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21/06/26 : Fête solsticiale de La Voûte Étoilée

Un succès qui se prolonge d’années en années

Le 21 juin 2026, La Voûte Étoilée vous propose sa 4e Saint-Jean d’Été, dans un nouveau lieu et sous une forme renouvelée. Cette célébration, ouverte aux Sœurs, aux Frères et aux profanes dont vous répondez, se veut un temps fort de rencontre, de partage et de cheminement symbolique, au-delà de nos Obédiences et ateliers respectifs.

Le thème retenu pour cette édition est :

« De l’Ombre à la Lumière, de la Haine à la l’Amour »,

Un parcours décliné sous la forme d’un spectacle en plusieurs volets, mêlant textes, chants et vidéos, et s’inscrivant pleinement dans la symbolique du solstice.
Spectacle organisé par NTCF Eddy Cakelberghs et sa troupe
Un apéritif en terrasse et un repas dans la grande salle.

Les places restent volontairement limitées à 250 personnes afin de préserver la qualité du moment.

Le rituel du feu de la Saint-Jean, moment central de la soirée, se déroulera en extérieur autour d’un grand feu, permettant à plusieurs centaines de Sœurs et de Frères de se rassembler dans une même intention.

Nouveau lieu – plus central
Cette édition se tiendra à la Ferme de Mehaignoul, un cadre authentique et chaleureux, propice à la rencontre et au partage. Idéalement situé entre Bruxelles, Waterloo, Namur et Liège : https://www.mehaignoul.com/  

Horaires

de 18h à 1h du matin, pour une soirée complète mêlant rituel, culture, convivialité et fraternité.

Participation

Le prix de la soirée est fixé à 115 € par personne, incluant :

Privatisation du Domaine :
Salle et technique
Set up tables rondes / mange-debouts + nappage + vaisselle + transport
Technique Audioplus (scène – micros – écran – mixage)
Apéritif, repas, spectacle
Feu de la Saint-Jean

Réservation via le formulaire ci-dessous

https://docs.google.com/forms/d/e/1FAIpQLSejS-RwQpRikJTQcs5beJTG6y2RKuHBPtTSFLuAh8LgEkHjiw/viewform?usp=header

Ou sur le site : www.lavouteetoilee.net/solsticiale2026

Le recrutement maçonnique, un exercice particulier

L’invitation par un (e) initié (e) d’un « profane » à rejoindre une instance maçonnique ne relève traditionnellement d’aucune intention influente, obédientielle ou autre. C’est une démarche individuelle, en toute liberté qui peut naître d’une conversation, d’un « dévoilement » de l’un et provoquer le désir de l’autre, « d’en savoir davantage » …

Recruter n’est donc absolument pas un « devoir » – au sens d’une obligation – pour le franc-maçon, la franc-maçonne. Ce qui reviendrait à une contrainte. Il, elle, n’a pas pour mission de se transformer en « sergent-recruteur » comme dans les armées au XVIIIème siècle ! Il ne s’agit pas de métamorphoser un citoyen, qui n’a rien demandé, en candidat à la franc-maçonnerie. L’initié (e) est d’abord, en l’occurrence, un informateur (trice), un « agent de liaison », en quelque sorte.

C’est le plus souvent la rencontre qui met en présence un maçon et un non-maçon et dont peut en sortir l’idée d’un parrainage, avec le consentement des deux parties. Si un désir « d’aller plus loin », d’en savoir davantage, se précise effectivement chez le second, si le premier, veut en connaître « un peu plus » sur le candidat potentiel, il lui revient d’observer « de plus près » sa personnalité. Sans indiscrétion, bien entendu. C’est à mon avis son « aptitude relationnelle » qui doit d’abord capter l’attention au gré d’entretiens renouvelés.

L’Être en relation

N’oublions pas, en effet, qu’entrer en Franc-maçonnerie, cela veut dire intégrer un groupe dans une loge et donc en devenir un « acteur ». Il n’est d’Être qu’en relation. D’où la réciprocité nécessaire en termes d’information. Le bon entretien, chaleureux et respectueux, permet un questionnement mutuel.

Certes, la récente épidémie de Covid a « vidé » sérieusement un certain nombre de loges. Il s’agit donc de repeupler les bancs ! Ce qui ne veut pas dire « engager » à visée de remplissage ! Recruter signifie à l’évidence, à la fois sélectionner et répondre aux souhaits du demandeur éventuel. En l’espèce, il s’agit d’approcher et d’intéresser quelqu’un qui, notamment, a le sens des autres et du partage, un attrait pour le symbolisme, le goût de la littérature, de l’histoire et des arts, le désir d’apprendre et de comprendre. Et le tout avec bienveillance. La Franc-maçonnerie a pu être comparée à une auberge espagnole. Trouver ce qu’il apporte implique tout de même que le postulant trouve aussi son bonheur en recevant. ! Dans ce contexte d’échange, le parrainage a repris et, à nouveau se manifestent les candidatures spontanées. D’où l’importance de l’information « à double sens » préalable. La Franc-maçonnerie qui vit au rythme de l’aventure humaine, continue ainsi de traverser le temps.

 Serment, serrement

Qui dit recrutement dit transmission. Si la rencontre évoquée provoque une candidature, c’est bien que l’un a transmis un « désir » à l’autre. En fait, chacun, chacune de nous, n’est-il, n’est-elle, une personne « désirante » curieuse des êtres et des choses, « appétente » de contacts, de découvertes, d’étonnements. En cela, la Franc-maçonnerie est à même d’apparaître sous divers angles aux yeux des observateurs. Et desdits acteurs !

Cette organisation, en soi « une réunion d’individus de diverses provenances et de bonne volonté », n’a pas la charge de « transformer » les initiés (es) mais de les « former » à l’acquisition d’un nouveau regard sur le monde. Elle n’est pas une secte, nous le savons, ni un centre de thérapie, ni même, non, un lieu « d’appartenance ». Un mot trop ou mal employé et dont il faut se méfier ! Nous n’appartenons à personne : la soudaine maladie, entre autres vilénies de la Nature, est là pour nous rappeler que nous n’avons pas le total « gouvernement de nous-même ». Nous sommes locataires de notre corps et de l’univers ! En l’occurrence, membres et non appartenant (au sens de la non- possession) d’une association. Dans la mesure d’un commun accord. L’appartenance enferme, l’adhésion ouvre un chemin. 

Partant, nous prêtons des suites de serments et de promesses … qui demandent attention ! Ces « contrats verbaux », leur autre nom, pourraient signifier, à y bien regarder, qu’existe un soumis et un soumettant. Et qu’il y a, de ce fait, « condition » des deux parties, puisque besoin d’un « enrôlement » devant témoins. Un « serrement » de mains et non un serment suffisent habituellement entre hommes de confiance, à certains marchands, rappelons-le. La tradition se déploie en traditions dont il convient de mesurer la portée et les conséquences !

Un lien accepté

Suprême Grand Chapitre de l’Ancienne Maçonnerie d’York GODF
Suprême Grand Chapitre de l’Ancienne Maçonnerie d’York GODF

 Dans le cadre maçonnique, nous avons en nous un « Suprême Conseil » qui s’appelle la Conscience. C’est bien elle seule qui décide de notre intérêt, de notre investissement ou de notre retrait. Le demandeur doit logiquement entrer en Art royal, à partir de renseignements fiables et guidé par les cinq critères qui définissent la vie en société : DONNER, SE DONNER (la permission) RECEVOIR, DEMANDER, REFUSER. Nous ne pouvons d’ailleurs donner que ce que nous avons reçus. Ou plus tard, nos acquisitions. Nous sommes ici dans le cadre d’une « servitude volontaire » (Étienne de La Boétie). Donc un lien accepté mais…après juste information. 

Il est à remarquer que toutes les Obédiences se disent « conservatrices et gardiennes » d’un rite (en soi suite « d’articles de morale« ) ! En ce qui concerne le Rite Écossais Ancien et Accepté, celui-ci est parti de France avec le négociant lotois en tissus Estienne Morin, finalisé en Amérique à Charleston et revenu à Bordeaux, avant de gagner Paris par les soins du militaire désargenté de Grasse TILLY qui en a « négocié » la patente successivement avec plusieurs Suprêmes Conseils (Paris, Milan, Madrid entre autres de 1805 à 1811). Donc, en l’état, aucun ne peut se prévaloir d’être le conservateur et gardien exclusif d’une « précieuse relique » ! Cette affirmation, voire cette croyance, pourrait constituer une forme « d’hubris » (vanité, démesure). Elle est, de mon point de vue, un mauvais compagnon à écarter ! 

De la sorte, le rite maçonnique, quel qu’il soit (ils sont tous plus ou moins copiés les uns sur les autres, au fil des créations, c’est à dire des scissions obédientielles !), indispensable certes, est avant tout un guide cérémoniel. Il structure les tenues et invite les membres à transposer les fictions moralisatrices qu’il contient en actes positifs dans la cité. C’est essentiel mais à compléter encore pour vraiment « instruire » un citoyen.

Les matériaux fictionnels qui « charpentent » la Franc-maçonnerie (mythes, légendes, allégories, métaphores, symboles) ne doivent pas l’éloigner pour autant de la réalité. Il convient de ne pas oublier que, par les actions valeureuses de ses acteurs au fil du temps, depuis sa création, elle a sa place dans l’histoire de France. Est ainsi recommandé au candidat qui veut l’intégrer d’en connaître et mieux, d’approfondir les motivations de l’institution. Avant même de frapper à la porte du Temple. J’insiste sur ce point.

L’Homme, créature sacrée

Lorsqu’il a bien séparé la mythologie des faits historiques, le postulant constate que bâti sur le mythe (la construction du Temple de Salomon) le mouvement vise par analogie l’amélioration des conditions de vie de l’Homme et de la société (Ex : Depuis le début de l’ère industrielle, droit des femmes, des enfants, et des vieillards, durée du travail, congés payés, etc.). Et par là même, le futur franc-maçon découvre que la franc-maçonnerie est profondément attachée à cette notion essentielle : l’Homme est une créature sacrée. C’est à dire qu’il est intouchable, inviolable, vénérable. Ce n’est pas par hasard si la franc-maçonnerie a repris ce dernier terme dans son vocabulaire pour désigner le Président de loge.

Le Temple de Jérusalem
Le Temple de Jérusalem

Le SACRÉ (ce pourquoi on est prêt à se sacrifier, ce que l’on a de plus cher) doit être rappelé, dans sa dimension de RESPECT DE SOI MÊME ET D’AUTRUI. Un impératif qui se retrouve bien entendu à tous les degrés des rites, de la base au sommet.

Curieusement, ce principe de sacralisation peut sembler banal au point d’être oublié. Il est simple comme… bonjour, bonsoir, pardon, merci, au revoir, ces cinq mots du quotidien, qui ont tendance à disparaître alors qu’ils sont sacrés eux aussi, en tant que « clés d’ouverture » du dialogue ! Si ce Sacré était appris en famille, enseigné à l’école, rappelé dans nos activités, professionnelles, associatives, il y aurait sans doute moins d’incivilités et de violences de toutes sortes ! « Un homme, çà s’empêche ! », fait dire Albert Camus, à l’un de ses personnages de roman. La liberté est dans la retenue.

 L’escalier initiatique n’est pas une échelle progressive de valeurs humaines. Celles-ci sont égales sur tous les barreaux. Ce n’est pas le savoir ni la ou les connaissances qui qualifient le niveau moral et mental d’un individu : Marcel Proust nous le souffle : c’est la bonté qui est le comble de l’intelligence. Naturelle et non artificielle !

Une école de pensée

Ainsi informé, bien conscient de ces notions capitales, le demandeur peut sereinement actionner le heurtoir de la porte du Temple pour en demander l’ouverture. Quelle que soit l’Obédience choisie. La notion de « régularité » ou de « reconnaissance » entre Obédiences – formalités administratives hors de toute spiritualité – est ici totalement secondaire. A savoir par le postulant : Idéalement, le parcours de l’échelle initiatique précitée doit lui permettre l’accès à tous les degrés du rite maçonnique en cause (33 degrés pour le REAA). Aucun degré n’est supérieur ou inférieur à un autre. La progressivité ne doit pas être confondue avec la valeur.

Porte d'entrée de temple maçonnique
Porte d’entrée de temple maçonnique anglosaxon

A noter que les candidats – frappant souvent de plus en tard à la porte du Temple (au moment de la retraite quelquefois) – n’atteindront jamais les degrés sommitaux. Pour faire image : Décrocher le pompon en haut du mât de Cocagne, n’est pas le « Graal » d’une vie maçonnique. Il s’agit surtout de vivre la spiritualité (de la famille spir, respiration, inspiration)du degré obtenu dans une joie instructive. Et non la fébrilité de l’attente d’un tablier supérieur ! Le rite est comme le vin, ce n’est pas le degré qui fait le nectar.

« Qu’est-ce finalement que la Franc-maçonnerie ? « est une question qui reste fondamentale. Cette institution, tout en étant un lieu pédagogique est un « centre d’entraînement » à la vie sociale et sociétale, à l’extérieur du Temple. En ce sens, que serait la franc-maçonnerie aujourd’hui – qui prétend à juste titre être une « école de pensée » – sans l’apport essentiel de LA SCIENCE, LA PHILOSOPHIE, LA SOCIOLOGIE, LA PSYCHOLOGIE, LA PSYCHANALYSE, bref, toutes les sciences humaines ?!!

L’apport des sciences humaines

De la sorte, il ne convient pas de minimiser ces disciplines (alors qu’elles sont présentes à tous les degrés de la précitée échelle initiatique) en constants progrès (fulgurants pour ce qui concerne la science!). Que serait le contenu de nos planches sans qu’y apparaissent constamment et à raison les noms de SOCRATE, de PLATON, de SPINOZA, de DESCARTES, de FREUD, de LACAN, d’EINSTEIN, de PASTEUR et de FERRY, COMTE-SPONVILLE, FINKELKRAUT, penseurs actuels, entre des dizaines d’autres… Soyons justes, ce n’est pas le SYMBOLISME (souché sur les outils de la construction, la fiction, l’analogie) qui peut seul agir sur le monde! Certes, nous rappelle Théodore Monod : l’utopie n’est pas l’irréalisable mais l’irréalisé.

SPINOZA

C’est donc bien dans le passage au réel de l’action que s’épanouit l’HUMAIN avec toutes ses créations. A partir de la pensée ternaire (ouverte) prioritaire sur la pensée binaire (enfermante). SEMER, ESSAIMER ET S’AIMER, n’est -ce pas le programme idéal, précisément à réaliser ?!

La Franc-maçonnerie, en soi « modèle de communication » ne nous dit pas « quoi penser » mais nous suggère « comment penser ». Ainsi l’Apprenti apprend des autres, Le Compagnon apprend avec les autres, le Maître apprend aux autres.

Puissent les réflexions que je me permets d’apporter ici ne pas être perçues comme des critiques négatives ou de prétentieux ajouts mais simplement comme des observations et des instruments additionnels proposés. A prendre en compte et à utiliser ou non, en toute liberté, dans cette délicate démarche » qu’est le recrutement, au vrai, antichambre de la franc-maçonnerie de demain.

Nous avons le bonheur d’être réunis dans une Institution qui, à l’aide de son cortège fictionnel nous fait… le présent d’un passé pour préparer ce futur ! Nous sommes des êtres consciemment provisoires. En ce sens, c’est en qualité de « passant » que j’offre à la lectrice, au lecteur, mes réflexions d’humble PASSEUR. 

21/02/26 à Périgueux : Une Conférence sur l’Avenir de la Franc-Maçonnerie Féminine à la GLFF

La Grande Loge Féminine de France (GLFF), première obédience maçonnique féminine au monde, continue d’ouvrir ses portes au public pour démystifier et partager ses valeurs. Le 21 février 2026, à Périgueux, une conférence publique intitulée « Être franc-maçonne à la GLFF aujourd’hui et demain » invite à un regard clair et engagé sur le parcours, les enjeux et l’avenir de la Franc-maçonnerie féminine. Cet événement, organisé par la GLFF, s’inscrit dans une série de rencontres destinées à éclairer le rôle des femmes dans cette tradition initiatique.

Un rendez-vous ouvert à tous

La conférence se tiendra au Centre Départemental Joséphine Baker, situé à Périgueux dans le département de la Dordogne (24). Prévue à 14 h 30, cette manifestation publique est accessible à tous, sans inscription préalable, et vise à attirer un large auditoire curieux de découvrir les facettes contemporaines de la Franc-maçonnerie. C’est une opportunité rare de plonger dans l’univers d’une obédience qui, depuis sa fondation en 1945, promeut l’égalité, la liberté de pensée et l’engagement sociétal au féminin.

Le thème : aujourd’hui et demain

Au cœur de cette rencontre, le thème « Être franc-maçonne à la GLFF aujourd’hui et demain » explore les réalités actuelles et les perspectives futures de l’initiation maçonnique féminine. Les intervenantes, membres éminentes de la GLFF, aborderont les parcours initiatiques, les défis contemporains et les visions d’avenir pour une Franc-maçonnerie engagée dans la société moderne. Un regard clair et engagé sera porté sur les enjeux éthiques, spirituels et sociaux qui animent cette obédience, soulignant comment les Franc-maçonnes contribuent à un monde plus juste et fraternel.

La GLFF : une histoire de pionnières

Fondée en 1945, la Grande Loge Féminine de France est l’héritière d’une longue tradition de Franc-maçonnerie mixte et féminine en France. Elle compte aujourd’hui des milliers de membres et des loges dans tout le pays, ainsi qu’à l’international. La GLFF met l’accent sur l’initiation spirituelle, le travail symbolique et l’engagement humaniste, tout en préservant une indépendance vis-à-vis des obédiences masculines. Cette conférence à Périgueux s’inscrit dans une série d’événements similaires, comme ceux prévus à Toulon ou à Foulayronnes, démontrant l’ouverture et la vitalité de l’obédience.

Pourquoi participer ?

Cette manifestation n’est pas seulement une occasion d’information ; elle est une invitation à la réflexion sur les valeurs maçonniques au féminin. Dans un monde en mutation, la GLFF propose un espace de dialogue sur l’émancipation, la spiritualité et l’avenir collectif. Que vous soyez novice ou curieux averti, cette conférence offre un aperçu authentique de ce que signifie être franc-maçonne aujourd’hui, et comment cela façonne demain.

Pour plus de détails, contactez la GLFF via l’adresse de courriel. Ne manquez pas ce rendez-vous enrichissant à Périgueux, où la tradition rencontre la modernité.

Tenir la vérité quand le monde ment vite

Dans son numéro de janvier 2026, Chemins de Traverse choisit la vérité non comme un drapeau, mais comme une épreuve de justesse, à l’heure où l’image se déguise en preuve, où le flux dépasse la source, où l’intelligence artificielle accélère nos certitudes. Un miroir brisé en couverture, des figures gardiennes, une polyphonie d’auteures et d’auteurs, et une même exigence, apprendre à discerner sans se griser de conclure.

Maurice Leduc : Grand Maître National

Dès les premières pages, Maurice Leduc situe l’époque, le numérique, l’usage généralisé des réseaux, la puissance des images dites plus vraies que nature, la circulation planétaire des fake news qui rendent la preuve plus lente que le flux et la source plus fragile que la rumeur. Mais le texte ne cède ni au catastrophisme ni à la nostalgie. Il rappelle une discipline de méthode, très maçonnique, chercher notre vérité, maintenir l’esprit critique, garder le libre arbitre, accepter la pluralité des facettes sans renoncer à la rectitude.

Ce refus d’une vérité posée d’un bloc se lit jusque sur la couverture, commentée comme un petit traité symbolique.

Le miroir brisé dit la vérité fragmentaire, à réunir par un patient travail. Le lion, le phénix, le serpent deviennent gardiens initiatiques, force morale, résurrection intérieure, énergie vitale qui élève autant qu’elle expose à la chute. Lune et étoiles rappellent que la lumière du Temple n’est ni brutale ni totale, mais mesurée, ajustée au cheminement de chacune et de chacun. Ici, la vérité n’est pas un projecteur, elle est une graduation.

Avant même d’entrer dans le dossier, la revue ouvre un autre seuil, la cité

Dans la Place de l’histoire, Sylvain Zeghni raconte La Fronde, fondé en 1897 par Marguerite Durand, entièrement produit par des femmes et destiné à être lu par des femmes, comme une pointe avancée d’un combat pour l’égalité. La vérité, ici, se mesure à ce qu’elle coûte, tenir tête aux évidences sociales, ouvrir un espace où la parole des invisibilisées devient événement.

Puis vient le grand dossier, construit comme une polyphonie

Annick Drogou

Chaque voix saisit la vérité par un outil différent, langage, symbole, droit, soin, éducation, ethnographie, cinéma, médias, histoire, initiatique. Annick Drogou ouvre la veine des mots. Elle montre comment la vérité commence par une hygiène du langage, et comment le mensonge se fabrique aussi par les glissements, les facilités, les travestissements de vocabulaire. La même auteure poursuit avec « Vérité et mensonge ? », qui place la question au cœur de notre responsabilité intérieure. La vérité n’est pas seulement ce qui se dit, elle est ce qui nous oblige.

Dominique Segalen
Dominique Segalen

Dans une autre tonalité, Dominique Segalen, avec « Dame Vérité », rappelle que la vérité a longtemps porté un visage, allégorie médiévale, figure qui ne démontre pas mais révèle, non par éclat mais par dévoilement progressif. Et, avec « Ponce Pilate et la question de la vérité », la revue replace la formule célèbre dans son théâtre moral. La vérité s’y tient au point exact où la politique voudrait s’en laver les mains, et Ponce Pilate demeure le nom propre de cette hésitation, quand le pouvoir cherche à se rendre innocent.

Le dossier avance ensuite par contrastes. Michel Dronne, en opposant vérité et vraisemblable, touche un nerf contemporain. Notre époque adore ce qui sonne juste et se dispense de ce qui oblige à vérifier. Or le vraisemblable flatte, persuade, apaise, tandis que la vérité corrige et coûte.

Pierre Pelle Le Croisa

Dans le même esprit de mise à l’épreuve, Yonnel Ghernaouti inscrit la vérité comme quête initiatique, non comme possession. Revenir aux textes, peser les mots, refuser la séduction de l’opinion prête à penser, rendre au jugement son temps long, faire de la lecture une ascèse de discernement. La réflexion se prolonge par des notes de lecture, dont celle consacrée à Pierre Pelle Le Croisa, afin que la lecture devienne vérification, nuance, fidélité au texte, et apprentissage patient du temps long.

Laure-Scheffel

Cette progression trouve une respiration singulière avec Laure Scheffel. Ses textes « Sable et plomb » et « Nos autres visages » ne décorent pas. Ils travaillent au cœur même du dossier, en rappelant que la vérité n’est pas seulement affaire d’argument, mais affaire de seuil, de profondeur, de dépouillement, ce qui demeure quand nous cessons de nous regarder dans les reflets.

Le dossier se fait ensuite plus institutionnel, sans perdre sa nuance

Avec Jean-Philippe Derosier, la vérité passe par le droit. Il y est question de vérité juridique, de l’office du juge, de la différence entre l’être, les faits, et le devoir être, la norme. L’entretien, mené en propos recueillis par Anne Amis, donne à entendre une vérité non souveraine mais procédurale, une construction qui protège autant qu’elle limite.

Avec Jean-Jacques Rassial, la vérité se déplace encore. « Vérité et psychanalyse » rappelle qu’il existe des vérités qui ne se prouvent pas comme un dossier, mais se rencontrent, parfois au prix d’une traversée de soi.

À hauteur d’existence, la revue confie ensuite la vérité au soin, à l’école, aux sciences humaines

La Commission éthique bioéthique propose « La relation soignant patient sous le prisme de la Vérité ». Dire vrai, ici, n’est jamais brutalité. C’est mesure, rythme, délicatesse, responsabilité, comme une lumière qu’il faut donner sans aveugler. Jean-Jacques Pettier, avec « Vérité, quelques perspectives pour une éducation », réinstalle la vérité du côté de la formation. Apprendre à discerner, à douter loyalement, à construire un jugement qui ne soit ni docilité ni cynisme. Nadine Wanono apporte la double focale du terrain et de l’image. « Ethnographie et ethnologie, quelle vérité ? » puis « La vérité en perspective. Du cinéma vérité au multi perspectivisme » montrent que la vérité dépend aussi du point de vue, de l’angle, du montage, de ce que la caméra révèle et de ce qu’elle fabrique, et que le réel n’entre jamais pur dans nos récits.

La revue revient alors à la cité dans sa forme la plus inflammable, l’information

Laurence Rey, avec « Médias, approcher de l’exactitude plus que chercher la vérité », refuse la pose héroïque. Elle décrit une discipline, un artisanat, une humilité, viser l’exactitude comme pratique quotidienne plutôt que brandir la vérité comme totem. Et Jean Dumonteil traite un front où la contre vérité devient violence. « Les nouvelles formes de l’antimaçonnisme à l’heure des fake news et de la post vérité » montre comment, à l’ère des réseaux, l’ancienne mécanique complotiste change d’échelle et peut conduire à l’agression concrète, au harcèlement, aux atteintes. La vérité n’y est plus un débat abstrait. Elle devient protection, dignité, sécurité des personnes.

Le fil qui relie ces pièces demeure net. La revue ne sacralise pas la vérité. Elle éduque au rapport à la vérité. Elle rappelle que dire vrai ne consiste pas à triompher, mais à ne pas trahir, que la correction n’est pas humiliation, mais travail, que le doute authentique n’est ni posture ni faiblesse, mais méthode. Et c’est précisément parce que le dossier refuse la fermeture qu’il est fécond. Il ouvre des chemins au lieu de poser des conclusions.

Dans cette architecture, il faut rendre justice à celles et ceux qui tiennent l’atelier éditorial

Le numéro est porté par la rédaction en chef et un comité où figurent Bernard Dat, Catherine Domas, Anthony Faure, Marc Jeanjean, Jean-Paul Richart, ainsi que les contributrices et contributeurs déjà rencontrés au fil du dossier. Côté images, la revue précise que les illustrations sont signées Hervé Laurent et Laure Scheffel. Tout y devient symbole, et l’œuvre se taille comme la pierre, dans la lenteur.

Enfin, la revue ne se referme pas sur elle-même

Un espace numérique prolonge les échos, et le prochain numéro est annoncé sous le signe de « passage(s) », autre seuil, autre apprentissage. Au fil des pages, la vérité n’apparaît jamais comme un trophée à brandir. Elle ressemble plutôt à une lampe réglée, offerte sans aveugler, tenue sans se prendre pour propriétaire de la lumière. Ce numéro le rappelle avec une sobriété rare. Le vrai n’est pas ce qui triomphe, c’est ce qui ne trahit pas. Et l’on comprend, à l’annonce de « passage(s) », que la quête continue, non pour posséder, mais pour marcher plus droit, ensemble.

Chemins de Traverse, « La vérité »
Revue maçonnique de la Fédération française du Droit Humain
Éditions Numérilivre, N°4, janvier 2026, 80 pages, 22 €

Ce numéro est disponible à l’achat et à l’abonnement sur le site de Numérilivre, ainsi que via le site du Droit Humain.

La tentative de contestation judiciaire des Francs-maçons contre la police métropolitaine échoue

De notre confrère theguardian.com

Un juge de la Haute Cour se prononce en faveur de la décision des forces de police d’obliger leurs agents à déclarer leur appartenance à une organisation. Les francs-maçons ont échoué dans leur tentative de contester en justice la décision de la plus grande force de police britannique d’obliger son personnel à déclarer s’ils sont ou ont été membres.

Le juge Chamberlain a déclaré mardi que la décision de la police métropolitaine « poursuit un objectif légitime, à savoir maintenir et renforcer la confiance du public dans les forces de l’ordre, et qu’elle est proportionnée ». Trois organismes représentant les francs-maçons d’Angleterre, du Pays de Galles, de l’île de Man et des îles Anglo-Normandes, ainsi que deux policiers en service qui sont francs-maçons, avaient cherché à intenter une action en justice contre les forces de l’ordre devant la Haute Cour.

Cette décision fait suite à l’annonce faite en décembre par la police métropolitaine de l’ajout de l’appartenance à la franc-maçonnerie ou à des organisations similaires à sa politique relative aux associations déclarables. Cela signifie que les dirigeants et le personnel sont tenus de déclarer leur appartenance « passée ou présente » à toute organisation « hiérarchisée, dont l’adhésion est confidentielle et qui exige de ses membres qu’ils se soutiennent et se protègent mutuellement ».

Environ 400 agents et employés de la police métropolitaine ont déjà fait des déclarations en vertu de cette politique. Dans une décision de 17 pages rendue mardi, Chamberlain a déclaré que les motifs de la contestation judiciaire proposée n’étaient pas « raisonnablement défendables ».

Il a déclaré : « L’objectif d’une telle action, et donc l’objectif de l’obligation de divulguer l’information, est double : éliminer le risque de partialité réelle, lorsque les agents s’acquittent mal de leurs fonctions, et le risque de partialité perçue, lorsqu’il existe une perception ou un soupçon que les agents s’acquittent mal de leurs fonctions. »

« Dans les deux cas, cette exigence vise, à mon avis, à garantir le bon exercice des fonctions d’un agent de police. Le contraire n’est pas raisonnablement soutenable. » Le juge a ajouté que cette politique n’était ni discriminatoire ni « indûment stigmatisante » envers les francs-maçons. Il a ajouté que laisser la décision de déclarer ou non son appartenance à la franc-maçonnerie à la discrétion de chaque officier et membre du personnel, « au cas par cas », ne permettrait pas « d’atteindre l’objectif de maintenir ou d’améliorer la confiance du public ».

Après le prononcé de la décision, le commandant Simon Messinger a déclaré au nom de la police métropolitaine : « Nous étions prêts à défendre fermement notre décision devant les tribunaux, le jugement d’aujourd’hui est donc le bienvenu. »

« Notre politique relative aux associations déclarables a été modifiée suite aux commentaires qui ont mis en lumière les inquiétudes selon lesquelles l’implication dans ce type d’organisations pourrait compromettre l’impartialité ou créer des conflits de loyauté. »

« Tant les victimes de crimes que les personnes signalant des actes répréhensibles doivent avoir la certitude qu’il n’y a aucun risque que les enquêtes soient entachées par de tels problèmes. Nous avons privilégié cet aspect au détriment de toute volonté de préserver le secret au sein d’une organisation. »

S’exprimant au nom des trois groupes francs-maçons à l’origine de la contestation, Adrian Marsh, grand secrétaire de la Grande Loge unie d’Angleterre, a déclaré : « Nous maintenons que nous avons l’obligation de protéger nos membres contre la discrimination, qui, à notre avis, ne contribuera en rien à améliorer le travail de la police métropolitaine dans le cadre de sa mission de garantir la sécurité de Londres en réduisant la criminalité, en renforçant la confiance du public et en maintenant des normes élevées. »

Lors d’une audience le 11 février, les avocats des deux officiers, de la Grande Loge Unie d’Angleterre, de l’Ordre des Femmes Francs-Maçons et de l’Honorable Fraternité des Anciens Francs-Maçons ont demandé au juge d’autoriser la contestation.

Claire Darwin KC, représentant les plaignants, a déclaré que la décision de la police métropolitaine lui permettait de créer une « liste noire ».

Robe d'avocat
Robe d’avocat, robe noire

Dans ses observations écrites, l’avocat a déclaré que cette mesure constituait un « signal institutionnel de suspicion » qui violait les droits de l’homme des francs-maçons et reposait sur des preuves « limitées, opaques et fortement influencées par la perception ».

Elle a ajouté que la police semblait s’appuyer sur des « théories du complot de longue date et/ou des stéréotypes préjudiciables sur les francs-maçons » pour justifier l’introduction de cette mesure.

Les avocats de la police métropolitaine ont déclaré que la plainte devait être rejetée, affirmant devant le tribunal que l’idée que les agents seraient mis sur liste noire était « manifestement fausse » et que les employés étaient « libres de devenir ou de rester francs-maçons ».

Saviez-vous qu’il y aurait (peut-être) le trésor des Templiers caché sous le château de Gisors ?

De notre confrère francebleu.fr

Depuis les affirmations du gardien du site Roger Lhomoy en 1946, l’histoire du trésor des Templiers dissimulé sous le château de Gisors (Eure) continue d’alimenter les imaginations. Légende urbaine, mythe ancestral ou fait historique ? Plongeons dans les méandres de ce mystère. Avez-vous déjà entendu parler de la saga du trésor des Templiers au château de Gisors, dans l’Eure ? C’est l’une des énigmes les plus captivantes de notre territoire.

Les Templiers et Gisors

Pour saisir l’essentiel, revenons en arrière. Le château de Gisors, une imposante forteresse royale, a été le théâtre de nombreux affrontements violents au Moyen Âge. Position clé, cette ancienne motte castrale édifiée entre la fin du XIe et le XIIe siècle a été au cœur des conflits entre la France et l’Angleterre. De 1158 à 1160, durant une pause dans les hostilités entre les deux nations, la garde du château est remise à l’ordre du Temple, sous la surveillance de trois chevaliers templiers.

Trésor de Gisors : secret enterré ou pure invention ?

« Ils assuraient la protection des domaines, mais aussi un soutien aux habitants locaux. Cet ordre a acquis une immense influence, avec une puissance financière, économique et diplomatique considérable »

explique Gwenola Le Masle, responsable de mission au service du patrimoine historique de Gisors.

Une confidence arrachée à un chevalier templier

Quand Philippe le Bel monte sur le trône en 1285, la domination des Templiers le gêne. Pire encore, ils relevaient du pape, non du roi.

« C’était un ordre trop opulent, un État dans l’État, et le souverain ne pouvait l’accepter »

précise Anne Puech d’Alissac, adjointe au maire de Gisors chargée du Patrimoine. Le grand maître Jacques de Molay et d’autres Templiers sont incarcérés ici de 1310 à 1314. C’est sous la torture que l’un de ces chevaliers lâche des informations qui donnent naissance à la légende du trésor de Gisors. Il mentionne trois chariots partis du temple de Paris vers l’Angleterre, avec une halte à Gisors. « Les chariots n’en seraient pas repartis, ce qui laisse supposer que le trésor des Templiers y est resté », en conclut l’adjointe au maire.

Un graffiti énigmatique

Un curieux graffiti dans la tour du prisonnier vient appuyer cette histoire. « Ce graffiti, par son aspect mystique, son inscription en latin et ses diverses croix, contiendrait un code secret menant au trésor des Templiers pour qui saurait le décrypter », indique Gwenola Le Masle, chargée de mission au service du patrimoine historique de Gisors.

Bien qu’il n’ait pas réussi à percer le mystère du graffiti, Roger Lhomoy, gardien et jardinier du château durant l’Occupation, est persuadé que le trésor existe. La nuit, il fore secrètement des dizaines de galeries jusqu’en mars 1946. Un jour, il surgit au conseil municipal, face au maire, affirmant avoir déniché le trésor. « J’ai vu une chapelle splendide, avec d’immenses statues, des apôtres, des sarcophages disposés dix par dix ! », narre-t-il à l’époque. L’affaire éclate au grand jour. Elle fait les gros titres des journaux, et les chercheurs de trésors affluent vers la ville. Tout le monde débarque à Gisors armé de pelles et de pioches pour fouiller.

« À gauche, à droite, sous la motte, un vrai chaos car la motte est devenue un gruyère ! », s’exclame Anne Puech d’Alissac.

« Au point que le gouvernement s’en mêle, et André Malraux, ministre de la Culture, décide qu’il y a peut-être du vrai à Gisors et qu’il faut vérifier. »

Deux campagnes de fouilles sous Malraux

André Malraux ordonne deux fouilles officielles dans les années 1960, sans résultat. En 1964, M. Demuter, secrétaire du syndicat d’initiative de Gisors à l’époque, exprime son scepticisme. « Roger Lhomoy n’a jamais pu nous présenter la moindre preuve tangible de cette supposée crypte souterraine », déclarait-il dans l’émission Le Journal de Paris, diffusée le 28 février 1964. Roger Lhomoy a-t-il vraiment mis au jour quelque chose, ou était-ce un songe ? L’énigme du trésor de Gisors demeure intacte à ce jour.

Avec Stéphane Gérain et Stéphane L’Hôte

  • France 3 – Normandie

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Le Réveil des Titans : un roman codé au cœur des mystères templiers et des intrigues ésotériques

Proposé en exclusivité par Bernard Fontaine

Dans les méandres de la littérature fantastique et des énigmes historiques, certains ouvrages émergent comme des phares énigmatiques, illuminant des secrets enfouis sous des couches de symboles et d’allusions. Le Réveil des Titans, roman publié en 1968 par Jean Rignac aux éditions Albin Michel, en est un exemple saisissant. C’est Erik Sablé, figure éminente des études ésotériques, qui m’a orienté vers cette œuvre, la décrivant comme mystérieusement codée, imprégnée d’un voile de mystères qui dépasse la simple fiction.

Le récit envoûtant de Daniel Vermain

Au cœur de ce roman, Daniel Vermain, un ingénieur rationaliste ancré dans le monde tangible, se voit confronté à son ami occultiste, Massan. Ce dernier le met au défi : accomplir un rituel précis pour s’ouvrir enfin aux mystères de l’invisible. Suivant scrupuleusement les instructions de son ami, Vermain parvient à établir un contact avec une entité lors d’une invocation magique. Cette présence surnaturelle le guide vers une région mystérieuse, où un secret ancestral repose au fond d’un gouffre d’un vert profond. Là, dans les abysses, il découvre un signe énigmatique : un cercle surmonté d’une croix et dominant une autre croix. Non loin, un coffre orné d’une tête représentant Baphomet renferme deux parchemins. Ces éléments révèlent l’identité des « Fils des Dieux », tels que décrits dans la Genèse, que l’Ordre du Temple a réussi à réveiller. À son tour, Daniel Vermain, accompagné de Germaine de Mondray, se lance dans la grande évocation ultime, un rituel qui transcende les frontières du visible et de l’invisible.

Jean Rignac : de l’ingénierie à l’astrologie mystique

L’auteur, Jean Rignac, n’était pas un romancier ordinaire. Ingénieur radio-électricien de formation, il s’est ensuite tourné vers l’astrologie, animant une chronique astrologique quotidienne sur Radio-Télé-Luxembourg. Selon sa fiche Wikipedia, pour tenir compte de l’influence de la constellation d’Ophiuchus, qui empiète sur l’écliptique, il a introduit l’usage d’un treizième signe dans le zodiaque, qu’il a nommé « Serpentaire », un terme emprunté à la mythologie romaine. Ce détail n’est pas anodin. Il évoque immédiatement le zodiaque à treize signes employé par Pierre Plantard dans une carte publiée dans Les Templiers sont parmi nous, ouvrage de Gérard de Sède paru en 1962. Ce livre précède de plusieurs années les publications astrologiques de Jean Rignac, qui ne commenceront qu’en 1969.

La carte de 1962 : porte d’entrée d’un « Jeu » national

Cette carte de 1962 revêt une importance capitale. Elle constitue la porte d’entrée d’un « jeu » (1) mis en place non seulement à Gisors ou à Rennes-le-Château, mais sur l’ensemble du territoire français. Le nombre d’Or y devient un guide essentiel, invitant à tracer un long parcours à l’aide de la géométrie sacrée. Pour débuter ce périple et entrer dans un mystérieux cénacle, il fallait résoudre l’énigme du triangle hermétique des « trois têtes » (2).

Les liens avec Pierre Plantard et l’académie latine

En revoyant Erik Sablé, celui-ci m’a confié que Jean Rignac aurait été membre de l’Académie Latine, une organisation fondée par Pierre Plantard à la Libération. Il m’a indiqué sa source : un certain Jean Peychinoux (3). Jean Peychinoux avait lui-même connu Pierre Plantard. Il avait été membre de Vaincre durant l’Occupation, puis de l’Académie Latine. En 1950, Pierre Plantard lui proposa de rejoindre une société secrète dont la direction avait été confiée à la maîtresse de feu Georges Monti. Lors d’une conversation téléphonique avec Peychinoux, je lui ai fait part de ma lecture de Le Réveil des Titans. Il m’a révélé que si Jean Rignac avait bel et bien écrit ce livre, une autre personne y avait participé. L’affaire de Gisors y était reprise d’une autre façon : il n’y avait plus de puits, mais un gouffre. Ce n’était plus trente coffres, mais un seul coffre, avec toujours en jeu le dévoilement du secret des Templiers : un rituel magique d’évocation majeur révélant ce qu’était réellement le Baphomet. Enfin, ce même coffre recelait deux parchemins en latin, un renvoi à la soi-disant découverte de l’abbé Saunière.

Une farce dirigée contre Pierre Plantard

Selon Peychinoux, ce livre n’était qu’une farce dirigée contre Pierre Plantard, en réponse à ses manipulations. Il dévoilait deux secrets : la signature utilisée par Pierre Plantard pour une certaine correspondance entre « initiés » d’une confrérie magique – un cercle surmonté d’une croix et dominant une croix, c’est-à-dire le signe de la terre fusionnant celui de Vénus. Enfin, la couleur verte du gouffre, qui était la couleur de l’écriture pour ces mêmes initiés.

Notes

(1) Ce mot de « jeu » fut employé par Pierre Plantard devant le juge Thierry Jean-Pierre, qui n’y comprit rien.
(2) Correspondance Pierre Plantard – Jean Peychinoux. Cette énigme est reprise dans Les Templiers sont parmi nous.
(3) Erik Sablé lui consacre de nombreuses pages dans son dernier livre Dieu comme expérience intérieure.

Cet ouvrage, au croisement de la fiction et des intrigues historiques, invite à une réflexion profonde sur les mystères templiers et les jeux d’ombres ésotériques qui ont marqué le XXe siècle. Le Réveil des Titans n’est pas seulement un roman ; c’est une clé codée vers des arcanes oubliés, où la rationalité rencontre l’invisible dans un tourbillon de symboles éternels.

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« Instruction secrète à mon fils » de Jean-Baptiste Willermoz, la vision d’Olivier de Lespinats

Avec Méditation vivante sur la Lettre à mon fils de Jean-Baptiste Willermoz, Olivier Chebrou de Lespinats ne commente pas un texte, il le réveille, il le remet dans nos mains comme un outil qui chauffe, et cette chaleur n’a rien d’ornemental.

J.-B. Willermoz

L’auteur propose une expérience de lecture qui tient de la transmission vécue, au sens le plus exigeant du terme. Jean-Baptiste Willermoz, né en 1730 et mort en 1824, y parle comme une voix paternelle et opérative, une voix qui ne cherche jamais à séduire, une voix qui demande un prix. Nous n’entendons pas un moraliste, nous entendons un homme qui sait ce que coûte une fidélité, et qui pèse chaque injonction afin qu’elle atteigne la conscience plutôt que l’intelligence. La phrase, chez Jean-Baptiste Willermoz, semble avoir été éprouvée par l’expérience. Elle avance sans grand geste, mais elle vise juste, comme une lame qui ne coupe pas pour blesser, mais pour séparer le vrai du commode, l’essentiel du bavardage intérieur.

Tout s’ordonne autour d’un mot incandescent, le dépôt

J.-B. Willermoz

Jean-Baptiste Willermoz ne remet pas un trésor à conserver dans une armoire intime, il confie un feu à porter, et ce feu peut devenir brûlure si nous le nourrissons d’orgueil. Le dépôt engage. Il implique que la lumière reçue ne nous appartient pas. Elle nous traverse, elle nous oblige, elle réclame une discipline qui n’a rien d’une austérité de façade. La connaissance, ici, n’est jamais séparée de la purification, et la purification n’est jamais séparée du service. Nous retrouvons une loi profonde de la tradition maçonnique, la lumière ne se distribue pas comme un privilège, elle se mérite par une tenue du cœur, par un usage juste du silence, par une capacité à soutenir la clarté sans la transformer en miroir pour notre amour-propre. Une telle tenue ne consiste pas à empiler des notions, elle consiste à préférer l’exactitude du geste à la brillance du discours, à substituer au goût du signe l’obéissance à ce que le signe exige.

Cette rigueur s’appuie sur une dramaturgie qui traverse tout l’héritage spirituel occidental, la chute et le retour. Jean-Baptiste Willermoz décrit l’être humain comme désaccordé, intelligence assombrie, volonté fragilisée, cœur facilement détourné de sa source, puis Jean-Baptiste Willermoz maintient qu’un chemin demeure, non sous la forme d’une consolation, mais sous la forme d’une architecture de réhabilitation. Il y a, dans cette architecture, quelque chose d’artisanal et de sacré, comme si chaque pierre devait être retaillée par le dedans. La prière, le culte intérieur, la fidélité au Principe unique deviennent des gestes de reconstruction.

L’histoire sacrée apparaît alors comme une grammaire de signes, non pour érudits, mais pour vivants. Les figures bibliques reviennent comme des types de réparation, Abel et Isaac, Joseph et Moïse, et jusqu’au Verbe incarné que Jean-Baptiste Willermoz place au centre de l’espérance.

L’ensemble n’écrase pas la liberté, il la réoriente. Jean-Baptiste Willermoz ne demande pas une soumission des lèvres, il réclame une conversion de l’être, et cette conversion prend la forme d’une fidélité quotidienne, discrète, recommencée.

Dans cette perspective, le rituel n’est jamais neutre. Olivier Chebrou de Lespinats rappelle avec une netteté presque tranchante que la même invocation peut sanctifier ou profaner selon l’intention. Cette seule idée suffit à éclairer nombre de nos dérives contemporaines, car il est si aisé de se croire profond dès que nous manipulons des formes, si aisé de confondre intensité et vérité, alors que Jean-Baptiste Willermoz demande l’inverse. Il demande de ralentir, de s’examiner, d’apprendre à se taire, d’accepter la patience d’une maturation. Le discernement devient une ascèse. Il tranche, non pour mépriser les formes, mais pour rappeler qu’elles ne valent que si elles rendent l’âme plus vraie, donc plus responsable. Nous comprenons alors que la parole initiatique ne se mesure pas à la quantité de symboles convoqués, mais à la qualité de l’homme ou de la femme que ces symboles travaillent.

À mesure que la méditation progresse, la vérité se dresse comme juge

Non une abstraction, mais une présence qui mesure nos habitudes, nos pensées, nos renoncements, jusqu’à cette pointe intérieure où chacun devient son propre témoin. La sanction n’est pas d’abord extérieure. Elle ressemble à un feu qui dévore lorsque nous persistons à vivre contre ce que nous savons. Une telle spiritualité, explicitement chrétienne dans ses images, rejoint pourtant une intuition hermétique, l’opération ne vaut que par la transmutation de l’être. L’ésotérisme cesse alors d’être un jeu d’ombre et de lumière, il redevient une justice, un art de conversion. Nous y sentons une fraternité profonde entre la voie willermozienne et la grande exigence intérieure des traditions de l’Occident spirituel, celle qui refuse la séparation confortable entre croire et devenir, entre comprendre et accomplir.

La question de la tradition s’éclaire d’une lumière austère, presque minérale. Jean-Baptiste Willermoz insiste, la transmission ne passe ni par les titres ni par la visibilité, mais par l’âme. Elle se chuchote, elle se garde, elle se donne à celui qui s’en montre digne. La bénédiction patriarcale devient alors le symbole opératif d’un transfert spirituel, passage d’une lumière plutôt que d’un bien. Nous retrouvons ici l’un des nerfs de l’initiation, l’égalité en dignité n’abolit pas l’épreuve, et l’épreuve protège autant le dépositaire que le dépôt. Elle protège aussi la communauté, car elle empêche que le sacré ne se dissolve dans la mode ou la facilité. Elle oblige à reconnaître qu’une transmission authentique est un service et non un droit, et qu’elle s’accompagne d’une crainte active, non la peur, mais le respect qui garde du pillage intérieur.

Olivier Chebrou de Lespinats

Cette fidélité s’enracine dans l’itinéraire d’Olivier Chebrou de Lespinats, qui se présente comme un humaniste spiritualiste et un chevalier du vingt et unième siècle, engagé depuis plusieurs décennies dans l’étude des rites et des symboles ésotériques, spirituels, mystiques et psychologiques. Cette durée n’est pas brandie comme un argument d’autorité. Elle se perçoit dans la manière de tenir la phrase, dans la sobriété qui refuse l’emphase, dans une volonté de transmettre des clés d’existence plutôt que des parures. L’œuvre d’Olivier Chebrou de Lespinats dessine un fil cohérent, de Dieu et la conscience maçonnique à La Voie du Maître Maçon, de La Lumière de la Transmission à Être Chevalier au XXIE siècle, sans oublier Les Gardiennes de Lumière consacrée à une chevalerie féminine, mystique et sacrée. Nous y voyons la même obsession, rendre au symbole sa fonction opérative, et rendre à la spiritualité son poids de vérité. Même ses entreprises de revues et de lettres, Le Symbolisme des Rites, Le Messager de la Croix Verte, Ousia, prolongent cette vocation, accompagner, instruire, éveiller, sans jamais céder au spectacle.

Il reste, après cette lecture, une image qui ne quitte plus le regard intérieur, celle du veilleur. Un serviteur sans scène, gardien d’un feu reçu dans le silence et rendu avec tremblement. Jean-Baptiste Willermoz et Olivier Chebrou de Lespinats nous laissent avec une exigence presque nue, devenir dignes de ce que nous désirons, afin que la flamme passe, et que rien de nous ne vienne l’obscurcir.

Un livre bref par le format, vaste par l’empreinte, qui rappelle que toute lumière véritable commence lorsque nous consentons à être travaillés par elle.

Méditation vivante sur la Lettre à mon fils de Jean-Baptiste Willermoz

Olivier Chebrou de Lespinats

Le compas dans l’œil, coll. L’initiée, 2026, 128 pages, 18 €

Pour commander, c’est ICI / Le site de l’éditeur

Pierre Mollier, la lumière des archives, couronné au Festival Napoléon

Au Festival Napoléon, la franc-maçonnerie n’est ni un décor ni un prétexte. Elle devient une clé de lecture de l’Empire, à travers la voix d’un historien qui a fait métier de dissiper les brumes et d’ordonner les faits. Pierre Mollier y est distingué lauréat du Prix Napoléon, au terme d’un travail de longue haleine, patient, documenté, transmis.

Il y a des prix qui récompensent une œuvre, et d’autres qui saluent une attitude intérieure Celui-ci semble relever des deux. Car ce que l’on honore, dans le parcours de Pierre Mollier, c’est moins une somme de publications que la tenue d’une méthode. Aller aux sources. Lire les archives comme on lit une pierre, sans la flatter, sans la frapper, en cherchant la veine. Restituer ensuite, avec cette clarté rare qui ne simplifie pas, mais hiérarchise, met à sa place, donne la mesure.

Le cadre n’est pas neutre

La 4e édition du Festival Napoléon, fondée et dirigée par David Serero, s’est tenue les 14 et 15 février 2026 au Club de l’Étoile, à Paris. Une programmation qui veut faire dialoguer histoire et présent, recherche et débat d’idées, et qui assume l’ambition de traiter Napoléon Bonaparte comme une figure vivante, interrogée, disputée, recontextualisée.

Pierre Mollier, en 2019

Dans ce dispositif, Pierre Mollier n’arrive pas comme un commentateur de plus, mais comme un artisan du vrai. Son intervention, annoncée le dimanche 15 février à 14 h, portait sur « Napoléon et la franc-maçonnerie » et proposait une lecture rigoureuse des liens entre l’Empire, les loges et les réseaux d’influence de l’époque.

Le prix, lui, met des mots précis sur ce qui est reconnu

L’excellence des recherches de Pierre Mollier sur la franc-maçonnerie. La qualité d’un éclairage précis, documenté, pédagogique, appliqué aux relations entre Napoléon et les réseaux d’influence de son temps. Cette formule est importante. Elle refuse la tentation de l’allusion. Elle refuse le romanesque facile. Elle dit l’essentiel, un travail qui permet de comprendre sans fantasmer.

Il faut mesurer ce que représente un tel parcours dans le paysage maçonnique et culturel Longtemps directeur de la bibliothèque du Grand Orient de France et conservateur du Musée de la franc-maçonnerie, Pierre Mollier appartient à cette lignée de passeurs qui savent que le patrimoine n’est pas un mausolée. C’est un chantier. Cela se classe, se décrit, se date, se contextualise. Puis cela s’offre au regard public, sans arrogance et sans peur.

La démarche est presque initiatique, au sens le plus sobre

Elle commence par l’épreuve du document. Elle continue par l’ascèse du tri. Elle aboutit à la parole juste. Dans un monde saturé de récits, il rappelle que la vérité historique n’est pas une opinion bien tournée. C’est une construction patiente, une architecture de preuves, où chaque pierre doit porter. C’est sans doute pourquoi, quand il parle de franc-maçonnerie, il ne la réduit jamais à un mythe, ni à une caricature. Il la restitue comme un fait social, politique, culturel, avec ses pratiques, ses tensions, ses usages, ses zones d’ombre et ses lumières.

Le lien à l’Empire est, ici, un révélateur

Il oblige à tenir ensemble deux exigences souvent opposées dans le débat public. D’une part, reconnaître l’importance des sociabilités maçonniques dans la circulation des hommes, des idées, des fidélités. D’autre part, ne pas transformer cette réalité en clef universelle qui expliquerait tout. Dans une interview consacrée à Jean-Jacques-Régis de Cambacérès, il montre comment l’appareil impérial a voulu surveiller, encadrer, pacifier une maçonnerie renaissante, et comment le Grand Orient de France a pu servir de circuit d’informations et de contacts entre centre et provinces. Là encore, pas de grand théâtre du soupçon, mais une mécanique historique lisible, replacée dans le contexte d’un régime qui gouverne en organisant.

Voilà ce que récompense vraiment un prix quand il vise juste. Non pas une posture, mais une capacité à tenir l’équerre du fait et le compas de la nuance.

Dire ce qui relie, sans inventer ce qui manque. Montrer ce qui influence, sans prétendre au pilotage secret. Et, par-dessus tout, transmettre. Car l’enjeu n’est pas seulement de convaincre des spécialistes. Il est d’aider le grand public à quitter la fascination pour entrer dans l’intelligence.

Il y a, dans cette distinction, quelque chose d’un geste fraternel au sens large

Honorer Pierre Mollier, c’est honorer une certaine idée de la lumière, celle qui ne s’affiche pas, celle qui éclaire. Une lumière de bibliothèque et d’archive, une lumière de vitrine et de papier, une lumière qui ne promet pas des révélations mais qui rend au passé sa forme exacte. Et c’est peut-être, aujourd’hui, l’une des manières les plus sûres de servir l’initiation, garder le goût du vrai, et laisser les symboles conduire, non pas vers l’ombre, mais vers la connaissance.

Jesse Jackson (OE), une vie debout entre prophétie et controverse

Le 17 février 2026, Jesse Jackson s’est éteint à Chicago, entouré des siens, à l’âge de 84 ans. Pasteur baptiste, tribun, artisan d’alliances improbables, il aura porté pendant plus d’un demi-siècle une parole d’espérance et de lutte, souvent lumineuse, parfois entachée d’ombres très humaines.

Jesse Jackson

Et puisqu’il est, selon plusieurs sources maçonniques, un Frère de la tradition Prince Hall Freemasonry, son départ invite à regarder son parcours comme on regarde une pierre, sans fard, sans légende, avec la rigueur due aux bâtisseurs.

Il y a des morts qui ferment un dossier. Celle de Jesse Jackson ouvre un chantier. Non pas un chantier d’idolâtrie, mais un chantier de discernement. L’homme a vécu au centre du tumulte, là où la parole peut sauver, là où elle peut aussi blesser, là où le symbole se fissure si l’ego s’y installe.

Un pasteur dans la longue marche

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Né en 1941 à Greenville, élevé dans l’ombre des lois ségrégationnistes, Jesse Jackson s’impose très tôt comme une voix qui refuse la résignation.
Protégé et compagnon de route de Martin Luther King Jr.,
il travaille au cœur du mouvement des droits civiques, puis se retrouve propulsé au premier plan après l’assassinat de King en 1968, dont il fut l’un des témoins proches.

Il fonde Operation PUSH, puis la coalition arc en ciel, avant la forme unifiée Rainbow PUSH Coalition, pour lier combat civique et justice économique, emploi, dignité, accès.
Il se présente aux primaires démocrates en 1984 puis en 1988, ouvrant une brèche historique dans l’imaginaire politique américain.

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Sans jamais occuper de mandat électif majeur, il devient pourtant un diplomate de l’informel, multipliant médiations et missions, de prises d’otages à des négociations où l’État officiel hésite, et où la société civile ose.

En 2000, Bill Clinton lui remet la Médaille présidentielle de la Liberté.
En 2021, Emmanuel Macron le fait commandeur de la Légion d’honneur, saluant un ami de la France et une œuvre tournée vers paix, justice et fraternité.

Les ombres, parce que l’humain n’est pas un mythe

Écrire « sans rien cacher » ne veut pas dire salir. Cela veut dire tenir ensemble la flamme et la fumée.

Jackson a porté des controverses lourdes. L’une des plus connues reste une remarque antisémite prononcée en 1984, dans le feu d’une campagne, qui a durablement blessé et fragilisé son image, avant qu’il ne présente des excuses publiques.
Sa vie personnelle a aussi vacillé quand il a reconnu une relation extraconjugale ayant conduit à la naissance d’une fille en 1999, épisode qui l’a conduit à se retirer un temps de la scène. D’autres épisodes, plus anciens ou plus périphériques, jalonnent sa biographie et rappellent qu’une figure publique n’est jamais à l’abri d’elle-même, ni d’un récit qui la dépasse. On peut admirer l’architecte d’alliances et constater les failles de l’homme. C’est même la seule manière adulte d’honorer une vie qui a pesé sur l’Histoire.


Prince_hall

Un Frère selon la tradition Prince Hall

Sur le versant maçonnique, les sources convergent vers une appartenance à la maçonnerie Prince Hall, enracinée dans l’histoire afro américaine et longtemps contrainte de bâtir ses propres structures face aux exclusions.

Prince Hall

Le site officiel de la Most Worshipful Prince Hall Grand Lodge of Illinois cite Jesse Jackson Sr. parmi les figures rattachées à Harmony Lodge No. 88.
D’autres sources maçonniques évoquent une réception en 1987, avec une datation fréquemment reprise au 25 mai 1987, et une formule dite « à vue ».

Quant au 33e degré, souvent avancé dans des listes et articles, il relève du Ancient and Accepted Scottish Rite et n’est pas toujours documenté publiquement avec le même niveau de preuve qu’une appartenance de loge bleue. Un article de 450.fm reprend cette mention au titre des “maçons célèbres du 33e degré”, tout en rappelant la prudence nécessaire face aux listes.

Ce point mérite donc une formulation juste. L’essentiel, initiatiquement, n’est pas le chiffre brandi comme un trophée, mais la cohérence d’une vie au regard des vertus proclamées. La Maçonnerie ne sanctifie pas. Elle met au travail.

Le fil rouge, dignité et alliance

Ce qui demeure, au-delà des polémiques, c’est un motif obstiné, faire tenir ensemble des mondes qui se méprisent. Jesse Jackson parlait d’arc en ciel, non comme décor, mais comme méthode. Faire place à l’autre sans renoncer à soi. Transformer le conflit en épreuve de vérité. Éprouver l’universel dans le particulier.

Il a aussi porté le paradoxe de toute figure prophétique dans un siècle médiatique. Plus la cause est juste, plus l’orateur est tenté de devenir son propre emblème. Et plus l’emblème est exposé, plus la chute menace.

Jesse Jackson prononce un discours à l’occasion des Goodwill Games de 1990.

Dans ses dernières années, la maladie a resserré la voix, comme si la parole devait apprendre, elle aussi, la sobriété. Diagnostiqué de Parkinson’s disease en 2017, il a ensuite été confirmé atteint de paralysie supranucléaire progressive, affection rare souvent confondue au début.

Qu’on le lise en historien, en citoyen, ou en Frère, Jesse Jackson laisse une leçon exigeante. La fraternité n’est pas un sentiment, c’est une discipline. La justice n’est pas un slogan, c’est une rectitude qui se prouve aussi quand on tombe.
S’il est passé à l’Orient Éternel, il n’emporte pas une statue. Il laisse une pierre, marquée, parfois ébréchée, mais encore capable d’indiquer un axe, celui de la dignité humaine tenue debout, même quand le monde voudrait la voir à genoux.

Signature de Jesse Jackson