans les foyers

Le Brandon brûle durant un temps variable, puis la colonne ardente se brise et retourne vers la terre. L’axe lumineux devient brasier, tisons et cendres. Cette chute n’annule pas l’élévation. Elle l’achève.

Les récits liés à la fête évoquent les jeunes gens qui saisissaient des tisons encore ardents et les faisaient tournoyer dans la nuit. D’autres habitants recueillaient, après le refroidissement, un fragment de bois calciné qu’ils rapportaient chez eux comme gage de protection et de bonheur.

Le Franc-Maçon connaît cette loi du passage. La Tenue s’achève, les lumières sont éteintes et les Frères quittent le Temple, mais le travail ne devrait pas disparaître avec la fermeture des portes. Il doit devenir conduite, parole pesée, fidélité et présence au monde. Le tison rapporté au foyer figure cette obligation. La lumière reçue dans l’espace rituel demande à être entretenue dans la vie quotidienne.

Le Brandon rappelle également que toute transmission contient une part de deuil. Les anciens disparaissent, les gestes changent de mains et les enfants deviennent porteurs de la mémoire.

L’héritage ne consiste pas à retenir les cendres, mais à comprendre quel feu elles attestent et quelle responsabilité elles déposent entre nos mains.

La Reine des Pyrénées veille sur une fraternité de flammes

À Bagnères-de-Luchon, ville thermale de la Haute-Garonne, la montagne encercle la cité sans l’enfermer. Les sommets donnent à la fête son horizon minéral, tandis que les eaux thermales inscrivent la ville dans une autre symbolique de purification et de régénération. Entre l’eau venue des profondeurs et le feu élevé vers le ciel, la « Reine des Pyrénées » apparaît comme un lieu de conjonction. Deux éléments contraires y rappellent que l’équilibre ne naît pas de l’effacement des différences, mais de leur juste relation.

Le Brandon porte ainsi une conception exigeante de la communauté

Nul ne peut préparer seul la fête, transmettre seul le geste ou donner seul au feu sa signification. Chacun intervient selon sa place et son office. Le forestier choisit, le charpentier ouvre, le cercle maintient, la paille nourrit, la flamme transforme, la communauté témoigne et la mémoire recueille.

Au pied des Pyrénées, l’arbre choisi devient matière préparée, puis colonne, flamme, cendre et mémoire

La nature, le métier, le rite et la fraternité concourent à une même métamorphose. Rien ne demeure identique, mais rien ne disparaît tout à fait, car chaque état contient déjà le passage vers le suivant.

La question dépasse dès lors la seule sauvegarde d’une fête. Elle engage notre propre capacité à devenir des passeurs. Quelle matière avons-nous préparée en nous-mêmes pour recevoir la Lumière, quelle part de notre héritage sommes-nous prêts à confier au feu du discernement, et quel tison saurons-nous transmettre à celles et ceux qui viendront après nous ?

Photos © Yonnel Ghernaouti, YG

Les Brandons, un spectacle inoubliable !

25/06/26 à 19h30 : Bertrand Vergely aux Entretiens d’été sur les concepts de justice et d’équité

Des conférenciers différents tous les jeudis jusqu’au 03/09/2026

Les Entretiens d’été qu’organisent, pour la 7e année consécutive, Marie Thérèse BESSON, Ancienne Grande Maîtresse de la Grande Loge Féminine de France, et Alain-Noël DUBART, Ancien Grand Maître de la Grande Loge de France, sous l’égide du Collège maçonnique, ont pour thème général, cette fois-ci :

 « JUSTICE, ÉQUITÉ…. Une tension féconde – La justice pose la règle, l’équité l’éprouve, l’Homme en est la mesure »,

question cruciale dont on perçoit toute l’importance, aux plans philosophique et maçonnique.

Ces rendez-vous numériques hebdomadaires gratuits commenceront, ce jeudi soir, 25 Juin, à 19h30, et se poursuivront, de semaine en semaine, jusqu’au jeudi 3 septembre inclus. Ils s’adressent aux Frères et aux Sœurs de toutes Obédiences, ainsi qu’aux non-maçons intéressés. Les Entretiens d’été sont enregistrés et consultables librement sur le site du Collège maçonnique (V. le programme 2026, en fin d’article).

Pourquoi s’intéresser, cette année, à un sujet comme la Justice et l’Équité ? Parce que ce sont des préoccupations très anciennes de l’Homme – et toujours très actuelles – et que ces principes sont évidemment au cœur de l’idéal maçonnique. Aussi, dans ce temps suspendu de l’été, à la faveur du relatif relâchement des activités – et même si la rumeur du monde ne cesse de gronder –, nos esprits peuvent s’accorder le loisir d’examiner attentivement, sous des angles variés, la plasticité, la dialectique et l’imbrication de ces notions qui étaient déjà des valeurs-phares dans l’Antiquité.

« La vertu la plus haute est, à notre avis, la justice ; ni l’étoile du soir ni celle du matin n’est aussi merveilleuse. » Ainsi s’exprimait Aristote dans l’Éthique à Nicomaque, en s’inspirant d’une sentence imagée, courante à son époque, considérant même, par la suite, que « la Justice résume en elle la Vertu toute entière ».

Pour autant, il existe plusieurs formes de justice : globale ou partielle, civile ou pénale, commutative, corrective ou distributive, etc. Plus généralement même, la légalité se distingue de l’équité. C’est, alors, que « l’honnête » (l’équitable) se différencie de la loi : « Ce qui fait la difficulté, c’est que l’équitable, tout en étant juste, n’est pas le juste selon la loi, mais un correctif de la justice légale. La raison en est que la loi est toujours quelque chose de général, et qu’il y a des cas d’espèce pour lesquels il n’est pas possible de poser un énoncé général qui s’y applique avec rectitude. » Ainsi, poursuivait le Stagirite dans le même traité dont son fils, Nicomaque, semble avoir été l’éditeur posthume. Aussi bien, Justice et Équité ne se superposent pas terme à terme, l’Équité – plus fine, plus complète et plus appropriée – paraissant préférable à la Justice – certes, variable, toutefois, moins ajustée.

C’est pourquoi il convient de définir, avant toute analyse de cet ordre sur quelque sujet que ce soit,  

Photographie de Bertrand Vergely lors du congrès « soigner l’Homme sauver la Terre » à Aix-les-bains » (Crédit image : Nicolas Abraham)

les concepts de Justice et d’Équité.

Cette tâche incombera à Bertrand VERGELY, qui se présente comme un « artisan philosophe » qui « travaille avec persévérance à se perfectionner », comme il le dit dans son dernier livre paru en avril 2026, sous le titre : La plus belle manière de vivre – Journal d’un artisan philosophe. Auteur de nombreux ouvrages, qui furent souvent de grands succès de librairie, il est ancien élève de l’École Normale Supérieure de Saint-Cloud et agrégé de philosophie. Membre de l’Église Orthodoxe, il enseigne à l’Institut Saint-Serge à Paris, ainsi qu’en classes préparatoires littéraires. Spécialiste de philosophie morale et de théologie orthodoxe, il n’en a pas moins couvert, dans ses recherches, de larges pans de l’histoire de la philosophie, comme des réflexions sur la mort, la souffrance et le mal, consacrant également des essais au bonheur et à la foi.

Les modérateurs de la soirée seront Dominique Gagliardi, proviseur honoraire, membre de la Grande Loge Féminine de France, et Bertrand Zuindeau, docteur en économie, administrateur territorial, membre de la Grande Loge de France.

Pour assister gratuitement à cette conférence en ligne comme aux suivantes (programme en fin d’article), il convient de renseigner le bref formulaire accessible grâce au lien d’inscription ci-dessous :

https://us06web.zoom.us/webinar/register/WN_8EP15HyqTP6Q9lfj47TmMg

                On ne doit s’inscrire qu’une seule fois pour l’ensemble du cycle : la plateforme de visioconférence Zoom renvoie immédiatement une confirmation de l’inscription avec un lien qui, en réalité, n’est pas utile, puisque tous les inscrits recevront chaque jeudi matin un lien de connexion pour l’Entretien du soir même ou, pour le dire autrement, une fois inscrit, chacun reçoit automatiquement un lien différent, chaque semaine, qu’il l’active ou non.

                Lors de l’inscription, sont demandés : Nom, Prénom et adresse mail. Pour les non-Maçons, il suffit simplement de cocher les autres cases par de petites séries de XXXX.

Bonnes conférences à tous et bon été !

Quand le régime autoritaire, antisémite et collaborationniste de Vichy choisit la nuit

Dirigé par Laurent Joly et couronné par le premier Prix Laurent Kupferman 2026, ce vaste ouvrage collectif montre comment une démocratie peut se défaire d’elle-même, comment la loi peut se retourner contre l’être humain et comment l’obéissance administrative devient l’auxiliaire du crime. Pour le Franc-Maçon, cette histoire touche au cœur du serment, à la rectitude de la parole et à la vigilance sans laquelle la Lumière ne serait plus qu’un souvenir.

Une dictature ne tombe jamais du ciel

Il est des livres qui ajoutent des connaissances à notre mémoire et d’autres qui déplacent notre conscience. Vichy. Histoire d’une dictature, 1940-1944 appartient à cette seconde famille. Sous la direction de Laurent Joly, Anne-Sophie Anglaret, Tal Bruttmann, Bernard Costagliola, Julian Jackson, Eric Jennings, Michael Mayer, Renaud Meltz, Virginie Sansico, Raphaël Spina et Bénédicte Vergez-Chaignon recomposent la trajectoire d’un régime dont la naissance soudaine ne doit jamais faire croire qu’elle fut sans racines. La défaite militaire de juin 1940 ouvrit la brèche, mais l’aversion envers le parlementarisme, le désir d’un exécutif délivré des contre-pouvoirs, le culte de l’homme providentiel et la passion des boucs émissaires avaient depuis longtemps fragilisé la pierre républicaine.

Vichy ne fut pas un accident de l’histoire, mais l’aboutissement d’attentes, de rancœurs, d’ambitions et de renoncements qui trouvèrent dans la catastrophe l’occasion de devenir pouvoir. Philippe Pétain et Pierre Laval n’avaient pas préparé ensemble un complot contre la République. Leurs itinéraires les avaient pourtant conduits à voir dans son effondrement une chance politique et dans l’entente avec l’Allemagne nazie une nécessité. Leur alliance improbable donna une volonté à la débâcle et transforma la défaite en révolution autoritaire.

L’usage du mot dictature constitue ici un acte de précision. Les libertés disparaissent, la séparation des pouvoirs est abolie, la presse est soumise, les opposants sont frappés et le droit n’oppose plus de limite au chef. Là où l’initiation devrait délivrer de la servitude intérieure, le pétainisme demande l’abandon de soi. Là où le travail maçonnique apprend à construire une liberté responsable, la Révolution nationale exige la soumission à une parole descendue du sommet.

Le mensonge de la nécessité conduit toujours plus bas

Le livre suit l’illusion des dirigeants de Vichy. Ceux-ci prétendent collaborer afin de préserver une marge d’action. Ils multiplient pourtant les concessions sans obtenir la place qu’ils espèrent dans l’Europe allemande. François Darlan s’engage dans une collaboration militaire longtemps sous-évaluée. Pierre Laval revient au pouvoir en avril 1942 et poursuit un jeu dont l’échec est déjà visible. Philippe Pétain conserve l’incarnation du régime tout en déléguant le pouvoir effectif. Chacun se persuade qu’il reste maître de la pente alors que chaque renoncement rend le suivant plus probable.

Le mal politique avance souvent sous le masque de la prudence, de l’efficacité et du moindre mal

Ses serviteurs parlent d’adaptation, de réalisme, d’ordre et de sauvegarde. Ils nomment habileté ce qui devient servitude et stratégie ce qui se révèle complicité. Pour le Franc-Maçon, la leçon est exigeante. La rectitude consiste à discerner le moment où le compromis cesse d’être une médiation et devient une abdication. L’équerre ne promet pas l’infaillibilité. Elle rappelle la nécessité d’une limite que nul calcul ne devrait franchir.

Les journaux de Marc Boegner, Maurice Garçon, Hélène Hoppenot, Paul Morand et Léon Werth donnent à cette histoire une respiration humaine. Léon Werth saisit le pays depuis la position du réprouvé. Paul Morand révèle l’inversion des valeurs à laquelle conduit la passion de servir le vainqueur. Maurice Garçon observe les magistrats prêter serment à Philippe Pétain sans laisser paraître une hésitation.

Lorsque le soupçon devient loi, la haine prend un visage administratif

Pour les lectrices et les lecteurs, l’analyse de l’offensive antimaçonnique possède une gravité particulière. La loi du 13 août 1940 dissout les associations dites secrètes, place leurs biens sous séquestre et impose aux agents publics de déclarer leur non-appartenance ou leur rupture avec la Franc-Maçonnerie. Les Loges sont liquidées, leurs archives saisies, leurs membres fichés. Depuis la Bibliothèque nationale, Bernard Faÿ dirige une bureaucratie de la persécution forte de centaines d’agents. Des listes de Francs-Maçons paraissent au Journal officiel, tandis que l’exposition antimaçonnique et la revue Les Documents maçonniques transforment la calomnie judéo-maçonnique en pédagogie publique de l’exclusion.

Les persécutions antimaçonniques et la destruction génocidaire des Juifs ne sauraient être confondues. Leur nature, leur ampleur et leur finalité historique exigent d’être distinguées. Elles se croisent néanmoins dans une même obsession de purification nationale et dans une même désignation de l’ennemi intérieur. Vichy transforme le préjugé en formulaire, le fantasme en fichier, la rumeur en décret et la haine en procédure administrative. Le secret initiatique, qui protège une expérience intérieure et une transmission symbolique, est assimilé à une clandestinité coupable. Le Franc-Maçon cesse d’être un citoyen pour devenir le symptôme commode d’une République détestée, de la laïcité et de la liberté de conscience.

La persécution commence par des mots qui retirent à certains leur pleine appartenance à la communauté humaine. Elle se poursuit par des catégories, des attestations, des listes et des publications. L’administration accomplit ensuite ce que la propagande a rendu acceptable. Le bureau devient alors un atelier inversé où la règle ne mesure plus la justice, mais l’exclusion.

L’antisémitisme d’État révèle le cœur criminel de Vichy

Le centre incandescent du livre demeure la participation de l’État français à la persécution et à la déportation des Juifs. Laurent Joly restitue avec une précision accablante la décision, la négociation et l’organisation policière qui rendent possibles les rafles de l’été 1942. René Bousquet ne subit pas passivement une injonction allemande. Il négocie, promet et mobilise l’appareil policier. Pierre Laval accepte que des enfants soient déportés avec leurs parents. Entre juillet et novembre 1942, le quota convenu avec les responsables SS est presque entièrement rempli et des dizaines de milliers d’hommes, de femmes et d’enfants sont livrés aux camps de la mort.

Le livre ne laisse aucune place à la légende protectrice du « bouclier »

La nuance historique n’y devient jamais une atténuation morale. Elle précise les responsabilités et mesure les marges d’action. La collaboration ne fut pas seulement une contrainte subie. Elle fut une politique choisie, poursuivie avec obstination et souvent menée avec efficacité. Le régime conserva jusqu’à l’été 1943 une administration obéissante et une police capable d’exécuter ses décisions. L’idée d’un Vichy réduit dès novembre 1942 à l’état de marionnette ne résiste pas à l’examen.

Une lecture initiatique ne peut contourner cette pierre d’achoppement.

La reconnaissance de l’autre comme personne constitue le seuil de toute spiritualité digne de ce nom

Dès qu’un pouvoir transforme l’être humain en catégorie nuisible, en problème à traiter ou en corps disponible pour la déportation, il détruit le principe même de fraternité. Vichy participe à la négation de l’humanité de ceux qu’il livre.

La désobéissance naît lorsque la conscience cesse de se croire seule

L’étude du Service du travail obligatoire apporte une autre leçon majeure. Longtemps, l’obéissance demeure majoritaire. Les requis partent en Allemagne, parfois convaincus que les autres partiront aussi et qu’un refus isolé ne produirait qu’un sacrifice inutile. Puis la perception collective se transforme. Lorsque chacun commence à pressentir que d’autres refuseront avec lui, la désobéissance devient possible. Le taux de départ s’effondre et la dissidence gagne le pays.

Les protestations de Jules-Géraud Saliège, Pierre-Marie Gerlier, Pierre-Marie Théas et d’autres responsables chrétiens montrent la force d’une parole qui rompt l’isolement moral. L’été 1942 offre ce que Laurent Joly nomme un pouvoir de la morale. Une parole publique peut rendre visible l’inacceptable et ouvrir un passage dans la muraille de la peur.

Cette observation rejoint le travail en Loge. La conscience individuelle devient force lorsqu’elle rencontre une communauté capable de reconnaître la même exigence. La chaîne d’union ne devrait jamais dispenser de penser. Elle devrait donner à chacun le courage de ne pas abandonner le juste sous prétexte que le nombre lui manque encore.

Laurent_Joly

Laurent Joly fait de la preuve une forme de justice

Directeur de recherche au CNRS, rattaché au Centre de recherches historiques de l’EHESS, Laurent Joly poursuit depuis plus de vingt ans une œuvre consacrée aux relations entre l’État, l’administration, l’antisémitisme et la mémoire de Vichy. Vichy dans la « Solution finale », L’État contre les juifs, La Rafle du Vel d’Hiv. Paris, juillet 1942, Le Savoir des victimes et la nouvelle édition de L’Antisémitisme de bureau dessinent une même exigence. Il faut montrer comment la responsabilité s’exerce, par quels hommes, quels services, quels textes et quelles décisions.

Dans ce volume, Laurent Joly agit en maître d’œuvre intellectuel

Il donne à des recherches multiples une ligne commune sans effacer leur singularité. Les contributions consacrées aux forces sociales, à la collaboration, à la répression, au Service du travail obligatoire et à l’État milicien renforcent une même démonstration. La preuve devient une forme de justice rendue aux victimes et une discipline opposée aux falsifications.

La mémoire ne veille que lorsqu’elle dérange le présent.

Le dernier mérite de ce livre consiste à refuser l’enfermement de Vichy dans une époque close

Le passé ne se répète jamais à l’identique, mais certains mécanismes conservent une inquiétante disponibilité. Le mépris de l’État de droit, l’attaque contre les contre-pouvoirs, la désignation de minorités et la haine de l’égalité appartiennent à une grammaire politique que notre temps n’a nullement abolie. Laurent Joly rappelle combien la falsification de Vichy peut servir à blanchir les compromissions historiques de l’extrême droite française.

Il serait trop confortable de réserver la faute à quelques monstres. L’ouvrage montre des arrivistes, des idéologues, des hauts fonctionnaires, des policiers, des magistrats et des hommes ordinaires pris dans des degrés divers de consentement. La dictature ne vit pas seulement de ses chefs. Elle vit de toutes les petites démissions qui lui fournissent des mains, des bureaux, des signatures et du silence. Voilà pourquoi ce livre concerne directement l’initié. Le serment n’a de sens que s’il demeure plus fort que l’avantage, la peur et l’air du temps.

La Lumière maçonnique ne vaut pas comme emblème rassurant.

Elle oblige à reconnaître les commencements de la nuit, lorsque les mots changent de sens, lorsque l’ordre devient exclusion, lorsque la patrie devient propriété d’un camp et lorsque l’obéissance prétend remplacer la conscience.

Emblème officiel du maréchal Pétain en tant que chef de l’État.
Emblème officiel du maréchal Pétain en tant que chef de l’État.

Vichy – Histoire d’une dictature, 1940-1944 nous remet devant une responsabilité qui ne peut être déléguée. Garder la mémoire, ce n’est pas contempler les ruines. C’est empêcher que nos propres renoncements ne fournissent un jour les pierres d’une nouvelle servitude.

Vichy – Histoire d’une dictature 1940-1944

Sous la direction de Laurent JolyTallandier, 2025, 560 pages, 26,50 € – édition numérique 18,99 €

Le SITE de l’éditeur

L’appartenance à la Franc-Maçonnerie incompatible avec la déontologie des magistrats ?

Un avis du Collège de déontologie du 9 juin 2026 qui fait débat.

Dans un avis rendu le 9 juin 2026, le Collège de déontologie des magistrats de l’ordre judiciaire (CDJ) a estimé que l’appartenance à la Franc-Maçonnerie pouvait, dans certaines conditions, être incompatible avec les exigences déontologiques imposées aux magistrats. Cet avis, passé relativement inaperçu du grand public, suscite pourtant un vif émoi dans les milieux judiciaires et maçonniques.

Un principe de liberté, mais sous réserve

Le Collège rappelle d’abord un principe classique : un magistrat demeure libre d’adhérer à une association. Toutefois, cette liberté connaît des limites dès lors que l’engagement privé est susceptible de porter atteinte à l’apparence d’indépendance, d’impartialité ou de neutralité attachée à la fonction de juger.

Autrement dit, ce n’est pas seulement la réalité d’un conflit d’intérêts qui importe, mais aussi ce que cet engagement peut laisser percevoir de l’extérieur. Dans la magistrature, l’apparence compte autant que la réalité, car la confiance du justiciable repose sur l’idée que le juge ne doit dépendre d’aucune allégeance extérieure.

Les deux points de tension relevés par le collège

L’avis met en avant deux difficultés principales.

D’abord, le serment maçonnique, susceptible de créer une forme d’allégeance morale ou de solidarité prioritaire envers d’autres membres. Pour le CDJ, cette dimension peut entrer en tension avec l’exigence d’un magistrat tenu de juger uniquement selon le droit et sa conscience professionnelle.

Ensuite, le secret maçonnique, qui entoure les travaux et l’identité des membres, peut nourrir une suspicion d’entre-soi incompatible avec la transparence attendue d’une fonction judiciaire. Le simple fait qu’une appartenance ne soit pas publiquement assumée peut suffire à fragiliser l’apparence de neutralité.

Le Collège formule ainsi une réserve particulièrement nette : l’appartenance à la Franc-Maçonnerie serait incompatible avec les obligations déontologiques lorsque le serment prêté induit une allégeance ou une solidarité prioritaire. À défaut, elle impose au magistrat la plus grande vigilance.

Une vigilance renforcée dans certaines juridictions

L’avis souligne que le risque est d’autant plus sensible dans les petites juridictions, où les liens personnels sont plus visibles et les situations de proximité plus difficiles à éviter. Il en va de même pour les présidents de juridiction, dont les responsabilités institutionnelles exigent une exemplarité accrue.

Cette précision est importante : le CDJ ne semble pas poser une interdiction abstraite et uniforme, mais une appréciation contextualisée. Plus la fonction est exposée, plus l’exigence de prudence est forte. Le magistrat concerné doit donc évaluer si son appartenance privée peut, même indirectement, altérer la perception de son impartialité.

Un débat ancien, mais ravivé

La question n’est pas nouvelle. En Europe, elle a déjà été soulevée dans plusieurs affaires, notamment devant la Cour européenne des droits de l’homme, qui a eu à connaître du cas italien dans l’affaire Maestri c. Italie en 2004. En France, le sujet revient périodiquement dans le débat public, surtout à la faveur d’affaires médiatisées ayant alimenté les soupçons de réseaux d’influence.

Mais l’avis du CDJ marque une étape particulière : pour la première fois, un organe officiel de déontologie judiciaire pose un principe aussi explicite sur la compatibilité entre la fonction de magistrat et l’appartenance maçonnique. Cette prise de position donne au sujet une portée institutionnelle nouvelle.

Une réaction maçonnique partagée

Du côté des obédiences, les réactions oscillent entre indignation et inquiétude. Beaucoup y voient une atteinte à la liberté d’association et à la liberté de conscience. D’autres, plus nuancés, reconnaissent que la question de l’apparence d’impartialité ne peut pas être balayée d’un revers de main.

Le point sensible est clair : une institution fondée sur la fraternité, le secret des travaux et une certaine forme de solidarité interne peut difficilement éviter d’interroger la compatibilité de ses usages avec une fonction judiciaire qui exige, elle, une transparence exemplaire. Ce n’est pas forcément la réalité d’une partialité qui est en cause, mais la possibilité même qu’elle puisse être soupçonnée.

Une question de principe

L’avis du CDJ ouvre finalement un débat beaucoup plus large que la seule Franc-Maçonnerie. Il pose une question essentielle : peut-on appartenir à une société discrète, liée par des serments de fraternité, tout en exerçant une fonction qui suppose une neutralité absolue et une apparence d’impartialité irréprochable ?

Le Collège répond par une prudence extrême, voire par une incompatibilité dans certains cas. Cette position pourrait ne pas faire l’unanimité, mais elle a le mérite de déplacer le débat du terrain de l’opinion vers celui de la déontologie.

Une fracture durable ?

Reste à savoir si cet avis restera une position isolée ou s’il ouvrira une séquence plus longue de remise en cause des appartenances discrètes dans les professions régulées. Pour la Franc-Maçonnerie, le signal est en tout cas sérieux : la question de sa compatibilité avec certaines fonctions publiques n’est plus seulement un sujet de polémique, mais un enjeu officiellement posé.

Et dans l’univers judiciaire, où la confiance est un capital fragile, cette interrogation ne disparaîtra pas de sitôt.

Le mot du mois – Engagement

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Quand la parole devient gage intérieur

Il est des mots que l’époque use à force de les invoquer. Engagement appartient à cette famille de termes que l’on croit comprendre parce qu’ils circulent partout. On parle d’engagement citoyen, associatif, politique, écologique, spirituel, professionnel, amoureux, maçonnique même. Le mot semble clair. Il sonne bien. Il rassure. Il donne à celui qui l’emploie une gravité immédiate. Et pourtant, sous cette apparente évidence, il cache une histoire rude, concrète, presque matérielle.

Engagement ne vient pas d’abord du monde des idées, ni de celui des grandes causes

Il vient du gage. De ce que l’on remet. De ce que l’on dépose. De ce que l’on risque. Le verbe engager, anciennement engagier, apparaît au Moyen Âge avec ce sens très net de mettre en gage, de lier par une garantie, de placer quelque chose de soi entre les mains d’un autre pour assurer la valeur d’une parole. Rien de vague ici. Rien de sentimental. S’engager, à l’origine, ce n’est pas proclamer. C’est consentir à être tenu.

Le mot est construit simplement, mais puissamment.

Le préfixe en indique l’entrée dans un état, dans une relation, dans une forme de dépendance assumée

Le gage dit la chose donnée comme garantie. Le suffixe ment transforme l’action en état, le geste en condition. L’engagement devient donc l’acte par lequel une parole cesse d’être légère. Elle prend poids. Elle devient obligation. Elle engage celui qui l’a prononcée.

Déjà, toute une morale apparaît. Car une parole sans gage flotte dans l’air. Elle plaît, elle séduit, elle passe. Une parole engagée, elle, prend corps. Elle accepte d’avoir une conséquence. Elle ne se contente plus de dire. Elle répond.

Le gage, la foi, le lien

Derrière engagement, on entend naturellement le vieux vocabulaire du droit, du contrat, de la caution. Mais derrière ce droit, il y a plus ancien encore. Il y a la fides latine, cette foi donnée, cette confiance offerte, cette fidélité qui ne relève pas seulement de la croyance, mais de la tenue intérieure. Dans la Rome antique, fides n’est pas un sentiment vague. Elle est une puissance sociale, presque sacrée. Elle fonde l’accord, la promesse, l’alliance, le crédit que l’on accorde à une parole.

On pense aussi au latin ligare, lier, attacher, relier

De là viennent obligation, religion selon une étymologie discutée mais féconde, alliance, ligament, ligature. S’engager, c’est entrer dans un lien. Mais le lien n’est pas nécessairement une chaîne. Il peut être ce qui rassemble ce qui était dispersé. Il peut être ce qui donne forme à une existence flottante.

Le grec apporte d’autres résonances.

Horkosdit le serment. Pistis dit la confiance, la fidélité, la foi accordée

Symbolon, que l’on traduit parfois par signe de reconnaissance, désigne à l’origine un objet brisé en deux dont les parties réunies permettent d’identifier ceux qui sont liés par une alliance. Voilà peut-être l’un des plus beaux éclairages du mot. L’engagement est un symbolon vivant. Il réunit ce qui était séparé. Il fait correspondre l’intérieur et l’extérieur, la parole et l’acte, l’intention et la conduite.

Ainsi, l’engagement n’est pas seulement une décision. Il est une cohérence. Il oblige l’être à ne pas se dissocier de lui-même.

De la promesse à la cause

Le mot a ensuite quitté la seule sphère juridique pour gagner la vie morale. Il a désigné l’action de se lier par une promesse, puis l’état de celui qui se trouve tenu par des obligations. Plus tard, il a pris un sens militaire, celui de l’entrée dans le combat. Puis, au XXe siècle, il s’est élevé ou déplacé vers le domaine intellectuel, politique, artistique et moral. L’écrivain engagé, l’artiste engagé, le citoyen engagé, le Frère engagé ne sont plus seulement ceux qui ont donné un gage matériel. Ils donnent leur présence, leur pensée, leur temps, leur courage.

Mais attention. Tout engagement n’est pas lumière.

Il existe des engagements aveugles, fanatiques, grégaires, prisonniers d’une cause devenue idole

Il existe des fidélités qui ne sont que des obstinations. Il existe des serments qui servent la servitude. Le mot est noble, mais il ne garantit pas la noblesse de ce qu’il désigne.

C’est ici que la philosophie intervient. S’engager, ce n’est pas seulement choisir un camp. C’est choisir en conscience. Ce n’est pas seulement appartenir. C’est répondre de son appartenance. Ce n’est pas seulement suivre une cause. C’est vérifier si cette cause agrandit l’homme ou l’abaisse.

L’engagement authentique n’est donc pas le contraire de la liberté

Il en est peut-être l’épreuve. Car une liberté qui ne s’engage jamais demeure disponibilité indéfinie, élégance stérile, retrait confortable. Elle veut garder toutes les portes ouvertes et finit par n’en franchir aucune. À l’inverse, l’engagement libre accepte la limite, non comme une prison, mais comme une forme donnée à l’infini des possibles.

Choisir, c’est renoncer. Mais renoncer n’est pas toujours perdre. Parfois, c’est commencer.

L’engagement initiatique

En Franc-Maçonnerie, le mot engagement prend une densité particulière.

Il n’est pas simple adhésion. Il n’est pas inscription. Il n’est pas mondanité fraternelle. Il est passage. Il est seuil. Il est consentement à un travail intérieur qui ne peut être délégué à personne.

L’initié ne s’engage pas seulement envers une institution, une Loge, un Rite ou des Frères. Il s’engage d’abord envers ce qu’il ne connaît pas encore de lui-même. Il accepte d’entrer dans un chantier où la pierre n’est autre que sa propre nature, brute, résistante, obscure, parfois éclatante. Il promet de travailler. Ce verbe est essentiel. Non de croire sans examen, non de répéter sans comprendre, non d’obéir sans conscience, mais de travailler.

L’engagement maçonnique est une parole donnée devant soi, devant les autres et devant le symbole. Il n’a de valeur que s’il descend dans la conduite. Une promesse qui reste au Temple et ne rejoint jamais la cité demeure inachevée. Une fraternité qui se dit mais ne se pratique pas reste décorative. Une quête de lumière qui ne transforme ni le regard, ni la main, ni la parole, n’est qu’un luminaire sans flamme.

Le gage maçonnique n’est ni argent, ni bien, ni prestige. C’est soi-même. Plus précisément, c’est cette part de soi que l’on accepte de mettre à l’épreuve pour devenir plus juste, plus libre, plus fraternel.

La parole engage parce qu’elle traverse l’être. Elle ne se contente pas de sortir de la bouche. Elle doit passer par le cœur, par l’intelligence, par l’action.

Le poids des métaux

Il y a dans l’engagement une dimension presque alchimique. Avant de s’engager vraiment, l’être humain est souvent dispersé. Il désire ici, craint là, promet aujourd’hui, oublie demain. Il se croit libre parce qu’il change d’avis, alors qu’il n’est parfois que livré à ses impulsions. L’engagement opère alors comme une coagulation intérieure. Il rassemble. Il donne poids et forme. Il transforme l’élan en fidélité.

Les anciens alchimistes savaient que toute transformation suppose une matière première. Rien ne se transmue sans résistance. Rien ne s’élève sans feu. L’engagement est ce feu discret. Il éprouve la parole comme le creuset éprouve le métal. Il sépare l’or de l’apparence. Il révèle ce qui tient et ce qui se défait.

Mais il faut aussi savoir se dégager de ce qui asservit.

Le beau mot engagement a son ombre, le désengagement. On l’entend souvent comme retrait, fatigue, abandon. Il peut l’être. Mais il existe aussi un désengagement nécessaire, celui qui libère des fausses fidélités, des fidélités mortes, des causes devenues narcissiques, des appartenances qui étouffent l’esprit. Le véritable engagement n’interdit pas l’examen. Il le réclame.

Le Franc-Maçon n’est pas engagé pour cesser de penser. Il est engagé pour penser plus droitement, aimer plus largement, agir plus justement.

Une parole tenue

Notre époque aime les déclarations. Elle multiplie les postures, les signatures, les appartenances affichées, les indignations immédiates. Mais l’engagement ne se mesure pas au bruit qu’il produit. Il se mesure à la durée qu’il traverse. Il y faut de la patience, de la tenue, une capacité à revenir sur le chantier quand l’enthousiasme des premières heures s’est dissipé.

Car l’engagement commence souvent dans l’élan, mais il se vérifie dans la fidélité

Il est facile de se dire engagé quand la cause est applaudie. Il est plus difficile de rester fidèle quand vient l’incompréhension, la lassitude, la solitude, parfois l’ingratitude. C’est alors que le mot retrouve sa racine. Le gage est là. La parole donnée demande à être honorée.

Dans la vie maçonnique comme dans la vie profane, l’engagement véritable n’a rien d’une pose héroïque. Il est souvent humble. Il tient dans une présence régulière, une parole fraternelle, un travail accompli, une main tendue, un silence respecté, une promesse gardée. Il tient dans cette fidélité quotidienne qui ne cherche pas toujours la lumière, mais qui permet à la lumière de continuer à brûler.

Engagement nous rappelle que la parole humaine n’est pas faite pour être légère.

Elle peut mentir, flatter, séduire, fuir. Mais elle peut aussi fonder, relier, relever, construire. Toute la noblesse du mot tient dans cette bascule. À l’origine, on engageait un bien. Plus profondément, on engage sa foi, son honneur, sa présence, sa part de vérité.

Le mot nous enseigne que vivre, ce n’est pas seulement passer

C’est répondre. Répondre de ce que l’on dit. Répondre de ce que l’on reçoit. Répondre de ce que l’on transmet.

Et peut-être est-ce là, au fond, le secret initiatique de l’engagement. Non pas se lier pour se perdre, mais se lier pour devenir capable d’aimer plus fermement, de servir plus justement, de penser plus librement. Car il n’est de vraie liberté que dans une parole tenue. Et il n’est de vraie lumière que dans un être qui accepte enfin d’en devenir le gardien.

La boussole de l’âme

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Dans La Boussole de l’âme, Kathleen Soubry propose au lecteur un voyage intérieur destiné à l’aider à retrouver son alignement profond. L’auteure part de son propre parcours d’éveil spirituel pour montrer comment les crises, les questionnements et les épreuves peuvent devenir des opportunités de transformation.

La métaphore centrale du livre est celle de la boussole intérieure. Selon l’auteure, chacun possède en lui un guide naturel capable de l’orienter vers sa véritable nature et sa mission de vie. Pourtant, les conditionnements sociaux, les blessures émotionnelles, les peurs et les croyances limitantes nous éloignent souvent de cette direction essentielle. L’ouvrage invite donc à entreprendre une quête personnelle visant à retrouver cette guidance intérieure. Cette démarche ne consiste pas à chercher des réponses à l’extérieur, mais à développer l’écoute de soi, l’intuition et la conscience de son être profond.

L’une des idées majeures du livre est que l’être humain ne peut être réduit à sa seule dimension matérielle. Kathleen Soubry considère l’individu comme un ensemble composé de plusieurs plans :

  • le corps physique ;
  • le monde émotionnel ;
  • le mental ;
  • la dimension spirituelle.

L’harmonie intérieure apparaît lorsque ces différentes dimensions sont équilibrées et coopèrent entre elles. Les déséquilibres, au contraire, se manifestent par le mal-être, la confusion ou le sentiment de ne pas être à sa place. Pour favoriser cet équilibre, l’auteure propose des exercices de réflexion, de méditation et de connexion à soi. Le lecteur est invité à observer ses réactions, ses peurs, ses désirs et ses aspirations afin de mieux comprendre ce qui l’anime véritablement.

Le livre s’inspire de plusieurs traditions spirituelles, notamment du chamanisme et de certains enseignements issus de l’hindouisme. Kathleen Soubry y voit des outils permettant d’élargir la conscience et de renouer avec une vision plus vaste de l’existence. Ces traditions enseignent que la vie possède un sens profond et que chaque individu suit un chemin d’évolution unique. L’intuition, les synchronicités, les rêves ou les signes de la vie peuvent devenir des repères précieux lorsqu’ils sont interprétés avec discernement. L’auteure insiste sur la nécessité de développer une relation plus consciente avec soi-même, avec les autres et avec la nature. Cette reconnexion permettrait de retrouver une forme de paix intérieure et une meilleure compréhension de son parcours de vie.

L’un des objectifs centraux de la démarche proposée est la découverte de sa mission de vie. Pour Kathleen Soubry, chaque être humain possède des talents, des aspirations et une contribution particulière à apporter au monde. La difficulté vient souvent du fait que ces aspirations profondes sont recouvertes par les attentes familiales, sociales ou professionnelles. La quête spirituelle décrite dans l’ouvrage vise donc à distinguer ce qui provient de l’ego, des peurs ou des conditionnements, de ce qui émane réellement de l’âme.

Lorsque cette connexion est retrouvée, l’existence devient plus cohérente. Les décisions se prennent avec davantage de clarté, les relations gagnent en authenticité et le sentiment d’accomplissement se renforce. Au terme de ce voyage intérieur, la « Boussole de l’Âme » devient un symbole de confiance en soi, d’écoute intuitive et d’alignement avec sa véritable nature. L’objectif ultime n’est pas la perfection, mais une vie vécue avec davantage de conscience, de joie et de sens.

AUTEURE

Après un premier parcours de visiteur médical, Kathleen Soubry est devenue guide spirituelle et formatrice profondément connectée à la nature et aux mondes subtils. Elle s’est consacrée à diverses disciplines énergétiques telles que : le chamanisme et la philosophie karmique. Son objectif est d’aider chacun à renaître à Soi pour incarner pleinement sa mission de vie et rayonner dans son environnement.

La « tradition », du pain bénit pour l’extrême droite !

La poussée de l’extrême droite en Europe et sa probable arrivée aux affaires en France se fonde essentiellement sur deux facteurs bien connus :
–        L’échec des partis au pouvoir
–        La peur de l’avenir

Il y a aussi un troisième argument qui concerne directement les francs-maçons :
–        Le respect de la tradition !

On sait que la franc-maçonnerie se réfère souvent aux valeurs traditionnelles. Est-ce à dire que, pour les francs-maçons, cela suffirait à favoriser leur vote pour un candidat de l’extrême droite aux prochaines présidentielles ?

De façon claire ou subliminale, les partis d’extrême droite s’affirment comme les défenseurs de la Tradition.

« Le combat civilisationnel que je porte, ce ne sont pas seulement des notions conceptuelles. La civilisation, la lignée, l’héritage, la tradition, la conservation, la transmission, ce sont des visages. Voilà. Et c’est le visage aussi de mes ancêtres », (Marion Maréchal sur CNews le 28 janvier).

Alain de Benoist en est l’un des théoriciens.

« C’est l’histoire qui crée les peuples, pas l’inverse. »

« Le retour/recours aux sources est tout sauf un « retour en arrière ». C’est un retour vers l’avant. La condition même d’une remise en mouvement. La source n’est pas « au début », elle est au centre. »
L’exil intérieur. Carnets intimes, Alain de Benoist  – Krisis / éditions La Nouvelle Librairie, 2022

Mais l’extrême droite n’hésite pas à utiliser d’autres références :

Joseph de Maistre  (1753-1821) « Toute constitution qui n’est pas l’ouvrage du temps est mauvaise. »

René Guénon (1886-1951) « La crise du monde moderne est avant tout une crise des principes. »

Oswald Spengler (1880 – 1936) auteur de « Le Déclin de l’Occident (1918-1922) »

Charles Maurras (1868–1952) – à l’origine de l’Action Française – « L’individu qui vient au monde dans une « civilisation » trouve incomparablement plus qu’il n’apporte. Une disproportion qu’il faut appeler infinie s’est établie entre la propre valeur de chaque individu et l’accumulation des valeurs au milieu desquelles il surgit… Le civilisé, parce qu’il est civilisé, a beaucoup plus d’obligations envers la société que celle-ci ne saurait en avoir jamais envers lui. » Mes idées politiques, 1937

Julius Evola (1898-1974)   « Ce qui est supérieur ne peut être compris à partir de ce qui est inférieur. »

Pierre-Edouard Stérin, le milliardaire anti-IVG adepte de la « remigration »  met en œuvre un soutien  financier aux actions culturelles qui vont dans ce sens de valoriser le « traditionnel » .

La Tradition est devenu un mythe que l’on utilise pour se donner une crédibilité facile à partir de deux arguments assénés comme des vérités :

  • La tradition comme récit fondateur donnant sens et continuité à une communauté.
  • La croyance selon laquelle les traditions seraient immuables, éternelles et transmises sans transformation.

En vérité le concept de « la tradition » mérite une approche circonspecte. Claude Lévi-Strauss a montré que les traditions étaient des structures vivantes qui évoluent constamment. Globalement il considère que la tradition est moins une conservation qu’une transformation continue.

Une tradition n’est pas un passé figé ; c’est un récit vivant fondé sur une réalité historique qui n’est pas toujours complètement connue que chaque génération réinterprète. En faire un mythe, c’est l’instrumentaliser pour en faire un argument dialectique.

Comme l’écrit  l’ethnologue Gérard Lenclud, dans « La tradition n’est plus ce qu’elle était… » :

  « Il n’est pas sûr, en revanche, que l’emploi presque obligé du terme « traditionnel » en ethnologie ne présente pas quelque inconvénient. En effet, il contribue à la consolidation d’un cadre de référence intellectuel, constitué par un système d’oppositions binaires (tradition/changement, société traditionnelle/société moderne) dont la pertinence se révèle tout à fait problématique si l’on affecte à ces oppositions une valeur générique. »


La parole du Vénérable du lundi – « Du rationalisme au règne des émotions : bienvenue dans la maçonnerie moderne »

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Mes Très Chers Frères, Mes Bien aimées Soeurs,

La Franc-Maçonnerie s’est bâtie sur l’époque des Lumières et du rationalisme triomphant. La science était alors notre boussole, la raison notre maître mot. Pendant trois siècles, notre Art Royal a navigué sur ce bel océan de logique et de bon sens. Puis un vent venu de l’Ouest a soufflé. Un vent tiède, parfumé à la bien-pensance et au politiquement correct. Et nous sommes passés, sans même nous en rendre compte, du règne de la raison à la dictature de l’émotion.

Désormais, chacun se sent « acteur indispensable de l’univers ». Finie la froide logique, terminé le bon sens ringard. L’émotion est devenue la nouvelle boussole, et malheur à celui qui ose la contredire. Dans nos Loges, chacun apporte son petit ressenti, son humeur du jour, son « vécu », et impose sa loi comme un prophète sur son trône de TikTok.

Résultat ? Des conflits naissent en quelques semaines pour des motifs qui auraient fait sourire nos anciens. On ne débat plus, on « vitupère ». On ne cherche plus la vérité, on défend « son ressenti ». Nous sommes passés du pouvoir des forts au pouvoir absolu du maillon faible. Les minorités imposent désormais leur loi à la majorité, sous couvert d’égalité et d’inclusion. Adieu les principes de bon sens, au revoir la démocratie… vive la démagogie !

Quand des modes ressemblant à des pyramides inversées s’emparent du pouvoir, il faut s’attendre à tous les abus et à toutes les dérives. Clémenceau, qui n’était pourtant pas maçon, avait déjà ironisé en disant :

« La démocratie, c’est le pouvoir pour les poux de manger les lions. »

Aujourd’hui, on peut simplement constater, avec un sourire crispé :

« La dictature moderne, c’est quand les poux non seulement mangent les lions, mais qu’en plus ils exigent qu’on les applaudisse pour leur courage. »

Et après cela, on s’étonne que nos Loges se vident… Franchement… rien de plus normal.

Fraternellement vôtre (enfin… ce qu’il en reste),
Le Vénérable du lundi