dim 26 septembre 2021 - 08:09

« Le Serment en Franc-Maçonnerie » , une belle étude d’une pratique rituelle qui peut poser question !

Recension de l’ouvrage de Boris Nicaise qui permet de mieux comprendre la pratique du serment aussi bien dans le monde profane qu’en franc-maçonnerie.

C’est un sujet qui nous renvoie aux origines de l’humanité ; le serment a suivi le fil des ans pour prendre toute son importance au Moyen-âge : comme l’écrit Claude Gauvard,  enseignante-chercheuse et historienne française, spécialiste de l’histoire politique, sociale et judiciaire du Moyen Âge :

«les premiers balbutiements écrits du français et de la littérature française sont issus de la pratique du serment, sous la forme des Serments de Strasbourg ! »

« Le Moyen Âge est né avec le serment. Pour s’en tenir aux langues vernaculaires, les premiers balbutiements écrits du français et de la littérature française sont issus de la pratique du serment, sous la forme des Serments de Strasbourg ! » (Rappelons que les accords de Strasbourg du 14 février 842, s’ils avalisaient la coalition militaire entre Charles le Chauve et Louis le Germanique, contre leur frère aîné, Lothaire Ier, sont considérés, par la qualité littéraire de son contenu, comme l’acte de naissance de la littérature française.

Aujourd’hui, le serment est toujours omniprésent aussi bien dans la vie profane qu’en loge, quel que soit le degré où s’effectuent les travaux maçonniques.

Le titre est réducteur car l’auteur ne se limite pas à l’étude du secret en franc-maçonnerie ; il y a aussi une réflexion générale, historique et sociologique. Et c’est justement cette approche globale qui justifie l’intérêt de l’ouvrage.

« Le serment semble désuet alors même que nous voudrions tous pouvoir nous y fier. Sans serment auquel s’en remettre ou s’engager, la loi de la jungle est assurée ! Le serment est donc un des rares éléments qui nous éloignent de notre animalité et font de nous ce que nous voulons être : des hommes et des femmes à part entière. »

En quatorze chapitres, avec une plume alerte, Boris Nicaise aborde de différentes manières ce sujet passionnant :

  • 1. LES MONDES DU SERMENT
  • 2. PETITE HISTOIRE DU SERMENT
  • 3. ENJEUX DU SERMENT EN FRANC-MAÇONNERIE
  • 4. L’ESPACE D’UN TEMPS INEXISTANT
  • 5. LE SERMENT POUR SARMENT
  • 6. L’ESPRIT DU CORPS
  • 7. TÉMOINS ET ACTEURS, TOUS FACTEURS
  • 8. LES GENRES DU SERMENT
  • 9. ÉVOCATIONS DE L’INVOCATION
  • 10. LES MOTS POUR LE DIRE
  • 11. SAINTES SANCTIONS, SAINES SANCTIONS ?
  • 12. ABSENTÉISME OU THÉISME ABSENT ? PARJURE, DEGRÉ ZÉRO
  • 13. PRATIQUE MAÇONNIQUE
  • 14. EPILOGUE

Les pages consacrées à la pratique du serment en loge maçonnique sont parfois teintées d’un volontarisme embellisseur pour faire ressortir une interprétation positive de son contenu symbolique mais Boris Nicaise ne se prive pas pour autant d’un regard critique.

« En 1986, la Grande Loge Unie d’Angleterre décida de supprimer toute expression de pénalités dans le serment mais continua de les mentionner dans l’instruction du grade propo­sée ensuite. Cette voie reste souvent pratiquée en maçonnerie, permettant de développer la symbolique en l’ancrant dans l’Histoire et d’éviter une critique aisée devant des expressions insensées que le profane ne comprend guère. Il faut d’ailleurs reconnaître que l’adoucissement des termes du serment vint en partie de l’hostilité du monde qui, prenant tout au premier degré (ou en l’espèce moins encore), voyait dans ces outrances l’œuvre de conjurés comploteurs imposant le silence sur d’ina­vouables secrets. »

Car il est clair que le serment est d’abord une pratique sociale d’allégeance que les sociétés imposent sans possibilité de négociation ; le christianisme l’avait refusé dans un premier temps (cf « Tu ne jureras point ! »)  pour ensuite le reprendre à son compte  et l’instrumenter notamment lors des guerres de religion !

Le serment impose une dialectique abrupte : c’est toujours à prendre ou à laisser ! Devant ce faux choix, la soumission au diktat institutionnel est l’attitude la plus commune ! C’est ce qui se passe pour la très grande majorité des postulants à l’initiation maçonnique qui savent que tout cela est de l’ordre du simulacre !

Comme le rappelle l’auteur, à la Révolution Française il fut question d’annuler les serments :

« … lors de la Convention de 1793, Cambacérès, qui à ce moment fête déjà ses vingt ans de franc-maçonnerie, suggère de révoquer tout serment lorsqu’il présente le premier projet de Code Civil français : « Nous avons pensé que la morale et la raison demandaient l’abolition du serment, créé pour servir de supplément aux conventions mais qui, au lieu d’étayer le bon droit, ne fut presque toujours qu’une occasion de parjure » (Recueil complet des travaux préparatoires du Code Civil, Fenet 1827, tome 1 page 9) 

C’est un livre qu’il faut lire pour comprendre et aussi pour imaginer que, peut-être un jour le serment et sa langue de bois pourrait être reformulé avec un contenu plus authentique et plus respectueux d’un réel contrat qui soit équilibré et qui engage aussi bien le contractant que la loge ou l’ordre maçonnique !

On pourrait se poser la question de cette lente et irrémédiable perte de sens d’une pratique rituelle devenue formelle en franc-maçonnerie et aussi dans le monde profane. La réponse n’est-elle pas dans la déliquescence du rapport à Dieu qui fut la raison d’être du serment ? Notre frère Boris Nicaise y trouve encore un certain charme ; il y a aussi de la nostalgie dans son propos.

A noter que l’image de la couverture du livre n’est pas conforme avec la pratique habituelle du dégantement des mains pour prêter serment que l’auteur lui-même rappelle dans son texte.

La bibliographie complète utilement le développement proposé.

Tout n’est pas dit sur ce sujet mais l’essentiel y est.

Boris Nicaise, avec une production déjà conséquente, se révèle être un auteur de qualité : des textes bien documentés, la volonté d’explorer son sujet sans trop de langue de bois, un style enlevé et agréable à la lecture !

  • Le Serment en Franc-Maçonnerie
  • Boris Nicaise
  • Editions La Maison De Vie – MdV – 2021
  • 168 pages – Prix : 17,50 €
  • Commande possible sur la FNAC

Eléments biographiques :

  • Boris Nicaise est né en 1961 à Bruxelles, il est membre de la Grande Loge de Belgique
  • Chirurgien-dentiste, poète, franc-maçon, artiste des collages

Ouvrages maçonniques du même auteur

  • Le Miroir, du voir au savoir : outil de connaissance, E.M.E. Éditions, 2012.
  • En Réponse à mes enfants, libres propos au sujet de la franc-maçonnerie, E.M.E. Éditions, 2012.
  • Les Minutes de l’expert, E.M.E. Éditions, 2014. Un et un font trois, E.M.E. Éditions, 2014.
  • Temps maçonnique VS Temps profane, E.M.E. Éditions, 2015.
  • Le Complot des pots-de-beurre : des francs-maçons résistent à Napoléon, E.M.E. Éditions, 2016.
  • La Symbolique, au-delà des symboles, E.M.E. Éditions, 2017.
  • Le Secret maçonnique, des secrets maçonniques au Mystère initiatique, E.M.E. Éditions, 2018.
  • La Transmission en franc-maçonnerie, E.M.E. Éditions, 2019.
  • L’Égrégore, quatrième dimension de la franc-maçonnerie ? Numérilivre Éditions des Bords de Seine, 2020.

Pour d’autres informations sur ce sujet :

Traduction : Le serment maçonnique (du Maître Maçon)
Moi, ___________, de mon plein gré et accord, en présence du Dieu Tout-Puissant et de cette loge adoratrice, érigée en son honneur et dédiée au saint Saint-Jean, ici je promets par les présentes très solennellement et sincèrement et jure, que je proclame toujours cacher, jamais révéler, les secrets, arts, parties, points, du degré de Maître Maçon, à quelque personne  que ce soit, à moins que ce soit un vrai et légitime frère de ce degré, ou dans une loge régulièrement constituée de Maîtres Maçons, ni à lui, ni à eux, ni à qui que ce soit, jusqu’à  ce que par un procès strict, un examen en bonne et due forme ou une légitime information, je l’aurai ou les aurai trouvé, comme étant aussi légitimes que je suis moi-même.
Je promets en outre et jure, que je respecterai toutes les lois, règles et règlements du Maître Maçon et de la Loge dont je pourrais devenir membre par la suite, dans la mesure où cela arrivera à ma connaissance et que je soutiendrai toujours la Constitution, les lois et les décrets de la Grande Loge en vertu desquels ceux-ci seront tenus.
De plus, je reconnaîtrai et obéirai à tous les signes et convocations qui me seront envoyés par une loge de maîtres maçons, ou qui me seront donnés par un frère de ce degré, si c’est mon devoir.
De plus, j’aiderai et assisterai toujours tous les dignes maîtres maçons pauvres et en détresse, leurs veuves et orphelins, sachant ce qu’ils vivent, autant que leurs nécessités l’exigent, et que mes capacités le permettent, sans préjudice matériel pour moi et ma famille.
De plus, je garderai les secrets d’un digne frère Maître Maçon, s’ils me sont communiqués et reçus comme tels, meurtre et trahison exceptés.
De plus, je ne cautionnerai pas pas, ni ne serai présent à l’initiation, au passage ou à l’éducation d’une femme, d’un vieil homme gâteux, d’un jeune homme mineur, d’un athée, d’un fou ou insensé, sachant qu’ils sont tels.
De plus, je ne siégerai pas dans une loge non reconnue de Maçons ni converserai sur le sujet de la franc-maçonnerie avec un maçon illégitime, ni avec quelqu’un qui a été expulsé ou suspendu d’une loge, tout le temps de cette situation.
De plus, je ne tromperai pas, ni ne frauderai une loge de maîtres maçons, ni un frère de ce degré, sciemment, ni ne le supplanterai dans aucun de ses louables engagements, et lui en aviserai en temps et en heure, afin qu’il puisse conjurer tout danger.
De plus, que je ne frapperai pas sciemment un frère Maître Mason, ni lui ferait la moindre violence dans la colère, sauf si cela est nécessaire à la défense de ma famille ou de mes biens.
De plus, je n’aurai pas de rapports charnels illégaux avec la femme d’un maître maçon, sa mère, sa sœur ou sa fille sachant qui elles sont, ni souffrir que d’autres en fassent autant, si c’est en mon pouvoir de l’empêcher.
De plus, je ne donnerai pas la grande parole maçonnique, d’une autre manière ou d’une autre forme que celle dans laquelle je l’ai reçue, à voix basse.
De plus, je ne donnerai pas le grand signe de détresse sauf en cas de danger imminent, dans une loge juste et légale, ou pour le bénéfice de l’instruction ; et si jamais je devais le voir donné, ou si je devais entendre les mots qui l’accompagnent, de la part d’un digne frère en détresse, je volerai à son secours, s’il y a une plus grande probabilité de sauver sa vie que perdre la mienne.
Tout cela, je le promets et jure très solennellement, sincèrement, avec une résolution de faire la même chose, sans aucune hésitation, moi-même, sous peine d’avoir mon corps coupé en deux, mes entrailles enlevées de là et réduites en cendres, les cendres dispersées devant les quatre vents du ciel, afin que l’on ne puisse plus se souvenir d’un misérable aussi vil et méchant que je le serais, si jamais, sciemment, je violais l’obligation de mon maître maçon.
Alors aidez-moi Dieu, et gardez-moi ferme dans la bonne exécution de la même chose.
Alain Bréant
Médecin généraliste, orientation homéopathie acupuncture initié en 1979 dans la loge "La Voie Initiatique Universelle", à l'orient d'Orléans, du GODF Actuellement membre de la RL "Blaise Diagne" à l'orient de Dakar - GODF Auteur sous le pseudonyme de Matéo Simoita de : - "L'idéal maçonnique revisité - 1717- 2017" - Editions de l'oiseau - 2017 - "La loge maçonnique" - avec la participation de YaKaYaKa, dessinateur - Editions Hermésia - 2018 - "Emotions maçonniques " - Poèmes maçonniques à l'aune du Yi King - Editions Edilivre - 2021

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5 Commentaires

  1. Le serment porté au martyr avec Le Dialogue des carmélites de Georges Bernanos.
    regarder le film sur : , âmes sensibles s’abstenir !

  2. Il y a quelques années, le GODF réfléchissait, à l’instar du Sermon d’Hippocrate, sur un sermon du scientifique. J’en ai proposé un, mais je ne sais pas ce qu’il est devenu:

    Sermon du Scientifique

    Je jure de servir l’Humanité par mes recherches.

    Je jure de dévouer mes connaissances, mes inventions et leurs applications
    – au développement de son bien-être,
    – à la défense de la dignité humaine et de la liberté,
    – à la préservation de la biodiversité et de la biosphère,
    – au partage du savoir.

    Je jure de ne point faire servir mes connaissances, mes inventions et leurs applications
    – à la croissance de la misère ou de l’ignorance,
    – à l’asservissement ou à la discrimination,
    – à l’atteinte à l’intégrité physique, psychique ou morale des humains.

    Je jure d’être vigilant. Si j’apprends que mes pensées et mes travaux sont détournés à des fins contraires à ce sermon je m’engage à alerter la communauté.
    Je le sais et je l’assume.

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