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Mitterrand et les loges : la République en clair, la Franc-Maçonnerie en filigrane

François Mitterrand est mort un 8 janvier 1996. Un lundi. Cette date, à elle seule, a la sécheresse d’un couperet et la gravité d’un glas. Avec lui s’éloigne une manière très française d’habiter le pouvoir : l’art des signes, le goût du temps long, la politique comme théâtre sérieux où l’Histoire pèse autant que l’actualité. Et pourtant, dès que son nom surgit, une rumeur revient, tenace, presque mécanique : « Mitterrand franc-maçon. »

Comme si, en France, il fallait toujours un souterrain à la surface, un secret pour expliquer l’autorité, un mot de passe derrière la fonction.

Alors mettons d’emblée la pierre à sa place : non, François Mitterrand n’a jamais été franc-maçon. Ce refus du fantasme n’appauvrit pas le sujet ; il le rend plus juste. Car ce qui nous intéresse ici n’est pas une appartenance, mais une relation : celle d’un Président à une tradition initiatique et à un fait social français, tour à tour allié de valeurs, interlocuteur politique, puissance symbolique, parfois source de tensions.

Autrement dit : Mitterrand n’a pas porté le tablier, mais il a connu le chantier. Et il a su parler, quand il le fallait, à celles et ceux qui en tenaient une part de la mémoire et des outils.

Cette persistance tient aussi à une confusion très française, nourrie par l’homonymie

« La politique des francs-maçons » de Jacques Mitterrand

Beaucoup mêlent encore le Président à Jacques Mitterrand, homme politique et franc-maçon, ancien Grand Maître du Grand Orient de France (1962-1964 puis 1968-1971). Initié en 1933 au sein de la loge parisienne « La Justice », devenu ensuite grand orateur puis grand secrétaire, orateur redoutable et tribun, Jacques Mitterrand marque son obédience par une volonté d’extérioriser l’Ordre (conférences publiques en fin de convents), invitant ainsi, déjà, les profanes à oser pousser les portes, et par des initiatives tournées vers l’Afrique (formation, échos dans Présence africaine).

Et pourtant, même sans tablier, la relation de François Mitterrand au fait maçonnique fut réelle, structurante, parfois heurtée, souvent instrumentalisée

Elle dit surtout quelque chose de décisif sur la France : ici, la franc-maçonnerie n’est ni un folklore ni un simple décor de romans.

Elle est une mémoire militante, une sociabilité structurante, un réseau d’idées, au sens sociologique, qui traverse la laïcité, l’école, la République, la culture politique.

La première clé, c’est l’honnêteté : pas d’appartenance, mais une proximité politique et culturelle. Mitterrand ne porte pas le tablier ; il connaît le chantier. Il sait qu’une part du vocabulaire national – Liberté, Égalité, Fraternité, l’école comme ascenseur civique, la promotion de l’individu, la lutte contre les dominations – a été porté, défendu, parfois durci, dans des ateliers où l’on croyait (et où l’on croit encore) que la République se bâtit à hauteur d’homme. Sa stratégie est nette : reconnaître ce rôle historique sans jamais se laisser enfermer dans une dépendance, ni dans une légende.

La laïcité : l’entrée par la grande porte

Laïcité en France – source vis-publique

Tout commence, et cela n’a rien d’anodin, par la laïcité. En février 1981, à la veille de l’alternance, François Mitterrand intervient aux Assises internationales de la laïcité organisées par le Grand Orient de France. Le geste est politique, mais il est aussi symbolique : il va parler à une maison où la laïcité n’est pas une posture de circonstance, mais une identité, une tradition, un combat.

Et il le fait avec une formule qui résume son art du balancier : la laïcité comme résistance à la soumission intellectuelle, mais aussi comme tolérance et respect de la liberté d’autrui. Deux mots, deux plateaux. Une main qui refuse la tutelle, une main qui refuse l’intolérance.  Mitterrand veut la laïcité comme architecture commune, pas comme machine à diviser.

Mais la laïcité, en France, n’est pas seulement un principe : c’est aussi un champ de bataille. Et, très vite, le même dossier devient une zone de fracture. Lorsque l’école s’embrase et que le projet Savary cristallise passions, peurs et mobilisations, le Grand Orient de France, par la voix de son Grand Maître Paul Gourdot, adresse le 22 décembre 1982 une lettre au Président, au ton jugé « vif », pointant des « lacunes ou manquements » à la laïcité de l’État.

Ce moment est précieux, parce qu’il brise une illusion : la « proximité » n’efface pas la logique d’injonction, et la convergence de valeurs ne garantit pas l’obéissance. Certains attendent du pouvoir socialiste une fidélité totale à une ligne ; Mitterrand, lui, gouverne un pays composite, et il refuse que la République se transforme en guerre de religion inversée. Il arbitre, temporise, assume l’usure politique du compromis. C’est là que s’arrête le fantasme d’une « connexion automatique » entre l’Élysée et les Loges.

15 mai 1987 : la scène, la phrase, la portée

Puis vient le moment le plus visible, le plus documenté, le plus photographiable. Le 15 mai 1987, François Mitterrand reçoit à l’Élysée les participants au Rassemblement maçonnique international réuni à Paris et prononce une allocution officielle. Le geste est puissant : la maison de la République ouvre ses portes à une fraternité initiatique – non pour s’y soumettre, mais pour lui reconnaître une place dans la longue histoire civique du pays.

Rassemblement maçonnique international – GODF, Paris

Il choisit ses mots avec cette précision de notaire du symbole : il salue les combats pour l’école, pour la promotion de l’individu, pour Liberté, Égalité, Fraternité ; il parle d’éducation civique, de respect de l’homme, de fidélité aux principes quand les temps se brouillent. Et surtout, il lâche une phrase qui claque comme un sceau : « Vous êtes ici chez vous », en précisant que « c’est la France » qui reçoit.

On ne dira jamais assez ce que cela signifie : l’Élysée, lieu du pouvoir, se met un instant au service d’une reconnaissance mémorielle. La franc-maçonnerie est honorée comme l’une des forces historiques qui ont accompagné l’installation de la République. Et, dans le même mouvement, Mitterrand remet une limite : il accueille, il salue, il reconnaît mais il ne fusionne pas. L’échange est clair : l’État peut entendre une fraternité ; il ne doit jamais devenir l’annexe d’aucune fraternité, d’aucun réseau, d’aucune chapelle.

Les réseaux : ni fantasme, ni angélisme

Reste le sujet qui excite l’antimaçonnisme et embarrasse les naïvetés : la question des réseaux. Même sans être initié, Mitterrand gouverne dans une France où des responsables politiques, administratifs, culturels, syndicaux, associatifs sont francs-maçons. Et cela crée des circulations, des affinités, parfois des malentendus, parfois des zones grises que la presse, à partir des années 1990, a explorées, souvent avec courage, parfois avec confusion.

Le livre Les francs-maçons des années Mitterrand

Cet ouvrage de Patrice Burnat, Christian de Villeneuve, publié par Grasset en 1997, se situe dans cette veine : deux journalistes non initiés tentent d’attraper une réalité fuyante, l’influence comme tissu, plus que comme complot. En 1997, ce mot n’avait pas encore l’usage inflationniste qu’on lui connaît aujourd’hui !

Le mérite du sujet, c’est de rappeler une évidence que la République feint parfois d’oublier : les idées vivent aussi dans des sociabilités, et certaines sociabilités ont leurs codes, leurs fidélités, leurs réflexes. Son risque, comme souvent, est de prêter à la Maçonnerie une unité qu’elle n’a pas, et de transformer des mécanismes d’entre-soi (qui existent partout) en gouvernement clandestin.

C’est ici que le mitterrandisme redevient un outil de lecture : il n’abolit pas les forces intermédiaires, il les met en scène, il les utilise, il les contient. Il parle à des familles idéologiques sans se laisser annexer ; il reconnaît des héritages sans s’y dissoudre ; il gouverne la pluralité sans céder aux absolutismes. À ceux qui voudraient un secret d’atelier, Mitterrand oppose une réalité plus dérangeante parce que plus banale : la République est un Temple civil, traversé de fraternités, d’intérêts, de fidélités, de mémoires mais où l’unique souverain est le peuple, et l’unique rituel, la loi commune.

Et c’est peut-être, au fond, l’hommage le plus juste en ce 8 janvier : Mitterrand n’était pas maçon… mais il a su, mieux que beaucoup, parler le langage du symbole et tenir la balance entre la mémoire des Loges et l’autorité de l’État.

Sources : Archives de l’Élysée : allocution du 15 mai 1987 ; Le Monde : lettre de Paul Gourdot (22 décembre 1982) + réception de 1987 ; Institut François Mitterrand : rappel des Assises de la laïcité (février 1981) ; Franc-Maçonnerie Magazine (26 juin 2011) : « Mitterrand et les francs-maçons » (réservé aux abonnés) ; Grasset : notice éditeur du livre Burnat / de Villeneuve

Le palais de l'Élysée.
Le palais de l’Élysée.

Franc-maçonnerie et Internet en 2026 : la question n’est plus compatible mais habitable

Le 1er juin 2021, 450.fm publiait un article au titre frontal : Franc-maçonnerie et Internet sont-ils compatibles ?, un texte signé par l’un de nos chroniqueurs, adossé à un petit livre qui se voulait outil.

Image inspirée de Jiri Pragman (Philippe Allard), librement produite par une IA de qualité


Paru en 2016, cet ouvrage de 96 pages, intitulé Franc-maçonnerie et Internet sont-ils compatibles ?, est signé Jiri Pragman et publié chez Dervy, dans la collection « Les outils maçonniques du XXIᵉ siècle ».

Et c’est là que le dossier prend, dès l’abord, une couleur singulière. Car Jiri Pragman n’est pas un observateur lointain. C’est le nom de plume de Philippe Allard, journaliste et auteur belge, figure connue d’un pan entier de l’écosystème maçonnique en ligne, notamment par l’histoire de son ancien blog.

Franc-maçonnerie et Internet sont-ils compatibles ?

Surtout, l’homme n’a pas seulement parlé du numérique… il l’a pratiqué au contact des institutions, sur des projets publics. Des sources biographiques indiquent qu’il a travaillé à la structuration et à la gestion de contenus du site de la commune d’Ixelles, puis qu’il a été appelé à concevoir le site web de la Ville de Bruxelles, avec un rôle de chef de projet, à une époque où l’open data commençait déjà à devenir un langage de la cité.

Compte tenu de cette spécificité revendiquée, on comprend d’autant mieux l’attente : lorsqu’un spécialiste se présente avec un “outil”, le lecteur espère une véritable boîte à instruments – des méthodes, des cas d’école, des règles simples et opératoires, plutôt qu’une suite de mises en garde. C’est précisément ce que l’article de 2021 pointait, en creux et parfois très explicitement ! L’écart entre la promesse d’un guide et la maigreur d’un livret qui alerte sans toujours outiller.

Or voici 2026

Et une évidence, presque gênante, se tient au milieu du chantier : dix ans après 2016, le monde numérique a changé de vitesse, d’échelle, de mœurs, de risques… et pourtant ce texte n’a pas connu, à ma connaissance, de réédition structurante qui viendrait le remettre d’aplomb, le réétayer, le réarmer au rythme du siècle. C’est aussi pour cela qu’une nouvelle chronique vaut d’être posée ici, non pour rejouer un procès, mais pour donner à notre lectorat quelques éléments de repérage : ce qui a bougé, ce qui demeure, ce qui menace, et ce qui peut être construit.

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Car en 2026, Internet n’est plus un simple outil extérieur

Il est devenu un milieu. Un climat où tout circule : les liens fraternels, les invitations, les rumeurs, les captures, les archives, les réputations. À ce stade, demander si la franc-maçonnerie est “compatible” avec Internet revient presque à demander si l’on peut bâtir un Temple en présence du vent. On le peut, bien sûr. Mais à une condition : ne plus confondre la question avec un oui/non, et la traiter comme ce qu’elle est devenue. Une question d’architecture.

Le vrai nœud : distinguer la discrétion initiatique de l’opacité institutionnelle

Le premier malentendu, dans le débat numérique, tient à un glissement de mots. Beaucoup parlent de secret quand il s’agit de discrétion ; et ils parlent de discrétion quand il s’agit en réalité d’opacité.

La discrétion initiatique protège l’expérience vécue : ce qui transforme, ce qui relève de l’intime, ce qui ne se prouve pas et ne s’exhibe pas.
L’opacité institutionnelle, elle, protège souvent autre chose : les habitudes, les angles morts, les décisions sans trace, parfois les conflits, parfois les confusions.

Internet met le doigt sur cette distinction parce qu’il amplifie tout : la parole, la rumeur, l’image, la maladresse, la fuite, la revanche.

Et l’on répond trop souvent à cette amplification par une peur réflexe : cachons tout. Or cacher n’est pas discerner. Un Temple n’est pas une cave : il a des murs, oui, mais il a aussi des passages, des seuils, des règles de circulation.

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2026 : la Loge est déjà numérique, même quand elle prétend ne pas l’être

La mutation n’a pas eu besoin d’une proclamation. Elle s’est faite par mille gestes anodins :

-une convocation envoyée sur une messagerie grand public ;
-un fichier de membres stocké quelque part, dans un cloud ? ;
-une photo partagée entre nous ;
-une discussion fraternelle copiée, transférée, sortie de son contexte ;
-un petit service technique rendu par un frère ou une sœur, sans cadre, sans trace, sans responsabilité claire.

Le numérique, en 2026, n’est pas un monde à côté. Il est le sol sous une partie de nos pas. Et ce sol peut se fissurer si l’on n’apprend pas à y poser des règles simples, fraternelles, protectrices.

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Une charpente minimale : l’hygiène du seuil

Je propose une idée très simple, parce qu’elle est maçonnique : travailler le seuil. Non pas la forteresse. Le seuil.

Le parvis : ce qui peut être public, assumé, culturel, patrimonial.
Conférences, communiqués, actions civiques, mémoire, présentation des valeurs. Ici, Internet peut être un relais de rayonnement.

Le vestibule : ce qui doit rester fraternel, pratique, limité.
Logistique, entraide, organisation, sans contenu initiatique sensible. Ici, Internet doit être encadré, clarifié, discipliné par des usages.

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Le cœur du Temple : ce qui relève de l’expérience rituelle et de l’intime.
Ici, le numérique n’est pas un ennemi, mais il est souvent une tentation : celle de “faciliter” ce qui, par nature, demande présence, lenteur, incarnation. Le cœur du Temple n’est pas un fichier. Ce n’est pas un flux. C’est un travail d’être.

Ce triptyque ne résout pas tout, mais il change tout : il remplace la peur par une géométrie. Et la géométrie, chez nous, n’est jamais décorative.

Le point aveugle : la protection des personnes par la protection des données

Un atelier, une obédience, une juridiction ne manipule pas seulement des symboles : elle manipule des vies. Des identités. Des engagements. Des fragilités parfois.
Protéger les données n’est pas “faire moderne”. C’est prolonger, autrement, une éthique de la protection.

Cela appelle des règles écrites, compréhensibles, transmissibles. Des responsabilités définies. Des durées de conservation. Des usages autorisés et interdits. Et, surtout, une formation continue : non comme une lubie technophile, mais comme une pédagogie du discernement.

Le signe des temps : même les obédiences forment désormais à ces sujets

Voilà une phrase qu’on aurait jugée improbable il y a quelques années : certaines obédiences forment à l’IA – ou, à tout le moins, organisent des conférences et des cycles publics sur ces transformations. La question numérique, désormais, n’est plus seulement technique : elle devient intellectuelle, politique, anthropologique.

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Je le dis avec prudence. Il prouve que le sujet (Franc-maçonnerie et Internet ) est sorti du bricolage individuel et entre dans le champ de la culture maçonnique, donc dans le champ de la méthode.

Alors, compatibles ?

En 2026, la réponse la plus honnête est paradoxale : oui, mais pas au sens où on l’entendait.

Oui, parce qu’Internet peut servir le parvis : diffusion culturelle, actions solidaires, mémoire, rayonnement, pédagogie civique.
Oui, parce qu’il peut servir le vestibule : organisation, entraide, mutualisation, sobriété des déplacements, lien maintenu.
Mais non, si l’on confond Internet avec une “solution” au cœur du Temple. Non, si l’on remplace la présence par le flux. Non, si l’on sacrifie le discernement à la facilité.

Et surtout non, si l’on appelle “discrétion” ce qui n’est que l’opacité. Car l’opacité attire le soupçon, le soupçon fabrique les clans, et les clans fissurent le chantier.

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Après l’IA… quoi d’autre ?

Si l’on veut conclure sans fermer, il faut ouvrir plus large. L’IA n’est qu’un seuil parmi d’autres. Après l’IA, il y aura, et il y a déjà, la question des identités numériques, des réputations automatisées, des espaces immersifs, des outils de surveillance diffus, des manipulations par l’image, des archives impossibles à effacer, et peut-être demain des ruptures techniques qui rendront obsolètes des protections actuelles.

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La Franc-maçonnerie a toujours vécu avec des révolutions de langage : imprimerie, presse, radio, télévision, réseaux. Chaque fois, le même défi : rester soi-même sans être immobile.


Internet, en 2026, n’est pas une menace en soi. C’est un matériau. La question n’est plus « compatible ? ». La question est : qu’allons-nous y construire – et avec quels garde-fous ?

Et, après l’IA, quoi d’autre ? Peut-être ceci, plus essentiel encore :

Comment préserver, dans un monde de simulacres, une expérience qui ne se télécharge pas, une expérience qui se vit, se taille, se polit, se transmet ?

Retrouvez les autres titres de Jiri Pragman

La Franc-maçonnerie : une éthique du libre arbitre ?

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« Dès l’instant où l’homme soumet Dieu au jugement moral, il le tue lui-même. Mais quel est alors le fondement de la morale ? On nie Dieu au nom de la justice, mais l’idée de justice se comprend-elle sans l’idée de Dieu ? Ne sommes-nous pas alors dans l’absurdité ? C’est l’absurdité que Nietzsche aborde de front. Pour mieux la dépasser, il la pousse à bout : La morale est le dernier visage de Dieu qu’il faut détruire, avant de reconstruire. Dieu alors n’est plus et ne garantit plus notre être : l’homme doit se déterminer à faire, pour être » Albert Camus (L’homme révolté. 1951)

Albert-Camus
Albert-Camus

Face à l’abstraction sartrienne, Camus demeure toujours une source de jouvence pour nous : l’homme n’est pas un « cerveau sur pattes » mais un être de désirs soumis à la problématique de la différence fondamentale avec l’autre. Camus pointe là, de façon décisive, ce qui est incompatible entre un désir d’unification sous la même idéologie et la culture du développement de la personnalité unique. Camus nous met devant la perspective philosophique d’un choix essentiel qui se pose depuis l’Antiquité : l’homme est-il objet et sujet d’un Principe créateur qui décide de son destin, de toute éternité (le « Serf Arbitre » de Luther), ou a-t-il « voix au chapitre » en mettant son droit au « Libre Arbitre » face au Principe et même à la limite contre lui, s’il juge que son comportement est ambivalent : le « Livre de Job », l’homme révolté de la Bible, en est un exemple typique. Comme s’il existait une règle de conduite, une morale issue de la « monarchie absolue » d’un Principe opposée à une démocratie porteuse d’une éthique, où le sujet existe puisque selon la théologie chrétienne « Dieu s’est fait homme, pour que l’homme devienne Dieu » ! Le judaïsme lui-même sera traversé par des courants importants, où le libre-arbitre prime sur la morale. Ainsi, Maïmonide, le grand penseur théologien et philosophe du 12em siècle écrit (1) :

« Tout homme a la possibilité d’être un juste ou un méchant, un sage ou un sot. Il n’est personne qui le contraigne ou prédétermine sa conduite, personne qui l’entraîne dans la voie du bien ou du mal. C’est lui qui, de lui-même, et en pleine conscience, s’engage dans celle qu’il désire ».

Un homme ne peut-être plus homme que les autres, parce que la liberté est semblablement infinie en chacun. Ainsi, il est l’être par qui la vérité apparaît dans le monde, sa tâche étant de s’engager totalement pour que l’ordre naturel des existants devienne un ordre des vérités : il doit penser le monde et vouloir sa pensée, puis transformer l’ordre de l’être en système des idées, devenir « ontico-ontologique » selon la formule de Heidegger. En fait, se reconnaître dans un courant humaniste, là où l’homme redevient, se ré-empare, comme sujet central de la création, en tenant le divin à distance. Les discussions autour de la question du libre arbitre verront bien entendu le jour dans un contexte religieux, mais se poursuivront à-travers les Libertins du 17em siècle, les Lumières, et la Libre Pensée des 19 et 20em siècle et, naturellement dans la Franc-Maçonnerie !

ERASME (1466-1536), CE LAÏC AVANT L’HEURE !

Érasme, par Quentin Metsys, 1517.

Nous assistons depuis quelques années maintenant, avec surprise et curiosité, à une véritable « démytologisation » des Lumières, y compris dans la Maçonnerie. Cette réflexion venant, en priorité, de philosophes et d’historiens (« de gauche » majoritairement !) qui, replaçant les Lumières dans une visée historique globale, en voient les limites et la gestion d’un patrimoine qui n’est qu’un héritage d’hommes et d’évènements qui étaient plus dangereusement impliqués qu’en cette fin du 18em siècle, dans le contexte d’une monarchie affaiblie et d’une pratique religieuse en voie de régression. L’historien Antoine Lilti, professeur au Collège de France, soulève par exemple le questionnement vis-à-vis de Voltaire (2) : « Alors qui est Voltaire ? l’adversaire résolu de tous les obscurantismes ou l’auteur de propos racistes, insensible aux drames de l’esclavage et hostile aux juifs ? Faut-il glorifier Voltaire ou déboulonner sa statue ? ». A cela s’ajoute l’ironie d’un discours hélas dépassé par l’échec de son application. Il n’échappe à personne désormais que les idées annoncées, aboutissant à 1789, n’étaient que la prise de pouvoir de la bourgeoisie sur la noblesse, avec une indifférence totale du paysannat, des artisans ou des gens de service. N’évoquons même pas l’hostilité envers les colonisés, les esclaves, ou les communautés minoritaires du pays ! Comme le bon vieux Karl Marx l’avançait, le célèbre « Liberté-Egalité-Fraternité » n’était que la demande d’ennoblissement de la bourgeoisie, d’être égale, reconnue, et acceptée fraternellement par elle. Ce que le génial Molière et son « Bourgeois Gentilhomme » avait déjà parfaitement perçu depuis longtemps. La Maçonnerie elle-même ne manquera pas de tomber dans le panneau : se voulant prendre racines dans l’idéal compagnonnique de la construction, elle instituera rapidement le grade de Maître (ce qui faisait plus entrepreneur qu’ouvrier de chantier !) et enfin, débouchera sur les titres de noblesse dans les « Hauts Grades ». La boucle de l’idéal de la bourgeoisie des Lumières, à laquelle appartenait la Franc-Maçonnerie, était bouclée !

Portrait d’Érasme par Hans Holbein d. J.-Kunstmuseum Basel

Mais, les thèmes qui vont réellement changer la société dans sa profondeur étaient, depuis longtemps développés, de façon directe ou plus discrète, en fonction d’une époque dangereuse et intolérante. Par exemple, dans le combat pour que l’homme puisse exercer son libre-arbitre et accéder ainsi, à terme, à la naissance de la laïcité, nous ferons allusion à Erasme, le prodigieux auteur de « L’éloge de la Folie » et de son combat. Cet humaniste conquérant, figure de proue de la révolution intellectuelle qui bouscule l’Europe de cette époque et qui va tenter de faire naître une troisième voie où l’homme est le centre de l’univers, face à deux courants théologiques qui s’affrontent avec violence : l’Eglise catholique à laquelle Erasme appartient de façon de plus en plus distante et le lutherianisme qui le sollicite avant l’affrontement sur le problème de la prédestination, sujet qu’il rejette au plus haut point, lui qui est influencé par le stoïcisme et le pélagianisme. Parcourant l’Europe qu’il rêve de voir unie dans la tolérance humaniste, le fragile enfant naturel d’un prêtre de Rotterdam, risquant sa vie parfois, va proposer de veiller à ce que le fanatisme soit maintenu aux lisières de la vie en commun.

Luther

La « Diatribe sive Collatio de Libero arbitrio », le libre arbitre, paraîtra en 1524, comme contestation à l’écrit de Luther sur le « Serf arbitre », où ce dernier défend la prédestination. Il marque la rupture entre le mouvement évangélique luthérien en plein essor et les divers courants de l’humanisme dont Erasme était alors le représentant le plus célèbre et le plus influent. Pour lui, l’homme n’est nullement impuissant dans l’oeuvre de sa destinée et ce, à titre personnel, grâce à sa propre réflexion. Sinon, à quoi servirait l’homme s’il n’était qu’un jouet dans les mains de Dieu ? Avec une prudence de bon aloi, il va même prendre distance vis-à-vis des « Ecritures saintes » : « S’il est patent que, dans la plupart des passages cités, la Sainte Ecriture est obscurcie par les tropes ou même se contredit, du moins à première vue, et que pour ce motif il faut bien çà et là s’écarter bon gré mal gré du sens littéral et interpréter le texte de façon mesurée, si enfin l’on a bien montré combien d’inconvénients, pour ne pas dire d’absurdités, découlent de la suppression radicale et définitive du libre arbitre » (Oeuvres Complètes d’Erasme. Texte sur le libre arbitre. Page 771). Mine de rien, Erasme nous dit qu’il ne peut y avoir ni lecture ni pensée en dehors du sujet lui-même, ni clergé qui en enseignerait l’interprétation obligatoire !

Avec un peu d’ironie de type erasmien, nous ne ferons qu’une allusion discrète, sur nos FF. et SS. qui, s’attribuant le rôle de « Grands Prêtres », deviennent les défenseurs fanatiques de l’interprétation du rituel. Le leur, naturellement !

LA FRANC-MACONNERIE : LE CHOIX DU LIBRE-ARBITRE COMME ETHIQUE FONDAMENTALE.

Durant une très longue période, l’Église catholique enseigna que morale et éthique étaient similaires. Ceci pour avancer l’idée que l’Église et sa morale était l’héritière et la prolongation du monde antique (l’éthique philosophique). D’où la nécessité pour la théologie d’inclure dans son cursus la philosophie, en faisant un tri des textes ! Ce n’est qu’à partir de la Renaissance et de l’Humanisme qu’il va y avoir un vrai retour vers la philosophie, incluant les textes censurés par l’Église et le recentrage sur l’homme.

André Comte-Sponville

Bien entendu, l’éthique suppose, comme le laisse entendre les philosophes de l’Antiquité, à la fois un savoir théorique (« Sophia ») et une pratique (« Phronesis »). L’un ne va pas sans l’autre, comme le suggère André Comte-Sponville : « Le sage pense sa vie et vie sa pensée ». L’homme qui tente de cheminer dans l’éthique prend le monde comme il est et qui aime et désire le monde tel qu’il est, même s’il est engagé dans la défense de l’altérité d’autrui et de son propre libre-arbitre. L’un des grands adversaires auquel le « cheminant » va avoir à s’affronter dans notre époque chaotique est le développement de l’allergie aux autres avec, précisément, le renforcement d’une morale servant de rempart vis-à-vis des autres, comme s’ils devenaient un facteur d’infection, une sorte de Covid-19. A ce propos, Emmanuel Lévinas écrit (3) écrit : « la philosophie occidentale coïncide avec le dévoilement de l’Autre, où l’Autre, en se manifestant comme être, perd son altérité. La philosophie est atteinte, depuis son enfance, d’une horreur de l’Autre qui demeure Autre, d’une insurmontable allergie ». Levinas nous suggère de revenir à ce que les grands théoriciens russes appelaient la « désomatisation du réel », pour que tout redevienne étonnant !

Le piège est naturellement l’inflation du « Moi », alors que l’identité est toujours une fiction ; nous sommes tous une succession de personnages que nous incarnons avec plus ou moins de bonheur. Le narcissisme est nécessaire à la survie du sujet s’il ne devient pas envahissant. Un humoriste raconte : « C’est tardivement qu’elle me fit prendre conscience de mes dons incontestables de thaumaturge : un grand nombre de sujets, victimes de l’insomnie, se mettaient à dormir profondément en m’écoutant parler. Peu importe les thèmes d’ailleurs. Deux marchent particulièrement bien et j’hésite toujours entre le Concile de Nicée de 325, ou la musicalité dans les écrits de Pascal Quignard ! En fait, mes conférences devraient être remboursées par l’assurance maladie… ». Belle, sainte et saine auto-dérision !

Un autre danger menace la Maçonnerie actuelle : une volonté d’imposer une morale de type religieux et son catéchisme au détriment d’une éthique philosophique soucieuse de l’ouverture à l’autre dans son altérité et sa pratique de la libre interprétation. Il faut avouer que la visite de certains lieux maçonniques font penser quelquefois avec effroi à des pratiques sectaires ! Etrange confrontation entre la chapelle et le jardin d’Epicure !

Quelle serait la bonne pratique vers laquelle tendre pour tenter d’avoir une attitude éthique ? Sans doute celle du partage de notre même nature et l’abandon de la ridicule soif de pouvoir au profit du service de mon « Nebenmensch », mon prochain, quand l’urgence s’en présente. Dans « La pratique du Bodhisattva », Shantideva, un mystique indien bouddhiste du VIIIe siècle, déclare au troisième chapitre de son livre :

« Puis-je être un gardien pour ceux qui n’en ont pas,
Un guide pour tous ceux qui voyagent sur la route,
Puis-je devenir un bateau, un radeau ou un pont
Pour tous ceux qui désirent traverser l’eau.
Puis-je être une île pour ceux qui désirent accoster,
Et une lampe pour ceux qui souhaitent la lumière,
Puis-je être un lit pour ceux qui ont besoin de repos,
Et un serviteur pour tous ceux qui vivent dans le besoin »

Pas mal comme programme éthique non ?!

EN TOUT CAS BONNE ANNEE 2026 !

NOTES

(1) Lukusa Martin : La recherche de la Sagesse façonne notre avenir. Revue théosophique Le Lotus Bleu. Paris. 2025. N° 10 (Page 193)

(2) Lilti Antoine : Voltaire est le nom propre de notre rapport ambivalent aux Lumières. Paris. Journal « Le Monde » du 31 décembre 2025 (Page 21).

(3) Lévinas Emmanuel : En découvrant l’existence avec Husserl et Heidegger. Paris. Ed. Vrin. 1949. (Page 263).

 BIBLIOGRAPHIE

  • Duteil Jean-Pierre ; Erasme. Paris. Ed. Ellipses. 2019.
  • Erasme : Oeuvres Complètes. Paris. Ed. Robert Laffont. 1992.
  • Freud Sigmund et Pfister Oskar : Correspondance de Sigmund Freud avec le pasteur Pfister (1909-1939). Paris. Ed. Gallimard. 1969.
  • Goulyga Arsenij : Emmanuel Kant-Une vie. Paris. Ed. Aubier. 1985.
  • Lacan Jacques : L’éthique de la psychanalyse. Le Séminaire. Livre VII. Paris. Ed. Du Seuil. 1986.
  • Lévinas Emmanuel : Totalité et infinie. Essai sur l’extériorité. Paris. Ed. Livre de Poche. 1990.
  • Misrahi Robert :La signification de l’éthique. Paris. Ed. Les empêcheurs de penser en rond. 1995.
  • Zweig Stefan ; Erasme. Grandeur et décadence d’une idée. Paris. Ed. Livre de Poche. 1935.

Prenez place, mes Frères

Aux agapes, un Frère provoque : « Tout n’est pas important dans le Rituel…
– Donne un exemple….
– Euh !!! Prenez place, mes Frères. On aurait aussi bien pu dire : asseyez-vous. »
Ce qui suit devrait donner à réfléchir à notre Frère par trop impertinent.

« Prenez place, mes Frères » est une toute petite phrase qui n’est prononcée que par le Vénérable Maitre. Elle s’adresse à tous, sans exception. Et le Vénérable Maitre, me direz-vous ? Pourquoi ne dirait-il pas plutôt « prenons place, mes Frères », afin d’être lui aussi concerné ? En fait, c’est le Rituel qui s’exprime en empruntant sa voix, et le message s’adresse à tous les francs-maçons, Vénérable Maître compris.

Prendre place dans la Tenue qui s’ouvre, comme sur le chemin initiatique :

C’est la tête pleine des tumultes de la société, des paillettes scintillantes de multiples tentations, des souffrances infligées par des humains à d’autres humains, que je me dirige vers le Temple. Déjà, la bonne chaleur des Frères retrouvés atténue la fureur de la vie. Très vite, le silence se fait. Je me mets à l’ordre. Et dans ce silence, un coup de maillet retentit, me tirant de ma torpeur, agissant comme un réveil, mon réveil dans un autre monde fait de travail introspectif et de recentrage. J’ai juste le temps de penser « Ordo ab Chao », et une parole forte, courte, courte comme notre Rituel les aime, s’élève : Prenez place, mes Frères.

Je suis à l’ordre. Extérieurement, c’est une attitude quasi-militaire que les Surveillants vont contrôler. Intérieurement, et c’est en fait ce qui est important, ma mise à l’ordre relève d’une démarche intime, exigeante et que je suis le seul à pouvoir contrôler. Si je suis en « des-ordre », mes Frères pourront m’aider mais je suis seul, face à moi-même (le miroir) pour agir. Pour prendre ma juste place, il me faut me connaitre, connaitre qui je suis et pour prendre ma bonne place, il me faut me corriger, me bonifier, me rectifier. Une place juste et bonne, comme dans la philosophie des grecs anciens. Immense chantier !

C’est pour cet immense chantier que je suis devenu Franc-maçon. Et, d’entrée de jeu, j’ai eu à ma disposition des outils rationnels. Par exemple, le fil à plomb : avec un vil métal, je peux tout de suite connaitre la verticale. Avec ce qui est en moi, peu importe qu’il n’y ait pas (ou pas encore) de parties nobles et précieuses, je peux construire ma verticalité. La franc-maçonnerie, avec la mise à disposition d’outils rationnels m’enseigne que je dois ouvrir le chantier sans attendre, que je peux commencer à construire mon Temple intérieur, sans attendre. Attendre quoi, d’ailleurs !

Très vite, je construis, je bâtis, je maçonne, et des murs commencent à s’élever, structurant mon Temple. Mais je fais face à des contradictions : par exemple, je dois laisser pénétrer la Lumière. Il faudrait déplacer des murs. Dans un monde rationnel, déplacer des murs n’est pas simple du tout. Mais dans un monde symbolique, c’est immédiat. Je décide, et le mur est … déplacé.

Il me faut donc lâcher prise avec le rationnel, la raison raisonnante et emprunter la voie du symbolisme, de l’analogique, cette pensée qui chemine parallèlement à la logique mais avec une dose de transcendance et d’immanence, avec une élévation qui échappe aux lois purement terrestres.

C’est ainsi que je vais commencer à me connaitre, commencer à me rectifier, pour occuper une place juste et bonne. Mais les outils rationnels vont bientôt limiter ma progression, voire me trahir et bloquer ma construction. C’est pourquoi, sans m’interdire ce chemin, je dois également emprunter d’autres chemins. Au soir de mon initiation, accomplissant différents voyages et avec l’aide de mes nouveaux Frères, j’ai pu constater que je pouvais cheminer dans le noir, et que les obstacles et les tumultes pouvaient s’estomper progressivement. Ce n’était pas la raison raisonnante qui me guidait, mais mes ressentis, mes impressions et la chaleur communicative des Frères. Je voyageais le cœur léger, et plus je voyageais et plus mon cœur s’allégeait. C’est donc avec tout ce que je ressens comme avec l’émoi de mon cœur que je dois me connaitre, que je dois me construire et me rectifier. Et ainsi, j’irai beaucoup plus loin et beaucoup plus profondément que la simple raison.

Bijou du 2e Surveillant
Bijou du 2e Surveillant

Toujours au soir de mon initiation, j’ai été nommé Apprenti et rattaché au Second Surveillant et à l’un des piliers de soutènement du Temple qui se nomme Beauté. Que pouvais-je bien faire avec la Beauté ? En quoi était-elle sur le chemin de ma construction ?

Rechercher la Beauté, c’est solliciter mon aptitude à l’émerveillement, au dépassement. Faire Beauté dans mes sentiments résulte de ma capacité à les revisiter, de mon aptitude à les remettre en cause pour qu’ils renaissent plus nobles encore, de ma volonté de tuer mes mauvaises passions.

Enfin, mon sens du sacré, voire du divin, a bien peu à voir avec les faits et la raison, mais relève essentiellement du Beau, c’est-à-dire de « quelque chose qui frappe par son énigmatique splendeur, qui éblouit et subjugue » (1). Ma spiritualité est inhérente à la place que j’occupe, elle est un élan qui transcende ma condition, un élan plus grand que moi, la recherche d’un absolu qui s’échappe à moi : « pourquoi y-a-t ’il quelque chose plutôt que rien » (2). Quant à mon âme, elle ne se définit pas : elle se ressent. A un moment particulier ou pas, en un lieu symbolique ou pas, fermons les yeux et pensons à un être disparu que nous avons beaucoup aimé, que nous aimons. Bientôt, nous ressentons sa présence, sa douce chaleur. Nos âmes sont en harmonie …..

Prendre ma juste place est l’œuvre de ma vie maçonnique. En fait, cette juste place se dérobe souvent à moi. Mais m’en rapprocher nécessite pour moi de me mobiliser à la fois sur le plan personnel (Temple intérieur), sur le plan collectif (Loge) et sur le plan universel (Temple cosmique). Mon esprit, mon cœur et mon âme sont mobilisés définitivement pour cette juste place.

A chaque formule : Prenez place, je prends une place légèrement différente du fait de ce que je viens d’apprendre, de comprendre, de partager, et à chaque formule : Prends place, cette fois-ci au singulier, je prends une place nouvelle car j’ai pu progresser aux yeux de mes Frères comme à mes propres yeux. Ces changements infinitésimaux se marquent souvent par un regard, un sourire…

Prendre place dans la Loge

Il y a bien sur les Offices qui ont des places prédéfinies. L’ensemble du dispositif est important pour la circulation de la parole et bien plus encore pour la circulation des énergies (ce sujet, à lui seul, mérite une planche). Mais la place de chaque Office n’a de sens que dans la mesure où chaque Officier connait réellement le poste. Plus, la personnalité de chaque Officier doit apporter uneforce, une amplitude à l’Office qu’il occupe. Là encore, l’Expert peut exercer un contrôle externe. Mais, en profondeur, l’Officier reste seul face à lui-même (encore le miroir).

L’unité de la Loge relève à la fois d’un ordre, c’est le Rituel, et d’un liant, c’est la Fraternité. Et c’est avec le Rituel et la Fraternité que je dois trouver ma place, prendre place dans ma Loge. A ma place, je vais ouvrir mon esprit, m’ouvrir au souffle de l’esprit, qui ne s’exprime pas tant par la parole de chacun, que par le silence qui précède et qui suit toute parole.

A ma place, dans ma Loge, je vais parfois remarquer la faiblesse, l’errement, le dés-ordre de tel ou tel Frère. Je ne peux le juger, encore moins le condamner, car je dois regarder cette faiblesse à l’aune de ma propre part d’ombre, sans concession. Il me faut surtout apprendre à aimer, et plus difficile encore, apprendre à me faire aimer.

Le mythe du voyageur, du pèlerin, du passeur se retrouve à tous les degrés de la maçonnerie. Il est consubstantiel du Franc-maçon. Mais alors, est-il en opposition avec le fait de prendre sa place ? Non, car prendre sa place ne signifie surtout pas creuser son trou, s’enraciner. Je ne veux pas prendre racine (ce qui est statique) mais je veux promener mes racines avec moi (ce qui est dynamique).

Prendre place dans le monde profane

L’un de nos Devoirs est de porter au-dehors l’œuvre commencée dans le Temple ….. Ma place profane va progressivement, et de plus en plus, dépendre de mon chemin initiatique : non pas en affichant mon appartenance (le secret reste ma meilleure protection contre l’égotisme et les sollicitations grisantes), mais parce que je vais savoir dans la discrétion prendre ma juste place.

N’ais-je pas, en revisitant ma carrière professionnelle, ma vie personnelle et familiale, noté un infléchissement dans la façon de me placer, de me comporter ? et mes proches n’ont-ils pas, au fil du temps, remarqué un rapport différent à l’autre, aux autres ? Et pourquoi ces évolutions ? Parce que je suis devenu Franc-maçon, et ma transformation progressive a changé la place que j’occupe.

Je ne dois pas m’arrêter devant l’insondabilité de mes turpitudes,devant l’immensité de ce qui est à rectifier. J’ai attaqué mon MOI pour en réduire les aspects les plus égotiques et le faire, un peu, glisser vers un Soi universel et spirituel. J’entends ne pas être dupe de ma situation, de mon « être », et c’est dans cet état d’esprit que je prends place, pas trop loin de ma juste place.

Prendre place, prendre ma place, est l’œuvre de toute ma vie, maçonnique et donc profane. Et comme ma place évolue sans cesse, c’est un ajustement permanent. Et

« seule la place qui dissout les conflits profanes, délivre des pulsions vulgaires, seule la place où nous avons conscience de l’harmonie universelle, de la beauté des lois de l’ordre cosmique est une place juste ».

(3)
  • – François Cheng « Cinq méditations sur la Beauté ».

Dans le même ordre d’idée, Oscar Wilde écrit : La Beauté est le symbole des symboles. Elle révèle tout car elle n’exprime rien.

  • – La formule est de Leibniz.

Dans un premier temps, la formule était : « Pourquoi y-a-t ’il plutôt quelque chose que rien ? », ce qui relativisait le côté factuel du « quelque chose ».

Par la suite, les traducteurs de Leibniz ont déplacé le terme « plutôt ».

  • – Alain Pozarnik.

Dans « Mystères et actions du Rituel d’ouverture en loge maçonnique », il consacre quatre belles pages (p.19 à 23) à la formule : Prenez place, mes Frères.

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Le mythe de la Création est dépassé… vive l’astrophysique moderne

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De notre confrère radiofrance.fr – avec Isy Morgensztern, enseignant, auteur et réalisateur

La création du monde est relatée dans des récits bibliques et coraniques pour ce qui est du monothéisme abrahamique. Simplement, la cosmogonie religieuse défendue par les créationnistes demeure bien naïve au regard de l’astrophysique moderne.

Judaïsme, christianisme et islam  affirment tous l’existence d’un Dieu unique, transcendant et créateur. La création volontaire du monde par Dieu n’a donc pas été le fruit du hasard ou d’un combat entre divinités et ce qui relie les récits de la création dans la Bible et le Coran, c’est donc une vision commune du monde : un univers créé par un Dieu unique, ordonné, porteur de sens, et dans lequel l’être humain a une place centrale. Toutefois, la cosmogonie religieuse défendue par les créationnistes demeure bien naïve au regard de l’astrophysique moderne – non parce qu’elle est religieuse, mais parce qu’elle ignore les méthodes, les preuves et les échelles sur lesquelles repose la science contemporaine. Science et religion peuvent coexister, mais seulement si chacune reste dans son domaine : l’une explique le comment, l’autre s’interroge sur le sens en recourant à un langage imagé pour exprimer des vérités théologiques.

Le philosophe Isy Morgensztern viendra expliquer ce qui serait une exégèse allusive, métaphorique, symbolique et allégorique.

Notre invité, enseignant, auteur et réalisateur, a été membre des équipes fondatrices de Libération et d’Arte. Il est notamment l’auteur des documentaires La Bible dévoilée (avec Thierry Ragobert, France 5 et Arte, 2005) et L’Aventure monothéiste (France 2, 2009). Il a également enseigné la philosophie et l’histoire des religions dans le cadre du CIREJ, centre de recherche auprès de l’université de Toulouse-Le-Mirail. Son livre, L’Aventure monothéiste  – judaïsme, christianisme, islam : ce qui les rapproche, ce qui les distingue, est toujours disponible en poche aux Editions La Découverte.

Le Grand Chapitre Général du Rite Français du GODF conjugue tradition initiatique, engagement civique et laïcité active

Au Grand Orient de France, là où près de 85 % des Loges bleues travaillent le Rite Français, le Grand Chapitre Général du Rite Français ne se contente pas de prolonger un parcours : il l’actualise, l’organise, le met en mouvement. Entre tradition initiatique et exigence civique, la dynamique portée par Philippe Guglielmi et Jean-Francis Dauriac dessine une juridiction qui n’administre pas seulement des Ordres de Sagesse. Elle fabrique du commun, par la méthode, la recherche, la transmission, et par une défense active et assumée de la laïcité.

Il y a des juridictions qui travaillent dans le silence, mais un silence habité ! Celui des ateliers où l’on n’empile pas des « titres » mais où l’on cherche à donner de la profondeur à ce qui, en loge bleue, a déjà posé la charpente.

Le Grand Chapitre Général du Rite Français du Grand Orient de France appartient à cette famille-là.

GCG-RF-GODF,-bannière

Quand le Rite Français prend de la hauteur : des Ordres de Sagesse à l’outil républicain

Une juridiction dont l’activité, depuis plusieurs années, manifeste une double ambition rarement tenue ensemble avec autant de constance : préserver une tradition initiatique et outiller la conscience civique quand l’époque tend à dissoudre, caricaturer ou instrumentaliser ce qui fait République. Et c’est précisément parce que l’on parle ici du Rite Français que la question n’est pas marginale. Dans les Loges bleues du GODF, le Rite Français est, de loin, la pratique la plus largement partagée : les sources disponibles situent cette prédominance autour de 85 % des loges. Autrement dit : quand le Grand Chapitre Général du Rite Français bouge, c’est une part massive du paysage initiatique du GODF qui se met en mouvement par prolongement, par résonance, par appel d’air.

Une juridiction : non pas « au-dessus », mais « au-dedans » de la méthodeLes hauts grades du Rite Français sont aujourd’hui couramment désignés comme Ordres de Sagesse : ils prolongent et approfondissent le parcours symbolique au-delà des trois grades, dans une continuité historique liée au Grand Orient et à ses tentatives d’unification et de clarification des systèmes au XVIIIe siècle. Le point n’est pas d’entrer ici dans une érudition sèche, mais de rappeler une idée simple : le Rite Français n’ajoute pas un monde, il densifie le même monde. Il propose un autre angle, une autre chambre d’écho, une autre façon d’éprouver les mêmes exigences : discernement, mesure, responsabilité. C’est là que le Grand Chapitre Général du Rite Français du GODF assume sa vocation propre : tenir ensemble l’initiatique et le politique au sens noble, sans les confondre. Tenir ensemble l’intériorité, ce que le symbole travaille en nous, et l’architecture du commun, ce que la laïcité protège pour tous. Ce n’est pas un slogan : c’est une ligne de crête. Et c’est précisément cette ligne que l’on voit se dessiner, année après année, dans les travaux et les initiatives qui nous sont parvenus.


Philippe Guglielmi : une dynamique de consolidation, de rayonnement, de cohérence

Philippe-Guglielmi,-Très-Sage-&-Parfait-Grand-Vénérable

La dynamique actuelle porte un nom, une signature, une manière : Philippe Guglielmi, Très Sage & Parfait Grand Vénérable du Grand Chapitre Général du Rite Français du Grand Orient de France. Ce qui frappe, dans cette orientation, c’est le refus de la posture. On ne « célèbre » pas le Rite Français comme un monument : on le met au travail, et l’on s’oblige à en tirer des effets concrets. Dans une époque où les institutions se fragilisent par manque de lisibilité, la juridiction donne au contraire à voir une gouvernance qui s’organise, se raconte, se déploie, sans trahir l’esprit. Le Rite Français, ici, devient une discipline du réel : non pas une adaptation opportuniste, mais une fidélité active. Une fidélité qui n’a de sens que si elle se prouve par l’acte : soutenir les chapitres, transmettre, publier, ouvrir des espaces d’étude, et relier l’initiation aux fractures contemporaines sans céder aux simplifications.

Jean-Francis Dauriac : la recherche comme chantier et non comme vitrine

Jean-Francis Dauriac

Cette volonté de travail se cristallise dans un organe essentiel : le Chapitre National de Recherche (C.N.R.). Et c’est ici qu’entre pleinement en scène Jean-Francis Dauriac, Président du Chapitre Nationale de Recherche (C.N.R.) et Grand Secrétaire aux Affaires Intérieures (développement et communication) du Grand Chapitre Général du Rite Français du GODF, par ailleurs Préfet du Vᵉ Ordre du Rite Français.

Dans son texte de vœux 2026, il décrit une méthode : avancer par publications, maintenir un fil de cohérence, croiser des regards, et surtout éviter deux pièges symétriques : figer les valeurs comme des dogmes de musée, ou les diluer au nom d’un modernisme sans ossature. Il dit même l’ambition avec une précision philosophique rare dans nos échanges institutionnels : dégager des « lignes de crête » pour que la tradition reste une force d’orientation plutôt qu’une nostalgie. Cette phrase, à elle seule, dit l’esprit du CNR : une fidélité qui n’est pas répétition, mais ré-engendrement. Les Lumières ne sont pas un dépôt transmis par héritage : elles sont une puissance de produire du neuf, si l’on sait en retrouver la matrice. Et le Rite Français redevient alors ce qu’il fut à son origine : un laboratoire de raison, de tolérance et de liberté de pensée.

2026 : « Transmission, évolutions, actualisations »– un programme qui dit une stratégie

Le C.N.R. inscrit son année 2026 sous un triptyque net :

« Transmission, évolutions, actualisations ». Tel un cap et surtout un calendrier.

Et ce triptyque prend corps dans une série de visio-conférences thématiques qui, chacune, met à l’épreuve une question brûlante du temps présent, sans jamais quitter l’axe initiatique. Samedi 10 janvier 2026 (09h30–12h30) : La place de la femme dans les découvertes scientifiques avec Katel Grabowska, puis La Science : entre transmission et découvertes avec le Pr Jean-Paul Escande. Samedi 14 février (10h–12h30) :

Gérard Contremoulin – Source Groupe Guy Trédaniel

L’interprétation des symboles et rituels avec Gérard Contremoulin, puis L’évolution de l’école face aux contradictions de la société avec Jean-Paul Delahaye. Ce choix de séquences n’a rien d’anecdotique : il tisse une ligne continue entre science, symbolique, éducation et société. En termes initiatiques, on pourrait dire : le C.N.R. ne quitte pas le Temple, il s’assure que le Temple n’oublie pas la cité.

Lisbonne : la laïcité comme pilier républicain, et comme exercice de méthode

Le dossier « Lisbonne » est, à cet égard, un jalon majeur. Il ne s’agit pas seulement d’un événement : c’est un signal international. La 3ᵉ édition de l’Université du Rite Français (Grand Chapitre Général du Portugal – Rite Français) s’est tenue le 15 novembre 2025 sur le thème : « La laïcité, pilier de la République ». On y lit une matière dense : analyses comparées, scénarios européens, tensions contemporaines, et surtout une proposition très forte : la laïcité ne renvoie pas à un modèle unique, mais à un horizon de régulation qu’il faut sans cesse traduire selon les histoires nationales.

Armes de la ville de Lisbonne

La contribution d’Aline Kotlyar (GCGRF-GODF / C.N.R.) va plus loin : elle rappelle que la méthode maçonnique, au Rite Français, construit le commun non par vérité révélée, mais par une circulation réglée de la parole, qui empêche qu’une voix se fasse Loi. Et elle ajoute une idée décisive pour notre époque saturée d’images : la liberté de conscience doit aussi protéger contre les récits hégémoniques qui imposent une manière unique de voir le monde, jusqu’à rendre le réel « préfabriqué ». Ici, la laïcité n’est pas seulement un principe juridique : elle devient un exercice de lucidité. Et l’initiation, une école du déconditionnement.

Le monde de l’image : François Belley, ou la pédagogie de la lucidité

François-Belley-Babelio

La même veine traverse la communication de François Belley, présentée en séance plénière du CNR. Il commence par une exigence : la transparence sur « d’où l’on parle ». Publicitaire, donc fabricant de narratifs, il décrit un monde où chacun cadre, recadre, oriente, donne de l’effet au réel. Le maçon reconnaît immédiatement le danger : non pas l’image en elle-même, mais l’image quand elle se prend pour le réel, quand elle anesthésie l’esprit critique. Belley pointe ensuite les défis : reconquérir vérité, raison, humanité, dépasser la polarisation, lutter contre l’auto-censure, et réveiller un élan vital irréductiblement humain. On comprend alors pourquoi le CNR travaille la question : parce que l’initiation, au fond, n’est pas un refuge contre l’époque, mais un outil pour y demeurer libre.


Renaud Dély : journalisme, liberté de la presse, et défense de l’idéal démocratique

Renaud-Dély

Ce qui fait la cohérence de l’ensemble, c’est que la réflexion n’est pas déconnectée de la cité. La contribution de Renaud Dély, donnée elle aussi en séance plénière du CNR, pose un lien direct entre liberté de la presse et idéal démocratique. Son portrait du journaliste, prospecteur, défricheur, pédagogue, transmetteur, « historien de l’instant », résonne particulièrement avec la logique initiatique : chercher, vérifier, extraire du sens du chaos, donner perspective et hauteur. Dans une époque où l’information devient un champ dérégulé, où l’émotion concurrence le fait, où la narration prime sur la vérification, ce rappel est plus qu’un discours : c’est une hygiène du jugement. Et l’on voit se dessiner une triangulation féconde : laïcité, presse libre, méthode initiatique.

Le Prix National de la Laïcité : la « Marianne des actes », ou la République du courage

14ᵉ Prix National de la Laïcité du Grand Chapitre Général du Rite Français du GODF, les-récipiendaires

C’est dans cette perspective qu’il faut relire la dernière grande manifestation portée par le Grand Chapitre Général du Rite Français : le 14ᵉ Prix National de la Laïcité, sous le signe de « la Marianne des actes » et de « la République du courage ». L’événement dit exactement ce que la juridiction cherche à tenir : honorer des actions, distinguer des engagements, rappeler que la laïcité n’est pas un marqueur identitaire mais une protection active de la pluralité des consciences. Le fait que le jury soit présidé par un journaliste comme Renaud Dély, dans ce contexte, prend valeur de symbole : la laïcité, pour rester vivante, a besoin de contre-pouvoirs, de vigilance, d’intelligence du réel. Et la présence constante de Philippe Guglielmi dans cette architecture confirme la cohérence d’ensemble : une juridiction initiatique qui refuse l’entre-soi et assume une responsabilité républicaine, sans jamais renoncer à sa méthode.

Temple-ArtHur-Groussier,-fresque

Ce que révèle, au fond, cette séquence : une juridiction « opérative » au sens initiatique

Pris ensemble, programme 2026, travaux sur l’image, réflexion sur la presse, séminaire de Lisbonne, Prix de la Laïcité, ces documents dessinent quelque chose d’assez rare : une juridiction qui ne se contente pas d’« exister », mais qui agit. Au sens initiatique, on pourrait dire : le Grand Chapitre Général du Rite Français du GODF travaille à ce que la Franc-Maçonnerie ne soit pas seulement un discours sur la lumière, mais une discipline de la lumière : lumière comme lucidité face aux récits, lumière comme méthode de parole qui empêche la captation du sens, lumière comme engagement laïque qui garantit à chacun la liberté de conscience, lumière comme transmission, sans fixisme ni dilution.

Et c’est peut-être cela, la singularité du moment : dans un monde qui pousse à choisir entre tradition figée et adaptation sans colonne vertébrale, le Rite Français, par sa structure a-dogmatique, offre une troisième voie : l’actualisation fidèle.

Le lecteur profane y verra des conférences et des prix. Le maçon y reconnaîtra autre chose : une manière d’empêcher que le monde extérieur n’envahisse le Temple sous forme de slogans, et une manière d’empêcher que le Temple se retire du monde en se réfugiant dans l’abstraction.

C’est, au fond, une politique du symbolique : non pas la politique partisane, mais la politique du commun, celle qui veut encore rendre possible, entre nous, la construction d’un espace où nul ne règne sur la conscience d’autrui.


Dans le tumulte des images, des opinions et des crispations, le Grand Chapitre Général du Rite Français du GODF rappelle une évidence que l’initiation n’abandonne jamais : la République ne tient pas par incantation, mais par méthode.

Et quand une juridiction de hauts grades assume, sans posture, la transmission, la recherche et la laïcité comme des actes, elle ne commente pas le monde : elle contribue à le rendre habitable.

GCG Rite Français GODF

Tenir l’Ordre sans se prendre pour l’Ordre : la leçon de Yoda

Dans Star Wars, « Grand Maître Jedi » ne devrait jamais être lu comme un grade qui s’ajoute, mais comme une fonction qui pèse. Un point de gravité plus qu’un piédestal. Une charge de cohérence, confiée à celui qui a appris à durer, à discerner, à se retirer au bon moment. La question « comment Yoda a-t-il accédé à ce titre ? » revient aujourd’hui dans le débat grand public, et elle touche juste. Parce qu’elle nous ramène, au fond, à une interrogation très terrestre. Quand une tradition dit « Grand Maître », parle-t-elle d’un pouvoir… ou d’une responsabilité ?

Yoda en décor maçonnique

Il y a deux manières d’entendre le mot « Grand »

La première est profane. Elle imagine une grandeur d’autorité, une hauteur d’où l’on domine.

La seconde est initiatique. Elle comprend la grandeur comme une intensification de l’exigence, le « Grand » comme ce qui oblige davantage, ce qui contraint l’ego à se taire pour que l’esprit de l’Ordre passe.

Or Yoda, précisément, est présenté dans les sources officielles comme l’inverse d’un homme de posture

Petit en taille, mais wise and powerful (sage et puissant), formateur sur la durée, et figure qui a traversé des âges entiers de l’Ordre Jedi. StarWars.com rappelle qu’il a entraîné des Jedi pendant plus de 800 ans et qu’il a joué un rôle décisif dans des moments de crise et de transmission.

Yoda n’a pas, à proprement parler, de devise

Il n’en a pas besoin pour « asseoir » quoi que ce soit – surtout son autorité qui est toute naturelle –, parce que sa parole n’est pas une étiquette mais une conséquence. Il a, mieux qu’une devise, des formules qui éprouvent celui qui les entend. Ainsi « Do. Or do not. There is no try. », soit « Fais-le ou ne le fais pas. Il n’y a pas d’essai » n’est pas un slogan mais bel et bien une ascèse qui coupe court aux alibis et ramène l’action à sa vérité.

Et l’Ordre, lui, tient son propre rappel intérieur, presque une devise collective, comme un chant de tenue. Mais au fond, la mesure ne vient jamais de la phrase. Elle vient de l’homme qui consent à la vivre.
Ce n’est pas un CV, c’est une leçon : la légitimité vient moins de l’éclat que de la continuité tenue.

Une hiérarchie de maturation, pas une échelle d’ego

On se trompe quand on plaque sur les Jedi une logique de carrière. Les synthèses récentes insistent sur la progression de formation : younglings, puis padawans, puis chevaliers, puis maîtres, et enfin, au sommet, les plus sages qui assument les charges les plus hautes.

Yoda, Grand Maître…

Mais le point le plus parlant est ailleurs

Au tout début du chemin, l’univers Star Wars nomme explicitement le premier état Initiate.

Le mot est précieux, parce qu’il dit que la transmission n’est pas seulement une accumulation de techniques. Elle commence par le seuil, par une entrée tel un consentement.

Et c’est là que ton miroir initiatique s’allume naturellement. Car une tradition vivante sait ceci : avant de savoir, il faut se rendre disponible. Avant de parler, il faut apprendre à écouter. Avant d’« agir », il faut se laisser former. L’initiation n’est pas l’admission dans un club, c’est l’acceptation d’un travail sur soi, avec sa lenteur, ses reprises, ses chutes et ses rectifications.

Grand Maître et Master of the Order : deux centres, deux natures

Yoda, franc-maçon de l’univers et des extraterrestres

L’autre point qui mérite d’être clarifié, parce qu’il nourrit beaucoup de contresens, est la différence entre la charge de tête de l’Ordre et la gouvernance du Conseil.

Des synthèses de référence (côté « canon » vulgarisé) distinguent le Grand Maître, perçu comme la tête de l’Ordre, et le Master of the Order, rattaché au pilotage du Haut Conseil. Même si la terminologie varie selon les époques éditoriales (canon, Legends, livres de référence), l’idée structurante est limpide :

  • d’un côté, la fonction d’horizon (tenir l’esprit, rappeler la finalité, incarner une ligne morale) ;
  • de l’autre, la fonction d’animation (présider, arbitrer, organiser, représenter).

Et ici, Star Wars est plus fin qu’on ne le croit. Parce qu’il montre un danger classique : quand une institution confond la boussole et le gouvernail, elle fabrique soit de la bureaucratie sans âme, soit du charisme sans règle. Or une tradition ne se maintient que si elle sait séparer le principe et l’outil, l’esprit et l’administration… puis les réaccorder.

Alors, « comment Yoda y est arrivé » ?

La réponse la plus juste est paradoxale : il n’y arrive pas comme on obtient une récompense. Il y est reconnu comme on reconnaît une évidence patiente. Le papier grand public qui relance la question insiste justement sur ce triptyque : sagesse, expérience, leadership, mais il faut entendre ces mots au sens austère, presque ascétique : sagesse comme retenue, expérience comme durée, leadership comme service.

Yoda Grand Maître, c’est le moment où l’Ordre dit à l’un des siens

« Tu ne représentes plus seulement une compétence. Tu représentes une mesure. »
Et cette mesure n’est pas une neutralité tiède. C’est un art de trancher sans se prendre pour le tranchant. Un art de décider sans faire de la décision un miroir narcissique.

On comprend mieux alors pourquoi le titre fascine : il met à nu une vérité que beaucoup d’institutions préfèrent masquer. Plus tu montes, moins tu « gagnes ». Plus tu montes, plus tu « dois ».


Un vrai Grand Maître n’est pas un sommet : c’est un point d’équilibre.

Ce que Star Wars dit de la fragilité des traditions

Le récit Jedi porte aussi une mise en garde. Le Temple peut être grand, le Conseil peut être prestigieux, le vocabulaire peut être splendide : si la transmission se fige, tout se renverse.
Le drame des Jedi, c’est qu’ils finissent parfois par croire que leur continuité est garantie par leur statut. Or aucune tradition n’est sauvée par ses titres. Elle n’est sauvée que par la qualité de la chaîne vivante : l’art d’enseigner, l’humilité de se laisser rectifier, la vigilance contre les certitudes.

C’est pour cela que les variations Legends sont intéressantes : elles montrent la tentation de « refaire l’Ordre » à coups de structures, de postes, de récits de reconstruction.
Et elles posent une question très moderne : comment rétablir une tradition après une rupture, sans transformer l’esprit en musée, ni l’autorité en simple communication ?

Yoda Grand Maître, ce n’est pas l’apothéose d’un chef mais la mise en charge d’une conscience. C’est l’instant où la sagesse cesse d’être une qualité personnelle pour devenir une responsabilité collective.

Tenir l’Ordre sans s’y confondre, protéger l’esprit sans le fossiliser, décider sans s’idolâtrer : voilà le prix du « Grand ».


Et si cette figure nous parle autant, c’est qu’elle met un mot sur ce que beaucoup pressentent confusément : le vrai sommet n’est pas la domination. C’est la responsabilité !

Sources : incroyable.fr ; StarWars.com

Epiphanie : traverser la Montagne

Je ne suis pas mes actes,
je ne suis pas mes mots.
Je ne suis pas mes pensées, pas même celles que j’ai pansées.
Je ne suis pas l’hiver, pas l’insondable été.
Je ne suis pas le narcisse printanier ou l’humus automnal.
« Je » est épiphanie.

Par delà la flèche du temps
Coule une rivière
De la terre à la mer
De la mer aux nuages
Des nuages à la Terre
Et…
Nous sommes flot
Nous sommes glace
Nous sommes goutte
Nous sommes vapeur

Nous sommes plasma
La flèche du temps n’est qu’une [ère • rance]

une lance plantée dans l’éclat de l’Être.

Nous ne sommes pas nos solstices, pas plus que nos équinoxes.
Nous ne sommes pas nos guerres, pas plus que nos paix.
Nous ne sommes pas nos justices, pas plus que nos vengeances.
Nous ne sommes pas notre passé, notre présent, notre futur,
nous les accueillons seulement lorsqu’ils viennent à nous.
Nous ne somme pas plus notre Temps que notre Histoire d'ambre.
Nous ne sommes pas nos souvenirs écrits dans la poussière de nos cendres,
pas plus que ces écrins poupées russes oubliés sur l’étagère.

Nous ne sommes pas nos maladies, nos peurs, nos haines, nos rancunes.
Nous ne sommes pas nos poisons, passions et croyances.
Nous ne sommes pas Géométrie emprisonnée dans la caverne des antiques ou dans la cage des lumières,
ces caveaux funéraires de l'indicible Merveilleux.
Nous ne sommes pas plus travail qu’oisiveté, courage que lâcheté.
Vices et vertus émanent tous deux de l’indifférencié.

Nous ne sommes pas nos émotions,
nous ne sommes ni Lumière, ni Ombre,
pas plus Ordo que Chaos,
ni raison, ni oraison,
ni [tue • heurts], ni bourreau,
ni Juda, ni jus d’As,
ni sage-femme, ni fol croque-mort.

Nous sommes uns et indivisibles,
ondes et particules,
émanations vaporeuses,
Quintessence distillée de l’Essence,
persistance rétinienne d’un océan amniotique évaporé.
Nous croyons voir reliefs et détails, mais...
nous ne percevons que les traits de nos perspectives,
Don Quichotte chevauchant sa vacuité,
ombre du Réel dans la ronde des moulins de l’Avent.

Par delà la flèche du temps
Coule une rivière
De la terre à la mer
De la mer aux nuages
Des nuages à la Terre
Et…
Nous sommes flot
Nous sommes glace
Nous sommes goutte
Nous sommes vapeur

Nous sommes plasma
La flèche du temps n’est qu’une [ère • rance]

une lance plantée dans l’éclat de l’Être.

« Nous » sommes l'épiphanie que l’eau de sel révèle et relève
vers d’autres épiphanies de soufre et de mercure,
toutes uniques, précieuses larmes, [di • amants] du Tout.
Des 30 deniers du parjure au sou du Passeur
la mort ne compte pas ses heures,
pas plus que la vie n’a de prix.
Elles n'ont même plus la valeur qu’on leur porte... épiphanies d'Eternité.
Seule la Lumière transmute ce que nos Ténèbres racontent.
Nos rêves sont d’envert vêtus dans le revers de nos [soi • es], de nos âmes,
[des • espoirs] de nos songes dans nos [vies • deus] sanitaires.

Analogique Présence asservie à la logique,
quittant la vanité de sa propre vacuité,
de la [con • préhension] des amants [sait • parés].
[Dys • paraître] dans l’écho des parvis, vêtus de figuier,
puis renoncer pour se [mors • fondre] et se dissoudre dans le Tout,
dans sa Lumière percevoir l’aveugle redevenant,
ainsi là [nait • cécité] d’Être au monde.

Faire la planche à la surface apaisée d'un sentiment océanique,
envahit par la nuit boréale attendant l’aurore renaissante.
À la Lumière immanente des allumeurs de réverbères,
ne plus être au monde qu’un [indivis • dû] [Pi • lié] [porte • heures],
dans l’immensité de l’onde nuit sémaphore.
Laisser la Dérive nous ramener au Levant,
se relever dépouillé et nu, vivant sur-vivant,
dans un cri primal espoir de l’Amour, de la Vie la plus Pure,
être ce Tout au creux d’un sourire…
aux fenêtres de l’âme encore closes…
expirant l’[Un • visible]…
Enfin se dissoudre encore…
pour n’être qu’un dans [l’uni • vers].

Par delà la flèche du temps
Coule une rivière
De la terre à la mer
De la mer aux nuages
Des nuages à la Terre
Et…
Nous sommes flot
Nous sommes glace
Nous sommes goutte
Nous sommes vapeur

Nous sommes plasma
La flèche du temps n’est qu’une [ère • rance]

une lance plantée dans l’éclat de l’Être.


Nous ne sommes pas,
tout en étant somme.
Nous ne sommes [pas • rôle],
tout en étant Parole.
Nous sommes Un,
tout en étant Tout.
Sans être [terne • aire],
nous sommes de [chair • e] vêtus.
Etrave du Verbe ouvrant [l'âme • erre] des [six • lances],
ce que je ne suis pas, je le suis tout à la fois : [Un • car • né]
Sous le [Je • Nous] en [Taire] germe l'Epiphanie.

Chacun cherche son Nom,
loin de toute [mâle • diction],
loin du [m'aime] subit,
par delà Cercle et Centre spirale,
dans l'horizon des confins, voyageur des événements,
du Zénith au Nadir dans les tréfonds de l'Aintzanéa1
"Toute personne qui tombe a des ailes"2

Loin de toute terre habitée
dans les abysses du sur-sens
trouver son point Nemo.
Au Cœur de l'Epiphanie assécher les golems.
Dans l'argile du [sous • venir]
dessiner des moutons sur les rouleaux retrouvés et...
dans la Paix, l'Amour et la Joie3 [gai • rire]
la [voie • x] de l'[aur4 • alité].
  1. « aintzanea » vient du basque et signifie « montagne sacrée ». Ce mot est lui-même composé des éléments « ain » qui signifie « montagne » et « tzan » qui est un préfixe indiquant le caractère sacré. Le choix de ce mot exprime que, selon mon interprétation, le [cœur • chœur] de La Montagne est propre à chacun. Il n’appartient à personne. C’est la métaphore terrestre du point Nemo suscité. ↩︎
  2. Titre du recueil de poèmes d’Ingeborg Bachman de 1942 à 1967 – Gallimard – Toute personne qui tombe a des ailes ↩︎
  3. cf rituel de clôture du Rite Ecossais Ancien et Accepté ↩︎
  4. Aur ou אוֹר ou ‘owr signifie Lumière en hébreux ↩︎

II – Le sacré, intégration du Franc-maçon

Pour lire l’article précédent c’est ici : I – Le sacré, séparation du Franc-maçon

L’approche sociologique d’Émile Durkheim postule que « chaque groupe homogène de choses sacrées, ou même chaque chose sacrée de quelque importance, constitue un centre d’organisation autour duquel gravite un groupe de croyances et de rites, un culte particulier. »
L’initiation est une série de cérémonies qui ont pour objet d’agréger le néophyte à la Tradition. Il va alors sortir du monde purement profane pour entrer dans le cercle des choses sacrées.

En Franc-maçonnerie, si le sacré est cerné de séparations par des limites visibles et invisibles qui lui sont propres, il est surtout un principe d’intégration, voire d’agrégation, où finalement le Franc-maçon est appelé à franchir ces limites et, de plus, progressivement, une série de cérémonies initiatiques va produire une identité à la fois collective et particulière en permettant la coagulation d’un « nous », d’un être ensemble, faisant de la FM une institution sociétale et spirituelle hiérarchisée par des degrés.

Quel que soit le rite, la cérémonie d’attribution d’un nouveau degré est à la fois une pratique, un développement et un corpus, c’est-à-dire un processus qui apparaît structuré en trois phases qui, normalement, devraient se dérouler dans des chambres différentes, même si cela n’est quasiment jamais réalisé faute de disponibilité de locaux.

Ainsi, excepté pour la singularité du premier degré, ces phases, où sont brouillés les axes chronologiques et topologiques, correspondent à ceux que l’on appelle préliminaires, liminaires et post-liminaires des rites de passage :
La Phase 1 se situe dans l’espace-temps de la loge du degré N du Franc-maçon où il y a vérification des potentialités de celui-ci, donnant viatique pour poursuivre. Entré impétrant, une fois accepté le Franc-maçon devient récipiendaire.
La Phase 2 se situe dans l’espace-temps du mythe fondateur du grade N+1. Il y est développé par sa narration au récipiendaire, et par le vécu de personnages du mythe, au cours de jeux de rôles alternatifs manifestant l’enseignement du grade. Cette époptie véhicule la légende du mythe par l’incarnation et les épreuves. Le Temple sert de repère mais aussi d’autres lieux comme la traversée du Jourdain, l’enceinte du temple lors de l’assassinat d’Hiram, la campagne où se fait la recherche du corps d’Hiram, le pont enjambant le Starbuzanai, … À ce moment-là, il existe un phénomène d’assimilation par une identification psychologique qui s’établit entre la personne qui fait le jeu de rôle et l’archétype mythique. On parle d’interaction goffmanienne. Erving Goffman a mis en évidence le rôle moteur de la relation à l’œuvre dans l’interaction. Ce ne sont ni les structures qui déterminent les acteurs, ni les acteurs qui engendrent les structures, mais une relation cognitive qui constitue le moteur d’un processus de subjectivation et de socialisation (Céline Bonicco, Goffman et l’ordre de l’interaction : un exemple de sociologie compréhensive).
La Phase 3 se situe dans l’espace-temps de la loge au degré N+1, où la transmission des arcanes du nouveau degré est dévolue au récipiendaire pour lui permettre, à partir de ces arcanes, un travail personnel par la méditation. Le Franc-maçon est devenu néophyte dans ce nouveau grade, il a acquis à ce moment seulement le grade. Cette phase compte toujours un serment solennel.

Comme le dit Marc-Henri Cassagne : « Parce qu’il provoque le déploiement du Sacré dans la séparation, le dispositif maçonnique fait monde. Faire monde ici signifie qu’il convoque en son sein, outre les Francs-maçons eux-mêmes, à la fois objets et sujets de ce dispositif, des réseaux hétérogènes d’objets, dont l’usage est proprement détourné vers un renvoi cohérent de significations qui ne prennent leur sens précisément qu’à la lumière du Sacré et du Transcendant. Cette convocation rassemble tous ces corps et ces êtres dans un espace défini, celui de la loge, dont l’arrangement et la régularité, pour reprendre la définition de Littré, résident dans les rituels édictés par les Rits. Leur objet est précisément d’ouvrir ce vaste champ de l’activité spirituelle qui permet au Maçon de progresser sur la voie sacrée » ( Marc-Henri Cassagne, p. 9).

Nous retiendrons dans ce dispositif maçonnique les fonctions du langage

Le passage d’une culture véhiculaire à une approche vernaculaire maçonnique, a priori hermétique, oblige les frères et sœurs à surmonter une naturelle difficulté, celle des mots constitutifs d’une manière de vivre en Franc-maçonnerie, celle de la compréhension des paroles entendues dans les échanges entre Francs-maçons, celle de l’interprétation de ce qui est entendu au cours des rituels.

La spécificité lexicale n’est pas dans la terminologie mais dans l’usage qui en est fait, et cela constitue véritablement un langage. C’est une perspective collective par transposition. Le raccordement nourricier est essentiellement la langue française, mais des termes latins, hébreux, grecs, anglais etc, trouvent leur place parce qu’ils indiquent les traces historiques ou les sources intellectuelles et spirituelles de la Franc-maçonnerie.

À remarquer que le texte de l’ancien rituel d’initiation n’est pas connu, car non écrit, tout Franc-maçon devait le savoir par cœur. Tout ce qu’on sait de positif, c’est qu’on y transmettait au moins un « mot » et un « signe » secrets. Une des rares précisions que nous ayons à ce sujet nous est donnée par Robert Kirk qui écrit en 1691 : « Le mot de Maçon est un mystère dont je ne veux pas cacher le peu que je sais. C’est une espèce de tradition rabbinique, une sorte de commentaire sur Jakin et Boaz, les deux colonnes érigées dans le temple de Salomon, avec l’adjonction de certain signe secret transmis de main à main, au moyen duquel ils se reconnaissent et deviennent familiers entre eux. »

Les mots sacrés, ainsi, appartiennent aux arcanes des différents grades d’un rite. Les connaître c’est faire partie de ceux-là seuls qui ont connu la cérémonie d’avancement dans le degré où il est transmis comme secret à ne pas dévoiler aux autres Frères et Sœurs de degré inférieur.

Aux deux premiers degrés, ce mot sacré est épelé lorsqu’il est demandé.

Cependant, au REAA, le compagnon, contrairement à l’apprenti, commence par donner la première lettre ; il a acquis suffisamment de connaissance pour initier le vocable, mais il a encore besoin du maître qui lui indique le chemin en lui donnant la lettre suivante du nom de la colonne où il reçoit son salaire.

Au RER, RF le mot sacré est Boaz, au REAA Jakin, au ROS le mot sacré est la réunion des noms des deux colonnes du Temple de Salomon.

Pour Jean-Marie Ragon, le mot sacré Jakin est pentagrammique ; Boaz tétragrammique. Telle est sans doute la raison, écrit-il, pour laquelle le rite écossais adopta un ordre qui est inverse dans le rite français. Il s’est attaché à la lettre, tandis que le rite moderne, plus rationnel s’est attaché au sens des deux mots (Jakin signifiant initiation, préparation, commencement).
Finalement, au deuxième degré, quelles que soient les positions des deux colonnes Jakin et Boaz (où apprentis et compagnons reçoivent leur salaire) qui varient selon le rite, l’ensemble de leurs significations est transmis en totalité au compagnon.

Contrairement aux mots sacrés des deux premiers degrés, le mot sacré des Maîtres ne s’épelle pas. Faudrait-il y voir le signe d’un accomplissement?
Le mot sacré est un mot de substitution comme il fut convenu que ceux qui ne trouvaient pas le véritable secret lui-même, la première chose qu’ils découvriraient leur tiendrait lieu de secret. Il est prononcé après le relèvement de Noé, selon le Manuscrit Graham, d’Hiram à partir de 1730. Le Graham conclut son récit en disant que ces trois fils de Noé s’accordèrent pour donner « un nom qui est encore connu de la Franc-maçonnerie de nos jours ». Ce mot forgé par les trois fils de Noé d’après leurs trois paroles distinctes (Marow in this bone ; dry bone ; it stinks) est le mot de maître primitif.

Par la suite, on peut distinguer plusieurs familles de mots de maître :

La famille du prototype « Mahabyn » avec ses dérivés (Matchpin (1711), Maughbin, Magboe (1725), témoin de l’antique système trigradal tel que le note Harry Carr dans The Free Mason at Work (p.9). 
Il est intéressant de noter que dès 1700, on trouve dans le Sloane 3329 des révélations de l’existence du grade de maître et du mot sacré : Ils ont un autre mot qu’ils appellent le mot de maître, et c’est Mahabyn, qu’ils divisent toujours en deux mots. Ils se tiennent debout l’un contre l’autre, poitrine contre poitrine, les chevilles droites se touchant par l’intérieur, en se serrant mutuellement la main droite par la poignée de main de maître, l’extrémité des doigts de la main gauche pressant fortement les vertèbres cervicales de l’autre ; ils restent dans cette position le temps de se murmurer à l’oreille l’un Maha et l’autre, en réponse Byn.

La famille du prototype « Machbenah » et de son corollaire abrégé « M.B. » avec ses dérivés (Mak­benak, Makbenark, Macbenac, Mackbenak, Macbenack, Makbenah מַכְבֵּנָה ou מַכְבֵּנָא), adopté par les « Moderns » à partir du moment où ils optèrent pour un système trigradal.
Prichard, dans le catéchisme correspondant au grade de Maître de Masonry Dissected (1730) rapporte (p.21) : « Il chuchote à l’oreille et, soutenu par les Cinq Points du Compagnonnage, ci-dessus indiqué, dit Machbenah, ce qui signifie Le Bâtisseur est frappé (The Builder is smitten) ».
Michael Segall (Les hébraïsmes dans les rituels du marquis de Gages, p.135/167) nous en livre sa traduction : « Le marquis de Gages traduit, comme nombre d’autres rituels, par la chair quitte les os. La naïveté de certains de nos précurseurs récents (fin XVIII’, début XIx » siècle) est parfois surprenante lorsqu’ils acceptent, pour une expression de trois syllabes, une traduction longue de cinq mots et plus. En réalité le mot ne veut rien dire, en quelque langue que ce soit. Il ne s’agit au fait que d’une version très déformée, mais pourtant utilisée encore dans les travaux de certains rites et obédiences contemporaines, de ma-haboneh. Dans la Bible il n’y a que deux mots quelque peu semblables à Mac Benac. Le premier, Makhbanaï [( מך בּני ) mem, kaph, beth, noun, iod], signifie épais, grumeau. C’est le nom d’un guerrier de la tribu de Gad qui avait rejoint David à Tsiklag (l Chr. 12-13). L’autre, Makhbenah [( מך בּנה) , mem, kaph, beth, noun, hé], veut dire bouton et aussi épingle à cheveux. Il s’agit du nom d’un descendant de Calev cité dans Chr. 11-49.
Ces deux personnages sont sans importance aucune pour un rituel maçonnique. Nous préférons, et de loin, l’explication que nous venons de donner plus haut, c’est-à- dire que ce mot n’est rien d’autre qu’une déformation de ma haboneh. Nous en tenons pour preuve l’existence de la version intermédiaire Makboneh dans un certain nombre de rituels anciens.
 »

Exprimés en hébreu, les différents mots sacrés du maître recouvrent, suivant les rituels, des significations proches : « pourri jusqu’à la moelle » ou « fils de la putréfaction ».
Si « mac » peut se traduire par fils de, « benac » c’est aussi une veuve, c’est-à-dire une femme réduite et amputée d’une partie d’elle-même.

La famille du prototype « Mahhabone » et ses dérivés (Moabon, Mahaboneh, Mohabon), à partir de la création de la Grande Loge des « Ancients ». C’est pour la 1ère fois, dans la divulgation Les trois coups distincts de 1760 , présentée comme la première publication du rituel des Ancients, que ce mot apparaît ainsi que la légende d’Hiram telle qu’elle est encore retenue aujourd’hui. Mahabone y est écrit ma ben ( מא בן ), qu’est-ce le fils ? (p.36/42 ).
Mais, ben ( בן) c’est aussi le synonyme de « l’homme » (אישׁ) ce qui donne : « qu’est-ce que l’homme ? » rejoignant l’énigme ontologique du Sphinx.
Michael Segall précise : Ma-haboneh : (מה הבּנה; mem, hé hé beth, noun, hé), qui est l’architecte? (ou qui est le constructeur ?). [De « ma », quoi ou qui, de l’article « ha » et de « boneh », architecte, constructeur (l Rois v-18)]. Il s’agit de la forme la plus ancienne et aussi la seule correcte du terme.
D’origine compagnonnique certaine, l’expression (ou plutôt la phrase), dont l’hébreu est correct, apparaît dès 1760 dans Les Trois Coups Distincts. C’est elle qui est recommandée par le Tuileur de Lausanne.
Au REAA pratiqué au Droit Humain, mohaben, le mot sacré, signifie fils de la putréfaction.

Sloane 3339<= 1700Mahabyn
Trinity College, Dublin<= 1711Matchpin
Mason’s Examination1723Maughbin
The whole Institution of free-masons opened1725Magboe
Graham1726Marrow in the bone
Masonry Dissected (Pritchard)1730Machbenah
La Réception Mystérieuse1738Machbenah
Le Sceau Rompu1745Macbenac
L’Ordre des Francs-maçons trahi1745Macbenac, Machenac, Mak-Benak
Anti-maçon1748Makbenark
Maçon démasqué1751Macbenac
Master key to free-masonry1760Makbenak
Three Distinct Knocks1760Mahhabone, מהבנ, rotten to the bone
Jachin et Boaz1762Mahhabone, Mac Benack
Grasse-Tilly1813Moabon et mak-benak
Le Tuileur de Vuillaume1830Moabon, מואבן (a patre) et Mak-Benah, בהנך    מק Aedificantis putrido, Filius putrificationis)
Convent de Lausanne1876Ma Haboneh

On sait, par la pratique du rituel maçonnique, que le Maître fut ressuscité par le relèvement et plus particulièrement par le mot sacré du maître. Dans les rituels de mort et de résurrection, pratiqués par la plupart des peuples, le mot sacré est prononcé et seulement alors le Maître est proclamé ressuscité ; c’est ainsi que le Franc-maçon devient, par le fait de l’entendement du mot sacré de maître, le successeur d’Hiram. En reprenant sa mission le nouveau Maître intègre le corps des architectes de temple… en vérité celui de lui-même. L’interprétation la plus récente est alors : le fils du maître mort ou encore Il vit dans le fils.

C’est bien le souffle qui apporte la vie, qui libère le prisonnier. Dans tous les cas, le cinquième point du relèvement s’effectue bouche contre bouche. On comprend bien, d’ailleurs, que la passation du souffle de la parole créatrice, représentée symboliquement par le mot sacré, ne saurait s’effectuer autrement puisque c’est par la bouche que s’exprime la pensée humaine. Les vocables sont celles indiquées par le rituel ou par les mots de l’Exode : « Tu lui parleras et tu mettras les paroles dans sa bouche. Moi, je serai avec ta bouche et avec sa bouche, et je vous indiquerai ce que vous devrez faire. »
Les trois grades forment un cycle et le séjour d’Hiram au cœur de la terre correspond au séjour du profane au cœur du cabinet de réflexion, il naîtra de sa propre dissolution, de l’oubli de son ego. Cette image prend la forme d’une expression, Mac Bénach, étrangement ressemblant à un autre, Makpélàh, la grotte du Mont Moriah à Hébron, le tombeau d’Abraham.

Même si cela ne sera pas développer ici, on ne saurait oublier la Chaîne d’Union comme symbole particulièrement fort pour manifester le sacré intégrant chacun des membres de la Franc-maçonnerie.
Dans la plupart des rites, à la fin de chaque tenue, les frères (et sœurs) forment une chaîne en se tenant par les mains dégantées ; cette chaîne s’élargit à toute l’humanité. La Chaîne d’Union symbolise tout particulièrement la fraternité qui unit le Franc-maçon d’une part avec tous les Francs-maçons vivants, d’autre part avec tous ceux qui l’ont précédé et tous ceux qui lui succéderont. Le cercle ainsi formé par les membres peut symboliser la fraternité universelle des maçons dans laquelle chaque initié est un maillon de la chaîne ; cette multiplication d’anneaux pouvant symboliser « la préservation de l’unité à travers la multiplicité ». C’est l’inscription du Franc-maçon dans le « Grand Temps », celui des vivants, des morts et des pas encore nés.

En mêlant leurs souffles dans un espace clos et réservé à eux-seuls, les francs-maçons respirent les particules de leur être-ensemble qui transforment le « moi » en un « Nous » maçonnique.

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Arcane IX : L’Ermite – Le retour en soi

Le Rappel de l’Aventure

Bienvenue en 2026, pèlerins du silence. Alors que nous tournons la page d’une année sans doute riche en actions et en conquêtes (à l’image de notre Chariot), l’heure est au bilan. Il est temps de ralentir le pas. Vous avez quitté le fracas du monde et affronté le verdict implacable de La Justice (VIII). Le verdict est tombé, les dettes sont payées. Maintenant, les lumières de la fête s’éteignent. Il ne reste que vous, une cape, un bâton et une petite lueur chancelante pour entamer cette nouvelle année. Le temps de l’action publique est fini. Le temps du « retour en soi » commence. Vous devenez… L’Ermite.

Le Billet d’Humeur : S’occuper du « Nous » d’avant

L’Ermite est souvent mal compris. On le voit comme un vieux solitaire qui tourne le dos au monde. Mais regardez mieux : il ne tourne pas le dos par mépris, il se retourne pour tendre la main.

J’ai une conviction profonde à ce sujet, presque une confession pour inaugurer cette année : quand on s’occupe des autres, on s’occupe en fait du « nous » du passé.

Pensez-y un instant. Quand vous prenez le temps de guider un jeune, un Apprenti, ou un ami perdu, qui aidez-vous vraiment ? Vous aidez celui ou celle que vous étiez il y a dix ou vingt ans. Vous offrez à l’autre la guidance, la bienveillance ou le conseil que vous avez eu ou que vous auriez tant aimé recevoir à son âge. L’Ermite, c’est ce mouvement d’amour vers le passé. C’est revenir sur ses pas pour dire à ceux qui suivent (et à sa propre mémoire) :

 « Attention, il y a une marche ici, je le sais, j’ai trébuché dessus autrefois. »

La Problématique : La Lumière sous le manteau

Regardez ce vieil homme. Il avance avec une prudence extrême, tâtant le sol de son bâton. Il tient une lampe, mais il la protège en partie sous un pan de son manteau. Le paradoxe est ici : Pourquoi cacher la lumière si c’est pour éclairer le chemin ? C’est tout le secret de la Prudence. La lumière ne doit pas éblouir, elle doit guider. Une vérité assénée trop brutalement aveugle celui qui n’est pas prêt. L’Ermite protège la flamme des vents contraires, mais il protège aussi les yeux de celui qui cherche. Il offre une lueur douce, et non un projecteur violent. C’est la différence entre le savoir qui écrase et la connaissance qui éveille.

Focus Maçonnique : Le Maître des Cérémonies

Bijou du Maître des Cérémonies
Bijou du Maître des Cérémonies

Si le Chariot était le Maître conquérant, l’Ermite est sans conteste le Maître des Cérémonies (ou l’Expert, selon les rites). En Loge, c’est lui qui circule silencieusement quand les autres restent immobiles sur les colonnes. C’est lui qui va chercher le profane dans les ténèbres pour le guider vers la Lumière. Il incarne ce mouvement de « retour vers la source », sort du tumulte pour aller chercher les nouveaux initiés. Il est la mémoire vivante du rituel, celui qui connaît le chemin par cœur mais qui accepte de le refaire inlassablement, à petits pas, pour que d’autres puissent s’éveiller à leur tour. L’ermite est la preuve que pour avancer, il faut parfois savoir revenir en arrière.

L’Analyse Mystérieuse (Ce que le miroir reflète sans tout dévoiler)

Dans Le Tarot miroir des symboles, nous soulevons un coin du lourd manteau de bure pour voir ce qui s’y cache, même s’il reste encore des détails à exploiter.

Le Bouclier de Sagesse : La Lettre Teth (ט)

L’Arcane IX est associé à la lettre hébraïque Teth. Sa forme suggère un toit, un refuge, ou un serpent qui se replie sur lui-même. Elle signifie la protection, le bouclier, mais aussi l’introspection. L’Ermite se construit une forteresse intérieure. Le manteau qui le recouvre n’est pas un simple vêtement, c’est l’isolation nécessaire du sage qui se protège du bruit du monde pour entendre la voix du silence.

Le Fondement de l’Univers : Le lien Kabbalistique

Sur l’Arbre de Vie, le chiffre 9 correspond à la Séphirah Yesod (Le Fondement). C’est la base, le réceptacle de toutes les énergies qui descendent de l’Arbre avant de se manifester sur Terre (en Malkuth, 10). Yesod est lié à la Lune et à l’astral. Cela explique parfaitement l’ambiance nocturne de la carte : l’Ermite marche dans les profondeurs de son propre inconscient, là où se trouvent les fondations invisibles de son être. Il n’est pas à la surface des choses, il est à la racine.

L’arbre de vie – Le tarot miroir des symboles P44 – ed LLDMV 2025

Le Miroir Inversé : La Tempérance (XIV)

Regardons qui fait face à l’Ermite dans le grand miroir du Tarot (la somme 23). C’est La Tempérance (XIV). Le contraste est saisissant :

L’Ermite (IX) est vieux, sec, solitaire, et il cache sa lumière (il protège, il retient). C’est la concentration extrême.

La Tempérance (XIV) est un ange jeune, fluide, et elle verse son liquide d’un vase à l’autre (elle fait circuler, elle mélange). C’est la communication idéale. L’un est la solitude nécessaire pour trouver la vérité, l’autre est l’échange nécessaire pour la partager. L’Ermite prépare l’élixir dans le secret ; La Tempérance le dilue pour le rendre accessible au monde.

L’Archétype de Propp : Le Donateur

Dans la morphologie du conte, après avoir quitté sa maison et passé les épreuves, le Héros rencontre souvent au fond de la forêt un « Vieux Sage ». C’est la fonction du Donateur. Si le Héros se montre respectueux, l’Ermite lui remettra l’objet magique (la lampe, le conseil, la clé) indispensable pour la suite. Mais attention, l’Ermite ne donne rien à ceux qui sont pressés ou arrogants.

En Aparté : La Numérologie (La fin d’un monde avec le 9)

L’étude de la numérologie fait partie des données qui participent à l’étendue de la compréhension des Tarots.

L’Ermite porte le numéro IX (9). Le 9 est le dernier des nombres simples (les unités) avant de basculer dans les dizaines (avec la Roue de Fortune, X).

La fin d’un cycle : Comme les 9 mois de la gestation avant la naissance, l’Ermite représente une phase de maturation finale et complète.

La puissance du 3 : C’est le 3 x 3. Si le 3 (Impératrice) est la création, le 9 est la création élevée à sa puissance spirituelle. C’est la perfection du ternaire (Esprit, Âme, Corps).

Le Savoir sédimenté : En numérologie, le 9 est le chiffre de l’Initiation aboutie. Il annonce que l’expérience est complète. L’Ermite ne cherche plus à accumuler de nouvelles expériences (comme le Bateleur ou le Chariot), il cherche à digérer et comprendre ce qu’il a vécu. Il est « plein » de jours et d’expérience.

Conclusion

L’Ermite est une invitation à ralentir pour mieux commencer l’année. Il nous enseigne que reculer n’est pas échouer, et qu’attendre n’est pas perdre du temps. Il est la pause nécessaire pour soigner le passé avant d’affronter le futur.

Mais une fois que vous avez trouvé votre lumière intérieure dans la solitude, allez-vous rester éternellement dans votre caverne ? Le destin ne va pas tarder à frapper à la porte pour remettre tout cela en mouvement…

La lampe est allumée ? Le passé est apaisé ? Alors, êtes-vous prêt à affronter le tourbillon de l’Arcane X, La Roue de Fortune ?

L’Ermite dit : « Je reviens sur mes pas non parce que je suis perdu, mais pour tendre la main à celui que j’étais et qui est encore sur le chemin. »

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