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15/03/25 : Académie maçonnique Paris : « Tout se joue-t-il le soir de l’initiation ? »

Ce samedi 15 mars à 10h30, l’Académie maçonnique Paris recevra, lors de son webinaire mensuel, pour une conférence intitulée :

« Tout se joue-t-il le soir de l’initiation ? »

LORENZO SOCCAVO

Membre de la Grande Loge de France, chercheur en littérature à Paris, associé à l’Institut Charles Cros, dernier ouvrage paru : Terres de fiction (Chaudfontaine, Belgique, Bozon2X éditions, 2024, 142 p.)

Ce webinaire est gracieusement accessible aux Sœurs et aux Frères de toutes Obédiences, titulaires du grade de Maître, sur inscription préalable : Cliquez ici

LORENZO SOCCAVO

Initié à Versailles, en 2001, à la Grande Loge de France, au Rite Écossais Ancien et Accepté, il est membre, depuis 2014, du Collège de la Loge d’étude et de recherche Jean Scot Érigène (travaillant au 3e degré), membre du comité de rédaction et auteur de sa revue Les Cahiers Jean Scot Érigène. Il a contribué aussi à Points de Vue Initiatiques et, tout dernièrement, à la Revue d’Histoire de la Franc-Maçonnerie (lancée cette année par la Commission d’Histoire pilotée par la Loge nationale de recherche Marquis de La Fayette dont il est le secrétaire).

Au plan profane, il est chercheur en littérature à Paris, associé à l’Institut Charles Cros. Son ouvrage le plus récent est un essai de littérature : Terres de fiction, où ses recherches portent sur le concept de « fictionaute » et le sentiment de « traversée du miroir » par les lectrices et lecteurs de romans.

La question qu’il se pose ce samedi taraude bien des initiés. Il nous donnera et étayera son point de vue, nous aidant ainsi à approfondir le sens de l’initiation depuis son choc initial.
Une version de cette conférence paraîtra dans Les Cahiers Jean Scot Erigène, nouvelle série, № 4, en avril 2025.

Le secrétaire général du Conseil islamique arabe confirme qu’il n’est pas Franc-maçon

De notre confrère CNN

Mohammed Ali al-Hussaini dément tout lien avec la franc-maçonnerie et ironise sur une candidature au Hezbollah

Beyrouth, 4 mars 2025 – Mohammed Ali al-Hussaini, secrétaire général du Conseil islamique arabe, a tenu à clarifier les choses face aux rumeurs persistantes sur son supposé appartenance à la Franc-maçonnerie. Dans une prise de parole relayée sur son compte X, il a fermement nié ces allégations, affirmant n’avoir « aucun lien, de près ou de loin » avec cette organisation souvent entourée de mystères et de controverses.

Interrogé également sur une éventuelle ambition de succéder à Hassan Nasrallah à la tête du Hezbollah, al-Hussaini a répondu avec une touche d’humour : « Je ne suis pas en lice pour ce poste, et je n’en ai ni l’envie ni l’intention. » Il a insisté sur le fait que son engagement se concentre exclusivement sur sa mission au sein du Conseil islamique arabe, visant à servir l’islam et les musulmans sans arrière-pensées politiques.

Le responsable n’a pas mâché ses mots contre ceux qui propagent ces rumeurs, les accusant de chercher à semer la division parmi les musulmans par jalousie ou calcul. « Ces calomnies visent à détourner l’attention des véritables enjeux qui touchent notre communauté », a-t-il dénoncé, avant d’appeler à l’unité face aux défis actuels.

Cette sortie médiatique intervient dans un contexte tendu au Moyen-Orient, où les spéculations et les théories du complot, notamment autour de la franc-maçonnerie, trouvent souvent un écho amplifié. Mohammed Ali al-Hussaini, figure connue pour ses positions religieuses et son influence au Liban, semble déterminé à couper court aux polémiques pour recentrer le débat sur les priorités de la région.

Sautoir et Cordons maçonniques

Portes de l’alliance et de la transmission

Dans l’univers maçonnique, le sautoir et le cordon ne sont pas de simples ornements. Ils symbolisent l’alliance entre tradition et modernité, le lien sacré entre l’initié et la Connaissance, et servent d’insignes de fonction et de grade. Ces accessoires, portés avec fierté et humilité, sont de véritables vecteurs de la transmission initiatique. Comme le disait Carl Jung :

« Votre vision ne deviendra claire que lorsque vous regarderez dans votre propre cœur. »

Ce regard intérieur se reflète dans la beauté et la signification des sautoirs et cordons, qui marquent l’appartenance à une lignée de sagesse ancestrale.

Origine et évolution

Historiquement, le sautoir et le cordon trouvent leurs racines dans les traditions nobiliaires et dans le Compagnonnage. Les couleurs compagnonniques ne sont pas portées en sautoir.

Le sautoir maçonnique porte en pointe le bijou confirmant la fonction (Equerre pour le Vénérable, Niveau et Perpendiculaire pour les deux surveillants, etc.). Ils continuent d’être portés en tenue blanches ou fermées (à l’exclusion du tablier et des gants emblèmes du travail). En loge le sautoir ne dispense pas du port du Tablier.

Cordon de secrétaire
Cordon de secrétaire

À l’origine, dans la franc-maçonnerie anglaise, le sautoir était porté exclusivement par les Officiers, symbolisant un privilège réservé aux détenteurs de responsabilités.

En France, l’usage du cordon, issu des Ordres royaux – Saint-Esprit, Saint-Louis et Saint-Lazare, s’est généralisé pour montrer que tous les Maçons en fonction de leur grade et leurs responsabilités, qu’ils soient Officiers ou Maîtres, appartiennent à un ordre prestigieux et égalitaire.

« La grandeur de l’âme se mesure à sa capacité à transmettre la lumière. »

Ce lien historique confère à ces accessoires une dimension à la fois pratique et symbolique, servant à la fois d’instrument de distinction et de rappel de la mission de Transmission.

Symbolique du sautoir et du cordon

Le sautoir se présente généralement sous la forme d’un large ruban, souvent en tissu de couleur moiré avec ou non des liserés d’or, et peut être porté en collier. Les broderies variables reflètent les couleurs de l’obédience.

Le cordon, quant à lui, est le même ruban porté de l’épaule droite à la hanche gauche. Souvent nommé Echarpe, le cordon se différencie du Sautoir. Il symbolise une connexion diagonale entre le profane et le sacré.

« Les symboles sont les clés qui ouvrent la porte de l’invisible. »

Sautoir de l’Expert de la Loge Xavier Mina à Pampelune. EFE/Jésus Diges

Ces accessoires rappellent que l’initié doit toujours garder en mémoire l’alliance qu’il a conclue avec la Connaissance. Leur port, rendu obligatoire lors des tenues, incarne l’engagement personnel de chaque Maçon à œuvrer avec constance et humilité. Ils invitent également à se poser la question essentielle :

« Qu’est-ce que cet insigne signifie pour moi ? »

Ce questionnement, essentiel dans l’initiation, permet de transformer ces objets en vecteurs de méditation et de transformation.

Dimension spirituelle et mystique

Au-delà de leur rôle fonctionnel, le sautoir et le cordon maçonniques participent activement à la dimension spirituelle du travail en Loge.

« La véritable sagesse se trouve dans l’équilibre entre le visible et l’invisible. »

Cordon maçonnique
Cordon maçonnique,

Ils incarnent le chemin de la purification et de la transformation, rappelant à l’initié qu’il doit se défaire des attachements matériels pour embrasser pleinement la lumière. Par leur présence, ils suscitent en chacun le désir d’une introspection profonde et d’un engagement envers la Vérité qui se transmet de génération en génération.

Transmission et allégeance à la Tradition

Le sautoir et le cordon se posent comme des emblèmes d’alliance et de protection. Lors de la remise du tablier et de ces accessoires, le parrain ou le mentor rappelle à l’initié l’importance de leur usage : il s’agit non seulement de distinguer les grades, mais surtout de symboliser la continuité et la pérennité de la Transmission initiatique.

« Celui qui détient la Lumière se doit de la partager. »

En portant ces insignes, l’initié affirme son appartenance à une tradition millénaire et se rappelle qu’il est le dépositaire d’un savoir sacré qu’il se doit de faire fructifier et transmettre avec sagesse.

En conclusion

Le sautoir et le cordon maçonnique sont bien plus que de simples accessoires vestimentaires. Ils sont le reflet de l’engagement, de la transformation et de la quête incessante de la Connaissance qui caractérise la Franc-Maçonnerie.

« La véritable grandeur ne se mesure pas à ce que l’on possède, mais à la lumière que l’on partage. »

Ainsi, chaque fois qu’un Maçon revêt ces insignes, il renouvelle sa promesse de travailler, de s’élever et de transmettre la lumière intérieure, renforçant ainsi l’union sacrée qui lie les Frères et Sœurs de l’Ordre.

« Le Fil de Pénélope » et la Franc-maçonnerie – une trame ésotérique commune

Dans les rayons des librairies spécialisées ou les bibliothèques des initiés, Le Fil de Pénélope d’Emmanuel d’Hooghvorst trône comme une énigme. Ce recueil en deux tomes – le premier publié en 1996, le second en 1998, tous deux réédités par les Éditions Beya – n’est pas un roman d’aventures, mais une plongée dans l’hermétisme, l’alchimie et la quête spirituelle.

Emmanuel d’Hooghvorst

Son auteur, un baron belge érudit, y tisse une réflexion profonde sur les fables et les mystères de l’humanité. Et si cette œuvre semble éloignée des loges maçonniques, elle partage avec la franc-maçonnerie une trame commune : celle d’un savoir caché, d’un fil conducteur menant à la lumière. À l’heure où la franc-maçonnerie française, du GODF à la Grande Loge, fait face à des scandales (comme celui d’Alain Bauer, condamné le 4 mars 2025 selon Franceinfo) et à des fake news (Sudinfo.be, 4 mars 2025), explorer ces liens offre une perspective fascinante.

Emmanuel d’Hooghvorst : un hermétiste en quête de vérité

Né en 1914 à Anvers, Emmanuel d’Hooghvorst n’était pas un écrivain de salon. Fils d’une famille noble, il se forme aux humanités classiques avant de se passionner pour les langues anciennes – latin, grec, hébreu, araméen – et les traditions ésotériques. Sa rencontre avec Louis Cattiaux dans les années 1940, auteur du Message Retrouvé, marque un tournant : il y puise une vision où art, religion et science convergent vers une vérité universelle. Le Fil de Pénélope naît de cette quête, d’abord sous forme d’articles pour La Tourbe des Philosophes et Le Fil d’Ariane, puis en volumes réunis peu avant sa mort en 1999.

Le tome 1, sous-titré Ou la Clef des Fables, est une odyssée intellectuelle. D’Hooghvorst y décrypte des contes de Perrault (Cendrillon, Le Petit Poucet), des mythes grecs (l’Odyssée), ou encore des textes sacrés comme la Genèse, avec une conviction : derrière chaque récit se cache une leçon alchimique ou spirituelle. Pénélope, tissant et défaisant son ouvrage pour attendre Ulysse, devient une allégorie de l’âme patiente, cherchant la lumière dans l’obscurité du monde. Le tome 2, plus technique, plonge dans l’alchimie : commentaires de textes médiévaux, réflexions sur le Grand Œuvre, et une vision où la transmutation du plomb en or est aussi celle de l’homme en être éclairé.

Une œuvre ésotérique, mais pas maçonnique ?

À première vue, Le Fil de Pénélope ne parle pas de franc-maçonnerie. D’Hooghvorst, discret sur sa vie privée, n’a jamais revendiqué une appartenance aux loges. Pourtant, ses écrits vibrent d’échos maçonniques. La franc-maçonnerie spéculative, née au XVIIe siècle en Angleterre et formalisée en 1717, s’est nourrie de traditions alchimiques et hermétiques. Elias Ashmole, l’un des premiers maçons documentés, était un alchimiste fervent, tandis que les symboles maçonniques – équerre, compas, pierre brute – évoquent le « travail » sur soi, thème central chez d’Hooghvorst.

Dans le tome 1, l’idée d’un « fil » reliant les fables rappelle le cordon maçonnique, symbole d’unité et de progression initiatique. Pénélope, patiente et rusée, pourrait être une figure du maçon polissant sa pierre : un labeur constant pour atteindre la perfection. Le tome 2, avec son focus sur l’alchimie, renforce ce parallèle. Selon Le Figaro (27 mai 2024), l’alchimie a influencé les hauts grades du Rite Écossais Ancien et Accepté (REAA), où la quête de la « lumière philosophale » rejoint celle de la « lumière maçonnique ». D’Hooghvorst, en citant des auteurs comme Basile Valentin ou Nicolas Flamel, s’inscrit dans cette lignée.

Pour écouter l’interprétation alchimique de la carte du tarot, La maison Dieu, telle que proposée par Emmanuel d’Hooghvorst dans son ouvrage Le fil de Pénélope :

La franc-maçonnerie et l’hermétisme : une histoire entrelacée

Série Gioviana. Cristofano dell’Altissimo, Portrait de Pico della Mirandola, vers 1552-1568.)

Pour comprendre ce lien, un détour historique s’impose. La franc-maçonnerie moderne, si elle se revendique aujourd’hui laïque au GODF ou spirituelle à la Grande Loge de France (GLDF), puise ses racines dans les guildes médiévales et les cercles ésotériques de la Renaissance. L’hermétisme, avec ses textes attribués à Hermès Trismégiste (le Corpus Hermeticum), a fasciné des penseurs comme Marsile Ficin ou Pic de la Mirandole, influençant les premiers maçons. Au XVIIIe siècle, des loges comme celles du Rite de Memphis-Misraïm intègrent explicitement des références alchimiques, tandis que le GODF, sous des figures comme Alain Bauer (2000-2003), explore des débats philosophiques proches de ceux de d’Hooghvorst.

L’analogie ne s’arrête pas là. Le « travail » maçonnique – réflexion en loge, rituels symboliques – fait écho au labeur alchimique de d’Hooghvorst : purifier, distiller, transformer. Dans Les Aphorismes du Nouveau-Monde, il écrit : « La lumière de nature est dans la pierre brute » – une phrase qui pourrait sortir d’une tenue du GODF. De même, son rejet de l’interprétation rationaliste au profit d’une lecture sensible rappelle la pédagogie maçonnique, où le symbole prime sur le dogme.

Une résonance contemporaine

Guillaume Trichard, ancien Grand Maître du GODF, plaidait en novembre 2024 pour une « démystification » (Sud Ouest, 26 novembre 2024) ; d’Hooghvorst, lui, propose une remystification, un retour aux sources ésotériques. Son « fil » pourrait être une réponse aux maçons déboussolés : chercher la lumière non dans les réseaux d’influence, mais dans la patience et la méditation.

Une œuvre initiatique pour maçons et profanes

Le Fil de Pénélope n’est pas un manuel maçonnique, mais il en partage l’esprit. Pour un frère de la GLDF, il pourrait enrichir les travaux en loge, notamment sur les grades alchimiques du REAA. Pour un profane, il offre une plongée dans un univers où les contes d’enfance deviennent des leçons de vie. Les Éditions Beya, qui rééditent l’œuvre, soulignent son universalité : « Une initiation par le texte », selon leur site.

Reste une question : d’Hooghvorst était-il maçon ? Rien ne le prouve. Sa discrétion, typique des hermétistes, laisse le doute. Mais son frère Charles, préfacier du tome 1, et son cercle proche gravitaient dans des milieux où la franc-maçonnerie belge (proche du GODF) était influente. Qu’il ait porté le tablier ou non, son œuvre tisse un pont entre l’alchimie et la maçonnerie, deux traditions unies par un même fil : celui de la quête de la lumière.

Conclusion : un fil à suivre

À l’heure où la franc-maçonnerie française oscille entre héritage et controverse, Le Fil de Pénélope invite à un retour aux fondamentaux. Emmanuel d’Hooghvorst, mort il y a 26 ans, n’imaginait sans doute pas que ses écrits résonneraient avec les défis de 2025. Pourtant, entre les scandales d’Alain Bauer et les rumeurs en ligne, son message – patience, symbolisme, transformation – offre une boussole. Pour les maçons comme pour les curieux, ce fil mérite d’être suivi, ne serait-ce que pour voir où il mène.


Sources :

  • Le Figaro, « La franc-maçonnerie sous Bauer », 27 mai 2024.
  • Éditions Beya, Le Fil de Pénélope, tomes 1 et 2, notices éditoriales.
  • Franceinfo, « Bauer condamné pour favoritisme », 5 mars 2025.
  • Sudinfo.be, « Fake news et franc-maçonnerie bruxelloise », 4 mars 2025.
  • Sud Ouest, « Trichard démystifie la franc-maçonnerie », 26 novembre 2024.

Place au spectacle

1

Debout et à l’ordre mes frères !

Cette fois, on quitte le monde profane, les métaux sont déposées à l’entrée du Temple.

A chaque nouvelle Tenue, je ne peux m’empêcher de faire un rapprochement avec les rituels qui sont propres à ma profession de saltimbanque.

En effet avant chaque représentation, avec l’aide de techniques et de méthodes personnelles je me mets en condition pour quitter le monde profane. Dans un instant je vais rentrer en représentation, je vais jouer, je vais travailler !

Je m’en remets à mon rituel qui va me guider tout au long du spectacle. Par expérience, je sais que je dois m’y tenir pour réaliser une nouvelle prouesse qui a pour but de faire découvrir, ce sur quoi j’ai travaillé durant des semaines voire des mois.

« il y a de nombreuses similitudes entre une tenue et un spectacle. La tenue est en quelque sorte un spectacle en elle-même. »

Elle est un spectacle interactif, car quasiment tout le monde peut prendre la parole et ainsi y participer. Le spectacle a presque toujours lieu, mais ne peut débuter que s’il y a un minimum de personnes, de « gradés ». Il est exigé un nombre minimum garanti de personnes pour commencer, sachant que dans le cas d’une tenue « les acteurs » sont aussi les spectateurs.

La grande différence réside tout de même, dans le cas ou je me produis sur scène comme en “One man show”. Dans ce cas il me faut au moins un spectateur sinon il n’y aura pas de spectacle, il n’y a pas de public minimum garanti pour démarrer un spectacle “dans le monde profane”.

Un autre point commun avec la tenue, est sans doute le moment où l’on va lire la Planche. Le moment de solitude face à un public, confronté au regard des autres.

« SUR SCÈNE, durant SON ONE MAN SHOW, même combat, il faut convaincre et gagner la confiance du public ».

Il y a bien d’autres similitudes que l’on pourrait développer dans le rapprochement entre le déroulement d’une tenue avec la représentation d’un spectacle, mais je laisse le soin au Grand René de vous livrer ses expériences en cliquant sur le lien de la vidéo ci-dessous :

L’énigme des maîtres -9- Renversements

Pour lire l’épisode précédent : ici

Au musée national de Prague

– Il y a quelque chose de grave qui est arrivé ! S’écria Alexander en voyant les voitures au quadrillage jaune et bleu de la Policie, alignées stratégiquement autour du musée.

Le clignotement bleu intermittent des lumières d’urgence jette des ombres inquiétantes sur les murs, créant une atmosphère tendue. Des faisceaux de lumière blanche balayent les façades historiques, révélant une scène d’activité fébrile.

Des policiers en arme sortent des véhicules, leurs radios crépitant avec des instructions rapides et précises. Certains érigent des barricades temporaires pour sécuriser la zone, tandis que d’autres établissent un périmètre de sécurité, gardant les badauds à distance.

Au milieu de l’agitation, un petit groupe de neuf personnes en combinaisons blanches, portant des boîtes d’équipement et des appareils sophistiqués, se frayent un chemin à travers la foule pour pénétrer dans le musée.

– Amélie ? pensa aussitôt Alexander envahi d’une chaleur d’angoisse en se précipitant vers le musée suivi de Guido et d’Archibald.

– Nos archives ? dirent en cœur Archibald et Guido

Un agent de sécurité, ayant compris qu’ils étaient des étrangers, leur demanda en anglais de ne pas s’approcher. La carte professionnelle que Guido montra leur servit de laisser-passer.

Elle était là dans le hall du musée, discutant avec le chef de la police locale qui s’était déplacé en personne.

– Justement les voilà, lui dit-elle, en apercevant les trois amis, cela vous évitera de les faire chercher. Ils m’avaient prévenue hier après-midi qu’un risque de vol pouvait avoir lieu, comme je vous l’ai expliqué avant qu’ils n’arrivent.

Se tournant vers Guido elle l’informa

– On a retrouvé ce matin le corps sans vie du conservateur Jakub Novák dans son bureau. D’après les premiers éléments de l’enquête, il aurait été torturé cette nuit, pour lui faire avouer le code d’entrée et comment désactiver les alarmes de l’entrepôt où une tentative de vol a eu lieu.

Ce fut un choc intense, un sentiment de stupeur où l’esprit refuse de croire à la réalité de l’horrible situation. Une tristesse écrasante accabla Archibald et Guido. Ils entendirent à peine ce que disait le chef de la police

– Il a dû céder à ses tortionnaires. Mais les voleurs qui étaient plusieurs, on en est sûr, n’ont pas pu entrer dans l’entrepôt. Un des gardes de jour est revenu cette nuit pour une raison inconnue. Il a dû les surprendre tandis qu’ils essayaient le code. Il a fait usage de son arme. Heureusement pour la collection, cela a déclenché une alarme générale, mais malheureusement pour lui, il a été tué dans la fusillade.

– Nous étions les seuls à en connaître la formule choisie ensemble ; heureusement que je n’étais pas là, murmura Amélie avec un tendre regard de soulagement vers Alexander.

– Cela a mis en fuite les cambrioleurs, un ou plusieurs ont été blessés aux vues du sang traçant le chemin de leur échappée compléta le chef de la police. La police technique est sur les lieux, on en saura davantage bientôt. Et maintenant, nous avons affaire pour organiser la recherche des assassins. Cher collègue, Monsieur Lhermitt, je vous prie de me suivre, nous allons commencer par le bureau de ce pauvre conservateur.

– Archibald, venez avec moi, nous ne serons pas de trop de deux pour nous soutenir.

Amélie se rapprocha alors d’Alexander et s’adressa à lui ; ce qu’aperçut Archibald qui n’entendit pas ce qu’Amélie raconta à Alexander. Guido lui avait déjà mis une main affectueuse sur l’épaule, le conduisant vers le bureau du conservateur qui les attendait. S’adressant à Alexander sans se retourner, il lui dit d’un ton bienveillant mais ferme

– Ce soir, nous t’attendrons pour le dîner.

– Cher Alexander, j’ai besoin de ton aide. J’allais vous solliciter tous les trois, mais monsieur Lhermitt est retenu par les autorités sans pouvoir se soustraire et Lord Archibald l’a suivi.

Amélie, d’un ait contrit venait de rompre le silence affligé dans lequel Alexander se tenait encore.

Elle lui expliqua.

– Avant de venir à Prague, j’ai reçu un mot de Jakub Novák me demandant de retrouver un dossier dans une bibliothèque avec cette signature tfpiksf. Je ne sais pas pourquoi je n’en n’ai rien dit à la police. Mais, je crains que cela soit en rapport avec ce qui s’est passé cette nuit, je ne suis pas rassurée de le faire seule.

Alexander remarqua, aussitôt,  les sept lettres sur le mot que lui montrait Amélie. À son air entendu, Amélie comprit qu’il pourrait l’aider et sans douter d’Alexander, Amélie lui demanda

– Tu as reconnu la signature, n’est-ce pas ?

– C’est vrai, j’ai vu au musée de Vienne une médaille à l’effigie de Dante réalisée par Pisanello. Les médailles de ce grand artiste étaient censées assurer l’immortalité de la personne représentée, la finesse du portrait de l’avers exprimait l’individualité et le caractère du personnage. Au revers de la médaille qui représente Dante, on peut lire notre suite de lettres mais inversée : « f.s.k.i.p.f.t. ». Certains pensent que ces initiales peuvent être celles des sept vertus cardinales et théologales chères à Pisanello et à Dante : Fides, Spes, Kharitas, Justitia, Prudentia, Fortitudo, Temperantia.

L’anomalie orthographique sur le K (Caritas ne s’écrit pas Karitas en latin), est vraisemblablement issue de la septante où  la « Grâce » se lit χάρις, Kháris, en grec ancien et qui sera traduite par le mot caritas dans la vulgate latine.

Ces lettres signifient « Fidei Sanctae Kadosh Imperialis Principatus Frater Templarius ». En qualifiant Dante de Frère Templier, Saint de la Foi, cette médaille est non seulement une preuve supplémentaire de la relation étroite qui unissait Dante aux Templiers, mais elle sous-entend aussi que les Fidèles d’Amour furent sans doute les vrais et seuls gardiens des valeurs morales et spirituelles de l’Ordre du Temple, après sa dissolution officielle, en 1312[1]. D’ailleurs Dante aurait assisté à l’exécution de Jacques de Molay et de Geoffroy de Charnay, le 18 mars 1314.

– Alors, nous devons retrouver un dossier dans une bibliothèque en rapport avec Dante, mais où ? ajouta Amélie.

– Cette signature est trop connue pour n’être que l’évocation de Dante. Peut-être dans l’inversion y a-t-il une autre indication ?

– Inverse, inverse, inverse ne cessait de dire Amélie comme essayant de faire surgir un sens au mot.

– Et si ce mot « inverse », puisque nous sommes à Prague, devait être exprimé dans la langue du pays, celle du conservateur ? proposa Alexander tout en pianotant « inverse » sur le logiciel de traduction en tchèque de son portable.

– Voilà : Obrácený ! Cela te dit-il quelque chose ?

Amélie en oublia ses craintes dans l’enthousiasme de cette révélation.

– Oui, c’est certainement cela. Il y a un manoir abandonné, sur la Collinede Petřín, qui porte ce nom. Je m’en souviens, j’ai vu dans le journal local une annonce de sa mise en vente.

Obrácený

Le vieux manoir d’Obrácený se dresse fièrement sur le flan de la colline, une relique du passé, ses pierres séculaires racontant des siècles d’histoires mystérieuses. Les tours gothiques aux gargouilles sculptées semblaient surveiller silencieusement les secrets du manoir depuis des générations. Les jardins qui l’entourent, envahis par la végétation sauvage dissimulent des statues émergeant parfois des buissons, un étang stagnant reflète la lueur du matin. Les allées pavées, presque effacées, témoignent de l’état d’abandon du lieu. 

La façade du manoir est une toile délavée par le temps, des vignes grimpantes s’enroulent autour des colonnes de pierre.

L’accès, étonnamment, n’était pas gardé. La porte éventrée leur permit d’y pénétrer

Les fenêtres, aux vitraux jadis colorés, sont maintenant ternes et fissurées, créant des motifs intrigants de lumière et d’ombre à l’intérieur. Les rayons du jour traversaient, çà et là, des toiles d’araignée dessinant de rosaces de leurs ombres labyrinthiques sur les murs.

 Les faisceaux de lumière de leurs téléphones portables révèlent des tapisseries défraîchies qui, racontant des histoires oubliées de gloire et de tragédie, ornent les murs sur lesquels des portraits de figures nobles, aux yeux scrutateurs, semblent observer chaque pas des visiteurs. 

Ce fut facile de trouver la bibliothèque, joyau du manoir, un sanctuaire de savoir. Des étagères en bois massif s’élevaient du sol au plafond, recouvertes de volumes poussiéreux et de parchemins jaunis. Des globes terrestres anciens, des télescopes antiques et des artefacts énigmatiques étaient dispersés entre les étagères, créant une atmosphère d’érudition oubliée. 

– On dirait que personne n’est venu ici depuis des lustres, dit Amélie avec la banalité d’une évidence, tout en poussant des piles de livres pour en révéler d’autres à la recherche d’un indice identifiant l’étagère où trouver le dossier.

– Attends Amélie. Regarde il y a des nombres gravés sur le bord des étagères. Et d’un doigt qu’il fit glisser pour enlever la poussière qui les dissimulait, Alexander révéla des chiffres gravés.

En raisonnant, Alexander poursuivit.

– Dante se sert souvent du chiffre 9 comme chiffre sacré, symbolisme de la trinité : esprit, âme, corps, chacun ayant trois aspects et trois principes. Ce chiffre, également très symbolique pour les Templiers, rappelle les 9 fondateurs traditionnels de l’Ordre, ainsi que les 9 provinces du Temple d’Occident. Nous devrions chercher l’étagère 9.

C’est dans cette bibliothèque oubliée, sur l’étagère 9, couverte de toiles d’araignée et des piles de livres anciens, qu’Amélie trouva des œuvres de Dante : des éditions anciennes de la Divine Comédie ; de la Vita Nuova oùDante exprime son amour pour Béatrice, fille de Folco Portinari et épouse de Simone dei Bardi; son traité en latin De Monarchia ;  celui sur l’usage de la langue vernaculaire italienne De Vulgari Eloquentia et Épîtres où Dante écrivit plusieurs lettres politiques et poétiques.

Mais aussi, à côté des dossiers contenant des lettres jaunies, des parchemins vieillis, et des esquisses cryptiques, il y avait deux grands carnets dévoilant des illustrations détaillées accompagnées d’explications codées, des équations alchimiques, et des correspondances astronomiques.

En s’en saisissant Alexander reconnut les deux carnets disparus de la Collection de Byrom dont lui avait parlé Archibald.

Là, il tomba aussi sur un dossier renfermant des lettres de correspondances entre des personnages liés aux portraits ; les archives de Jacub Novàk pensa-t-il.

Sans plus attendre, comprenant l’importance de la découverte, il demande à Amélie de mettre les deux carnets et le dossier dans son cabas fourre-tout Neverfull qu’elle portait en bandoulière.

Le soleil était redescendu de son zénith dans le ciel de Prague tandis qu’Amélie et Alexander quittaient le manoir, le cœur battant à tout rompre. Les précieux documents dérobés à la bibliothèque oubliée pesaient lourd dans le sac qu’Alexander, par courtoisie, portait contre lui.

Mais à peine eurent-ils franchi le portail que trois silhouettes surgirent de l’ombre, les encerclant comme des prédateurs, des hommes vêtus de survêtements noirs, des cagoules dissimulant leur visage, une aura de menace mortelle émanant de leur présence.

– Donnez-nous les dossiers, gronda une voix gutturale, un poignard scintillant dans la lumière.

Alexander serra davantage les documents contre lui, un refus déterminé dans son regard.

Le combat fut bref et brutal. Alexander se battit avec courage, mais il était seul contre trois. La douleur explosa dans son épaule quand une lame l’entailla et il lâcha le sac tout en essayant de le retenir par une des brides. Il vit Amélie se baisser, tentant de le rattraper au moment où un nouveau coup, qui lui était destiné, dévia sur la nuque de la jeune femme, provoquant une profonde estafilade ce qui la fit s’évanouir.

Alors qu’ils étaient sur le point d’être submergés, avant même que les assaillants puissent ramasser la besace, une voix tonitruante retentit :

– Lâchez-les !

Un homme jaillit, un semi-automatique en main dont il fit usage devant le danger mortel des deux amis. C’était Parker, le chauffeur de Lord Archibald qui, inquiet pour Alexander,  lui avait demandé par téléphone de les suivre discrètement. Son intervention fut salvatrice. Les trois agresseurs, surpris et blessés, s’enfuirent à bord d’une camionnette qui les attendait un peu à l’écart.

Le sang d’Alexander coulait sur la manche de son costume, résultat de la profonde entaille qui l’avait atteint. Amélie gisait inconsciente sur le sol.

– Vite Parker, aidez-moi, seul je n’y arriverai pas.

Parker souleva Amélie comme une jeune mariée et la déposa à l’arrière de la voiture, sans précaution pour les sièges de cuir clair de la limousine. Avant de monter dans le véhicule, Alexander, de son bras valide ramassa la précieuse sacoche pour la rapporter à ses amis.

– à l’hôpital ! Vite mon ami ! Et Alexander, à son tour, en se sentant en sécurité, perdit connaissance sous l’effet de la baisse d’adrénaline.

Le manoir et ses mystères étaient derrière eux, mais l’énigme ne faisait que se renforcer.

Au Globe Hôtel

Alexander, reprenant ses esprits, se retrouva sur un lit à l’hôtel.

– Amélie ? Fut sa première pensée. À côté de lui, assis dans un fauteuil, Guido semblait l’avoir veillé.

– Ne t’inquiète pas, tout va pour le mieux. Elle est dans une chambre.

– à l’hôpital ?

– Non, ici à l’hôtel. Après vous avoir récupérés, Parker a téléphoné à Archibald qui a jugé nécessaire de vous ramener ici où il a fait venir un discret médecin de ses amis. Inutile d’alerter les autorités à qui il faudrait donner des explications de votre présence au manoir d’Obrácený et de ce que vous y avez fait.

Au fait, les documents rapportés méritaient bien une véritable épreuve et tu l’as bien passée avec seulement quelques gouttes de sang. Tu seras fier de ta cicatrice qui te rappellera ton aventure d’aujourd’hui.

Guido pouvait maintenant plaisanter, une façon de mettre à distance l’angoisse qu’il avait eue en découvrant son ami et Amélie ramenés par le fidèle Parker.

– Je te résume, poursuivit Guido. Tu as été ramené inconscient, déposé dans cette chambre où tu t’es endormi pendant plusieurs heures sous l’effet du sédatif que l’on t’a administré pour recoudre ta plaie.

Cela nous a laissé peu de temps pour survoler  les lettres que tu as rapportées mais de premier abord ce sont des récits de rencontres secrètes dans différents pays et à différentes époques. Ces échanges évoquent aussi des connaissances ésotériques que les membres partageaient, dévoilant des observations astronomiques, et discutant de rituels alchimiques.

Les doigts joints, symbole récurrent, sont fréquemment évoqués dans ces lettres. Ils semblent être un code partagé entre ces érudits, une clé pour déchiffrer des vérités profondes et des mystères cachés dans l’ombre des connaissances interdites.

Cela confirme que les portraits énigmatiques ne sont pas simplement des représentations individuelles, mais des pièces d’un puzzle qui raconte une histoire plus vaste de quête spirituelle, de transmission de sagesse et d’unité. Bien que l’histoire occulte soit souvent imprégnée de mystère et de légende, plusieurs personnages historiques réels ont participé à la vie ésotérique de Prague au fil des siècles. Tu verras, il y a même un jeu de piste à suivre.

Archibald les rejoignit, abrégeant la narration de Guido, ils décidèrent de rendre visite à Amélie dans la chambre où elle reposait.

Le corridor qui desservait les chambres était décoré de somptueux bouquets de fleurs posés sur des consoles. Alexander en retira un altier lys blanc pour l’offrir à Amélie en entrant dans la chambre.

Elle semblait remise, juste un peu lasse, un bandage autour du cou, installée près de la fenêtre sur un confortable fauteuil dont le revêtement jaune et blanc en tissu doux rappela à Alexander leur nuit délicieuse.

– Chère enfant, commença Archibald étonnamment affectueux, nous sommes heureux de vous voir en si bonne forme. Vous nous avez sincèrement inquiétés. Je dois vous avouer que lorsque vous avez appris le but de la mission de Guido, vous avez eu une réaction qui m’a alerté. À l’évidence cela venait de ce que vous aviez des informations qui vous ont soit contrariée soit inquiétée.

Les derniers événements montrent à l’évidence que votre vie est en danger et que vous en connaissez la raison.

– Oui j’ai peur, une sombre prémonition me préoccupe. En effet, j’ai commencé à en dévoiler quelques informations à Alexander. Je pense qu’il est temps de vous faire savoir que je suis membre d’une confrérie pour le moins discrète Les Fidèles d’Amour, je m’en étais ouverte à mon ami Jakub Novák qui a été assassiné. L’exposition en était une manifestation qui sous couvert de cette culture, voulait montrer à un grand public quelques uns de nos membres fondateurs, des érudits explorant les connaissances de leur époque pour y apporter des réponses sur le sens des rapports de l’homme avec lui-même, les autres et le cosmos. Ayant compris, avec le but de votre visite au musée que m’a donné Guido, que leurs œuvres étaient menacées, je me suis  sentie moi-même menacée et, depuis, avec la mort du conservateur et avec l’attaque à laquelle nous avons pu nous échapper, ma prémonition s’avère devenir réalité.

– Pour le moment rassurez-vous, nous sommes près de vous dit paternellement Archibald.

– La soirée est avancée. Reposez-vous, vous pouvez dormir tranquillement, vous n’avez plus rien à craindre, mes services sont alertés, ils feront ce qu’il faut pour protéger l’hôtel et demain nous aviserons.

Prenant tendrement la main d’Amélie, se penchant pour l’embrasser, Alexander lui murmura en souriant à la mièvrerie des mots qu’il prononça

– Je serais, si tu l’acceptes, ton chevalier fidèle et courageux pour te protéger.

Guido et Archibald comprirent par cet ostensible baiser à Amélie qu’Alexander voulait l’associer au groupe et qu’il faudrait qu’elle soit, aussi, mise au courant de leurs intentions.

Ils choisirent d’attendre un jour et une nuit avant de repartir de Prague pour qu’Amélie se remette un peu mieux.

Dans cet intervalle de temps, elle leur parla de son affiliation aux Fidèles d’amour. Parce que cette société avait les mêmes idéaux, mettre l’esprit humain et l’intellect au-dessus des religions, avec l’ambition de créer une ecclesia par l’union d’hommes de bien, ils s’accordèrent pour qu’elle fût instruite des événements depuis la découverte des photos dans la galerie.

Presque rien ne lui fut caché, hormis que le comte et même Guido appartenaient à Mensura, ce qu’avait compris Alexander. Ce fut un pacte confiant de confidentialités qui scella le groupe.

Le voyage, maintenant des quatre dans la voiture conduite par Parker, les ramena à la résidence d’Eaton square, choisie par le comte Archibald parce qu’elle était suffisamment grande et confortable pour accueillir les hôtes qui allaient travailler ensemble au dépouillement des lettres, trésor des archives de M caché par Jakub Novák. 

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[1] Selon René Guénon.

Imaginons toutes les femmes célèbres dans une Tenue maçonnique commune… rêvons un peu

La Tenue des Étoiles : une Loge intemporelle

Sous un ciel d’encre constellé d’étoiles, la Loge « L’Étoile Flamboyante » s’élève dans une clairière hors du temps, entourée de chênes séculaires murmurant des secrets anciens. Ses murs de pierre brute, gravés de symboles – compas, équerre, delta lumineux – s’ouvrent sur un Temple baigné d’une lumière douce, émanant d’un candélabre à sept branches. Le sol, un pavé mosaïque noir et blanc, reflète la dualité harmonieuse de l’univers. Des tentures pourpres ornées d’étoiles d’or encadrent l’Orient, où trône un autel drapé de velours, portant le Volume de la Loi Sacrée et les outils sacrés.

Ce soir, la Loge accueille une assemblée exceptionnelle : Marguerite Yourcenar, Simone de Beauvoir, Olympe de Gouges, Gisèle Halimi, Simone Veil, Françoise Giroud, Joséphine Baker, Rosa Parks, Claire Lacombe, Christine de Pisan, Marie Curie, et d’autres Sœurs illustres. Leurs tabliers, brodés de fils d’argent, scintillent dans la pénombre, symboles de leur travail sur la pierre brute de l’humanité.

Marguerite Yourcenar, Vénérable Maîtresse, occupe l’Orient, son regard pénétrant sous une chevelure argentée évoquant la sagesse d’Hadrien. Sa voix, grave et posée, ouvre les travaux : « Mes Sœurs, au nom du Grand Architecte de l’Univers, je déclare la Loge ouverte à l’heure juste et parfaite. »

Simone de Beauvoir, Première Surveillante, se tient à l’Occident, ses lunettes cerclées d’acier scrutant les apprenties, prête à guider par la rigueur de sa pensée.

Olympe de Gouges, Seconde Surveillante, rayonne au Midi, sa plume invisible brandie comme un flambeau pour la liberté.

Gisèle Halimi, Oratrice, se dresse près de l’autel, sa robe noire soulignant son éloquence tranchante, prête à défendre l’éthique de la Tenue. Simone Veil, Secrétaire, note les travaux sur un parchemin, son calme indéfectible gravant chaque mot avec précision. Françoise Giroud, Trésorière, gère les deniers symboliques au Nord-Est, son sourire malicieux rappelant son art de conjuguer pragmatisme et idéal. Joséphine Baker, Maîtresse des Cérémonies, guide les Sœurs avec une grâce dansante, son tablier orné de plumes évoquant son combat universel.

Rosa Parks, Hospitalière, veille au Sud-Ouest, ses yeux doux offrant réconfort aux âmes en quête, tandis que Claire Lacombe, Couvreuse, protège l’entrée, son énergie révolutionnaire en sentinelle. Christine de Pisan, Garde des Sceaux, conserve les archives près de l’Orient, son écritoire témoignant de la première plume féministe. Marie Curie, Experte, scrute les symboles au centre, ses mains irradiant une curiosité scientifique au service de la Lumière.

La Tenue s’ouvre par le rituel du Rite Français, adapté à cette sororité intemporelle. Yourcenar frappe trois coups de maillet : « Mes Sœurs, que venons-nous faire ici ? » Beauvoir répond : « Tailler notre pierre brute pour édifier un Temple d’égalité et de raison. » Gouges ajoute : « Et porter la Lumière là où règnent les ténèbres de l’injustice. » Les travaux commencent par une planche de Halimi sur la justice universelle, suivie d’un débat où Veil et Giroud croisent leurs visions de la société, tandis que Baker rythme l’échange d’un chant fraternel.

Dans cette Loge imaginaire, chaque Sœur incarne un plateau, un pilier d’une chaîne d’union vibrant d’histoire et d’espoir, prouvant que la Franc-maçonnerie transcende le temps pour unir les esprits libres.

Le mot du mois : « Indifférence »

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Le sémantisme indo-européen *bher-, particulièrement vaste, désigne l’idée de porter. Amphore pour conserver le vin et les céréales, métaphore, anaphore comme procédés stylistiques. L’euphorie nous soulève de bonheur.
La langue étrusque en fait le *fur, le voleur, qu’il soit furtif comme le furet, ou le furoncle, à l’origine cette tige secondaire de la vigne qui dérobe la sève, qu’on repère comme une petite bosse, et qui rend furax le viticulteur…

Le latin, quant à lui, confère à l’idée de « porter » la gestation, le comportement, le butin ou le rapt, ou un autre sémantisme *fors, la fortune, le sort à supporter, favorable ou pénible.
Les aléas de la conjugaison du verbe *ferre, *latum au participe, engendrent une profusion lexicale, la conférence et la circonférence, l’ablation, la délation et la collation, la relation et la déférence. La différence et le dilatoire. Une terre fertile. Une infortune bien fortuite, cause de souffrance. Lucifer, pourquoi pas ?
Arrêtons là une exhaustivité fastidieuse.

Différer, donc. Au sens propre, porter autrement, ailleurs. Les particularités de son apparence, de ses idées, de la langue parlée, tout ce qui peut amener, trop rapidement, à percevoir cette différence comme une menace à la conformité de l’ordre établi.
Montaigne écrit sagement : « Je trouve autant de différence de nous à nous-mêmes que de nous à autrui. »

La différence est une richesse, par exemple lorsqu’on réfléchit aux « idiotismes », dont les langues, donc les cultures diverses offrent les métaphores. Si, en français, une femme « a du charme », en espagnol, elle a « de l’ange » ou « du fantôme ». « Les bras m’en tombent » donne, en espagnol, « l’âme me tombe sur les pieds ». Jorge Semprun repérait ainsi dans le français « la langue de la précision, de la diplomatie », et dans l’espagnol celle « de la volupté, du sang, de la passion ».

L’indifférence serait-elle alors le contraire de la méfiance spontanée ? Un remède pour lutter contre le préconçu, le préjugé agressif ?

Au XIVe siècle, le philosophe Jean Buridan (1297-1358), recteur de l’Université de Paris, requérait le droit à la « liberté d’indifférence », par exemple celle de l’âne qui hésite entre faim et soif, se condamnant ainsi à une mort certaine. Buridan en avait même inféré la théorie dite du « pons asinorum » le « pont aux ânes », qui aiderait les personnes « lentes d’esprit » à comprendre les propositions logiques.
Mais cette lenteur choisie de l’indifférence n’est-elle pas une précaution propre à susciter de nouvelles réactions de méfiance, jusqu’à la haine parfois, à l’encontre de l’individu qui passe pour ne pas jouer le jeu collectif de l’adhésion immédiate ? Une indifférence jugée hautaine et méprisante ?
Difficile droit à la différence, si souvent revendiqué à cors et à cris pour soi-même, et rarement pour les autres…

Annick DROGOU

Indifférence, qualité ou défaut, vertu ou vice ? On vantera l’ataraxie du sage, de celui qui ne se laisse pas troubler par l’écume des jours, et on condamnera la lâcheté du cynique qui n’a pas le souci du malheur du faible. Au premier, on répondra que son indifférence, sa fermeté de caractère, est stérile si elle reste sans amour, et au second on répliquera avec Blake qu’ « aucun homme n’est une île […]. N’envoie jamais demander pour qui sonne le glas : c’est pour toi qu’il sonne. »

Il est des mots qu’on ne devrait pas laisser sortir non accompagnés. « Indifférent » est de ceux-là comme le mot « persévérant ». Indifférent à quoi, persévérant en quoi ? Non, ces mots ne se suffisent pas à eux-mêmes. Vers quelle destination nous conduisent-ils ? L’indifférence nous laisse sur le quai, au mieux elle promet un destin de feuille morte au gré des vents ou au fil de l’eau, quand on reste insensible à la vie qui vibre, à ses pulsations et à la source de toute joie. Laissons résonner en nous la vie. Rien ne m’indiffère.

Tornade dans la ville

Mais gare aux emballements sans lendemain, au triomphe de l’émotion, au règne de l’opinion. C’est une pareille promesse de feuille morte poussée par le vent ou le flot. L’indifférence comme la persévérance ont besoin d’un tiers de confiance qui s’appelle force d’âme, force de caractère nécessaire pour poursuivre le voyage et atteindre le bon port. Comme Ulysse attaché à son mât, indifférent au chant des sirènes mais persévérant vers Ithaque.

Jean DUMONTEIL

Sagesse, Force et Beauté, une triade philosophique et spirituelle

Sagesse, ils en ont parlé

«Rien de divin ou de bienheureux n’appartient donc aux hommes, à part cette seule chose digne d’être prise au sérieux : ce qu’il y a en nous d’intelligence et de sagesse. En effet, parmi les choses qui sont nôtres, celle-là paraît être la seule immortelle, la seule divine.» Aristote, Protreptique

Du grec σοφία, Sophia, signifiant sagesse mais aussi savoir. En Grèce antique, la sagesse n’est pas forcément l’apanage du philosophe mais aussi celui de l’homme avisé, de l’artisan, du scientifique, ou du législateur, en phase avec son époque. Pour en savoir plus, découvrez les sept sages de la Grèce antique.

La sagesse est l’un des attributs de Dieu manifesté en Chokmah, une des séphiroth de l’arbre de vie de la kabbale. En psychologie occulte, Chokmah est associée à la perception soudaine d’intuitions fulgurantes, sous le titre d’intelligence illuminante ; la sagesse de Chokmah est la capacité à examiner la réalité à son niveau d’abstraction le plus élevé, jusqu’à être capable de percevoir ce qui en fait la vérité essentielle. Le chemin de la sagesse passe de Hokhmah à Binah puis se poursuit sur la voie de l’intelligence de Binah à Daat et se continue par le chemin de la bonté de Hesed à Tiferet.

En hébreu le mot « sagesse » Hochma (החוכמ) et « le cœur » (הלב) ont la même valeur guématrique : 37.

Dans une perspective initiatique, la sagesse est une connaissance de la structure secrète de la création et des divers éléments qui la constituent, «une tension vers le savoir» comme le dit Platon. Idéal de la vie humaine, la sagesse peut se définir comme un état de réalisation qui s’appuie sur une connaissance de soi et du monde que les alchimistes recherchent dans la pierre philosophale.

De manière générale l’homme souhaite un monde où le bien et le mal soient nettement discernables, car il y a en lui le désir inné et indomptable de juger avant de comprendre. Sur ce désir sont fondées les religions et les idéologies. Elles exigent que quelqu’un ait raison. Discerner le Bien du Mal, être inspiré par un manichéisme où se condensent et s’alternent les contraires, où s’ouvre le passage d’une vision duale, risque de dévoiler une vérité virginale dure et froide. C’est à son mariage avec l’âme de la révéler chaude et tendre ; cette union est la fraternité. Il s’agit de faire de la justice une équité, une modération du droit objectif, de sous-tendre la rigueur par la miséricorde.  Toutes les paroles de sagesse que l’on peut lire dans les diverses traditions sont des formulations de ce lien ou de la manière de le réaliser ; on ne peut pas reconnaître la sagesse sans la pratiquer avec l’amour de l’autre.

Pour les chrétiens, la Sagesse est l’un des sept dons de l’esprit saint avec l’intelligence, la science, le conseil, la force, la piété et la crainte de Dieu. Pour eux, la sagesse est par essence divine.

«Celui-là est homme de bien qui sait unir la retenue avec l’indulgence, la fermeté avec l’honnêteté, la gravité avec la franchise, la déférence avec de grands talents, la constance avec la complaisance, la droiture et l’exactitude avec la douceur, la modération avec le discernement, l’esprit avec la docilité, et le pouvoir avec l’équité. Celui-là est, à juste titre, appelé homme sage, qui pratique constamment ces neuf vertus.» Ce texte est extrait du Chou King (p.75) qui rapporte les paroles de Kao-Yao ministre du roi Chun (3e millénaire avant notre ère) !

René Guénon affirme que vers la Connaissance il y a de nombreux chemins, mais seulement un but, la sagesse.

Pour Spinoza, à la fin de son livre L’éthique, le sage est celui qui, sans se rapporter à aucun dieu, ni aucune morale dogmatique, s’attache philosophiquement à la libération de l’être, qui affirme constamment son être et son accroissement d’être, qui expérimente le bonheur à exister. Et Comte Sponville de rajouter : avec un maximum de lucidité.

Pour Mircea Eliade, le chemin de la sagesse ou de la liberté est un chemin qui mène au centre de son propre être.

Pour Matthieu Ricard, la sagesse est comme le soleil, ses rayons en seraient la compassion indissociable.

L’archétype de la sagesse éternelle est à la source des idées de sacré, de surnaturel, de transcendance. Il est souvent représenté par la Lumière, et suscite une réaction de respect, voire de fascination. Il peut s’exprimer à travers les imagos du vieux maître, du magicien (Merlin), du feu sacré ou, dans un registre plus féminin, de la Mère universelle (Magna Mater) ou de la connaissance de la nature.

Si le philosophe cherche la sagesse, le sage vit en la pratiquant (la phronesis). La préparation philosophique n’était pas suffisante, même comme préparation, car elle ne concerne qu’une faculté limitée qui est la raison, tandis que la sagesse concerne la réalité de l’être tout entier. Ainsi le sage meurt moins que le fou car comme l’écrit Platon dans le Timée : Lorsqu’un homme s’est donné tout entier à l’amour de la science (philo-sophia) et à la vraie sagesse et que, parmi ses facultés, il a surtout exercé celle de penser à des choses immortelles… il ne lui manque rien pour y parvenir [à l’immortalité].»

En se confrontant à sa mort, lors de la cérémonie de réception au grade de maître, le franc-maçon devient le sage qui est, d’abord et avant tout, celui qui accepte sa condition de mortel, c’est-à-dire celui qui accepte d’être lui-même et de ne pas devenir un dieu, comme Ulysse refusant l’immortalité et la jeunesse éternelle que lui offrait Calypso.

Pour cette vie limitée, le maître a apporté des réponses sur le sens de sa vie. Sa quête est un effort, une volonté de vérité; débarrassé de l’inutile par l’abandon du vieil homme, il vit dans l’essentiel.

La Sagesse est associée à l’Orient, lieu de provenance de la lumière naissante, analysée dans l’ordre humain en Pensée divine originelle. Dans le symbolisme constructif, on lui affectera le Plan qui est synonyme de Loi Universelle à laquelle participe l’Œuvrier. C’est le Roi Salomon détenteur des plans du Temple qui incarne la Sagesse antique. La sagesse est attribuée, dans la mémoire collective, au roi Salomon, celui qui l’a introduite dans les Écritures, celui qui inspirera aussi le Nouveau Testament. Influencé par la fille de Pharaon dont il fait son épouse principale, il puise ses proverbes aux sources de la morale et des livres sapientiaux égyptiens. La tradition maçonnique évoque la sagesse sous les traits du roi Salomon : «l’homme très sage» (Constitutions d’Anderson) ; Salomon, fils de David, célèbre pour sa sagesse (Rite Français) ; le sage roi Salomon (REAA) ; Salomon étant doué de la plus haute sagesse (RER).

Pour l’Ancien Testament, l’homme sage incarné par le roi Salomon est celui qui discerne le bien du mal et qui consent, par une stricte observance, à la Loi. Salomon fut exaucé en demandant la sagesse. Elle lui fut donnée comme une grâce. La sagesse fut accordée à Salomon qui, dans un rêve, ne demanda à son Dieu que de discerner le bien du mal. À son réveil, Salomon, s’aperçut qu’il comprenait le langage des oiseaux et qu’il pouvait leur parler. Ainsi couvert par la sagesse, il y a un accès à un sens qui se trouvait déjà là, sous la couche sédimentée de la différence des espèces. La sagesse permet de dévoiler de nouvelles tonalités qui échappent aux significations stéréotypées et affaiblies du quotidien. Sa sagesse s’exprime dans trois livres que la Bible retient et qui auraient été écrits par Salomon. Misleî (les Proverbes), Qohelet (l’Ecclésiaste) et le Shir Hashirim (le Cantiques des Cantiques). La Septante consacre un Livre à La sagesse de Salomon, ce texte n’a pas été retenu dans l’Ancien testament des juifs et des protestants.

Pour le franc-maçon attaché aux «Moderns», l’idée de sagesse s’appuie sur l’apologie de la raison. «On peut parler de Sagesse, on peut d’un Sage, mais à la condition de considérer la relativité des rapports entre la sagesse et les autres valeurs, du Sage avec les autres hommes et en particulier du Héros et du Saint, etc.» (Jean Mourgues, Lettres fraternelles du travail maçonnique en Loge de Perfection, p.25.

Le vrai sage, qu’il soit maçon, moine bouddhiste ou moine chrétien -ou un voyageur ou pèlerin vers le transcendant de chaque lieu- ne néglige pas d’accueillir toute source de sagesse qui lui permet de mieux comprendre son égo et le monde avec consciosité.

On lira avec un vif intérêt dans le tome 14 du Dictionnaire de spiritualité les pages 58 à 132  qui sont une bonne approche de la notion de Sagesse.

La Force, compagne de la sagesse

La sagesse ne suffit pas pour être un initié.

La force, celle de l’esprit, conduit à la victoire de celui-ci sur la matière par une sublimation des instincts. La force morale permet à l’être humain de traverser toutes les vicissitudes de la vie.

Dans l’ancienne Égypte, les hiéroglyphes exprimaient les concepts de la force à travers plusieurs de ses aspects : force jaillissement de la force vitale (ouadj), servant également à désigner une colonne ou pilier du temple ; force équilibre et bonne santé (oudja), régulateur des feux servant à transmuter la matière dans le creuset alchimique ; force créatrice par la vision des choses (oudjat, l’œil du delta) ; force magique découlant de l’énergie lumineuse (heka), permettant de modifier le cours du destin ; force qui nourrit (ka), activant le potentiel de chaque chose.

Dans la Grèce antique, Bia est une divinité personnifiant la Force, la Vaillance, la Valeur ou la Violence. Elle est la sœur de Cratos, la puissance, le Pouvoir, la Vigueur ou la Solidité.

Gabriel, גַּבְרִיאֵל, dont le nom hébreu signifie la Force de Dieu, est un archange cité dans l’Ancien Testament, le Nouveau Testament et le Coran. Maître Eckhart, parlant de l’ange annonciateur du kérigme écrit : «Dans cette naissance [annoncée de jésus] Dieu se manifestait et se manifeste encore comme force.»

Il est probable que le mot hébreu (Elohim), rendu par Dieu, soit dérivé d’un verbe qui exprime l’idée de force ; Hengstenberg et d’autres le rattachent à une racine qui en arabe signifie redoutable… Le nom d’Elohim peut donc avoir été choisi comme le plus convenable pour représenter Celui en la personne duquel toutes les forces et toutes les vertus se trouvent réunies et au plus haut degré de perfection. On pourrait le rendre par : les forces. (Commentaires psaume 19)

Dans la tradition chrétienne, l’archange Gabriel (ou Michel) terrassant le dragon est une incarnation de la force de la foi chrétienne triomphant des puissances néfastes ou des anciennes divinités de la Nature. Le lion de St Marc en est aussi un symbole.

En loge, la force est plus que l’addition de celle des francs-maçons présents ; c’est la fraternité nourrissant ceux qui participent aux travaux. Le franc-maçon se doit d’être, comme le dit Rainer Maria Rilke dans ses Sonnets à Orphée, «dans cette nuit de démesure, la force magique au carrefour des hommes et le sens de leur rencontre singulière.» La force n’a de valeur que si elle est sûre d’elle afin de s’exprimer d’une façon tranquille. Vient alors le temps de la douceur, qui n’est autre que la force tranquille qui convainc et s’assure une victoire définitive si elle est exercée dans le respect de l’autre.

The Edinburgh Register House (1696), le premier catéchisme maçonnique connu, laisse entendre que les noms de Boaz et Jachin étaient liés aux rituels des apprentis et des camarades, tandis qu’un premier exposé, The Grand Mystery of Free-Masons Discover’d (1724) expliquait que «Iachin et Boaz» représentent «Une force et une stabilité de l’Église à tous les âges». Un autre exposé, The Whole Institutions of Masonry (1724), a fait remarquer: «L’explication de nos secrets est comme suit : Jachin signifie Force et Boaz Beauté Lorsque les rituels maçonniques ont été traduits en français, le mot force a été rendu par force, comme on le voit dans le premier manuscrit rituel maçonnique français connu, le Rituel Luquet (vers 1745). Il déclare que la signification du mot Jakin est «La force est en Dieu»(La force est dans Dieu, p.3). En l’espace d’une vingtaine d’années, les deux mots significatifs ont été inversés, mais les significations ne l’ont pas été. (Arturo de Hoyos, Albert Pike : On Freemasonry & Force)

«La Force se traduit en Action, soit la réalisation matérielle et concrète d’une Pensée proportionnée et contenue par l’Harmonie-Beauté. La Force est ici la réalisation et le maintien d’une potentialité lumineuse contenue dans le Verbe. Pour le constructeur c’est l’usage «éclairé» de l’outil et de l’instrument contenu dans les limites du compas et de l’équerre. La persistance à bâtir et rebâtir le Temple sera vue comme la détermination à faire apparaître l’esprit dans la matière et ceci par des actes positifs, ce qui au plan humain revient à admettre la présence de la Lumière en soi. Autrement dit, et selon le roi Salomon, «la Force accompagne la Sagesse chez le Sage».

La Beauté fait grâce à la Sagesse et à la Force

«La grandeur et la beauté des créatures font, par leur analogie, contempler leur créateur»

La beauté, esthétique de l’action, est la fierté de l’ouvrage bien fait, c’est l’insertion harmonieuse de l’action dans son environnement. Comme accomplissement de l’harmonie et de la concorde universelle. La beauté n’est pleinement réalisée qu’en s’unissant, dans un entrelacs brunnien, à la sagesse qui mesure, conçoit et invente et à la force qui exécute et crée.

Une séphira au cœur de l’arbre de vie, rayonnante et reliante porte le nom de Beauté : Tipheret, la 6e Séphira, est située sur l’axe central de l’Arbre de Vie, elle est le reflet de Kether, la source divine.

Définie par Platon comme celle des figures, droites ou cercles et de tout ce qui en provient, surfaces ou volumes, au moyen de compas, de règles, … elles ne sont pas belles les unes par rapport aux autres, elles le sont en elles-mêmes et pour toujours ; le «Beau est la splendeur du Vrai»  disait-il. Dans le dialogue entre Socrate et Hippias majeur, Platon nous interroge sur ce qu’est le Beau.

Le mot grec kalokagathia (formé sur καλός kalos, «beau», et ἀγαθός, agathos, «bien»), fait du «Bon» et du «Beau» les deux versants d’un seul sommet.

L’amour du beau s’appelle la philocalie.

Plotin s’interroge sur ce qu’est la beauté pour conclure :»il faut dire que le Beau intelligible est le lieu des idées, que le Bien, placé au-dessus du Beau, en est la source et le principe; ou bien placer dans un seul et même principe le Bien et le Beau, mais en regardant ce principe comme le Bien d’abord, et seulement ensuite comme le Beau» (Première Ennéade, livre VIe, Du Beau).

Dans une civilisation théocentrique, l’art se rattache à l’ésotérisme, dimension la plus intérieure de la tradition. La grâce, la beauté en hébreu se dit hèn (חן), dont les lettres sont les initiales (notarikon) de hochmat hannistar, la sagesse secrète.

S’inspirant de Vitruve, Alberti conçoit la beauté comme un «je ne sçay quoi» qui résulte de la conjonction de trois facteurs : «beauté est un accord, ou une certaine conspiration (s’il faut parler ainsi) des parties en la totalité, ayant son nombre, sa finition, & sa place, selon que requiert la susdicte correspondance, absolu certes & principal fondement de nature» (lire avec plaisir le texte Alberti et l’harmonie spatiale, miroir de l’harmonie cosmique).

« Dans la mesure où l’art s’apparente à la contemplation, il est connaissance ; la beauté étant un aspect de la Réalité, au sens absolu du terme. L’expérience du beau est une mise en relation profonde de l’être avec la dimension sacrée de l’existence, expérience physique et spirituelle à la fois qui procure apaisement et émerveillement. La beauté ne prend sens que lorsqu’elle est appréhendée, intériorisée par une âme humaine » (François Cheng).

L’ordre de la beauté de la forme n’est pas issu du sensible venant de lui-même parce qu’il doit venir de ce qui Un par excellence et qui se nomme chez les philosophes Idée ou Esprit (Geneviève Trainar, Transfigurer le temps).

Dans son Discours de 1730, le Chevalier de Ramsay précise que la beauté est celle du génie (dans sa conclusion).

En quoi le Second Surveillant est-il associé à la Beauté ? Un ancien rituel donne cette explication : – Pourquoi le pilier de la Beauté est-il attribué au Second Surveillant ?- Parce qu’il se tient au Midi, qui est la beauté du jour, pour appeler les ouvriers au repos et les rappeler au travail, afin que le Maître en tire honneur et contentement» (Jean Ferré, Dictionnaire des symboles maçonniques, 1997).

«La Beauté qui naît de l’harmonie implique la morale du Beau et du Bien (éthique), mais aussi la proportion idéale qui accompagne et dessine la Volonté née de la pensée. Cette Beauté est la représentation mentale d’une forme parfaite inspirée d’une pensée idéale ou divine. Pour le constructeur c’est la divine proportion symbole de perfection qu’il peut trouver au centre de lui-même. La Beauté est née de la Sagesse, elle est selon le roi Salomon «une couronne pour la tête du Sage».

La beauté est partout dès lors qu’elle est dans le regard de celui qui observe.

Visionner les Entretiens d’été du 20 juillet 2023 de l’Académie maçonnique : La beauté

Sagesse, Force et Beauté, une triade philosophique et spirituelle

Invoqués dans la prière initiale des Old Charges, les trois piliers se nommaient Sagesse, Force et Bonté. Y aurait-il eu un glissement de la morale vers l’esthétisme ? La bonté suprême, c’est cette générosité d’un principe de vie qui se donne indéfiniment. Si la bonté donne parfois l’idée d’une obligation morale, d’un devoir, la beauté la transforme en une présence attirante qui inspire le désir d’y adhérer, de l’aimer. « La bonté est garante de la qualité de la beauté ; la beauté, elle, irradie la bonté et la rend désirable. »

Calvin, dans son commentaire du Psaume 19 de la Bible écrit : «les cieux ont été merveilleusement fondés ab opifice praestantissimo», et de rajouter : «lorsque nous avons reconnu Dieu comme mundi opificem, c’est-à-dire Architecte de l’univers, nous ne pouvons qu’admirer sa sagesse, sa force, sa bonté.» Ne trouve-t-on pas ici la source de l’expression «Sagesse, Force et Beauté», beauté étant l’équivalant de «bonté» dans les Old Charges ?

Comme cela était déjà écrit en 1390 dans le plus vieux exemplaire des Olds Charges : «la force du père des cieux, la sagesse du fils glorieux et la beauté du saint esprit», l’origine de cette triade serait chrétienne.

Comme l’explique Roger Dachez : « Dans le système de la Maçonnerie anglaise de la première moitié du XVIIIe siècle, il y a 2 chandeliers à l’Est et 1 au Sud-Ouest. Ils symbolisent le Soleil, la Lune et le Maître de la Loge ce qui en rapport avec la culture chrétienne commune de la théologie médiévale qui associe le soleil à la nature divine du Christ, la lune à sa nature humaine et l’étoile à l’annonce de la venue du Sauveur… Quant à la formule Sagesse, Force et Beauté qui apparaît dans la Maçonnerie spéculative en 1727, elle est déjà présente dans les Anciens Devoirs (Force du Père, Grâce du Fils, Bonté du Saint-Esprit) à l’image des spéculations de théologiens, tel Pierre Lombard au XIe siècle et des ouvrages de pitié populaire du XVe siècle. »  

À ces Trois mêmes Vertus, Dante fait correspondre saint Pierre, saint Jacques et saint Jean, les Trois Apôtres qui assistèrent à la Transfiguration (note 25, L’Ésotérisme de Dante, René Guénon, éd. Gallimard, 1957).

Jean-Baptiste Willermoz complète ce ternaire par la nature, la raison et la justice ; le spirituel, l’animal et le matériel ; l’intelligence, la conception et la volonté.

La capacité d’intelligence, la force de volonté et la hauteur de caractère, étaient nécessairement constatées pour accueillir l’adepte à l’initiation des cultes antiques.

L’énumération sagesse, force, beauté, dans cet ordre, apparaît successivement dans : Le Wilkinson (1727) [à partir de cette date, il ne variera plus] qui précise «Sagesse pour inventer, Force pour soutenir, Beauté pour orner» ; le Masonry Dissected (1730) qui reprend la même séquence ; le Discours de Ramsay (1737) parlant d’un «ordre dont la base est la sagesse, la force et la beauté du génie» ; le Catéchisme des Francs-Maçons (1744)  qui dit la même chose ainsi que la Déclaration Mystérieuse (1743), le Sceau Rompu (1745).

 «Sagesse, force, beauté», peut être rapporté à d’autres ternaires, à vous de les associer !Ainsi, la Franc-maçonnerie bleue (celle des trois premiers degrés) s’articule autour de ternaires parmi lesquels la triade sagesse-force-beauté qui rappelle ses valeurs philosophiques et spirituelles, physiquement représentées par les trois piliers.

Les textes maçonniques, que ce soit le Rituel de Berne de 1740, celui des Trois coups distincts de 1760,  le Catéchisme adonhiramique de 1787, ceux du rite français comme ceux du RER, tous les désignent par trois grandes colonnes. Le Manuscrit Wilkinson les désigne par trois grands piliers. Le REAA parle de trois forts piliers, le Règlement général de la  franc-maçonnerie de 1805 précise, quant à lui, trois grands Chandeliers, portant chacun un flambeau. Quels que soient les termes employés, les 3 piliers signifient toujours  Sagesse, Force, Beauté. Ainsi, on trouve dans les rituels, comme dans l’instruction au 1er degré du REAA : D – Quels sont les appuis de votre Loge?  R-  Elle est fondée sur trois forts piliers.  D – Quels sont-ils ? R – Sagesse, Force, Beauté.

Le vénérable et les deux surveillants ne sont pas l’incarnation des constituants du ternaire. Quand on élève  le temple sur la base de ce ternaire à l’ouverture des travaux, les trois officiers n’en sont que les œuvriers qui lui permettent d’être un ternaire vibratoire de lumière par leurs proclamations, qui bien que variant selon les rites, signifient toujours la même chose à savoir que la sagesse illumine nos travaux, que la force les soutienne, que la beauté les orne mais surtout que chacun les accueille en lui !  Cela est si vrai que le vénérable est, selon les instructions du premier grade, une des trois lumières de la loge avec la lune et le soleil, il n’est donc pas la sagesse, c’est son flambeau qui la porte.

Il persiste que les flammes, appelées étoiles, allumées sur chacun des piliers/flambeaux, tracent un écrin  de lumière pour le tableau de loge, le spiritualisant par la triade sagesse-force-beauté qui est notre création intérieure, véritable fondation sur laquelle se construit le temple personnel.

«Les significations hautes des trois vertus SFB, leurs essences, convergent vers un point d’intersection intérieur qui est la conscience de l’homme agissant dans un réel. Cette conscience agissante prend en compte trois notions fondamentales : 1/ soi, les autres le monde, 2/ l’origine du monde et de l’homme, 3/ le tout et l’unité.» Un ternaire pour une «musculation existentielle» !

Ne pourrait-on pas considérer ce triptyque comme l’influence des trois courants : le judaïsme avec la sagesse du roi Salomon,

la justice canonique avec la force,

et la pensée grecque avec la beauté ?


[1] Étienne Hermant, 1717. Nous tenons Loge ce soir, Le chapelain de la Loge Saint-Paul, 2019.

Avec ou sans tablier : Simone, Aurore, Ginette, Audrey, Delphine, Fanny, Dany, Sylvie, Olympes…

En cette journée du 8 mars…

Nous avons beau nous dire que nous avons vécu de vraies révolutions, que nous avons connus des siècles d’évolution, et pourtant, force est de constater qu’il y a à peine 48 ans que se levait la journée pour les droits des femmes, en 1977, et waouh, 5 ans après, en France, la journée du 8 mars est reconnu « officiellement » comme telle…

Quelle ironie de devoir rappeler à la moitié de la population que l’autre moitié mérite d’être respectée, honorée et traitée avec dignité et que, de Ministère en Ministère de l’égalité des chances surtout, il faille s’assurer que cette même moitié féminine puisse avoir les mêmes opportunités que son homologue au masculin ? Non ?

Et dans cette alliance universelle d’hommes et de femmes francs-maçons unis (ou réunis sous réserve de loge mixte, accords ou visites autorisées, cela va de soi, pour les femmes évidemment) pour œuvrer au perfectionnement de l’humanité, ne serait-il pas intéressant de s’interroger sur le fait qu’aucune figure féminine ne figure justement dans les rituels de franc-maçonnerie ? Ah, si pardon, nous faisons circuler le tronc de la veuve…

Espérons, espérons, espérons….

Et peut-être un jour à l’unisson, nous fêterons la journée internationale des droits de l’Homme… Mais avec un grand « H » !

Alors, dans l’ombre ou sous les projecteurs, avec ou sans tablier, clin d’œil aux femmes qui portent le monde en mêlant douceur et force inégalée (oui, je crois qu’aucun homme n’a encore accouché…) :

Simone, Aurore, Ginette, Audrey, Delphine, Fanny, Dany, Sylvie, Olympes, Andrée, Déborah, Samira, Bérénice, Aïcha, Élise, Camille, Chloé, Esther, Magali, Léa, Amélie, Adélaïde, Henriette, Elsa, Sandrine, Cécile, Jacqueline, Priscille, Emilie, Chantal, Marion, Denise, Sarah, Judith, Véronique, Mélanie, Ingrid, Océane, Laure, Zoé, Séverine, Marie-Françoise, Claire, Silou, Amina, Mylène, Océane, Fatoumata, Maria, Nathalie, Olga, Sophie, France, Rachel, Julie, Margaux, Nancy, Françoise, Marie-Georges, Guislaine, Carmen, Yvonne, Maud, Vanessa, Pilar, Irène, Martine, Joséphine, Éliane, Ninon, Élodie, Apolline, Virginie, Isabelle, Karine, Laura, Hortense, Irina, Léonore, Myrtille, Christiane, Dominique, Paloma, Béatrice, Corinne, Nicole, Johanna, Clarisse, Geneviève, Bernadette, Odile, Emmanuelle, Maryse, Colette, Nadou, Eglantine, Juliette, Cassandre, Nadège, Annabelle, Constance, Jennifer, Thérèse, Catherine, Leila, Gabrielle, Nina, Stéphanie, Pauline, Emma, Aurélie, Claude, Pénélope, Lucie, Christelle, Clara, Gisèle, Céline, Myriam, Anaïs, Brigitte, Rosalie, Paulette, Lila, Clémence, Alexandra, Evelyne, Estelle, Sabine, Pascale, Cyrille, Marjorie, Mireille, Carina, Valentine, Monique, Lise, Barbara, Marie-Thérèse, Eve, Léopoldine, Laurène, Sabrina, Alma, Célia, Eléonore, Mathilde, Agnès, Noémie, Faustine, Rahmona, Valérie, Madeleine, Olivia, Flavie, Angélique, Hélène, Marie, Jeanne, Tatiana, Manon, Florence, Laurence, Yasmina, Amandine, Joëlle, Salomé, Louise, Marguerite, Annick, Sonia, Françoise, Édith, Giulia, Blanche, Sandra, Patricia, Ariane, Renée, Caroline, Laurie, Alice, Josiane, Salma, Eugénie, Anne, Astrid, Carole, Fabienne, Lucienne, Aliénor, Victoria, Abigaïl, Perrine, Jessica, Angelina, Jocelyne, Linda, Michèle, Charlotte, Alexia, Séraphine, Christine, Diane