Accueil Blog Page 33

Franc-maçonnerie et cultures geek : du Seigneur des anneaux à Dune, en passant par les jeux vidéo initiatiques

3

La Franc-maçonnerie, avec ses rituels ancestraux, ses symboles énigmatiques et son emphase sur le perfectionnement personnel, semble à première vue éloignée des univers fantastiques de la culture geek. Pourtant, un croisement inattendu émerge entre ces deux mondes : des œuvres comme Le Seigneur des Anneaux de J. R. R. Tolkien, Dune de Frank Herbert, et même des jeux vidéo modernes révèlent des parallèles symboliques profonds avec les principes maçonniques.

Ces connexions, souvent subtiles, transforment des récits de fiction en parcours initiatiques virtuels, attirant un public jeune curieux de mystères et d’aventures intérieures. Cet article explore ces liens, en s’appuyant sur des analyses documentées issues d’ouvrages spécialisés et d’études ésotériques, pour démontrer comment la Franc-maçonnerie infuse la pop culture geek d’une manière à la fois ludique et profonde.

Introduction : un croisement inattendu entre tradition et fantaisie

La culture geek, englobant la fantasy, la science-fiction et les jeux vidéo, est un terrain fertile pour l’exploration de thèmes initiatiques. La Franc-maçonnerie, fondée sur des principes de transformation personnelle – comme le taillage de la pierre brute en pierre polie – trouve des échos dans ces univers imaginaires. Selon Josselin Morand dans son ouvrage Films, BD et Jeux de Rôle : La Culture Populaire Peut-Elle Être Initiatique ? (éditions Dervy, 2023), la pop culture agit comme un tremplin vers des réflexions maçonniques, en rendant accessibles des symboles ancestraux à un public jeune.

Ce croisement inattendu n’est pas fortuit : des auteurs comme Tolkien et Herbert, influencés par des mythes anciens, intègrent des motifs qui résonnent avec les allégories maçonniques, tandis que les jeux vidéo proposent des expériences interactives où le joueur vit un parcours initiatique. Pour les jeunes générations, habituées aux mondes virtuels, ces parallèles offrent une porte d’entrée vers la Franc-maçonnerie, sans dogme ni obligation, mais avec l’excitation de la découverte.

Le Seigneur des anneaux : un voyage symbolique maçonnique

Le Seigneur des Anneaux, publié par J. R. R. Tolkien entre 1954 et 1955, est un pilier de la fantasy geek. Bien que Tolkien, fervent catholique, n’ait jamais été Franc-maçon – comme il l’a affirmé dans ses lettres compilées dans The Letters of J. R. R. Tolkien (édité par Humphrey Carpenter, 1981) – son œuvre regorge de symboles qui évoquent la Franc-maçonnerie. L’anneau unique, par exemple, peut être interprété comme la pierre brute maçonnique : une matière impure, source de tentation et de corruption, que le héros doit dompter ou détruire pour atteindre la perfection morale. Selon l’analyse de Morgan Smith dans Reflections on Craft and Creation According to J. R. R. Tolkien (Scottish Rite Journal, juillet-août 2022), l’anneau représente le « feu secret » ou la flamme impérieuse, un pouvoir créateur divin que les personnages doivent manier avec sagesse, miroir du Grand Architecte de l’Univers maçonnique.

Un symbole frappant est la porte de la Moria, décrite dans La Communauté de l’Anneau. Cette arche ornée de sept étoiles et d’une couronne ressemble étonnamment à l’arche royale maçonnique, un motif central dans les rituels du Rite d’York, symbolisant l’accès à des mystères supérieurs. Andy Lloyd, dans son étude Lord of the Rings Symbolism: Moria Door and Freemasonry (The Dark Star Theory, 2005), note que les sept étoiles évoquent les sept maisons zodiacales de l’arche maçonnique, un portail vers l’illumination spirituelle. Le mot de passe « Mellon » (ami en elfique) rappelle les mots sacrés maçonniques, nécessaires pour franchir les seuils initiatiques.

Le parcours de Frodon Sacquet est lui-même initiatique : un voyage de la pierre brute (l’innocence du Comté) à la pierre polie (la résilience face au mal), parsemé d’épreuves comme les trois anneaux elfiques, symboles de sagesse, force et beauté – triad maçonnique classique. Pour un public jeune, immergé dans les adaptations cinématographiques de Peter Jackson (2001-2003), ces éléments transforment l’épopée en une quête geek où la Franc-maçonnerie apparaît comme un chemin d’aventure intérieure.

Dune : le parcours initiatique de Paul Atreides

Dune, roman de Frank Herbert publié en 1965, est un monument de la science-fiction geek, adapté au cinéma par Denis Villeneuve en 2021 et 2024. Herbert, influencé par l’ésotérisme – comme révélé dans ses interviews compilées dans The Maker of Dune (édité par Tim O’Reilly, 1987) – intègre des thèmes maçonniques dans le parcours de Paul Atreides. Ce dernier incarne un chemin initiatique : de l’héritier aristocratique à l’empereur messianique, traversant mort symbolique et renaissance.

Selon l’analyse de Patrick Byrne dans Dune: Paul Atreides Is the Freemasonic Jesus (The Modern Mysteries, 2024), Paul est un « Jésus maçonnique » : son ingestion de l’eau de vie, un poison transformé en élixir, évoque le rite maçonnique de mort et résurrection, similaire à l’initiation au grade de Maître dans le Rite Écossais Ancien et Accepté. Cette épreuve, décrite dans Dune Messiah (1969), symbolise le dépassement de la pierre brute (la matière corruptible) vers la pierre polie (la sagesse divine). Le Bene Gesserit, ordre féminin manipulant la génétique, rappelle les sociétés secrètes maçonniques, avec leurs tests initiatiques comme la boîte de la douleur, un épreuve de maîtrise de soi.

Le parcours de Paul sur Arrakis est une allégorie maçonnique : exil (perte de l’innocence), épreuves dans le désert (purification), et ascension comme Muad’Dib (illumination). Comme l’explique l’article Esoteric Analysis of Dune (Evolve and Ascend, 2021), l’eau de vie miroir les rites de renaissance dans la Franc-maçonnerie, où l’initié meurt symboliquement pour renaître éclairé. Pour les jeunes fans de la saga, influencés par les films et les jeux comme Dune: Awakening (Funcom, 2025), ce récit offre un pont vers la Franc-maçonnerie, présentant l’initiation comme une aventure cosmique et introspective.

Les jeux vidéo : des expériences virtuelles initiatiques

Les jeux vidéo, cœur de la culture geek, intègrent souvent des thèmes maçonniques, transformant le joueur en initié virtuel. La série Assassin’s Creed (Ubisoft, depuis 2007) est emblématique : les Templiers, antagonistes, sont inspirés des Chevaliers Templiers historiques, souvent liés à la Franc-maçonnerie dans les mythes. Selon le site Freemasonry.bcy.ca (2020), les jeux font référence à des symboles comme le pavé mosaïque et l’œil providentiel, avec des quêtes initiatiques où le protagoniste gravit des degrés de connaissance.

Dans Assassin’s Creed Brotherhood (2010), Ezio Auditore navigue des intrigues rappelant les sociétés secrètes maçonniques, avec des rituels d’initiation et des artefacts anciens symbolisant la quête de sagesse. D’autres jeux comme Bioshock Infinite (Irrational Games, 2013) intègrent des thèmes maçonniques, avec des cités flottantes évoquant l’utopie maçonnique et des figures comme Comstock, un faux prophète manipulant des symboles divins.

Des titres plus directs existent : Masonic Mysteries: Secrets Unveiled (Steam, 2023) simule une enquête sur les secrets maçonniques, tandis que On The Square (The Square Magazine, 2020), un jeu de plateau, recrée des rituels lodges. Même des théories conspirationnistes, comme celles sur Super Mario 64 (Nintendo, 1996) vues dans des analyses YouTube (2020), voient des motifs maçonniques dans les niveaux, bien que non confirmées. Pour un public jeune, ces jeux rendent la Franc-maçonnerie interactive, un croisement inattendu où l’initiation devient un gameplay engageant.

Un croisement inattendu pour la jeunesse

Ce croisement entre Franc-maçonnerie et culture geek attire particulièrement les jeunes, habitués aux narrations immersives. Comme l’explique Lorenzo Soccavo dans Les Récits Populaires, Tremplins Initiatiques vers la Franc-maçonnerie ? (Viabooks, 2023), des œuvres comme Le Seigneur des Anneaux ou Dune agissent comme des portes d’entrée vers des valeurs maçonniques : fraternité, quête de vérité, maîtrise de soi. Les adaptations cinématographiques et jeux vidéo amplifient cet appel, rendant les symboles accessibles sans barrière d’âge.

Pour les millennials et la génération Z, ce mélange inattendu démystifie la Franc-maçonnerie, souvent vue comme élitiste, en la présentant comme une aventure geek. Des événements comme les conférences sur la pop culture initiatique, inspirés de Morand, montrent comment ces univers fictifs éveillent un intérêt pour les loges réelles.

Conclusion : vers une Franc-maçonnerie geek

La Franc-maçonnerie et la culture geek partagent un terrain commun : la quête initiatique. Du Seigneur des Anneaux à Dune, en passant par les jeux vidéo, ces œuvres révèlent des symboles maçonniques qui enrichissent l’imaginaire jeune. Comme l’affirme Frank Herbert dans ses essais (The Maker of Dune), la fiction est un outil pour explorer l’humain ; combinée à la Franc-maçonnerie, elle offre un chemin inattendu vers l’éveil. Pour les nouvelles générations, ce croisement pourrait revitaliser l’Ordre, en le rendant vivant et pertinent dans un monde numérique.

L’Immortalité selon Jean-François Blondel

3

Ce livre ne traite pas l’immortalité comme une simple survie après la mort biologique, car il critique les représentations naïves habituelles (paradis, enfer, métempsychose) pour proposer une hypothèse plus subtile. La véritable question ne serait pas : vivons-nous après la mort, mais plutôt : Qu’est-ce qui ne meurt pas en nous ?

Ainsi l’immortalité ne serait pas une prolongation de l’EGO mais la reconnaissance d’une dimension intemporelle déjà présente en l’homme.
Nous abordons alors l’illusion du moi dans sa personnalité et sa peur de la mort.

On revisite la tradition philosophique antique, les courants initiatiques occidentaux et certaines perspectives métaphysiques orientales. La question essentielle devient alors : pouvons- nous mourir à nos illusions avant la fin de notre vie ?

Contrairement aux visions religieuses classiques l’immortalité n’est ni un cadeau ni une consolation mais elle devient une exigence.
L’auteur en réel philosophe, aborde la notion de temps. Est-ce une illusion, une transition, une construction mentale ?

Si l’on parvient à expérimenter des situations limites comme les états modifiés de conscience ou les expériences de mort imminente, les observateurs notent, chez ces sujets, des changements de comportements dans la façon de vivre indiquant d’autres regards éthiques, sociétaux et spirituels.

AUTEUR

Jean-François Blondel est historien de l’art, conférencier et spécialiste du Moyen-Âge Il a écrit plus de 30 ouvrages et collabore à la revue hermétique LIBER MIRABILIS. Il est également membre de la Société des Gens de lettres à Paris.

(Re)lisez, en date du 9 courant, l’article de notre chroniqueur Aratz Irigoyen « Immortalité, le mirage qui nous oblige à vivre juste »

25/02/26 – Conférence à Lyon : Voyage en Franc-maçonnerie avec le rite de Memphis-Misraïm, entre raison et sacré

La Grande Loge Traditionnelle Initiatique (GLTI) organise une conférence publique exceptionnelle intitulée « La Franc-Maçonnerie de Memphis-Misraïm, bâtir l’homme, entre raison et sacré », qui se tiendra le mercredi 25 février 2026 à 19 h 30, à Lyon. Cette rencontre sera animée par Monique Molière et propose de lever le voile sur l’un des rites les plus méconnus de la tradition maçonnique : le Rite Ancien et Primitif de Memphis-Misraïm.

Héritier de deux courants ésotériques distincts : le rite de Memphis et le rite de Misraïm, il conjugue des influences égyptiennes, gnostiques, kabbalistiques et alchimiques, formant une synthèse symbolique d’une rare richesse.

Un rendez-vous initiatique à Lyon

Monique Molière

La conférence se tiendra le mercredi 25 février 2026 à 19 h 30, dans la salle Franklin, au 7 rue d’Enghien, 69002 Lyon. Organisée par la Grande Loge Traditionnelle Initiatique (GLTI), cette manifestation publique est animée par Monique Molière. Ce rendez-vous propose de lever le voile sur l’un des rites les plus méconnus de la tradition maçonnique : le Rite Ancien et Primitif de Memphis-Misraïm. Héritier de deux courants ésotériques distincts : le rite de Memphis et le rite de Misraïm, il conjugue des influences égyptiennes, gnostiques, kabbalistiques et alchimiques, formant une synthèse symbolique d’une rare richesse.

Le rite de Memphis-Misraïm : une voie de transformation intérieure

Le Rite de Memphis-Misraïm intrigue par sa richesse symbolique, son imaginaire, et sa profondeur initiatique. C’est une voie qui cherche à bâtir l’homme, à la croisée de l’exigence intellectuelle et de l’expérience du sacré. Il s’agit d’une Franc-maçonnerie entre raison et sacré, où la tradition n’est pas un décor, mais une méthode de transformation intérieure, un langage, une quête. Il articule raison (discernement, construction, éthique) et sacré (symboles, verticalité, intériorité).

L’histoire d’un rite tourmenté et renaissant

Son histoire, marquée par des périodes d’essor, d’interdiction et de résurgence, fut traversée par des figures aussi fascinantes que Alexandre comte de Cagliostro ou Giuseppe Garibaldi. À travers ces destinées contrastées se dessine le fil d’une tradition initiatique demeurée vivante : tour à tour admirée et contestée, parfois proscrite, mais sans cesse renaissante. Les origines et l’esprit du Rite de Memphis-Misraïm seront abordés lors de cette conférence.

Au cœur de la voie : tailler sa pierre

Au cœur de cette voie : une exigence simple en apparence, « tailler sa pierre ». Une invitation à l’édification intérieure, où la raison éclaire le sacré sans l’abolir et où le travail sur soi devient la première œuvre.

Un voyage à travers trois siècles d’histoire

La conférence lyonnaise promet un voyage à travers trois siècles d’histoire, mais aussi une réflexion sur un humanisme incarné, vécu plutôt que proclamé. Plus qu’un exposé érudit, une interpellation : et si la première révolution était celle que l’on mène en soi ?

Un moment d’ouverture et de transmission

La conférence est un voyage en Franc-maçonnerie, sous l’égide de la GLTI, dans l’esprit d’ouverture et de transmission. Elle propose un moment accessible, structuré, et respectueux des sensibilités, sans renoncer à la profondeur. Elle aborde le sens d’un engagement initiatique aujourd’hui, dans un monde traversé par l’accélération, la perte de repères et la fragmentation.

Questions centrales pour l’aujourd’hui

Questions centrales : Pourquoi s’engager ? Pour quoi travailler ? Que peut encore signifier « bâtir l’homme » au XXIe siècle ?

Format conférence-débat avec échanges

Format conférence-débat avec échanges : questions, nuances, regards croisés, et discussion avec le public.

La GLTI : une tradition d’animation de conférences

La GLTI a déjà animé des précédentes conférences consacrées à la Franc-maçonnerie.

Le sceptre d’Ottokar ou l’épreuve du signe

Il existe des récits qui paraissent jouer avec l’aventure et qui, sans hausser la voix, enseignent une discipline intérieure. Le sceptre d’Ottokar appartient à cette lignée rare, où l’intrigue se donne comme un mouvement d’images et, dans le même geste, comme une méditation sur la légitimité, la preuve, la continuité et la fragilité des transmissions.

Tout commence par un objet oublié, une serviette posée sur un banc comme une question que personne n’a encore formulée

Nous reconnaissons ici l’un des ressorts les plus fins de Georges Remi, dit Hergé, celui qui fait de la chose la plus banale la charnière d’un destin. L’objet, avant même d’être une pièce à conviction, devient une invitation à discerner. Il ne s’agit pas d’une curiosité, mais d’une responsabilité. Ce que nous ramassons, ce que nous restituons, ce que nous acceptons de porter jusqu’à sa source engage une éthique. Dans cette première impulsion, l’œuvre choisit déjà son terrain véritable, celui de la fidélité à ce qui ne nous appartient pas, mais que nous devons servir avec justesse.

Le plus remarquable tient à ce que l’enjeu central ne se présente pas d’emblée comme un enjeu de pouvoir

Il prend la forme d’un savoir, et même d’un savoir austère, presque déconcertant, la sigillographie. Nestor Halambique n’est pas seulement un savant distrait, il est un gardien de traces. Son monde est celui des sceaux, des empreintes, des matrices, des signes qui authentifient et, par conséquent, qui obligent. Dans un univers initiatique, le sceau n’est jamais un ornement. Il atteste. Il ferme et il protège. Il dit que la vérité ne se réduit pas à une déclaration, qu’elle exige une forme, une continuité, une chaîne de garanties. La cire rouge montrée comme une rareté n’est pas un bibelot, elle est la mémoire matérialisée, la preuve devenue matière, la parole devenue empreinte. Nous sentons alors que la grande affaire du récit sera moins de vaincre un adversaire que de sauver l’autorité du signe contre les falsifications du masque.

Car tout, dans cet album, se déploie sous le règne du double

Le faux se glisse dans le vrai avec une aisance inquiétante. Un homme ressemble à un autre homme, un savant est remplacé par un savant, une identité est empruntée comme un vêtement. Cette obsession du substitut n’est pas seulement un ressort dramatique. Elle devient une expérience morale. Dans la vie profane comme dans la vie intérieure, nous connaissons ces heures où la ressemblance suffit à tromper, où la voix correcte dissimule une intention trouble, où la bonne manière sert de gant à la prise. L’album donne à voir, avec une clarté impitoyable, que la menace la plus dangereuse ne vient pas du chaos bruyant, mais de l’imitation, de la copie, de la contrefaçon qui sait se faire reconnaître. La falsification, ici, n’a pas besoin de hurler. Elle a seulement besoin de passer.

Le détail du petit appareil photographique dissimulé dans une montre, merveille d’ingéniosité et d’indiscrétion, ajoute une strate plus profonde

Le récit ne met pas seulement en scène une conspiration, il met en scène une époque où l’œil devient machine, où l’intimité devient surface exploitable, où la surveillance se fait élégante, presque anodine. L’œil mécanique, qui vole l’image comme un sceau volé, annonce une modernité où la preuve peut être fabriquée, où l’évidence peut être produite. Nous comprenons alors que la quête du sceptre n’est pas une course après un objet, mais une lutte pour sauver les conditions mêmes de l’authentique.

La Syldavie, ce royaume au « Pélican noir », n’est pas un décor

Elle est une figure. Elle condense la vulnérabilité des petites nations, la dignité des traditions, le risque permanent d’être avalé par la force qui s’avance sous prétexte d’ordre. La Bordurie, massée derrière ses certitudes et sa volonté d’annexion, n’est pas un adversaire de théâtre, elle est l’allégorie d’un siècle qui a voulu remplacer les légitimités anciennes par des mécaniques de domination, des partis aux noms métalliques, des organisations dont les initiales claquent comme des serrures. Dans ce miroir, l’album ne donne pas une leçon de géopolitique. Il donne une leçon de vigilance. Nous voyons comment la conquête commence rarement par la bataille, et presque toujours par la confiscation du symbole qui rend la communauté visible à elle-même.

Le sceptre d’Ottokar, dans cette perspective, devient un axe

Il n’est pas seulement un attribut royal. Il est la verticale qui relie un peuple à sa propre continuité. Nous savons, dans les rites et dans les traditions, que certains objets n’existent pas pour être admirés, mais pour rendre possible un acte, un passage, une reconnaissance. Le sceptre est de cette nature. Il est un instrument de validité. Tant qu’il est là, la royauté tient, non par la force, mais par la conformité à une règle. Lorsqu’il manque, la souveraineté se trouve comme dissoute, non parce qu’une armée a gagné, mais parce qu’un fil s’est rompu. Il suffit d’une absence au moment juste pour que la forme se décompose. Cette idée, profondément initiatique, traverse l’album comme une lame fine. La légitimité ne se proclame pas. Elle se vérifie. Elle se prouve dans un instant, dans un geste, dans une tenue.

Nous observons aussi la manière dont le récit oppose deux usages du secret

D’un côté, la clandestinité hostile, celle qui dissimule pour trahir, qui chuchote pour prendre, qui organise l’ombre afin de renverser la lumière. De l’autre, un secret d’une tout autre nature, celui de la tradition, qui ne cache pas par peur, mais qui protège par pudeur, et qui confie à un rituel la mission de maintenir une continuité. La fête de Saint Wladimir, la procession, le carrosse, l’hymne repris par des poitrines innombrables, tout cela ressemble à un théâtre monarchique, et pourtant l’essentiel n’est pas la pompe. L’essentiel est l’accord collectif sur un signe, sur la présence d’un objet chargé d’une mémoire plus longue que les individus. Nous comprenons que le vrai sacré, dans ce récit, n’est pas le pouvoir, mais la fidélité à ce qui fonde.

La figure de Tintin s’inscrit alors dans une posture qui dépasse l’aventure

Il n’est pas l’homme des conquêtes, il est l’homme des restitutions. Il ne prend pas, il rend. Il ne se sert pas du sceptre, il le sauve pour qu’un autre le porte. Cette nuance est capitale. Elle dessine une éthique du service, qui rejoint la discipline initiatique lorsque celle-ci refuse l’appropriation narcissique des symboles. Sauver un sceptre, ici, revient à sauver la possibilité d’une transmission qui ne soit pas un vol. C’est aussi sauver un peuple du vertige où la force substitue sa loi à la règle. L’album ne fait pas de Tintin un prince, il en fait un opératif, un homme qui travaille à ce que la forme juste demeure possible.

Et comment ne pas sentir, dans le motif du pélican, une résonance plus vaste

Le pélican, dans la tradition chrétienne, figure le don de soi, le sang offert, la vie transmise. Dans l’imaginaire hermétique, il évoque aussi l’athanor et le vase où la matière se transforme par circulation et retour, par patience et feu discret. Qu’un royaume se dise du « Pélican noir » n’est pas anodin. Le noir, ici, n’est pas une noirceur morale. Il est la couleur de l’épreuve, de la nuit préalable, de la phase où la matière se défait pour pouvoir être rebâtie. Que la reconnaissance accordée à Tintin soit l’Ordre du Pélican d’Or introduit une transmutation. Du noir de l’épreuve à l’or de la justesse, le récit dessine une alchimie civique. Nous voyons se former une équation intérieure, où la valeur ne vient pas de la naissance, mais de l’acte accompli dans l’instant où tout pouvait basculer.

La présence de Milou intensifie encore cette lecture

Il y a, dans l’album, une intelligence de l’instinct qui ne contredit pas l’intelligence du raisonnement, mais qui la complète. Là où les complots sophistiqués multiplient les ruses, un chien suit une piste, flaire une chute, retrouve ce qui a été perdu par arrogance ou par précipitation. Nous savons que l’orgueil perd souvent le symbole, et que l’humilité le retrouve. Cette loi silencieuse, l’album la donne sans discours, par la logique même des images. Le sceptre tombe, la montagne garde, l’animal révèle. La grandeur revient non par un coup de force, mais par une fidélité inattendue.

Il faut aussi dire un mot de la manière, car chez Hergé, la pensée passe par la forme

La « ligne claire » n’est pas seulement un style graphique. Elle est une éthique de la lisibilité. Elle refuse l’effet brouillé. Elle cherche la netteté qui oblige. Dans un récit où tout parle de faux, de masques, de doubles, de substitutions, la mise en scène choisit la clarté comme une ascèse. Le monde peut mentir, mais l’image, elle, demeure rigoureuse. Les architectures, les perspectives, les uniformes, les foules, les salons et les escaliers composent un théâtre où chaque détail compte, parce que l’initiation du lecteur se fait par l’attention. Nous lisons en regardant, et nous apprenons à regarder en lisant. Là réside une leçon que la littérature initiatique reconnaît immédiatement. La vérité n’est pas une illumination brutale, elle est une éducation du regard.

Dans cette œuvre, Georges Remi porte aussi une mémoire historique

La menace d’annexion, le parti de la Garde d’acier, les méthodes de déstabilisation, les provocations, les papiers de prise du pouvoir, tout cela résonne comme un avertissement né d’un continent inquiet. Nous sentons un écrivain d’images qui, sans transformer son album en tract, fait passer une inquiétude lucide. La politique, ici, n’est jamais abstraite. Elle est incarnée dans un geste, dans une cérémonie qu’il faut saboter, dans une frontière qui attend, dans une foule qui chante pendant qu’une main tente de dérober la clé.

La biographie de Georges Remi aide à comprendre cette justesse, à condition de la recevoir comme une trajectoire, non comme un inventaire

Herge-Italie-1965-Linus

Hergé, de son vrai nom Georges Remi, né à Bruxelles en 1907 et mort en 1983, invente très tôt une manière de raconter où l’aventure sert de véhicule à une interrogation morale. Avec Les Aventures de Tintin, Georges Remi compose un monde qui évolue, qui se polit, qui se densifie, qui apprend à regarder l’histoire et à en éprouver les tensions. Autour de Tintin, Georges Remi fait vivre d’autres univers, ceux de Quick et Flupke ou de Jo, Zette et Jocko, comme si l’enfance, le burlesque et l’épopée devaient se répondre pour que l’ensemble tienne. Sa bibliographie la plus connue, celle des albums, dessine un arc où l’actualité du monde croise une quête de plus en plus intérieure, de Le Lotus bleu à Tintin au Tibet, de L’Affaire Tournesol à Vol 714 pour Sydney, et l’on pourrait dire que Georges Remi travaille, album après album, à faire passer le lecteur de l’exotisme apparent à une interrogation de plus en plus exigeante sur la loyauté, la peur, la vérité et le prix des liens.

Dans Le sceptre d’Ottokar, cette exigence prend une forme presque parfaite, parce que l’objet du récit, le sceptre, oblige à penser la transmission comme un acte vivant. Le symbole n’est pas décoratif. Il conditionne la stabilité du monde. Il peut être volé. Il peut être rendu. Il peut tomber d’une poche, comme si la souveraineté elle-même pouvait être perdue par négligence, et retrouvée par une obstination qui ne cherche pas la gloire. Nous restons saisis par cette idée. Une civilisation tient parfois à un détail qui ressemble à une cérémonie. Et pourtant ce détail n’est pas futile. Il est la forme visible d’un pacte invisible.

La chute la plus émouvante n’est pas dans l’explosion ou dans la poursuite, même si l’album sait les dessiner avec une jubilation précise

Elle réside dans l’instant où le signe revient à sa place, et où le pouvoir, au lieu de devenir une prédation, redevient une charge.

C’est là que l’album devient, pour nous, une lecture initiatique. Il rappelle que la force ne suffit jamais à fonder.

Il faut une règle, un symbole, une fidélité, une conscience de la chaîne. Il faut aussi des êtres capables de servir sans s’approprier. Ce livre nous laisse avec une vigilance accrue, comme si la question du sceptre, sous ses couleurs d’aventure, nous demandait de veiller sur nos propres signes, ceux que nous recevons, ceux que nous transmettons, ceux que nous devons protéger contre la tentation du faux.

Conformément au droit d’auteur et aux droits d’exploitation attachés à l’œuvre de Georges Remi, nous ne reproduisons aucune image issue des albums, ni couverture, ni planche, ni élément graphique identifiable. Les illustrations accompagnant cet article sont des créations originales, conçues sans reprise de l’univers visuel protégé.

Les aventures de Tintin – Le sceptre d’Ottokar

Hergé – Casterman, 1993, 64 pages, 12,50 €

https://450.fm/2026/02/07/loreille-cassee-le-faux-gagne-quand-nous-cessons-de-verifier/https://450.fm/2026/02/14/les-aventures-de-tintin-lile-noire-lepreuve-du-vrai/

Le retour du Livre des Livres, quand le jeunesse rouvre la Bible

Dans une Europe que nous disons volontiers désenchantée, un geste simple réapparaît. De jeunes lectrices et lecteurs achètent la Bible, non comme un objet de musée, mais comme une boussole. Et si ce frémissement disait quelque chose de notre époque, de ses peurs, de ses soifs, et de sa manière neuve de chercher la lumière.

L’Irlande offre un premier signal, presque paradoxal

En 2025, 29 755 Bibles y ont été vendues, soit une hausse de 11 %, un niveau qui n’avait plus été atteint depuis plus d’une décennie. Le fait décisif n’est pas seulement le chiffre. Le moteur de cette hausse se situe chez les 18 à 24 ans, génération que nous pensions vouée au détachement, et qui revient pourtant à un texte ancien comme à une source.

À ce stade, l’observateur pressé crie au retour du religieux

Nous préférons entendre autre chose, une mutation de la quête. Les récits convergent vers une même intuition, les jeunes cherchent du sens, de la structure, une communauté, mais sans forcément repasser par les chemins institutionnels. Une partie de cette redécouverte se fait dans le flux numérique, par extraits, par citations, par formats courts, comme si le verset devenait une étincelle partageable. Une Bible circule désormais comme circule une parole, elle passe de l’atelier intime au forum, du silence de la chambre au tumulte des plateformes. Et ce détour n’annule pas le besoin, il le révèle.

Ce qui nous trouble, c’est l’écart entre le mouvement et son décor

Veritas
, Irlande

Tandis que les ventes progressent, Veritas, le principal éditeur religieux et détaillant d’articles religieux en Irlande, a pourtant annoncé sa fermeture, symptôme d’un ancien monde qui se replie même lorsque la demande se déplace. La scène change, le désir demeure. Les librairies généralistes, les circuits hybrides, l’achat en ligne, la recommandation algorithmique, tout cela recompose l’accès au Livre. Nous assistons moins à un réveil de la boutique confessionnelle qu’à une migration du sacré vers des lieux inattendus.

Le phénomène, surtout, ne s’arrête pas aux rivages irlandais. Aux États Unis, les ventes ont atteint 19 millions d’exemplaires en 2025, au plus haut depuis vingt et un ans selon Circana BookScan, avec une hausse de 12 % sur un an. Au Royaume Uni, la presse a rapporté une envolée des ventes en 2025, avec un chiffre d’affaires estimé à 6,3 millions de livres sterling, en forte progression depuis 2019. Les mêmes traits reviennent, la jeunesse comme pointe avancée, et le texte comme point d’ancrage.

Une lecture maçonnique s’impose ici, non pour annexer, mais pour comprendre

Dans bien des rites, la Bible fut longtemps Volume de la Loi Sacrée (VLS), placée au centre, ouverte, non comme un fétiche, mais comme un rappel. Rappel que la parole dépasse nos humeurs. Rappel que la conscience s’éclaire en se mesurant à une altérité. Rappel qu’un texte, lorsqu’il est travaillé, devient miroir, il renvoie notre propre mesure et notre propre vertige. La génération des 18 à 24 ans, souvent décrite comme fluide, fragmentée, saturée d’images, semble redécouvrir la force d’un objet qui oblige à la continuité, à la durée, à la lenteur. La page ne scrolle pas. Elle résiste. Elle réclame une respiration.

Ce retour au texte ne signifie pas forcément retour à la doctrine

Il peut être une réponse à l’instabilité du monde, au bruit des crises, à la fatigue des certitudes jetables. Plusieurs acteurs du livre religieux l’assument ouvertement, parlant d’une actualité rude et d’un besoin d’espoir. Mais là où le marketing voit un segment, nous voyons une énigme. Pourquoi ce besoin de commencer par la source, par le texte fondateur, plutôt que par la galaxie des ouvrages de développement personnel ou de spiritualités parallèles. L’Irlande, dit-on, ne connaît pas une explosion générale du rayon religion, mais une focalisation sur la Bible elle-même. Autrement dit, une soif de première eau.

Or la Bible n’est pas un livre simple

Elle est bibliothèque, archipel de voix, de genres, d’époques, de tensions. Elle est, comme nos symboles, un lieu de travail. L’erreur serait de la réduire à des slogans, de l’aplatir en phrases choc, de la transformer en arsenal de citations. Le numérique favorise ce danger, le verset isolé devient projectile. L’initiation, elle, enseigne l’art inverse. Elle invite à replacer, relier, comparer, méditer, laisser le sens naître de l’ensemble. Dans notre langage, nous dirions que l’équerre doit garder la lettre juste, et que le compas doit ouvrir l’esprit à ce qui dépasse la lettre. Sans ce double mouvement, il n’y a plus lecture, il n’y a que capture.

Bible et 3 grandes Lumières
Bible ouverte avec équerre, compas dans le Temple. Serment

Il est significatif que, dans le même temps, les grands éditeurs se positionnent comme des architectes de parcours, plateformes directes, événements virtuels, stratégies de métadonnées, et tout un écosystème qui se construit autour du Livre, de l’audio au dévotionnel, du cadeau aux formats jeunesse.

Nous retrouvons ici une loi de notre époque, toute source devient un centre de gravité commercial.

Cela n’invalide pas l’élan spirituel, mais cela l’expose à la tentation de la consommation. Acheter une Bible n’est pas encore l’ouvrir. L’ouvrir n’est pas encore la lire. La lire n’est pas encore la laisser travailler la pierre intérieure.

Et pourtant, ce frémissement reste précieux

Il dit que la jeunesse ne se contente pas du cynisme. Elle soupçonne qu’un monde sans récit profond devient inhabitable. Elle cherche une verticalité, même si elle ne porte pas ce nom. Elle cherche une grammaire de l’épreuve, une manière de traverser la douleur, la solitude, l’inquiétude. L’initiation, maçonnique ou autre, connaît ce moment. Il arrive quand la parole facile ne suffit plus, quand la conscience réclame une langue plus vaste que l’opinion. Alors, parfois, nous revenons aux textes qui ont traversé les siècles, non pour y dormir, mais pour y veiller.

Nous n’avons pas à proclamer un triomphe, ni à agiter une peur

Nous avons à écouter ce que signifie, aujourd’hui, le retour d’un livre qui fut tant commenté, tant combattu, tant aimé. Le titre facétieux de la presse évoque une Bible devenue virale. Très bien. Mais le plus important n’est pas la viralité, c’est la fidélité au travail intérieur. Car la vraie modernité n’est peut-être pas d’ajouter un écran à la parole. Elle est de retrouver, au milieu des flux, un centre, une page ouverte, une lumière patiente.

Au fond, la question n’est pas de savoir si la jeunesse revient à la religion

La question est plus nue. Dans un monde qui change trop vite, elle revient à l’idée même de Livre, au sens fort, un texte qui oblige à se tenir debout, à traverser la nuit sans se mentir, à chercher une parole qui ne flatte pas mais qui éclaire. Si la Bible se vend, tant mieux. Si elle se lit, mieux encore. Si elle devient travail, alors, peut-être, quelque chose s’ouvre, comme une porte basse qui conduit à une chambre plus haute, celle où le sens ne s’achète pas, mais se taille.

le Sacré, le Profane, le Sacrilège – II

De notre confrère elnacional.com – Par Mario Múnera Muñoz

Le sacrilège est l’action qui rompt consciemment et volontairement le lien avec le sacré, en profanant le symbole, en trahissant le serment et en adultérant le mystère. Le sacrilège est un irrespectueux envers une personne, un lieu ou une chose sacrée. Le sacrilège se commet lorsque l’on fait un mauvais usage d’un objet consacré au religieux, entrer dans un lieu saint ou vociférer des paroles dissonantes liées à Dieu ou à la religion. Le mot a des racines latines : « sacer », sacré et « legere », voler.

Sacrilège se réfère également à tout vol d’objets sacrés. Le sacrilège est un acte de mépris envers les choses ou les personnes considérées comme sacrées, il implique la violation de la sainteté des choses, des lieux et des personnes dédiées au culte divin. Le maître Jésus a enseigné que le Temple et tout ce qui y était associé était en dernière instance consacré à Dieu, de sorte que tout serment fait sur n’importe quelle partie du temple était sacrilège, avait une valeur obligatoire devant Dieu (Matthieu 23 :16-22).

Le temple de l’Ancien Testament a disparu et maintenant nous sommes « l’édifice de Dieu » (1 Corinthiens 3 :9). Paul demande : « Ne savez-vous pas que vous êtes le temple de Dieu et que l’esprit de Dieu habite en vous ? » (Verset 16). Une forme de sacrilège avec notre temple intérieur est de ne pas pratiquer les vertus et de tomber dans le fanatisme, le dogmatisme, l’hypocrisie et l’ambition démesurée (le pouvoir). Les sacrilèges peuvent être de trois types : locaux, personnels ou réels.

Sacrilège réel

Le manque de respect envers les sacrements.

Sacrilège personnel

La violence contre une personne sacrée.

Sacrilège local

Lorsque l’on dédie un lieu sacré à un usage profane et même un homicide, ôter la vie à une personne à l’intérieur du lieu sacré.

Les théologiens sont fondamentalement d’accord pour considérer sacré cela et seulement cela qui, par un rite public et par institution divine ou ecclésiastique, a été dédié au culte de Dieu. Depuis la perspective initiatique, le sacrilège acquiert une profondeur et une gravité qui transcende complètement sa conception religieuse ou sociale conventionnelle. Il ne s’agit pas simplement d’offenser une croyance ou de profaner un objet, mais d’attenter contre la loi spirituelle elle-même et contre le propre chemin de l’initié. Sacrilège, ici nous décomposerons son sens :

Le sacrilège comme maladie de l’âme. Plus qu’un « péché », c’est une pathologie spirituelle : cécité volontaire : avoir eu accès à un symbole ou une vérité et l’avoir rejeté ou distordu par orgueil, cupidité ou peur. Fragmentation : l’âme, au lieu de s’unifier autour du centre sacré, se disperse en multiplicités contradictoires, ce que Platon appellerait la « chute dans la multiplicité ». Endurcissement : le cœur, qui devait être l’autel du sacré, se pétrifie. Il devient incapable de recevoir l’influence subtile. Dans les anciennes écoles, les avertissements étaient très sévères. Il ne s’agissait pas de contrôle, mais d’une compréhension profonde des lois qui régissent le monde spirituel et la conscience humaine.

Une porte mystérieuse
Une porte mystérieuse – Escalier qui monte vers la porte de la Lumière

« Ce n’est pas une offense externe, mais une trahison interne ». Pour l’initié, le sacré ne réside pas primordialement dans des temples physiques ou des statues, mais dans : le temple intérieur, la propre conscience, le cœur comme centre. La chaîne de transmission : le lignage spirituel et les serments. « Les symboles vivants : ce sont des portes vers des réalités supérieures ». Par conséquent, le sacrilège initiatique est, avant tout, une violation du pacte sacré que l’initié a établi avec lui-même et avec la tradition. C’est une trahison envers son propre serment de recherche de la Lumière.

La profanation du symbole et du rite : « Le rite et le symbole sont des canaux d’influence spirituelle ». Les profaner, les exposer au ridicule, les utiliser à des fins égoïstes, déformer leur sens, a des conséquences graves. Depuis cette optique : ferme les portes à l’influence spirituelle : « Le symbole vidé de son sens sacré devient une coquille morte ». L’initié qui le profane coupe le canal par lequel il reçoit la « courant » ou la « lumière ». Attire des forces chaotiques : on croit que l’énergie sacrée, lorsqu’elle est distordue ou invoquée avec une intention profane, peut s’inverser et attirer des forces de désharmonie et de fragmentation, ce que dans certaines traditions on appelle « magie noire » ou « contre-initiation ».

Le sacrilège suprême : la profanation du Mystère. Le noyau de toute voie initiatique est le mystère, l’expérience directe et ineffable du sacré. Le sacrilège majeur est : vulgariser l’ineffable : tenter d’exprimer avec un langage commun ou à des fins de prestige personnel ce qui ne peut être vécu que dans le silence et le recueillement. Prostituer la connaissance : vendre ou commercer avec les clés spirituelles ou les utiliser pour manipuler les autres. Cela est considéré comme un crime contre l’esprit lui-même. Simuler l’initiation : créer des rites faux, des titres vides ou de fausses traditions pour tromper les chercheurs. Cela non seulement endommage les personnes, mais « souille » le plan spirituel avec des formes creuses, des agrégats parasitaires.

Conséquences selon la vision traditionnelle. Les conséquences ne se voient pas nécessairement comme un « châtiment divin » externe, mais comme une loi causale spirituelle implacable : rupture de l’harmonie (le chaos) : le sacrilège introduit le désordre dans le microcosme (lui-même) et, par résonance, dans le macrocosme. Il perd son « centre ». Isolement spirituel : il se sépare du courant de la tradition et de la guidance intérieure. Il entre dans un état de « ténèbres » plus profond que l’ignorance du profane, parce que c’est une obscurité choisie après avoir vu quelque chose de lumière. Perte de la « semence » : dans de nombreuses traditions, l’initiation implante une « semence » spirituelle. Le sacrilège la stérilise ou la détruit, rendant presque impossible un nouveau commencement authentique dans cette vie. La « mort seconde » : concept présent dans l’hermétisme et certaines écoles. Ce n’est pas la mort physique, mais la dissolution définitive du principe spirituel individuel, son retour au chaos indifférencié pour avoir trahi son but essentiel.

Découvrir la première partie de cette série

Actualité de la Tradition : entre fidélité, liberté et attente

Trois considérations vont articuler ce propos, qui est un hommage à Pierre-Frédéric Ténière-Buchot :

Pierre-Frédéric Ténière-Buchot
  • La fidélité au passé. C’est le devoir de transmission résultant de l’étude de la Tradition qui nous a permis d’entamer un cheminement initiatique, faisant de nous des Francs6maçonsde R.E.A.A. Le rituel du 1er Degré symbolique d’Apprenti, son manuel d’instruction, leur référence au Convent de Lausanne de 1875 sont les points d’ancrage de ce passé traditionnel et de sa volonté de permanence
  • La liberté au présent. C’est une nécessité qui rend possible d’adapter une démarche traditionnelle aux enjeux contemporains, lui évitant ainsi la répétition passive, le vieillement d’un vocabulaire ayant perdu ou changé sa signification initiale, tout en veillant à ne pas franchir, par irrespect ou pis par incompréhension, les limites de régularité de notre Rite
  • L’attente du futur. C’est pour renforcer notre espérance dans un idéal maçonnique que nous souhaitons construire tant individuellement que collectivement, que nous nourrissons cette attente qui fait vivre notre Tradition en sagesse, force et beauté.

Reprenons brièvement les trois aspects de l’actualité de la Tradition maçonnique qui caricaturalement sont successivement plutôt conservateurs, quelque peu libéraux et enfin prospectifs.

La permanence de la Tradition, raison de la fidélité qu’on lui doit

Ce qui caractérise la Franc-Maçonnerie en général et notre démarche initiatique en particulier est l’observance d’un Rite, le Rite Ecossais Ancien et Accepté pour ce qui nous concerne.

Nous prêtons des serments pour cela, pas question de nous y soustraire. Ils sont le vivier de nos valeurs et vertus. Apprenti, Compagnon plus tard, puis Maître en devenir, nous sommes un peu comme des enfants, ensuite adolescents et plus tard jeunes adultes, qui s’affirment peu à peu vis-à-vis des parents et aïeux.

D’abord obéissants puis, dans le meilleur des cas, compréhensifs, enfin reconnaissants à la longue bien que cela ne signifie d’aucune manière devoir adopter une attitude résignée, voire servile à l’égard de ceux qui ont précédé. Durant cette évolution, ni l’opposition ni la révolte ne sont interdites mais au contraire recommandées comme propices à une maïeutique entre F؞, accoucheuse d’idées nouvelles.

Être fidèle, c’est réussir à revenir dans le chemin tracé après avoir osé s’en écarter. Ne pas tenter cet écart par rigidité, voire crainte obsessionnelle, empêche d’acquérir une fidélité dynamique sans laquelle la démarche initiatique risque d’être rapidement bloquée. Sans gouvernail, le navire ne peut éviter les récifs sur lesquels il finirait par se fracasser.

La permanence d’une Tradition, base de sa légitimité nécessite un ancrage historique solide. En pratique, pour nous, il remonte au 18ème siècle avec les Lumières : tolérance, ouverture d’esprit, humanisme, universalité. Mais en théorie, rien n’interdit d’emprunter à un passé beaucoup plus lointain, voire censé devenir primordial, qu’il soit visible (les religions, les Grecs) ou archéologique et même imaginaire (les peuples premiers et leurs chamans, l’Egypte prébiblique, les civilisations extrême-orientales disparues et j’en passe).

Il convient en fait de trouver un équilibre entre ces deux parentés possibles. La Franc-Maçonnerie est l’art d’accommoder des paradoxes. Prenons par exemple l’influence reçue de la philosophie grecque.

l’Ecole d’Athènes – Platon, Aristote au centre… et tous les autres philosophes

Le tableau de Raphaël, connu de tous et intitulé « l’Ecole d’Athènes », nous montre Platon, un doigt levé vers le Ciel, tandis qu’Aristote pointe le sien vers le sol. Bien d’autres personnages sont présents sur la toile mais l’essentiel est exprimé dans ce raccourci saisissant qui évoque la complémentarité traditionnelle et éternelle entre le factuel et le spirituel.

Pour ce qui concerne les fondements préhistoriques de la Tradition, nous remontons très vite aux mythes culturels fondateurs qui localisent nos origines. De la même façon que tous les Africains francophones ont appris à l’école qu’ils avaient des grands ancêtres gaulois, la F؞M؞ relève du bassin méditerranéen et de son Dieu unique. Ses origines sont donc électives. Seul le travail de ses Adeptes, nous tous, permet d’ambitionner d’aller plus loin que ces limites.

Être fidèle est d’abord le souvenir d’une promesse, d’un serment. Mais il est aussi recommandé de ne pas oublier qu’un souvenir n’est qu’une projection du passé sur le présent, une interprétation due aux circonstances actuelles. L’aspect historique, s’il est essentiel, ne doit jamais étouffer la réflexion critique en la noyant dans des croyances immuables. Trop regarder derrière soi rend dangereuse, à tout le moins incertaine la conduite de la marche et distrait des buts éventuels du voyage. Un mythe doit rester dans l’espace symbolique qui provoque et agite la pensée de chacun.

Evitons de transformer les mythes en contes que l’on répète aux enfants et aux F؞ implicitement considérés comme tels. Un conte est une structure mentale, un arrangement dont la variété est finie. Le conte est ce qui reste d’un mythe quand celui-ci est mort, à l’état desséché. Pour faire vivre les mythes, il faut bien au contraire les théâtraliser et les incarner.

En bref, la Franc-Maçonnerie a pour raison d’être de faire vivre la Tradition, que celle-ci soit historique et positive ou mythologique et faisant appel à l’imaginaire. La connaissance de ces éléments constitutifs est un préalable nécessaire rendu possible par la fidélité respectueuse observée à l’égard du contenu des rituels.

Mais cela ne suffit pas : le Franc-Maçon ou la Franc Maçonne est aussi un homme ou une femme libre. Ilo u elle est d’abord au service d’une Tradition pérenne tout en l’interprétant dans le présent de tous les évènements qui viennent à sa rencontre.

La liberté d’actualiser la Tradition est donc une vertu vivifiante. A la manière d’un acteur jouant sur les planches, il ne s’agit pas pour lui de modifier le texte ou l’intrigue mais bien d’animer le rôle par l’intonation, la scansion, la déambulation, les gestes et attitudes qui conviennent. Il réussit ainsi à « faire passer » le texte traditionnel en l’adaptant à une intention d’enseignement et de partage, à délivrer un message qui tient compte de l’attente des F؞ auxquels celui-ci s’adresse et, plus largement, à tous ceux qui observent et écoutent.

Alors quelle liberté nous est laissée puisque l’existence du texte précède celui qui l’interprète tout comme le Maçon est soumis à un Ordre initiatique, traditionnel et symbolique ?

Eh bien un grand acteur ne cabotine pas. Il oublie son ego pour mieux incarner (et non pas imiter) le caractère qu’il s’efforce de transmettre.

Un Franc-Maçon ou une Franc-Maçonne ne se perd pas à vouloir changer le sens d’un rituel qu’il ne perçoit qu’imparfaitement, tentant lui substituer une vision limitée à sa personne. Son travail inlassable est de chercher à exprimer par l’exemple la nature de sa quête initiatique aussi bien ascendante qu’inspirée.

Celle-ci réunit son comportement matériel et temporel – la vie de tous les jours, en quelque sorte – et son aspiration spirituelle où l’imaginaire est convoqué au service d’un idéal de paix, d’amour des autres et d’alacrité communicative, source d’une joie sereine.

Le ciment qui rend possible cette union entre le matériel séculier et le spirituel imaginé est une langue symbolique dont le choix et l’usage sont laissés à chacun d’entre nous dans une totale liberté. Le symbolique permet d’accorder le langage (parfois de forger des mots) à un sens supérieur idéal qu’il s’agit de signifier. C’est ainsi que l’on peut passer du vécu à un inexprimable, un perçu impensable et réciproquement. La liberté symbolique permet d’accéder à la possibilité d’une unité cohérente et totale.

Actualiser la Tradition est une figure de rhétorique – l’oxymore – qui en bon paradoxe disjoint la Tradition – les Tables de la Loi – d’un temps perpétuel ou considéré comme tel. Pas question d’y ajouter ou d’en retirer quoi que ce soit avec ce mot incongru, actualiser, dont l’emploi dispersif et distrayant ne peut conduire qu’à la purée de pois des illusions.

Et puis actualiser est à l’origine des substantifs actualité et actualisation, avec pour celle-ci ses deux acceptions : la financière (horreur !) et la remise à zéro (consternation !). Elles sont néanmoins toutes deux intéressantes bien que situées dans des contextes profanes différents.

L’actualisation financière consiste à supputer la variation de valeur d’un projet au cours du temps avec le coût du risque à entreprendre. En termes simples : jouer son va-tout à très court terme quand l’actualisation est forte et violente ou gérer en bon père de famille quand les temps sont calmes et longs (les taux sont alors faibles) au point de construire des cathédrales ?

L’actualisation technique, la réinitialisation ou remise à zéro est un redémarrage qui nécessite un nouveau réglage, un « aggiornamento », dus à des circonstances jugées inacceptables : le réveil s’est arrêté, il faut changer les piles ou le remonter mécaniquement. Mais plus important, il faut aussi le remettre à l’heure du monde contemporain.

Gustave Doré : Moîse

Lorsqu’il s’agit de notre Tradition, l’actualisation financière fait immédiatement penser à l’épisode biblique du veau d’or (Ex. 32), qui se termine mal pour ceux qui n’ont pas su attendre le retour de Moïse et de ses Tables. Pour ce qui concerne une réinitialisation actualisée, la prudence semble s’imposer également. Quels seraient donc les articles ou critères de régularité qu’il conviendrait d’amender pour satisfaire des exigences présentes, qu’elles soient profanes et administratives ou initiatiques et spirituelles ? Remonter le réveil périodiquement afin d’éviter son arrêt, sans aucun doute. Mais le démonter complètement, saura-t-on trouver les compétences pour en réassembler les rouages ?

Les pièces les plus essentielles de notre Rite Ecossais Ancien et Accepté le font reconnaître comme traditionnellement régulier.

Tout cela fonctionne dans son ensemble mais est délicat et fragile pour chacun de ses constituants. Couper les cheveux est au niveau de la plupart. Couper les têtes ôte la vie. Primum non nocere. Les trois autres principes d’Hippocrate (combattre autrement le mal, avec tempérance et patience) sont également à méditer.

Méditer ? Oui méditer spirituellement selon une attente que je vais modestement évoquer maintenant.

Progresser dans l’attente (et l’espérance) d’un accomplissement spirituel initiatique est donc le vœu formulé et la proposition avancée pour surmonter le paradoxe d’une Tradition susceptible d’être actualisée.

D’abord ne pas se contenter de paraître en répétant recto tono ce qui deviendra vite un catéchisme dogmatique et stérile. En revanche, donner envie, écouter attentivement, inciter à la pensée individuelle, développer en soi l’être, à la fois celui qui est enfoui et celui qui est enrichi par des acquis extérieurs.

L’apport de ces derniers peut conduire à rendre la transmission de la Tradition plus actuelle, plus moderne par l’emploi d’un vocabulaire renouvelé plus immédiatement compréhensible. Mais attention à ne pas fabriquer des Frères ou des Sœurs clonés qui ne feraient que répéter sans aller au-delà de la mode, souvent éphémère, des mots nouveaux.

L’ouverture spirituelle, le travail commun à accomplir apparaissent chaque fois que la diversité des prises de conscience est sollicitée. Il n’y a pas qu’une seule façon de s’approcher du Divin, de l’Unique mais autant de manières qu’il y a de postulants à cette quête. Loin des chicaneries d’ici-bas – sans pour autant les négliger ou pis les ignorer – la démarche vers une conception unificatrice de la pensée avec la vie maçonnique ne peut qu’être variée et sereine, c’est-à-dire sans précipitation.

Ce sont les chemins empruntés qui sont importants et non leur destination supposée. Le temps de l’initiation est à construire et non pas à subir.

L’actualité de la Tradition est une expression polymorphe. Elle mélange l’héritage du passé et sa transmission, au risque d’être déformée par un jugement passéiste (« c’était mieux avant ») ou par un effet de mode passager (l’emploi excessif du mot résilience est un exemple).

Mais cette prise de risque, quand elle est tournée vers l’avenir est normale. C’est celle de la vie, la sienne mais aussi celle des autres ; une vie fonctionnelle et matérielle, tout autant qu’une vie spirituelle guidée par des inspirations soudaines.

Comment appréhender puis intégrer ce futur sous toutes ses formes ? Cela relève de la capacité à se projeter symboliquement, de l’effort et de l’émotion mis à le faire sans cesse et d’une sensibilité à s’impliquer soi-même dans cette action.

La projection symbolique recourt à un langage imagé permettant de saisir le mieux possible la totalité du problème posé : que va-t-il se passer et pourquoi se pose-t-on cette question ?

Cela n’a donc rien à voir avec un scénario prospectif qui fait semblant d’imaginer « raisonnablement » le futur en modifiant quelques paramètres empruntés aux expériences passées et récentes.

Il s’agit ici plutôt d’une vision globale onirique (« j’ai un rêve ») que l’on cherche à interpréter dans le langage compréhensible d’une attente (quel cheminement pour aider à rendre concret ce rêve, quels pourraient être les signes qui manifesteraient une direction à suivre ?).

Ce travail d’imagination entre des perceptions concrètes et des ouvertures spirituelles venant les transformer est un effort exigeant un entraînement constant. C’est en symbolisant, c’est-à-dire en utilisant un vocabulaire symbolique différent de celui qui ne permet que de raisonner, que l’on progresse dans l’art maçonnique Mais oui : parler la langue des oiseaux permet peut-être de voler avec eux un jour…

Mais en attendant, acquérir et mettre en pratique les valeurs maçonniques demande de notre part une sensibilité à un au-delà libre, celui de la Tradition qui n’est ni à ânonner ni à réinventer mais tout simplement à vivre et à faire vivre à tous les instants, c’est-à-dire actuellement en la pratiquant.

C’est cela, d’après-moi, l’attente. Être prêt, toujours prêt à prendre la meilleure voie possible, risquer cette orientation, en supputer les conséquences, dépasser les contradictions par le haut, c’est-à-dire par un effort de spiritualité.

L’actualité se projette. Il ne faut pas lui donner un sens présent qui serait immédiatement dépassé. Attendre qu’elle apparaisse toute seule est aussi à éviter : ne pas s’endormir le long du chemin en regardant passer les autres mais veiller et s’ingénier à aider les autres.

La Franc-Maçonnerie est une école mutuelle dont le programme se résume ainsi : obéir aux lois de son pays, vivre selon l’honneur, pratiquer la justice, aimer son semblable, travailler sans relâche au bonheur de l’Humanité et poursuivre son émancipation progressive et pacifique. C’est ainsi que la Tradition nous permet d’accéder à l’Idéal maçonnique, un Idéal inspiré qui réalise l’harmonie entre le souci d’un temporel à ne jamais négliger et le désir spirituel atemporel qui donne de l’amour sans faire semblant. Cela permet de faire vivre éternellement une Tradition (mais en prenant soin de l’entretenir régulièrement), une Tradition bienfaisante qui affirme qu’à tout moment tout est un. Un le tout.                     

Fabienne Boll : « Dans la Franc-maçonnerie, les femmes ont la place qu’elles se sont faite ! »

De notre confrère tahiti-infos.com – Par Delphine Barrais

Tahiti, le 16 février 2026 – Psychologue de l’Éducation nationale en maternelle et primaire, Fabienne Boll est entrée dans la franc-maçonnerie il y a 23 ans, faisant le choix d’une obédience uniquement féminine, la Grande loge féminine de France, où elle occupe la fonction de Grande chancelière. Elle donnera une conférence le 3 mars à Tahiti.

Vous faites partie de la Grande loge féminine de France, pourriez-vous nous décrire cette obédience ?

Liliane-Mirville-GLFF

Fabienne Boll :La Grande loge féminine de France est une organisation maçonnique exclusivement féminine. Elle compte actuellement 13 000 membres présentes en France et dans le monde, réparties en plus de 450 loges (nom donné aux lieux de réunion). Sa présidente, appelée Grande maîtresse, est Liliane Mirville. Elle est aidée dans sa tâche par deux adjointes. La Grande chancelière est l’une de ses deux adjointes qui s’occupe plus particulièrement des relations avec les autres obédiences en France et à l’étranger, ainsi que des loges qui se situent en outre-mer et à l’international. J’occupe la fonction actuellement de Grande chancelière et c’est à ce titre que j’effectue aujourd’hui ce déplacement en Polynésie.

Comment décrire cette obédience, quels sont ses valeurs et messages ?

Fabienne Boll : D’un point de vue juridique, la Grande loge féminine de France, ou GLFF, est une fédération d’associations, ce qui implique, entre autres, l’organisation d’une assemblée générale annuelle au cours de laquelle est élu son conseil d’administration, est voté son budget… Mais, c’est avant tout un ordre initiatique. On y entre par une initiation, étymologiquement un début, une mise en route, un chemin intime, singulier, que l’on poursuivra toute sa vie. On y travaille et on y réfléchit selon une méthode et à partir de rituels dont nous avons hérité du siècle des Lumières. Nous pratiquons plusieurs rites mais toutes les sœurs – c’est ainsi que nous nous appelons – partagent un même idéal, les mêmes valeurs de liberté, d’égalité, de fraternité et de laïcité et tendent vers la même recherche de perfectionnement de l’humanité. Nous aspirons à un monde plus juste, et en paix, où tous les êtres humains et les femmes en particulier puissent être et agir en toute liberté. Alors que les obédiences masculines et mixtes existent depuis plusieurs années, la GLFF ouvre un espace strictement réservé aux femmes. Spécificité féminine ne signifie ni un repli, ni une défiance par rapport à un travail partagé avec des hommes, ce qui n’aurait aucun sens dans une société où la mixité est de règle, mais ce choix répond à une nécessité de trouver un temps et un espace de réflexion et de parole qui nous soient propres et qui nous permettent de prendre pleinement conscience de notre identité féminine et de notre responsabilité dans l’accomplissement de notre rôle de femme dans le monde.

Quels seront les thèmes de votre intervention ?

Fabienne Boll : Mon intervention consistera tout d’abord à décrire ce qu’est une démarche initiatique, de présenter la Grande loge féminine de France et en quoi elle peut ouvrir un espace d’émancipation pour les femmes d’aujourd’hui qui peuvent être en recherche d’une spiritualité.

De quelle spiritualité est-il question ?

Fabienne Boll : D’une spiritualité ouverte, libre, un pari sur l’esprit, qui est différent de la spiritualité de la croyance religieuse. Les sœurs de la GLFF sont athées, agnostiques ou croyantes. Nous affirmons simplement que nous sommes des ‘êtres d’esprit’ ou des ‘êtres spirituels’.

Pourquoi cette intervention ?

Fabienne Boll : La Grande loge féminine de France est présente dans les outre-mer : Guyane, Martinique, Guadeloupe, Réunion, Nouvelle-Calédonie, Tahiti. Avant de venir à Papeete, je serai passée en Nouvelle-Calédonie pour rencontrer les sœurs des deux loges que nous comptons là-bas.  Je profiterai ensuite de ma venue à Papeete pour présenter cette conférence, informer les personnes qui s’y intéressent et proposer aux femmes qui le souhaitent de nous y rejoindre.

Quelle place ont les femmes dans la Franc-maçonnerie aujourd’hui ?

Fabienne Boll : J’ai envie de répondre que dans l’espace maçonnique aussi, les femmes ont la place qu’elles se sont faite ! La franc-maçonnerie a d’abord été masculine jusqu’à l’arrivée de l’Ordre international du droit humain qui est mixte depuis sa fondation. Il a fallu attendre 1945, l’après-guerre, pour que des femmes qui pratiquent le rite d’adoption dans des loges ‘souchées’ à la Grande loge de France se constituent en obédience autonome ouvrant ainsi une voie différente pour les femmes qui souhaitent entamer un parcours au sein d’un groupe de femmes.

Quelle est l’histoire de la franc-maçonnerie en Polynésie ?

Fabienne Boll : Elle est présente depuis le XIXe siècle. Elle a été introduite par des marins, commerçants, administrateurs venus de France. La franc-maçonnerie a d’abord été exclusivement masculine. La mixité s’est installée par la suite. Aujourd’hui, ces loges constituent le tissu maçonnique local et accueillent des résidents polynésiens ainsi que des expatriés intéressés par l’initiation. Les effectifs restent modestes comparés à la métropole. Une loge de la GLFF s’est ouverte en 1994 à Papeete. Dans une société pluraliste, il est souhaitable que soit offert le choix de la mixité ou de la non-mixité pour ce qui ressort de l’ordre privé, plus particulièrement lorsqu’il s’agit d’une démarche initiatique. Qu’il soit clair que notre choix d’appartenir à une association exclusivement féminine est un choix fait en toute liberté par chacune et n’a rien à voir avec un désir de séparation et d’exclusion des hommes ailleurs qu’au sein de notre association. Ce choix est d’ailleurs limité dans nos réunions, dans nos loges, nous sommes profondément attachées aux principes d’ouverture puisque nous recevons tout franc-maçon ou toute franc-maçonne d’obédiences régulières souhaitant partager nos travaux. Une ancienne Grande maîtresse disait : ‘Entrer en franc-maçonnerie est le plus beau cadeau que je me suis fait à moi-même’. Je fais miens ses propos et espère le partager avec de nombreuses femmes encore.”

Pratique

À l’occasion de ses 80 ans, la GLFF a réalisé un court documentaire qui présente son histoire. Vous pouvez le visionner en allant sur son site : http//glff.org.

Conférence le 3 mars à 18 heures dans la salle Hibiscus de l’hôtel InterContinental Tahiti.
Renseignements : conf.glff.030326@gmail.com Haut du formulaire

27/02/26 – « Templiers et Hospitaliers en Vallée de la Vézère », une conférence à Arnac- Pompadour (Corrèze)

Un patrimoine qui interroge encore les chercheurs de lumière…

D’azur à trois tours d’argent maçonnées de sable.

Ce vendredi 27 février 2026, à 20 h 30, la salle polyvalente d’Arnac-Pompadour – Arnac e Pompador en occitan –, nichée en Corrèze en Nouvelle-Aquitaine, ouvrira ses portes pour une séance du cycle « Le Cas Fait Débat » dédiée aux « Templiers et Hospitaliers en Vallée de la Vézère ».

L’intervenant ne sera autre que Marc-Olivier Agnès, chargé de projet « Patrimoine Templier et Hospitalier en vallée de la Vézère »

Spécialiste reconnu, il œuvre depuis plusieurs années à la mise en réseau et à la valorisation de ce patrimoine discret mais riche, souvent méconnu du grand public comme des passionnés d’histoire ésotérique. Son travail, soutenu par les offices de tourisme de Brive, de la Haute-Corrèze et du territoire Vézère, met en lumière un ensemble d’une vingtaine de sites – commanderies, granges dîmières, églises, fontaines, croix – répartis le long de cette vallée stratégique.

Au Moyen Âge, la vallée de la Vézère, axe de passage entre Massif central et bassin aquitain, attira les deux grands ordres militaires nés à Jérusalem : les Pauvres Chevaliers du Christ et du Temple de Salomon (Templiers) et les Chevaliers de l’Hôpital Saint-Jean de Jérusalem (Hospitaliers). Terres données par les puissantes familles seigneuriales locales (Ventadour, Comborn, Turenne, Hautefort…), ces implantations servaient de bases arrière : fermes de rapport, lieux de recueil, points logistiques pour soutenir les croisades et protéger les pèlerins. Après la dissolution brutale de l’Ordre du Temple en 1312, nombre de ses biens passèrent aux Hospitaliers, qui maintinrent et développèrent ces commanderies jusqu’à la Révolution.

Aujourd’hui, les vestiges – parfois modestes, parfois impressionnants comme la commanderie de Mons à Varetz – rappellent cette présence : une architecture fonctionnelle, des signes discrets (croix pattées, orientations symboliques), un héritage qui mêle histoire économique, spirituelle et militaire.

Bausseant, le gonfanon
Bausseant, le gonfanon

Pourquoi ce sujet fait-il encore débat dans nos cercles ?

Les mythes persistants autour des Templiers – trésors cachés, savoirs occultes, filiations ésotériques – croisent la réalité historique d’ordres qui furent avant tout des institutions religieuses, financières et charitables. Les Hospitaliers, eux, incarnent une voie de service et d’accueil qui résonne avec certains idéaux maçonniques. Explorer ces traces en Corrèze, c’est aussi questionner : quelle part de légende, quelle part de transmission réelle ?

Quel sens donner, aujourd’hui, à ces vestiges d’une chevalerie qui se voulait au service d’un idéal supérieur ?

Marc Olivier Agnès – source France Bleu

Marc-Olivier Agnès, par ses conférences et visites guidées (souvent aux flambeaux lors des Journées européennes du patrimoine), propose une approche rigoureuse et accessible, loin des spéculations hasardeuses. Sa présentation à Arnac-Pompadour promet d’éclairer les participants sur les spécificités locales : commanderies de Varetz, granges supposées templières à Saint-Robert, traces hospitalières à Condat-sur-Vézère ou ailleurs.

Que vous soyez passionné d’histoire médiévale, curieux des racines symboliques de la chevalerie ou simplement en quête d’un éclairage sur ce pan du patrimoine corrézien, cette soirée s’annonce comme un moment propice au débat raisonné et à la réflexion partagée.

Dans la tradition maçonnique, interroger le passé n’est pas nostalgie ! C’est outil pour mieux opérer au présent.  Rendez-vous donc à Arnac-Pompadour pour creuser ensemble ces traces anciennes et voir ce qu’elles nous renvoient de notre quête de lumière.

Suivre l’actualité maçonnique, les conférences et les débats qui font progresser la réflexion : telle est aussi notre mission.

Infos pratiques

Date et heure : 27 février 2026, 20 h 30 / Lieu : Salle polyvalente, 19230 Arnac-Pompadour / Entrée : Libre ou participation libre

En savoir +

Victoire des Francs-maçons devant la Cour suprême du Brésil

De notre confrère brésilien fuxicogospel.com.br – Par Izael Nascimento

À l’unanimité, la deuxième chambre de la Cour suprême fédérale a confirmé le rejet d’une requête exigeant l’identification des juges Francs-maçons pour garantir « l’impartialité » des jugements. Le deuxième panel du Tribunal suprême fédéral (STF) a décidé à l’unanimité le 18 février 2026 de confirmer le rejet d’une demande visant à identifier et à divulguer les noms des magistrats brésiliens qui sont membres de la franc-maçonnerie.

Cette décision confirme l’interprétation antérieure du Conseil national de justice (CNJ), qui considérait la demande irrecevable faute d’intérêt légitime. En jugeant l’appel interlocutoire dans Mandamus (MS) 40556, les ministres ont compris qu’il n’y avait aucune illégalité dans l’acte du CNJ qui interdisait la divulgation de ces noms.

La requête initiale soutenait que la divulgation était nécessaire pour garantir l’indépendance des juges vis-à-vis de l’organisation, invoquant les principes de publicité et d’impartialité.

Toutefois, le Tribunal suprême fédéral (STF) a suivi le vote du rapporteur, le ministre Nunes Marques, qui a souligné que la mesure constituerait une « ingérence indue de l’État dans la sphère privée des magistrats ».

Selon le tribunal, l’appartenance à des associations est protégée par des droits fondamentaux tels que le droit à la vie privée et la liberté de croyance philosophique, garantis par l’article 5 de la Constitution fédérale.

Conséquences de cette décision pour le pouvoir judiciaire en 2026

Le rejet sommaire de la demande était fondé sur le Règlement intérieur du CNJ (Conseil national de la justice) et sur le Règlement de la Corregedoria nationale de la justice.

La décision de la Cour suprême confirme que le contrôle judiciaire des actions de CNJ n’est admissible qu’en cas d’illégalité flagrante ou de violation des droits de la défense, ce qui n’a pas été constaté en l’espèce.

  • Respect de la vie privée : Le tribunal a compris que la divulgation de ces informations pouvait entraîner un traitement discriminatoire.
  • Juge naturel : La divulgation des noms permettrait la « sélection indirecte » du juge fondée sur des convictions personnelles, ce qui violerait le principe du juge naturel.
  • Décision : Le vote a été unanime en deuxième chambre.