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L’Hypertrophie de l’égo en Franc-maçonnerie : une ombre sur le chemin initiatique

La Franc-maçonnerie se présente comme une voie d’humilité, une quête intérieure où l’initié, frère ou sœur, est invité à « polir sa pierre brute » – cette métaphore de l’ego imparfait qu’il faut tailler pour atteindre une harmonie spirituelle et fraternelle. Pourtant, paradoxalement, certains maçons, hommes comme femmes, développent avec les années une hypertrophie de l’ego, un orgueil qui semble contredire les idéaux mêmes de l’ordre.

Que ce soit à travers les degrés et grades obtenus, les fonctions électives exercées, ou simplement l’appartenance à cette institution millénaire, ce phénomène touche une minorité mais soulève des questions essentielles :

pourquoi cette dérive ? Quels mécanismes internes ou externes favorisent cet enflure de l’ego ?

Explorons ce paradoxe avec une curiosité bienveillante.

La Franc-maçonnerie : un idéal d’humilité

Dès l’initiation, le profane entre en loge les yeux bandés, symbolisant son aveuglement face à la lumière de la connaissance. Ce rituel, commun à la plupart des obédiences – Grande Loge de France (GLDF), Grand Orient de France (GODF), Droit Humain, ou Grande Loge Féminine de France (GLFF)… – pose un principe fondamental : l’ego ne doit jamais devenir le conducteur, il doit laisser la place à la quête collective et personnelle de vérité. Les outils maçonniques – l’équerre pour la droiture, le compas pour l’équilibre, le maillet pour briser les aspérités – sont des rappels constants de cette humilité. Contrairement à ce qu’écrit l’historien maçonnique Roger Dachez dans Histoire de la Franc-maçonnerie française (2003), « la maçonnerie est un chemin de déconstruction de l’ego au profit de l’édifice commun », il semblerait plutôt que le chemin ne consiste pas à déconstruire l’égo, mais à nourrir l’humilité par le remplissage d’amour sincère et profond de soi-même. Car l’égo n’est pas un organe, mais une conséquence.

Ce chemin, aussi noble soit-il, n’est pas exempt de pièges. Avec les années, certains maçons s’éloignent de cet idéal, laissant l’orgueil prendre le dessus.

Trois facteurs principaux semblent alimenter cette hypertrophie : les grades et degrés, les fonctions électives, et l’appartenance elle-même.

Examinons-les un par un.

Les grades et degrés : une échelle de prestige ?

La Franc-maçonnerie est structurée en degrés, souvent organisés en rites – le Rite Écossais Ancien et Accepté (33 degrés) ou le Rite Français (3 degrés principaux, parfois suivis de grades complémentaires) par exemple. Chaque degré représente une étape initiatique, un dévoilement progressif des symboles et des mystères. Pour beaucoup, atteindre les hauts grades – comme le 33e degré du REAA, celui de « Souverain Grand Inspecteur Général » – est une récompense spirituelle, un signe de persévérance et de compréhension.

Pourtant, chez certains, ces grades deviennent une source d’orgueil. Le maçon ou la maçonne qui gravit les échelons peut se voir comme « supérieur » aux apprenants des degrés inférieurs, oubliant que chaque grade est une leçon, non un trophée. Cette dérive est parfois renforcée par la reconnaissance extérieure : un frère ou une sœur arborant les insignes d’un haut grade (tablier orné, cordon distinctif) peut attirer l’admiration en loge ou dans les cercles maçonniques, nourrissant une satisfaction personnelle qui glisse vers la vanité. Comme le note Pierre Mollier, conservateur du musée de la Franc-maçonnerie à Paris, dans La Franc-Maçonnerie (2016), « les grades, conçus comme des outils d’éveil, deviennent parfois des médailles d’honneur dans l’esprit de ceux qui les portent ».

Psychologiquement, ce phénomène s’explique par un biais bien connu : le besoin de statut. Selon la théorie de la hiérarchie des besoins de Maslow, l’estime de soi et la reconnaissance sociale sont des moteurs puissants.

En maçonnerie, où l’égalité est prônée en théorie, les grades créent une hiérarchie implicite qui peut flatter l’ego, surtout si l’initié confond progression spirituelle et supériorité personnelle.

Les fonctions électives : le pouvoir en Loge

Un autre vecteur d’orgueil réside dans les fonctions électives – vénérable maître, surveillant, orateur, secrétaire –, qui confèrent une autorité temporaire au sein de la loge. Être élu à ces postes est un honneur, une marque de confiance des frères et sœurs. Le vénérable maître, par exemple, préside les tenues, anime les travaux et incarne l’unité de la loge. Pour beaucoup, c’est une responsabilité exercée avec humilité et dévouement.

Mais pour certains, ces rôles deviennent une tribune. Diriger une loge peut exalter un sentiment de pouvoir, surtout dans des obédiences où les vénérables jouissent d’un prestige marqué. L’organisation de rituels, la prise de parole devant une assemblée, ou la gestion des affaires internes flattent l’ego de ceux qui y voient une validation de leur valeur. Une sœur ou un frère qui enchaîne les mandats peut se percevoir comme indispensable, oubliant que ces fonctions sont tournantes et au service du collectif.

Ce phénomène est amplifié par la dynamique de groupe :

l’admiration des pairs ou les flatteries subtiles peuvent conforter un ego déjà fragile. Les fonctions électives, censées être des devoirs, se transforment alors en privilèges dans l’esprit de certains.

L’appartenance maçonnique : une fierté mal placée

Enfin, pour d’autres, l’orgueil naît simplement de l’appartenance à la Franc-maçonnerie. Être maçon ou maçonne, c’est intégrer une tradition vieille de trois siècles, marquée par des figures illustres – Voltaire, Mozart, Louise Michel – et auréolée de mystère. Cette appartenance confère un sentiment d’élitisme, d’être « choisi » ou « éveillé » là où le profane reste dans l’ombre. Pour certains, porter cet héritage devient une source de vanité, un badge d’honneur exhibé dans les cercles initiés ou même en société.

Cet orgueil peut être accentué par le secret maçonnique : ne pas tout dire, savoir ce que d’autres ignorent, crée une distinction qui flatte l’ego. Une sœur ou un frère peut se vanter – discrètement ou non – d’appartenir à cet « ordre des sages« , oubliant que l’initiation n’est pas une fin, mais un commencement. Comme le souligne le philosophe de la Franc-maçonnerie Daniel Béresniak dans Les Symboles de la franc-maçonnerie (1997),

« l’appartenance, mal comprise, transforme un chemin d’humilité en un piédestal imaginaire ».

Une dérive humaine, pas maçonnique

Pourquoi cette hypertrophie touche-t-elle autant les frères que les sœurs ? Parce qu’elle n’est pas liée au genre, mais à la nature humaine. La Franc-maçonnerie, avec ses grades, ses titres et son aura, offre un terrain fertile aux faiblesses universelles : le besoin de reconnaissance, la peur de l’insignifiance, ou la quête de pouvoir. Les femmes, intégrées plus tardivement (XIXe siècle avec Maria Deraismes), ne sont pas immunisées :

elles peuvent, elles aussi, succomber à l’orgueil des hauts grades ou des fonctions dans les obédiences mixtes ou féminines.

Cette dérive n’est pas systématique – elle concerne une minorité –, mais elle est amplifiée par le temps. Avec les années, un maçon peut perdre de vue l’humilité initiale, surtout s’il s’entoure d’une « cour » flatteuse ou s’il privilégie les honneurs sur la quête intérieure. Le paradoxe est cruel : une institution qui prône l’égalité et la fraternité devient, pour certains, un miroir déformant de leur ego.

Retrouver la Pierre Brute

Povlja sur l’île de Brač – Carrière de pierre

Comment contrer cette hypertrophie ? La réponse réside dans les fondements mêmes de la maçonnerie : le retour constant à la simplicité de l’apprenti. Les rituels rappellent que nul n’est au-dessus des autres – le 33e degré ne vaut pas plus que le 1e face à l’idéal commun. Les loges, par leur fonctionnement collégial, peuvent aussi tempérer les egos en valorisant l’écoute et le service. Comme le disait Albert Pike dans Morals and Dogma (1871) :

« le vrai maçon est celui qui se souvient qu’il n’est qu’une pierre parmi d’autres dans l’édifice ».

invitaion à entrer, miroir, passage, chemins

En somme, l’hypertrophie de l’ego en Franc-maçonnerie n’est pas une fatalité, mais un défi humain. Grades, fonctions, appartenance : ces marqueurs, s’ils sont mal compris, détournent du chemin initiatique.

Frères et sœurs, le miroir est là – à chacun de choisir s’il reflète la lumière ou l’orgueil.

Dieu ou la Nature de Spinoza : La Substance Infinie (II)

Avec inspiration de notre confrère elnacional.com – Par Mario Múnera Muñoz

Imaginez un dieu sans trône, sans couronne, sans colère ni clémence – un dieu qui n’est ni une personne ni un créateur au sens classique, mais une essence infinie, un tissu unique dont sont faits le vent, les étoiles, et même vos propres pensées. Au XVIIe siècle, dans une Europe déchirée par la foi et éblouie par la science, Baruch Spinoza (1632-1677) osa proclamer une vérité qui fit vaciller les certitudes de son temps : Dieu est la Nature, une substance indivisible, cause de tout ce qui existe.

Dans ce deuxième volet de notre série, explorons cette vision panthéiste qui rejette le Dieu anthropomorphe des dogmes pour révéler une réalité unifiée, régie par une loi immuable. Pourquoi cette idée fut-elle jugée hérétique ? Et que peut-elle encore nous apprendre aujourd’hui ?

Un siècle de raison et de ferveur

Le XVIIe siècle est un creuset d’idées nouvelles et de tensions anciennes. Les mathématiques, avec Descartes et Newton, deviennent le langage de la nature ; le mécanisme (tout s’explique par des lois physiques), le dynamisme (l’énergie anime l’univers) et le finalisme (tout a un but) redessinent la pensée scientifique. Mais c’est aussi une ère de fanatisme religieux : les guerres de Trente Ans (1618-1648) ravagent l’Europe, et l’Inquisition traque les dissidents. Dans ce tumulte, la famille Spinoza, des Juifs séfarades portugais, fuit les persécutions ibériques pour s’installer à Amsterdam, une oasis de tolérance où la liberté intellectuelle commence à germer.

Dès 23 ans, Baruch, brillant élève de la yeshiva, se détourne des textes sacrés pour embrasser la philosophie. Il lit Descartes, maître du rationalisme, mais va plus loin. Les rabbins prêchent un Dieu anthropomorphe – un vieillard barbu, perché dans les cieux, scrutant ses créatures avec des passions humaines. Spinoza y voit une illusion, une projection de nos désirs et de nos peurs. En 1656, cette audace lui coûte cher : un cherem (excommunication) le bannit de la communauté juive d’Amsterdam. À une époque où la religion définit l’identité sociale, c’est une chute brutale : il devient un paria, exclu des cercles qui l’ont vu naître. Mais loin de plier, Spinoza transforme cet exil en un tremplin pour une pensée révolutionnaire.

Dieu comme substance unique

Dans L’Éthique (1677), Spinoza propose une ontologie qui défie tout précédent : Dieu est une substance unique, infinie, causa sui (cause de soi), dont tout découle par nécessité. « Tout vient de Dieu et tout contient Dieu », écrit Muñoz, résumant cette idée. Contrairement à Descartes, qui part du « je pense, donc je suis » pour prouver le monde via un Dieu extérieur, Spinoza commence par Dieu lui-même. Cette substance n’a besoin de rien pour exister : elle est l’existence, parfaite en soi, avec une infinité d’attributs – dont l’homme ne perçoit que deux : la pensée (esprit) et l’étendue (matière).

Pensez à un triangle : ses angles totalisent 180° non par caprice, mais par la nécessité de sa forme. De même, chaque phénomène – une tempête, un sourire – émane de la nature de Dieu comme une conséquence logique. « Dieu ne travaille pas pour des fins », insiste Spinoza dans L’Éthique (Partie I, Appendice). Il n’est pas un artisan doté de passions humaines ; il est une loi universelle, un ordre immuable qui s’exprime dans chaque brin d’herbe et chaque galaxie. Comme l’écrit le philosophe Stuart Hampshire dans Spinoza (1951), « pour Spinoza, Dieu n’est pas un agent volontaire, mais une nécessité impersonnelle ».

Une attaque contre les dogmes

Spinoza rejette les philosophies qui étudient Dieu à partir des « choses sensibles » – une erreur qu’il juge fondamentale. Les religions, dit-il, déforment la nature divine en la parant d’attributs humains : colère, amour conditionnel, vengeance. Dans son Traité théologico-politique (1670), il dénonce ces récits comme des fictions politiques, conçues pour manipuler les masses par la peur. « Pour comprendre la substance, ne la regardez pas avec la raison seule, mais avec l’intuition et l’imagination », suggère Muñoz, capturant l’appel de Spinoza à une approche plus profonde.

Ce Dieu n’a ni forme ni visage. Il ne se préoccupe pas des détails de nos vies comme un parent attentif. Tout suit une loi universelle, une harmonie mathématique que l’homme perçoit comme imparfaite faute de vision globale. « L’imperfection est dans l’esprit humain », écrit Spinoza. Quand nous pleurons un malheur, nous ne voyons qu’une fraction du tableau ; la substance, elle, reste parfaite.

Le sacré partout et nulle part

Si Dieu est la Nature, alors tout est sacré – de la plus petite particule au cosmos infini. « En tout est contenu le tout », note Muñoz, écho d’une idée centrale dans L’Éthique : chaque élément reflète la substance entière. Observez une cellule au microscope : elle est un univers en miniature. Contemplez une nébuleuse : elle obéit aux mêmes lois que votre propre souffle. Pour Spinoza, la vérité n’est pas un décret divin ; elle est un attribut de la substance, inscrite dans l’ordre naturel.

L’homme n’est pas une exception : il n’est pas une substance distincte, mais une modification de cette essence divine. Comme l’explique Jonathan Israel dans Radical Enlightenment (2001), « le panthéisme de Spinoza dissout toute hiérarchie : l’homme n’est pas au-dessus de la nature, il en fait partie ». Cette vision égalitaire choque une époque où l’homme se voit comme la couronne de la création.

Une liberté rationnelle

Portrait d’Albert Einstein (Photo d’Oren Jack Turner, Princeton, N.J.)

Spinoza ne voit pas Dieu comme un législateur distribuant péchés et vertus. Les morales religieuses, avec leurs commandements, sont des constructions humaines, pas divines. Dans L’Éthique (Partie IV, Proposition 37), il affirme : « La liberté est fondée sur la raison et la compréhension. » Comprendre la nécessité – pourquoi les choses sont ainsi – libère de la peur et des illusions. Si je sais que ma colère ou ma joie découle de la Nature, je ne me perds pas dans la culpabilité ; je cherche à les harmoniser par la connaissance.

Albert Einstein, fasciné par Spinoza, écrivait en 1929 : « Je crois au Dieu de Spinoza, qui se révèle dans l’harmonie de ce qui existe. » Pour lui, méditer sur cette harmonie était une forme de communion spirituelle, bien plus riche que les prières traditionnelles.

Une pensée qui traverse le temps

Exilé à 23 ans, Spinoza vécut modestement, polissant des lentilles pour subsister et écrivant dans une solitude féconde. Ses idées, interdites et brûlées, survécurent grâce à des lecteurs clandestins. Mort à La Haye en 1677, il laissa une philosophie qui défie les siècles : un Dieu sans autel, une Nature sans limites, une liberté sans dogmes.

Dans le prochain volet, nous plongerons dans l’éthique spinoziste et sa vision du bonheur. Pour l’instant, retenons ceci : Spinoza nous appelle à voir le divin dans l’ordre du monde, à dépasser les fictions humaines, et à embrasser la réalité comme une danse éternelle de la substance unique.

La suite demain même heure…

Episode précédent

03/05/25 à Port-Sainte-Marie : Une Journée d’Histoire, de Partage et de Compagnonnage

Imaginez une journée où le passé prend vie, où les savoir-faire ancestraux rencontrent les esprits curieux d’aujourd’hui, et où les échos des bâtisseurs d’antan résonnent dans un village pittoresque du Lot-et-Garonne. Le samedi 3 mai 2025, Port-Sainte-Marie (47130) accueillera un événement exceptionnel : un cycle de conférences intitulé « Histoire du Compagnonnage et Orientation des Édifices Religieux ».

Organisé en partenariat avec la mairie et l’Association Les Ateliers de Boussères, ce colloque promet une plongée fascinante dans l’univers du compagnonnage, suivie d’une soirée conviviale au Hameau de Boussères. Que vous soyez passionné d’histoire, membre d’une société compagnonnique, ou simplement curieux, cette journée est faite pour vous. Voici tout ce que vous devez savoir pour ne pas manquer cette expérience unique !

Un pont entre passé et présent

Depuis des siècles, le compagnonnage incarne une tradition d’excellence, de transmission et de fraternité. Ces sociétés ouvrières, nées au Moyen Âge sur les chantiers des cathédrales, ont façonné des générations d’artisans – tailleurs de pierre, charpentiers, forgerons – dont les chefs-d’œuvre jalonnent notre patrimoine. Mais le compagnonnage est plus qu’une histoire : il est un art de vivre, un lien entre l’homme et son métier, entre l’individu et la communauté. C’est dans cet esprit que Port-Sainte-Marie, petite commune au riche passé, ouvre ses portes pour une journée de rencontre et d’échange.

L’événement réunira des experts renommés, des compagnons, et le grand public autour de deux thématiques captivantes : l’histoire des sociétés compagnonniques et l’orientation symbolique des édifices religieux. Entre conférences, débats, repas partagés et festivités, cette journée s’annonce comme un moment d’apprentissage et de convivialité, où les savoirs se mêlent aux saveurs et à la musique.

Les temps forts de la journée

Le programme, soigneusement orchestré, se déroulera dans le cadre charmant de l’église Saint-Vincent et du jardin de l’ancien presbytère, avant de se prolonger au Hameau de Boussères pour une soirée festive. Voici le détail des festivités :

  • 8h00 : Petit-déjeuner d’accueil
    Dès votre arrivée, un petit-déjeuner chaleureux vous sera offert pour bien commencer la journée. L’occasion idéale pour rencontrer les autres participants et vous imprégner de l’ambiance du village.
  • 10h00 – 12h00 : Conférence de François Icher – « La Naissance et l’Histoire des Sociétés Compagnonniques »
    François Icher, docteur en histoire et spécialiste incontesté du compagnonnage, ouvrira le bal. Inspecteur d’académie honoraire et chercheur associé au CNRS, il est l’auteur de nombreux ouvrages de référence, traduits dans le monde entier (Allemagne, États-Unis, Japon). Sa conférence retracera les origines du compagnonnage, depuis les chantiers médiévaux jusqu’à son rôle moderne, en passant par ses légendes et ses valeurs. Attendez-vous à un voyage érudit et passionnant dans le temps !
  • 12h00 : Verre de l’amitié
    Après cette première immersion, un apéritif convivial réunira les participants pour un moment de détente et d’échange informel.
  • 13h00 : Repas dans le jardin de l’ancien presbytère (Tarif : 25 €)
    Le déjeuner, servi dans ce cadre verdoyant, sera une pause gourmande pour reprendre des forces avant l’après-midi. Réservez vite, car les places sont limitées !
  • 14h15 – 15h45 : Conférence de Jean-François Ferraton – « L’Orientation Physique des Édifices Religieux »
    Compagnon des Devoirs Unis depuis plus de trente ans, Jean-François Ferraton partagera son expertise unique. Créateur de mobilier liturgique (autels, ambons, vitraux) et auteur de Rites et Mystères des Compagnonnages (Glénat-Le Cerf) et À l’Écoute de la Lumière (Invenit), il explorera l’orientation des édifices religieux, un sujet où se croisent architecture, symbolisme et spiritualité. Sa collaboration récente au n°19 des Fragments d’Histoire du Compagnonnage promet une intervention riche et éclairante.
  • 16h00 – 17h30 : Débat et échanges
    Place au dialogue ! Ce temps fort permettra aux participants – compagnons, historiens, ou simples curieux – de poser des questions, partager leurs idées et débattre avec les conférenciers. Un moment d’ouverture pour tisser des liens et approfondir les thèmes abordés.
  • 17h30 : Clôture du colloque
    La journée officielle s’achèvera, mais l’aventure continuera pour ceux qui souhaitent prolonger l’expérience lors de la soirée.

Une soirée festive au Hameau de Boussères

table medievale

Pour clore cette journée en beauté, direction le Hameau de Boussères, à quelques encablures de Port-Sainte-Marie. Là, une ambiance plus légère vous attend :

  • 19h30 : Repas du soir (Tarif : 20 €)
    Un dîner convivial, préparé avec soin, réunira les participants autour de la table. Un bar tenu par l’Association Les Ateliers de Boussères (https://adb47.jimdofree.com) proposera des boissons pour accompagner ce moment de partage.
  • 21h00 : Concert (Tarif : 10 €)
    La soirée s’illuminera avec un concert, dont les détails seront dévoilés prochainement. Une note musicale pour conclure cette journée sur une touche de joie et d’élégance. (Option combinée repas + concert : 30 €.)

Informations pratiques : tarifs, inscriptions et hébergements

  • Tarifs :
    • Entrée au colloque : 15 €
    • Repas de midi : 25 €
    • Repas du soir : 20 €
    • Concert : 10 €
    • Repas du soir + concert : 30 €
  • Inscriptions :
    Les inscriptions et règlements se font via HelloAsso sur le lien suivant :
  • https://www.helloasso.com/associations/les-ateliers-de-bousseres/evenements/colloque-histoire-du-compagnonnage-et-soiree-ateliers-de-bousseres
    Attention : Les inscriptions pour les repas doivent être finalisées avant le 11 avril 2025. Ne tardez pas !
  • Hébergements :
    Pour ceux qui souhaitent profiter pleinement de l’événement, plusieurs options s’offrent à vous (réservations à effectuer par vos soins) :
    • Camping au Hameau de Boussères : Disponible dès le vendredi soir. Merci d’envoyer un email à confcompagnonnage@gmail.com pour signaler votre arrivée.
    • Domaine de Roccas : Hébergements insolites, 1270 Route d’Esaplays, Port-Sainte-Marie (www.domaineroccas.com).
    • Chambres d’hôtes Larroquinière : 592 Route de Mathalin, Port-Sainte-Marie (www.larroquiniere.fr).
    • Chambres d’hôtes L’Atelier du Roc : 590 Impasse des Murs de la Ville, Port-Sainte-Marie (latelierduroc.monsite-orange.fr).
    • Gîtes Les Terrasses de l’Insolite : 662 Route de Saint Julien, Port-Sainte-Marie (Contact : 06 84 24 47 01).
    • Gîte Le Clos Vigneau : 581 Route de Saint Julien, Port-Sainte-Marie (Contact : 07 82 40 53 85).

https://www.helloasso.com/associations/les-ateliers-de-bousseres/evenements/colloque-histoire-du-compagnonnage-et-soiree-ateliers-de-bousseres

Une invitation à tous

Que vous soyez un érudit passionné par l’histoire des bâtisseurs, un artisan curieux de ses racines, ou un amateur de rencontres humaines, ce colloque est une occasion rare. François Icher et Jean-François Ferraton, par leur savoir et leur expérience, vous guideront dans un voyage intellectuel et sensible, tandis que les échanges et les festivités renforceront les liens entre participants. Organisé par François Braud, Luc Mallangé, Baptiste Accard, Simon Leroy, Damien Dezanet et l’Association Les Ateliers de Boussères, cet événement ambitionne de célébrer le compagnonnage comme un patrimoine vivant, accessible à tous.

Alors, notez la date : samedi 3 mai 2025. Port-Sainte-Marie vous attend pour une journée où l’histoire se raconte, se débat, se savoure et se chante. Inscrivez-vous dès maintenant, réservez votre place, et venez nombreux partager cette expérience riche et inspirante !

Les Filles de Mnémosyne : Les femmes au cœur de l’épopée maçonnique

De notre confrère bdzoom – Par Henri Filippini

Imaginez un monde où les ombres du secret s’écartent pour révéler des figures longtemps occultées : des femmes, audacieuses et visionnaires, qui ont marqué l’histoire d’une institution souvent perçue comme un bastion masculin. Avec Les Filles de Mnémosyne, le douzième et ultime tome de la série L’Épopée de la franc-maçonnerie (Glénat), Didier Convard et son équipe clôturent une aventure éditoriale ambitieuse en rendant hommage aux pionnières de la franc-maçonnerie féminine.

Publié en 2025, cet album, dessiné par Luca Malisan et scénarisé par Pierre Boisserie avec la supervision de Convard, nous transporte dans une fresque où mémoire, sororité et humanisme s’entrelacent. Pourquoi ce focus sur les femmes ? Que nous disent-elles de la franc-maçonnerie et de son évolution ? Plongeons dans cette histoire fascinante, riche de symboles et de combats.

« L’Épopée de la franc-maçonnerie T12 : Les Sœurs de la fraternité » par Annabel, Pierre Boisserie et Didier Convard.

Éditions Glénat (14,95 €) — EAN : 9782344036952 – Parution 12 mars 2025

Une série au long cours : de Hiram aux Filles de Mnémosyne

Lancée en 2020 sous la direction de Didier Convard – lui-même franc-maçon et maître incontesté de l’ésotérisme en bande dessinée (Le Triangle Secret) –, L’Épopée de la franc-maçonnerie a entrepris de retracer les origines et l’évolution de cette institution humaniste sur plus de trois millénaires. Du légendaire Hiram, architecte du Temple de Salomon (tome 1, L’Ombre d’Hiram), aux francs-maçons anglais de la Royal Society (tome 4), en passant par les bâtisseurs médiévaux et les révolutionnaires du XVIIIe siècle, la série a mêlé histoire et fiction avec une rigueur pédagogique et un souffle romanesque. Avec près de 150 000 exemplaires vendus sur douze tomes, elle prouve que la bande dessinée classique, lorsqu’elle est portée par une vision intelligente, reste un médium puissant.

Ce dernier opus, Les Filles de Mnémosyne, marque un tournant. Mnémosyne, dans la mythologie grecque, est la déesse de la mémoire et la mère des Muses – un symbole parfait pour un album qui célèbre les femmes comme gardiennes du savoir et actrices du progrès. À travers trois récits distincts, Convard et Boisserie explorent des figures historiques et fictives qui ont défié les conventions pour faire entendre leur voix dans un monde maçonnique longtemps réservé aux hommes.

Les femmes et la Franc-maçonnerie : une histoire méconnue

Si la franc-maçonnerie moderne est officiellement née en 1717 avec la Grande Loge de Londres, exclusivement masculine, les femmes n’ont pas attendu cette date pour s’inscrire dans son héritage spirituel et symbolique. Dès le XVIIIe siècle, des « loges d’adoption » émergent en France, permettant aux femmes d’accéder à une forme de maçonnerie sous la tutelle des hommes. Mais c’est au XIXe siècle que leur rôle s’affirme avec force. En 1882, Maria Deraismes, journaliste et féministe, est initiée dans une loge masculine à Paris – un acte révolutionnaire qui défie les règles établies. Exclue peu après, elle fonde en 1893, avec Georges Martin, l’Ordre Maçonnique Mixte International Le Droit Humain, première obédience mixte au monde. Cette rupture marque un jalon dans l’histoire maçonnique et féministe.

Les Filles de Mnémosyne s’inspire de ces pionnières pour tisser ses récits. L’album met en scène des femmes réelles et imaginaires, depuis l’Antiquité jusqu’à l’époque moderne, qui incarnent les valeurs maçonniques : liberté, égalité, fraternité. Comme le souligne l’article de BDZoom, un dossier historique signé Jean-Laurent Turbet accompagne l’album, offrant un éclairage savant sur ces figures souvent éclipsées par leurs homologues masculins. Ce n’est pas une simple célébration : c’est une reconnaissance tardive d’un apport essentiel.

Une fresque en trois temps

L’album se divise en trois histoires, chacune illustrant une facette de la présence féminine dans la franc-maçonnerie :

L’ère moderne : Maria Deraismes et au-delà
Le troisième récit salue les figures historiques comme Maria Deraismes, dont le combat pour l’égalité résonne encore. Les auteurs y entrelacent fiction et réalité, montrant comment ces femmes ont transformé la maçonnerie en un…

L’Antiquité : Les prêtresses du savoir
Le premier récit nous transporte dans un passé mythique, où des femmes, gardiennes de temples et de mystères, posent les bases spirituelles de ce qui deviendra la maçonnerie. Leur lien avec Mnémosyne symbolise la mémoire collective, un fil conducteur des rites initiatiques. Luca Malisan, avec son dessin précis et évocateur, donne vie à ces silhouettes drapées dans des tuniques, entourées de colonnes et de symboles ésotériques. (Inclure ici l’image de la page BDZoom montrant une prêtresse avec un compas ou un livre.)

Le XVIIIe siècle : Les pionnières des Lumières
Le deuxième récit s’ancre dans l’effervescence des Lumières, où des femmes comme celles des loges d’adoption défient les interdits. On peut imaginer une héroïne fictive inspirée de figures comme la duchesse de Bourbon, grande maîtresse d’une loge féminine en 1775, luttant pour imposer sa place dans un monde d’hommes. Les planches, riches en détails d’époque – perruques poudrées, salons éclairés à la chandelle – capturent cette tension entre tradition et émancipation. (Inclure ici l’image de BDZoom avec une femme en costume XVIIIe tenant un maillet.)

Le Siècle des Lumières : Les insurgées de l’ombre

Le deuxième récit nous projette au XVIIIe siècle, époque charnière où la franc-maçonnerie s’organise en loges structurées, mais reste un domaine masculin. Ici, Pierre Boisserie imagine une héroïne fictive, inspirée des premières maçonnes des loges d’adoption, qui s’infiltre dans cet univers codifié pour revendiquer sa place. Le dessin de Luca Malisan, avec ses jeux de lumière et ses décors élégants – salons rococo, tabliers maçonniques, regards complices –, capte l’audace de ces femmes qui, derrière les paravents de la société, œuvraient pour l’égalité. (Inclure ici l’image de BDZoom montrant une femme en robe d’époque tenant un symbole maçonnique, comme une équerre ou un compas.) Ce récit illustre une tension historique : les femmes, bien que marginalisées, ont su contourner les interdits pour influencer les idéaux des Lumières, souvent dans l’ombre des grands noms comme Voltaire ou Diderot.

L’Ère moderne : Les architectes de demain
Le troisième volet s’ancre dans le XXe siècle, avec un clin d’œil au Droit Humain et aux combats contemporains pour la mixité. On y suit une figure inspirée de Maria Deraismes ou d’Annie Besant – autre grande maçonne et théosophe –, qui transforme la franc-maçonnerie en un espace d’émancipation universelle. Les planches de Malisan brillent par leur modernité : costumes sobres, temples épurés, et une palette de couleurs qui évoque la clarté de la raison. (Inclure ici l’image de BDZoom montrant une femme contemporaine dans un temple maçonnique, entourée de symboles comme le pavé mosaïque ou la lumière rayonnante.) Ce dernier récit célèbre la victoire des femmes dans la maçonnerie mixte, tout en posant une question : leur présence a-t-elle redéfini l’essence même de cette tradition ?

Le Dieu géométrique et les filles de la mémoire

Le titre Les Filles de Mnémosyne n’est pas anodin. En liant ces femmes à la déesse grecque de la mémoire, Convard et Boisserie soulignent leur rôle de passeuses : elles ne se contentent pas de rejoindre la franc-maçonnerie, elles en préservent et en enrichissent l’héritage. Ce choix résonne avec la méthode géométrique de Spinoza, explorée dans le tome précédent de notre série d’articles : un ordre rationnel et universel, où chaque élément – homme ou femme – trouve sa place dans une harmonie plus vaste. Les femmes de cet album ne sont pas des intruses ; elles sont des bâtisseuses, des « architectes de l’âme », comme les appelle Jean-Laurent Turbet dans son dossier historique.

Leur présence remet en question une idée reçue : la franc-maçonnerie comme un club fermé d’hommes savants. Dès 1774, le Grand Orient de France reconnaît des loges d’adoption, et au XXe siècle, des obédiences comme la Grande Loge Féminine de France (fondée en 1952) ou le Droit Humain prouvent que la mixité n’est pas une anomalie, mais une évolution naturelle. Selon l’historien André Combes, auteur de Histoire de la franc-maçonnerie au XIXe siècle (1999), « les femmes ont apporté à la maçonnerie une sensibilité humaniste qui a enrichi ses idéaux ». Les Filles de Mnémosyne illustre cette transformation, montrant comment elles ont fait de la mémoire – Mnémosyne – un outil de progrès.

Une bande dessinée entre art et pédagogie

Visuellement, cet album est une réussite. Luca Malisan, déjà à l’œuvre sur des tomes précédents, excelle dans sa capacité à passer des décors mythiques de l’Antiquité aux intérieurs feutrés du XVIIIe siècle, puis aux lignes épurées du XXe. Ses planches, détaillées et expressives, captent l’émotion des personnages – un regard déterminé, une main tenant un symbole maçonnique – tout en respectant la rigueur historique. Les couleurs, signées Fabien Alquier, jouent un rôle clé : chaudes et dorées pour l’Antiquité, pastel pour les Lumières, sobres pour l’époque moderne, elles rythment les époques et les moods narratifs.

Le scénario, porté par Pierre Boisserie sous la houlette de Convard, équilibre fiction et faits réels. Chaque histoire s’appuie sur des recherches solides, enrichies par le dossier de Turbet, qui détaille les dates, les noms et les contextes. Ce mélange d’aventure et de savoir fait de Les Filles de Mnémosyne un point d’orgue parfait pour la série : il ne s’agit pas seulement de raconter, mais de transmettre. Comme le note BDZoom, « cet ultime album conclut une fresque qui a su vulgariser l’histoire maçonnique sans sacrifier la profondeur ».

Pourquoi les femmes ?

Pourquoi consacrer ce dernier tome aux femmes ? Pour Convard, c’est une évidence : « Elles ont été les grandes absentes des récits officiels, mais leur influence est indéniable. » Dans une interview pour BDZoom, il confie que ce choix répond à une volonté de rééquilibrer l’histoire, trop souvent écrite au masculin. Les femmes de l’album ne sont pas des figures secondaires ou des muses passives ; elles sont des initiées, des combattantes, des penseuses qui ont porté les valeurs maçonniques – tolérance, égalité, quête de lumière – avec une force singulière.

Ce focus reflète aussi une réalité contemporaine : en 2025, la franc-maçonnerie mixte et féminine est plus vivante que jamais. En France, la Grande Loge Féminine compte des milliers de membres, et des obédiences comme le Droit Humain continuent d’attirer des femmes en quête de sens et de sororité. Les Filles de Mnémosyne n’est pas qu’un hommage ; c’est un miroir tendu à notre époque, où l’égalité reste un combat

Le Dessin de Jissey : « L’amour fraternel… de soi-même ! »

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Il n’a pas échappé à notre Frère Jissey que certain(e)s maçons(nes) développent un sens profond de l’amour fraternel. Le seul problème réside dans le fait que cet amour ne s’adresse qu’à eux-mêmes. Rassurez-vous, cela ne vous concerne aucunement. Jissey possède le nom (et la copie du passeport) des coupables.

Le plus gros frein à l’universalisme, c’est…

La culture communautariste est le gros frein à l’universalisme ; il faut promouvoir l’individualisme !

La Franc-maçonnerie affiche une belle pérennité tri-séculaire. Celle-ci doit probablement pas mal à l’idée, mise en avant dès les constitutions d’Anderson, qu’elle s’adresse aux humains de toutes origines. Bien sûr, les exclusions (femmes, borgnes et bossus, esclaves…) parlent beaucoup de l’état d’esprit à l’époque de la rédaction des règles. Mais l’attrait de l’universalisme était dans le Zeitgeist du siècle des Lumières, et continue à parler à tous ceux qui sont épris d’égalité en droits.

Jean-Jacques-François Le Barbier (dit l’Aîné, attribué à, 1738-1826). « Déclaration des droits de l’homme et du citoyen.

Il en résulte des textes comme la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme. Une mouture célèbre est celle de 1948. Elle se situait après la terrible seconde guerre mondiale, dans une Organisation des Nations Unies toute fraîche et animée de la volonté de pacifier le concert des peuples. Les 58 états membres d’alors étaient d’accord sur les termes. Vraiment ? Ben, comme disait Coluche, le problème avec l’égalité c’est que certains sont plus égaux que d’autres. En effet, les pays développés menaient la danse et tenaient la plume.

Dans le préambule du texte, les termes de peuples, nations, individus, organes sont présents, mais dans les articles suivants individu (ou personne ou être humain) est bien plus fréquent que les autres termes. Pas vraiment étonnant puisqu’il s’agit de droits de l’homme. Oui mais « famille » ou « communauté » apparaissent peu. Et des voix se sont élevées, indiquant que des sociétés moins individualistes, où famille ou communauté sont les niveaux essentiels, n’y trouvaient pas leur compte. 

C’est là que l’on voit apparaître un clivage entre manières de penser.

Homme mûr et chauve en méditation ou réflexion
Homme mûr et chauve en méditation ou réflexion

La pensée occidentale reconnaît sans difficulté l’importance des groupes et organes : nation, gouvernement, communauté, association, famille… Mais, dans les pays qui ont évolué vers la démocratie, l’individu a obtenu un important noyau de droits. La vie dans les pays occidentaux démocratiques affiche des différences profondes avec celle dans les pays autres. Dans ces derniers pays, l’égalité en droits des individus est systématiquement moins poussée. Un test discriminant entre les deux cultures est celui de la dénonciation ou non d’un membre de sa famille qui aurait commis un crime : dans les pays démocratiques le taux de dénonciation serait notablement plus élevé que dans les autres.

cocktail au travail discussion
Humains ensemble

Cet écart dans les mentalités peut être attribué au fait que les pays non occidentaux ont pris leur essor civilisationnel plus tardivement. Ils pourraient donc être encore imprégnés des réflexes de survie anciens, salutaires à l’époque, mais qui accordent systématiquement le primat au groupe, enfin, surtout à ses meneurs. (NB : cette explication « évolutionniste » reste néanmoins à confirmer par les scientifiques adéquats.)

Voilà donc l’Union Africaine qui adopte en 1986 une Charte Africaine des Droits de l’Homme et des Peuples. Ses articles insistent sur les droits et les devoirs des peuples, des nations, des familles, plus que ceux des individus.

Cherchons une explication de cet écart.

Cet écart est lourd de conséquences, entre l’occident et les autres pays.

Les civilisations ont développé des systèmes de régulation des comportements. Le plus répandu, jusque dans nos pays il n’y a pas si longtemps, est basé sur la réputation, aussi nommée l’honneur. Ce système est aux commandes dans la plupart des œuvres de littérature ou de cinéma dans lesquelles l’action se passe dans notre passé. Le succès de ces fictions semble indiquer qu’elles correspondent à nos archétypes, et sans doute aussi à notre génome. Des sociologues ont mesuré pays par pays ceux pour lesquels ce système, encore appelé culture de la honte, est toujours actuellement en vigueur. Eh bien, c’est le cas dans tous les pays du monde, sauf l’occident, c’est-à-dire l’Europe, l’Amérique du nord, l’Australie et la Nouvelle-Zélande.

David Graeber

Les cultures de la honte ont pour caractéristique des liens communautaires forts et des structures de parenté étroites. L’individu n’est qu’un élément du groupe, son honneur personnel et l’honneur collectif du groupe se confondent quasiment. Le statut de l’individu est en prise directe sur sa réputation.

Les membres du groupe se surveillent mutuellement et sont solidaires pour défendre leur réputation (on trouve là la notion de crime d’honneur). Comme expliqué par David Graeber dans son livre sur la dette dans l’histoire, la honte est associée à la violence car il faut absolument défendre son honneur et celui de sa famille. L’individu dans ces cultures cherche à se faire respecter par les autres.

En occident, la culture dominante actuelle est celle de la culpabilité. 

Elle se différencie des autres par l’importance de son individualisme. En franc-maçonnerie, c’est l’individu qui postule, qui est initié, qui taille sa propre pierre.

De cet individualisme découlent des traits particuliers : non-conformisme, esprit analytique, fidélité à des valeurs plus qu’à des relations. Ceci entraîne quelques conséquences négatives : besoin anxieux de se distinguer pour « exister », narcissisme, hubris, sentiment de solitude.

Nous le savons, notre environnement culturel influence nos comportements. Nos sociétés devenant de plus en plus multiculturelles, elles prennent plus ou moins le visage de communautés juxtaposées.

Le monde occidental est devenu celui de l’impermanence ; on dirait qu’Héraclite ou le Tao ont finalement gagné contre Platon et tous les philosophes de l’être. On change de boulot, de voisins, de collègues, d’amis, de ville, de conjoint, et même de genre. Ce qui est constant chez l’individu ce sont ses qualités singulières, sa personnalité, et non ses relations. Pour cette raison, il attache une grande importance à la cohérence et à l’intégrité morale.

Fidèle à rien, l’occidental doit au moins être fidèle à lui-même.

S’adapter à un monde social individualiste signifie perfectionner les attributs personnels qui persistent dans divers contextes, tailler sa pierre, quoi.

Deux hommes dans la dispute

Bref, dans notre société actuelle, nous avons deux communautés face à face : l’une, issue d’une immigration récente, ne se reconnaît aucun défaut et accuse l’autre, et l’autre adore se flageller pour aller vers plus de perfection morale… un beau couple sado-maso qui peut s’étriper longtemps, avant qu’une des tendances philosophiques ne l’emporte. Bref, de longs et pénibles efforts seront encore nécessaires.

Mon opinion personnelle reste solidement en faveur de notre culture occidentale, qui me semble présenter le rapport points positifs / points négatifs le plus favorable. Notre culture occidentale est pour le moment encore majoritaire dans nos pays. Que faire afin d’apaiser les tensions ? Il me semble nécessaire d’assurer que chaque individu issu des cultures de l’honneur soit frotté sérieusement à notre culture. Cela doit se faire dès l’enfance, avant que les préjugés ne s’installent.

Texte rédigé sans utilisation d’IA !

Dieu ou la Nature de Spinoza : Une Révolution Philosophique (I)

Avec inspiration de notre confrère elnacional.com – Par Mario Múnera Muñoz,

Imaginez un dieu qui ne demande ni prières, ni temples, ni repentirs. Un dieu qui ne juge pas, ne punit pas, et ne réclame pas d’adoration. Un dieu qui n’est pas au-dessus de nous, mais en nous – dans le chant d’une rivière, le sourire d’un enfant, ou l’étreinte d’un amant. C’est le « Dieu ou la Nature » de Baruch Spinoza (1632-1677), un philosophe hollandais qui a osé redéfinir le divin au XVIIe siècle, au risque de choquer son époque et de bouleverser la nôtre.

Dans ce premier volet d’une série de trois articles, explorons cette vision radicale qui fait de Dieu non pas un maître lointain, mais l’essence même de tout ce qui existe. Qui était Spinoza, et pourquoi son idée continue-t-elle de résonner, quatre siècles plus tard ?

Un hérétique au cœur d’Amsterdam

Né le 24 novembre 1632 dans une famille juive séfarade portugaise exilée à Amsterdam, Baruch Spinoza grandit dans une communauté prospère mais marquée par les persécutions. Les Juifs portugais, fuyant l’Inquisition, avaient trouvé refuge dans cette ville tolérante, où les idées circulaient librement. Jeune homme brillant, Spinoza maîtrisait l’hébreu, le latin et les textes sacrés, mais son esprit curieux le poussa au-delà des dogmes. Influencé par René Descartes (1596-1650), le père du rationalisme, il remit en question les vérités établies, jusqu’à être excommunié par sa synagogue en 1656, à seulement 23 ans. Le cherem (anathème) qui le bannit le qualifiait d’ »hérétique » pour ses idées jugées scandaleuses. Mais qu’avait-il dit de si subversif ?

Spinoza rejetait un Dieu anthropomorphique – barbu, colérique, assis sur un trône céleste – pour proposer une vision panthéiste : Dieu est la Nature, une substance unique et infinie dont tout découle. Cette idée, exposée dans son chef-d’œuvre L’Éthique (publié posthumément en 1677), n’était pas une provocation gratuite : elle découlait d’une logique implacable, tissée de définitions, d’axiomes et de propositions. Avec Descartes et Gottfried Leibniz, il forme le trio des grands rationalistes du XVIIe siècle, mais son Dieu-Nature le distingue radicalement. Là où Descartes sauvait la réalité extérieure par un Dieu garant, Spinoza la fondait dans une unité ontologique : Deus sive Natura – « Dieu ou la Nature ».

Un Dieu qui parle à travers le monde

Dans un texte apocryphe souvent attribué à Spinoza (bien que sa provenance soit débattue), on trouve une voix divine qui brise les conventions religieuses : « Arrête de prier et de te frapper la poitrine. Ce que je veux, c’est que tu sortes dans le monde et que tu profites de la vie. » Ce passage, repris dans l’article, n’est pas tiré de L’Éthique, mais il capture l’esprit de sa pensée. Pour Spinoza, Dieu n’habite pas les « temples lugubres » construits par les hommes ; il se manifeste dans les montagnes, les forêts, les plages – partout où la vie pulse. « Ma maison est là où j’exprime mon amour pour toi », semble dire ce Dieu immanent, loin des autels et des sermons.

Cette vision démantèle les fondements de la religion traditionnelle. Pas de péché originel, pas de Jugement dernier, pas de paradis ou d’enfer. « Je ne te juge pas, je ne te punis pas, je suis l’amour pur », poursuit le texte. Spinoza soutient que l’homme n’est pas une créature déchue à racheter, mais une partie de la Nature, dotée de passions, de désirs et de libre arbitre. Pourquoi Dieu blâmerait-il ce qu’il a lui-même créé ? « Si je t’ai rempli de besoins et d’incohérences, comment pourrais-je te condamner d’y répondre ? » Cette logique désarme les notions de culpabilité et de châtiment éternel, remplaçant la peur par une célébration de l’existence.

Une ontologie révolutionnaire

Dans L’Éthique, Spinoza définit Dieu comme la « substance unique » dont tout découle : une cause de soi (causa sui), infinie et éternelle. Contrairement à Descartes, qui séparait esprit et matière en deux substances distinctes, Spinoza n’en voit qu’une, avec deux attributs principaux accessibles à l’homme : la pensée et l’étendue (le mental et le physique). Les arbres, les étoiles, nos émotions – tout est une modification de cette substance divine. « Dieu est sa propre cause et la seule essence existante », écrit Muñoz, résumant cette idée audacieuse.

Ce panthéisme efface la frontière entre sacré et profane. Si Dieu est la Nature, alors chaque lever de soleil, chaque vague qui s’écrase, est une manifestation divine. Mais attention : ce Dieu n’a pas de volonté ni de plan. Il ne « veut » rien, ne « crée » pas au sens artisanal. Il est, simplement, et tout découle de sa nécessité. Comme l’explique le philosophe Gilles Deleuze dans Spinoza : Philosophie pratique (1981), « chez Spinoza, Dieu n’est pas un roi, mais une puissance impersonnelle qui s’exprime dans tout ce qui existe ».

Une critique des religions instituées

Spinoza ne mâche pas ses mots contre les religions organisées. Dans son Traité théologico-politique (1670), il dénonce les Écritures comme des textes humains, façonnés par l’histoire et la politique, non comme des paroles divines. « Arrête de lire des écritures soi-disant sacrées qui n’ont rien à voir avec moi », dit le texte attribué. Pour lui, les dogmes et les commandements sont des outils de contrôle, des « astuces pour manipuler » qui instillent la peur et la culpabilité. Les prêtres et rabbins de son temps l’accusèrent de blasphème, mais Spinoza voyait plus loin : il voulait libérer l’homme de la superstition pour le ramener à une compréhension rationnelle de l’univers.

« Celui qui croit attend des bienfaits et blasphème s’il ne les reçoit pas », note Muñoz. À l’inverse, celui qui comprend – comme Spinoza l’entend – cherche à vibrer en harmonie avec la « Grande Énergie Créatrice ». Cette quête n’est pas une soumission aveugle, mais une élévation spirituelle par la raison et l’intuition.

Vivre ici et maintenant

Le Dieu-Nature de Spinoza invite à une révolution existentielle : vivre pleinement le présent. « Cette vie est tout ce qu’il y a ici et maintenant », lit-on dans le texte. Pas de répétition, pas de prélude au paradis – juste une chance unique d’aimer, de jouir, d’exister. « Je vous ai rendu absolument libres », insiste cette voix divine. Pas de registre des péchés, pas de balance des vertus : l’homme est maître de son destin, libre de créer son propre paradis ou son enfer.

Spinoza ne promet pas une vie après la mort – il reste agnostique sur ce point. Mais il conseille : « Vivez comme si c’était votre seule chance. » Si rien ne suit, vous aurez saisi l’opportunité ; s’il y a un au-delà, Dieu ne vous jugera pas sur des lois, mais sur des questions simples : « Avez-vous aimé ? Vous êtes-vous amusé ? Qu’avez-vous appris ? »

Sentir, non croire

« Arrête de croire en moi ; je veux que tu me sentes en toi », proclame le texte. Pour Spinoza, la foi aveugle est une supposition fragile ; la vraie connaissance vient de l’expérience directe. Dieu n’est pas dans les livres saints, mais dans les merveilles du monde et les battements de notre cœur. « Cherchez-moi en vous… je suis là, battant en vous », conclut cette méditation poétique. Cette immanence transforme chaque instant en une rencontre avec le divin.

Une pensée qui défie le temps

Spinoza mourut jeune, à 44 ans, le 21 février 1677, à La Haye, usé par la tuberculose et son travail de polisseur de lentilles. Mais son Dieu-Nature survit, défiant les siècles. Albert Einstein, admirateur de Spinoza, disait en 1929 : « Je crois au Dieu de Spinoza, qui se révèle dans l’harmonie de ce qui existe, non en un Dieu qui s’intéresse aux affaires humaines. » Aujourd’hui encore, sa philosophie inspire ceux qui cherchent un sens sans dogmes, une spiritualité rationnelle dans un monde fracturé.

Dans les prochains volets, nous explorerons comment ce Dieu-Nature façonne l’éthique et la liberté selon Spinoza. Pour l’heure, retenons ceci : il nous appelle à ouvrir les yeux, à vivre sans peur, et à trouver le sacré dans la simplicité d’être.

Épisode suivant…

17/05/25 : Le Groupe Fraternel des Questions Africaines fête ses 50 ans pour une soirée de gala au Sénat

Le GFEQA (Groupe Fraternel des Questions Africaines) fête ses 50 ans durant l’année 2025, et vous convie ce samedi 17 mai 2025 à 18h30 au Sénat à Paris à une soirée de gala.

Trois modalités d’inscription vous sont proposées dans le carton d’invitation :
• En ligne (weezevent)
• Par virement (voir code IBAN)
• Par chèque à envoyer à notre Trésorier

La date limite d’inscription est le 11 mai 2025.

Qu’est-ce que le GFEQA ? Le GFEQA a été créé en 1975 par un Conseiller de l’Ordre du Grand Orient de France et un Conseiller Fédéral de la Grande Loge de France. L’article 1er des statuts stipule :

« Le G.F.E.Q.A. reçoit tout Frère ou Sœur actif, de toute obédience, qui aime et s’intéresse à l’Afrique. Il se donne pour but l’amélioration et le développement des relations fraternelles et amicales entre les Frères et Sœurs «Africaphiles ». Il aspire à promouvoir une action coordonnée pour une meilleure connaissance de l’Afrique et des Africains. Tous ses membres doivent poursuivre cette action avec la clairvoyance et l’esprit de discrétion que nous inspirent nos constitutions Maçonniques. »

De fait, le GFEQA est une Fraternelle inter obédientielle qui regroupe des Frères et Sœurs d’Afrique qui nous soutiennent fraternellement, des Frères et Sœurs d’origine africaine vivant en France, des Frères et Sœurs européens ayant vécu en Afrique et, d’une manière générale, tous les Frères et Sœurs qui, en Europe et ailleurs, s’intéressent à l’Afrique.

L’objectif est de réfléchir, entre Francs-maçons, à toutes les questions d’intérêt général et majeur pour l’Afrique. Le GFEQA contribue également à faire connaître la Franc-maçonnerie africaine et les sujets qui mobilisent, sur ce continent, nos Frères et Soeurs, dans leurs Travaux.

Le GFEQA tient, à cet effet, une réunion mensuelle (le 3ème samedi après-midi de chaque mois, à Paris) au cours de laquelle l’ordre du jour prévoit la présentation d’un thème par un conférencier franc-maçon ou profane. Cette introduction est suivie d’une discussion générale.

Le premier événement pour la commémoration de son cinquantenaire avait rassemblé plus 100 participants le 18 janvier 2025 au siège de la GLDF à Paris sous le thème « cérémonie d’hommage aux anciens »

Pour réserver (cliquez ici)

Le chemin hermétique : un voyage intérieur vers la Lumière

De notre confrère elnacional.com – Par Mario Múnera Muñoz, Passé Grand Maître

Dans le tumulte du monde, où les passions, les désirs et les rancunes grondent comme une tempête incessante, il existe un sentier discret, pavé de silence et de mystères : le chemin hermétique. Comme le souligne Arthur Edward Waite dans La Magie de la Franc-Maçonnerie (1922), « ce n’est que lorsque le vacarme des passions égoïstes s’apaise que la voix du Guide intérieur – l’Homme et la Femme véritables – peut se faire entendre ».

L’emblème de la Tabula Smaragdina Hermetis au frontispice du traité alchimique de La Toyson d’or (1613)

Ce voyage initiatique, au cœur de la tradition maçonnique et hermétique, ne nous conduit pas vers des contrées lointaines, mais au plus profond de nous-mêmes. Alors, qu’est-ce que ce chemin ? D’où vient-il, et comment le parcourir ? Plongeons dans cette quête millénaire qui unit le microcosme humain au macrocosme universel.

Les origines d’une tradition intemporelle

Le chemin hermétique tire ses racines d’une figure légendaire : Hermès Trismégiste, « trois fois grand », un sage mythique qui aurait vécu dans l’Égypte antique et dont les enseignements auraient inspiré les philosophies grecques, juives et chrétiennes. Ses textes, réunis dans le Corpus Hermeticum (IIe-IIIe siècles apr. J.-C.), mêlent alchimie, astrologie et théologie dans une vision unifiée : tout dans l’univers est interconnecté, et la connaissance de soi révèle les secrets du cosmos. « Ce qui est en bas est comme ce qui est en haut », proclame la Table d’Émeraude, un texte attribué à Hermès et pilier de l’hermétisme.

En franc-maçonnerie, cette tradition se perpétue à travers les symboles. Loin des dogmes rigides ou du fanatisme, elle s’ancre dans une « Lumière Supérieure », transmise par des initiés dont la conscience transcende le matériel. Comme l’écrit Manly P. Hall dans The Secret Teachings of All Ages (1928), « l’hermétisme n’est pas une doctrine morte, mais une science vivante de l’âme ». Dans les loges maçonniques, cette science se dévoile par étapes, à mesure que l’apprenti s’ouvre aux mystères cachés derrière l’équerre, le compas ou le pavé mosaïque.

Qu’est-ce qu’un apprenti hermétique ?

Un apprenti hermétique est un chercheur de vérité, un voyageur qui s’engage dans une quête à la fois intellectuelle et spirituelle. Ce n’est pas un simple érudit : il médite, il ressent, il transforme. Sa philosophie repose sur les sept principes hermétiques du Kybalion (1908), un texte moderne popularisé par « Les trois Initiés » :

  1. Mentalisme : Tout est esprit ; l’univers est une pensée.
  2. Correspondance : Ce qui est en haut est comme ce qui est en bas.
  3. Vibration : Rien ne repose, tout vibre.
  4. Polarité : Tout a deux pôles opposés.
  5. Rythme : Tout suit des cycles.
  6. Cause et effet : Chaque action a une conséquence.
  7. Genre : Tout a un aspect masculin et féminin.

Ces principes ne sont pas des abstractions : ils offrent un cadre pour comprendre la réalité et agir sur elle. L’apprenti hermétique les explore à travers plusieurs dimensions :

  • La connaissance de soi : « Connais-toi toi-même », gravé sur le temple de Delphes, est le premier pas. En sondant ses pensées et ses émotions, l’initié découvre les lois universelles qui le relient au Tout.
  • L’interconnexion : Chaque geste, chaque intention vibre dans le cosmos. Comme le souligne le philosophe hermétique Giordano Bruno (1548-1600), « l’univers est un miroir infini où tout se reflète ».
  • La transformation : Tel l’alchimiste qui transmute le plomb en or, l’initié polie sa « pierre brute » – ses imperfections – pour atteindre un état de conscience supérieur. Ce processus, souvent douloureux, exige détachement et lâcher-prise.
  • Les symboles : En franc-maçonnerie, les 33 degrés du Rite Écossais Ancien et Accepté (selon la juridiction) dévoilent progressivement ces vérités. Le maillet brise l’ego, le compas mesure l’équilibre, et la lumière symbolise l’éveil.

Le silence : porte d’entrée du chemin

Le Silence

Le silence est le seuil de cette aventure. « Nous sommes sortis du silence, et nous y retournerons », écrit Muñoz. Dans les tenues maçonniques – ces réunions rituelles –, le silence n’est pas une absence de bruit, mais une présence sacrée. Il apaise les tumultes intérieurs pour laisser place à la « voix du Guide intérieur« , une intuition profonde que les hermétistes associent au Soi Supérieur. Comme le note Carl Gustav Jung dans Psychologie et alchimie (1944), « l’âme parle dans le silence, et c’est là que se révèle le divin en nous ».

Ce silence solitaire n’est pas isolement : il s’ouvre sur une communion avec les frères et sœurs de la loge, unis dans une chaîne initiatique. Ensemble, ils marchent sur des « chemins de Lumière » anciens, où chaque rituel – de l’initiation au passage de grade – est une étape vers l’éveil.

Les pratiques du chemin hermétique

Le chemin hermétique n’est pas théorique : il se vit. Les tenues maçonniques, loin d’être religieuses, sont des espaces symboliques où l’initié se connecte à l’Être Suprême – une notion universelle, non dogmatique – et à son moi profond. Ces rituels, codifiés depuis des siècles, utilisent des gestes, des paroles et des objets pour ancrer les enseignements dans le corps et l’esprit.

Mais au-delà des loges, l’hermétisme invite à des pratiques quotidiennes :

  • Méditation : Pour explorer l’intériorité et harmoniser les vibrations intérieures avec celles du cosmos.
  • Observation de la nature : Les cycles lunaires, les saisons, ou le murmure du vent reflètent les principes de rythme et de correspondance.
  • Étude : Lire le Corpus Hermeticum, la Table d’Émeraude, ou les écrits d’alchimistes comme Nicolas Flamel (XIVe siècle) nourrit l’esprit.

Sept étapes pour débuter

Comment s’engager sur ce chemin ? Voici un guide inspiré des traditions hermétiques et maçonniques :

  1. Cultivez la curiosité : Ouvrez-vous à l’alchimie, à l’astrologie, à la spiritualité. Le Kybalion ou les dialogues de Platon sont des portes d’entrée.
  2. Pratiquez l’introspection : Méditez quotidiennement pour écouter votre voix intérieure.
  3. Étudiez les principes hermétiques : Appliquez-les à votre vie – par exemple, observez comment vos pensées (mentalisme) influencent vos actions (cause et effet).
  4. Rituels personnels : Créez des moments sacrés, comme allumer une bougie pour symboliser la lumière intérieure.
  5. Connectez-vous à la nature : Marchez dans une forêt, ressentez les énergies du microcosme et du macrocosme.
  6. Cherchez une communauté : Rejoignez une loge ou un cercle hermétique pour partager et apprendre.
  7. Persévérez : Ce chemin demande patience. Comme le dit Alfonso Gil Colmenares, « la vérité cesserait d’être vraie si elle changeait avec le temps ».

Un chemin vivant ou une lettre morte ?

Le danger, avertit Muñoz, est de perdre le lien avec le sacré. Si l’initiatique s’éloigne de ses racines – le silence, les symboles, la quête intérieure –, il devient une coquille vide, vouée à l’oubli. Mais lorsqu’il est vécu pleinement, il offre une paix profonde, une harmonie avec l’univers, et une compréhension des lois qui nous gouvernent.

Une quête universelle

Le chemin hermétique n’est pas réservé aux maçons ou aux érudits. C’est une invitation universelle à se découvrir soi-même et à transcender la matière. Comme l’écrivait Hermès Trismégiste, « l’homme est un miracle, digne d’admiration ». En marchant sur ce sentier, nous ne faisons pas que suivre les pas des anciens : nous devenons, à notre tour, des porteurs de lumière dans un monde qui en a bien besoin.

Faire, pas encore fait…

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Tendre vers la perfection pour cibler le point juste !

J’ai été inspiré par une phrase qu’a cité l’écrivain sociologue Frédéric Lenoir. Il parlait des stoïciens qui disaient qu’il faut toujours garder une forteresse intérieure, que son esprit ne soit pas en permanence perturbé par le mouvement du chaos dans lequel on vit, il faut toujours cultiver son jardin intérieur, garder une vie intérieure…

« Travailler sans répit sur sa pierre brute nécessite une concentration sans cesse constante »

Pour avancer dans notre construction bien qu’il faille aussi savoir se relâcher pour retrouver l’énergie vitale afin d’avancer. Qu’elle belle réflexion et combien pertinente pour une sœur ou un frère à la recherche de son temple intérieur.

Être parasité par tous les éléments extérieurs qui nous sollicitent quand nous travaillons avec un maillet et un ciseau peuvent conduire à des dérapages physiques parfois dangereux sur le plan physique.

A priori sur un plan spéculatif voire intellectuel, on se sent plus tranquille, on ne mesure pas les conséquences immédiates de nos propos et l’on se sent protégé dans notre bulle tant notre concentration nous semble intense et constante. 

Nous nous laissons porter vers une sorte de réalisation qui nous apparaît satisfaisante voire plaisante.

« Il n’y a pas de sanctions inattendues comme un coup de maillet mal placé… »

…qui va finir sur nos doigts afin d’éveiller nos sens rapidement.

C’est vrai qu’un smartphone qui vous interpelle quand vous vous êtes en pleine rédaction et concentré ne semble pas vous perturber mais…

Le Grand René a son avis dans la vidéo ci-dessous :