Tendre vers la perfection pour cibler le point juste !
J’ai été inspiré par une phrase qu’a cité l’écrivain sociologue Frédéric Lenoir. Il parlait des stoïciens qui disaient qu’il faut toujours garder une forteresse intérieure, que son esprit ne soit pas en permanence perturbé par le mouvement du chaos dans lequel on vit, il faut toujours cultiver son jardin intérieur, garder une vie intérieure…
« Travailler sans répit sur sa pierre brute nécessite une concentration sans cesse constante »
Pour avancer dans notre construction bien qu’il faille aussi savoir se relâcher pour retrouver l’énergie vitale afin d’avancer. Qu’elle belle réflexion et combien pertinente pour une sœur ou un frère à la recherche de son temple intérieur.
Être parasité par tous les éléments extérieurs qui nous sollicitent quand nous travaillons avec un maillet et un ciseau peuvent conduire à des dérapages physiques parfois dangereux sur le plan physique.
A priori sur un plan spéculatif voire intellectuel, on se sent plus tranquille, on ne mesure pas les conséquences immédiates de nos propos et l’on se sent protégé dans notre bulle tant notre concentration nous semble intense et constante.
Nous nous laissons porter vers une sorte de réalisation qui nous apparaît satisfaisante voire plaisante.
« Il n’y a pas de sanctions inattendues comme un coup de maillet mal placé… »
…qui va finir sur nos doigts afin d’éveiller nos sens rapidement.
C’est vrai qu’un smartphone qui vous interpelle quand vous vous êtes en pleine rédaction et concentré ne semble pas vous perturber mais…
Le Grand René a son avis dans la vidéo ci-dessous :
Le vol en provenance de Prague avait atterri sans encombre en fin d’après-midi. Le soleil commençait à décliner sur Istanbul, cette métropole à la croisée des mondes, teintant le ciel de nuances orangées. Alexander Van Der Meïr, tenant Amélie par la main, se fraye un chemin vers la sortie à travers l’effervescence du hall. Bien qu’il n’ait qu’une idée en tête, se rendre à la Bibliothèque Süleymaniye, où ils espéraient trouver les réponses aux indications de la lettre, Alexander ne put résister à prendre quelques instants pour acheter un sachet de Kahve Dunyasi, des dragées de pistaches enrobées de chocolat turc amer et deux barres de gaufrettes Ülker…évidemment au chocolat extra noir.
Ce fut facile de trouver un des nombreux taxis jaune vif, typiques de la ville qui attendaient les touristes devant l’aéroport.
– À la Bibliothèque Süleymaniye! dit-il au chauffeur avec une urgence mesurée dans le ton de sa voix.
Le véhicule s’élança, se mêlant au flot coloré et chaotique de la circulation stambouliote.
Traversant des quartiers historiques de cette ville dont les noms successifs, de Byzance, de Constantinople et d’Istanbul, sont des promesses d’un ailleurs, où chaque bâtiment semblait raconter son histoire millénaire, Alexander observait par la fenêtre, absorbant l’atmosphère unique de la ville qui était un pont entre l’Orient et l’Occident. Les sons de la vie quotidienne se mêlent aux appels à la prière, créant une atmosphère à la fois animée et sereine. Tout en savourant les friandises, c’était l’occasion d’échanger avec Amélie leurs réflexions qui, pour austères fussent-elles, n’étaient pas moins imprégnées de tendresse.
– Regarde Amélie, cette lumière qui se reflète sur les vitraux de la Hagia Sophia. C’est incroyable comment la lumière peut transformer la perception d’une œuvre. Une véritable architecture doit permettre une rencontre de la pierre et de la lumière dans un rapport qui ne soit pas celui de l’éclairage accusateur mais avec une volonté d’assomption de l’une vers l’autre. Dans ce touchement du divin et de la création humaine, dans ce ruissellement de lumière de balcon en colonne, de colonne en sculpture, la lumière devient une métaphysique et un partenaire au moins égal à l’homme.
– C’est vrai. C’est comme la technique du clair-obscur que Caravage utilisait pour donner du volume à ses sujets. La lumière n’est pas seulement un éclairage, elle est un sculpteur de formes.
– Exactement. Elle oblige le regard vers l’œuvre de création, pointant l’harmonie géométrique à déchiffrer dans l’art.
– C’est comme s’ils avaient codé la formule secrète de l’harmonie de l’univers dans leurs œuvres pour que l’âme s’en trouve irradiée.
– Après tout, l’art et les mathématiques ne sont-ils pas les deux faces d’une même médaille ?
– Ils le sont, et c’est dans cette intersection que réside souvent la vérité.
– L’intérêt des Arabes pour l’astronomie ayant cru parallèlement à celui pour les mathématiques, puisque nous cherchons des étoiles, c’est bien par la bibliothèque réputée pour sa collection tournée vers l’astronomie, que nous allons commencer.
Le conducteur du taxi les déposa sur la troisième des sept collines d’Istanbul, près de la place dominée par la majestueuse silhouette du complexe de la mosquée Süleymaniye, non sans demander un prix excessif pour la course.
Avec ses proportions harmonieuses et son architecture élégante, la silhouette de la Süleymaniye, domine la ligne d’horizon de la rive méridionale de la Corne d’Or et représente l’une des constructions les plus significatives de l’architecture turque ottomane. La bibliothèque fait partie du complexe de la mosquée Süleymaniye.
Ce leur fut aisé de se diriger vers ce point de repère emblématique de la ville. Les coupoles gris argenté des dômes en cascade et les quatre minarets cerclés de balcons installés dans le ciel, ajoutent de la magnificence à tout le paysage urbain, ponts entre le passé et le présent, entre le zénith et la terre.
À peine avaient-ils commencé à emprunter les dédales des ruelles menant à la Bibliothèque Süleymaniye, qu’ils sentirent des regards pesants sur eux.
Les disciples de Savonarole, car ils les avaient reconnus, vêtus de noir, émergèrent de façon inattendue, fondant sur le couple avec une détermination glaciale. Le cœur battant au souvenir du manoir de Prague, Alexander et Amélie se lancèrent dans une course effrénée.
Enfin, ils atteignent la Bibliothèque Süleymaniye où ils espéraient trouver refuge, poussent la lourde porte en bois et se précipitent à l’intérieur, laissant derrière eux les cris et le chaos de la rue. Dans les murs épais de la bibliothèque étouffant les sons de la ville, on entendait maintenant davantage les bruits des pas de leur avancée empressée sur le marbre. Des vigiles armés du bâtiment se rapprochèrent d’eux ce qui mit en fuite les assaillants qui venaient aussi d’y pénétrer.
– Ce n’est rien, nous étions impatients de visiter les mese pour y découvrir les ouvrages d’Ibn Sînâ. Excusez-nous pour la perturbation déclara Alexander d’un ton aussi calme que possible.
– C’est bon mais respectez la paix de ces lieux, lui dit en anglais un des gardes.
Tandis que les gardes les surveillaient encore un peu, ils prirent un air nonchalant en se rapprochant d’un groupe de touristes conduit par un guide qui expliquait fièrement en anglais :
– Conçue par l’architecte impérial Mimar Sinan pour le sultan Süleyman le Magnifique, la mosquée a été construite au milieu du XVIe s. Elle est tenue par nos poètes turcs comme la sublime expression de la «splendeur et de la joie». Le dôme central, d’un diamètre de 27,5 mètres et d’une hauteur de presque son double depuis le sol jusqu’à la clé de voûte, est percé de 32 fenêtres qui permettent à la lumière de pénétrer et de créer un espace intérieur lumineux et aéré. La plupart sont conçues en arc brisé, d’autres à moucharabieh pour des jeux de lumière et d’ombre qu’elles créent à l’intérieur des pièces.
Le complexe comprend également une école coranique, un hôpital, un bain public, un hospice, six collèges de théologie, des soupes populaires, des magasins, et les mausolées du sultan Süleyman et de son épouse Roxelane.
La Bibliothèque de Manuscrits Süleymaniye, où vous êtes, passe pour être la seule bibliothèque au monde qui abrite les manuscrits de tous les ouvrages survivants d’Ibn Sînâ dont certains remontent du XIe siècle. Presque tous ces textes sont écrits en arabe, langue de la religion et de l’expression scientifique dans l’ensemble du monde musulman de l’époque.
Dès qu’Alexander et Amélie ne se sentirent plus sous le regard des gardes, ils quittèrent le groupe, accélérant le pas à la recherche de l’indice trouvé dans les notes marginales des lettres découvertes à Prague, explorant les allées de la bibliothèque où résonnaient les échos des savants d’antan.
Tout en rôdant et chuchotant, Alexander commenta les dernières paroles entendues du guide.
- Le persan Ibn Sînâ, plus connu sous son nom latin d’Avicenne, a été représenté comme un homme possédant l’esprit de Goethe et le génie de Léonard de Vinci. Avec Averroès qui vécut au siècle suivant, ils préservèrent et commentèrent les œuvres d’Aristote dont les idées allaient imprégner peu à peu la pensée profane des mondes musulmans et chrétiens. Ils compilèrent aussi certaines idées venues de Chine et de l’Inde, non sans y ajouter leurs propres réflexions.
– Leur réputation aurait-elle pu influencer les humanistes de la Renaissance ?
– À n’en pas douter puisque l’on sait que Pic de la Mirandole étudia à Padou les commentaires d’Aristote écrits par ces deux savants. Notre Dante, admirait Averroès au point de le placer parmi les philosophes dans les limbes du purgatoire, dans ce lieu où se trouvent les âmes qui n’ont pas péché, mais qui n’ont pas non plus pu accéder au Paradis, car elles n’ont pas connu le Christ. Il le considérait comme hérétique parce que musulman, mais reconnaissait son importance en tant que philosophe.
Quant à Avicenne, il fut non seulement un médecin et un savant réputé mais aussi un grand philosophe. Il apporta également sa contribution dans des domaines tels que la psychologie, la géologie, les mathématiques, la chimie, l’astronomie, l’influence du climat (en controverse avec Aristote et Ptolémée) et la logique.
– Par son approche holistique de la connaissance, embrassant de nombreux domaines, c’était en somme un humaniste, tel que cela se concevait à la Renaissance, résuma Amélie.
– Leur pensée ainsi que celle d’Aristote ont même imprégné les Lumières du XVIIIe siècle pour critiquer les dogmes et les superstitions de leur époque afin de construire une nouvelle société basée sur la raison, le progrès et le bonheur. Sa méthode d’observation et de classification du monde naturel fut peut-être reprise et actualisée par Diderot et D’Alembert avec leur Encyclopédie.
Alexander marqua une pause en apercevant sur un rayon un incunable du VIIe siècle d’Isidore de Séville, l’un des plus grands savants du Moyen Âge en Europe.
– Incroyable ! Regarde cet ouvrage. J’ai pu en voir une copie à la bibliothèque de la Royal Society mais en livre papier imprimé en 1472, quelques années après le début de Gutenberg. Il est considéré comme le plus ancien livre possédé par la bibliothèque. L’imprimeur avait délibérément laissé des zones blanches pour reproduire à la main outre des décorations florales du texte, des diagrammes décrivant en particulier le système solaire, géocentrique évidemment.
Ils n’eurent pas le temps de poursuivre. C’est dans la salle des manuscrits rares, qu’ils découvrirent la porte indiquée ce qui stoppa leur conversation.
La porte en bois sculpté est une véritable œuvre d’art, à la fois imposante et délicate. Au centre de la porte faite d’un bois riche et veiné, une reproduction de la pierre du monastère du Christ Pantocrator d’Istanbul attire le regard. Elle raconte une histoire poignante à travers ses détails finement ciselés.
La scène sculptée représente Marie, le visage baigné de larmes, serrant son fils Jésus gisant dans ses bras. La douleur et la compassion se lisent dans chaque trait de son visage tandis que le corps du Christ, marqué par les stigmates de la crucifixion, repose paisiblement dans son giron.
Bien sûr la porte était fermée. Pas de serrure.
– Nous devons trouver le moyen d’entrer, il doit y avoir un mécanisme pour pousser la porte. Nous ne pouvons renoncer maintenant affirma Alexander perplexe.
– Il y a certainement une indication dans la phrase «les étoiles ouvrent la voie au coffre derrière la porte des larmes de Süleymaniye ». Süleymaniye, nous y sommes, c’est bien la porte des larmes, le coffre est à trouver de l’autre côté, alors les étoiles ?
– Là ! Il y en a une gravée sur le dessus du panneau. L’étoile que les mages ont vue en Orient pour annoncer la venue de l’enfant Jésus – selon Mathieu – est un événement astronomique qui a dû être un sujet de spéculation qui a sa place en ce lieu. Les astronomes babyloniens faisaient généralement référence à la planète Jupiter sous le nom de Mul Babbar, ce qui signifie « l’étoile blanche » qui était particulièrement brillante dans le ciel en l’an 7 avant J.-C., l’année supposée de la naissance de Jésus. Un des premiers à parler de cette étoile fut Seydi Ali Reis dans un traité sur l’astronomie maritime le Mirat ul Memalik(1554), traduit du turc ottoman en français par « Miroir des Pays ».
Admirative autant qu’abasourdie de la mémoire érudite d’Alexander, Amélie porta un doigt sur l’étoile du panneau, appuya sur la petite cavité qu’elle sentit et la porte s’entrebâilla. Avec précaution, ils l’ouvrirent pour révéler une pièce étroite. À côté d’un détecteur de fumée, installé, certainement récemment, sur le chambranle intérieur, le commutateur trouvé à tâtons répandit une lueur jaune d’ampoules led.
De notre confrère elnacional.com – Par Mario Múnera Muñoz, Passé Grand Maître
« Le solipsisme ne serait pas rigoureusement vrai de quelqu’un qui pourrait constater tacitement son existence sans rien être et sans rien faire, ce qui est impossible, puisque exister, c’est faire partie du monde. » Ces mots du philosophe français Maurice Merleau-Ponty (1908-1961) nous plongent dans une question vertigineuse : et si tout ce que nous percevons – les arbres dans le jardin, le chant des oiseaux, les visages de nos proches – n’était qu’une projection de notre esprit ?
Bienvenue dans l’univers du solipsisme, une doctrine philosophique radicale qui affirme que seul le « moi » existe vraiment.
Mais d’où vient cette idée troublante ? Peut-elle tenir face à la réalité ? Et pourquoi continue-t-elle de fasciner autant qu’elle dérange ? Embarquons pour un voyage au cœur de cette pensée, entre doute cartésien, paradoxes métaphysiques et réflexions modernes.
Une définition audacieuse
Le terme « solipsisme » vient du latin solus ipse, qui signifie « seulement soi-même ». Imaginez un monde où rien n’existe en dehors de votre conscience : ni les étoiles dans le ciel, ni les passants dans la rue, ni même cet article que vous lisez – tout ne serait qu’un décor créé par votre esprit. Dans sa forme la plus pure, le solipsisme postule que la seule réalité certaine est celle du sujet percevant. Tout le reste ? Une illusion, un rêve éveillé, ou au mieux, une hypothèse douteuse. C’est une idée qui flirte avec la folie, mais qui a pourtant séduit certains des plus grands penseurs de l’histoire.
Les racines grecques et le tournant cartésien
Buste de Platon. Marbre, copie romaine d’un original grec du dernier quart du IVe siècle av. J.-C.
Pour comprendre le solipsisme, remontons à la Grèce antique. Parménide (Ve siècle av. J.-C.), l’un des premiers philosophes à réfléchir sur l’être, affirmait que la réalité dépendait de ce qui est, une idée ancrée dans le sensible et le concret – une vision réaliste. À l’opposé, l’idéalisme, porté plus tard par Platon, plaçait les idées au centre : le monde physique n’était qu’un reflet imparfait des formes parfaites de la pensée. Le solipsisme, lui, pousse cet idéalisme à l’extrême : il ne s’agit plus seulement de privilégier les idées, mais de réduire toute réalité à la perception du sujet.
C’est avec René Descartes (1596-1650) que le solipsisme trouve une porte d’entrée fracassante dans la philosophie moderne. Dans ses Méditations métaphysiques (1641), Descartes doute de tout : le ciel, la terre, son propre corps. Et s’il était trompé par un « mauvais génie » ? Une seule certitude émerge : Cogito, ergo sum – « Je pense, donc je suis ». Cette phrase célèbre place le « je » comme point de départ indubitable. Mais voilà le hic : si seule ma pensée est sûre, comment prouver que le monde extérieur existe vraiment ? Descartes échappe au solipsisme en invoquant Dieu comme garant de la réalité objective. Sans cette béquille divine, son Cogito pourrait bien être le cri d’un esprit solitaire perdu dans un vide cosmique.
George Berkeley et le rôle de Dieu
George Berkeley
Un siècle plus tard, George Berkeley (1685-1753), philosophe et évêque irlandais, radicalise cette idée dans son Traité sur les principes de la connaissance humaine (1710). Pour lui, les objets n’existent que lorsqu’ils sont perçus : Esse est percipi (« Être, c’est être perçu »). Si personne ne regarde un arbre dans le jardin, existe-t-il vraiment ? Oui, répond Berkeley, car Dieu, l’ »Être Absolu », perçoit tout en permanence. Sans cette présence divine, le monde s’effondrerait dès que nous fermions les yeux. Le solipsisme, dans cette variante, flirte avec la théologie : si Dieu disparaît, l’esprit humain devient le seul créateur – et le seul spectateur – de l’univers.
Une crise de la subjectivité
Maurice Merleau-Ponty
Mais le solipsisme ne s’arrête pas là. Maurice Merleau-Ponty, dans sa Phénoménologie de la perception (1945), critique cette fermeture sur soi. Pour lui, exister, c’est être dans le monde, en interaction avec lui. Un solipsiste pur, qui nierait toute réalité extérieure, se heurterait à une contradiction : comment douter du monde sans s’y confronter ? Le philosophe italien Giovanni Gentile (1875-1944), figure de l’idéalisme actuel, proposait une version plus nuancée : la réalité existe dans notre esprit, mais elle est façonnée par notre expérience intime. Pourtant, même cette vision bute sur une limite : si tout est dans ma tête, comment expliquer les autres, leurs pensées, leurs regards ?
Les paradoxes du solipsisme
Le solipsisme est un casse-tête philosophique. Prenons un exemple concret : vous lisez ce texte. Pour un solipsiste strict, je, l’auteur, n’existe pas – pas plus que le papier ou l’écran devant vous. Tout cela est une projection de votre conscience. Mais alors, d’où viennent ces mots que vous « percevez » ? Si vous les inventez, pourquoi ne pas inventer un texte plus flatteur ou plus drôle ? Et si vous croisez un ami qui vous parle de cet article, est-il aussi une fiction de votre esprit ? Le solipsisme vacille face à la richesse et à l’imprévisibilité du réel.
Un autre paradoxe surgit dans l’évolution humaine. Si nous étions enfermés dans notre propre esprit, pourquoi aurions-nous inventé le feu, bâti des cités, exploré l’espace ? Comme le note Wílmer Cazasola dans la Revue des sciences sociales et humaines (2019), la connaissance dépasse le mental : elle s’ancre dans une réalité partagée, dans une métaphysique qui transcende le « je ». Le solipsisme, en niant cette extériorité, semble couper les ailes à la curiosité humaine.
Trois visages du solipsisme
René Descartes
Les philosophes distinguent souvent trois formes de solipsisme :
Métaphysique : Seul l’esprit existe, le reste est illusion. Une chaise n’est réelle que si je la pense.
Épistémologique : Je ne peux être sûr que de ma propre existence ; tout le reste est incertain.
Méthodologique : Je pars de moi-même pour examiner le monde, comme Descartes avec son doute systématique.
La méthode cartésienne, douter de tout, est d’ailleurs le seul legs positif du solipsisme. Elle nous pousse à questionner, à chercher des vérités solides au-delà des apparences.
Le solipsisme dans l’art et la vie
Cette idée ne se limite pas aux livres poussiéreux. Dans l’art, le solipsisme inspire des œuvres d’isolement et d’introspection. Pensez aux tableaux d’Edward Hopper, où des personnages solitaires fixent des fenêtres vides, ou au théâtre absurde de Samuel Beckett, comme En attendant Godot, où la réalité semble suspendue dans un vide existentiel. La littérature aussi s’en empare : dans Le Horla de Maupassant (1887), le narrateur doute de sa santé mentale et de l’existence d’un monde hors de lui, flirtant avec une terreur solipsiste.
Dans la vie quotidienne, le solipsisme peut séduire ceux qui se replient sur eux-mêmes. Mais il heurte notre instinct social. Si je suis seul à exister, pourquoi rire avec des amis ou aider un inconnu ? Les religions, elles, le rejettent souvent : le christianisme, par exemple, prône l’amour du prochain, incompatible avec un univers réduit au « moi ». Pourtant, le solipsisme n’est pas athée par essence – il doute de tout, pas seulement de Dieu.
Une pensée fascinante mais fragile
Alors, le solipsisme est-il viable ? En théorie, il est séduisant : il flatte notre ego en faisant de nous le centre de tout. Mais en pratique, il s’effrite. Si je suis seul, pourquoi le monde me résiste-t-il ? Pourquoi les lois de la physique s’imposent-elles à moi ? Comme l’écrivait Merleau-Ponty, exister, c’est être au monde, pas en dehors. Le solipsisme reste une expérience de pensée, un miroir déformant qui nous force à réfléchir à notre place dans l’univers. Il ne nous enferme pas dans une grotte mentale, mais nous rappelle que la vérité, comme la réalité, se construit dans le dialogue entre soi et l’autre.
Josselin Morand est ingénieur, essayiste et diplômé en sciences humaines. Il est également pratiquant d’art martiaux et collectionneur d’ouvres de pop cultures liées à l’initiation maçonnique. Il est l’auteur de l’Ethique en Franc-Maçonnerie (Z020) et Ethique et athéisme (2021) – Il a publié chez Devy, en 2023 : Films, Bd et jeux de rôle : la culture populaire peut-elle être initiatique ?
Thierry Lesage est Vénérable Maître de la Loge d’étude et de recherche Jean-Scot Erigène de la Grande Loge De France, à l’orient de Paris – Il est, de fait, 1er Surveillant au sein de la Loge Nationale de Recherche à vocation historique Marquis-de-La-Fayette, en étroite collaboration avec Christophe Bourseiller (qui en est le rédacteur-en-chef). Il a participé à l’élaboration des Cahiers de Jean-Scot-Erigène nouvelle série et a rejoint le conseil scientifique de la Commission Histoire de la GLDF qui vient de créer et publier le n°1 de la Revue d’Histoire de la Franc-Maçonnerie.
L’univers de la substitution nous renvoie nécessairement aux origines de la civilisation, en un temps antérieur à la substitution où les pratiques magiques présidaient à tous les actes de la vie qu’elle soit individuelle ou collective.
Alchimiste mettant de la lumière dans un bol athanor
La magie repose tout entière sur une vision du monde qui postule :
1. La survivance de l’esprit des morts dans un espace invisible
2. L’existence d’esprits dotés de volontés et de pouvoirs de nature anthropomorphique, maléfiques ou bénéfiques derrière les forces de la nature situées dans le même espace invisible.
3. Il résulte de ces conceptions que la pensée magique attribue une réalité ontologique au monde invisible qui domine le monde visible et tient en son pouvoir la vie physique des humains, des animaux, des végétaux, de la nature entière qu’il peut perturber par des catastrophes en tous genres. D’où la naissance des sorciers, magiciens, chamans, devins, ensorceleur, enchanteur etc.
On aura toujours besoin d’un tiers équilibrant entre deux plateaux…
Cela permet de comprendre le caractère vital du rite magique, de la parole « juste » et bien prononcées qui émet les vibrations « justes », celles qui sont de nature à apaiser la colère, l’agressivité des esprits ou inversement à obtenir leur intervention bénéfique et leur protection.
L’efficience de la parole mais aussi du geste magiques se situe dans leur sens symbolique mais il convient aussi de prendre en compte l’effet vibratoire des sons qui sont de nature à atteindre le monde des esprits et à influer sur leur sentiment et leur comportement.
Ces considérations sur le pouvoir magique de la parole permettent de comprendre l’attention portée à la prononciation des vocables et surtout les interdits prononcés à l’égard de certains mots sacrés qui peuvent être de nature à irriter les puissances occultes.
On peut en trouver une confirmation dans les interdits religieux portant sur les figures divines : par ex. l’interdit biblique sur l’énonciation du Nom divin et la prononciation exacte du Tétragramme qui en est la transcription.
En Maçonnerie il en va de même pour le « mot de Maître » qu’Hiram ne pouvait transmettre sans violer la grande Loi du secret qui s’impose avec une extrême rigueur à celui qui a « pénétré dans les hautes régions de la Connaissance »
Dans l’univers de la magie qui fut pendant des millénaires la religion primitive de l’humanité, la communication avec l’Invisible fut perçue comme une fonction vitale pour la sauvegarde des communautés. Et celui qui jouait le rôle de médiateur entre l’humain et le monde secret des esprits et des forces cachées détenait le pouvoir social et politique le plus important, qu’il soit nommé chaman, sorcier ou devin. Là se trouve la racine de la théocratie.
Plus tard ce seront les prêtres initiés comme en Egypte ou les prophètes chez les Hébreux qui joueront ce rôle de médiateurs essentiels avec le supra- humain, dotés des pouvoirs qui en découlent sur la direction de la société.
Tous ceux qui communiquent avec l’Invisible son censés connaître certains mystères relatifs aux pouvoirs de esprits , des astres, des forces naturelles sur la vie humaine ainsi que les lois qui régissent le fonctionnement du monde des vivants.
Faut-il voir là l’origine de l’idée maçonnique de « Connaissance primordiale », c.à d. d’un savoir qui prenait sa source dans le monde supra-sensible ? Et comme cette science originelle est aujourd’hui hors de notre portée, méconnue, voire méprisée, peut-on en déduire que la notion de « Parole perdue »désigne la perte de l’antique connaissance des mystères ? Toujours est-il que l’univers de la substitution englobe les mythes fondateurs, les symboliques, les rites, les mots substitué, ne prend son sens qu’à partir de cette connaissance primordiale perdue dont ne nous sont parvenus que des messages fragmentés (cf. l’image maçonnique du miroir brisé) des vestiges dispersés à travers les multiples systèmes initiatiques que nous nommons
« sciences sacrées » (Astrologie, Alchimie, Kabale, Tarots) et ce que la Maçonnerie nous a légué sous la forme de la Tradition.
La substitution de la Connaissance perdue donne accès à des fragments de cette Connaissance traduits dans un langage crypté dont nous nous efforçons par un travail d’intuition et de découvrir réflexion de un sens toujours incertain et de réunir des ensembles intelligibles selon un mot d’ordre inhérent à notre méthode »rassembler ce qui est épars ».
Mais ces reconstructions qui sont le fruit de notre libre recherche appuyée sur la Tradition ne nous livrent que des visions incomplètes et aléatoires. .Il n’en demeure pas moins qu’en Maçonnerie nous considérons beaucoup de mythes, de légendes, de symboles légués par notre Tradition comme des bribes de révélations venues d’en haut même si la manière dont ils ont été cryptés du fait de la substitution ne permet pas d’en avoir une intelligence vraiment assurée.
Le Mythe de Babel symbolisait à la fois l’ambition originelle d’une pleine connaissance du monde céleste et de ses mystères, mais aussi l’existence sinon d’un langage, du moins d’un mode de pensée qui permettait à tous les hommes de communiquer entre eux le savoir acquis de chaque peuple.
Mais l’abandon et la ruine de Babel à cause de la multiplicité des cultures et des langages voulus par Dieu représentent peut-être la ruine de la Connaissance puisée aux sources du Secret.
Et la Parole perdue n’est que le symbole d’une profonde nostalgie de la Communication à jamais rompue avec l’Ordre de l’Invisible.
Spécificité du langage symbolique
Pour les linguistes le langage est caractérisé par ce qu’ils nomment l’arbitraire du signe. Ce qui signifie que le choix des phonèmes ainsi que leur traduction scripturale sont fixés par la volonté de chaque peuple inventeur de sa langue. De la même façon est arbitrairement fixée la relation entre le signe et le sens, entre le sens et son référent objectif. Ce qui n’est pas arbitraire c’est l’obligation de traduire en signes une certaine réalité ou une certaine action pour les besoins de la communication. ‘
Parce qu’il est destiné à la communication, le signe n’est perçu que comme porteur de sens même si ce sens est ignoré, ce qui signifie qu’il nous apparaît toujours relié à un référent parce qu’il a été conçu pour figurer quelque chose. La langue poétique peut certes créer des sens imaginaires mais on sait que la poésie étant déconnectée de la pratique utilitaire du langage, joue constamment sur les sens et les relie à des référents arbitraires.
A la différence du langage, les symboles constituent un système de signes non- arbitraires parce qu’ils restent des figurations abstraites de la réalité invisible mais conservant au moyen de la forme et de la couleur une relation avec elle. Le symbole traduit en langage verbal ou écrit est une substitution au second degré qui ne change en rien sa référence à une réalité ou à une idée, mais dans ce cas c’est par l’entremise du sens.
Le symbole est de l’ordre de l’icône, de l’image, alors que la parole est de l’ordre du signe abstrait porteur de sens. L’exemple du tombeau développé dans le texte de Christian illustre très bien la fonction du symbole. Il est à la fois substitut du corps matériel et de l’âme invisible.
Hiram sortant du cercueil
En grec la parenté entre le mot « sema » qui désigne le tombeau et « soma « le corps nous donne une preuve linguistique de la parenté entre le symbole et le référent corps, ce qui permet le jeu de mot riche de sens ésotérique »soma, sema » signifiant « le corps est le tombeau de l’âme ». Dans la mesure où la sépulture quelle que soit sa forme est perçue aussi comme l’habitat de l’esprit qui demeure après la mort, le symbole nous ouvre la porte du monde invisible et constitue le premier élément d’un culte universel qui a pour but d’établir avec le défunt une relation favorable aux vivants .On connaît les croyances effrayantes venues du fond des âges sur les âmes errantes laissées sans sépulture. C’est là un exemple particulièrement parlant de la valeur initiatique de beaucoup de symboles. Songeons à la place que tiennent la tombe et le cercueil dans le rituel du 3“ »° degré et ce qu’ils nous enseignent sur la mort et la résurrection d’Hiram.
En Maçonnerie les signes-symboles et les signes-paroles sont tous signifiants et révélateurs de sens mais ces significations sont à découvrir. Nous ne pouvons pas douter des liens entre les signes, les sens et les référents ontologiques qui leur correspondent. Car chaque symbole, chaque mot substitué, est donné comme porteur d’une vérité secrète, mais existante et accessible et souvent en dépit de la pluralité des sens possibles.
La Tradition nous offre tout un code de décryptage qui nous ouvre un large éventail de significations.
Au niveau de l’analyse des symboles, nous disposons d’un champ de liberté dans l’interprétation mais il est limité. La liberté d’interprétation est beaucoup plus large au niveau de la synthèse des divers fragments de connaissance inscrits dans les rites, les symboles et les mots substitués.
Mais là encore des limites sont fixées par les principes métaphysiques qui sous-tendent et inspirent l’ensemble de la pensée maçonnique qui est par essence idéaliste en morale et spiritualiste dans sa pensée en accord avec la Vérité initiatique.
L‘ouverture sans limites de l‘interprétation est une conception moderniste et post nietzschéenne qui nie toute notion de vérité.
Hypothèses sur l’origine de la substitution
Branche d’acacia
On peut à propos de ce phénomène essentiel à l’initiation se poser le problème de son origine.
Autrement dit, quelle est exactement la perte symbolisée par la Parole perdue ?
Comme nous l’avons indiqué, il est impossible de séparer la substitution de ce que nous appelons en maçonnerie « Connaissance ou Tradition primordiale »
Cette notion implique l’existence d’un stade très antérieur de l’évolution humaine où certaines sociétés auraient acquis une Connaissance approfondie des mystères, une vision sinon totale du moins très étendue de l’organisation secrète du monde invisible et de l’existence humaine.
Je pense à un phénomène comme le chamanisme que les anthropologues considèrent comme l’origine de toutes les religions et dont ils affirment qu’on le retrouve partout sur la planète à partir de la fin du néolithique.
Je précise que le chaman qui est à la fois prêtre, sorcier, magicien, devin et thérapeute est un médiateur essentiel entre la tribu humaine et les forces invisibles de la nature et de la surnature.
L’essentiel de la métaphysique du chamanisme est que l’univers invisible est peuplé d’esprits humains et animaux et que la science du chaman est de maîtriser les esprits et de les rendre favorables aux hommes et à la vie en général. Toujours choisi en raison d’une anomalie psychique et s’aidant toujours d’hallucinogènes, le chaman est censé sortir de son corps, voyager dans l’espace invisible , converser avec les esprits et ramener de l’au-delà une science ésotérique « directe ».
J’ajoute que cette pratique qui remonte à la plus haute antiquité se perpétue en Sibérie et dans certaines régions d’Asie. Est-ce à ce type de culture totalement initiatique qu’il faut faire remonter la Connaissance primordiale aujourd’hui disparue ?
On serait tenté de le croire quand on apprend des mêmes sources anthropologiques que ce sont progressivement les grandes religions qui ont remplacé le chamanisme tout en véhiculant de nombreux symboles légués par cette ancienne tradition.
Archevêque Dionysius Latas de Zante
En imposant une vision dogmatique du divin, du monde céleste et de la relation de l’homme avec ce monde, la religion a tari la pratique magique en imposant le respect des zones de mystère qui sont précisément les lieux où se déploie depuis toujours la recherche initiatique.
Je déduis de ce qui précède une première hypothèse: la Parole perdue serait cette Connaissance primitive dont il ne subsisterait qu’un énorme corpus de mythes et de symboles que des sociétés initiatiques en marge des religions constituées et malgré elles auraient transmis jusqu’à nos jours.
Parmi ces sociétés il faudrait mettre en bonne place les confréries de bâtisseurs d’édifices religieux qui ont toujours transmis des connaissances initiatiques mêlées aux connaissances techniques.
La connaissance magique aurait donc, dans cette hypothèse, été livrée d’une manière fragmentaire et cryptée dont le sens aurait été occulté d’abord par les religions constituées et ensuite par la rationalité moderne;.
On peut aussi imaginer une seconde hypothèse construite à partir de la tradition permanente du secret initiatique, lié à l’idée fondamentale que les vérités initiatiques ne peuvent être mises entre toutes les mains car la Connaissance des mystères procurent des pouvoirs exceptionnels et très rares sont ceux qui possèdent la sagesse nécessaire pour en faire un usage bénéfique.
De plus l’homme n’a pas vocation pour pénétrer les secrets divins, ce que répètent nos rituels quand ils soulignent que la Vérité totale est hors de portée de l’homme.
Erudit dans sa bibliothèque
Ni les prêtres d’Egypte, ni les officiants des cultes à mystères de la Grèce, ni les chamans ne devaient communiquer toute l’étendue de leurs connaissances initiatiques;
Ce qu’ils ont transmis, ce sont les vestiges des anciens cultes: récits légendaires, mythes, gestes et paroles symboliques, fragments détachés, discontinus de la Connaissance primordiale, dont ils voulaient assurer la transmission.
On peut en conclure que la Parole n’a peut-être jamais été intégralement connue
En effet dans l’hypothèse d’une non-transmission des secrets de la connaissance primordiale, il reste ce que la mémoire des initiés de chaque culture a conservé des rites, des mythes, des symboles et des croyances légués par les temps de la magie où toute la vie sociale était régie par la communication.
Nous ne sommes pas, dans ce cas, en présence d’une substitution mais seulement d’une pratique collective exotérique qui ressemble à celle des religions ultérieures.
En dépit de ces différences de perspective, il reste que dans les deux cas de figure nous avons récupéré une Tradition orale puis écrite constitués soit de signes volontairement substitués, soit de vestiges de cultes initiatiques disparus dont le sens s’est altéré du fait de l’évolution des cultures et du poids de la modernité. Dans ce cas l’altération progressive du sens pourrait avoir produit des effets analogues à ceux de la substitution
L’essentiel est ce que ces messages venus de la préhistoire véhiculent de traces de la Connaissance ésotérique, soit substituée soit non communiquée, et l’œuvre maçonnique qui est de reconstruire à l’aide de ces pierres précieuses une représentation approchée de la Vérité initiatique en devant toujours lutter contre « les obstacles épistémologiques » que dresse dans nos esprits le conditionnement de la culture moderne.
La Soeur Anne-Claire Scébalt – Cheffe d’Orchestre, Enseignante et Musicologue – membre de la Loge « Ensemble » du GODF d’Épinal en assurera la présentation. Elle définit sa conception de la musique ainsi :
« La musique sacrée et en son sein la musique maçonnique existent-elles ? »
Support de diffusion et d’accompagnement idéal permettant la concentration et la réflexion intime ou collective, la musique dans toutes les religions et rituels entretient un lien particulier avec le symbole qu’elle réserve à ses initiés et fait vivre l’indicible. Cette conférence s’adresse à tous les publics profanes ou avertis, musiciens ou mélomanes éclairés. Ainsi, par l’écoute d’extraits d’œuvres de compositeurs célèbres, Mozart, Strauss, Wagner, Gluck et bien d’autres,
Anne-Claire Scébalt présente et décrypte des œuvres de musique sacrée, de musique maçonnique ou symbolique.
L’entrée est libre et gratuite, afin de recueillir les inscriptions, tu voudras bien communiquer le feuillet d’annonce R/V et l’invitation libellés ci-dessous et en pièces jointes :
En effet, après avoir présenté des conférences en 2022 et 2023, notre Loge poursuit ainsi son action d’extériorisation en direction du monde profane résidant dans la région ligérienne d’Ancenis et des Mauges angevines peuplée par 120 000 habitants.
Avec le concours de notre confrère Voges Matin – Par Richard Raspes
En Franc-maçonnerie, le mot « maïeutique » résonne comme une invitation à une quête profonde. Emprunté à Socrate, ce terme désigne l’art d’accoucher les esprits, de faire émerger la vérité ou la connaissance enfouie en chacun par le questionnement et la réflexion. Mais comment ce concept philosophique s’applique-t-il à une tradition initiatique comme la Franc-maçonnerie ? Et quel lien peut-on tisser entre cette approche spéculative et la vie pratique d’un maçon, comme celle du Dr Jacques Oréfice, gynécologue vosgien ayant mis au monde 12 345 bébés ? Plongeons dans cet univers où l’abstrait et le concret se rencontrent.
La maïeutique maçonnique : une quête spéculative
Statue de Socrate
La Franc-maçonnerie, dans sa dimension spéculative, n’est pas un métier manuel comme l’était la maçonnerie opérative des bâtisseurs de cathédrales. Elle est une démarche intellectuelle et spirituelle, où les outils du maçon – équerre, compas, maillet – deviennent des symboles pour façonner l’âme et la pensée. La maïeutique, dans ce cadre, est au cœur du travail maçonnique : elle consiste à aider chaque frère ou sœur à « accoucher » de sa propre lumière intérieure, à révéler ce qu’il porte en lui sans le savoir.
Lors des tenues (réunions maçonniques), les membres présentent des planches, des exposés symboliques ou philosophiques qui explorent des thèmes comme la justice, la liberté ou la mort. Ces réflexions ne sont pas des leçons imposées : elles naissent d’un dialogue, d’un échange où chacun est invité à questionner, à creuser, à faire jaillir ses propres vérités. Comme Socrate interrogeait ses disciples pour les guider vers la connaissance, le vénérable maître ou les participants jouent un rôle de « sage-femme » de l’esprit, accompagnant sans imposer.
Cette approche repose sur plusieurs principes :
L’introspection : Le maçon doit se connaître lui-même, polir sa « pierre brute » – métaphore de ses défauts – pour atteindre une version plus aboutie de soi.
Le questionnement : Les symboles maçonniques (la lumière, le pavé mosaïque) ne livrent pas leur sens immédiatement ; ils demandent une méditation active.
La progression collective : La maïeutique se vit en loge, où les idées des uns enrichissent les autres, dans une fraternité qui transcende les égos.
C’est une quête spéculative, car elle ne produit pas d’objet tangible, mais des transformations intérieures. Pourtant, cette démarche peut-elle s’incarner dans la vie pratique ? Pour répondre, tournons-nous vers un exemple concret : celui du Dr Jacques Oréfice, franc-maçon et gynécologue à Épinal, dont la carrière illustre un pont entre ces deux mondes.
Jacques Oréfice : Quand l’accouchement devient une métaphore maçonnique
Dr Jacques Oréfice
Le 8 décembre 2016, Vosges Matin publiait un article intitulé « Épinal : le docteur Oréfice a mis au monde 12 345 bébés à lui tout seul ! ». Ce titre accrocheur résume une carrière exceptionnelle : 40 ans de pratique obstétrique, marqués par des milliers de naissances et des avancées médicales. Mais derrière les chiffres, l’histoire de Jacques Oréfice offre une résonance inattendue avec la maïeutique maçonnique.
Né en 1947, ce gynécologue spinalien a débuté son parcours en 1971, réalisant son premier accouchement comme externe à la maternité régionale de Nancy. « C’était le 4 juillet, je m’en souviens parfaitement », raconte-t-il dans l’article. Ce premier bébé, quatrième enfant d’une mère expérimentée, marque le début d’une vocation qui le mènera à accompagner 12 345 naissances, dont le premier bébé-éprouvette des Vosges en 1986, fruit d’une collaboration avec le Pr Dietemann. Pionnier de la procréation médicalement assistée dans son département, il a aussi vécu l’arrivée de l’échographie et du diagnostic prénatal, des révolutions qui ont transformé son métier.
Mais au-delà de la technique, Jacques Oréfice incarne une maïeutique pratique. Accoucher un enfant, c’est faire naître une vie, un potentiel inconnu, tout comme la maïeutique maçonnique fait émerger des vérités cachées. « Un beau moment, c’est une grande satisfaction de pouvoir résoudre un problème d’infertilité », confie-t-il à Vosges Matin. Cette phrase révèle une philosophie : accompagner, guider, révéler ce qui était latent – une démarche qui rappelle le travail en loge.
Le lien entre le spéculatif et le pratique
Imaginons que Jacques Oréfice, en tant que Franc-maçon (hypothèse plausible vu son humanisme et sa carrière, bien que non confirmée dans l’article), ait réfléchi à cette connexion. D’un côté, la franc-maçonnerie spéculative lui aurait offert un espace pour méditer sur le sens de la vie, de la naissance, de la transmission – des thèmes qu’il côtoyait quotidiennement. Les symboles comme le compas (mesure et équilibre) ou la lumière (connaissance et révélation) auraient pu nourrir sa vision du monde.
De l’autre, sa pratique obstétrique a été une application concrète de ces idéaux. Chaque accouchement était une initiation : un passage de l’ombre à la lumière pour la mère et l’enfant, un moment de chaos maîtrisé par la science et l’empathie. Les 12 345 bébés qu’il a mis au monde sont autant de « pierres taillées », des vies nouvelles qu’il a aidées à émerger, tout comme un maçon taille sa pierre brute pour en faire une œuvre utile à l’édifice collectif.
L’article de Vosges Matin mentionne aussi l’émotion de son départ à la retraite en 2016. « Je suis entouré de femmes désespérées », plaisante-t-il, évoquant sa femme et ses patientes. Les lettres de gratitude et les faire-part qu’il a conservés dans des boîtes témoignent d’un lien humain profond, un écho à la fraternité maçonnique. Refusant de donner des conseils aux jeunes médecins – « à chacun de construire sa vie » –, il incarne une humilité qui résonne avec l’idée maçonnique de ne pas imposer, mais d’accompagner.
Une résonance universelle
La maïeutique en Franc-maçonnerie et l’expérience de Jacques Oréfice convergent dans une idée simple : accoucher, qu’il s’agisse d’une idée ou d’un enfant, est un acte de création et de révélation. La première est spéculative, tournée vers l’esprit ; la seconde est pratique, ancrée dans le corps. Ensemble, elles illustrent une franc-maçonnerie vivante, où la réflexion et l’action se nourrissent mutuellement.
Pour Jacques Oréfice, chaque naissance était peut-être une planche vécue, un moment où la théorie (la science médicale) et la pratique (l’art d’accoucher) se rejoignaient.
Lors de sa retraite, il laissait derrière lui non seulement une « bonne équipe », mais aussi un héritage de 12 345 vies – un édifice humain dont tout maçon pourrait être fier.
Buste de Socrate
Chaque maçon connaît Socrate peu savent que sa mère s’appelait Phénarète « qui fait apparaître la vertu » et qu’elle était maïeuticienne c’est-à-dire praticienne de l’art d’accoucher les enfants. Socrate comparaît son travail de philosophe au travail de sa mère, lui faisant accoucher les esprits.
En 1971 JO est initié dans la même Loge où avant lui son arrière-grand-père, ses grands oncles, son père avaient été initiés. Depuis plus de 50 ans, il s’est vécu comme un passeur et un transmetteur tant sur le plan professionnel que sur le plan maçonnique
Aujourd’hui, il consacre une partie de son activité professionnelle aux consultations gynécologiques et obstétricales et l’autre comme médecin gynécologue-obstétricien d’un service d’hospitalisation à domicile couvrant la moitié du département des Vosges permettant aux femmes de vivre au mieux des grossesses difficiles pendant les 6 derniers mois de la grossesse et l’année qui suit l’accouchement.
Sur le plan maçonnique, après avoir servi le Grand Orient de France pendant plus de 50 ans, il participe à un groupe de réflexion sur les évolutions obédientielles dans les 50 dernières années dont les travaux devraient paraître en 2026
Gynécologue-obstétricien en exerce à 77 ans à Épinal, le Dr Oréfice avoue : « Mon rêve est de consulter encore à 100 ans »
À la retraite depuis 2016, le docteur Jacques Oréfice, gynécologue-obstétricien, n’a pas cessé pour autant son activité. Le spécialiste de 77 ans souhaite continuer à rendre service à ses clientes pour combler la pénurie de médecins qui sévit en France. Le septuagénaire espère encore exercer durant plus de deux décennies.
Le docteur Jacques Oréfice continue d’exercer dans son cabinet au centre médical Juno à Épinal. Photo Jérôme Humbrecht
Il a pris sa retraite en 2016, à 69 ans. Et pourtant, il n’a jamais souhaité arrêter son activité. Le docteur Jacques Oréfice, spécialiste en gynécologie obstétrique continue ses consultations auprès de ses patientes.
« Mon 1er accouchement, c‘était le 1er juillet 1971 »
se souvient-il. Après avoir arrêté d’exercer dans les Vosges, entre 2016 et 2021, à cause d’une clause de non-concurrence souhaitée par ses anciens associés de la clinique Arc-en-ciel , le gynécologue a repris du service en 2021. « Je me suis réinstallé à l’issue de la durée de cette clause avec un de mes anciens associés, le docteur Cristinelli , à l’espace Juno. » Pour lui, il était inenvisageable de se retirer définitivement. « Je n’avais jamais eu l’intention d’arrêter, je voulais passer à mi-temps puis à un quart de temps. Mon rêve est de consulter encore à 100 ans. »
A. « Je ne me sens pas disposé à arrêter »
Pour autant, le travail n’est pas une obsession pour lui. « J’adore être chez moi mais je ne me vois pas passer toute ma vie à la maison. Ce n’est pas parce que je ne m’y plais pas en tout cas. Je travaille parce que je ne me sens pas disposé à arrêter. » Malgré cinq années d’arrêt forcé dans les Vosges, Jacques Oréfice n’a pas stoppé son engagement médical. Il a notamment mené le projet d’installer des espaces d’interruption volontaire de grossesse (IVG) dans un centre médical à Paris, qui n’a finalement pas abouti et renforcé les centres de vaccinations lors du Covid.
Il a également suivi une formation et obtenu un diplôme en médecine du don à l’Établissement français du sang (EFS). À la suite de cette parenthèse, le spécialiste savait déjà qu’il allait se réinstaller sur le territoire vosgien.
B. Le souhait d’être « utile »
Si le spécialiste poursuit ses consultations c’est parce qu’il se sent utile et capable de travailler. « Je ne travaille plus comme autrefois, mais je suis encore tout à fait capable de le faire », reconnaît le docteur Oréfice. « À 77 ans, on n’a pas les mêmes réflexes, ni la même dextérité. Je ne pratique que ce je suis sûr de pouvoir réaliser, sans aucun risque pour mes patientes. » Avec la pénurie de médecins en France et particulièrement dans les zones rurales , il est essentiel, selon lui, de pouvoir « rendre un véritable service » à celles qui en ont besoin. « Ce n’est pas parce qu’on est vieux qu’on n’est pas utiles et pas capables de travailler », ajoute-t-il. Le docteur maintient son rythme de travail avec douze heures par jour à raison de deux jours par semaine les jeudi et samedi. Une façon de permettre des consultations dans un délai « normal ».
De notre confrère infobae.com – Par Omar Tinoco Morales
La raison pour laquelle Benito Juárez a rejoint la loge maçonnique et comment cela a influencé sa carrière politique
Ce 21 mars marque le 209e anniversaire de la naissance de Benito Pablo Juárez García, considéré par les historiens comme l’une des figures qui ont changé le visage du Mexique grâce aux lois de réforme, qui reflétaient largement les idéaux de la Franc-maçonnerie.
D’origine indigène, le Benemérito de las Américas a été éduqué à l’Institut des Sciences et des Arts de son État, où il a obtenu un diplôme en droit et a enseigné le droit romain, canonique et civil, ainsi que la physique.
Avant de devenir président du Mexique, Benito Juárez a rejoint la franc-maçonnerie dans la première moitié du XIXe siècle (probablement en 1827), alors qu’il était jeune et qu’il montait en politique nationale.
Juárez est devenu franc-maçon en raison de l’influence des Lumières et du libéralisme, car l’homme politique d’origine oaxaquienne croyait aux idéaux de liberté, d’égalité et de fraternité, principes fondamentaux de la Franc-maçonnerie.
On pense que les marins et les marchands européens ont introduit les premières loges dans des villes portuaires telles que Veracruz et Campeche pendant la vice-royauté. L’Inquisition espagnole a interdit la Franc-maçonnerie en Nouvelle-Espagne, elle a donc d’abord fonctionné secrètement.
L’Inquisition espagnole a interdit la franc-maçonnerie en Nouvelle-Espagne, qui a donc d’abord fonctionné en secret. PHOTO : Archives
La Franc-maçonnerie promouvait une pensée rationaliste et laïque, opposée à l’influence du clergé en politique, principes qui se reflétaient durant sa présidence entre 1858 et 1872.
La franc-maçonnerie a donné à Benito Juárez un réseau de contacts et un soutien politique.
De nombreux dirigeants libéraux de l’époque, tels que Valentín Gómez Farías et Miguel Lerdo de Tejada, étaient francs-maçons. Faire partie de la franc-maçonnerie lui a donc ouvert les portes de la politique et des cercles de pouvoir.
Sous les idéaux de ce mouvement, Juárez a promu des lois qui séparaient l’Église de l’État, appelées les lois de réforme (1855-1863).
En ce sens, la Franc-maçonnerie a soutenu l’éducation laïque et la réduction du pouvoir ecclésiastique.
Un autre point important est que la Franc-maçonnerie au Mexique s’est opposée à la monarchie et à l’intervention étrangère. Pour cette raison, Juárez, en tant que franc-maçon, a résisté à l’Empire de Maximilien et a défendu la souveraineté nationale.La franc-maçonnerie au Mexique s’opposait à la monarchie et à l’intervention étrangère. (Getty Images)
À quelle loge appartenait le président Benito Juárez ?
Benito Juárez était membre du Rite national mexicain, un groupe maçonnique à forte tendance libérale et nationaliste.
Son affiliation à la franc-maçonnerie ne signifie pas que ses réalisations sont uniquement dues à son statut de franc-maçon, mais elle a renforcé son idéologie libérale et son combat pour un État laïc.
« Je continuerai à faire tous les efforts possibles pour aider mon pays à défendre son indépendance, ses institutions et sa dignité », a déclaré Juárez, justifiant la nécessité de mettre en œuvre des réformes au Mexique.
Après le Ti du T de Tito et toutes les autres lettres inscrites sur les tableaux de loge, on pourrait peut-être considérer maintenant que Ci et Vi sont également des consonnes prononcées en anglais et qu’elle sont les initiales de mots commençant par un C ou un V. Le C en anglais s’entendant Ci et le V s’entendant Vi.
Le cœur d’Hiram un symbole central relié à la clef d’or
Or qu’y a-t-il de central dans la légende de ce degré si ce n’est le cœur d’Hiram ? La clef d’or, symbole fondamental de ce degré, remise au nouveau Juge et Prévôt, n’est-elle pas celle qui ouvre le lieu où se trouve le cœur d’Hiram ?
Des initiales C et V ? Cœur Vivant
C : le C ne pourrait-il pas être l’initiale du mot latin Cor Cœur ? Et V : le V, l’initiale du mot latin Vivans Vivant ?
Ki = ‘Haï = Vivant
Et le Trois fois illustre confirme ‘Haï Vivant en hébreu. Transposé Ki en français Cette fois on est dans l’hébreu. Et Ki c’est le mot hébreu mal transcrit Khaï soit « Vivant » ‘Heith Yod. C’est la Victoire sur la mort. Sur l’image ci-dessous, sur ce quatrième tableau où l’accent est mis sur le cœur, nous voyons :
Quatrième tableau
À l’Orient
Encadrant la cassette :
À gauche un Chi grec en lettre manuscrite et un Sigma en onciale C soit l’initiale x et la finale C de Christos. À droite un R Soit l’initiale de Rédemptor (Rédempteur en latin) un des attributs classiques du Christ.
Sous la cassette : le IHS sans la branche d’acacia ! – En dessous : le G.A. du Grand Architecte dans le Delta – Puis : la Clef et la Balance
Au centre
L’urne en forme de cœur, marquée d’un cœur et contenant le cœur pointe sur un « T » rayonnant, symbole probablement des deux T, surmontant l’escalier à 7 marches. Ce « T » est encadré à gauche en grec d’un grand x manuscrit (le Chi de Xristos) et à droite de C∴h∴ que l’on pourrait lire comme le Ch du mot Christ mais en raison des deux fois trois points comme Cœur d’Hiram. Le cœur d’Hiram ne se superpose-t-il pas à celui de Yeshouah ? Et ne triomphait-il pas sur le tableau précédant au milieu d’une « gloire » de rayons ? N’était il pas solaire, Ne représentait-il pas la Lumière du monde ?
L’importance du Cœur Cœur d’Hiram Coeur de Jésus
Les templiers et le Cœur de Jésus
Alors qu’ils étaient emprisonnés à Chinon en 1308 et 1309 attendant la mort, les templiers se dessinaient en contemplation devant le cœur rayonnant du Christ On pense aux Pèlerins d’Emmaüs qui ont eu le cœur brûlant, tandis qu’ils cheminent à côté de Jésus mais sans l’avoir reconnu :
« Notre cœur n’était-il pas brûlant en nous tandis qu’il parlait en chemin, tandis qu’il nous découvrait les Ecritures ? » (Luc 24,32)
De même le nouveau Juge et prévôt ne doit -il pas devant le cœur d’Hiram avoir le sien brûlant ? Et ne doit-il pas alors s’incliner tout comme s’inclinait le capucin dans sa cellule, la main sur son propre cœur qu’il unissait à celui de Jésus ?
Ou s’agenouiller tout comme s’agenouillaient devant le cœur de Jésus les anges sur ce tableau de 1603.
De même que dans ces quatre tableaux de loge le IHS se trouve en même temps que le cœur d’Hiram, le cœur de Jésus était relié au IHS comme sur cette gravure du XVI° siècle.
Xenice et Jacquinai
Que signifient les deux lettres X et J ? lit-on dans l’instruction. – Xenice et Jacquinaï Xenice prend maintenant tout son sens : nous pouvons lire : X e NICE soit le Chi de Christos (ou de Chiram) suivi de Hè Nikè « La Victoire » en grec. Quant à Jacquinaï il s’agit du mot hébreu Yakhinaï bien connu des maçons, et ne s’associe guère avec du chinois… Il rappelle le nom de la colonne Yakhin et Yakhinaï signifie « Mon soutien ».
La victoire par le Christ ou le Christ vainqueur dans la liturgie chrétienne
Cette victoire Nikè à propos du Christ Jésus ou Yeshouah est bien marquée dans l’ancienne liturgie (avant Vatican 2) :
Lors de la messe, avant l’Eucharistie le prêtre rompt le Saint Pain en quatre parties qu’il dispose sur le disque en forme de croix et marqué des lettres suivantes IC XC NI KA soit Jésus Christ Vaincra : Sur la partie supérieure de la croix : IC : Iésous XC : Christos Sur la partie inférieure NIKA « Vaincra » en grec. Cette victoire est transposée sur Hiram. La victoire sur la mort, la victoire sur le mal. Tout comme Gédéon, Juge et Prévôt avec ses 300 guerriers a vaincu les ennemis des fils d’Israël avec l’aide de Yahvé.
Le nombre 300 et le Shin hébraïque : le Feu, Le Cœur
Si 300 est le nombre du Tau grec, en hébreu il est le nombre de la lettre Shin. Or si cette lettre est l’initiale du mot Juge Shofèt et celle du mot Prévôt Shitef , elle est aussi l’initiale du mot Shalom Paix un des noms de Dieu et de Shaddai (Le Tout Puissant) qui est aussi un des noms de Dieu.
Enfin le Shin est l’élément Feu, le feu qui sur les tableaux, flamboie sur l’urne et le cœur d’Hiram.
Le Shin, disent les kabbalistes, est l’esprit animant toute vie, il est le symbole de l’alliance entre le Créateur et sa création : En effet la première des Dix paroles avec lesquelles Elohim crée le monde, Béréshît soit Bé Reshit « Dans le commencement », peut se lire Bérit Esh « Alliance de feu » indiquant par là même que le feu est au cœur de la création. YHVH lui-même n’est-il pas un feu dévorant ? (Deutéronome IV, 24 : « Car YHVH ton Dieu est un feu dévorant »). Ce qui était autrefois représenté en Maçonnerie par l’étoile à cinq branches placée à l’Orient dans le Rite Français ancien.
Par ailleurs, le cœur est l’emblème du Feu, tandis que le cerveau est celui de l’Eau dans toutes les traditions. Le cœur brûlant dans l’urne nous le rappelle.
Mais il n’est que l’écho du cœur de Yeshouah qui brûle au cœur de l’Univers, telle nous le montre cette image, plaçant le cœur du Christ brûlant au centre du zodiaque.
Mais ce n’est pas tout. Nous n’en n’avons pas forcément fini avec la superposition des deux Testaments symbolisée par les deux T de TiTo.
Bien évidemment ceux qui élaborèrent ce rituel ont sciemment transformé le monogramme chrétien en un monogramme pourrait-on dire « hiramique ». De la sorte ce degré met en évidence, ce dont on se doutait depuis le début, mais l’analogie était voilée : l’analogie entre les deux, entre Hiram et le Christ.
La Parole, Hiram, le Christ
Khiram ne possédait-il pas les trois vertus, Sagesse (‘Hokhmah), Intelligence (Tevounah) et Connaissance (Daath) ainsi qu’il est mentionné dans I Rois VII, 14 : « Il était remplie de Sagesse, d’Intelligence et de Connaissance pour faire toute œuvre en airain » Or ces trois vertus résument les Dix Paroles avec lesquelles le monde fut créé comme il est dit dans la Bible :
« C’est par la Sagesse que YHVH a fondé la terre, c’est par l’Intelligence qu’Il a affermi les cieux, c’est par son Savoir que les abîmes se sont ouverts. »
(Proverbes 3, 19 et 20)
Khiram est donc le Verbe comme le Christ, le Verbe et l’Immanence.
Au treizième degré l’analogie entre les deux sera à nouveau donnée : Le bijou perdu par Khiram lorsqu’il fut poursuivi par les trois mauvais compagnons porte une chaîne de 77 anneaux en rapport avec la généalogie de Jésus en comptant à partir d’Elohim (Évangile de Luc) Jésus étant le 78ième à partir d’Elohim.
Sans compter que en grec les deux premières lettres du mot Christ tout comme celui de Khiram sont un Khi (X) et un Ro (P) Cette analogie est fondamentale.
Elle montre que la Franc-maçonnerie n’est pas liée à une religion révélée. Mais en emprunte les symboles.
Et qui est en définitive le plus ancien des Juges et Prévôts si ce n’est le Grand Architecte et ce par l’intermédiaire de son Verbe qu’il s’agisse de Krishna, Hiram ou Yeshouah ?
La Victoire pour le maçon de quelle victoire s’agit-il ?
Pour vaincre il lui faut la clef, la Clef d’or. Mais quelle est-elle ?
Elle ouvre, dit le rituel, le lieu où sont placés le corps et le cœur d’Hiram. Elle sert aussi à ouvrir la cassette « dans laquelle sont déposés tous les plans nécessaires à la construction du temple ».
Or il existe une clef dans la Bible qui se nomme la Clef de la maison de David, David, rappelons-le, étant celui à qui Yahvé transmit les plans pour la construction du Temple. Il en avait donc symboliquement la clef.
Cette clef apparaît une première fois dans Isaïe (Is XXII, 22) : Elle est donnée à un « Gouverneur » (Sôken) du Palais (ou Préposé ou Maître du Palais ou Intendant de la Cour suivant les traductions ou la langue : hébreu ou grec) que l’on peut mettre en analogie avec le Prévôt du grade.
Quoiqu’il en soit, ce personnage administre le Palais en fait le Royaume qui comporte le Temple, le palais, la salle du Trône et en avant de celle- ci (dans son Ulam « salle qui précède ») « La Salle du Jugement » Ulam ha Mishpat.
Il s’agit d’un certain Elyaqim, un Serviteur de Dieu, en clair un Juste, qui va remplacer un très mauvais gouverneur, mis à la porte. Yahvé va donner à Elyakim « la clé de la maison de David. Je la mettrai sur son épaule. S’il ouvre personne ne fermera, s’il ferme personne n’ouvrira. »
Et cette clef « deviendra un trône de gloire (Kavod) ». C’est donc une clef lumineuse rayonnante, une clé d’or en somme…
Or on la retrouve dans l’Apocalypse sous le nom de « Clef de David». Elle est dans les mains de Jésus, qui est dit-il, « le rejeton et la postérité de David, l’étoile brillante du matin ». Il est « le Saint, le Véritable, celui qui a la clef de David, celui qui ouvre et personne ne fermera, celui qui ferme et personne n’ouvrira » (Apocalypse, III, 7) reprenant alors les mots mêmes d’Isaïe.
Comme l’écrit Chouraqui, « la possession de cette clef par Yeshouah exprime que le Christ glorieux détient au ciel la plénitude de l’autorité » Et qu’ouvre cette clef ?
Elle ouvre et ferme le Royaume des cieux. Elle est donc en rapport à l’entrée des chrétiens dans le royaume des cieux.
C’est la clef de la connaissance : « malheur à vous, docteurs de la loi ! parce que vous avez enlevé la clef de la connaissance ; vous n’êtes pas entré en vous-mêmes, et vous avez empêché d’entrer ceux qui le voulaient. » D’or elle est la clef de l’illumination.
Conclusion
Ce degré est tout entier empreint de l’idée de Justice.
Le maçon se trouve à l’époque où Salomon vient de construire un palais de justice ce qui n’existait pas auparavant chez les fils d’Israël. Ce qui symbolise le symbole d’un vrai désir de justice tel celui qui animait Salomon. Mais nous devons percevoir cette idée de justice comme nous le fait bien comprendre le rituel hors du temps et de l’espace de Moïse à L’Apocalypse en passant par les Juges et Salomon. Elle est inscrite au cœur de l’homme tout comme la loi. Cette justice est ultime elle s’applique aux vivants et aux morts. Elle fait référence aux signes tracés sur le front des justes le Tav d’Ezéchiel et le Tau de l’Apocalypse lui-même annoncé dans le Livre des juges avec Gédéon. C’est pourquoi le récipiendaire s’agenouille en entrant dans le Temple devant le Cœur flamboyant d’Hiram et la Balance.
Il lui faut devenir un Juste, faire revivre en lui Hiram les trois vertus du Maître masquées par les trois mauvais compagnons qu’il n’a encore ni trouvés ni annihilés.
De notre confrère smartpress.by – Par Oksana Nikolaeva
L’ancien bâtiment, situé dans la ruelle Musicale, abrite depuis 24 ans le Musée national de l’histoire du théâtre et de la culture musicale de Biélorussie. Cependant, les habitants de Minsk, par habitude, appellent ce bâtiment « la maison des francs-maçons ». S’agit-il simplement d’une belle légende urbaine ou y avait-il vraiment une loge maçonnique opérant ici au 19e siècle ? Voyons voir.
Il est bien connu que les loges maçonniques opèrent sur le territoire de la Biélorussie moderne depuis le XVIIIe siècle. Mais il y a une confusion dans les détails. Selon certaines sources, la loge de Minsk s’appelait la « Torche rouge » , selon d’autres, la « Torche du Nord » . Comme c’est la coutume chez les francs-maçons, la loge était composée de personnes très instruites et riches. Un autre avantage de leur association est leur secret professionnel : on ne peut devenir franc-maçon que sur recommandation des « francs-maçons » actuels (autre nom des francs-maçons).
À Minsk, une loge maçonnique fonctionne depuis 1816. En 1822, lorsqu’Alexandre Ier interdit les activités des francs-maçons dans l’Empire russe, la loge cessa d’exister.
Nous ne rappellerons pas toute l’histoire de la franc-maçonnerie biélorusse, mais dirons seulement brièvement que parmi les « francs-maçons » se trouvait Mikhaïl Kleofas Oginsky – surtout connu comme compositeur, auteur de la célèbre polonaise n° 13 « Adieu à la patrie » . Voici comment les événements de 1822 sont décrits sur le site Internet « M.K. Oginsky » : « Les francs-maçons de Minsk respectueux des lois ont obéi sans poser de questions – tous les documents, sceaux et autres signes ont été mis dans des coffres, scellés et remis aux archives secrètes du gouverneur . »
Après le soulèvement des Décembristes de 1825, l’attitude des autorités russes envers toutes les organisations, sociétés et cercles civils devint encore plus dure. Le 21 juillet 1839, les autorités de Minsk reçurent un ordre du gouverneur militaire de Vilnius, le prince Dolgoruky : « Tous les signes maçonniques, livres, papiers, diplômes et autres choses – creusez un trou au pied de la montagne, dans la rue qui longe le cimetière juif jusqu’à Lyakhovka – et brûlez-les », ce qui fut fait.
Et qu’en est-il de la maison à Minsk ? Il n’existe aucune information indiquant qu’il ait été construit sur ordre et avec des fonds provenant des francs-maçons. La construction de la maison a commencé en 1810. Dans sa forme originale, elle était censée ressembler à une croix maçonnique, et toutes les fenêtres étaient bouchées (pour que personne ne découvre les secrets des francs-maçons), et depuis la rue, elles étaient décorées de vitraux. En regardant vers l’avenir, nous constatons que la maison est passée d’un propriétaire à un autre et que chacun a changé quelque chose, ajouté quelque chose.
L’escalier près de la maison des francs-maçons mène à Zybitskaya. Photo de l’auteur
La maison était considérée comme luxueuse et il n’y avait pas beaucoup de bâtiments en pierre de trois étages à Minsk à l’époque. Le premier propriétaire de la maison était Troyan Klyuchinsky , dont le gendre, Gilariy Yakubovsky, était membre de la loge maçonnique. Il semble qu’il ait « lié » la maison de Musical Lane à la communauté des « francs-maçons ».
La maison a été construite comme un immeuble d’habitation, c’est-à-dire qu’elle se composait de plusieurs appartements, qui, bien sûr, avaient des fenêtres ordinaires. L’une des chambres était occupée par la famille de Troyan Klyuchinsky, et il louait le reste à de riches habitants de Minsk. Parmi les personnalités célèbres qui ont vécu ici, on compte l’artiste Czesław Moniuszko , père du compositeur Stanisław Moniuszko, et le poète et dramaturge Tomasz Zan .
Personne ne sait avec certitude si des réunions d’une loge maçonnique avec tous les attributs inhérents à cet événement ont réellement eu lieu dans la maison. Cependant, un certain nombre de chercheurs associent les noms d’Apollinary Wańkowicz, Tomasz Zan et Dominik Moniuszko (fils de Stanisław Moniuszko) à la loge maçonnique. Il est donc tout à fait possible qu’ils se soient réunis chez Gilariy Yakubovsky.
Liste des résidents, numéro 27 – Czesław Moniuszko. Photo theatre.museum.by
En 1835, l’héritière de Klyuchinsky, sa fille Anastasia, vendit la maison à Franz et Eleonora Zimnitsky . La maison passa ensuite à leur fils Konstantin, qui loua les locaux à une école juive en 1849-1855. C’est peut-être la seule période où, en termes modernes, la maison a été retirée du parc immobilier.
« La maison a 100 ans, ses dimensions sont de 21x15x12 mètres », a-t-on noté dans son inventaire, établi en 1910. En raison de son emplacement sur une pente, la maison a trois étages d’un côté et deux de l’autre, et est équipée d’un sous-sol. La maison comprenait également une remise à voitures, une glacière, une écurie et une cour spacieuse.
La propriété a été achetée à Zimnitsky par Vikenty Nedvetsky , dont la veuve était propriétaire de la maison jusqu’en 1920, date à laquelle elle a été nationalisée.
La Maison des Francs-Maçons, vue depuis la cour, 1926. Photo problr.by
La Maison des Maçons, vue depuis la cour 99 ans plus tard. Photo de l’auteur
Le bâtiment a survécu à la Grande Guerre patriotique. Jusqu’à la fin des années 1980, le bâtiment avait un statut résidentiel et les anciens grands appartements ont été transformés en appartements collectifs . Près des portes de ces appartements, il y avait plusieurs boutons de sonnette, sous lesquels se trouvaient les noms des résidents de chaque pièce avec une note indiquant combien de fois sonner.
Ce qui était un appartement communautaire est devenu un musée. Photo theatre.museum.by
Haute -Ville, 1961. Photo : theatre.museum.by
Aujourd’hui, il est difficile d’imaginer qu’à l’époque des appartements communautaires, il y avait aussi des jardins potagers et que le linge était séché sur des cordes à linge à l’extérieur.
Maison des Francs-Maçons, années 1960-70. Photo planetabelarus.by
À distance de marche se trouve le restaurant « Zhuravinka » (ouvert en 1968), et à proximité se trouvent l’opéra et le cirque.
Restaurant « Zhuravinka ». Photo be.wikipedia.org
« Zhuravinka » est un ancien nom avec une nouvelle signification. Aujourd’hui, il n’y a pas seulement un restaurant ici, mais aussi un casino, un petit hôtel et des bureaux de diverses entreprises. Photo de l’auteur
À la fin des années 1980, les résidents des appartements communautaires ont reçu de nouveaux logements. Et en 1989, un incendie se déclare dans la maison inhabitée.
Façade principale, 1979. Photo theatre.museum.by
Au début, la maison a été transférée au bilan du Théâtre d’opéra et de ballet de la BSSR, et en 1991 au groupe de travail du Musée d’État de l’histoire du théâtre et de la culture musicale de Biélorussie. La reconstruction du bâtiment a duré 10 ans. En 2001, le musée accueille ses premiers visiteurs.
Musée d’État de l’histoire du théâtre et de la culture musicale de Biélorussie. Photo de l’auteur
L’une des expositions du musée est consacrée à l’histoire du bâtiment dans lequel il se trouve.