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La lumière en héritage : Le Suprême Conseil de France, deux siècles d’Écossisme vivant

Nous entrons dans ce livre comme on franchit une porte de Temple, dans le silence habité où l’odeur de la cire et du bois ciré dispose l’âme au travail, et déjà des noms se lèvent comme des colonnes vivantes, des voix reviennent du fond des siècles, des regards se croisent, et nous comprenons que nous ne tenons pas seulement entre les mains un volume d’histoire mais une constellation de destins qui composent la voûte d’un Orient intérieur.

LE SUPRÊME CONSEIL DE FRANCE 1804 - 2025 Un essai biographique
LE SUPRÊME CONSEIL DE FRANCE 1804 – 2025 Un essai biographique

Le Suprême Conseil de France s’impose comme une institution vivante, traversant les époques et assurant la continuité d’une lignée écossaise, juridique et mystique, savante et fraternelle.

Publié aux Éditions Numérilivre en 2025, l’ouvrage de Jean-Pierre Thomas compte trois cent soixante douze pages et propose au lecteur une traversée de deux siècles et plus que nous lisons comme un rituel de mémoire. Nous sortons de cette lecture convaincus que la biographie, lorsqu’elle épouse le rythme d’une Tradition, cesse d’être un simple relevé de faits pour devenir une méthode de connaissance, une anamnesis, un art d’assembler des pierres dispersées afin que la lumière circule de nouveau entre elles.

Jean-Pierre Thomas a choisi la forme du portrait pour approcher le cœur de l’institution. Nous suivons les Souverains Grands Commandeurs, leurs proches, leurs pairs, leurs collaborateurs, autant de visages qui forment la chaîne d’union d’un gouvernement symbolique dont la responsabilité majeure est d’assurer l’équilibre du Rite Écossais Ancien et Accepté (REAA) sur le territoire de France. Cette responsabilité ne se résume pas à l’administration des degrés ou à la garde d’archives, elle tient d’une magistrature morale qui se reçoit et se transmet, elle suppose la juste alliance de l’autorité et du service, elle exige la probité d’un esprit et la patience d’un artisan. Au fil des pages, nous voyons se dessiner la dialectique délicate entre la verticalité initiatique et l’horizontalité fraternelle, entre la fidélité aux sources du Rite et l’attention aux circonstances historiques, entre l’unité de principe et la diversité des parcours. Cette dialectique, l’ouvrage la rend sensible par une écriture qui ne force jamais la gloire mais qui sait reconnaître l’exemplarité lorsqu’elle s’impose.

Nous avançons d’époque en époque et l’histoire générale se superpose à l’histoire du Rite. Nous entendons le fracas des mutations politiques, l’Empire qui s’installe puis s’effondre, la Monarchie qui revient puis s’éteint, la République qui s’affermit, les idéaux qui se heurtent, les guerres qui dévastent, l’Occupation qui éprouve la conscience et contraint à la clandestinité, la Libération qui demande des comptes, la reconstruction matérielle et morale qui s’ensuit. Le Suprême Conseil de France n’est jamais une tour d’ivoire, il respire avec la cité et consent à cet étrange labeur qui consiste à garder la flamme au milieu des vents contraires. Nous pensons alors au caractère initiatique de l’épreuve historique, nous y reconnaissons cette pédagogie secrète par laquelle une institution apprend à se convertir sans se renier, à se réformer sans se dissoudre, à s’ouvrir sans se perdre. L’auteur évite les simplifications commodes, il montre des hommes qui doutent, qui choisissent, qui négocient avec l’inexorable, et c’est cette humanité qui donne au livre sa densité de vérité.

Jacques Rozen Souverain Grand Commandeur du Suprême Conseil de France

La trame biographique ne se réduit pas à une galerie de portraits. Elle devient une topographie du symbolique. Ici un frère incarne la force de l’équerre, là un autre épouse l’arc du compas, ensemble ils décrivent un cercle qui protège le travail de tous. Nous voyons la rose éclore au cœur de la croix et nous savons que cette image n’est pas une figure d’esthète mais la marque d’une alchimie intérieure qui transmute l’autorité en service et la doctrine en amour de l’humain. L’Écossisme que célèbre le livre n’est pas un mot d’école, il se manifeste comme une discipline de l’esprit et du cœur, une fidélité à la promesse d’universalité que les constitutions historiques ont formulée et que les Convents successifs ont cherché à faire rayonner. Le souvenir de Lausanne nous accompagne, non comme un monument que l’on vénère, mais comme une source vive où se retrempe l’exigence d’un rite capable de parler à tous les continents de l’âme. Nous sentons combien l’idéal humaniste n’est pas un supplément de discours, il est l’armature de ces vies offertes au bien commun du rite.

La force du livre tient à la manière dont la mémoire des noms devient un instrument de discernement pour notre présent. Lire ces portraits, c’est apprendre à reconnaître ce que veut dire exercer un pouvoir sans cesser d’être frère, diriger sans s’éloigner de l’atelier, rendre des décisions et rester soumis à la loi intérieure qui nous dépasse. La biographie se fait miroir et mise au point, elle corrige notre regard, elle nous détourne des mythologies faciles, elle nous rend attentifs à ces petits gestes de probité qui font les grandes fidélités. Nous ressortons plus vigilants et plus confiants, nourris par ces existences qui n’ont pas toujours connu la gloire mais qui ont patiemment tenu la lampe, nuit après nuit, afin que la relève trouve le chemin.

La prose de Jean-Pierre Thomas possède la tenue qui convient lorsque l’on approche une institution qui touche au sacré de la conscience. Nous entendons l’érudit qui a longuement fouillé les fonds et confronté les traces, mais nous entendons surtout l’homme de Tradition, celui qui sait que les documents ne vivent pas sans l’âme qui les anime. Ce double mouvement donne au livre une allure de pierre d’angle qui soutient une façade et révèle un axe. Le choix de la biographie n’est pas un artifice, il épouse la structure initiatique elle-même, car le Rite Écossais Ancien et Accepté avance par étapes qui sont autant de métamorphoses personnelles. Chaque vie rapporte à sa manière la conquête d’une vertu, la clarification d’un devoir, l’acceptation d’un renoncement, et l’ensemble compose un itinéraire collectif qui ressemble à une montée vers un Orient intérieur. Le lecteur maçon en reçoit un bénéfice immédiat, il y puise des modèles, mais aussi des avertissements, et cet équilibre entre l’éloge et l’examen de conscience donne au livre sa grande utilité initiatique.

Jean-Pierre Thomas

Nous devons dire un mot de l’auteur lui-même, car sa trajectoire éclaire son propos. Jean-Pierre Thomas s’est imposé au fil des années comme un écrivain de la franc-maçonnerie écossaise, attentif à la rigueur documentaire et à la respiration symbolique. Plus d’une cinquantaine d’ouvrages portent sa signature, et la reconnaissance ne s’est pas fait attendre avec des distinctions venues de sphères savantes exigeantes, preuve que sa méthode sait convaincre au-delà des cercles familiers.

Nous savons son engagement durable dans la revue Points de Vue Initiatiques (PVI), où sa compétence historique s’unit à une écoute de la vie rituelle. Nous savons aussi ses responsabilités assumées dans l’orbite de la Grande Loge de France, responsabilités qui n’ont pas durci son regard, bien au contraire elles l’ont affiné par la fréquentation du réel. Avant ce livre, il a consacré un travail précieux aux Grands Maîtres de la Grande Loge de France, puis il a accompagné le bicentenaire de la Grande Loge centrale devenue Grande Loge de France, et nous comprenons qu’avec ce nouvel essai, il clôt provisoirement une trilogie qui embrasse la Maison écossaise dans sa souveraineté, sa régularité de cœur et sa continuité de service. Cette biographie implicite de l’auteur se lit en filigrane de son écriture, elle donne confiance dans la rectitude de son approche et dans la justesse de ses choix.

Le livre rappelle avec sobriété la place du Suprême Conseil de France dans l’histoire générale du Rite, notamment sa précocité au regard des structures écossaises du monde, et nous mesure combien cette antériorité n’est pas une vaine fierté. Elle oblige, elle invite à la hauteur, elle appelle à la vigilance, car ce qui fut donné au commencement doit être gardé sans crispation mais avec une fermeté douce, en gardiens de source plutôt qu’en propriétaires de fleuve. Cette conscience de l’héritage fonde une éthique de la décision, elle protège des emballements, elle dissuade des guerres de préséance. Jean-Pierre Thomas n’insiste jamais de manière appuyée, pourtant sa composition nous conduit à cette conséquence pratique. Nous lisons et nous nous sentons appelés à une sobriété de gouvernement, à une amitié de travail, à un usage mesuré du prestige, qui correspond à la vertu du Rite Écossais lorsqu’il se souvient que la dignité la plus haute consiste à s’effacer devant la lumière.

SCDF

Nous avons aimé la manière dont l’auteur laisse affleurer des détails sensibles qui donnent chair à ces existences. Une signature ferme au bas d’une décision délicate, une parole tenue quand la tempête incitait à se taire, un geste de discrétion qui a sauvé un frère, une intuition doctrinale qui a permis d’éviter une fausse querelle, ces notations ne sont jamais gratuites. Elles composent la morale concrète d’un pouvoir initiatique, elles disent que la supériorité n’est pas une hauteur mais une profondeur, une capacité à descendre en soi pour écouter ce qui doit être entendu. Cette morale nourrit la conscience du lecteur et lui rappelle que la franc-maçonnerie n’est pas un théâtre d’apparences mais une école d’humilité, où l’on apprend à régler ses passions et à ordonner ses pensées, afin que l’outil frappe juste et que la pierre prenne la forme convenable.

L’ouvrage devient alors une aide précieuse pour le travail des loges et des ateliers de hauts grades. Nous pouvons y puiser des matériaux pour des planches de réflexion, non pour répéter des notices biographiques, mais pour interroger la manière d’exercer une charge, la manière de susciter des héritiers, la manière de tenir une ligne lorsque la pression du temps rend tout vacillant. La lecture met en mouvement, elle donne envie de rectifier ce qui doit l’être, elle rend à chacun le sens de sa part dans la grande architecture. Les plus jeunes y verront des aînés qui ne se contentent pas d’être des portraits au mur, ils deviennent des compagnons de route qui parlent encore. Les plus anciens y trouveront une confirmation que la patience et la droiture finissent par porter du fruit, si l’on consent à travailler longtemps sans chercher la lumière pour soi.

Nous remercions Jean-Pierre Thomas d’avoir écrit un livre qui réhabilite la grandeur discrète. Nous sortons de ces pages avec une gratitude de disciple, car la mémoire des noms nous a rééduqués. Nous savons mieux ce qu’il faut demander à une institution écossaise, nous savons mieux ce qu’il faut lui offrir. L’ouvrage ne flatte pas, il élève. Il nous fait aimer cette tradition qui ne se paie pas de mots, qui préfère la preuve au discours, le service à l’affichage, la durée à l’éclat. Nous refermons le volume et nous entendons cette exhortation muette, continuer à tenir la lampe, continuer à faire passer le feu, continuer à faire que la chaîne ne se rompe pas.

Il demeure enfin ce sentiment d’une concorde possible entre l’exigence historique et l’ardeur initiatique. Le livre prouve que la connaissance précise des lignées n’éteint pas l’élan de l’esprit, bien au contraire elle lui donne un socle. La vérité y gagne en densité, la fraternité y gagne en justesse, la liberté y gagne en courage. Au moment où la famille écossaise se souvient de Lausanne et interroge son avenir, cette biographie du Suprême Conseil de France nous paraît une réponse de haute tenue. Elle nous enseigne que l’exemplarité n’est pas un mot de pierre mais un mouvement du cœur qui se transmet par des vies données. Nous en sortons ragaillardis dans notre désir de construire et apaisés dans notre manière d’habiter la tradition. Que ce livre circule de main en main, qu’il prenne place sur les tables de loge, qu’il soutienne des méditations discrètes, et qu’il soit pour chacun une invitation à l’ascèse fraternelle. Ainsi la mémoire deviendra avenir, et la pierre se laissera polir jusqu’au moment où la lumière passera sans obstacle.

LE SUPRÊME CONSEIL DE FRANCE 1804 – 2025 Un essai biographique

Jean-Pierre ThomasPréface de Jacques RozenSouverain Grand Commandeur du Suprême Conseil de France

Éditions Numérilivre, 2025, 372 pages, 28 €

Le processus d’individuation en 6 étapes de Carl Gustav Jung

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LE TRAUMA (1/6)

Les traumas parsèment de rides la peau des hommes et des femmes au fil des âges, et correspondent à des phénomènes et des évènements physiques et psychiques qui embellissent ou assombrissent leurs visages à mesure qu’ils marquent de leurs empreintes la mémoire et l’imaginaire. Leurs points et leurs traits reliés entre eux ressemblent à des charades et des dessins, pleins de sens pour qui sait jouer à les relier, et qui semblent même parfois évoquer et réécrire des mythes et des contes d’autrefois.

Carl Gustav Jung

Les mythes sont non seulement les révélateurs des mystères de la psyché humaine, mais aussi et surtout des accélérateurs de prises de conscience nécessaires à l’épanouissement de la conscience spirituelle. Ces niveaux progressifs d’initiation correspondent au processus d’individuation dans la psychologie analytique de C.G. Jung, durant lequel la psyché se régule, se développe, et se réorganise d’elle-même. Cette dynamique permet à la psyché de mieux s’adapter et s’intégrer à tout son environnement, et surtout d’atteindre et de révéler au plus profond de soi-même le Soi équivalent à l’Atman hindou.

Ce processus d’individuation se décline en six étapes qui correspondent sensiblement à six degrés de la Maçonnerie égyptienne : le trauma (51è Sublime Titan du Caucase), la découverte de la persona et sa différenciation (52è Sage du Labyrinthe), l’intégration des ombres (53è Chevalier ou Sage du Phénix), la rencontre des archétypes anima/animus (54è Sublime Scalde), l’expérience numineuse des archétypes (55è Sublime Docteur Orphique), et enfin la dialectique du Moi et de l’inconscient collectif ou archétypal (56è Pontife Sage de Cadmia). L’intégration en soi-même de ces différents états psychiques prédispose à vivre pleinement toute expérience spirituelle. (Méditations du Sphinx, Patrick Carré, Éditions GAMAYUN)

Le trauma, première étape vers l’individuation, sous-tend le mythe de Prométhée, figure centrale de ce 51è degré. Après la prise de pouvoir de Zeus au royaume des Dieux, contée par Hésiode dans sa Théogonie (VIIème siècle avant notre ère), les frères Prométhée et Épiméthée, deux Titans, sont chargés de créer les êtres vivants. Prométhée façonne le corps des hommes en mélangeant comme un potier sur son « tour » de la terre et de l’eau. Afin de parfaire sa création et la rendre définitive en durcissant ce mélange à la cuisson, il ne lui manque que le feu qui n’existe que sur le mont Olympe, domaine privé des Dieux.

Décidé plus que jamais à mener à bien sa mission, Prométhée prend le risque, avec la complicité d’Athéna, de pénétrer secrètement sur le mont sacré et de voler un tison de feu. Zeus s’aperçoit de la trahison du Titan en qui il avait toute confiance et le châtie en ordonnant à Héphaïstos, dieu du feu, d’enchaîner Prométhée sur un rocher dans les montagnes du Caucase. Un aigle vient chaque matin lui dévorer le foie, et son foie se reformant toutes les nuits, sa torture est infinie. Mais un jour, Hercule surgit et libère Prométhée de ses chaînes et abat l’aigle, exécutant ainsi l’un de ses douze travaux.

Vol du feu par Prométhée

Le conflit entre Zeus tout puissant et Prométhée le révolté apparaît dans la seconde partie de la Théogonie d’Hésiode, la première contant la cohabitation pacifique des hommes et des dieux, du visible et de l’invisible, comme chez les Anciens Égyptiens qui entretenaient avec leurs dieux un dialogue permanent ritualisé, à la fois en eux-mêmes et collectivement durant les cérémonies. À l’inverse, les dieux grecs se sont éloignés des hommes à mesure que les forces invisibles, qui sous-tendent et agitent l’imaginaire et le relient au réel, étaient découplées du monde visible par la « raison » omniprésente et omnipotente dans les pensées.

Le « coup d’état spirituel » de Zeus prenant le pouvoir sur l’Olympe symbolise cette prise de contrôle de la raison sur tous les types de pensées, en particulier sur les pensées intuitives les plus subtiles, et réduit la puissance des forces cosmiques activées par les dieux égyptiens à des jeux de rôles de dieux anthropomorphes. L’imaginaire y a perdu son rôle de courroie de transmission des forces à l’œuvre en soi-même et dans l’univers, mais y a gagné un rôle de miroir des jeux de forces exercées par la psyché, qui à défaut de pouvoir s’exprimer et s’extérioriser dans un monde purement rationnel, se transforme en nœuds de forces destinés à être dénoués, mais que paradoxalement la raison peine à comprendre et à dénouer.

Autrement dit, la raison dominatrice dans la psyché comme Zeus dans l’Olympe, tel un pompier pyromane, peine à éteindre l’incendie qu’elle a elle-même allumé. Zeus et la raison entendent priver les hommes du feu et s’en réserver l’usage, car l’homme s’en servirait pour faire « voler son esprit« , disent les alchimistes, et le libérer de sa gangue matérielle, et pour qu’il s’imprègne de « ce qui vient d’en haut », disent les Maçons à des degrés élevés d’initiation. En alchimie, l’esprit qui déploie ses ailes s’élève purifié par le feu intérieur maîtrisé et sublimé.

Prométhée et Epiméthée

Le rôle de Prométhée, dans ce processus alchimique, est écrit dans son nom même, car il dérive du substantif grec « προμηθής, promêtḗs, homme qui pense avant d’agir, le prévoyant » et du suffixe « εύς, eús, qui indique un agent, celui qui fait une action » indiquée par le verbe « prévoir« . Hésiode insiste sur cette valeur du mot en opposant Prométhée à son frère Épiméthée, « l’imprévoyant, celui qui réfléchit après coup« . Prométhée l’alchimiste prévoit ou pré-voit plus précisément de mettre en œuvre et d’entretenir l’action du feu durant les différentes phases de l’Œuvre de transmutation intérieure.

Il « projette » d’en réguler l’intensité pour que le feu corresponde aux différents degrés du feu philosophique, évitant ainsi aux initiés à l’œuvre qu’ils ne se brûlent à leur propre feu et ne tuent le germe qui est dans leur Materia Prima. Ce « régime du feu » correspond à une progression harmonique de degrés d’intensité, figuré en Égypte par les deux grandes plumes portées par Amon sur sa tête et par les « rémiges » (anagramme du mot « régime« ), les deux plus longues plumes du faucon Horus.

Etre magnétique

Prométhée dissimule le feu qu’il dérobe aux dieux dans la tige creuse d’une férule, une plante vivante reproduisant la structure naturelle des corps énergétiques des êtres vivants, des tubes creux de champs magnétiques générés par les courants électriques qui les parcourent, et des courants électriques induits en sens inverse par des champs magnétiques. Chez les Anciens Égyptiens, ils s’agit des ondes magnétiques du KHAT et des courants électriques du KHAIBIT, deux des neuf constituants de l’être égyptien.

Le KHAT constitue l’aura, un halo de lumière qui enveloppe le corps physique et reflète par ses couleurs et son intensité nos sentiments, nos pensées, nos états d’âme. Le KHAIBIT est constitué par le courant électrique qui circule dans des milliers de petits canaux d’énergie, de fins faisceaux lumineux appelés nadis dans la médecine ayurvédique, transportant l’énergie vitale, le « prana » en sanskrit. KHAT et KHAIBIT se régénèrent mutuellement et forment ensemble le corps éthérique, astral de l’être, décrit comme un double subtil du corps en occident, son aura de son vivant et son fantôme dans la mort.

Châtiment de Prométhée

Mais avant de s’élever tel un aigle à deux têtes au-delà de soi-même en conscience, Prométhée doit encore souffrir du châtiment ordonné par Zeus, le foie dévoré chaque jour par un aigle à une tête. Autrement dit, enchaîné à sa Pierre alchimique, il doit entretenir en lui-même un état mental cher aux grecs et aux artistes en création qui ont l’art, pour stimuler leur imaginaire, de souffrir du foie et d’entretenir en eux la mélancolie, mot transcrit du grec « μελαγχολία, melankholía » composé de « μέλας, mélas, noir » et de « χολή khōlé, la bile« . Les artistes de l’Art Royal ont ainsi l’art de faire couler en eux un filet de bile noire nécessaire à l’inspiration et au déclenchement de l’impulsion créatrice.

La mélancolie était considérée par les grecs comme une source de génie ou de folie permettant de faire le deuil d’un évènement, de renouveler le sens de la vie et de la réinitialiser, tout en se ré-initiant soi-même.

La bile salvatrice du trauma maintient actif le processus d’individuation dont la phase suivante est la découverte de la « persona » et de la « différenciation« .

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Visio-conférence pour explorer l’universel : la Grande Loge Numérique présente les actes du colloque S.EU.RE

Dans un monde interconnecté où les frontières s’estompent mais les identités se questionnent, la franc-maçonnerie européenne trouve un écho dans les échanges intellectuels transnationaux. Le mardi 16 septembre à 20h, la Grande Loge Numérique (GLN), plateforme innovante dédiée à la diffusion des savoirs maçonniques, organisera une visio-conférence internationale pour dévoiler la dernière publication de la Société Européenne d’Études et de Recherches Écossaises (S.EU.RE).

Ce volume, recueil des actes du colloque tenu à Bourges en novembre 2024 sur le thème « Le monde global est-il universel ? », promet un débat riche sur l’humanisme écossais à l’ère de la globalisation. Avec des intervenants de renom comme Alain de Keghel, Georges Lassous et Ysabeau Tay Botner, cet événement virtuel s’annonce comme un rendez-vous incontournable pour les initiés et les curieux de la pensée maçonnique.

La S.EU.RE : un pont humaniste entre les maçons d’Europe

Fondée en 2006 par Alain de Keghel, figure emblématique de la franc-maçonnerie française et ancien Grand Commandeur du Grand Collège des Rites du Grand Orient de France (GODF), la Société Européenne d’Études et de Recherches Écossaises incarne une ambition visionnaire : tisser des liens durables entre les maçons d’Europe et consolider une pensée humaniste écossaise, ouverte à tous sans exclusion. Diplômate de carrière, ayant servi dans des ambassades comme celles de La Haye, Bonn, Dakar, Tokyo et Washington, de Keghel a su infuser à la S.EU.RE son expérience internationale, faisant de cette société un espace de dialogue inclusif et multiculturel.

Fondée en 2006 par Alain de Keghel, figure emblématique de la franc-maçonnerie française et ancien Grand Commandeur du Grand Collège des Rites du Grand Orient de France (GODF), la Société Européenne d’Études et de Recherches Écossaises incarne une ambition visionnaire : tisser des liens durables entre les maçons d’Europe et consolider une pensée humaniste écossaise, ouverte à tous sans exclusion. Diplômate de carrière, ayant servi dans des ambassades comme celles de La Haye, Bonn, Dakar, Tokyo et Washington, de Keghel a su infuser à la S.EU.RE son expérience internationale, faisant de cette société un espace de dialogue inclusif et multiculturel.

Composée de 130 membres issus de divers pays – France, Pologne, Belgique, Italie, Portugal, Autriche, Suède, Turquie, Allemagne et au-delà –, la S.EU.RE transcende les obédiences pour promouvoir l’étude des rites écossais anciens et acceptés (REAA), tout en favorisant un humanisme laïque et progressiste. Sous la direction éditoriale de Georges Lassous, historien et chercheur passionné par les traditions maçonniques, la société publie annuellement la revue Kilwinning, nommée en hommage à la loge mère écossaise du XIIe siècle, considérée comme l’une des plus anciennes au monde. Édité en plusieurs langues avec des traductions soignées, Kilwinning – dont le numéro 16 est paru en juillet 2025 – aborde des thèmes comme l’éthique maçonnique, l’histoire des rites et les enjeux sociétaux contemporains, avec des contributions d’érudits tels que Roger Dachez ou Pierre Mollier.

Le colloque de Bourges : un débat sur l’universel dans un monde global

Le colloque « Le monde global est-il universel ? », organisé en novembre 2024 à Bourges en partenariat avec les Rencontres d’Aubigny et le Cénacle, a marqué un retour aux échanges en présentiel après la pandémie. Réservé aux initiés, cet événement a réuni des experts pour interroger la tension entre globalisation et universalisme humaniste. Les actes, désormais disponibles sur le site de l’éditeur Numerilivre – une plateforme innovante de publication numérique –, explorent comment les valeurs maçonniques, ancrées dans la tolérance et la quête de vérité, peuvent répondre aux défis d’un monde interconnecté mais fracturé.

Parmi les contributions phares, des analyses sur l’universalisme écossais face aux particularismes culturels, ou encore le rôle de la franc-maçonnerie dans la promotion d’une éthique globale sans dogme imposé. Édités avec une diffusion hybride (imprimé et numérique), ces actes s’inscrivent dans la lignée des volumes précédents de Kilwinning, comme le n°7 (2015) qui traitait de questions éthiques internationales. La publication, accessible via Numerilivre, reflète l’engagement de la S.EU.RE pour une diffusion large, au-delà des cercles initiatiques.

Une visio-conférence pour débattre et partager

La visio-conférence du 16 septembre, proposée par la Grande Loge Numérique – une initiative moderne favorisant l’accès virtuel aux savoirs maçonniques –, permettra de plonger au cœur de ces réflexions. Plusieurs auteurs des actes seront présents pour un débat interactif, répondant aux questions des participants connectés depuis l’Europe et au-delà. Alain de Keghel, fondateur visionnaire de la S.EU.RE, ouvrira les échanges, aux côtés de Georges Lassous, pilier éditorial de Kilwinning. Ysabeau Tay Botner – apportera une perspective féminine et contemporaine. Connue pour ses conférences sur l’engagement maçonnique et l’émergence du féminisme (comme celle de 2019 à Paris sur « Engagement maçonnique et émergence du féminisme »), Tay Botner.

Cet événement, gratuit et ouvert aux initiés via inscription sur le site de la GLN, s’inscrit dans une dynamique d’ouverture : il vise à consolider les liens européens tout en invitant à une réflexion sur l’universalisme maçonnique face à la globalisation. Comme le souligne de Keghel dans ses écrits, la franc-maçonnerie écossaise n’est pas une relique du passé, mais un outil vivant pour « tisser des liens entre maçons d’Europe » et promouvoir un humanisme sans exclusion.

Un humanisme écossais pour un monde en quête de sens

À l’heure où l’Europe fait face à des défis identitaires et géopolitiques, la S.EU.RE et sa revue Kilwinning rappellent la vocation de la franc-maçonnerie : un espace de dialogue rationnel et fraternel. La visio-conférence du 16 septembre n’est pas seulement une présentation ; c’est une invitation à débattre de l’universel dans un monde global, où les rites écossais – symboles de lumière et de perfection – pourraient éclairer les chemins de l’avenir. Pour participer, inscrivez-vous dès à présent sur le site de la Grande Loge Numérique. Un rendez-vous qui, à l’image de la spirale maçonnique, enroule passé et présent pour un futur partagé.

Lien de connexion Zoom

https://us02web.zoom.us/j/83577238846?pwd=xdCHD9sZrBgYLocNC9cpDB8UtcnAaa.1

ID de réunion: 835 7723 8846 – Code secret: 162000
Contact Grande Loge Numérique : glnum.contact@gmail.com
Contact S.EU.RE : seure.ytb@gmail.com

Le monde global est-il universel ? S.EU.RE – Actes du Colloque conjoint de 2024 Éditions
Numérilivre, 2025, 128 pages, 20 €

Sources :

https://www.gldf.org/le-monde-global-est-il-universel/
https://www.gldf.org/tag/yonnel-ghernaouti/

Programme prévisionnel de la soirée :

  • Ouverture pour la GL Numérique :     Maixent LEQUAIN
  • Présentation générale de la S.EU.RE  :    Ysabeau TAY BOTNER
  • Présentation du Colloque de Bourges et des Rencontres écossaises :     Georges LASSOUS
  • Présentation Générale des actes du colloque :     Alain de KEGHEL
  • Contribution de LEO URGEL :   La Déclaration universelle des DH et la situation actuelle : acquis et menaces
  • Contribution de Charles SUSANNE pour le Triangle Darwin :     Éthique environnementale et universalité
  • Contribution de Corinne PERCHET :     L’universel confronté à la littérature
  • Ouverture de la Discussion et propos liminaires par Yonnel GHERNAOUTI
  • Discussion débat avec les FFSS présents 

20/09/25 à 16h : Le patrimoine culturel et architectural de la Franc-maçonnerie à Metz

Une conférence proposée par Georges Troispoints dans le cadre des journées Européennes du patrimoine

Dans le cadre des journées Européennes du patrimoine, l’Association Georges Troispoints va proposer le samedi 20 septembre à 16h00 une conférence animée par Claude BUTTNER. Ce sera l’occasion, non seulement de découvrir les somptueux salons de Guise de la Mairie de Metz mais aussi d’écouter un érudit nous parler des rues, des façades devant les quelles nous passons chaque jour sans savoir, ni d’où elles viennent ni ce qu’elles veulent ou ont voulu dire.

Samedi 20 septembre 2025 à 16h00 dans les salons de Guise de la Mairie de Metz

Evidemment, il s’agit d’un Rendez-vous à ne pas manquer parce que Claude BUTTNER est un passionné de la ville de Metz, de la Moselle. Depuis 1970, il œuvre dans les instances associatives liées au patrimoine, et il devenu un acteur incontournable des différentes commissions territoriales agissant en faveur de la culture, du patrimoine historique du pays Messin. Son engagement est également reconnu par les différentes administrations puisqu’il est médaillé de Sport et jeunesse et du Tourisme. L’intérêt que porte Claude BUTTNER à l’environnement et au l’habitat de l’Homme rencontre en outre son enthousiasme pour l’histoire de la Région.

A n’en pas douter, Claude BUTTNER nous fera lever les yeux sur des façades devant lesquelles nous sommes passés 1000 fois. Il révélera les petites histoires qui nous permettent de mieux comprendre le monde dans lequel nous vivons. Il nous mettra sur la piste des indices du quotidien de nos aieux.

Claude BUTTNER a aussi pour objectif de montrer l’impact que les Francs-Maçons d’autrefois ont eu sur nos villes, sur nos murs et sur notre façon de vivre.

Mairie de Metz, construite de 1769 à 1771 par l’architecte Blondel

La Franc-maçonnerie et l’architecture

A première vue, on pourrit s’étonner de vouloir adosser la Franc-Maçonnerie et l’art de bâtir. Au contraire, il y a spontanément une conjonction d’idées : une idée comme un bâtiment se doit d’être solide dans le temps, on ne construit pas sa maison chaque matin. elle doit supporter et traverser les intempéries. Les grandes idées s’imposent aussi dans le temps et traversent les âges. Les idées et les murs solides supposent également qu’ils soient utiles et fonctionnels.

Un vieux pont qui ne permet plus de traverser une rivière ne sert à rien et il est abandonné. Il en est de même, à nouveau pour les idées. Dès lors qu’un concept n’a plus d’usage, on y fait moins référence. Lorsque les idées sont utiles et solides, étrangement elles deviennent belles, brillantes. elles s’imposent dans le temps et dans les esprits.

En tout cas, notre patrimoine porte les traces de nos prédécesseurs et certains étaient Francs-Maçons. Et leur marque si elle est discrète existe belle et bien. Voilà une belle ballade dans le temps que L’association Georges Troispoints propose.

20-21/09/25 : Journées européennes du patrimoine à la Grande Loge de France

Partout en France : poussons les portes, partageons la lumière !

Il est des week-ends qui ne sont pas de simples parenthèses, mais de véritables passages. Les 20 et 21 septembre, la Grande Loge de France (GLDF) ouvre largement ses Temples à l’occasion des Journées européennes du patrimoine (JEP).

Blason GLDF
Blason GLDF

En France – 24 sites -, des lieux d’ordinaire silencieux pour le monde profane se font hospitalité, conversation et transmission. Nous aimons ces instants où la pierre parle, où les symboles respirent, où la curiosité devient rencontre. Cette année, pas moins de vingt-quatre sites accueilleront le public, dessinant une cartographie de la tradition vivante, de la Bretagne aux rivages méditerranéens, des métropoles aux Orients plus discrets.

Grand Temple Pierre Brossolette
Grand Temple Pierre Brossolette

Rien d’une visite protocolaire. On entre, on regarde, puis très vite on écoute, on échange, on questionne. Des Frères guideront pas à pas, expliqueront l’architecture, dévoileront la portée symbolique des salles, des décors, des objets de mémoire. Des conférences rythmeront la journée, des expositions raconteront la longue histoire d’un humanisme initiatique qui a traversé les siècles sans perdre son souffle. Ici, la culture ne s’oppose pas au spirituel : elle lui donne un visage, une voix, une main tendue.

Jean-Raphaël Notton, Grand Maître de la Grande Loge de France
Jean-Raphaël Notton, Grand Maître de la Grande Loge de France

À Paris, le siège de la GLDF – rue Louis Puteaux – sera, comme toujours, un phare fraternel. Mais l’invitation s’adresse à toutes et tous, là où les Loges ont choisi d’ouvrir leurs portes. Nous entendons encore la parole simple du Grand Maître, Jean-Raphaël Notton : « Osez pousser nos portes ! Vous êtes les bienvenus. » La formule dit l’essentiel : l’initiatique n’est pas un retrait, c’est un chemin qui relie, un art du dialogue, un goût exigeant pour la vérité partagée.

Temple Franklin Roosevelt
Temple Franklin Roosevelt

Au-delà des clichés qui collent trop souvent à la franc-maçonnerie, ces JEP mettent en lumière des évidences discrètes : l’attention au détail, le respect du geste, l’écoute fraternelle. Nous savons combien un Temple, lorsqu’il s’ouvre à la cité, devient un espace de médiation et de paix. On y dépose ses préjugés comme on dépose ses armes, on y reprend souffle, et l’on découvre que nos outils – équerre, compas, maillet – sont d’abord des invitations à mieux bâtir notre humanité.

Tout au long du week-end, chacune et chacun pourra vivre l’expérience à son rythme : participer à des visites guidées, découvrir l’architecture et apprendre la symbolique de ces lieux ; assister à des conférences et des expositions qui éclairent le rôle de la Franc-Maçonnerie dans l’histoire et la société ; échanger librement avec des membres de la Grande Loge de France, dans un esprit de partage et de dialogue.

Les Mariannes

Les passionnés de patrimoine savoureront l’élégance des boiseries, la géométrie des volumes, la douceur d’une lumière orientée ; les curieux goûteront le plaisir d’une conversation franche avec des Frères disponibles ; les esprits en quête reconnaîtront dans le Rite Écossais Ancien et Accepté (REAA) la continuité d’une lignée à la fois savante et fraternelle, juridique et mystique, qui se réinvente sans se renier, fidèle à l’essentiel : l’élévation de l’homme par la connaissance et la fraternité.

Appellation « musée de France » - Ministère de la Culture
Appellation « musée de France » – Ministère de la Culture

Parce que la fraternité commence par l’attention portée à chacun, une vigilance particulière est accordée à l’accessibilité. De nombreux sites sont accessibles aux personnes à mobilité réduite. Lorsque des contraintes subsistent, des solutions d’accompagnement sont proposées pour faciliter la visite. Pour toute précision – accès PMR, présence d’ascenseurs, sanitaires adaptés, points d’assise, modalités d’accueil – nous invitons les visiteurs à contacter en amont l’Orient concerné.

L’essentiel est simple : que chacun se sente attendu, accueilli, accompagné.

Ordre des Mopses
Ordre des Mopses

Nous aimons dire que la tradition n’est pas un musée, mais une source. C’est exactement ce qui se joue lors de ces deux journées : transmettre sans prosélytisme, accueillir sans condition, répondre sans s’imposer, laisser chacun repartir avec une question plus claire, une intuition plus haute, une joie simple. Le patrimoine, ici, n’est pas un décor : c’est une expérience — et parfois, une vocation qui s’éveille.

Musée de la GLDF - musée de France
Musée de la GLDF – musée de France

Le programme détaillé se découvre Loge par Loge sur le site officiel de la Grande Loge de France. On y trouve les horaires, les formats de visites, les conférences et les expositions proposés dans chaque Orient. À vous de choisir votre chemin de découverte, à nous d’en faire un moment de fraternité vraie.

« Osez pousser nos portes ! Vous êtes les bienvenus. »
« Osez pousser nos portes ! Vous êtes les bienvenus. »

Frères, Sœurs, amis de la cité, curieux bienveillants : que ce week-end soit notre rendez-vous. Poussons ensemble ces portes pour que la lumière circule mieux dans la ville. Au sortir du Temple, il y a toujours un peu plus de clarté, et cette clarté ne brille pas pour elle-même : elle éclaire la route que nous avons à marcher, côte à côte… et pourquoi pas, ensemble.

Infos pratiques : Hôtel de la Grande Loge de France – 8 rue Louis Puteaux, Paris 17e (Métro Rome) / Photo Jean-Raphaël Notton, Grand Maître © GLDF ; illustrations musée GLDF (musée de France) © Yonnel Ghernaouti, YG / Source : communiqué de presse de la Grande Loge de France

Musé de la GLDF - musée de France
Musée de la Grande Loge de France – musée de France
La bibliothèque
Bibliothèque de la Grande Loge de France
Site GLDF - page d'accueil
Site GLDF – page d’accueil, détail

Renaissance Traditionnelle, n°209 : une pierre maîtresse de la quête maçonnique

Le numéro 209 de Renaissance Traditionnelle (RT) s’inscrit dans la continuité d’une œuvre éditoriale commencée il y a plus d’un demi-siècle par René Guilly et poursuivie aujourd’hui par Roger Dachez. Cette revue, véritable phare dans l’océan des publications maçonniques, a toujours eu pour vocation de susciter des études originales, de faire paraître des documents rares, de nourrir l’intelligence symbolique et d’éveiller la sensibilité spirituelle de ses lecteurs.

Elle ne se contente pas de rendre compte du passé : elle déploie une recherche vivante qui éclaire l’histoire et l’initiation. Ce nouvel opus de 128 pages confirme ce double souffle, savant et méditatif, érudit et initiatique.

Renaissance Traditionnelle 209 janvier juin 2025
Renaissance Traditionnelle 209 janvier juin 2025

Ce numéro porte aussi une valeur particulière : il inaugure une nouvelle étape matérielle de la revue, installée désormais dans ses locaux de Puteaux, au bord de la Seine. Ce déménagement, annoncé avec reconnaissance envers la patience des abonnés, devient bien plus qu’un simple fait logistique. Il symbolise un passage, une traversée, une translation qui n’est pas sans rappeler la démarche initiatique elle-même. Comme une loge qui change de Temple tout en gardant son flambeau allumé, Renaissance Traditionnelle poursuit son travail de transmission et d’élévation.

Renaissance Traditionnelle, diplôme
Renaissance Traditionnelle, diplôme

Dès la première de couverture, le lecteur est saisi par l’image d’un certificat de franc-maçon daté du 2 juin 1827, issu des collections du Royal Museums de Greenwich. Plus qu’une illustration, ce document agit comme une clef d’entrée, une porte symbolique qui rappelle que chaque signe, chaque sceau, chaque trace graphique du passé maçonnique peut être lu comme une pierre taillée dans le grand chantier de la mémoire. Sa reproduction soigneuse témoigne du soin extrême porté à la mise en page et à l’iconographie : la revue ne livre pas seulement du contenu, elle donne forme à une véritable expérience esthétique et symbolique.

Le sommaire de ce numéro se révèle d’une richesse rare, embrassant la diversité des approches qui font la force de la revue. L’ensemble compose une mosaïque de voix, de perspectives, de disciplines, mais toujours tendues vers une même finalité : mieux comprendre et mieux aimer la tradition maçonnique dans sa double dimension, historique et spirituelle.

Le dossier : « Colonnes, chandeliers et piliers »

Roger Dachez poursuit l’étude entamée dans le précédent numéro autour de cette triade familière à tous les initiés. Les colonnes, les chandeliers et les piliers sont souvent considérés comme des éléments de décor. L’auteur les réinscrit dans une histoire vivante, polymorphe, mouvante. Il montre que ces symboles, loin d’être immuables, se sont transformés selon les époques, les rituels et les sensibilités.

La colonne n’est pas seulement un support architectural : elle devient axe, signe de verticalité et d’élévation. Elle incarne la stabilité mais aussi la polarité, reliant le ciel et la terre, la tradition et l’innovation. Le chandelier n’est pas seulement un luminaire : il rythme la nuit, éclaire le travail, rappelle l’étoile de l’initié dans le silence du Temple. Les piliers ne sont pas de simples soutiens : ils incarnent les valeurs qui fondent l’Ordre et inscrivent l’homme dans l’harmonie cosmique. Cette étude nous révèle que la tradition ne se fige jamais. Elle se réinvente dans l’espace du rituel, offrant aux générations successives de nouvelles clefs d’interprétation.

Les Varia : mémoire et quête

L’histoire de la Loge de Joigny (1777-1880), étudiée par Christian L., nous transporte dans la respiration d’un atelier de province. Cette plongée dans les archives fait revivre non seulement des actes administratifs ou des statuts, mais surtout une manière d’habiter l’histoire locale. Chaque loge devient un microcosme, une réplique miniature du grand chantier universel. La fragilité des frères, leurs enthousiasmes, leurs épreuves, leurs engagements sociaux et politiques apparaissent comme autant de pierres posées dans le temple invisible de la fraternité.

L’article de Philippe Langlet, « Le chaînon manquant ? », est sans doute l’un des moments les plus puissants de ce numéro. En s’interrogeant sur le quatrième grade du REAA, Maître Secret, l’auteur met en lumière les strates rituelles, les filiations textuelles, les variantes doctrinales qui témoignent de la richesse d’une tradition souvent appauvrie dans sa pratique actuelle. Sa méthode philologique et comparative, mettant en regard les rituels de 1857 (Albert Pike) et de 1922 (Suprême Conseil de France), révèle une constellation de correspondances et de divergences.

De cette enquête minutieuse, il ressort une leçon initiatique majeure : le chaînon manquant n’est pas une pièce disparue qu’il faudrait reconstituer. Il est la fonction même de la tradition vivante, cet espace de tension et de fidélité où mémoire et recréation s’accordent. Vérité, Parole et Temple apparaissent comme les trois noyaux doctrinaux qui traversent les versions et donnent au grade sa sève intérieure. Langlet ne nous enferme pas dans une reconstruction figée : il ouvre un passage, il invite à lire entre les lignes, à percevoir le mouvement de la tradition comme une musique qui se transmet d’oreille en oreille.

Jan A. M. Snoek, avec sa rectification érudite sur le développement précoce du degré de Maître Écossais, rappelle l’importance des errata. Corriger n’est pas un acte secondaire. C’est une preuve que la recherche est vivante, perfectible, fidèle à l’exigence maçonnique d’amélioration continue.

Retour aux classiques : le Secret des francs-maçons (1744)

Roger Dachez consacre une étude magistrale à cette première grande divulgation française. Loin de la considérer comme une simple trahison, il la replace dans son contexte et montre qu’elle a paradoxalement sauvé des formes rituelles qui auraient pu disparaître. Les éditions successives de 1744 ne livrent pas un texte figé mais un kaléidoscope de variantes. Leur impression a fixé dans l’encre des gestes et des paroles qui, autrement, se seraient perdus.

La leçon est capitale : le secret initiatique ne réside jamais dans la lettre imprimée. Il demeure dans l’expérience intérieure, dans le silence, dans la transformation vécue au Temple. La divulgation dévoile et voile tout à la fois. Elle rend plus précieuse encore la recherche de ce qui ne peut être dit.

Mémoire et compagnonnage

La rubrique « Francs-maçons du passé » met en lumière une figure oubliée : Pierre-Jacques Willermoz, frère du plus connu Jean-Baptiste. En redonnant à cet homme de l’ombre la place qu’il mérite, Roger Dachez rappelle que l’histoire de la Franc-Maçonnerie ne s’écrit pas seulement avec des héros auréolés mais aussi avec des artisans discrets qui ont œuvré pour la continuité de l’Ordre.

Dans « Emblemata Latomorum », Jean-Paul Le Buhan explore la frontière subtile entre signes de métier et emblèmes de confrérie. Les marques gravées par les compagnons ou les maçons deviennent emblèmes dès lors qu’elles dépassent la fonction pour se charger d’une valeur symbolique. Cette interrogation ouvre sur une méditation profonde : à quel moment le geste se transfigure-t-il en rite, l’outil en emblème, l’inscription en symbole ?

Jean-Michel Mathonière, dans la rubrique « Côté compagnonnages », interroge la symbolique des colonnes et des ordres d’architecture chez les compagnons du Tour de France. Il montre combien compagnonnage et Franc-Maçonnerie partagent une langue commune, faite de pierre, de règle et de compas, où l’art de bâtir devient science de l’âme. Ce détour par la tradition compagnonnique éclaire la Franc-Maçonnerie comme un vaste chantier humain et spirituel.

Les lumières de conclusion

Comme toujours, la revue se termine par les comptes rendus de livres, ouvrant la réflexion vers d’autres horizons, et par la rubrique RT numérique, qui montre que la tradition sait aussi emprunter les voies de la modernité.

Alors, ce numéro de RT, juste un recueil d’articles savants ? Non, il est une œuvre collective où rigueur et méditation, mémoire et quête spirituelle, érudition et contemplation se rejoignent. Fidèle au vœu de René Guilly, il nous aide à mieux comprendre et à aimer plus encore la tradition maçonnique.

Chaque article y est une pierre. Chaque étude une colonne. Chaque illustration une lumière. Ensemble, ils composent un Temple de papier où le lecteur est invité à entrer, à méditer, à poursuivre la chaîne ininterrompue de la recherche et de l’initiation.

Le numéro est disponible au prix de 30 € pour 128 pages. L’abonnement annuel, pour 2025, donne droit à deux numéros, de janvier à décembre. Informations et commandes sur le site officiel : https://rt.fmtl.fr/.

Renaissance Traditionnelle
Revue d’études maçonniques et symboliques
Renaissance Traditionnelle, Numéro 209, Janvier-Juin 2025, 128 pages, 30 €

Franc-maçonnerie : les Anglais inventent la nation

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Cet ouvrage conclut les recherches de l’auteur sur l’apparition de la Franc-maçonnerie obédientielle en Grande-Bretagne. Il retrace la fondation de la « Grande Loge de Londres et de Westminster » (1717),  Cette obédience des « Modernes » fut surnommée ainsi par opposition à la Grande Loge des « Anciens » L’influence des Modernes a été cruciale dans la création de la Grande Loge du Royaume de France (1738) puis, en 1773, du Grand Orient de France, la plus ancienne obédience maçonnique française, à laquelle appartient l’auteur. 

Michel König propose une réflexion à la fois philosophique et historique sur l’héritage des Lumières dans le développement de la franc-maçonnerie.  Le lien central entre la philosophie des Lumières et les idées prérévolutionnaires est la notion de Nation, telle qu’elle apparait dans la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen (26 août 1789), concept qui inspire le titre de l’ouvrage. Les hauts grades et ordres de sagesse sont analysés comme des tentatives de concilier les traditions religieuses (Dieu de la Bible) avec le credo maçonnique rationaliste.

L’Auteur :

Michel KÖNIG est né à Lyon, en 1943. Il a fait des études universitaires à Lyon et à Paris. Il est diplômé d’études supérieures de Doctorat en Sciences Économiques et diplômé de Sciences Politiques. Il est chevalier dans l’Ordre National du Mérite. Entré au Grand Orient de France en 1971, il est resté fidèle à cette obédience dans laquelle il est toujours actif. Il a participé à la Renaissance du Grand Chapitre Général et est membre du 5e ordre.

Un rituel séculaire au cœur de la tradition Corse, symbole d’unité et de spiritualité

De notre confrère france3-regions.franceinfo.fr – Par Leo Segura

Au milieu des montagnes escarpées du Niolu, dans le village de Casamaccioli niché au cœur de la Haute-Corse, un rituel ancestral vient de scander les échos d’une foi millénaire. Lundi 8 septembre, pour la 195e édition de A Santa di Niolu, la célèbre procession de A Granitula a réuni une centaine de fidèles et de confrères sous un ciel méditerranéen, formant une spirale vivante qui s’enroule et se déroule comme un appel à l’âme corse.

Présidée par Son Éminence François Bustillo, cardinal et évêque de Corse, cette célébration clôt une fête religieuse vieille de cinq siècles, où le sacré se mêle à l’identité insulaire. Mais au-delà de la chorégraphie solennelle, qu’est-ce qui fait de A Granitula un pilier incontournable des fêtes religieuses corses ? Plongeons dans les méandres de cette tradition séculaire, reflet d’une île où la spiritualité, la mémoire collective et la cohésion communautaire s’entrelacent comme les pas des pèlerins.

Les racines historiques d’une célébration ancestrale

Religieux franciscain conventuel français, évêque d’Ajaccio et cardinal

A Santa di Niolu, ou « La Sainte du Niolu », n’est pas une simple fête paroissiale : c’est un pilier de la piété corse, remontant au XVIe siècle. Selon les archives locales et les témoignages oraux transmis de génération en génération, cette célébration trouve ses origines dans une dévotion mariale intense, centrée sur la Vierge Marie, protectrice des bergers et des montagnards du Niolu, une vallée isolée et rude où la foi a toujours été un rempart contre l’adversité. La première édition documentée remonte à 1830, mais ses racines plongent bien plus loin, dans les pratiques médiévales où les processions collectives étaient des actes de gratitude envers la divine Providence pour une année de récoltes ou de protection contre les épidémies.

Cette année, la 195e édition a attiré des milliers de pèlerins venus de toute la Corse et de la diaspora – ces Corses installés en métropole ou à l’étranger qui reviennent chaque automne pour renouer avec leurs origines. Le programme, fidèle à la tradition, s’est étalé sur le week-end du 6 au 8 septembre : veillées de prières, concerts polyphoniques sacrés et, en point d’orgue, la messe solennelle du lundi matin sur le champ de foire de Casamaccioli. C’est là, sous les regards émerveillés d’une foule multicolore, que A Granitula prend vie, transformant un espace profane en un théâtre sacré où le temps semble suspendu.

La chorégraphie symbolique de A Granitula : une spirale vivante

Imaginez la scène : après la messe célébrée par Mgr François Bustillo, évêque de Corse depuis 2021 et cardinal depuis 2024, les fidèles et les membres des confréries – ces associations pieuses nées au Moyen Âge pour porter les statues et prier pour les défunts – se lèvent en silence. Une centaine d’hommes et de femmes, vêtus de blanc ou de robes traditionnelles ornées de capuces, se placent l’un derrière l’autre. Pas à pas, ils avancent, formant d’abord un cercle parfait autour d’une croix ou d’une statue de la Vierge. Puis, comme guidés par une force invisible, le cortège s’enroule en une spirale resserrée, évoquant la forme d’un escargot – d’où son nom corse, granitula, dérivé de « granita » signifiant « petite graine » ou « spirale compacte ».

A Santa di Niolu et la procession intitulée « A Granitula » • © www.terracorsa.info

Le rituel culmine lorsque le meneur, souvent un confrère expérimenté, atteint le centre de la spirale. Il exécute alors a volta, une figure gracieuse de rotation sur lui-même, symbolisant un pivot spirituel. Sans un mot, sans un recul, la procession se déroule ensuite à l’inverse, se dénouant comme elle s’était nouée. « Sans arrêt, ni recul », comme le décrivent les participants : cette fluidité sans interruption incarne la persévérance de la foi corse, forgée dans un île battue par les vents et les invasions.Ce ballet humain, qui dure une quinzaine de minutes, n’est pas une simple parade. Il est une méditation collective, où chaque pas résonne avec les prières murmurées. Les confréries, comme celle de Notre-Dame des Sept Douleurs ou de Saint-Roch, jouent un rôle central : leurs membres, souvent des aînés, transmettent le geste avec une précision rituelle, rappelant que A Granitula est autant une danse qu’une prière en mouvement.

Symbolisme profond : du cycle de la vie au retour à Dieu

Au-delà de sa beauté visuelle, A Granitula est un réservoir de sens, interprété différemment selon les regards. Pour les théologiens corses et les anthropologues comme Ghjacumu Thiers, spécialiste des traditions insulaires, la spirale évoque le cycle de la vie : l’enroulement représente la gestation spirituelle, le centre – a volta – la naissance ou la révélation divine, et le déroulement, la renaissance ou le retour à l’harmonie cosmique. « Certains y voient une référence à la naissance spirituelle et au retour à Dieu », explique l’article de France 3 Corse, tandis que d’autres y décèlent un hommage païen christianisé au mouvement des saisons, des semences qui germent dans la terre niolaise.

Cette dualité – païenne et chrétienne – est typique de la Corse, où les rites préchrétiens se sont fondus dans le catholicisme. La spirale, motif universel présent dans l’art mégalithique corse (comme les disques solaires gravés sur les menhirs), symbolise l’unité du cosmos : un voyage intérieur vers le centre divin, puis une expansion vers le monde. Dans un contexte insulaire marqué par l’exil et les retours saisonniers, A Granitula exprime aussi la cohésion communautaire. Elle rassemble des Corses de Balagne, du Nebbiu ou de la diaspora parisienne, effaçant les clivages pour former un corps unique, comme une chaîne humaine vivante. « Cette procession exprime une cohésion communautaire entre les Corses », note France 3, soulignant comment elle transcende les divisions pour affirmer une identité collective face à la modernité.

Pourquoi A Granitula s’est-elle imposée comme un incontournable ?

Cargese Église Latine

Dans le paysage des fêtes religieuses corses – de la Madonna di a Neve à Sartène à la Procession du Christ à Cargèse –, A Granitula se distingue par sa simplicité et sa profondeur. Imposée comme rituel de clôture depuis au moins le XIXe siècle, elle répond à un besoin anthropologique fondamental : ritualiser la transition, marquer la fin d’un cycle sacré. En Corse, où la religion est indissociable de l’identité culturelle (90 % des Corses se disent catholiques pratiquants selon des enquêtes récentes), ce geste silencieux contrebalance le tumulte des veillées polyphoniques ou des feux de joie. Il invite à l’intériorité, à une méditation collective qui renforce les liens familiaux et villageois.

Son incontournabilité s’explique aussi par sa résilience : malgré les guerres, les exils et la sécularisation, A Granitula a traversé les siècles sans altération majeure. Lors de la 195e édition, sous la houlette de Mgr Bustillo – un prélat corse au charisme international –, elle a attiré plus de 5 000 personnes, selon les organisateurs, boostée par les réseaux sociaux où des vidéos de la spirale viralisent chaque année. C’est un acte de résistance culturelle : dans une île confrontée à la désertification rurale, elle rappelle l’importance du sacré pour ancrer les jeunes générations.

Une autre Granitula : celle de Calvi, écho du Vendredi Saint

A Granitula n’est pas unique à Casamaccioli. Une variante tout aussi poignante se déroule le soir du Vendredi Saint à Calvi, sur la Balagne. Là, sous les lumières tamisées de la citadelle génoise, les confrères de la Passion portent la statue du Christ mort dans une procession similaire : une spirale funèbre qui évoque le deuil et la résurrection. Moins festive que celle du Niolu, elle porte une charge émotionnelle intense, avec des chants a cappella et des torches qui dansent dans la nuit. Ces deux granitule illustrent la richesse des traditions corses : l’une joyeuse et mariale, l’autre pénitentielle, mais toutes deux unies par le fil de la spirale, symbole d’éternité.

Un héritage vivant pour l’avenir de la Corse

À l’heure où la Corse négocie son autonomie accrue avec l’État français, des rituels comme A Granitula rappellent que l’identité insulaire se nourrit de ces pratiques intangibles. Ils ne sont pas fossiles : ils évoluent, intégrant des jeunes via les associations culturelles, et servent de vecteur touristique respectueux. Comme le confie un participant anonyme dans l’article de France 3 :

« C’est notre façon de dire que la Corse est éternelle, comme cette spirale qui ne s’arrête jamais. »

En cette fin d’été 2025, alors que les échos de la procession s’estompent dans les oliveraies du Niolu, A Granitula laisse une empreinte indélébile : celle d’une île où le sacré tisse encore le lien entre passé, présent et avenir. Une invitation à tous à redécouvrir ces trésors vivants, avant que le monde ne les efface.

Légende indienne du garçon et du maharaja : leçon de mathématiques exponentielles

Dans les annales des contes indiens, une histoire fascinante mêlant ruse, générosité et mathématiques circule depuis des siècles. Elle raconte l’ingéniosité d’un jeune garçon ou d’un sage qui, après avoir offert ou inventé le jeu d’échecs au maharaja, demande une récompense qui semble humble mais cache une profondeur insoupçonnée.

Ce récit, souvent attribué aux origines mythiques du jeu d’échecs en Inde ancienne – vers le VIe siècle sous le règne de l’empereur indien Chandragupta Vikramaditya –, est bien plus qu’une fable : c’est une leçon intemporelle sur la puissance de la croissance exponentielle. Plongeons dans cette légende et calculons la somme astronomique qui en découle.

L’origine de la légende

Selon la tradition orale, un jeune garçon, parfois décrit comme un sage ou un inventeur, présenta au maharaja un nouveau jeu stratégique : le chaturanga, ancêtre de l’échecs. Impressionné par cette création ingénieuse, le souverain promit de récompenser généreusement son sujet. Mais au lieu de demander des richesses visibles – or, bijoux ou terres –, le garçon fit une requête modeste en apparence : il souhaita recevoir du riz, distribué selon une règle précise sur les 64 cases d’un échiquier. Sur la première case, un seul grain ; sur la deuxième, deux grains ; sur la troisième, quatre grains ; sur la quatrième, 16 grains, et ainsi de suite, en doublant à chaque case jusqu’à la 64e. Amusé par cette demande frugale, le maharaja accepta sans hésiter, ignorant l’ampleur de sa promesse.

Le calcul de la récompense : une progression géométrique

Derrière cette demande se cache une séquence mathématique fascinante. Chaque case (n°) contient

Total=20+21+22+23+⋯+263

Cela équivaut à la somme des puissances de 2 de 0 à 63, soit 64 termes. La formule de la somme d’une série géométrique est :

Une quantité astronomique

champion aux échecs

Ce chiffre – environ 18,4 quintillions (18 suivi de 18 zéros) – défie l’imagination. Pour contextualiser, la production mondiale annuelle de riz est d’environ 500 millions de tonnes, soit environ 500 milliards de grains (en estimant 20 000 grains par kilogramme). Même en mobilisant toutes les récoltes mondiales pendant des siècles, il serait impossible de réunir une telle quantité. Un quintillion de grains représente une montagne de riz couvrant des milliers de kilomètres carrés sur plusieurs mètres de hauteur. Le maharaja, réalisant l’ampleur de sa promesse, aurait selon certaines versions offert son royaume en échange, tandis que d’autres récits le dépeignent contraint de céder ses terres au garçon, devenu symbole de sagesse.

Une leçon de mathématiques et de ruse

Cette légende transcende le simple calcul pour devenir une parabole philosophique. Le garçon, par sa demande, illustra la puissance de la croissance exponentielle, un concept que les mathématiques modernes ont formalisé mais que cette histoire rend accessible. Elle enseigne aussi la prudence dans les engagements : une apparente générosité peut se transformer en fardeau insurmontable. Dans la culture indienne, elle est souvent citée pour vanter l’intelligence face au pouvoir, le sage ayant triomphé sans violence ni arrogance.

Échos contemporains

Pièces d'échec sur un échiquier
Pièces d’échec sur un échiquier

Aujourd’hui, cette histoire résonne dans les salles de classe et les cercles intellectuels comme une introduction aux suites géométriques et à l’impact des choix. Elle inspire aussi des réflexions sur la gestion des ressources : dans un monde où l’exploitation exponentielle des biens naturels est un enjeu, elle rappelle la nécessité d’anticiper les conséquences. Des jeux éducatifs en ligne, comme ceux proposés par Khan Academy, utilisent cette légende pour enseigner les exponentielles, tandis que des artistes indiens en ont fait des fresques murales célébrant la ruse populaire.

Un héritage vivant

Que le maharaja ait tenu sa promesse ou non, cette légende perdure comme un trésor culturel, passant des rives du Gange aux récits universels. Le garçon, anonyme mais génial, reste un symbole d’ingéniosité face à la puissance. Et si, comme le suggèrent certains historiens, cette histoire a contribué à populariser les échecs en Asie et au-delà, elle a aussi offert au monde une leçon mathématique éternelle : 18 446 744 073 709 551 615 grains de riz, une récompense qui dépasse les royaumes pour toucher l’infini.

Crise au Grand Prieuré Rectifié de France : une gouvernance en question et l’IA au cœur du conflit

Une tempête secoue les fondations du Grand Prieuré Rectifié de France (GPRF) et du Directoire National des Loges Ecossaises Rectifiées de France (DNLERF), deux piliers du Rite Écossais Rectifié (RER) en France. Deux lettres explosives, signées par les Très Révérends Chevaliers Jacques Bourbasquet-Pichard et Patrick Meneghetti, révélées par des « lanceurs d’alerte » internes, mettent en lumière une crise de gouvernance, exacerbée par l’utilisation controversée de l’intelligence artificielle (IA) et des tensions personnelles au sommet. Alors que la communication interne semble muselée par une direction accusée d’autoritarisme, l’avenir de cette obédience traditionnelle est en suspens.

Une fracture initiatique et administrative

Les courriers, datés du 22 et 26 août 2025, adressés au Haut Conseil (HC) et au Conseil National (CN), témoignent d’un malaise profond. Jacques Bourbasquet-Pichard, membre fondateur du GPRF et ancien Grand Maître National, annonce son retrait des affaires nationales, dénonçant des « menaces voilées », des « ambitions individuelles » et une « indifférence » à l’usage de l’IA dans les textes doctrinaux. De son côté, Patrick Meneghetti, plus ancien Grand Prieur encore vivant, conteste des accusations portées contre lui par le Grand Prieur-Grand Maître National et son adjoint, sans qu’il ait pu se défendre. Ces reproches, liés au report d’une fusion des juridictions, seraient infondés, selon lui, et masqueraient des dysfonctionnements plus larges.

Au cœur du conflit, une inversion des rôles entre les instances ordinales – censées guider l’Ordre sur des bases spirituelles – et les instances civiles, perçues comme prédominantes.

Les deux auteurs soulignent que les projets de fusion, validés librement par le HC et le CN, ont été remis en cause dans des réunions convoquées en urgence, sans respect des usages démocratiques. Cette gouvernance opaque alimente un sentiment de perte de souveraineté, menaçant l’essence chevaleresque et initiatique du RER.

L’intelligence artificielle : une bombe à retardement

Le véritable point de discorde réside dans l’emploi présumé de l’IA par le Grand Prieur Adjoint pour rédiger des textes doctrinaux. Bourbasquet-Pichard y voit une dérive incompatible avec la tradition initiatique, tandis que Meneghetti s’inquiète d’un outil imposé dont la maîtrise échappe aux instances dirigeantes, restant entre les mains de son promoteur. Cette question soulève des débats éthiques : dans un Ordre attaché à la transmission orale et symbolique, l’usage de technologies automatisées pourrait-il diluer l’authenticité des enseignements ? Une demande de clarification de Meneghetti, suivie d’une réunion précipitée, semble avoir envenimé les tensions, suggérant une gestion défensive de la part des dirigeants.

Une communication censurée et des retraits symboliques

L’introduction accompagnant les courriers, signée par des « Frères Rectifiés, lanceurs d’alerte », révèle une censure dictatoriale : les Maîtres Écossais de Saint André (MESA) n’auraient pas reçu ces lettres, bloquées par le Grand Prieur-Grand Maître National. Cette mesure accentue la fracture interne, privant les membres d’un débat ouvert. Face à cette crise, Bourbasquet-Pichard se retire pour se consacrer aux travaux locaux en Bourgogne, tandis que Meneghetti envisage un retour au silence, tous deux réclamant un accès aux informations. Ces retraits, bien que symboliques, traduisent une perte de confiance dans la direction actuelle.

Fondation du Grand Directoire des Gaules en mars 1935.

Vers une réforme ou une scission ?

Cette affaire soulève des questions cruciales sur l’avenir du GPRF et du DNLERF. Le RER, né au XVIIIe siècle et ancré dans une spiritualité chevaleresque, risque de voir son unité compromise par ces dissensions. Les lanceurs d’alerte appellent à une prise de conscience collective, espérant une restauration de la « lucidité » et de l’esprit initiatique. Pour l’heure, aucune réponse officielle n’a été publiée, mais la pression monte pour que le Haut Conseil et le Conseil National s’emparent du dossier lors de leur prochaine réunion.

Dans un contexte où la franc-maçonnerie cherche à se réinventer face aux défis modernes – dont l’intégration de technologies comme l’IA –, cette crise pourrait marquer un tournant.

Les Frères, attachés à leurs traditions, attendent des explications claires et une gouvernance respectueuse de leurs valeurs. Affaire à suivre.

Suite de cette affaire article du 23 septembre 2025…