(Les « éditos » de Christian Roblin paraissent le 1er et le 15 de chaque mois.)
Nous pourrions nous écrier : « Nous avons une République ! ». Qu’en faisons-nous ? Comment la soignons-nous ? Comment nous la transmettons-nous, entre contemporains, comme de dépositaires à successeurs ?
Arrivée d’Emmanuel Macron à la GLDF
Le chef de l’État est venu prononcer, à la Grande Loge de France, le 5 mai 2025, un discours sur la République et sur l’un de ses principes fondateurs, la laïcité, dont il a souligné l’actualité et l’avenir, la permanente urgence, comme cadre de protection de la liberté de conscience, c’est-à-dire, en tout premier lieu, liberté de croire ou de ne pas croire, sans être entravé ou envahi par la volonté d’autrui et, encore moins, par celle de l’État qui affiche et respecte, à cet égard, une stricte et vigilante neutralité.
Certains voudraient aménager les règles qui en découlent, pour les convenances particulières d’un culte. Le Président Macron, premier et fidèle défenseur des institutions, entend redonner à la laïcité tout son lustre, à l’occasion de la commémoration du centenaire de la loi qui l’a fait entrer dans notre ordre juridique républicain. Nous avons rendu compte, dans ces colonnes, de la cérémonie solennelle, rue Puteaux. Des esprits chagrins, en commentaires, ont regretté que cette intervention n’ait pas eu lieu rue Cadet, l’obédience qui y siège devant avoir, à leurs yeux, sinon le monopole incontestable, du moins, la perpétuelle primauté de la représentation de la franc-maçonnerie française, en général, et singulièrement sur ce plan. Quel initié peut souscrire à une prétention aussi outrageusement profane ? Quel initié ne devrait pas s’interroger sur l’excès en toutes choses, comme chez ceux qui n’ont cessé d’égrener des couplets ‘laïcards’, en manifestant leur parti pris par des attitudes antireligieuses ?
La devise de la République française est aussi celle de certains rites maçonniques. Même si on la retrouve dans un Relevé d’assemblée générale d’une loge de la Grande Loge de France, daté de 1795, elle a été forgée plus tôt. V. sur ce point, dans ce Journal, l’article d’Alain Graesel et, pour une réflexion philosophique plus générale, celui de Jean-Jacques Zambrowski.
Ne s’éloigne-t-on pas ainsi du plein respect de la laïcité qu’on prétend révérer, tout comme, récemment – et curieusement, en partie, dans les mêmes cercles –, quand il se dessine, à l’inverse, un courant d’opinion qui voudrait aménager la laïcité pour que puisse s’exercer, dans l’espace public, le contrôle social de quelques adeptes intégristes de la confession musulmane, pour dire les choses, et ce à rebours de la majorité de leurs coreligionnaires, intégrés ? La loi de la République s’applique à tous. Elle est supérieure à toute règle sur le territoire français. C’est ainsi qu’elle a tracé et trouvé les voies de la paix et de l’équilibre, à défaut d’une harmonie constante – grâce à une laïcité scrupuleuse qui n’impose ni n’accepte de voir imposer de vêture ni d’attitude à personne, dans la rue, quels que soient son sexe ou son genre et, bien entendu, son appartenance à quelque religion ou conviction que ce soit.
La laïcité, c’est une libération et justement, nous avons célébré, le 8 mai, le quatre-vingtième anniversaire de la Libération et avons donc chanté la gloire de la République retrouvée, d’une République à reconstruire et qui ne le fit pas facilement, renonçant douloureusement, par exemple, à son empire colonial. D’ailleurs, un essai qui vient de paraître montre combien un ancien président de la République – malgré l’histoire que lui-même a voulu réécrire – semble, dans les faits, s’y être résolu tardivement et à contrecœur[1].
Pape Leon XIV (Robert Francis Prevost)
Au demeurant, il n’y a pas que la République qui soit souveraine… un pontife, aussi ! L’élection d’un nouveau pape, ce même 8 mai, au soir, nous rappelle que, certes, dans une conception différente de celle d’aujourd’hui, la République romaine avait couru pendant les cinq siècles précédant la naissance de Jésus-Christ[2]. Aussi bien, à la lumière des circonstances présentes, nous ne saurions éprouver le moindre embarras à affirmer que, dans l’esprit qu’elle incarne et qui la distingue le mieux, la République n’attend pas de messie : forte d’une constitution démocratique, elle organise l’État et sa gouvernance, elle gère les affaires publiques et donne un horizon commun à tous les citoyens. Chacun doit s’y reconnaître, non seulement par un hymne et un drapeau, mais aussi par un idéal digne d’être proclamé hautement : Habemus Respublicam !
[1] Nicolas Bancel et Pascal Blanchard (dir.), François Mitterrand, le dernier empereur : de la colonisation à la Françafrique, Paris, Philippe Rey, avr. 2025, 928 p., 29,50 €. Pour accéder au site de l’éditeur, cliquer ici.
[2] Rappelons que Jésus vient du grec ancien Ἰησοῦς /Iēsoûs , lui-même issu du prénom hébreu ancien ישוע/Iéshua (même racine que Josué). Ce mot signifie « Dieu sauve » ou « Dieu délivre ». Christ vient aussi du grec ancien χριστός/khristós , qui signifie « l’oint du Seigneur » (à rapprocher du saint chrême, l’huile d’onction qui a «la bonne odeur du Christ»), sachant qu’il s’agit ici également d’une traduction de l’hébreu ancien משיח/maschiah (« messie »).
Il nous a paru à propos d’évoquer sur 450fm ce que certains choisiront d’appeler humanisme et que, pour éviter toute référence civilisationnelle, culturelle ou spirituelle particulière, nous appellerons valeurs de l’humain. Nous nous proposons en effet d’aborder les valeurs essentielles de l’humain, celle de la dignité, et du respect dû à chacun.
Cette question nous concerne tous, hommes et femmes soucieux de l’éthique et de ce que l’on a coutume d’appeler l’humanisme. Elle présente des dimensions multiples, d’ordre philosophique, religieux, spirituel et juridique, et à ce titre elle est au cœur de toute réflexion, comme elle mérite d’être l’inspiratrice de toute action.
Il y a deux siècles et demi, Kant énonçait que la dignité est le fait qu’une personne humaine ne doit jamais être traitée seulement comme un moyen, mais toujours aussi comme une fin en soi. On pourrait dire aussi qu’aucune personne humaine ne doit jamais être traitée comme un objet, mais seulement comme un sujet. De là découle naturellement le respect que chacun lui doit, en même temps que la responsabilité qui revient à chaque être humain, en tant qu’être pensant, et ce, d’autant plus qu’il est libre de ses pensées, quand bien même il ne le serait pas de ses actes.
Quelle que soit sa naissance, quel que soit son parcours, toute personne a droit au respect absolu de sa dignité. C’est ce qu’exprimait, beaucoup plus près de nous, le philosophe Paul Ricœur lorsqu’il écrivait, en 1988 : «quelque chose est dû à l’être humain du fait qu’il est humain».
Le respect dû par chacun de nous à toute personne humaine est inconditionnel, quels que soient l’âge, le sexe, la santé physique ou mentale, l’identité de genre ou l’orientation sexuelle, la religion, la condition sociale ou l’origine de l’individu en question.
Naturellement, certains diront, avec juste raison, qu’il convient de respecter non seulement tout être humain, mais aussi toute créature vivante, tout animal sauvage que l’on ne saurait tuer par plaisir, autrement que s’il est menaçant, non plus qu’un animal d’élevage, qui ne doit aucunement être maltraité. Et nous prêtons la même attention à ceux qui font justement remarquer que c’est la nature tout entière qu’il nous faut respecter, car l’homme n’est qu’un élément d’un écosystème global, auquel les végétaux, les montagnes, les mers et les rivières appartiennent tout autant que nous, et à dire vrai depuis bien plus longtemps que nous.
Mais faisons le choix de concentrer notre propos sur la dignité de l’être humain en ce qu’elle a d’intangible, et sur le respect absolu qui est dû à chacun en cette qualité.
Et s’il fallait justifier cette focalisation, disons que seul semble-t-il l’homme tue, violente, dégrade et maltraite son prochain par cruauté, malice, plaisir ou désœuvrement, pour l’exploiter, voire au nom d’une idéologie extrémiste qui rejette l’autre simplement parce qu’il est l’autre, simplement parce qu’il est différent.
On sait que les Francs-Maçons se définissent volontiers comme humanistes. L’humanisme est une attitude philosophique qui revendique pour chaque humain la possibilité d’épanouir librement son humanité, ses facultés proprement humaines. Selon le Dictionnaire de l’Académie française, l’humanisme vise à l’épanouissement de la personne humaine et au respect de sa dignité.
La relation entre humanisme et dignité humaine est manifeste, immédiate. Répondant à un journaliste, Alain-Noël Dubart, qui fût Grand Maître de la Grande Loge de France, a eu cette formule explicite : C’est le respect de la dignité humaine dans la droite ligne de la pensée de Kant. Notre humanisme est celui de la Renaissance revisité par les Lumières ».
Un demi-siècle avant que la République en fasse sa devise, les Francs-maçons avaient adopté ce triptyque que nous connaissons tous : Liberté – Égalité – Fraternité que l’on peut envisager comme bases du respect de la dignité humaine.
La liberté dont il est question ici doit être comprise dans toutes les acceptions du terme.
Nul ne doit être asservi, être l’esclave d’autrui, sous quelque forme que ce soit.
Nul ne peut être contraint dans sa pensée, sa croyance, son expression. Naturellement, cette liberté que chaque être humain peut revendiquer pour lui-même, chaque être humain doit la reconnaître à autrui.
Chacun est libre de croire ou de ne pas croire, de pratiquer ou de ne pas pratiquer, d’aimer – ou d’ailleurs de ne pas aimer – qui il veut, d’avoir telle opinion ou telle préférence politique ou spirituelle, et si l’un de nous revendique ces libertés pour lui-même, il doit évidemment les consentir à autrui.
La liberté impose donc la réciprocité, la pluralité et donc la tolérance. Il est donc déjà question ici du respect d’autrui.
On pourrait, diront certains, faire preuve de tolérance. Ils n’ont naturellement pas tort, mais la tolérance n’est que la première étape du chemin qui conduit à la pleine acceptation de l’autre. Tolérer, c’est ne pas rejeter, c’est laisser se produire ou subsister une chose qu’on aurait le droit ou la possibilité d’empêcher, c’est aussi supporter avec patience ce qu’on trouve.
L’égalité, le second terme du triptyque, est reliée au premier.
Dire que l’autre et moi sommes égaux, cela signifie en particulier que le point de vue de l’autre a la même valeur que le mien, même si je ne le partage absolument pas et même si je le considère infondé.
On peut combattre le point de vue de l’autre s’il exprime une idée que l’on juge dangereuse, ou malfaisante ; cela ne doit pas nous empêcher de le respecter en tant que tel, et pour cette raison, de laisser l’autre l’exprimer.
Encore une fois, la réciprocité suppose simplement que l’on puisse – et même que l’on doive – exprimer à notre tour notre point de vue et le faire valoir.
Chacun connaît la formule prêtée à Voltaire, bien qu’il ne l’ait en réalité jamais prononcée : « Je ne partage pas vos idées mais je me battrai jusqu’à la mort pour que vous puissiez les exprimer ». Peu importe que le sage de Ferney ait jamais tenu ou écrit ces paroles, nous pouvons en faire nôtre le sens ultime : le droit de l’autre à exprimer son point de vue est égal au nôtre. Et c’est cette égalité qu’il m’importe de défendre.
Notre Frère Christian Roblin, qui préside aux activités du Collège Maçonnique, a trouvé une jolie formule pour exprimer l’idée que je vous propose de méditer : « la tolérance nous modère, le respect nous modèle, c’est-à-dire qu’il nous donne une forme qui nous érige en modèle d’humanité. » Et d’ajouter, parce que respecter l’autre c’est entendre ce qu’il a à dire, c’est le laisser s’exprimer, quitte à lui porter la contradiction après l’avoir écouté : « L’écoute de l’autre…sans l’interrompre, quelle que soit son opinion, son origine, ses croyances ou non, C’est un préalable à un dialogue constructif où chacun a le droit à la parole et s’enrichit de celle de l’autre. »
Cette notion de dialogue respectueux de l’autre résume en fait un des engagements essentiels de toute Franc-Maçonne, de tout Franc-Maçon.
La liberté de pensée, la liberté qui doit être reconnue à chacun de croire ou de ne pas croire, de pratiquer ou de ne pas pratiquer, doit nous conduire à favoriser le dialogue entre laïcité, religions et spiritualités, sans a priori, sans exclusion d’aucune sorte. En France, plus encore qu’ailleurs, la plupart des obédiences sont à l’image de cette société, plurielle, accueillante à des adeptes de toutes les religions, catholiques, protestants, musulmans, juifs, … mais aussi de toutes les formes de spiritualité, comme le bouddhisme ou le taoïsme, tout autant qu’ouvertes à des agnostiques ou des athées.
France, Somme (80), Crécy-en-Ponthieu, Forêt de Crécy, Ecorce d’arbre // France, Somme (80), Crécy-en-Ponthieu, Crécy forest, Tree bark
Penser à la périphérie, c’est tourner son regard vers les expériences du monde actuelles et passées. Les arbres ne croissent pas à partir du centre mais de l’écorce. C’est une confrontation pacifique qui envisage ce que la Franc-maçonnerie doit à ses rencontres avec les autres spiritualités pour être elle-même.
Chacun de nous croit connaître (est sensé connaître) les termes de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme. Pourtant, nous n’en faisons qu’une citation incomplète, tronquée : tous les êtres humains naissent libres et égaux en droits.
Restons-en là un instant, c’est-à-dire à l’égalité des droits reconnus à chacun.
Les instructions données aux policiers et aux gendarmes du RAID ou du GIGN sont de tout faire pour appréhender les criminels, meurtriers et autres terroristes, afin qu’ils soient remis à la justice et bénéficient, quelle que soit la gravité ou la barbarie de leurs crimes, d’un procès équitable, sans qu’il soit porté atteinte à leur dignité d’être humain, non plus qu’à l’intégrité de leur personne.
Et naturellement, on comprend bien que cette réciprocité, cette reconnaissance de l’autre comme une personne, nous amène à la notion de fraternité.
La fraternité, c’est dire que l’autre est notre frère, notre frère ou notre sœur en humanité.
Platon disait que le mot primordial pour la communauté est loi; quant à Aristote, il pensait que c’est Philia. Les deux pourraient avoir raison. Ce qui maintient une communauté ensemble, c’est la loi au-dessus des êtres. Mais ce qui crée une communauté, c’est la fraternité qui vit dans ces êtres.
Les francs-maçons se reconnaissent entre eux pour frères ou sœurs et se nomment mutuellement ainsi (au Rite forestier ils se nomment cousins, cousines).
La fraternité maçonnique n’est pas que théorique, elle est ressentie sincèrement par tous. La fraternité se distingue de l’amitié car elle n’est pas une affinité ; sa recherche constitue un devoir pour le maçon. Il doit l’étendre à tous les membres de l’humanité ; ce qu’Emmanuel Lévinas qualifiait de passage du «dévisagement à l’envisagement».
Le thème de la fraternité sert souvent à démontrer le rôle de la violence, la nécessité de poser son identité, de comprendre l’identité de l’autre, de lui faire confiance, d’avoir une attitude dialogale. Il y a sublimation de faire monter en valeur morale toute relation humaine. Comme l’écrivait Joseph Uriot en 1744 dans Le Secret des francs-Maçons mis en évidence: «Lorsque nous sommes rassemblés, nous devenons tous frères ; le reste de l’univers nous est étranger : le prince et le sujet, le gentilhomme et l’artisan, le riche et le pauvre y sont confondus, rien ne les distingue, rien ne les sépare ; la vertu les rend égaux : elle a son trône dans nos loges, nos cœurs sont ses sujets, et nos actions le seul encens qu’elle y reçoive avec complaisance».
Cette notion de la valeur de l’autre, quel qu’il soit, est pour nous fondamentale.
Souvenons-nous de l’excellent film de Ridley Scott inspiré d’un roman d’Andy Veir Seul sur Mars, avec Matt Damon. Comme souvent dans les œuvres de science-fiction, le synopsis peut nous amener à un constat qui vaut autant pour l’humanité que nous connaissons que pour d’hypothétiques temps futurs.
L’histoire, donc, est celle d’une première mission sur Mars, au cours de laquelle un astronaute est laissé pour mort par ses co-équipiers, une tempête les ayant obligés à décoller en urgence. Mais en fait, cet astronaute a survécu et il est désormais seul, sans moyen de repartir, sur une planète hostile. Il va devoir faire appel à son intelligence et son ingéniosité pour tenter de survivre et trouver un moyen de contacter la Terre. Pendant qu’on s’active à la NASA pour tenter de le sauver, ses co-équipiers, mis au courant qu’il est vivant, vont faire demi-tour malgré le veto formel de la Nasa pour le récupérer, au péril de leurs vies. Trois constats sont à faire sur ce que suggère ce film, les trois reliés entre eux : Premier constat : Nous sommes là face à un triple questionnement : Techniques, technologies, valeurs de l’humain. Le progrès technique a permis d’envoyer des humains vers la planète rouge. La technologie permet d’annoncer l’imminence de la tempête, même si elle ne peut l’éviter. Et l’équipage n’est pas constitué de robots, programmés pour obéir aux instructions reçues, mais d’humains, capables de transgresser ces instructions, au point de mettre leur vie en danger pour sauver une autre vie, un autre humain. Deuxième constat : même s’il dispose de moyens et de technologies qui lui permettent de survivre, de se nourrir, de boire, de se protéger du froid glacial ou de la chaleur extrême, un humain cherche avant tout à communiquer, à échanger avec d’autres humains, à partager ses craintes comme ses espoirs. On se souvient ici des aventures de Robinson Crusoé. Troisième constat : pour un humain normalement constitué, la vie d’un autre être humain, surtout s’il le connaît ou si simplement il peut le voir et l’entendre, a une valeur sacrée qui peut aller jusqu’à justifier qu’il se sacrifie pour lui. Pensons par exemple aux volontaires de la société de secours en mer, ou à nos sapeurs-pompiers.
On pourrait ajouter qu’aux deux âges extrêmes de la vie, aucun humain ne peut venir au monde ni survivre seul.
La valeur première intangible sur laquelle nous pouvons nous accorder est la valeur de l’autre.
Et puisque nous sommes conduits à vivre ensemble, il faut comprendre cette injonction comme « vivre tous ensemble ». Cela signifie agir en faveur de ce qui participe à accueillir, intégrer, inclure. Cela signifie respecter en toutes circonstances la dignité de l’autre, quelle que soit sa différence, et même, s’il y a lieu, quelle que soit sa déviance.
Max de Haan, un franc-maçon néerlandais qui fût professeur de philosophie et recteur de l’Université de La Haye a écrit que la franc-maçonnerierecherche constamment ce qui unit les hommes et veut ignorer ce qui les sépare.
Citons deux courts extraits de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme adoptée le 10 décembre 1948 par l’Assemblée générale des Nations Unies et finalisée par le frère René Cassin, Prix Nobel de la Paix. Mais, comprenons bien au préalable le préambule de ce texte : Considérant que la reconnaissance de la dignité inhérente à tous les membres de la famille humaine et de leurs droits égaux et inaliénables constitue le fondement de la liberté, de la justice et de la paix dans le monde (…) Considérant que dans la Charte les peuples des Nations Unies ont proclamé à nouveau leur foi dans les droits fondamentaux de l’homme, dans la dignité et la valeur de la personne humaine, dans l’égalité des droits des hommes et des femmes, et qu’ils se sont déclarés résolus à favoriser le progrès social et à instaurer de meilleures conditions de vie dans une liberté plus grande,
Puis relisons l’article premier, celui que nous croyons connaître mais dont nous omettons en général deux éléments pourtant essentiels : Tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droits. Ils sont doués de raison et de conscience et doivent agir les uns envers les autres dans un esprit de fraternité.
Car la liberté, l’égalité en dignité et en droits de tous les êtres humains ne sont que la conséquence du fait qu’ils sont tous doués de raison, tous dotés d’une conscience.
appartenant tous à la famille humaine,les humains ne sauraient agir entre eux que dans un esprit de fraternité.
C’est sur ce fondement qu’a été rédigé il y a fort longtemps le premier paragraphe de la Constitution de la Grande Loge de France : La Franc-maçonnerie est un ordre initiatique traditionnel et universel fondé sur la Fraternité et constitue une alliance d’hommes libres, de toutes origines, de toutes nationalités et de toutes croyances ayant pour but le perfectionnement de l’Humanité.
Mais surtout, comme l’écrit Solange Sudarskis dans son Dictionnaire vagabond en franc-maçonnerie,le chantier est le lieu de la fraternité sans laquelle le franc-maçon ne peut se prévaloir de progrès initiatiques. En remontant aux Anciens Devoirs de la Maçonnerie, on découvre, insérée de façon plus ou moins voilée dans les règles normatives qui y sont énumérées, une indication précieuse, notamment, pour les recherches du compagnon : il y est affirmé que «l’amour fraternel constitue la pierre de fondation et la clef de voûte, le ciment et la gloire de cette antique Fraternité», méthode qui vise au dépassement des barrières limitatives qui entourent le moi vis-à-vis des autres : «Recherche pour ton Frère soixante-dix excuses et, si tu ne les trouves pas, reviens vers ton âme avec suspicion et dis-lui : ce que tu vois en ton Frère, c’est ce qui est caché en toi !»
Les Francs-maçons, quelle que soit leur obédience ou le rite qu’ils pratiquent, savent qu’il est un temps pour la réflexion, et savent que la fraternité doit présider à toute construction, à toute action. Mais ils savent aussi que la conception doit être au service de l’action, et que celle-ci doit être poursuivie avec force, c’est-à-dire avec persévérance et détermination.
Ne faisons pas preuve d’angélisme ni de naïveté : pour promouvoir la fraternité avec la reconnaissance de la dignité et du respect de chaque être humain, le chantier est à l’évidence encore immense, qu’il s’agisse de lutter contre le racisme, la xénophobie et toutes les formes de discrimination.
Chacun de nous, dans sa vie propre, à l’échelle de sa famille, de son quartier, de son administration ou de son entreprise, peut – et en fait doit – aussi promouvoir des valeurs actives comme la tolérance, la bienveillance et la fraternité pour cimenter ce socle commun que constitue l’idée d’humanisme, ou plus simplement celle « d’humanité ».
Il y a quelques années un Grand Maître de la GLDF, Marc Henry, s’adressant à des étudiants et à des élèves des grandes écoles, avait déclaré : « l’appartenance à une loge de la Grande Loge ne saurait se limiter à la production de discours touchant à la solidarité, l’humanisme, la dignité, etc., aussi élevés soient-ils, mais bel et bien par la réalisation de projets concrets portés par le ou les frères dans le cadre des structures de la société qui est la nôtre. »
Là est l’essentiel. La réflexion n’a de sens que si elle est au service de l’action.
La Franc-maçonnerie d’aujourd’hui est dite « spéculative », par opposition à la Franc-maçonnerie « opérative » des bâtisseurs de cathédrales. Mais nous sommes nous aussi engagés sur un chantier exigeant.
Nous sommes en effet engagés à construire une humanité plus éclairée, plus juste, plus solidaire. Une société plus respectueuse de chacun.
La Franc-maçonnerie est discrète, même si elle n’est pas une société secrète. Mais cela n’empêche pas les Maçonnes et les Maçons d’agir dans leur entourage, dans la cité, non pas selon des mots d’ordre qui leur seraient donnés, mais au nom des valeurs, des principes et des vertus qu’ils perfectionnent en loge.
Si ce thème est celui du respect que l’on doit à l’autre, on ne saurait ignorer celui que l’on doit aussi à soi-même.
On pourrait ne voir là que narcissisme, auto-satisfaction et complaisance, mais c’est un peu court. La fierté, l’amour-propre, une juste estime de soi, ne sont pas méprisables, au contraire.
Le personnage que je vois dans le miroir est-il digne de mon estime, voire de mon respect, tandis que je suis le seul à pouvoir le juger en réelle connaissance de cause ? Suis-je digne de ma propre estime ? Est-ce que je mérite la dignité à laquelle je prétends ? Chacun peut tromper son entourage, les autres. On peut aussi se tromper soi-même. Mais si nous savons être honnête et sincère ne serait-ce que face à notre miroir, sommes-nous vraiment digne de nous respecter nous-même, avant d’être respectable pour autrui ?
Il est donc essentiel de se respecter soi-même, à sa juste valeur, à son juste mérite et en assumant ses propres insuffisances, ses propres marges de progression. Car il va de soi que nous ne sommes pas parfaits. Nous cherchons seulement à nous perfectionner, à progresser plutôt qu’à régresser…
La plupart des grandes obédiences maçonniques françaises ne s’autorisent à alerter l’opinion publique que si de graves atteintes sont portées aux libertés fondamentales, à la dignité et aux Droits de l’Homme. On voit donc l’importance qu’ont à nos yeux ces thématiques essentielles.
La dignité de l’autre est pour chacun de nous une valeur sacrée, sur laquelle on ne saurait transiger. Respecter, faire respecter la dignité de chaque être vivant est un devoir absolu, un impératif catégorique.
Il n’est pas de sujet sans un autre qui le reconnaisse comme tel dans sa différence.
La première étape dans la reconnaissance de l’autre comme un être humain respectable en tant que tel, au-delà de l’humanisme en tant que doctrine, en tant que principe philosophique, c’est de s’efforcer de le comprendre, et à tout le moins de le connaître.
Reconnaître, c’est tenir pour véritable. Comment pourrait-on totalement reconnaître l’autre comme l’un de ses semblables sans avoir cherché à le connaître, à le comprendre, à savoir ce qu’est son histoire, ce qu’est son référentiel, ce que sont ses valeurs, ses principes ?
Connaître l’autre, c’est la première étape vers accepter l’autre, le respecter pour ce qu’il est, parce qu’il est.
Quelle que soit sa foi ou sa croyance, chacun connaît le commandement qui nous appelle à la fraternité : « Tu aimeras ton prochain comme toi-même ». Car, au fond, tout n’est qu’histoire d’amour… non au sens de sentimentalisme mais de conscience de l’altérité.
Et s’il fallait une raison pour que nous fassions tous de ce respect de l’autre et de sa dignité un élément central de notre propre vie, je citerai l’anthropologue Charles Gardou, qui dédie l’un des ouvrages qu’il a dirigé par ces mots : à ceux qui croient que, faute d’apprendre à se reconnaître comme des semblables et à vivre ensemble en bonne intelligence, nous risquons de disparaître ensemble comme des sots.
Le respect de la dignité d’autrui est donc pour nous tous un engagement fondamental auquel nous ne saurions déroger.
(entre l’être suprême jeanne d’arc et Victor Hugo !)
« Tu frappes à la porte de la sagesse, une voix demande : qui est là ? Tu réponds : Moi. Et la porte ne s’ouvre pas. Tu frappes à la porte de la sagesse, une voix demande : qui est là ? Et tu réponds encore : Moi. Ne soit pas étonné si la porte ne s’ouvre pas. Tu frappes à la porte de la sagesse, une voix demande : qui est là ? Tu hésites mais tu réponds : Toi. Enfin, la porte s’ouvre et tu entres dans la sagesse » Message de Sagesse caodaïste
La Franc-Maçonnerie, du fait de sa naissance dans le contexte de la Réforme protestante (Anglicane et Calviniste à la recherche d’un modus vivendi, à l’exclusion des autres dénominations à ses débuts), sera toujours en porte-à-faux avec la question religieuse : soit un rationalisme et un anticléricalisme virulents, soit une orientation spirituelle qui ferait considérer l’Institution comme un groupe répondant à une orientation cléricale. Pour échapper à ce dilemme, la Maçonnerie se lancera dans plusieurs aventures de création et d’accompagnement de véritables nouvelles Eglises, ou sectes, qui disparaîtrons ou se poursuivrons jusqu’à nos jours.
Les deux exemples connus, sont la création des Théophilanthropes durant la Révolution Française de 1789 qui disparaîtra avec l’accession au pouvoir de Bonaparte et le soutien de la mise en place des caodaïstes, troisième religion au Vietnam durant le temps de la colonisation française et toujours vivante aujourd’hui, tant au Vietnam que dans les différentes diasporas vietnamiennes, avec une participation de membres européens, très souvent Maçons ou proches de la Maçonnerie. C’est à cette dernière création que nous allons nous intéresser.
I- D’UN BOUDDHISME RENOVE, DU SPIRITISME ET DE LA FRANC-MACONNERIE, LA NAISSANCE ET LE PASSAGE SUR LES FONDS BAPTISMAUX D’UNE NOUVELLE RELIGION.
Il est intéressant pour nous de constater qu’au Vietnam, dans les années 1920, la naissance d’un grand nombre de sectes, à partir du spiritisme, du nationalisme vietnamien et de la présence de plus en plus affirmée de courants marxistes. Par rapport au caodaïsme, sa naissance est due à une évolution sociologique importante : la création d’une classe moyenne indigène, scolarisée, occupant des fonctions administratives dans l’empire colonial et aspirant plus à une promotion égalitaire qu’à l’indépendance, avec une volonté d’une spiritualité unifiée et tolérante, tout en conservant les différences entre ces courants.
C’est sur la base du spiritisme que le caodaïsme va se constituer. A cela rien d’extraordinaire : existe depuis longtemps un spiritisme vietnamien extrêmement puissant, inter-religieux, qui va être renforcé par tout un courant spirite européen qui est l’un des résultats de la première guerre mondiale et son cortège de défunts avec lesquels se fait le désir de communiquer. Y compris dans la Maçonnerie où ce courant était représenté de façon forte, tant en France qu’au Vietnam. La relation entre les deux structures va très vite s’opérer à partir de l’appartenance laïque du milieu administratif commun et souvent par opposition aux colons qui bloquent toute évolution et sont les soutiens d’un catholicisme intransigeant, alors que l’immense majorité de la population est bouddhiste. Les loges militaires vont soutenir également l’Église naissante en comprenant qu’elle n’est pas hostile fondamentalement à la France, et par nature anti-communiste. Donc, une étrange naissance sous le patronage de la Maçonnerie, du spiritisme et des services de renseignements français !
Ce fut au début de l’année 1926 (« Binh Dân ») que fut fondé le caodaïsme, bien qu’existaient déjà des cercles médiumiques qui s’en rapprochaient auparavant. Mais, depuis 1919, un homme, Phu Ngô Van Khieu, se passionna pour le spiritisme lié au taoïsme. Avec de jeunes médiums, il évoquait les esprits supérieurs (« Cao-Tien »). Parmi les esprits contactés, s’en trouvait un qui se nommait Cao Daï. Cette évocation des esprits était quelque chose de courant dans le milieu des fonctionnaires annamites, comme l’était l’horoscope dans le peuple avec, pour les deux groupes sociaux, un enracinement dans le culte des ancêtres. Phu Ngô Van Chieu était délégué administratif, en 1919, au poste de Phu Quoc, île située dans le golfe de Siam. Fait très intéressant, il sera affecté ensuite au deuxième bureau du gouvernement de Cochinchine, ce qui ne sera pas sans conséquences sur la nouvelle religion durant l’histoire à venir du Vietnam.
Le nom de Cao Dai, découvert dans les séances de spiritisme, étonna les personnes présentes, mais Phu Ngô Van Chieu crut y reconnaître un surnom de Dieu qu’il convenait de représenter sous une forme tangible : Cao Daï lui donna l’ordre de le représenter par un œil symbolique au sein d’un triangle. Bien entendu, la copie du symbole du Grand Architecte de l’Univers est évidente ! Bientôt les fonctions administratives de Phu Ngô Van Chieu le rappelèrent à Saïgon où il fit des adhérents à la foi nouvelle, groupe recruté dans les milieux occultistes locaux. Le 24 décembre 1925, à l’occasion de noël, Cao Daï, l’ « Être Suprême », se révéla aux spirites, en langue annamite.
Phu Ngô Van Chieu, devenu médiateur entre les hommes et Cao Daï, était un produit typique du fonctionnaire indigène installé par l’administration coloniale française. Il était né le 28 février 1878 à Cholon-ville (« Binh Tay ») dans un milieu modeste et devient boursier au collège de Mytho. Au bout d’un travail forcené, il passe avec succès le concours de secrétaire du gouvernement, ce qui était alors le couronnement des études complémentaires franco-indigènes et la reconnaissance de la fidélité au gouvernement français. De 1899 à 1902, il est affecté au service de l’immigration. Passionné de religion et de spiritisme, il rejoint alors un groupe de jeunes bouddhistes qui avaient l’habitude de « faire tourner les tables ».
Après la révélation de Cao Daï, une autre conversion va avoir lieu : celle de Lê Van Trung, ancien mandarin cochinchinois, membre du conseil de gouvernement et spirite à l’occasion. Cao Daï, le « Grand Maître », par le truchement des médiums ; va le désigner pour devenir le Pape du caodaïsme, alors que Phu Ngô Van Chieu, habitué à la solitude, va se tenir à l’écart d’un mouvement qui, sortant de son cercle habituel, va devenir très rapidement une religion locale importante : les oratoires caodaïstes vont se répandre à Cholonville, Congtoc, Lôcgiang, Tândinh, Thuduc et Cântho. Deux médiums sont affectés à chaque oratoire pour recevoir les enseignements du Grand Maître.
Le 7 octobre 1926, vingt-huit dirigeants du caodaïsme, soucieux de se maintenir dans la stricte légalité, feront une déclaration officielle adressée au gouverneur de Cochinchine. A cette déclaration était jointe une liste d’adeptes comportant la signature de deux cent quarante-sept présents à la cérémonie ayant consacrée la naissance officielle du caodaïsme. Les autorités coloniales françaises verront favorablement la naissance de ce mouvement religieux issu des élites et cadres intermédiaires qu’ils sont en train de mettre en place et qui apportent leur soutien au régime colonial. De surcroît, la naissance de cette croyance et de son soutien est une manière de combattre l’influence de l’Église Catholique puissante dans le nord et le bouddhisme avec ses tendances nationalistes et, enfin, les groupes marxistes qui s’installent peu à peu dans les milieux universitaires en France ou sur place. Le renseignement français militaire va y voir un intérêt direct pour faire barrage aux influences anticoloniales et, les mouvements laïques, où la Franc-Maçonnerie joue un rôle capital, va apporter son soutien et ses conseils à la religion naissante, et ainsi en être l’un des éléments fondateurs dans l’esprit. Maçonnerie où est encore bien présente des courants spirites et un anticléricalisme virulent. Certains Maçons français vont s’y joindre et militer pour une plus grande ouverture des loges aux vietnamiens, surtout ceux qui sont membres du caodaïsme, constituant ainsi un pont entre les deux structures, allant pour certains Maçons jusqu’à considérer que le caodaïsme soit une sorte d’Eglise asiatique de la Maçonnerie qui met à l’honneur les religions mais aussi les hommes et les femmes célèbres, comme Victor Hugo, spirite, et Jeanne d’Arc !
Les dirigeants de la « Grande Voie » vont organiser trois missions de propagande à l’intérieur du pays : une pour les provinces de l’est, une pour celles du centre et une pour celles de l’ouest. En moins de deux mois, plus de vingt mille personnes, parmi lesquelles de nombreux notables, vont se convertirent. La fête de l’avènement du caodaïsme eut lieu les 14,15, et 16 du dixième mois de l’année Binh Dan (18,19 et 20 novembre 1926) dans la pagode Tu-Lam-Tu, située à Gô-Ken (Tây-Ninh). Le Gouverneur Général de l’Indochine ainsi que les grands fonctionnaires européens y furent invités. On y remarquait aussi la présence du capitaine Monet, connu comme spirite. Les loges maçonniques dans l’armée encouragèrent la naissance de cette nouvelle religion qui, d’une certaine façon, présentait un rempart contre les séditions possible. Le renseignement lui fut particulièrement favorable ! Ce fut durant la fête d’installation que furent promus le sacerdoce caodaïste et le nouveau code religieux. En mars 1927, le « Saint-Siège » du caodaïsme va être installé au village de Long-Thânh dans la province de Tây-Ninh, sur une surface de cent hectares. Le choix de ce lieu est, théoriquement, dicté par l’Esprit Supérieur, malgré l’opposition virulente de certains milieux, catholiques notamment. A cette époque, le caodaïsme compte un demi-millier d’adeptes et à qui il veut offrir le perfectionnement dans la « Grande Voie », en ayant en perspective le bien moral et spirituel de l’humanité.
II- EVOLUTIONS ET DERIVES.
Comme souvent dans l’évolution d’un mouvement religieux, la belle unité de départ va se fissurer et des scissions vont avoir lieu : « La religion de la Vraie Vérité », en 1930, et « L’Union de toutes les sectes caodaïstes », en 1934, par exemple. En fait, les statistiques, montreront qu’en 1948 existaient onze sectes de la communion caodaïste ! Les diverses sectes vont constituer des temples à leur tour et prendre des titres comme « Cardinal Législatif » ! Des troubles éclateront entre les différents groupes et c’est ainsi que, très vite, vont se mettre en place des services d’ordre qui, peu à peu, constitueront la future armée caodaïste. Les autorités françaises ne verront pas de façon négative la constitution de cet embryon d’armée, car elle assure l’ordre dans les régions qu’elle contrôle et n’a aucune velléité subversive. D’autre part, les gouvernements de gauche en France, radicaux et socialistes, faciliteront très largement la mise en place du caodaïsme par hostilité aux missions catholiques et par sympathie pour les idées religieuses, philosophiques et libérales proches de la Franc-Maçonnerie. Souvenons-nous qu’il s’est passé la même chose en Algérie où, paradoxalement, l’Islam sera encouragé par les administrateurs laïcs pour faire barrage à l’Église catholique. Ces sympathies laïques et maçonniques seront un handicap pour les caodaïstes quand, après la défaite de 1940 et le début de l’occupation japonaise de l’Indochine en accord avec Vichy et l’amiral Decoux, nommé par Pétain sans pouvoirs réels, va restaurer l’influence de l’Église catholique du nord, au détriment des bouddhistes majoritaires, des caodaïstes et autres sectes. Cela aura deux conséquences indirectes : soit une collaboration avec le Japon vers lequel il convient de se tourner pour être « plus asiatique », soit rejoindre les maquis communistes qui commencent à s’organiser sérieusement, soutenus par la Chine de Mao Tse Tung et de certains courants américains anti-colonialistes ou visant le remplacement des Français en Indochine. L’amiral Decoux fait fermer les sanctuaires de Tây-Ninh et des autres provinces et fait déporter aux Comores les dirigeants caodaïstes. Jusqu’en 1945, les Japonais vont encourager la levée de troupes chez les caodaïstes, sans grand succès d’ailleurs.
A la libération, les caodaïstes vont être rejetés provisoirement par le nouveaux gouverneur, Thierry d’Argenlieu (1), nommé par le général de Gaulle. Mais, devant l’amplitude des mouvements révolutionnaires, le rôle des caodaïstes va revenir à l’honneur : pour contrôler certaines régions, les Français vont s’appuyer sur eux, comme ils le feront avec les catholiques du nord ou les Hoà Haho (2). L’artisan de l’utilisation de courants minoritaires, et souvent violemment opposés, contre les communistes sera le général Raoul Salan. Dans ses mémoires (3) il écrit : « Je sais que les sectes ont tendance à exagérer et qu’il devient indispensable de réfréner leurs appétits.Les Hoà Hao tiennent les riches provinces de Chau Doc, Long Xuyen et Can Tho, au sud du Bassac, bras du Mékong, les caodaïstes assurent l’ordre dans les provinces de Tay Ninh et de Gia Dinh au nord-ouest de Saïgon, tandis que les Binh Xuyên (4) protègent Saïgon-Cholon et la route du cap Saint-Jacques. Les sectes nous aident et j’en ai encore besoin sur le plan militaire. Des accords ont été passés et je veille à ce qu’ils demeurent valables. C’est au militaire français que les sectes obéissent, car il les paie, les habille, les arme. Ce que réclame le président Huu (5), l’absorption pure et simple par ses services, et même l’élimination, ne saurait se concevoir en ce moment. Il faudra bien que le gouvernement vietnamien digère les sectes, mais les détruire serait une faute car elles sont farouchement anti Viet-Minh. Je m’oppose à toute intervention brutale et, en accord avec le gouverneur général Gautier, je décide d’accroître la surveillance dans le seul domaine militaire où j’ai des moyens de pression. Un plan d’action est mis au point avec mes grands subordonnés qui sera appliqué par ma mission de contrôle et de liaison »
Dans les zones contrôlées par les caodaïstes, le Viet-Minh n’aura qu’une influence négligeable. Après Diên Bien Phu, les caodaïstes, du fait de leur principale implantation géographique, vont jouer un grand rôle politique. Les Français vont mettre en place l’Empereur Bao Daï, qui tient à préserver l’unité de l’Indochine sera impuissant contre les personnages qui manifestent une hostilité très nette pour les caodaïstes et ce qu’ils représentent, en sachant qu’ils sont un atout pour l’équilibre de la situation. Leur ennemi mortel est Ngô Dinh Diêm (6), mandarin catholique, hostile aux Français et pro-américain. Le projet de liquidation des sectes, acte particulièrement aveugle, va amener à la défaite : elles représentaient près de deux millions de personnes farouchement anti Viêt-Minh et leur formation avait contribué à la pacification du sud. Les Américains, à partir de 1965, vont mettre en marche leur immense machine de guerre, mais vont laisser carte blanche à Diêm, totalement ignorants de la subtilité de la situation vietnamienne.
Les caodaïstes vont être persécutés avec violence. L’un des bras séculiers de cette lutte sera Nguyên Huu Tho, avocat, ex-ministre délégué à la présidence sous Diêm (1954-1957). Il fera exiler le pape caodaïste Pham Cong Tac qui mourra au Cambodge, mais il changera de camp et deviendra président du Front de Libération Nationale. Il échappera par miracle à un attentat perpétré dans la région de Chodoc. Des persécutions auront lieu aussi contre les Hoà Hao et les bouddhistes majoritaires dans le pays. L’une des conséquences, devant le danger qu’ils courraient, fut que de nombreux caodaïstes furent obligés soit de s’exiler soit de se joindre aux révolutionnaires, en apportant leurs compétences et. Nous pouvons constater que les sectes eurent, jusqu’à Diêm, une bonne efficacité. Ce qui amènera à tenter de poursuivre ces exemples indochinois par l’armée, dans la création des Harkis en Algérie. Mais ceci dans un contexte totalement différent, face à un peuple qui avait une culture religieuse globalement semblable.
III-ALORS LE CAODAÏSME ET LA FRANC- MACONNERIE ?
Très vite, dès la naissance de la nouvelle religion, les Maçons seront intéressés par sa philosophie. Un certain nombre y adhéreront, tandis que des vietnamiens vont rejoindre la Maçonnerie. Un délégué français, Gabriel Godron, sera même choisit comme représentant du caodaïsme en France et de nombreux lieux de culte vont s’ouvrir dans l’hexagone, là où vivent des communautés vietnamiennes. Le caodaïsme est présent également dans le monde entier, au gré des déplacements de populations indochinoises. Il est toléré dans sa pratique au Vietnam actuel par un gouvernement qui connaît les influences commerciales et politiques de ce groupe religieux à-travers le monde !
La doctrine caodaïste se veut concilier toutes les sensibilités religieuses, mais aussi à s’adapter à tous les degrés de l’évolution spirituelle :
1° Au point de vue moral, elle rappelle à l’homme ses devoirs envers lui-même, sa famille, la société qui est une famille élargie, puis envers l’humanité qui est la famille universelle. Cet aspect amenant, bien entendu, la pratique de la tolérance.
2° Au point de vue philosophique, elle prêche le mépris des honneurs, de la richesse, du luxe, pour chercher dans la spiritualité la pleine quiétude de l’âme. La liberté de conscience est aussi une croyance de base.
3° Au point de vue cultuel, elle demande la reconnaissance d’un Principe fédérateur, que le concept de G.A.D.L.U maçonnique peut le mieux à qui ressembler. Il est symbolisé par le triangle, symbole de la perfection et de la composition des énergies divines dans lequel figure « l’oeil ardent de l’Eternel ».
4° Au point de vue spirituel, elle confirme, d’accord avec d’autres religions et avec les systèmes de philosophie spiritualiste, l’existence de l’âme.
5° Au point de vue initiatique, elle communique à ceux de ses adeptes qui en sont dignes, les enseignements qui leur permettront d’accéder à une forme de sagesse intérieure et extérieure, qui se traduit par la fraternité humaine et le respect de la nature sous toutes ses formes.
Le rituel caodaïste est riche et complexe, laissant une place importante à la méditation et au silence. Gabriel Gobron, dans son ouvrage (7) résume les buts du caodaïsme en écrivant : « Sur ce terrain splendide de la fraternité humaine, les disciples du Christ et les fils d’Hiram, les adeptes du Bouddha, de Confucius, de Lao Tseu et les fervents de la théosophie, du spiritisme, de l’occultisme, se rencontrent unis dans leur volonté commune de construire le Temple de l’Humanité ». Noble perspective mais lourde tâche !
Nos Frères vietnamiens et quelques vieux nostalgiques de l’Indochine fréquentent toujours nos loges et le caodaïsme. Ils entretiennent la flamme de cette étrange rencontre…
NOTES
(1) L’amiral Georges Thierry d’Argenlieu (1889- 1964) : combattant de la France Libre, il sera nommé, par le général de Gaulle, Haut-Commissaire en Indochine Française (1945-1947). Catholique convaincu (il appartient à l’ordre des Carmes) il va mettre en œuvre un soutien très mal jugé par l’administration laïque du Vietnam et soutenu par les colons qui sont ralliés au catholicisme. Cette situation amènera les milieux laïcs et maçonniques au soutien du caodaïsme. De retour en France après son échec de réimplantation de la France et l’erreur politique grave du bombardement d’Haïphong, il se consacrera à sa vie religieuse monacale. Il avait réputation d’être dur pour les autres et pour lui-même : on le disait porteur d’un cilice !
(2) Hoà Hao : Secte basée sur le bouddhisme populaire, fondée en 1939 par Huynh Phu Sô (1919-1947). Le Viet Minh considérera le « bonze fou » comme un dangereux illuminé et il sera exécuté par eux. La secte continue à fonctionner dans le Vietnam actuel.
(3) Salan Raoul : Fin d’un Empire. Tome II. Le Viêt-Minh mon adversaire. Paris. Ed. France-Empire. 1971.
(4) Binh Xuyên : Secte fondée dans les années 1920, difficilement qualifiable : Confrérie, action politique, ou groupement semi-religieux ? Les membres s’appelaient « Frères » et respectaient un code d’honneur. Ils jouèrent un rôle politico-militaire durant les guerres vietnamiennes et l’Empereur Bao Dai confia à l’un des membres la direction de la Sureté. Bien entendu, Diêm va s’attaquer à eux pour les détruire et ce, avec l’appui de la CIA. Voulant jouer la division il proposera aux caodaïstes et Hoà Hao leur aide. Ce qu’ils refuseront par solidarité entre les sectes.
(5) Nguyên Huu Tho (1910-1996) : Ministre de la République du Vietnam (1969-1976), il deviendra Président de l’Assemblée Nationale de 1981 à 1987. Il est intéressant de noter que son ralliement au régime communiste après sa collaboration temporaire avec Diêm et sa persécution des sectes ne soit pas mentionnée par le gouvernement officiel actuel !
(6) Ngô Dinh Diêm (1901-1963) : Premier Ministre de la République du Vietnam de 1954 à 1955. Il deviendra Président de la République en 1955. Très largement soutenu par les Américains au départ, ces derniers seront obligés de l’évincer face à son comportement dictatoriale et sa volonté d’imposer le catholicisme contre les communistes, le bouddhisme et les sectes. Il sera assassiné le 2 novembre 1963 à Saïgon.
(7) Gobron Gabriel : Histoire et philosophie du caodaïsme. Paris.Ed. Dervy. 1949. (Page 1456)
BIBLIOGRAPHIE
Ouvrage collectif : Regards sur l’Indochine. Paris. Association des auditeurs du Centre des hautes-études sur l’Afrique et l’Asie modernes (ARRI). 2004.
Brocheux Pierre : Indochine, la colonisation ambigue. Paris. Ed. La Découverte. 2004.
D’Ainval Christiane : Les belles heures de l’Indochine française. Paris. Ed. Perrin. 2001.
Dalloz Jacques : Dictionnaire de la guerre d’Indochine. Paris. Ed. Armand Colin. 2006.
Le jeudi 15 mai 2025, à partir de 16h30, la Librairie Detrad Cadet, nichée au cœur de Paris, ouvre ses portes pour un événement littéraire exceptionnel. Les Éditions Detrad aVs, reconnues pour leurs récits captivants mêlant histoire et ésotérisme, vous invitent à découvrir trois nouveaux romans à travers une séance de dédicaces en compagnie de leurs auteurs : Jean-Michel Roche, Michèle-Élisabeth Rochlin et Michel Viallefond.
Entre aventures historiques et enquêtes initiatiques, cette rencontre promet de séduire les amateurs de récits riches en intrigues et en mystères. Voici un aperçu des œuvres et des plumes talentueuses qui seront à l’honneur.
Jean-Michel Roche et les désillusions de la Révolution française
Jean-Michel Roche, guide-conférencier au musée de la Franc-maçonnerie et passionné par le XVIIIe siècle, nous transporte dans les tumultes de la Révolution française avec Face à la guillotine, paru en mai 2025 dans la collection EnQuête Historique. Ce roman de 212 pages, vendu 17 €, suit Guilhem Malbay, un héros fictif aux aventures palpitantes. Après avoir combattu aux Amériques aux côtés de Lafayette et Washington, et déjoué un complot contre Louis XVI, Guilhem assiste, impuissant, à l’exécution du roi et à la descente aux enfers de la jeune République. Sous la Terreur, dirigée par des figures comme Robespierre et Saint-Just, la devise « Liberté, Égalité, Fraternité » semble devenir une utopie face à un régime autoritaire où chaque citoyen peut être suspect. À travers ce récit, Roche interroge les idéaux révolutionnaires et leurs dérives, offrant une réflexion profonde sur les contradictions de cette période charnière. Les lecteurs amateurs d’histoire et d’intrigues politiques seront captivés par cette fresque sombre et réaliste.
Michèle-Élisabeth Rochlin et Mario Maiolo : une quête ésotérique dans le Paris contemporain
Malum et Bonum : Vapeurs mortelles, premier volume d’une trilogie signée à quatre mains par Mario Maiolo et Michèle-Élisabeth Rochlin, est un polar initiatique paru en mars 2025 dans la collection EnQuête Initiatique. Ce roman de 244 pages, au prix de 18 €, nous plonge dans un Paris mystérieux où Adeline Le Clèves, propriétaire d’un club de sport, découvre sa sœur assassinée dans un hammam, aux côtés de son amant. Après le meurtre non élucidé de son père sénateur, Adeline, suspectée par la police, mène sa propre enquête. Ses investigations la conduisent à une organisation dangereuse et à des révélations sur ses origines, teintées d’ésotérisme. Mario Maiolo, interprète italien et animateur d’ateliers d’écriture, et Michèle-Élisabeth Rochlin, ancienne professeure de Lettres Classiques, poétesse et membre de la Grande Loge Féminine de France, unissent leurs talents pour offrir un récit haletant. Leur collaboration mêle suspense et quête spirituelle, explorant des thématiques maçonniques qui séduiront les amateurs de mystères et de symbolisme.
Michel Viallefond et les secrets de la Corse
Michel Viallefond, originaire de Corse et passionné d’histoire et d’ésotérisme, signe Corsica Enigma, un roman de 248 pages publié en mai 2025 dans la collection EnQuête Initiatique, au prix de 18 €. L’histoire suit Pierre Renucci, un journaliste expert en symboles maçonniques, sur le point de percer un secret vieux de plusieurs siècles après une quête à travers la Corse, Rome, Paris et Marseille. Mais ses découvertes dérangent le Vatican, qui lance des tueurs à ses trousses. Aidé par ses amis corses et marseillais, Pierre tente de survivre tout en résolvant cette énigme. Viallefond, qui a lui-même enquêté dans plusieurs pays pour nourrir son récit, explore une facette méconnue de l’histoire corse, notamment ses relations complexes avec le Vatican. Ce roman, riche en rebondissements, est une invitation à plonger dans un univers où histoire, ésotérisme et aventure se mêlent avec brio.
Une rencontre à ne pas manquer
Ces trois auteurs, réunis par les Éditions Detrad aVs, partagent une passion pour l’histoire, les intrigues et les mystères ésotériques, souvent teintés de symbolisme maçonnique. La Librairie Detrad Cadet, lieu emblématique pour les amateurs de ce genre littéraire, offre une occasion unique de rencontrer ces plumes talentueuses et de découvrir leurs univers. Que vous soyez fasciné par les désillusions de la Révolution française avec Jean-Michel Roche, intrigué par les secrets ésotériques parisiens de Mario Maiolo et Michèle-Élisabeth Rochlin, ou captivé par les énigmes corses de Michel Viallefond, cette séance de dédicaces promet des échanges riches et des découvertes littéraires. Rendez-vous le 15 mai à partir de 16h30 pour une immersion dans des récits qui mêlent passé, mystère et quête de vérité. Ne manquez pas cette chance de repartir avec un exemplaire dédicacé et de plonger dans ces aventures captivantes !
Le 5ème degré de Maître Parfait apporte la solution au problème de la quadrature du cercle ainsi posé : Frère Inspecteur, êtes-vous Maître Parfait ? J’ai vu les trois cercles enfermant le cube sur les deux colonnes :
« Je connais le cercle et sa quadrature ».
Rappelons-nous d’abord que notre réception sous le Laurier et l’olivier marque et symbolise une reconnaissance qui résonne dans l’éternité : en passant de l’équerre au compas, nous avons été invités à basculer dans la dimension métaphysique, ontologique de ce que nous sommes « en Vérité ».
Nous ne pouvons donc plus nous satisfaire de « Savoir » mais sommes résolus au plus profond de nous et dans le plus Grand secret à CONNAÎTRE ! A nous CONNAÎTRE !!! Nous nous en glorifions car nous réalisons enfin que tel est notre seul et vrai DEVOIR !
De même, nos larmes versées sur la perte de notre respectable Maître Hiram n’est pas une fin en soi, bien au contraire, la dramatisation de cette perte provoquée par l’égarement des trois mauvais compagnons nous exalte à activer la clé d’ivoire dans la serrure de ce que nous percevons tout au plus.
L’organisation funéraire du 5ème degré nous invite maintenant à tracer géométriquement les plans d’un champ de conscience qui nous était encore caché car bien au-delà de la simple raison, d’un simple savoir spéculatif, il ne s’agit pas d’une démarche intellectuelle, d’une maîtrise illusoire par des calculs mathématiques, de forger des dictats conceptuels théoriques, idéologiques ou dogmatiques.
« Tu pensais avoir compris ! Eh bien tu n’avais rien compris ! Voilà ton Devoir !
Voilà ce que tu dois chercher ! Ce que tu vois n’est pas ce qui est ! Ce qui est n’est pas ce que tu crois ! Ce qui est, est tel que tu es ! Connais-toi toi-même et suis ton Devoir !
Être en quête de la parole perdue et rassembler ce qui est épars nécessite d’opérer un travail sacré sur un cœur qui à ces raisons et que nos simples raisons ne peuvent qu’ignorer, le royaume de l’équerre n’étant en fait qu’un reflet du royaume du compas.
La mise en scène rituelle des funérailles d’Hiram consiste en un plan opératif interpelant notre conscience. Il s’agit ainsi de l’explorer et le méditer pour en saisir l’analogie spéculative qui pour moi est la suivante :
Le REAA nous appelle à nous extraire symboliquement du carré de notre enveloppe matérielle pour accéder au cercle de l’esprit.
Nous, Maitre Parfait, devons témoigner « en personne » de cette expérience, traduisant ainsi le cheminement de notre conscience en le reproduisant dans des tracés géométriques, qui d’étapes en étapes finissent par former un plan d’accès, et dont les dimensions retrouvent les justes mesures de notre ontologie.
« Que nul ne rentre ici si il n’est pas Géomètre! » « A Seigneur mon Dieu ! » nous percevons bien que la Géométrie pythagoricienne nous invite, par la puissance de sa portée symbolique, bien au-delà du simple calcul rationnel, dans les cieux microcosmiques de notre propre temple intérieur, dans notre véritable Chair au combien sacrée.
« Connaître le cercle et sa quadrature » ne s’explique pas, ne se calcul pas mais implique de vivre un véritable processus alchimique dont le principe nous est la fois immanent et transcendant, et que la Géométrie matérialise. Spiritualiser la matière et matérialiser l’esprit pour retrouver en nous la perfection et la seule
Gloire de la chose UNE ! En pratiquant l’Art Royal, il s’agit de réaliser notre
Chef d’œuvre, c’est-à-dire accomplir l’œuvre alchimique par « excellence » !
Ré-immerger symboliquement dans le processus de création du GADLU lors de notre initiation, puis guidés par les Trois Grandes Lumières à la reconstruction de notre conscience, celle-ci nous a invités à passer du monde limité du tangible au vaste monde de la pensée et de l’action.
Invités à nous perfectionner dans cette autre dimension parce que nos yeux n’y étaient que partiellement décillés, Nous, Maitre Parfait, dans « l’Aujourd’hui de notre temps mythique », en retrouvant le mot qui est Jéhovah, en apprenant que l’accomplissement du Devoir est la réalisation du Principe élevé qui est en lui et non en dehors, Nous découvrons que la Clef de la connaissance est dans la participation directe et immédiate à ce principe qui est immanent en l’initié.
Nous en tirons cette conséquence métaphysique que nous sommes tous libres, tous frères, tous égaux.
En mourant à l’illusoire réalité que me projette le monde sensible et ses abusantes raisons, faite de droites et d’angles semblant définir un monde fini, en extrayant mon cœur de cette dépouille pour l’élever au sommet d’un obélisque, je me crée un nouveau repère, siège de mes intuitions les plus profondes et de l’imagination la plus « fertile », conduisant mon dépassement vers le haut sans m’exclure du bas.
En abordant ainsi les plans de mon temple en dehors de tout préalable, je me construis et me purifie degré par degré, convertissant mon regard et vivant de plus en plus profondément la réalité spirituelle au cœur du monde temporel.
Je ne cherche ainsi plus à expliquer, je part à la découverte de ce qui EST en partant de ce que je SUIS, j’isole et ouvre mon cœur en l’élevant pour éveiller mon être, et ainsi me colorer de l’évidence d’un « intelligible universel » rendant dérisoire tout mot et toute explication. En cela, je trace le cercle et aspire intuitivement à conjuguer vers son centre pour parvenir au cœur de ce qui est en moi-même et que j’ignore.
Son exploration tout aussi intuitive me conduit vers des archétypes, me trouvant ainsi à genoux au centre de moi-même. C’est en cela que je m’ouvre à la connaissance du cercle et à sa quadrature.
Plus je communie avec ce centre, plus je réalise que je n’ai plus rien sauf ce que je suis. Mon Devenir est dans ce que je suis, en y participant activement, tout mon DEVENIR s’ouvre à moi, je SUIS en DEVENIR.
Je réalise alors que l’intelligence est féminine, et ainsi nous est offerte non pour pénétrer les mystères de la vie, mais s’en pénétrer au plus profond de nous même pour en quelque sorte nous ré-enfanter. Cette intelligence inopinée ne nous fait-elle pas découvrir ou plutôt Redécouvrir le mot Jehova en s’en faisant le « miroir », toutes nos énergies furieuses et révoltés dans les errances de nos seuls intérêts extérieurs n’en sont-elles pas redirigées ?
Nos sensations et nos opinions ne sont ni vraies ni fausses, elles ne font que manifester les illusions de l’existence et de ses errances, bien éloignées des réalités des mystères de la vie.
Connaître le cercle et sa quadrature n’est plus la simple entrevue du monde spirituelle, il implique notre participation active au passage permanent du carré de la Terre au cercle du ciel, du cercle de l’infini au carré de la matérialité.
Plus encore, l’un n’étant que le reflet de l’autre dans le monde sensible, il s’agit non plus de s’échiner dans un labyrinthe (à l’instar de Dédale) mais de contempler le monde sensible avec les yeux de l’esprit pour monter progressivement vers la transcendance, vers la connaissance spirituelle, qui unit ce qui est en bas avec ce qui est en haut.
Planche représentant une version latine de la Table d’émeraude gravée sur un rocher dans une édition de l’Amphitheatrum Sapientiae Eternae (1610) de l’alchimiste allemand Heinrich Khunrath.
Ce n’est pas un hasard si le vert de la Table d’émeraude, celui de la connaissance cachée, profonde, est la couleur qui domine notre grade de Maitre Parfait. Connaître la quadrature du cercle, c’est vivre la relation intime entre les choses célestes et celle d’ici bas, c’est remettre en résonnance l’unité entre cette « petite étincelle » retrouvée au plus profond de nous et l’infiniment UN.
Pour retrouver cette relation avec l’Univers et les Dieux, il faut d’abord acquérir la connaissance profonde de soi car seul l’être encore endormi au fond de nous a le regard sur l’invisible permanent, immanent et transcendant. L’âme humaine est appelée à contempler ce monde originel et éternel des idées et non ce qui appartient au monde matériel d’ici bas.
« L’être et la connaissance sont tout UN ; Car ce qui n’est pas on ne le connaît pas non plus, mais ce qui est au plus haut point, on le connaît également au plus haut point »
(Maître Eckhart)
Pour fermer ou ouvrir ?
La clef que nous avons reçu à notre entrée en ateliers de perfection est donc bien celle du Saints des Saints, où tout est parole mais rien n’est prononçable, ce lieu sacré est en nous.
Ignorer que cette clé se tourne symboliquement dans la serrure métaphysique que nous sommes, c’est entrer dans les Dédales des savoirs nous emprisonnant dans l’illusion que la vie s’explique en demeurant dans le royaume du carré.
Le degré du Maitre Parfait, en nous guidant symboliquement à participer à la quadrature du cercle, nous invite à une véritable conversion du regard qui permet de voir la Permanence d’un monde spirituel derrière l’apparente matérialité de la vie.
Ayons courage, la race des Hommes est divine ! La nature sacrée leur révèle les plus secrets mystères…
En prenant pour cible la Grande Loge de France et, plus largement, la Franc-Maçonnerie, Philippe de Villiers ressuscite avec emphase une rhétorique d’un autre âge. Derrière un discours qui se veut érudit, baroque et empreint de fulgurances historiques, c’est en réalité le vieux fonds de l’antimaçonnisme français qui réapparaît, celui qui confond secret et conspiration, symbolisme et subversion, spiritualité et manipulation.
Tout commence par un amalgame confus, presque onirique, entre toupie kaléidoscopique, triangle maçonnique et tunique christique. Cette approche analogique, propre à la rhétorique villiériste, vise à décrédibiliser la cohérence du discours présidentiel en le renvoyant à une forme de double jeu, voire de duplicité mentale. Mais l’amalgame entre la Trinité chrétienne et le « triangle » maçonnique révèle surtout une incompréhension des registres : le symbole maçonnique du Delta lumineux n’est en rien un contre-symbole chrétien, mais une figure d’élévation intellectuelle et spirituelle – l’Œil qui voit en pleine lumière, non pour surveiller, mais pour éveiller.
Lorsque de Villiers évoque ensuite les Loges comme des lieux où « tous les tabliers sont réunis » pour célébrer une loi sur la fin de vie, il projette sur les Francs-Maçons un fantasme d’influence occulte. Rien ne permet d’affirmer que la Franc-Maçonnerie, dans sa diversité obédientielle, agit comme un pouvoir politique caché. Elle est un espace de débat, non un lobby dogmatique. La Grande Loge de France, fidèle au Rite Écossais Ancien et Accepté, invite ses membres à réfléchir librement sur les grandes questions humaines, dans le respect de la conscience de chacun.
Quant à l’accusation d’obscurantisme, elle est renversante. Car ce sont précisément les Lumières maçonniques qui, historiquement, ont combattu les obscurantismes de leur temps : ceux de l’intolérance, de la censure, de l’inquisition morale ou politique. L’obscurité ne se trouve pas là où l’on étudie, médite, transmet, mais bien dans les dogmatismes qui prétendent enfermer la vérité dans une unique lecture du monde.
Affiches propagande antimaçonnique
Sur la laïcité enfin, Philippe de Villiers commet une faute intellectuelle grave. Dire que la loi de 1905 fut une entreprise d’éradication du christianisme, c’est méconnaître à la fois le texte et l’esprit de la loi. Cette loi ne nie pas le fait religieux ; elle le protège. Elle n’exclut pas les croyants ; elle les libère. Elle ne dépossède pas l’Église ; elle garantit à toutes les confessions une égale dignité. C’est pourquoi, depuis plus d’un siècle, des croyants de toutes confessions s’en réclament. La Franc-Maçonnerie elle-même ne promeut pas l’athéisme militant : elle appelle à la liberté absolue de conscience, ce qui inclut le droit de croire, comme celui de ne pas croire.
Dans un style empreint de lyrisme crépusculaire, Philippe de Villiers convoque enfin la cathédrale comme métonymie du peuple français. Mais qu’est-ce qu’une cathédrale, sinon un chef-d’œuvre collectif, œuvre de compagnons, d’architectes, d’ouvriers du trait et du geste ? Là encore, les Francs-Maçons reconnaîtront dans cette allégorie un symbole profond : le Temple intérieur se bâtit avec patience, fraternité et rigueur, loin des anathèmes et des jugements hâtifs.
Affiche de propagande nazie de lexposition antimaçonnique de Belgrade 1941-1942
La Franc-Maçonnerie, loin d’être un « goût de l’obscurité », est une voie vers la Lumière. Son travail est silencieux mais fécond, souterrain mais jamais soustractif. Ce n’est pas elle qui menace la République : c’est l’amnésie, l’amalgame et l’intolérance. L’initiation maçonnique, au contraire, appelle à la vigilance éclairée, au discernement constant, à la construction lente d’un homme libre et d’un citoyen éclairé.
Il ne s’agit pas de faire taire les critiques, mais de répondre par l’intelligence du symbole, par la rigueur de l’histoire et par l’engagement éthique. Comme le rappelait le président Macron dans un passage que de Villiers élude, la République laïque n’est pas l’ennemie des religions : elle est leur gardienne en ce qu’elle les libère de toute instrumentalisation.
Et si nous devions, nous aussi, citer l’Évangile, ce serait pour rappeler ces mots :
« La Vérité vous rendra libres. »
(Évangile selon saint Jean, chapitre 8, verset 32)
Encore faut-il l’approcher sans crainte, sans masque et sans haine.
La Spiritualité ne se définit jamais précisément ; elle se vit et se ressent intérieurement comme un état d’être diffus mais très prégnant, qui infuse à la fois le corps et l’esprit. Elle n’est jamais prisonnière de concepts intellectuels, et semble jouer à échapper comme une ondine aux pensées des philosophes et des religieux qui tentent de l’appréhender, non pas pour les mettre en échec, mais dans le seul but de les surprendre et de développer en eux leur désir de s’en saisir.
Village des Métiers d’Antan
Pour y parvenir, les hommes et les femmes de tous les temps, partout sur la terre, ont développé des savoirs faire et des savoirs être différents les uns des autres mais qui se rejoignent en un point qui est la pratique. Il n’y a pas de désir de spiritualité sans un socle de pratiques régulières et efficaces dans tous les domaines telle la pratique du culte par les religieux, du yoga en orient et en occident, des Métiers par les Compagnons, des rituels et des rites par les Maçons.
La spiritualité, fruit du désir, fut tout de suite chassée du Paradis dès les premiers chapitres de la Bible, à l’instar d’Adam et Ève chassés de l’Éden pour avoir succombé au désir de croquer la pomme d’Amour. Tout est dit dès les premiers mots du dogme monothéiste, pour éviter que le désir informulé mais bien réel de l’Esprit incarné, lové au plus profond de soi-même comme un serpent, ne se fraie un chemin vers l’imaginaire et ne trouve le moyen de se faire entendre en dehors du discours dogmatique. C’est même paradoxalement ce discours castrateur qui révèle aux êtres qui lui résistent leur propre faculté de s’envoler au-delà de soi-même en une dimension inattendue échappant à la stricte rationalité. La religion peut être la révélatrice de cette dimension spirituelle insaisissable et indescriptible avec des mots, pour peu qu’on transforme ses interdits en révélateurs d’une spiritualité qui n’imprime pas sa marque en gros caractères dans la mémoire, mais infuse en prenant son temps chez tous les êtres prêts à l’intégrer en eux-mêmes.
décoration égyptienne
La spiritualité n’est donc pas réservée à un groupe ou à une élite intellectuelle ou religieuse, séculière ou contemplative, mais infuse en quiconque aspire à transformer chaque instant de sa vie en une suite de moments précieux réchauffant le cœur et nimbant l’esprit d’une douce lumière. C’est cet état d’âme qu’avait décelé l’historien grec Hérodote chez les Anciens Égyptiens, « les plus religieux de tous les hommes » disait-il. S’ils étaient des polythéistes aux dieux multiples, ils étaient aussi au fond d’eux-mêmes omnithéistes et s’appliquaient à transformer chaque instant en source potentielle de vie divine, notamment en transformant des moments de vie ordinaire comme la toilette en rituels de purification par l’eau.
Dès que des suites de gestes ordinaires sont effectués régulièrement avec application et avec cœur, et se perpétuent en incitant les hommes et les femmes à donner le meilleur d’eux-mêmes, alors à la satisfaction d’être utile pour des raisons pratiques se superpose la joie diffuse de s’exprimer soi-même tout en offrant le meilleur de soi au service d’une cause plus grande que soi. La vertu des traditions est ainsi globalement, non seulement de perpétuer le meilleur des communautés par des coutumes au service du bien-être matériel individuel et collectif, mais aussi d’en révéler la dimension spirituelle par des éclats de joie collective ou d’intenses sentiments de joie intérieure, transformant ainsi les gestes de la vie courante effectués avec application en sésames ouvrant et éclairant l’esprit et le cœur.
Tailleurs de pierres
Les Compagnons du Devoir se sont emparés de ce double pouvoir du geste de transformer la matière tout en se transformant eux-mêmes de l’intérieur, en évitant de disjoindre le geste extérieur de l’ouvrier et la Geste intérieure œuvrière, le Travail et l’Œuvre. Dans cette théodicée spirituelle, le corps et l’esprit ne sont jamais disjoints mais conjoints, et ne sont pas superposés dans un rapport hiérarchique subordonnant le matériel au spirituel, comme dans le dogme religieux monothéiste. Ils se font face et se dynamisent l’un l’autre en croisant leurs champs d’actions respectifs, la réalisation de l’être matériel et son accomplissement spirituel. La clé de cette dynamique est donnée aux Apprenti(e)s en Franc-Maçonnerie dès leur initiation au premier degré, par une suite de gestes effectués à l’équerre par la main et le bras, tout en se tenant verticalement dans l’axe reliant le nadir au zénith, la matière à l’esprit.
Peu à peu, leur Travail devient un ensemble d’innombrables variations de gestes rectifiés, mesurés comme la somme intégrale de leurs petites variations. L’esprit se nourrît en retour de ses innombrables ordres « rectifiant » donnés aux mains et au corps pour trans-former la matière, et tend à son tour à se perfectionner soi-même. La somme intégrale de ces variations de formes de la matière est ainsi reliée indéfectiblement à l’intégrale des sommations de l’esprit, et leur émulation réciproque dynamise à la fois la connaissance de la matière et la conscience de l’esprit. À tel point que la somme totale de ces petites variations, symbolisées par la lettre grecque δ (delta minuscule), génère un Δ (delta majuscule) devenu le symbole du dieu unique des religions monothéistes, son Δ trônant à l’orient des temples maçonniques et religieux en occident.
temple des Ramsès à Louxor
Le corps et l’esprit qui s’expriment ainsi intégralement libèrent une énergie et une puissance insoupçonnée transformant de fond en comble toute la vie, jusqu’à redonner le goût de l’instinct naturel aux êtres rationnels et bornés. Seuls les animaux et les plantes agissent instinctivement et intégralement, et peuvent intégrer et restituer l’énergie naturelle qui les parcourt, une puissance toute naturelle bien supérieure à celle des hommes en raison de leur raison raisonnante et encadrée, bouclant sur elle-même et bridée par tous les dogmes idéologiques et religieux. Être puissant, c’est être plein de soi, ni plus, ni moins, une plénitude divinisée par les Anciens Égyptiens, qui transparaît sous les traits d’animaux, de végétaux, et dans tous les éléments naturels. C’est à la redécouverte de cette puissance intégrale de soi-même qu’ils étaient conviés en contemplant dans leurs temples les sculptures de plantes en efflorescence et les animaux en mouvement.
Si, dans le panthéon égyptien, tel ou tel animal est choisi pour être l’emblème d’une force à l’œuvre dans l’univers, c’est d’abord parce qu’elle se déploie en lui sans retenue, dans les seules limites de son espace vital et dans le temps de son existence. Tout animal quel qu’il soit est tout de suite plein de soi-même et survit dans les éléments naturels en déployant intégralement sa force, révélant ainsi aux hommes et aux femmes la force intérieure à déployer pour sur-vivre plein de soi-même matériellement et au-delà de soi-même spirituellement. Cette force absolue à l’œuvre partout dans la Nature, est magnifiée par les œuvres des grands artistes de la Renaissance.
La naissance de Vénus », de Botticelli
Le tableau « La naissance de Vénus », de Botticelli, célèbre cette force intégrale à l’œuvre qui se déploie aussi en beauté lors de la naissance et du développement d’une spiritualité accomplie. À l’origine, Zéphyr, dieu du vent, et Aura sa femme, déesse des fleurs et vent du printemps, soufflent et insufflent leur désir d’amour à la spiritualité naissante, et au terme de sa croissance, une déesse des Heures, filles de Zeus et portières de l’Olympe soulèvera le voile opaque qui la dissimulait. En cet instant, sa beauté naturelle éclaire le regard et réchauffe le cœur des femmes et des hommes qui contemplent sa beauté sans limite. L’intensité de ce moment suprême dans la vie spirituelle se mesure au chemin parcouru par l’être de désir durant sa quête intérieure, mais il ne se calcule pas rationnellement, et se décrète encore moins. La coquille Saint-Jacques symbolise toute cette croissance irrationnelle de l’être en soi-même, sa nacre sécrétée avec une infinie patience et sa perle magnifique n’étant à l’origine qu’un parasite contre lequel elle se défend en l’enrobant couche après couche de nacre et de beauté. Toute la spiritualité des Maçonnes et Maçons qui se subliment à mesure qu’ils/elles se rectifient est là, irradiant doucement en soi-même comme une perle de nacre aux reflets chatoyants.
L’Alchimie spirituelle
Carl Gustav Jung
L’Alchimie spirituelle est une forme de sagesse ou d’ascèse renouvelée et transformée par la pensée de Carl-Gustav Jung, pionnier de la psychologie des profondeurs. À l’opposé d’une vision binaire du monde et des êtres qui porte au conflit et à l’exclusion, la pensée jungienne invite à une vision complexe dans laquelle les pôles opposés ne doivent pas se combattre jusqu’à l’élimination de l’un d’eux, mais se combiner, car chacun de ces opposés a sa raison d’être. L’Alchimiste a l’art de transformer l’énergie de ces combats en une tension et une alliance à maintenir entre les combattants jusqu’à l’émergence d’un troisième terme dû à leur union, et la découverte avec lui de perspectives nouvelles de vie spirituelle.
Ces pratiques les mettent d’abord sur la voie du travail et du perfectionnement collectif, avant de leur faire goûter par instants à un sentiment plus diffus de plénitude et de joie intérieure, transformant le fil linéaire de l’existence en une corde de harpe aux sons mélodieux. Ainsi, tout en vivant une vie ordinaire où tout se maintient en soi-même dans un équilibre global tout relatif, chacune et chacun peut faire surgir du plus profond de soi-même des accords extraordinaires de contentement intérieur, quand les cordes de sa propre harpe vibrent ensemble et suscitent tout naturellement le désir de les rejouer et de s’en ré-jouir. Alors, sous le souffle du désir, la destinée des êtres spirituels prend un nouvel élan, et les êtres autrefois passifs et spectateurs de leur vie deviennent les compositeurs et les interprètes de leur musique et de leurs propres accords. Et soudain ce qui est désiré ardemment tend à se produire régulièrement comme par miracle, suspendant toute la vie à la devise de la Dame à la Licorne « À MON SEUL DÉSIR ».
« L’individu est d’une importance décisive car c’est lui le vecteur de la vie et de l’existence. Ni le groupe ni la masse ne peuvent le remplacer »
« Chaque vie est un déroulement psychique… la tâche la plus noble de l’individu est de devenir conscient de soi-même. » dit Jung. Cette alchimie intérieure développe ainsi l’individualité, et non l’individualisme, favorise l’ouverture à l’autre et la reconnaissance de son altérité. Elle permet aussi de se différencier d’un collectif d’êtres irresponsables dissimulés derrière leur anonymat. Pour y parvenir, il est essentiel de renoncer au matérialisme et de se rendre disponible aux horizons proposés par l’imaginaire et la poésie, et par tout ce qui dépasse la stricte compréhension rationnelle. Car une existence accomplie nécessite une nourriture spirituelle et des relations harmonieuses, sinon apaisées avec les mystères qui échappent à l’emprise de la raison. Ainsi, pour Jung, l’intuition est une « fonction non rationnelle de la psyché », et revêt une importance égale à celle de la pensée issue de la raison, de la sensation ou de l’émotion. Corps et esprit sont des aspects d’une réalité psychique globale, où le corps est aussi métaphysique que l’esprit.
Le but de la vie est d’évoluer du Je vers le Soi, grâce au processus d’individuation. Ce cheminement intérieur pousse à développer une connaissance plus profonde de soi-même, afin de s’auto engendrer en tant qu’individu unique au coeur de l’humanité et de l’univers, ce qui correspond à une renaissance et au sens profond de l’initiation maçonnique. Le Je est le résultat de 4 élements : l’ego, la persona, le soi et l’ombre. L’ego est le noyau de la conscience, des émotions et des sensations. Il permet de se percevoir et de se reconnaître soi-même à tout moment. La persona, dont le mot dérive du latin « masque », est la personnalité qui répond aux attentes des autres et permet de se faire accepter. Le soi peut être comparé à l’âme, la partie divine de soi-même. L’ombre englobe tous les éléments rejetés de la personnalité, s’ils entrent en conflit avec l’image que l’on souhaite projeter de soi-même et présenter à autrui.
Freud
Contrairement à la vision freudienne, Jung propose l’idée que la psyché humaine est composée de deux inconscients : un inconscient de nature individuelle où s’expriment les névroses et les conflits personnels et l’autre inconscient de nature collective où se tisse le récit universel de l’humanité. Il est peuplé de figures héroïques comme Œdipe, Icare ou encore la Belle au bois dormant, et aussi de symboles communs à l’ensemble de l’humanité. L’inconscient collectif, partagé et transmis de génération en génération, se présente comme une réalité psychique mais aussi biologique. Il abrite les réponses instinctives de l’Homme : la peur, l’intuition du danger, l’amour et l’angoisse face à la mort. Cette pensée s’oppose à la vision de l’intériorité humaine de Freud, notamment avec son exploration d’obsessions érotiques, scatologiques et inavouables.
Cette quête véritablement initiatique peut se présenter sous diverses formes : l’analyse des rêves, le travail sur soi, la méditation, la prière, l’écriture, la contemplation, pour finalement s’effectuer en permanence dans toutes les activités du quotidien qui auparavant n’étaient qu’utiles, partielles, et éphémères. À un vieil ami qui lui demandait comment vivre dignement sa vie, il répondit simplement « Vivre sa vie », c’est-à-dire vivre pleinement chaque instant.
Avec Jung le cherchant/chercheur sincère en quête de soi-même trouve nécessairement des signes et des débuts de pistes nourrissant son envie d’aller au-delà et de poursuivre son cheminement intérieur, car l’imaginaire jungien est traversé par un dynamisme spirituel inscrit dans la nature humaine. Ainsi chercher vraiment c’est trouver nécessairement, et se retrouver soi-même éclairant le noir de sa vie intérieure inconsciente… jusqu’à se réenchanter soi même et se ressentir comme plein de la conscience de ses propres expériences et connaissances… et plein de soi !
Ce qu’il en résulte est une capacité à remarquer des conjonctions ou des suites ordonnées de phénomènes dans le cours de la vie, a priori déconnectés les uns des autres et pourtant donnant ensemble un sens inattendu à sa vie, car ils se transforment alors en évènements marquant la mémoire et éclairant l’imaginaire de manière indélébile. Ces prises de conscience se produisent même à des moments clés de la quête, comme si le ciel avait attendu ces moments pour faire ses révélations. C’est la synchronicité définie ainsi par Jung :
« coïncidence temporelle de deux ou plusieurs événements possédant un sens identique ou analogue, qui ne peuvent être expliqués de façon causale, tout au moins à l’aide de nos moyens actuels. »
C’est en se produisant simultanément et en se reliant, comme les 5 points de l’étoile des Compagnons, qu’ils éclairent soudain le ciel de la conscience.
Dans le processus qui mène à l’individuation, avec le couple anima/animus, Jung conduit les femmes et les hommes à reconnaître et accepter en eux-mêmes la présence dans leur inconscient d’une marque féminine en l’homme et masculine chez la femme, afin de se délivrer des effets négatifs de leur reniement sur leur psyché, et à l’inverse de bénéficier du surcroît d’énergie généré par leur acceptation et leur intégration en conscience. « Avec l’archétype de l’anima, nous entrons dans le domaine des dieux. Tout ce qui touche à l’anima est numineux » (c’est-à-dire doté d’une puissance énergétique sans commune mesure avec les forces du conscient)… Tout ce qui touche à l’animus est également numineux, c’est pourquoi la confrontation avec les figures intérieures de l’anima ou de l’animus est un travail très exigeant. (CG Jung, Les racines de la conscience)
L’intégration de ces contenus de nature contradictoire conduit aussi à l’exploitation positive dynamique de leurs structures paradoxales, et à leur conversion en matériaux susceptibles de produire par croisements de pensées des étincelles dans l’esprit, non seulement en soi-même, mais aussi dans tous les domaines de connaissances. Il ne s’agit plus de chercher à neutraliser leurs effets psychiques a priori négatifs, mais d’exploiter comme une source puissante d’énergie les paradoxes et les contradictions de l’être mis en valeur par l’ombre, la persona, l’anima et l’animus. Pour y parvenir, la conscience doit réussir non seulement à s’accommoder de leur présence en gardant l’œil ouvert sur leurs manifestations, mais elle doit aussi mentalement prendre du recul tel un artiste en création en accommodant son regard pour contempler son œuvre avec plus ou moins de précision, ou un photographe modulant la focale de son appareil en s’attachant à ce que la vie lui offre à contempler dans l’instant.
Dans cette phase de l’Œuvre alchimique intérieure, la matière se renouvelle de manière cyclique en passant à maintes reprises du noir au blanc, processus symbolisé par l’Ouroboros. C’est ainsi que l’anima chez l’homme et l’animus chez la femme se dévoilent peu à peu en eux-mêmes et qu’ils sont intégrés véritablement en conscience, métamorphosant les hommes et les femmes qui l’acceptent en êtres doubles androgynes. Ils sont alors désormais aptes à jouir des prérogatives des êtres spirituels qui se laissent pousser des ailes et sont aspirés avec délice en leur propre dimension cosmique, une plénitude que leur avait confisqué et interdit de vivre spirituellement le dogme monothéiste d’inspiration masculine et patriarcale. Chaque Maçonne et Maçon sait pareillement que le bien-être est un état qui se travaille et se mérite, à condition d’oser se connaître soi-même, se commander à soi-même, et de convertir cette « discipline » de la connaissance alchimique en « Devoir ».
Samedi 24 mai 2025 à 14h30, les Archives départementales de Marseille (18-20 rue Mirès, 13003 Marseille) accueilleront une conférence publique exceptionnelle organisée par l’Ordre Initiatique et Traditionnel de l’Art Royal (OITAR). Sous le thème « Franc-Maçonnerie, un art du vivre ensemble », cet événement, animé par Thomas Denicourt, Grand Maître Général de l’OITAR, vise à ouvrir un dialogue avec le grand public pour démystifier la franc-maçonnerie et partager ses valeurs humanistes.
L’objectif de cette conférence est clair : aller à la rencontre des non-maçons pour leur expliquer la démarche de l’OITAR, faire connaître sa réalité au-delà des clichés souvent associés à la franc-maçonnerie, et informer sur ses orientations et engagements. Comme l’explique l’OITAR, cette démarche vise à permettre un progrès à la fois personnel et collectif, en encourageant ses membres à devenir des femmes et des hommes
« ouverts, lucides et responsables dans la cité ».
Thomas Denicourt Grand Maître Général de l’OITAR
Thomas Denicourt explorera comment la franc-maçonnerie, en particulier au sein de l’OITAR, propose un cheminement initiatique qui transforme le regard sur soi, sur les autres et sur le monde, adoptant une perspective humaniste. Ce « changement de regard » se traduit par une manière d’être et de vivre en harmonie, tant avec soi-même qu’avec ce qui nous dépasse.
Un temps d’échange avec les participants est prévu à l’issue de la conférence, offrant une occasion unique de poser des questions et d’approfondir les réflexions suscitées par les propos du Grand Maître Général. Cette interactivité reflète la volonté de l’OITAR de créer un véritable dialogue, dans un esprit de transparence et de partage.
L’OITAR : une tradition initiatique ancrée dans l’histoire et l’humanisme
L’Ordre Initiatique et Traditionnel de l’Art Royal, fondé sur des principes initiatiques et spirituels, regroupe environ 90 loges en France et à l’étranger, notamment à Madagascar, au Portugal, en Belgique et au Canada. S’inspirant de courants de pensée anciens – tels que les bâtisseurs de cathédrales, l’alchimie ou encore la philosophie des Lumières du XVIIIe siècle – l’OITAR propose une réflexion analogique qui aide ses membres à mieux se découvrir et se construire. Cette approche permet également de retrouver dans l’histoire humaine des « invariants de la nature humaine », des valeurs intemporelles qui guident la quête de sens et d’harmonie.
L’OITAR se distingue par son engagement humaniste et son ouverture à la diversité des pensées, tout en restant fidèle à une tradition maçonnique rigoureuse. À travers cette conférence, l’Ordre souhaite démontrer comment la franc-maçonnerie peut être un « art du vivre ensemble », un outil pour bâtir des relations justes et harmonieuses dans un monde souvent marqué par les divisions.
Un contexte maçonnique riche en mai 2025
Cette conférence s’inscrit dans un mois de mai 2025 particulièrement dynamique pour la Franc-maçonnerie. Le 5 mai, Emmanuel Macron a marqué l’histoire en visitant la Grande Loge de France (GLDF) à Paris, où il a salué le rôle des francs-maçons dans la défense de la laïcité (Le Parisien). Le 10 mai, à Gémenos, la GLDF a proposé une journée de dialogue autour de l’histoire et de la spiritualité maçonnique (Destimed). Enfin, le 16 mai, une vente aux enchères dédiée à la franc-maçonnerie et au compagnonnage a eu lieu à Cannes, mettant en lumière des objets historiques et symboliques (Cannes Enchères). Ces événements témoignent d’une volonté croissante des obédiences maçonniques de s’ouvrir au public et de clarifier leur rôle dans la société contemporaine.
Un message universel dans un monde en quête de sens
La conférence de l’OITAR intervient également dans un contexte spirituel marqué par l’élection récente du pape Léon XIV (Robert Francis Prevost) le 8 mai 2025. Dans son discours inaugural, le nouveau pape a lancé un « appel de paix à tous les peuples » (Le Figaro), un message qui résonne avec les idéaux de fraternité et d’harmonie prônés par l’OITAR. Cependant, les relations entre l’Église catholique et la Franc-maçonnerie restent tendues, l’Église maintenant sa position d’incompatibilité doctrinale (Catholic Herald, 2023).
La conférence de Thomas Denicourt pourrait donc offrir une perspective alternative, montrant comment la Franc-maçonnerie peut contribuer à un vivre-ensemble apaisé, malgré ces divergences historiques.
Informations pratiques pour assister à la conférence
La conférence se tiendra aux Archives départementales de Marseille, un lieu facilement accessible par les transports en commun :
Métro : Ligne 2, station Désirée Clary
Tramway : T2 et T3, terminus Arenc Le Silo
Bus : Lignes 35 (arrêt Le Silo), 70 et 82 (arrêt Euromed Arenc)
Cars : Arrêt Arenc Le Silo, ligne 49 pour Aix-en-Provence
Pour les cyclistes : Cycloparc Quai d’Arenc (97 emplacements, casiers, bornes de recharge) et station vélo n°3322 (32 rue de Chanterac, 13003 Marseille)
Pour toute question, l’OITAR peut être contacté à l’adresse pm@oitar.info.
Une invitation à la découverte et à la réflexion
Cette conférence publique est une occasion rare de découvrir la franc-maçonnerie sous un jour nouveau, loin des idées reçues. En présence de Thomas Denicourt, les participants pourront explorer les valeurs humanistes et initiatiques de l’OITAR, comprendre comment cette tradition tricentenaire peut répondre aux enjeux contemporains, et échanger directement avec le Grand Maître Général. Que vous soyez curieux, sceptique ou passionné, cet événement promet une réflexion profonde sur l’art du vivre ensemble et sur la place de l’humanisme dans notre société.
Rendez-vous le 24 mai à 14h30 à Marseille pour un après-midi d’échanges et de découverte.
Dans ce troisième et dernier volet de notre série sur le Troisième Œil et la Franc-Maçonnerie, nous approfondissons la connexion entre l’ouverture du troisième œil, l’éveil de la conscience et le chemin initiatique proposé par la franc-maçonnerie. Ce voyage spirituel, qui transcende les limites du monde matériel, nous invite à lever le voile des illusions pour accéder à une vérité universelle, un thème central tant dans les traditions spirituelles que dans les enseignements maçonniques.
Le Troisième Œil : une clé pour transcender la perception ordinaire
Le concept du troisième œil, profondément ancré dans de nombreuses traditions spirituelles, est un symbole puissant d’éveil spirituel. Situé symboliquement sur le front, entre les sourcils, il est considéré comme le centre de l’intuition, de la perception extrasensorielle et de la sagesse supérieure. Dans des religions comme l’hindouisme ou le bouddhisme, ouvrir le troisième œil signifie lever le voile qui obscurcit notre perception, nous empêchant de voir le « monde réel » – une réalité qui va au-delà du physique, des sens et de la raison.
Le troisième œil est intimement lié à l’ouverture de la conscience, car il permet une vision intérieure qui transcende les limites des yeux physiques. Contrairement à la perception sensorielle, qui se limite au toucher, à l’ouïe ou à la vue, cette vision intérieure offre une compréhension profonde du chemin initiatique, une connaissance intérieure qui échappe à l’intellect. Elle nous connecte à la Grande Énergie Universelle, une force universelle que les francs-maçons nomment souvent le Grand Architecte de l’Univers (GADU), et d’où émane une sagesse qui dépasse les capacités de l’esprit rationnel. Comme le souligne l’article, « une compréhension très profonde s’ouvre à nous, au-delà de l’intellectuel ».
L’éveil spirituel : un chemin vers l’unité et la transcendance
Une porte mystérieuse – Escalier qui monte vers la porte de la Lumière
Ouvrir le troisième œil, c’est bien plus qu’accéder à une perception accrue : c’est un processus de croissance spirituelle qui conduit à une profonde connaissance de soi. « Me connaître », comme le dit l’article, signifie devenir pleinement conscient de ses pensées et de ses actions, un précepte qui résonne avec l’adage maçonnique « Connais-toi toi-même ». Cet éveil s’accompagne d’un sentiment d’unité avec le Tout, une connexion intime avec la Grande Énergie Universelle, qui transcende les divisions et les dualités du monde profane. C’est un état de transcendance, où l’individu se sent uni à l’Un, à la source de toute vie.
Cependant, ce chemin spirituel n’est pas sans écueils. L’article met en garde contre le danger de l’ego spirituel, une distorsion qui survient lorsque l’individu, faute d’un niveau de conscience suffisamment élevé, interprète les enseignements spirituels sans réelle compréhension. Cela peut conduire à un désir de domination, à une quête de pouvoir ou à un contrôle sur les autres – des dérives observées dans certaines pratiques religieuses mal comprises. Pour éviter ce piège, la pratique de la méditation ou du yoga est essentielle. Ces disciplines permettent d’équilibrer cette connaissance profonde, de cultiver l’humilité et de se prémunir contre les illusions de l’ego.
La Franc-Maçonnerie : un chemin initiatique vers la vérité
La franc-maçonnerie s’inscrit pleinement dans cette quête d’éveil spirituel. Comme le souligne l’article, les maçons sont des « bâtisseurs de l’édifice moral de la perfection humaine », cherchant à se libérer des limites de la matière pour atteindre un état de conscience supérieur. Les outils symboliques du maçon – le Niveau, le Fil à Plomb, le Compas et l’Équerre – sont des emblèmes de cette quête, représentant les vertus et les principes qui guident le franc-maçon sur le chemin de la lumière.
Le parcours maçonnique est structuré en 33 degrés, chacun apportant de nouveaux enseignements, symboles et connaissances. Ces étapes ne se mesurent pas en termes de temps, mais en fonction du niveau de conscience de l’individu. L’initiation, moment clé de l’entrée en franc-maçonnerie, est une mort symbolique au monde profane, suivie d’une résurgence sur le chemin spirituel. Ce processus symbolise la transformation et la transcendance de la conscience, un passage vers une nouvelle manière d’être et de percevoir le monde.
Les rituels maçonniques, riches en allégories et métaphores, invitent à une réflexion profonde. Le franc-maçon est encouragé à méditer sur ces symboles, à les interpréter selon son propre niveau de conscience, et à en extraire la sagesse qu’ils contiennent. Comme le précise l’article, « tous les enseignements symboliques conduisent le maçon à la recherche de la vérité, à la connaissance de lui-même et de l’Univers ». L’objectif ultime de ce cheminement est d’ouvrir le troisième œil, c’est-à-dire d’éveiller la conscience pour atteindre une transformation intérieure profonde.
Transcender la dualité : la liberté véritable
L’un des messages centraux de cet article est la nécessité de transcender la dualité, un concept qui domine le monde profane et qui est à l’origine de nombreuses souffrances. Comme le souligne la citation de Borja Vilaseca,
« paradoxalement, le désir et l’attachement sont les racines d’où naissent la peur, l’anxiété et la souffrance ».
Lune et Soleil
La dualité – bien/mal, lumière/obscurité, moi/l’autre – nous enferme dans des illusions qui obscurcissent notre perception de la vérité. Le franc-maçon qui ne parvient pas à dépasser cette dualité reste prisonnier de l’ego, du dogmatisme et du fanatisme, et ne peut saisir la profondeur des enseignements maçonniques.
La franc-maçonnerie se présente ainsi comme un chemin vers la liberté véritable, une liberté qui s’obtient en se détachant des croyances profanes, des ambitions excessives et de l’hypocrisie. En ouvrant sa conscience, le franc-maçon réalise qu’il ne s’agit pas d’« aller vers » la Grande Énergie Universelle, mais de reconnaître que nous en faisons déjà partie. Comme le dit l’article, « nous et Lui sommes Un », un message qui résonne avec les paroles de Jésus dans l’Évangile de Jean (8:32) : « La vérité vous rendra libres ». Cette vérité, c’est la prise de conscience de notre unité avec le Tout, une réalité que le troisième œil nous permet de percevoir en levant le voile des illusions.
La méditation : une pratique essentielle pour l’éveil
La méditation joue un rôle crucial dans ce processus d’éveil. Elle permet de nous reconnecter à l’état primordial, de nous rappeler la nature divine de la vie, et de nous protéger des dangers de l’ego. En méditant, le franc-maçon apprend à écouter sa voix intérieure, à cultiver l’humilité et à se libérer des attaches matérielles qui obscurcissent la conscience. L’article insiste sur le fait que l’esprit est pur par nature : il ne s’agit pas d’« évoluer spirituellement », mais de lever le voile qui nous empêche de voir cette pureté originelle. Ce voile, tissé par l’ego, le dogmatisme et le fanatisme, est l’obstacle principal à l’éveil spirituel.
Un chemin vers la lumière et la liberté
Le troisième œil, en tant que symbole d’éveil spirituel, est une invitation à transcender la perception ordinaire pour accéder à une compréhension profonde de la réalité. En franc-maçonnerie, il incarne l’ouverture de la conscience, un processus initiatique qui conduit à la connaissance de soi, à la vérité et à la liberté. À travers ses rituels, ses symboles et ses enseignements, la franc-maçonnerie offre un chemin pour se libérer des illusions de la dualité, du dogmatisme et de l’ego, et pour se reconnecter à la Grande Énergie Universelle, dont nous faisons tous partie.
Dans un monde marqué par les divisions et les distractions matérielles, ce message est plus pertinent que jamais. Comme le rappelle l’article, « la vérité vous rendra libres » – une vérité qui ne s’atteint pas par la raison, mais par l’éveil de la conscience, par l’ouverture du troisième œil.
Que ce soit à travers la méditation, la réflexion sur les symboles ou le cheminement initiatique, la franc-maçonnerie nous guide vers cette lumière intérieure, nous invitant à devenir des êtres libres, lucides et en harmonie avec l’Univers.
Nous sommes en 1348. Une année de bascule. L’Histoire tangue sous la peste et la guerre, sous l’éclat noir d’une épidémie qui ronge les corps mais réveille les âmes. C’est là, dans cette fissure ouverte au cœur de la nuit médiévale, que Gilles Tourman inscrit son roman, Sous l’aile du phénix. Non pas une fresque historique, mais une traversée initiatique. Une œuvre en forme de miroir, dans lequel le lecteur – s’il accepte d’y plonger – découvre que l’effondrement n’est peut-être qu’une alchimie. Un feu secret qui, derrière l’ombre, prépare l’envol.
Il y a dans ce roman une tension palpable, mais ce n’est pas celle du suspens. C’est celle, plus rare, plus intérieure, d’un monde en transformation, d’une âme en transmutation. Gilles Tourman, ancien policier, connaît le prix du réel. Il n’écrit pas pour divertir, mais pour dévoiler. Dans cette fiction inspirée, où le merveilleux n’est jamais gratuit et le symbole jamais décoratif, il compose un chant dramatique dont les harmoniques sont ceux de l’ésotérisme juif, du compagnonnage, de la mystique chrétienne et d’une sagesse populaire venue du fond des âges. Il faudrait parler ici de conte initiatique, de roman de la ruine et de la lumière, de récit d’apprentissage choral où trois voix s’élèvent – celle de Myriam ben Mordekhaï, de Guibert Conchel, et d’Ancelin de Mortefoy –, pour mieux faire entendre le chant d’un monde en gestation.
Dès les premiers chapitres, nous sommes mis en ambiance. « Qui maîtrise la peur, domine le monde », gloussera la sorcière, sans cesser de touiller une mixture inquiétante. Une phrase tombée comme un oracle sur Myriam, la jeune fille aux yeux d’émeraude, à qui s’adresse cette figure mi-mythique mi-mystique, entre guérisseuse et prophétesse. La potion qu’elle prépare – peut-être à base de jusquiame, cette plante vénéneuse connue des anciens, contenant atropine, hyoscyamine et scopolamine – n’est pas anodine. Elle agit comme un symbole distillé : celui d’un monde où l’on se soigne autant qu’on s’empoisonne, où la frontière entre vérité et hallucination s’amincit, où la survie exige le pacte avec les forces obscures de la connaissance.
À Provins, cité de foire et de peste, la jeunesse de ces trois figures ne les empêche pas de traverser les épreuves les plus rudes. Mais si les épreuves sont nombreuses, elles ne sont pas gratuites. Elles sont autant de voyages initiatiques, à la manière des anciens grades maçonniques. Le lecteur éclairé y reconnaîtra les trois colonnes du Temple : Sagesse dans l’innocence inquiète de Myriam, Force dans la bonté laborieuse de Guibert, Beauté dans la quête douloureuse d’Ancelin, héritier brisé d’une lignée noble, frère d’un évêque aux ambitions papales.
Le roman se joue sur plusieurs plans. Il y a le plan historique – la peste noire, l’effondrement du système féodal, la guerre de Cent Ans. Il y a le plan symbolique – les signes, les visions, les présages, la parole cachée. Il y a surtout le plan intérieur, celui du réveil des consciences. Gilles Tourman excelle à lier les trois, à faire de l’Histoire une parabole, du quotidien une épreuve, de l’initiation une nécessité. Car il ne s’agit pas de survivre seulement, mais de s’éveiller. D’oser, dans les ruines du monde, chercher ce que Salomon ben Samuel, l’alchimiste, nomme avec douceur « le monde derrière le monde ».
Ce Salomon, figure d’un savoir ancien, transmet sans imposer. Il évoque les rabbins errants, les sages du Zohar, les alchimistes du midi. Il ne détient pas la vérité : il invite à la quête. Il est celui qui montre la porte, mais ne la pousse pas. À ses côtés, la jeune Myriam devient l’initiée. Elle reçoit la parole, la transmue, rit de l’absurde, voit clair dans la nuit. Avec elle, la figure du féminin sacré rayonne : ni soumise ni périphérique, mais pivot essentiel de la compréhension du monde. Comme souvent dans les récits initiatiques, c’est elle qui voit en premier, c’est elle qui rassemble les fils.
Ancelin, adolescent noble écartelé entre le monde ancien et ses illusions, et le monde nouveau encore informe, incarne cette humanité en balance. Par ses yeux, nous voyons vaciller les repères : chevalerie dévoyée, foi pervertie, savoirs oubliés. Guibert, le compagnon, est quant à lui l’homme du chantier : ancré, généreux, porteur de cette fraternité de métier qui fleure bon les anciens Devoirs. Il n’a pas lu les livres, mais il sait. Il construit sans le dire, il écoute sans juger, il avance.
L’écriture de Gilles Tourman est dense, mais jamais lourde. Elle serpente comme un fleuve souterrain, avec ses tourbillons, ses rumeurs, ses éclats. Elle est imprégnée de cette musicalité intérieure qui ne s’apprend pas : elle se reçoit, elle se respire. Les dialogues, souvent brefs, contiennent des aphorismes yiddish, des éclats d’humour, des vérités désarmantes. Ils rappellent que dans le chaos, il reste la parole – et que la parole peut être un viatique.
La trame narrative progresse comme une Loge se déploie : les épreuves s’enchaînent, les masques tombent, les vérités se dessinent. Chaque chapitre est un degré, une marche vers la compréhension. Et si l’intrigue elle-même, au fil des 28 chapitres, nous mène de l’automne au cœur de l’hiver, c’est que ce 25 décembre n’est pas anodin. Il n’est pas que la date d’un siège ou d’un solstice : il est, dans le silence de la nuit, l’annonce d’une naissance. Peut-être pas celle d’un enfant-roi, mais celle d’une conscience transfigurée.
Sous l’aile du phénix, ce n’est pas la mort qui triomphe, c’est la mutation. La cendre n’est pas un échec : elle est l’annonce d’une élévation. Et comme dans tout voyage initiatique, les protagonistes ne sont plus les mêmes à la fin qu’au commencement. Nous non plus. Gilles Tourman ne nous offre pas une simple lecture, mais un miroir : qu’y voyons-nous ? Des figures historiques ? Des archétypes ? Ou bien notre propre reflet, en quête d’un feu qui ne consume pas mais éclaire ?
Gilles Tourman, né en 1955, conjugue la rigueur de son passé de policier avec une sensibilité d’écrivain nourri de spiritualité et d’Histoire. Avec Sous l’aile du phénix, il livre sans doute son texte le plus symbolique, où l’épreuve devient élan, et la ruine, promesse.
Ce livre, pour qui sait lire entre les lignes, est un rituel. Une invitation à renaître de ses cendres.
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