Réunir ce qui est épars consiste à (re)former un tout à partir d’éléments composites, similaires ou distincts qui, pour une raison ou pour une autre, se trouvent divisés, éclatés, séparés les uns des autres. On pourrait dire que la manifestation universelle est formée par des lettres séparées correspondant à la multiplicité de ses éléments, et que, en les réunissant, on la ramène par là même au logos, à son principe.
François-Timoléon Bègue Clavel relate au XIXe siècle dans Histoire pittoresque de la Franc-Maçonnerie et des sociétés secrètes anciennes et modernes : « Vers l’an 712 avant notre ère, Numa institua à Rome des collèges d’artisans (collegia arlificum), en tête desquels étaient les collèges d’architectes (collegia fabrorum). On désignait aussi ces agrégations sons les noms de sociétés, de fraternités (sodalilaies, fralernitales). De la même époque datait, à Rome, l’établissement des libérales, ou fêtes de Bacchus. Lorsque les corporations franches se constituèrent en une seule grande association ou confrérie, dans le but d’aller exercer leur industrie au-delà des Alpes, les papes secondèrent ce dessein : il leur convenait d’aider à la propagation de la foi par le majestueux spectacle des vastes basiliques et par tout le prestige des arts dont ils entouraient, le culte. Ils conférèrent donc à la nouvelle corporation, et à celles qui se formèrent par la suite avec le même objet, un monopole qui embrassait la chrétienté tout entière, et qu’ils appuyèrent de toutes les garanties et de toute l’inviolabilité que leur suprématie spirituelle leur permettait de lui imprimer. Les diplômes qu’ils délivrèrent à cet effet aux corporations leur accordaient protection et privilège exclusif de construire tous les édifices religieux ; ils leur concédaient le droit de relever directement et uniquement des papes. Les membres des corporations eurent le privilège de fixer eux-mêmes le taux de leurs salaires, de régler exclusivement, dans leurs chapitres généraux, tout ce qui appartenait à leur gouvernement intérieur.»
Si la signification ésotérique de l’expression, « rassembler ce qui est épars », apparaît surtout au 3e degré, dès les Constitutions d’Anderson de 1723, il est dit que « la Franc-Maçonnerie a été fondée pour réunir les hautes valeurs morales qui, sans elle, auraient continué de s’ignorer, et pour être le centre de l’Union.» C’est la fraternité qui rend possible une telle démarche, le symbolisme en est son outil par excellence, elle est un but d’harmonisation du vivre ensemble. L’assemblage des pierres taillées pour l’édification du temple en est la métaphore des rites de constructeurs. Réunir ce qui est épars serait donc en premier lieu, de nouer une amitié fidèle entre les hommes de hautes valeurs morales et pour être le centre de l’union entre eux afin de les mettre en pratique.
En second lieu, la Franc-maçonnerie, par les influences subies à caractère chevaleresque, hermétique, alchimique, kabbalistique, compagnonnique, a conservé et rassemblé différentes traditions et ésotérismes. «Voilà trois siècles que nous nous enrichissons de toutes les traditions spirituelles du monde, pourvu qu’elles ne soient pas contraires à nos principes de tolérance et de libre-pensée», résume Marc Henry, passé Grand Maître de la Grande Loge de France. La Franc-Maçonnerie est un centre d’union rassemblant ce qui est épars.
La franc-maçonnerie, c’est donc un projet, une « intention » : réunir les êtres humains porteurs de hautes valeurs morales et enrichir la Tradition spirituelle.
Pour réussir ce challenge, trois conditions ont été proposées par les initiateurs : – Une bienveillance mutuelle fondée sur le respect, l’écoute et la recherche personnelle, – Un rituel permettant de structurer un temps de méditation, – Un lieu la loge : c’est l’atelier de la rencontre et du partage pour le temps d’apprentissage de cet amour fraternel, en dehors des contraintes de la vie profane.
La Franc-Maçonnerie est une voie qui ne peut que proposer la lumière, lumière qui fera, ou pas, ensuite son chemin dans l’intériorité de chacun. Et c’est la somme des êtres ayant reçu la lumière qui fera évoluer l’humanité.
Dans la réalité, la multiculture idéale due aux migrations semble compromise avec les options des idéologies radicales d’un certain islam qui veut dominer, d’un catholicisme qui se veut universel, de l’intégration totale et rationaliste qui veut être une loi républicaine. Pour Régis Debray, les cultures fractionnent l’espèce humaine en forgeant des identités. La science et la technique ont un rôle de confluence, de rassemblement de ce qui est épars.
«Réunir ce qui est épars» signifie surtout se réconcilier avec son propre «en soi». «Rassembler ce qui est épars» semble aussi relever de l’individuel, de l’intériorité, et implique, par analogie, le retour au Un. Ce «Un» (aleph) s’est fragmenté dans le deux (Beth), inhérent à la Création. La maçonnerie appliquerait alors ce retour vers l’unité. L’union retrouvée n’est donc pas un pur retour à un état précédent, mais quelque chose de plus complexe où le répétitif s’allie à la prise de conscience d’une modification.
De nombreux articles parus sur le journal ont abordé peu ou prou ce sujet que l’on peut, sans être exhaustif, retrouver selon plusieurs approches.
J’ai choisi de traiter cette question pour combattre un préjugé assez largement répandu dans le monde profane et parfois aussi et paradoxalement dans la Maçonnerie, qu’il existerait un conflit absolu, insurmontable entre la raison et le sacré. Or je vais m’efforcer de démontrer qu’ils ont souvent été conciliés et qu’ils sont en fait complémentaires, en m’appuyant sur l’histoire des idées, sur le rapport de ces deux notions dans le rite écossais ancien et accepté, et enfin de parcours sur les nouvelles conciliations de la raison et du sacré dans ce qu’on est convenu d’appeler à tort ou à raison la « post- modernité »
Raison et sacré au début des Temps modernes
Ce qui a pu accréditer la légende d’un conflit essentiel entre raison et sacré ce sont les résistances de l ‘Eglise catholique aux premières manifestations de l’esprit scientifique.
Galileo Galilée
La persécution du physicien Galilée par l’Inquisition est devenu la figure emblématique des craintes de la religion à l’égard des premières découvertes de la science parce qu’elles étaient de nature à porter des coups très rudes à la représentation théologique du Cosmos et au géocentrisme. Mais l’esprit n’est qu’une modalité de la raison et il ne s’ensuit pas nécessairement que raison et religion soient antinomiques. De toute façon il lui a bien fallu s’accommoder de la vision scientifique du monde et même de se transformer en fonction de ce qui constitue l’esprit fondamental de la modernité.
Mon premier argument en faveur d’’une coopération de la foi et de la raison en matière de religion est que, même si la foi dans la révélation constitue le fondement de toute religion, il n’y a pas de religion sans interprétation des textes.
Dans le judaïsme, le travail de relecture perpétuelle de la Thora et de la quête du sens des récits et des symboles bibliques est une dimension capitale de la pensée religieuse: toute religion implique une connaissance aussi authentique que possible de la parole divine ou de la Parole de celui qui l’incarne. Un tel effort ne peut être que rationnel.
Dans ce cas, la raison s’exerce dans le cadre et dans les limites de la révélation. On observe exactement le même processus dans le christianisme et dans l’Islam avec les mêmes difficultés dans l’exercice d’interprétation les mêmes incertitudes sur le sens et les mêmes conflits qui peuvent surgir sur le plan théologique et moral à cause de l’ambivalence ou de la complexité de la Parole.
Aucune religion ne peut se dispenser d’accomplir ce travail rationnel d’interprétation du texte sacré qui est une dimension universelle de la religion. Il n’y a pas de religion à forte expansion sans docteurs de la Loi. Je ne vois que deux exceptions à ce principe, la tradition orale des sociétés primitives qui tend à figer l’interprétation dans un dogme intangible excluant tout examen de la raison.
L’autre exception c’est le choix de la mystique qui peut expliquer sinon une ignorance de la révélation, du moins une certaine distanciation par rapport à la connaissance rationnelle des textes, mais non par rapport aux rites de chaque culte qui peut toujours se prêter à des exercices visant une expérience intérieure de rencontre avec le divin. Mais cette alliance de la réflexion rationnelle et du sacré va se manifester sous une autre forme et à une autre échelle au cours de l’histoire religieuse du Moyen-âge.
Statut de Platon assis en marbre blanc devant un chapiteau de Temple
On sait que les œuvres de Platon et d’Aristote ont été recopiées et conservées dans certains monastères, mais elles ont été transmises avec tout un patrimoine d’ouvrages provenant de l’Antiquité grecque, par le truchement de traductions en arabe et en hébreu réalisées dans l’Espagne des Khalifes musulmans. L’influence de ces traductions a été considérable dans l’histoire de l’Occident car elles ont permis plusieurs tentatives de démontrer certaines vérités de la religion en s’appuyant sur le rationalisme de ces deux philosophes.
On observe ce phénomène dans les trois religions du Livre.
Le premier à tenter cette réconciliation entre raison et sacré fut le philosophe juif Maïmonide.
Dans le « Guide des égarés » (ou « de ceux qui s ‘interrogent ») composé vers 1180, il essaya de démontrer des conceptions du judaïsme en s’appuyant sur le rationalisme aristotélicien mais tout en affirmant que dans le doute ou l’incertitude, il faut s’en remettre à la révélation qui dépasse toujours l’entendement humain.
Le grand philosophe- médecin musulman Averroès (Ibn Rouchd 1126-1198) s’engagea dans une voie rationaliste analogue: il tenta d’éclairer le sens du Coran à partir d’un commentaire d’Aristote. Son œuvre connut un immense succès, jusqu’à l’Université de Paris où elle finit par être condamnée par les autorités ecclésiastiques.
Mais le monument intellectuel le plus célèbre du catholicisme fut la Somme théologique de Saint Thomas d ‘Aquin, (1227-1274) élevé au rang de Docteur de l’Eglise. Son ambition fut de montrer qu’une philosophie largement nourrie de métaphysique aristotélicienne pouvait partiellement s’harmoniser avec les enseignements du christianisme.
Selon lui, Dieu a donné la raison à l’homme afin qu’il puisse le connaître et s’élever vers Lui parce qu’Il est un modèle de perfection. La foi et la philosophie ne peuvent se contredire car elles visent le même Dieu. Sa construction théologico- philosophique qui réconcilie raison foi, et révélation annonce par son souci de rationalité et de rigueur, son humanisme profond marqué par l’universalisme chrétien, l’esprit de la Renaissance et les premières expressions de la modernité. Il conçoit l’universalité de la raison comme un moyen de convaincre tous les hommes y compris les incroyants, en respectant leur liberté de pensée.
Raison et foi aux siècles classiques (16e et 17e siècle)
Si on jette un regard panoramique sur l’histoire idéologique du 16ème et 17ème siècle, on s’aperçoit que là encore la tendance dominante n ‘est pas la rupture mais la conciliation entre la raison scientifique naissante et la soumission à la foi. A l’époque de la Renaissance les penseurs du mouvement humaniste tirent de l’héritage culturel grec et latin l’idée de la valeur éminente de la raison comme outil de connaissance et dan cette logique celle du droit au libre examen des textes qui certes conduit à la Réforme du catholicisme, mais pas à l’irréligion. Les savants humanistes veulent bien rénover à la lumière de l’Antiquité la vision du monde et de l’homme mais ils refusent pour autant de rompre avec la religion chrétienne (ce sera la position d’Erasme de Rotterdam)
Au 17e la raison progresse dans l’ensemble de la culture et s’affirme à travers l’invention technique, le début d’industrialisation, la fondation des sciences. Les fondateurs de la science moderne, Galilée, Descartes et surtout Pascal demeurent à des degrés différents liés à la religion.
Descartes a le souci de séparer radicalement le domaine de la foi de celui de la raison, pour ne pas courir le risque de se trouver en contradiction avec la religion révélée. De plus l’existence d’un Dieu rationnel occupe une place centrale dans sa métaphysique puisqu’il garantit les capacités de la raison à découvrir la vérité. Je signale au passage qu’un récent article consacré à Descartes nous signale que « les documents disponibles montrent l’influence décisive de Descartes dans l’élaboration du Rite écossais ». Selon une rumeur reprise par les Maçons, il aurait appartenu à l’Ordre initiatique de la Rose-Croix.
Sa vision de Dieu est très proche le l’idée du Grand Architecte et de la conception maçonnique des rapports entre la raison humaine et le Grand Architecte.
Un cartésien comme Malebranche pense que « la raison qui éclaire l’homme est la Sagesse même de Dieu », ce qui signifie que la raison est d’essence divine et qu’elle peut nous conduire à la Connaissance et à la Sagesse.
Blaise Pascal
Le témoignage le plus étonnant de la conciliation de la science et du sacré nous est fourni par Pascal qui fut peut-être le plus puissant génie scientifique que la France ait connu et fut un chrétien fervent et rigoureux inclinant même vers la mystique à la fin de sa vie. Il ira jusqu’à utiliser les dernières découvertes de la physique sur l’infiniment grand et l’infiniment petit comme signes et preuves de l’existence de Dieu.
En résumé au moment où sont jetées les bases de la science moderne et de la philosophie de la raison, la plupart des savants et des philosophes ne voient pas de contradiction entre la rationalité scientifique et la croyance au sacré. C’est l’Eglise catholique qui s’alarme des progrès de la science où elle voit un péril pour l’avenir de la foi et qui agite l’idée d’une incompatibilité radicale entre les exigences de la raison et le respect du sacré.
Elle redoute que le développement de la pensée critique ne donne des arguments à l’incroyance et au matérialisme.
Or il est certain qu’on voit apparaître au 17è siècle un courant de pensée très minoritaire, souterrain parce que persécuté, mal connu, qui affiche une liberté de pensée plus ou moins affirmée à l’égard du religieux : c’est le courant libertin, mot qui a pris un sens péjoratif parce que les libertins, disciples du penseur grec Epicure affichaient parfois une liberté de mœurs parallèles à leur scepticisme et qu’il y eut quelques aristocrates libertins passablement, débauchés et cyniques. Mais ce courant compta plusieurs philosophes radicaux dans le rationalisme et la critique de la religion dont le représentant le plus célèbre est sans doute le poète non-conformiste et baroque Cyrano de Bergerac dont le théâtre a fait une légende.
Il est vrai que ce type d’incroyance préfigure celle qui se déploie à notre époque mais au 17e ce phénomène reste très réduit par rapport au rationalisme dominant qui intègre le sacré.
Les interactions entre la philosophie des Lumières et la Franc-maçonnerie. On va retrouver la même configuration au Siècle des Lumières qui est aussi l’avènement de la Maçonnerie moderne. Il est difficile de penser que le terme même de « Lumières » n’ait pas trouvé sa source dans les loges maçonniques. On observe une montée en puissance continue du rationalisme avec une tendance à la radicalisation des divers courants de pensée que nous avions observés au siècle précédent.
Denis Diderot, rédacteur en chef de l’Encyclopédie
Par l’entremise de l ‘Ordre des Jésuites, ordre monastique très engagé dans la politique, l’Eglise sur la lancée de la Contre-réforme va déclencher une lutte idéologique acharnée contre les courants rationalistes et l’esprit critique de ceux qu’on va nommer les philosophes ou encore les Encyclopédistes, ceux qui ont peu ou prou collaboré à la première Encyclopédie de Diderot et d’Alembert. L ‘Encyclopédie fut à cette époque le monument du rationalisme libéral, à la fois tableau des connaissances acquises dans tous les domaines par la science et dans les techniques de production et manifeste de l’esprit philosophique à travers sa critique de la religion et du pouvoir clérical, des traditions dépassées et paralysantes, des préjugés de toutes sortes qui maintiennent les peuples dans l’arriération et la barbarie.
C’est indiscutablement une entreprise révolutionnaire, émancipatrice sur le plan de la pensée qui mobilise les meilleurs esprits et les spécialistes de l’époque. Contre elle les jésuites vont mener au nom du catholicisme, un combat virulent afin de sauvegarder l’ordre social et politique de l’Ancien régime qui commence à se lézarder sérieusement.
C’est ce climat de polémique violente et permanente entre les Jésuites agents de la papauté et ce qu’on a appelé le parti philosophique, dont bien des idées furent élaborées dans les Loges maçonniques, qui a entretenu l’idée en grande partie fausse que le camp de la raison et de la liberté de pensée était radicalement opposé à la religion et au sacré en général.
Largillierre, Nicolas de (1656-10-10 – 1746-03-20), Portrait de Voltaire (1694-1778) en 1718, 1718. Huile sur toile. Musée Carnavalet, Histoire de Paris.
En réalité, ce qui domine la pensée progressiste des Lumières, ce sont les principes même de la Franc-maçonnerie Andersonienne dont Voltaire, considéré comme la figure de proue du parti philosophique sera le porte-parole littéraire et politique.
Cette Maçonnerie du 18ème siècle affirmant un principe de tolérance ignoré jusque là, transcende tous les clivages religieux et politiques au nom du respect dû à toutes les croyances, pour ne prendre en considération que les vertus morales des individus à qui on demande seulement
« D’être libres et de bonnes mœurs ». En même temps il est dit dans nos Constitutions fondatrices « Le Maçon ne saurait être un athée stupide » ce qui signifie qu’il doit croire en une transcendance quelle que soit l’image que chacun peut s’en faire. C’est le déisme maçonnique repris et diffusé par les Lumières dont nous continuons à nous réclamer au premier chef
Nous reconnaissons ainsi le sacré par une voie rationnelle à travers le symbole universel du « Grand Architecte » qui définit le principe commun à toute religion et qui au lieu d’être un facteur de division et de haine devient au contraire un facteur d’union et de compréhension de tous les croyants sans exclure les incroyants qui peuvent lui donner le sens d ‘un principe de vie à l’œuvre dans la création naturelle.
Autre fondement de la tolérance maçonnique adoptée par les Lumières: en matière de théologie ou de métaphysique, nulle raison ne peut prétendre à une intelligence totale ou absolue de ce qui peut rendre compte de l’expérience humaine mais de toute façon la dépasse infiniment.
C’est une raison supplémentaire pour accepter la diversité des approches d’une réalité secrète qui ne sera jamais appréhendée comme vérité absolue par la pensée.
Le 18è siècle met l’accent sur le pluralisme des croyances induisant de ce fait la part de relativité qu’elles comportent et justifiant par là la pluralité extrême des voies qui sont susceptibles de mener l’esprit au divin ou simplement au sacré. Car la notion de sacré, comme nous le verrons, dépasse de beaucoup celle du sacré religieux.
Or le 18è siècle est un moment novateur et critique de la modernité où l’on va assister à un déplacement du sacré religieux vers la sphère de la vie sociale, de la morale de l’ordre politique, du civisme. Pour les Lumières, les valeurs de l’éthique, la loi morale commune à tous les cultes est un autre principe d’universalité propre à concilier toutes les croyances et les philosophies même irréligieuses. Nous retrouvons là une caractéristique de la Maçonnerie: rassembler les hommes de bonne volonté de toute opinion, de toute origine autour de la foi en l’homme et des valeurs de liberté, d’égalité, de fraternité et de justice.
Un « tableau emblématique » décoré de symboles maçonniques, avec des espaces vides pour le nom du candidat, les dates de divers résultats et les signatures des dirigeants, 1877.
La primauté de l’éthique, la sacralisation de la Loi morale, que ce soit au nom de la transcendance de Dieu ou de la sacralité de l’Homme, est la voie qui conduit au respect mutuel, de l’harmonie entre les hommes et de la paix civile.
Ainsi la Maçonnerie moderne a transmis à la philosophie des Lumières une idée majeure qu’elle emprunte à la tradition chrétienne: la sacralité de la personne, mais en donnant en fait à cette sacralité un fondement qui n’est plus religieux mais initiatique: la nature rationnelle et spirituelle d’un homme formé à la semblance du Grand Architecte.
Dans sa version à la fois rousseauiste et voltairienne, la philosophie des Lumières proclame l’unité de la nature humaine définie par la rationalité et l’identité biologique, la fraternité de tous les hommes, la valeur universelle de l’être humain.
Rousseau
Tous les philosophes y compris des matérialistes comme Diderot, refusent l’idée chrétienne du péché originel et s’accordent pour proclamer la perfectibilité de l’espèce qui peut être améliorée par l’éducation. La question de la bonté de la nature humaine est plus controversée: pour Rousseau c’est une vérité religieuse, Voltaire, plutôt dualiste, se désole souvent de la barbarie de l’homme et croit plutôt aux vertus d’une élite capable de faire progresser l’homme par la civilisation. Mais la confiance dans les potentialités de I ‘espèce et dans ses capacités évolutives est générale. Elle est tout à fait accordée au message de l’humanisme maçonnique.
L’universalité de valeur reconnue à l’homme constitue un principe commun de la pensée des Lumières. Cet universalisme largement semé par la Franc-maçonnerie aboutira à la fameuse Déclaration des droits de l’Homme de I 789 qui est aujourd’hui la charte juridique et politique de la nation française.
L’humanisme est dans la logique du déisme voltairien puisque l’Etre suprême des philosophes est l’auteur de la nature humaine dotée de la raison et de la conscience du sacré.
Ce déisme est le courant central et dominant des Lumières. Certes les héritiers du courant libertin du I 7è siècle à la fois matérialiste et athée, animé par Diderot, D’Holbach, Helvétius, radicalisent volontiers leur rejet de la croyance face à la violence de la contre-offensive jésuitique et conservatrice. Il faut ajouter également le discrédit jeté par l’esprit rationnel sur la théologie et la métaphysique qui alimente comme aujourd’hui un certain scepticisme et l’agnosticisme. Mais le déisme que nous partageons avec les Lumières, s’emploie à sauvegarder ce qui dans la foi et la sacré ne vient pas contredire les exigences de la raison. C’est sa caractéristique la plus moderne. Il récuse tous les dogmes au nom de la liberté de la conscience et des droits de l’esprit critique.
Mais il réduit les mythes au rang de fables, de pures inventions destinées à impressionner et à manipuler les esprits. A la différence de la Maçonnerie, cette religion raisonnable et démythifiée méconnaît sa valeur symbolique et la profondeur des contenus initiatiques dont les mythes sont les vecteurs. C’est là une faiblesse des Lumières et de Voltaire si proche par ailleurs de la Maçonnerie. Il faut dire pour tempérer ce jugement que beaucoup de ceux qui se passionnent pour les sciences nouvelles s’intéressent aussi aux sciences sacrées et à l’occultisme.
« Le bonheur est une idée neuve en Europe » a proclamé Saint-Just pendant la Révolution. C’est que reprenant la théorie des Anciens, les Lumières considéraient que la raison philosophique ne pouvait avoir pour finalité que le bonheur de l’individu et que la finalité de l’ordre politique ne pouvait être que le bonheur des peuples. Cet aspect des Lumières me paraît très intéressant parce que nous allons les retrouver à l’époque contemporaine où l’on voit le sacré se déplacer de la même manière vers l’humain, les principes éthiques servant de références universelles bien loin devant le religieux et même vers certaines valeurs politiques, comme celles de notre triptyque: liberté, égalité, fraternité.
Pour illustrer mon propos sur la dominance du déisme au 18è et sur les mutations qu’il a opérées sur les objets du sacré, je rappelle qu’en 1793 sous le gouvernement de la Terreur, Robespierre organise sous l’inspiration de Jean- Jacques Rousseau dont il est un ardent disciple, la Fête de l’Etre suprême et de la déesse Raison annonçant la naissance d’une nouvelle religion civile.
« La sagesse des Modernes »
Je voudrais en conclusion revenir sur le rapport de la raison et du sacré dans la Maçonnerie en général et dans notre Rite écossais en particulier. Nous avons vu comment s’est constitué au cours du I8è siècle un « air du temps » nouveau qui a marqué définitivement la conscience publique. On peut dire qu’il a été largement inspiré par les traditions redécouvertes et renouvelées des bâtisseurs de cathédrales.
Notre tradition doit beaucoup à la religion puisque notre symbolisme et notre enseignement puise aux sources spirituelles des récits bibliques et évangéliques.
Mais en même temps elle a toujours dépassé les enseignements de la religion en ce sens qu’elle a toujours cherché à percevoir le sens caché, initiatique de tous les mythes et symboles religieux, persuadée que la religion véhiculait sous une forme exotérique beaucoup de messages ésotériques dont elle ne livrait pas le sens et dont elle interdisait même la recherche.
On sait quelle est dans la religion l’importance du mystère qui est un interdit imposé à l’esprit dans sa volonté de comprendre les significations secrètes des récits et des symboles.
En Maçonnerie il n’y a pas de limites à la recherche de la vérité, et toute la tradition révélée peut-être sous certaines conditions soumise à une libre interprétation personnelle.
La voie initiatique exclut le mystère inviolable et le dogme imposé et c’est dans ce premier sens qu’elle est rationnelle. Le désir de Connaissance n’a d ‘autres limitations que celles de la raison elle-même.
La voie initiatique est aussi rationnelle parce que c’est à l’aide de la raison et de l’intuition qui n ‘est qu’une globalisation rapide de la pensée que nous interrogeons le symboles, que nous les relions et ajustons les uns aux autres pour construire des représentations cohérentes des réalités ésotériques.
Le sacré est plus difficile à définir. C’est d’abord le sentiment de la valeur infinie de l’Etre qui nous domine parce que nous lui attribuons la création du monde et de l’homme. Il nous dépasse aussi par son infinitude et demeure pour cela en grande partie inaccessible aux efforts d’intelligence de la raison. Il existe toujours pour l’initié une disproportion entre la raison qui est toujours de l’ordre du fini et le sentiment du sacré qui tend à s’élever jusqu’à la dimension de l’illimité qui est l’essence du Grand Architecte. Notre seule certitude d’initié se trouve dans son existence, dans l’idée qu’il est Raison, Esprit absolus, source de l’amour qui nous pousse dans la voie du perfectionnement et de l’élévation intérieure.
La Maçonnerie a toujours affirmé que la raison et le sacré sont complémentaires, à condition de ne pas se détourner, comme le font les athées, de tous les signes de sa Présence dans l’expérience sensible et surtout dans la connaissance de soi et de la nature véritable de notre esprit. La voie qui mène à la découverte de la vérité de I ‘Ordre divin fait partie intégrante du sacré. Il habite partout où se manifeste la création de l’esprit et la volonté d’aller toujours plus avant vers le Bien. C’est l’enseignement de Platon repris et conservé dans notre Rite et c’est ce que nous avons en commun avec le religieux.
Il est tout à fait étonnant de constater que notre conception maçonnique d’un sacré dérivant des interrogations et de la quête de la raison se trouve aujourd’hui en convergence avec une nouvelle approche du sacré dans notre société. Le déplacement de sens que nous avions repéré et défini au 18ème siècle vers l’homme et les œuvres de la spiritualité humaine se retrouve présentement sous une forme approfondie. Dans un monde où la partie dominante de l’humanité, enivrée de sa propre puissance scientifique, technique, économique, tend à tout réduire à l’état de marchandise, à mépriser les valeurs de l’esprit comme les droits élémentaires des individus, l’esprit résiste et avec lui l’amour du sacré.
Mais la modernité rationaliste ayant dévalorisé mythes et dogmes religieux, rendu inacceptables les morales imposées par les institutions et la société, dans un univers où l’individu revendique plus que jamais I ‘autonomie de la volonté, les hommes de bonne volonté ne reconnaissent plus que les transcendances qu’ils se sont données : la Nature et la vie, Dieu, l ‘Homme, les valeurs spirituelles dont la finalité est de protéger l’homme, de le grandir, le conduire vers la paix intérieure, le sentiment d ‘accomplissement que les Anciens appelaient le bonheur.
C’est ce que les philosophes Luc Ferry et André Comte- Sponville nomment « la sagesse des Modernes ». Elle ne change pas la nature des valeurs et du sacré. Elle affirme seulement qu’elle a changé de source, que c’est désormais l’homme spirituel qui en est le porteur et qui devient de ce fait la référence suprême de l’homme.
Cette spiritualité radicalement humaniste est-elle tellement différente de la nôtre et d’une démarche initiatique qui à partir de la connaissance de soi, des pouvoirs de la réflexion, des besoins et des valeurs de l’esprit, part à la découverte d’une vérité métaphysique, d’un art de vivre et d’une sagesse? C’est sur cette interrogation que j ‘achève ce travail de réflexion..
Soirée littéraire et astrophysique avec Jean-Charles Stasi
Le Cercle Condorcet-Voltaire-d’Holbach de Normandie, association loi 1901 basée à Blay (Calvados), organise un dîner-débat le samedi 24 mai 2025 à la Villa Beausoleil de Deauville, située au 7, Route des CréActeurs. Cet événement, qui débutera par un accueil à 19h00, promet une soirée riche en réflexions autour du thème « Ovni littéraire et énigme astrophysique », animée par Jean-Charles Stasi, écrivain et guide-conférencier. L’événement sera précédé, à 17h45, de l’Assemblée générale du Cercle, réservée aux membres.
Un invité d’exception : Jean-Charles Stasi
Jean-Charles Stasi
Installé à Bayeux depuis 2013, Jean-Charles Stasi est une figure reconnue dans le paysage culturel normand. Guide-conférencier spécialisé sur les plages du Débarquement et le Mont Saint-Michel, il est également un écrivain prolifique, auteur d’une trentaine d’ouvrages, incluant essais, romans, recueils de nouvelles et travaux sur la Seconde Guerre mondiale. Fils d’une mère ardennaise, Stasi nourrit depuis l’enfance une passion pour Arthur Rimbaud, et plus particulièrement pour son poème révolutionnaire Le Bateau ivre. Ce chef-d’œuvre, qu’il considère comme un ovni littéraire, transcende selon lui la littérature pour toucher à des dimensions astrophysiques et philosophiques, un thème qu’il explorera lors de cette soirée.
Le titre de son intervention, « Ovni littéraire et énigme astrophysique », intrigue par son ambition de relier la poésie de Rimbaud à des questionnements scientifiques. Stasi pourrait ainsi proposer une lecture où les images du Bateau ivre — tempêtes cosmiques, mers infinies, visions hallucinatoires — deviennent des métaphores des mystères de l’univers, tels que les trous noirs ou les origines de la matière. Cette approche audacieuse s’inscrit dans la tradition du Cercle, qui, depuis sa création en 2011, cherche à promouvoir un humanisme critique en croisant disciplines et perspectives.
Une soirée dans l’esprit des Lumières
Le Cercle Condorcet-Voltaire-d’Holbach de Normandie, présidé par Claude-Jean Lenoir, est connu pour ses dîners-débats mensuels qui réunissent des esprits curieux autour de sujets variés, allant de la philosophie à l’histoire, en passant par les sciences et les arts. Prenant pour références les encyclopédistes Condorcet, Voltaire et d’Holbach, le Cercle s’inscrit dans l’héritage des Lumières, prônant la raison critique et une citoyenneté responsable. Comme le souligne sa devise, inspirée de Condorcet : « Il arrivera donc, ce moment où le soleil n’éclairera plus sur la terre que des hommes libres, ne reconnaissant d’autre maître que leur raison. »
Cette soirée s’annonce fidèle à cette mission, mêlant littérature et science dans une réflexion sur l’humanisme et la quête de sens. Les citations poétiques qui jalonnent l’annonce de l’événement, comme « Je suis un autre sans cesse » ou « Ce n’est qu’au prix d’une ardente patience que nous pourrons conquérir la cité splendide qui donnera la lumière, la justice et la dignité à tous les hommes », reflètent l’esprit de Rimbaud et l’aspiration du Cercle à éclairer les consciences.
Un cadre convivial et des places limitées
Le dîner-débat se tiendra à la Villa Beausoleil, un lieu élégant à Deauville, propice aux échanges intellectuels. Le prix de la soirée, fixé à 35 euros (dîner tout compris), est à régler sur place. Les places étant limitées, les inscriptions sont obligatoires et peuvent être effectuées par courriel à claudejeanlenoir@yahoo.fr ou par téléphone au 06 30 25 37 83.
Un événement dans la continuité des initiatives culturelles normandes
Cet événement s’inscrit dans une riche tradition d’activités culturelles à Deauville et dans ses environs, comme en témoigne l’agenda local de la région. À titre de comparaison, Trouville-sur-Mer, ville voisine, accueillera quelques jours plus tôt, du 18 au 20 avril 2025, le festival Regards au Longs-Courts, célébrant le cinéma, l’art et la littérature. Deauville elle-même est un haut lieu culturel, avec des événements comme le Festival du Cinéma Américain ou les expositions du Musée Villa Montebello, qui explore en 2025 l’histoire des artistes pionniers du rivage normand (Trouville, c’est mon Amérique à moi. Les artistes pionniers à la découverte du rivage normand, 1820-1860).
Le Cercle Condorcet-Voltaire-d’Holbach, qui organise régulièrement des dîners-débats à Trouville-sur-Mer (par exemple, sur des thèmes comme la radioactivité ou l’histoire coloniale), élargit ici son rayonnement à Deauville, confirmant sa volonté d’animer le débat intellectuel en Normandie. Cet événement fait également écho à une autre manifestation prévue le 24 mai 2025, au siège du Grand Orient de France à Paris : la Journée Claude Gaignebet, qui explore les liens entre patrimoines populaires et traditions initiatiques, notamment à travers des figures comme Saint Blaise et François Rabelais, également évoquées dans des contextes maçonniques.
Une invitation à la réflexion et à l’émerveillement
Ce dîner-débat promet une soirée où la poésie de Rimbaud dialoguera avec les énigmes de l’univers, dans une ambiance fraternelle et éclairée. Jean-Charles Stasi, par sa double casquette d’écrivain et de guide-conférencier, saura sans doute captiver son auditoire en tissant des ponts entre littérature et science, tout en rendant hommage à l’esprit humaniste des Lumières. Comme l’annonce l’événement, « il est temps de partir, de rendre la liberté aux arbres, aux plages, aux chemins, aux corridors, au moindre brin d’herbe » : une invitation poétique à s’ouvrir à de nouveaux horizons de pensée.
Ne manquez pas cette occasion unique de conjuguer réflexion, littérature et convivialité dans un cadre d’exception à Deauville.
Dans cet épisode enrichissant du podcast Sous le Bandeau, plongez dans l’univers fascinant et symbolique de la musique en Franc-Maçonnerie, de Mozart aux compositeurs contemporains.
Franco accueille Yves et Anatoly, auteurs du livre « La musique des Francs-Maçons : De Mozart à nos jours », pour discuter en profondeur de la façon dont la musique accompagne et sublime les cérémonies maçonniques à travers les siècles. Découvrez comment des compositeurs tels que Mozart, Haydn, Beethoven, Wagner et Sibelius ont imprégné leur musique d’une symbolique riche et profonde.
🎼 Ce que vous apprendrez dans cet épisode :
Pourquoi Mozart est considéré comme l’un des compositeurs majeurs de la musique maçonnique.
La symbolique de la musique lors des rites initiatiques et des chaînes d’union.
Richard Wagner et la quête mystique du Graal : inspiration maçonnique ou non ?
Le rôle de Haydn et Sibelius dans l’évolution musicale maçonnique.
La musique moderne et la place du vivant et du non-humain dans la tradition maçonnique contemporaine.
📚 À propos du livre : Procurez-vous le livre « La musique des Francs-Maçons : De Mozart à nos jours » directement auprès des Éditions La Roseraie des Philosophes : www.roseraiedesphilosophes.ca
🔗 Événements à venir :
Lancement officiel du livre le 15 mai à Montréal (Bistro Sophia).
Cette semaine, notre cher Jissey, le dessinateur au crayon aussi affûté que son humour, plonge dans l’univers fascinant des mythes et légendes pour son traditionnel « dessin de la semaine ». Mais attention, pas question de transformer Hercule en influenceur fitness ou de faire de la gorgone Méduse une égérie pour shampoing anti-pelliculaire ! Jissey nous met en garde : les mythes, c’est sacré, et on ne va pas les travestir pour leur faire dire n’importe quoi, même pour faire marrer la galerie.
Dans son dernier croquis, Jissey nous emmène au cœur de l’Olympe, où les dieux grecs se réunissent pour une « conférence sur la gestion de leur image publique ». Zeus, avec sa barbe plus broussailleuse qu’un buisson ardent, brandit un éclair en guise de micro et s’indigne : « Quoi ? On dit que je passe mon temps à draguer des mortelles ? C’est de la désinformation ! » À ses côtés, Poséidon, un trident à la main et des algues dans les cheveux, marmonne : « Et moi, on m’accuse de faire des vagues pour un oui ou pour un non… Je suis un dieu des mers, pas un ado en crise ! » Quant à Aphrodite, elle prend un selfie en soupirant : « Ils croient tous que je suis née d’une huître… Non mais allô, quoi, je suis une déesse, pas un plateau de fruits de mer ! »
Avec son coup de crayon malicieux, Jissey s’amuse à montrer que les mythes, s’ils sont souvent magnifiques, sont aussi victimes de clichés et d’interprétations farfelues. Mais il tient à garder le cap : pas question de réécrire l’histoire pour en faire une sitcom divine. « Les mythes, c’est du sérieux, même quand on rigole ! » nous confie-t-il en esquissant un Minotaure qui se plaint de son labyrinthe mal ventilé.
Et il a bien raison, notre Jissey ! Les mythes et légendes, qu’ils viennent de Grèce, de la culture nordique ou des contes amérindiens, portent en eux des vérités profondes sur l’humanité : nos peurs, nos espoirs, notre rapport au sacré. Transformer le dragon Fáfnir en vegan militant ou faire de la Baba Yaga une coach de vie, ça serait un peu comme mettre des tongs à un centaure : ça ne colle pas, et ça gâche le charme ! Alors, rions, oui, mais respectons ces récits qui ont traversé les siècles. Avec Jissey, on peut compter sur un humour qui fait mouche sans trahir l’esprit des légendes. Rendez-vous la semaine prochaine pour un nouveau dessin… et peut-être une licorne qui râle contre les arcs-en-ciel ?
Le média en ligne Planetes360 a publié un reportage signé Mike Borowski, intitulé « La Franc-Maçonnerie Dirige la France ? Mike Demande aux Français ! ». Ce micro-trottoir, réalisé dans les rues de Paris, se présente comme une enquête visant à sonder l’opinion publique française sur l’influence de la franc-maçonnerie dans le pays. Le ton du reportage est résolument antimaçonnique, dénonçant ce que l’auteur perçoit comme une manipulation médiatique et une emprise cachée des loges maçonniques sur les structures de pouvoir en France.
Une Perception Populaire Contrastée
Mike Borowski a interrogé des passants dans les quartiers populaires de Paris pour recueillir leurs impressions sur la franc-maçonnerie. Les réponses révèlent une vision majoritairement positive ou naïve : beaucoup associent les loges à des notions comme le « dialogue », l’ »humanisme » ou la « réflexion », les percevant comme des clubs philanthropiques œuvrant discrètement pour le bien commun. Cette image, selon Borowski, est le résultat d’un « conditionnement médiatique massif » orchestré par les grands médias, tels que TF1 ou France Inter, qui présenteraient une version « aseptisée » de la franc-maçonnerie, la dépeignant comme un vestige des Lumières ou un symbole de progrès et d’altruisme.
Une Dénonciation des Mécanismes de Pouvoir
Le reportage va plus loin en affirmant que cette perception édulcorée masque une réalité bien plus sombre. Borowski soutient que les loges maçonniques exercent un pouvoir « réel et structurant », influençant les nominations aux postes-clés, pesant sur les décisions politiques et judiciaires, et verrouillant les institutions. Il dénonce un « bouclier idéologique » médiatique qui disqualifie toute critique des loges comme étant « complotiste », empêchant ainsi un débat sérieux sur leur rôle véritable. Selon lui, cette « ingénierie culturelle » maintient l’ignorance populaire, présentée comme le « meilleur allié des structures de pouvoir ».
Un Appel à la Déconstruction
Borowski appelle à un « réveil des consciences » et à un travail de « déconstruction » des récits médiatiques. Il propose de « dénoncer, reformuler, choquer si nécessaire » pour éduquer les Français sur les « véritables réseaux d’influence » et les « jeux de pouvoir ». Il insiste sur une fracture nouvelle dans la société, non plus entre gauche et droite ou riches et pauvres, mais entre ceux qui « acceptent de voir le réel » et ceux qui se « réfugient dans des narratifs confortables ». Le reportage se conclut par une invitation à suivre un direct où Borowski promet de décrypter davantage les mécanismes de pouvoir des loges maçonniques.
Analyse Critique
Ce reportage adopte un ton alarmiste et antimaçonnique, s’inscrivant dans une rhétorique qui alimente les théories du complot. Si Borowski met en lumière un décalage entre la perception populaire et certaines réalités historiques – comme l’influence de la franc-maçonnerie sur des lois comme celle de 1905 sur la laïcité, un fait reconnu par des chercheurs comme Julien Giry – il exagère en attribuant aux loges une emprise systématique et occulte sur la France. Cette vision ignore la diversité des obédiences maçonniques, leurs divergences internes, et leur perte d’influence relative dans la société contemporaine. De plus, le reportage ne fournit aucune preuve concrète des allégations de « verrouillage institutionnel », se contentant d’affirmations sensationnalistes qui risquent de renforcer les stéréotypes plutôt que d’éclairer le débat.
En définitive, ce micro-trottoir de Planetes360 reflète davantage les biais de son auteur qu’une analyse nuancée de la franc-maçonnerie en France.
Il illustre cependant une méfiance persistante envers les sociétés discrètes, un sentiment qui, bien que souvent exagéré, trouve ses racines dans des controverses historiques et dans le goût du secret propre à la franc-maçonnerie.
La Franc-maçonnerie, née au tournant du XVIIe et XVIIIe siècle, a souvent été perçue comme une force d’émancipation, un espace de réflexion et d’engagement humaniste, mais aussi comme une organisation secrète suscitant suspicions et controverses. À travers l’histoire, les francs-maçons se sont retrouvés dans des positions de courage héroïque ou de lâcheté notoire, reflétant les complexités de la nature humaine face à des contextes de crise. En France, lors de la Révolution française, de la Commune de Paris ou de la Seconde Guerre mondiale, et ailleurs, comme au Chili sous Salvador Allende et Augusto Pinochet, les Francs-maçons ont incarné des postures contradictoires.
Ces divergences soulèvent une question essentielle : les Francs-maçons sont-ils des héros ou des lâches ? En s’appuyant sur des exemples historiques et sur l’analyse des mécanismes psychologiques, notamment à travers l’émission « Dans la tête de… » de la RTS, cet article explore les dynamiques du courage et de la lâcheté au sein de la Franc-maçonnerie.
Les Francs-Maçons dans l’Histoire : Entre Héroïsme et Compromission
Ne manquez pas ci-dessous le reportage enquête de la RTS
La Révolution Française (1789-1799) : Une Franc-maçonnerie Divisée
Marquis de La Fayette
La Révolution française constitue un moment clé pour observer les tensions internes au sein de la Franc-maçonnerie. À cette époque, les loges maçonniques françaises, influencées par les idéaux des Lumières, comptaient de nombreux membres favorables à la République. Des figures comme le marquis de La Fayette, Franc-maçon et héros de la guerre d’indépendance américaine, ont soutenu activement les idéaux révolutionnaires de liberté, d’égalité et de fraternité, des valeurs qui résonnent avec les principes maçonniques. Les loges, comme celles affiliées au Grand Orient de France, ont souvent été des foyers de réflexion républicaine, où des idées progressistes étaient débattues.
Cependant, tous les Francs-maçons n’étaient pas républicains. Certains, issus de l’aristocratie ou proches de la monarchie, comme le comte de Provence (futur Louis XVIII), également Franc-maçon, ont défendu la cause royaliste. Cette division reflète la diversité des loges maçonniques, qui accueillaient des membres de toutes origines sociales et politiques. Si des maçons républicains ont fait preuve de courage en s’opposant à l’Ancien Régime, d’autres, par attachement à leurs privilèges ou par peur des représailles, ont adopté une posture plus prudente, voire lâche, en évitant de s’engager pleinement dans la tourmente révolutionnaire. Cette période illustre une première fracture : face à un contexte de crise, les Francs-maçons, malgré leurs idéaux communs, n’ont pas toujours su transcender leurs intérêts personnels ou leurs craintes.
La Commune de Paris (1871) : Engagement et retrait
Portrait de Jules Vallès (1832-1885)
Lors de la Commune de Paris, insurrection révolutionnaire de 1871, les Francs-maçons se sont à nouveau trouvés dans des camps opposés. La Commune, marquée par une tentative de révolution sociale et démocratique, a attiré des maçons progressistes, comme Jules Vallès, écrivain et communard, qui ont vu dans cet élan une occasion de mettre en pratique les idéaux maçonniques de justice sociale et de fraternité. Certaines loges, comme celles affiliées au Grand Orient, ont publiquement soutenu les communards, organisant des manifestations symboliques, telles que des défilés avec des bannières maçonniques devant les barricades.
Portrait d’Adolphe Thiers (1797-1877)
Mais d’autres Francs-maçons, notamment ceux issus de la bourgeoisie ou proches du pouvoir versaillais, ont adopté une position de retrait, voire de collaboration avec le gouvernement d’Adolphe Thiers, qui a réprimé la Commune dans un bain de sang. Cette répression, qui a fait entre 10 000 et 20 000 morts, a été vue par certains comme une trahison des idéaux maçonniques. Un commentateur contemporain aurait pu dire, comme le souligne un article d’AgoraVox, que Thiers a préféré la victoire de l’ordre établi à une révolution sociale, une attitude que certains maçons ont partagée par peur du chaos ou par opportunisme. Ici encore, le courage de certains maçons communards contraste avec la lâcheté de ceux qui, par calcul ou par peur, ont choisi de soutenir un régime autoritaire.
La Seconde Guerre Mondiale (1939-1945) : Résistance et collaboration
Pierre Brossolette
La Seconde Guerre mondiale est une période particulièrement révélatrice des comportements contradictoires des Francs-maçons. En France, sous le régime de Vichy, la Franc-maçonnerie a été officiellement interdite et persécutée. Le régime de Vichy, influencé par une idéologie antisémite et antim maçonnique, voyait dans les loges un complot judéo-maçonnique menaçant la pureté de la nation française. Des lois, comme celle du 11 août 1941, ont interdit les sociétés secrètes, et des milliers de maçons ont été fichés, déportés ou exécutés. Dans ce contexte, certains Francs-maçons ont fait preuve d’un courage exceptionnel en rejoignant la Résistance.
Par exemple, Pierre Brossolette, Franc-maçon et membre du réseau du Conseil National de la Résistance (CNR), a joué un rôle clé dans l’organisation de la lutte contre l’occupation nazie. Arrêté en 1944, il s’est suicidé pour éviter de parler sous la torture, un acte de bravoure qui incarne les idéaux maçonniques de sacrifice pour la liberté. De nombreuses loges, bien que dissoutes, ont continué à opérer clandestinement, servant de réseaux de résistance, comme le montre une étude du Centre d’histoire sociale des mondes contemporains (CHS). Des maçons ont également caché des Juifs ou des résistants, risquant leur vie pour défendre leurs valeurs.
Marcel Déat
Mais tous les Francs-maçons n’ont pas résisté. Certains, par opportunisme ou par peur, ont collaboré avec le régime de Vichy. Des figures comme Marcel Déat, ancien Franc-maçon et ministre sous Vichy, ont soutenu la collaboration avec l’Allemagne nazie. D’autres, moins visibles, ont choisi de se taire, évitant de s’opposer ouvertement au régime pour protéger leur famille ou leur position sociale. Cette ambivalence est d’autant plus frappante que la Franc-maçonnerie, par ses principes, aurait dû être un bastion de résistance. Comme le note un mémoire du CHS, le Front National (extrême droite) de l’époque a souvent associé les maçons à des ennemis de la nation, une rhétorique qui a pu pousser certains à adopter une posture de lâcheté pour éviter les persécutions.
Le Chili (1970-1973) : Allende et Pinochet, Frères énnemis
Salvador Allende
L’histoire du Chili sous Salvador Allende et Augusto Pinochet offre un exemple tragique des contradictions au sein de la Franc-maçonnerie. Salvador Allende, président socialiste élu en 1970, était Franc-maçon, initié dans la loge Progreso n°4 de Valparaíso. Il incarnait une vision humaniste et progressiste, cherchant à instaurer une « voie chilienne vers le socialisme » dans le cadre d’une démocratie libérale. Son engagement pour les réformes sociales – nationalisations, réforme agraire – reflétait les idéaux maçonniques de justice et de fraternité. Allende, jusqu’à sa mort le 11 septembre 1973, a fait preuve d’un courage remarquable, refusant de fuir face au coup d’État militaire et se suicidant dans le palais de La Moneda pour éviter la capture.
Augusto Pinochet
Ironiquement, Augusto Pinochet, l’homme qui a orchestré ce coup d’État, était également Franc-maçon, initié dans la même loge qu’Allende, dont il était le filleul maçonnique. Pinochet, cependant, a trahi non seulement Allende, mais aussi les principes maçonniques. Devenu dictateur, il a instauré un régime de terreur, responsable de plus de 3 200 morts et disparus, 38 000 cas de torture et des centaines de milliers d’exilés, selon des rapports officiels. Pinochet a rallié les putschistes au dernier moment, montrant une duplicité et une lâcheté morale face à ses engagements maçonniques. Comme le souligne Euronews, Allende voyait en Pinochet un homme loyal, une confiance qui lui a été fatale.
Ce cas met en lumière une fracture profonde : alors qu’Allende incarnait le courage d’un maçon fidèle à ses idéaux, Pinochet représente une lâcheté abyssale, utilisant son pouvoir pour écraser les valeurs mêmes qu’il avait juré de défendre. Cette dualité illustre comment, même au sein d’une fraternité unie par des serments, les choix individuels face à la crise peuvent diverger radicalement.
Mécanismes psychologiques : pourquoi certains agissent et d’autres pas ?
L’émission Dans la tête de… de la RTS, qui analyse les comportements humains à travers des expériences de psychologie sociale, des témoignages et des images de vidéosurveillance, offre des clés pour comprendre les mécanismes derrière le courage et la lâcheté. La question centrale posée par l’émission est :
« Quels sont les mécanismes qui nous poussent à ne pas intervenir devant une situation d’urgence ? »
Cette interrogation est cruciale pour analyser les comportements des Francs-maçons dans des contextes historiques tendus.
L’effet du spectateur et l’apathie collective
Conseil National de la Résistance.
Un mécanisme clé mis en évidence est l’effet du spectateur, un phénomène de psychologie sociale où la présence d’autres personnes réduit la probabilité qu’un individu intervienne dans une situation d’urgence. Dans le contexte de la Seconde Guerre mondiale, par exemple, certains Francs-maçons ont pu se sentir déresponsabilisés face à la répression de Vichy, pensant que d’autres agiraient à leur place. Cet effet, combiné à la peur des représailles – arrestations, déportations, exécutions – a pu conduire à une forme d’apathie collective, où la lâcheté devient une réponse passive à la pression sociale.
La peur et l’instinct de survie
Maréchal Philippe Pétain
La peur est un autre facteur déterminant. Dans la tête de… montre, à travers des expériences avec des sujets volontaires, que la peur d’un danger immédiat – comme la torture ou la mort sous Vichy ou Pinochet – peut paralyser l’action, même chez des individus partageant des idéaux élevés. Lors de la Révolution française ou de la Commune, des maçons ont pu choisir de ne pas s’exposer, privilégiant leur survie ou celle de leur famille. Ce mécanisme, bien que compréhensible, est souvent perçu comme de la lâcheté, surtout rétrospectivement, lorsque l’on compare ces choix à ceux qui ont risqué leur vie pour leurs convictions.
La Diffusion de la Responsabilité et les Normes Sociales
devise France : Liberté Egalite Fraternité
Un autre mécanisme est la diffusion de la responsabilité, où les individus se reposent sur les normes sociales pour guider leur comportement. Pendant la dictature de Pinochet, par exemple, certains maçons chiliens ont pu se conformer à la répression par peur d’être ostracisés ou pour préserver leur statut social. À l’inverse, ceux qui ont résisté, comme Allende ou les maçons français dans la Résistance, ont souvent agi en s’appuyant sur un fort sentiment d’identité morale, où leurs valeurs maçonniques – liberté, égalité, fraternité – primaient sur les pressions extérieures.
Sommes-nous tous égaux devant le courage ?
Héros maîtrisant un lion, souvent présenté comme étant Gilgamesh, mais cela reste incertain20. Bas-relief de la façade N du palais de Khorsabad, fin du viiie siècle av. J.-C. Musée du Louvre.
L’émission pose une question cruciale : « Sommes-nous tous égaux devant le courage ? » La réponse est non. Les témoignages et les expériences montrent que le courage dépend de nombreux facteurs : la personnalité, l’éducation, le contexte social, et même des éléments situationnels, comme la présence de soutien ou la gravité perçue du danger. Chez les Francs-maçons, ceux qui ont agi héroïquement, comme Brossolette ou Allende, étaient souvent portés par une foi profonde en leurs idéaux et un sentiment de devoir envers leurs frères et l’humanité. À l’inverse, ceux qui ont cédé à la lâcheté, comme certains collaborateurs sous Vichy ou Pinochet, ont été influencés par des motivations plus égoïstes : ambition, peur, ou conformisme.
Une analyse critique : les Francs-maçons, héros ou lâches ?
À la lumière de l’histoire, il est impossible de qualifier les Francs-maçons de manière univoque comme des héros ou des lâches. Leur comportement reflète la complexité de la nature humaine, où les idéaux élevés coexistent avec les faiblesses personnelles. La Franc-maçonnerie, par ses principes, encourage le courage moral – la défense de la liberté, de la justice et de la fraternité – mais elle n’immunise pas ses membres contre les pressions sociales, la peur ou les intérêts personnels. Les cas d’Allende et de Pinochet montrent que deux maçons, liés par le même serment, peuvent emprunter des chemins radicalement opposés face à une crise.
L’analyse psychologique, telle que proposée par « Dans la tête de… », révèle que le courage et la lâcheté ne sont pas des traits fixes, mais des réponses contextuelles. Les Francs-maçons héroïques ont souvent agi en s’appuyant sur une identité collective forte – la fraternité maçonnique – et sur une conviction morale qui transcendait leur peur. Ceux qui ont failli, en revanche, ont été victimes de mécanismes universels : l’effet du spectateur, la diffusion de la responsabilité, ou simplement la peur de perdre ce qu’ils avaient.
Vers une Compréhension Plus Nuancée
Les Francs-maçons, comme tout groupe humain, ne sont ni des héros ni des lâches par essence. Leur histoire, de la Révolution française à la dictature de Pinochet, montre une diversité de comportements dictée par les contextes, les personnalités et les pressions sociales. L’émission Dans la tête de… nous rappelle que le courage et la lâcheté sont des réponses humaines universelles, influencées par des mécanismes psychologiques complexes. Plutôt que de juger, il s’agit de comprendre : comprendre pourquoi certains maçons, comme Allende ou Brossolette, ont incarné les idéaux les plus nobles, tandis que d’autres, comme Pinochet ou les collaborateurs de Vichy, ont trahi ces mêmes idéaux.
Cette réflexion, à la croisée de l’histoire et de la psychologie, nous invite à interroger nos propres choix face à l’adversité, et à chercher, comme les maçons aspirent à le faire, la lumière au-delà des ténèbres.
Le Tribunal de Justice de Mato Grosso (TJMT) a marqué un tournant dans l’une des affaires les plus controversées de son histoire, connue sous le nom d’« Escândalo da Maçonaria ». La magistrate Graciema Ribeiro de Caravellas, réintégrée en 2022 après un long processus judiciaire, a été nommée desembargadora (équivalent de juge à la cour d’appel) par un vote unanime du Tribunal Pleno, selon un article publié par Olhar Jurídico.
Cette nomination, basée sur le critère d’ancienneté, fait d’elle la deuxième femme la plus ancienne du TJMT à accéder à ce poste prestigieux, tout en ravivant les débats sur un scandale qui a secoué le système judiciaire brésilien dans les années 2000.
Les faits : l’« Escândalo da Maçonaria » et ses répercussions
L’affaire remonte à la période 2003-2005, lorsque des investigations ont révélé un schéma présumé de détournement de fonds publics au sein du TJMT. Selon le Conseil National de Justice (CNJ), environ 1,4 million de reais (environ 260 000 euros au taux actuel) auraient été détournés des caisses de la Justice de l’État pour venir en aide à la Loja Maçônica Grande Oriente do Estado de Mato Grosso (GOEMT), une loge maçonnique locale. Les fonds auraient servi à couvrir des pertes financières liées à la faillite d’une coopérative créée par des membres de la franc-maçonnerie.
Les investigations, lancées en 2008 par le corregedor du TJMT de l’époque, le desembargador Orlando Perri, ont mis en lumière des paiements irréguliers effectués à plusieurs magistrats, sous forme de « remboursements » de salaires ou d’impôts sur le revenu, directement versés sur leurs comptes sans justificatifs ni fiches de paie. Parmi les accusés figurait José Ferreira Leite, alors président du TJMT et Grão-Mestre de la GOEMT, qui aurait reçu plus de 1,2 million de reais. En 2010, le CNJ a sanctionné dix magistrats, dont Ferreira Leite, avec la peine maximale : une retraite forcée à titre de sanction disciplinaire, une mesure visant à protéger l’intégrité du service public.
Graciema Ribeiro de Caravellas faisait partie des magistrats visés. Avec d’autres juges, comme Juanita Cruz da Silva Clait Duarte, Maria Cristina Oliveira Simões, Antônio Horácio da Silva Neto et Marcos Aurélio dos Reis Ferreira, elle a été accusée d’avoir bénéficié de ces paiements privilégiés pour soutenir la loge maçonnique, en violation des principes d’impartialité et de transparence de l’administration publique. Cependant, une décision de la juíza Selma Rosane Arruda en 2017, rapportée par Olhar Jurídico, a jugé que les faits ne constituaient pas un crime de détournement de fonds (peculato), mais relevaient d’une faute éthique. Selon Arruda, les fonds versés correspondaient à des crédits légitimes dûs aux magistrats, bien que leur distribution ait été inéquitable et orientée pour favoriser les « amis du roi ».
En novembre 2022, la Deuxième Chambre du Supremo Tribunal Federal (STF) a annulé les sanctions du CNJ, estimant que la peine de retraite forcée était excessive et que l’absence de preuves d’intention criminelle (dolo) invalidait les sanctions administratives. Cette décision a permis la réintégration de plusieurs magistrats, dont Caravellas, et a ouvert la voie à des indemnisations pour les salaires non perçus pendant leur mise à l’écart. Selon Olhar Jurídico, quatre juges, dont Caravellas, ont ainsi obtenu un total de 22 millions de reais (environ 4 millions d’euros) pour compenser leurs pertes financières entre 2010 et 2022.
Graciema Ribeiro de Caravellas : une réintégration et une ascension controversées
Après sa réintégration en 2022, Graciema Ribeiro de Caravellas a repris sa carrière au TJMT, où elle était l’une des magistrates les plus anciennes. Le 27 octobre 2023, elle a été promue desembargadora, rejoignant ainsi les 32 membres de la cour d’appel du TJMT, dont 11 femmes, un record pour l’institution. Sa nomination, conforme aux critères d’ancienneté définis par les édits 116/2023 et 120/2023, a été unanime, mais elle n’a pas manqué de susciter des réactions.
Caravellas a tenu à clarifier sa relation avec Orlando Perri, devenu son collègue à la cour d’appel. Perri, qui avait initié les investigations contre elle en 2008, était perçu comme un adversaire potentiel. Pourtant, dans une déclaration rapportée par Olhar Jurídico, elle a affirmé : « Ma relation avec Orlando Perri est excellente. J’admire beaucoup son dynamisme, sa compétence et sa capacité professionnelle. » Cette volonté de réconciliation semble refléter un désir de tourner la page sur un scandale qui a profondément marqué le TJMT.
Cependant, sa nomination intervient dans un contexte tendu. Le TJMT a été récemment éclaboussé par un nouveau scandale de vente de sentences, révélé fin 2024 par Olhar Jurídico, impliquant d’autres desembargadores. Ce climat de suspicion jette une ombre sur l’ascension de Caravellas, bien que rien ne l’implique directement dans ces nouvelles affaires. De plus, sa retraite forcée, survenue le 10 janvier 2024, juste 75 jours après sa nomination (en raison de la limite d’âge de 75 ans pour les magistrats brésiliens), a ouvert une nouvelle vacance au sein du TJMT, relançant les débats sur la gestion des carrières judiciaires.
Une affaire aux implications profondes
L’« Escândalo da Maçonaria » soulève des questions cruciales sur l’éthique et la transparence dans le système judiciaire brésilien. Si les magistrats réintégrés, dont Caravellas, ont été blanchis sur le plan pénal, le manque d’équité dans la distribution des fonds publics au profit d’une organisation maçonnique a terni l’image de la Justice de Mato Grosso. Les indemnisations massives accordées – 22 millions de reais pour quatre juges – ont également suscité des critiques, certains y voyant une forme d’impunité pour des élites judiciaires, dans une région où les ressources publiques sont souvent limitées.
Par ailleurs, l’affaire illustre les tensions entre les différentes instances judiciaires brésiliennes. La décision du STF de 2022, qui a privilégié la présomption d’innocence et l’indépendance des sphères pénale et administrative, contraste avec la sévérité initiale du CNJ, soucieux de protéger l’intégrité du service public. Ce désaccord reflète des divergences plus larges sur la manière de sanctionner les fautes éthiques dans la magistrature, un débat qui reste d’actualité au Brésil.
La nomination de Graciema Ribeiro de Caravellas comme desembargadora, après sa réintégration suite à l’« Escândalo da Maçonaria », symbolise à la fois une victoire personnelle et un moment de controverse pour le Tribunal de Justice de Mato Grosso. Si son parcours témoigne de la résilience d’une magistrate expérimentée, il met aussi en lumière les failles d’un système judiciaire confronté à des accusations récurrentes de corruption et de favoritisme. Alors que le TJMT cherche à restaurer sa crédibilité, notamment après de nouveaux scandales en 2024, l’histoire de Caravellas rappelle l’importance d’une réforme profonde pour garantir une justice véritablement impartiale et transparente au service de tous les citoyens.
Plusieurs loges du Grand Orient de France, Res Publica (Orient de Lille), Partage (Orient de Roubaix), Éthique Universelle (Orient de Lille/Villeneuve d’Ascq), La marche à l’étoile (Orient de Valenciennes), Pierres de lumière (Orient de Douai), soutenues par la commission régionale de réflexion sur le numérique, se sont unies pour organiser la conférence publique :
« À l’ère de l’Intelligence Artificielle, l’Éducation à la citoyenneté numérique ! ».
Cet événement se tiendra :
Le samedi 24 mai 2025 de 14 heures à 19 heures, à l’auditorium Bruno Coquatrix de Ronchin, situé au 3 rue Lavoisier.
L’objectif de cette conférence est de réfléchir aux enjeux sociétaux liés à l’impact du numérique dans notre époque et à la nécessité de se former continuellement, de comprendre et de s’approprier de nouvelles pratiques et outils, et de développer nos consciences et pratiques citoyennes dans un environnement numérique porteur à la fois de lumière et d’ombres.
Au programme de cette conférence publique, des intervenants de renom partageront leurs expertises et leurs visions : • L’amélioration matérielle et morale, le perfectionnement intellectuel et social de l’humanité à l’ère numérique, par Christophe GÉNÉRAL, Président de la Commission régionale de réflexion sur le numérique ; • Un propos sur le citoyen et la citoyenneté par Robert VANOVERMEIR, Historien, Proviseur adjoint ; • Une table ronde sur l’éducation à la citoyenneté numérique abordera des sujets tels que les enfants et les écrans, les données personnelles, les réseaux sociaux, et les droits et libertés dans l’espace cyber. Avec : • Carina CHATAIN, Responsable de l’Éducation au numérique à la Commission Nationale de l’Informatique et des Libertés (CNIL) ; • Bruno DEFFAINS, Professeur de Sciences économiques à l’Université Paris II Panthéon-Assas et ancien directeur du Centre de Recherches en Économie et Droit (CRED), membre de la Commission Nationale Consultative des Droits de l’Homme (CNCDH), Président de l’Association Française d’Économie et Droit, Président du Pôle numérique du Club des juristes ; • Jean-Yves JEANNAS, Enseignant en culture numérique à l’Université de Lille, Vice-président en charge de l’Éducation de l’Association Francophone des Utilisateurs de Logiciels Libres (AFUL), Membre du collectif Educnum de la CNIL. • Serge ABITEBOUL, informaticien et directeur de recherche émérite à l’INRIA et membre de l’académie des sciences, abordera la question de l’Intelligence Artificielle, avec sa démonstration « Intelligence Artificielle, puisqu’on vous dit qu’il n’y a rien de magique ! » ; • La conférence sera clôturée par Joël CARON, Conseiller de l’Ordre du Grand Orient de France. Elle sera suivie de la représentation de la pièce de théâtre « Qui a hacké Garoutzia ? », une tragi-comédie sur l’intelligence artificielle, co-écrite par Serge ABITEBOUL, Laurence DEVILLERS et Gilles DOWEK (mise en scène de Lisa BRETZNER, production Compagnie Atropos). Un verre de l’amitié sera offert à l’issue de cet après-midi bien remplie !
Pourquoi les décisions ne rencontrent pas toujours le succès qu’elles méritent ? Morale, notion de bien et de mal… bref l’arsenal habituel, qu’il serait trop long d’énumérer. On a défini des règles et décidé de les respecter.A chaque fois qu’on s’en éloigne…
« c’est un rappel à l’ordre que l’on impose ou que l’on s’impose »
…comme ici dans notre cas.
On rentre de nouveau dans les normes en quelque sorte.
D’ailleurs, rien d’incompatible avec notre engagement maçonnique ou le Franc-maçon est défini comme un Homme vertueux et de bonnes mœurs. On convient d’un accord commun, qu’il faut s’y tenir pour notre bien et pour le bien de tous.
That is the question, sommes-nous tentés de dire
Et nous ouvrons alors la boîte de Pandore, avec tous ses trésors, addictions, tentations et réflexions en tous genres. Car on n’aime pas toujours prendre de décisions, par peur peut-être de s’enfermer dans un système trop tranquille ou dérangeant. Cependant on sait que faire un choix nous sera sans doute bénéfique.
Sur le plan personnel, a priori
« nos engagements ne concernent que nous, au moins dans un premier temps »
Un joueur de poker, tant qu’il ne tombe pas dans l’addiction, ne risque pas de mettre ses proches dans la difficulté financière, voire psychologique. Nous sommes donc en pleine moralité. Le basculement vers des zones de risques va nous pousser à rechercher des solutions.
Schéma classique que l’on retrouve à de nombreux niveaux comme en politique. Aboutissement logique car nous savons, à juste titre, que la vie politique et sociale est là pour régir nos comportements et dans ce cas user de bonnes directives pour nos intérêts.
Je sens dans mes propos quelques lectrices et lecteurs qui ont un doute dans ce dernier cas.
Qu’en est-il en Franc-maçonnerie ?
C’est ce que se propose de vous faire découvrir la video ci-dessous :