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L’État renforce son partenariat avec les Compagnons du Devoir

Accord-cadre pour booster l’alternance et l’insertion professionnelle.

Dans un contexte où la formation professionnelle et l’insertion des jeunes restent des priorités nationales, le ministère du Travail a franchi une étape symbolique en signant, le 8 septembre dernier, un accord-cadre de partenariat avec l’Association ouvrière des Compagnons du Devoir du Tour de France (AOCTDF) et la Fédération des Compagnons du Tour de France (FCTF).

Cet engagement, qui s’étend sur dix ans, vise à consolider le modèle unique du compagnonnage en l’intégrant pleinement dans les dispositifs d’apprentissage et de professionnalisation.

Un modèle historique au service de l’excellence et de l’emploi

Jeune fille – Compagnon du Devoir

Le compagnonnage, héritage séculaire des traditions artisanales françaises, repose sur une transmission orale et itinérante des savoir-faire. Les Compagnons du Devoir, qui forment aujourd’hui plus de 20 000 jeunes dans une quarantaine de métiers (du bâtiment à la joaillerie en passant par la mécanique), affichent un taux d’insertion professionnelle impressionnant de 90 %. Cet accord-cadre apporte une stabilité inédite à ce système. Il marque une reconnaissance officielle de l’AOCDTF et de la FCTF comme acteurs clés de la formation en alternance.

Photo d’Astrid Panosyan-Bouvet en 2022

La signature a eu lieu en présence d’Astrid Panosyan-Bouvet alors ministre chargée du Travail et de l’Emploi, et de sa collègue Catherine Vautrin, aujourd’hui Ministre démissionnaire du Travail, de la Santé, des Solidarités et des Familles de France. Sur les réseaux sociaux, Astrid Panosyan-Bouvet a salué cette avancée : « Ce partenariat vise à soutenir un modèle unique : l’excellence du geste professionnel, indissociable des valeurs de solidarité et de transmission du compagnonnage, une solution efficace pour l’emploi des jeunes, mais aussi pour les réorientations et les reconversions. » Elle a également souligné l’adaptation continue de ce modèle historique aux besoins contemporains, notamment en matière d’innovation pédagogique.

Les objectifs concrets de l’accord : favoriser l’accès à la qualification

Compagnon en action

L’accord-cadre met l’accent sur le développement et la mise en œuvre des contrats d’apprentissage et de professionnalisation au sein des entreprises partenaires des deux organismes. Son but principal ? Favoriser l’accès à la qualification et l’insertion professionnelle des individus engagés dans le « Tour de France », ce parcours initiatique qui emmène les apprentis à travers l’Hexagone pour perfectionner leurs compétences.

Parmi les mesures phares :

  • Soutien aux entreprises : Accompagnement pour l’accueil d’apprentis compagnons, avec des outils adaptés pour intégrer ces formations dans les stratégies RH.
  • Innovation et reconversion : Promotion du compagnonnage comme voie de reconversion pour les adultes en recherche d’emploi, en lien avec les politiques nationales d’emploi.
  • Stabilité décennale : Contrairement aux conventions triennales habituelles, cette durée de dix ans garantit une vision à long terme, permettant des investissements durables en formation.

Cet accord s’inscrit dans une dynamique plus large de relance de l’apprentissage en France. Alors que le pays vise à former 500 000 apprentis par an d’ici 2027, le compagnonnage apporte une réponse qualitative, centrée sur l’excellence manuelle et la mobilité.

Réactions et perspectives

Image par Solange Sudarskis

Les représentants des Compagnons du Devoir ont accueilli l’accord avec enthousiasme. Patrick Chemin, porte-parole de l’organisation, a toutefois tempéré les espoirs en évoquant une « rentrée 2025 plus compliquée » pour l’apprentissage, en raison de défis économiques persistants. « Cet accord est un levier précieux pour surmonter ces obstacles et valoriser nos traditions au service de l’avenir », a-t-il déclaré.

Du côté du ministère, on insiste sur l’aspect inclusif : cet engagement pourrait inspirer d’autres partenariats avec des acteurs de la formation non conventionnelle, renforçant ainsi le maillage territorial de l’alternance. À l’heure où le gouvernement prépare son budget 2026, cet accord pourrait préfigurer une augmentation des subventions pour les filières artisanales.

Un modèle au service de l’excellence artisanale

Reconnu d’utilité publique, le compagnonnage par alternance demeure un moteur de qualification fondé sur la transmission conjointe des savoir-faire et des savoir-être. Ce partenariat réaffirmé en fait un véritable laboratoire d’innovation pédagogique au service de l’insertion, des réorientations et des reconversions. En stabilisant l’horizon de l’alternance tout en respectant la singularité de la tradition compagnonnique, l’État et les Compagnons du Tour de France entendent soutenir durablement la formation et l’emploi sur l’ensemble du territoire.

De l’atelier à l’entreprise, la mesure se prendra à l’épreuve des œuvres ; un premier pas décisif a été franchi.

Le Silence de Galahad

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« Une vie sans examen ne vaut pas la peine d’être vécue. »

Socrate

Ce propos de Socrate ouvre la voie à une réflexion profonde : la quête du Graal, dans sa dimension mythique, n’est pas seulement une aventure chevaleresque, mais une métaphore de la quête intérieure. Le Graal devient le symbole du sens caché, du Verbe enfoui, que seule une vie examinée peut espérer révéler. Ainsi, la quête du Verbe Perdu s’inscrit dans une démarche socratique : interroger, comprendre, transcender.

De la quête du Graal à la quête du Verbe Perdu

Tenue Symbolique : Chambre du Milieu

I. Introduction : Le Temple, le Silence et l’Attente

Le Temple est plongé dans une pénombre douce, presque irréelle. La lumière vacille, projetant des ombres mouvantes sur les colonnes, comme si les pierres elles-mêmes hésitaient à révéler leurs secrets. Le sol est froid, mais stable, et chaque pas résonne comme un écho du passé. Rien ne bouge, sauf le souffle discret de la flamme qui danse au sommet des chandeliers.

pierre brute,outils apprenti,ciseau,maillet
pierre brute avec maillet et ciseau

Les outils sont posés, non pas abandonnés, mais suspendus. Le maillet, le ciseau, la règle, le levier : chacun semble attendre, figé dans une méditation silencieuse. Ils ne sont pas des instruments de travail, mais des témoins. Témoins d’une œuvre inachevée, d’un chantier intérieur que nul ne peut achever seul.

Le silence n’est pas vide. Il est plein. Plein de sens, de mémoire, de tension. Il enveloppe les Frères présents comme un voile invisible, les reliant sans un mot. Ce silence est celui du Temple, mais aussi celui de l’âme en quête. Il ne s’impose pas, il s’invite. Il ne pèse pas, il élève.

Au centre, la Chambre du Milieu. L’espace est sacré, mais non solennel. Il est vivant, vibrant, comme un cœur qui bat lentement. Les colonnes du Nord et du Midi se font face, et entre elles, l’Orient veille. Rien n’est décoratif, tout est signifiant. Chaque objet, chaque position, chaque absence est une parole muette.

C’est dans ce lieu que nous allons évoquer Galahad. Non pas pour le juger, mais pour l’écouter. Ou plutôt, pour écouter son silence. Car ce silence n’est pas une absence de parole, c’est une présence mystérieuse. Une présence qui interroge, qui dérange, qui éclaire.

La quête du Graal, comme celle de la Parole Perdue, ne commence pas dans le tumulte. Elle commence ici. Dans ce Temple, dans ce silence, dans cette lumière tremblante. Elle commence là où le monde s’efface, et où l’initié se tient seul face à lui-même.

II. La Quête et les Compagnons : Échecs et Révélations

Les chevaliers de la Table Ronde sont les miroirs du Maçon. Chacun incarne une posture, une faille, une vertu.

Lancelot, le chevalier vaillant, le plus doué, mais faillible. Il symbolise le Maçon qui possède la force et l’intelligence, mais dont les passions, ici, l’amour profane, l’empêchent d’accéder à la pureté requise.

C’est l’exemple de l’homme qui travaille, mais dont l’œuvre est entachée par les imperfections du monde. Lancelot, c’est le combat, l’épée, le bâton, le profane.

Perceval

Perceval, le « fou », l’innocent qui apprend. Il représente le Maçon sincère et humble, qui avance avec le cœur plutôt que la ruse. Son parcours est fait d’erreurs et de leçons, symbolisant le chemin initiatique qui se construit pas à pas, par l’expérience.

Galahad, enfin, est le pur, le silencieux. Celui qui ne trébuche pas, mais qui ne parle plus. Son silence est une énigme.

Mais au-delà de ces figures lumineuses, l’ombre plane. Trois chevaliers anonymes, figures inversées, incarnent les archétypes des mauvais compagnons d’Hiram. Ils ne seront pas nommés, mais décrits par leur motivation. Leur présence n’est pas un simple ajout, mais une contre-quête qui met en lumière les vertus des autres.

Le Chevalier de l’Orient, celui du Maillet, incarne l’impatience et l’ambition. Il ne veut pas attendre le temps nécessaire pour la quête. Il croit que la force et la violence peuvent forcer le destin. Il est puissant et fier, persuadé que la gloire du Graal peut être prise par l’épée, et non par la pureté de l’âme. Il symbolise le Maçon qui veut aller plus vite, qui brûle les étapes et pense que la Maîtrise s’obtient par la force des poignets, non par le travail intérieur.

Le Chevalier du Midi, celui du Levier, est ignorant et incrédule. Il doute du bien-fondé de la quête. Il ne comprend pas la valeur spirituelle et voit le Graal comme une simple récompense matérielle ou un mythe inutile. Cynique et désabusé, il questionne la pureté et les intentions des autres, voyant la quête comme un jeu de pouvoir ou une illusion. Il représente le Maçon qui voit les rituels comme des symboles creux, sans sens profond, et qui ne parvient pas à se libérer des préjugés du monde profane.

Le Chevalier de l’Occident, celui de la Règle, est consumé par la jalousie et l’envie. Il ne supporte pas que le Graal puisse être donné à un autre que lui. Il veut la lumière, non par mérite, mais pour surpasser les autres. Malgré ses compétences, il est motivé par la compétition, non par la fraternité. Il symbolise le Maçon qui compare son avancement à celui des autres et qui est incapable de se réjouir du succès d’autrui, car il n’y voit qu’un reflet de ses propres échecs.

le saint-graal
La cathédrale de Valence (Espagne) conserve depuis 1437 une relique censée être le saint Calice envoyé de Rome en Espagne par Saint Laurent en 258

Mais tous les compagnons, qu’ils soient valeureux ou faillibles, purs ou corrompus, ne sont que les fragments d’un miroir brisé. Chacun reflète une facette du Maçon en quête, chacun porte en lui une part de lumière et d’ombre. Et pourtant, au-delà des figures, au-delà des échecs et des révélations, une question demeure : que cherchent-ils vraiment ?

Car si les chemins sont multiples, le but semble unique. Ce but, ce Graal, n’est pas un trophée ni une récompense. Il est le centre invisible autour duquel tournent les récits, les rituels, les efforts. Il est ce que tous poursuivent sans jamais le saisir pleinement.

Alors, il faut s’arrêter un instant. Non plus pour regarder les compagnons, mais pour contempler ce qu’ils poursuivent. Non plus pour juger les pas, mais pour interroger la destination.

Et poser enfin cette question essentielle : Qu’est-ce que le Graal ? Qu’est-ce que le Verbe Perdu ?

Représentation romantique de Galaad, tableau de George Frederic Watts (1888).

III. Le Graal : Qu’est-ce que le Verbe Perdu ?

Le Graal n’est pas un objet, c’est un symbole. Il représente la connaissance suprême, la parole divine, le secret final qui donne sens à toute la construction.

Il est recherché, mais jamais vraiment trouvé. Comme la Parole Perdue, sa valeur réside dans sa quête, dans l’effort constant pour s’en approcher.

Le Graal est-il la fin ou le chemin ? Si on le trouve, la quête s’arrête. C’est là que le paradoxe du silence de Galahad prend tout son sens.

IV. Galahad : Le Maçon qui a « trouvé »

Galahad est le seul à voir le Graal. Sa perfection, sa pureté, le rendent « digne ». Mais cette dignité l’isole.

Le silence de Galahad est celui de celui qui a la connaissance ultime et qui ne peut la partager. La Parole Perdue n’est pas un mot qu’on peut prononcer, c’est une lumière qu’on peut seulement être.

Le Maçon transmet les rituels, les symboles. Galahad ne peut rien transmettre. La connaissance ultime est-elle une fin en soi, ou doit-elle se fondre dans le monde pour le transformer ?

Son silence est une sorte d’échec de la Fraternité. Il a accompli sa quête pour lui-même, mais il a rompu la chaîne de la transmission.

V. Le Silence et la Question Finale

Le travail ne se conclut pas par une sentence, mais par une interrogation.

La vraie quête maçonnique est-elle d’être Galahad et de trouver la Parole Perdue ?

Ou est-ce d’être Perceval et de continuer à la chercher, de toujours avancer sur le chemin, de toujours s’interroger, d’accepter l’échec comme partie de la sagesse ?

VI. Le Point de Vue de l’Apprenti « Écuyer » : La Voix de l’Humilité

Le Silence

L’Écuyer, qui est resté silencieux durant toute la narration, assis au Nord, prend maintenant la parole. Son discours est bref et simple, mais d’une profonde sagesse.

Le silence de l’Apprenti s’oppose à celui de Galahad. Galahad ne parle pas parce qu’il sait tout. L’Apprenti ne parle pas parce qu’il a tout à apprendre.

Son silence n’est pas celui de l’achèvement, mais celui de l’humilité. Il écoute, il observe, il reçoit. Là où Galahad est seul dans sa lumière, l’Apprenti est entouré d’ombres fécondes. Il ne cherche pas à briller, mais à comprendre. Il ne revendique rien, mais il espère tout.

Ce silence est une force. Il est le terreau de la parole future, celle qui ne sera pas parfaite, mais vivante. L’Apprenti ne veut pas posséder le Graal, il veut mériter le chemin. Il n’a pas peur des échecs des autres, car il y voit une leçon. Il n’a pas besoin de trouver le Graal pour comprendre sa valeur, car l’idéal est son moteur.

Viktor Frankl

Pour lui, l’essentiel est de chercher, de travailler et d’écouter.

« Le sens de la vie est de lui en donner un. »

En conclusion

la quête du Verbe Perdu ne se termine pas par une découverte mystique, mais par un acte de création. Comme le suggère Viktor Frankl, le sens n’est pas un trésor à retrouver, mais une lumière à allumer. Le Verbe, ce mot porteur de vérité, ne se révèle qu’à celui qui choisit de lui donner forme, par ses choix, ses engagements, sa parole.

La parole du Véné du lundi : Comment s’épanouir avec la Franc-maçonnerie

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Vous rêvez d’un épanouissement spirituel tout en maîtrisant l’art de frapper trois coups sur une porte sans passer pour un apprenti bricoleur ? La Franc-maçonnerie pourrait être votre ticket pour une vie plus… éclairée, à condition d’accepter quelques bizarreries ! Voici un petit manuel sarcastique pour briller dans les loges sans y laisser votre dignité (ou votre portefeuille).

1. Maîtrisez l’art du secret (et des rumeurs)

Rien de tel pour s’épanouir que de garder des mystères que personne ne vous demandera jamais de révéler. Avec la Franc-maçonnerie, vous deviendrez un pro des regards complices et des phrases cryptiques comme « Je ne peux rien dire, mais tout est symbolique ». Bonus : vos amis penseront que vous dirigez le monde… ou du moins une loge mal chauffée.

2. Portez l’équerre et le compas avec panache

Oubliez les costumes mal taillés : ici, on arbore des tabliers brodés comme si c’était la dernière collection Chanel. S’épanouir, c’est aussi apprendre à nouer cet accessoire sans ressembler à un apprenti pâtissier. Et si quelqu’un ricane, rétorquez avec un « Tu ne comprends pas la profondeur du symbole » – ça cloue les becs !

3. Méditez… ou faites semblant

Les rituels interminables sont parfaits pour méditer sur le sens de la vie… ou pour rêvasser à votre prochain café. L’épanouissement passe par la patience : si vous survivez à une heure de discours sur la lumière intérieure sans piquer du nez, vous méritez une médaille (ou au moins un grade).

4. Réseautez comme un pro (ou un conspirateur)

La Franc-maçonnerie, c’est aussi un club VIP où vous croiserez des âmes en quête de sagesse… et quelques opportunistes. S’épanouir, c’est transformer ces poignées de main codées en opportunités professionnelles. Attention, ne proposez pas de deals immobiliers dès la première loge, ça pourrait jurer avec l’ambiance zen !

5. Acceptez l’ironie avec philosophie

Oui, vous paierez des cotisations pour des réunions où l’on débat de l’égalité… dans une structure parfois plus hiérarchique qu’une pyramide égyptienne. Mais c’est ça, l’épanouissement maçonnique : apprendre à rire de l’absurde tout en cultivant votre jardin intérieur (ou votre ego, selon les jours).

En résumé

S’épanouir avec la Franc-maçonnerie, c’est un mélange d’auto-dérision, de persévérance et d’un soupçon de théâtralité. Alors, prêt à enfiler votre tablier et à rejoindre les rangs des « illuminés » ? Attention, les bougies ne sont pas incluses !

Autres articles de la série…

Si même les Francs-maçons s’en foutent…

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(Les « éditos » de Christian Roblin paraissent le 1er et le 15 de chaque mois.)

Capharnaüm, cette antonomase par laquelle on a coutume de désigner des foutoirs de toutes sortes, faisait d’abord référence à une ville située au bord du lac de Tibériade qui vivait dans un gigantesque bric-à-brac. C’est aussi dans cette cité portuaire que Jésus fut assailli par une foule hétéroclite de malades s’en remettant à sa réputation de guérisseur[1]. Tout parallèle avec un personnage contemporain ayant voulu récupérer un événement récent[2] – sans que s’y accomplisse le miracle qu’il en attendait – serait une pure conjecture…

Georges Pompidou

Il semble qu’on ne prête plus toute l’attention nécessaire à la situation nationale, depuis que Georges Pompidou s’était exclamé : «  La France va mal ! », formule reprise à l’antienne par tous les camps politiques, d’année en année, jusqu’aujourd’hui, sans que personne n’en traite les causes, dans le délitement progressif du commun de la République.

Il n’empêche que la grave crise que nous traversons requiert notre engagement – engagements multiples pour nous tous mais points d’ancrage partagés. Il faut dire qu’à une époque où les partis ne sont plus des animateurs de la vie collective, mais de simples machines à désigner des candidats, nos concitoyens ne misent plus guère sur les échéances électorales.

À côté du fonctionnement classique des institutions et largement en complément, il nous appartient donc à tous de retisser les liens, de refaire le maillage des relations et des activités ordinaires par des initiatives diverses, travail de fourmi visant à réduire cette distance que la majorité du peuple éprouve d’avec les élites et à façonner ensemble de la cohésion sociale.

Au fond, ne peut-on espérer qu’à l’instar des pratiques qui font battre le pouls des loges, la France invisible puisse forger dans la nation un respect, une écoute et un dialogue dignes de notre devise républicaine et ce, incidemment, grâce à cette frange invisible que forment nos Frères et nos Sœurs, dans la société ?

Il y a, en effet, urgence à trouver des expressions communes, à l’écart des « passions tristes », vocable sous lequel Spinoza rangeait la haine, la vengeance, le ressentiment, l’envie et la peur, tout ce  dont les populistes de tout bord font leur régal, creusant des divisions mortifères dans la communauté nationale, la seule que reconnaisse la République. Le pays ne peut durablement se renforcer sans valeurs de partage, sans faire fi des idéologies clivantes et réductrices.

C’est évidemment une affaire personnelle et non un programme déployé par des Obédiences qui ne peuvent, sans quelque paradoxe démocratique, se faire, autrement que de façon générale, les porte-drapeau de « ces vertus à ciel ouvert », alors que, par principe,  elles s’appliquent à les revendiquer en cercles fermés. C’est la seule chose qu’elles puissent légitimement dire ; mais, réduits à des rappels de principes, ces communiqués ou ces déclarations publiques ne ressemblent-t-ils pas à des incantations verbales et, partant, à des vœux pieux ? Bien entendu, les actions qui en dérivent pour chacun d’entre nous s’appuient primitivement sur ces « passions joyeuses »  du même philosophe hollandais, que sont la bienveillance, la compassion, le respect et la sympathie.

C’est ainsi, mes Frères et mes Sœurs, que nous devons nous mobiliser individuellement sur tous les fronts, sauf à dire : si même les francs-maçons s’en foutent…


[1] Évangiles de Marc 1:21–28 et de Luc 4:31–37.

[2] « Bloquons tout ! », le 10 septembre 2025, mouvement de protestation «  protéiforme et hétéroclite » s’étant manifesté en 200 points du territoire.

À quand un Grand Maître élu grâce à l’IA en Franc-maçonnerie ?

De notre confrère upday.com

L’Albanie fait un pas de géant vers l’avenir en nommant Diella, première intelligence artificielle au monde à siéger comme ministre. Cette innovation audacieuse, annoncée par le Premier ministre Edi Rama, interroge notre époque : et si l’IA, ce « soleil » virtuel de l’administration albanaise, infiltrait les sphères les plus traditionnelles, comme la Franc-maçonnerie ? Dans un Ordre initiatique où les élections de Grands Maîtres reposent sur des scrutins secrets, des débats philosophiques et une quête de sagesse millénaire, l’idée d’un leader algorithmique semble aussi improbable qu’intrigante.

Pourtant, à l’heure où l’IA révolutionne la gouvernance mondiale, la maçonnerie – gardienne de symboles ancestraux – pourrait-elle un jour élire un « Grand Maître virtuel » ? Explorons ce scénario fictif, enraciné dans l’actualité albanaise et les racines maçonniques du pays.

Diella, le « Soleil » virtuel qui éclaire Tirana : une Première mondiale en gouvernance IA

En Albanie, pays des aigles et des montagnes escarpées, l’innovation politique prend un tour surréaliste. Lors d’une réunion de son Parti socialiste victorieux des élections de mai 2025 – un triomphe qui assure à Edi Rama un quatrième mandat –, le Premier ministre a dévoilé Diella, une IA nommée ministre chargée des appels d’offres publics. « Diella est la première membre du gouvernement qui n’est pas physiquement présente, mais créée virtuellement par l’intelligence artificielle », a déclaré Rama, avec un sourire mi-amusé mi-provocateur. Son nom, signifiant « soleil » en albanais, évoque lumière et transparence – des vertus bienvenues dans un pays où la corruption gangrène encore les marchés publics.

Lancée en janvier 2025 comme assistante numérique sur la plateforme e-Albania, Diella a déjà prouvé son efficacité : 36 600 documents traités, près de 1 000 services rendus aux citoyens. Désormais, son mandat s’élargit : superviser les tenders, recruter des experts mondiaux pour les évaluer, et garantir « 100 % de procédures sans corruption et une transparence parfaite pour chaque denier public soumis au processus d’appel d’offres« . Rama insiste : « Ce n’est pas de la science-fiction, mais le devoir de Diella. » Cette nomination s’inscrit dans la trajectoire européenne de l’Albanie, candidate à l’UE d’ici 2030, où la lutte anticorruption est un pilier incontournable. Politiquement, elle consolide l’image réformatrice de Rama ; sociétalement, elle pose les bases d’une administration hybride homme-machine, où l’IA pourrait démocratiser l’accès aux services publics dans un pays où 40 % de la population vit encore en zones rurales isolées.

Mais Diella n’est pas qu’un outil technique : représentée comme une femme en costume traditionnel albanais, elle humanise l’IA, la rendant accessible et culturelle. Les réactions ? Enthousiastes du côté du gouvernement, prudentes chez les parlementaires qui attendent la présentation officielle du cabinet. Pour les citoyens, c’est un espoir de fin des pots-de-vin endémiques ; pour les critiques, un risque de déshumanisation des décisions. En tout cas, l’Albanie devance le monde : nulle part ailleurs une IA n’a accédé à un tel niveau exécutif.

L’IA au pouvoir : un écho maçonnique à Tirana ?

Et si cette « première » albanaise ouvrait la voie à une franc-maçonnerie augmentée ? L’Albanie, berceau d’une maçonnerie naissante, entretient un lien historique avec l’Ordre initiatique qui rend ce scénario moins farfelu qu’il n’y paraît. Introduite récemment dans les Balkans post-ottomans, la franc-maçonnerie y symbolise ouverture et modernité – des valeurs chères à Rama, dont le pays aspire à l’intégration européenne. Imaginez : un Grand Maître élu non par suffrage humain, mais par un algorithme impartial, scrutant les candidatures via des données symboliques (fraternité mesurée en actes, sagesse en contributions doctrinales). « À quand un Grand Maître IA en franc-maçonnerie ?« , se demande-t-on déjà dans les loges virtuelles, où l’IA pourrait trancher les débats sans biais partisans.

La Franc-maçonnerie en Albanie : des Racines Ottomano-Balkaniques à une renaissance post-communiste

Pour comprendre ce potentiel, replongeons dans l’histoire maçonnique albanaise, un chapitre discret mais riche, tissé dans les ombres de l’Empire ottoman et les vents de la décolonisation. La franc-maçonnerie arrive en Albanie au XIXe siècle, via les loges ottomanes et les influences européennes, notamment françaises et italiennes. Dès 1860, des intellectuels albanais, fuyant l’oppression turque, s’initient dans des ateliers à Istanbul ou en Égypte, où l’Ordre devient un vecteur de nationalisme culturel. Ibrahim Temo Bey (1865-1939), né en Albanie et professeur à l’école de médecine militaire d’Istanbul, est une figure clé : franc-maçon actif, il fonde en 1887 le Comité Union et Progrès, embryon de la Jeune-Turquie, avec d’autres frères comme Abdullah Cevdet. Ces loges, souvent mixtes et laïques, servent de creuset pour l’indépendance albanaise de 1912, promouvant tolérance et raison face au fanatisme religieux.

Mur de Berlin

Sous le régime communiste d’Enver Hoxha (1944-1985), l’Albanie – « premier État athée du monde » – interdit et persécute la maçonnerie, comme toutes les sociétés secrètes, dans un climat de paranoïa stalinienne. Les loges disparaissent, leurs membres exilés ou emprisonnés. La chute du Mur en 1991 libère l’espace : la Franc-maçonnerie renaît timidement dans les années 1990, sous l’égide de la Grande Loge d’Albanie (fondée en 2011, reconnue par la United Grand Lodge of England en 2013). Aujourd’hui, elle compte une vingtaine de loges, majoritairement à Tirana et Durrës, avec environ 500 membres – des élites intellectuelles, hommes d’affaires et fonctionnaires attirés par son ethos humaniste. Mixte et libérale, elle s’inspire du Rite Écossais Ancien et Accepté, promouvant la laïcité dans un pays à 60 % musulman, 10 % orthodoxe et 10 % catholique.

Cette présence modeste mais croissante – influencée par la diaspora albanaise en Italie et Grèce – fait écho à l’innovation de Diella : l’Albanie, terre de transitions, voit dans l’IA un allié pour la transparence maçonnique. Des loges albanaises, comme « Skanderbeg » à Tirana, explorent déjà des outils numériques pour les rituels virtuels post-Covid, posant les bases d’une « maçonnerie 2.0 ». Rama, lui-même perçu comme proche des cercles laïques, pourrait-il voir dans Diella un modèle pour des élections obédientielles impartiales ?

Vers un Grand Maître algorithmique : utopie ou nécessité initiatique ?

Mur numérique autoroute de l'information
Mur numérique d’informations binaires

Dans la franc-maçonnerie mondiale – 3 à 4 millions de membres, dont 165 000 en France –, l’IA n’est pas un tabou. Des obédiences l’utilisent pour analyser textes doctrinaux ou modérer forums en ligne, tandis que des revues comme Le Symbolisme des Rites (n°4, septembre 2025) débattent de son rôle dans les « rites augmentés« . Élire un Grand Maître via IA ? L’idée titille : un algorithme pourrait évaluer candidatures sur critères symboliques (fraternité quantifiée, sagesse par contributions), éliminant népotismes. Mais l’Ordre, fondu sur l’humain – « l’homme est le seul ouvrier de son bonheur« , dixit les Constitutions d’Anderson –, résisterait : l’initiation repose sur le libre-arbitre, pas sur des lignes de code.

Pourtant, en Albanie, où la maçonnerie renaissante dialogue avec l’innovation de Rama, ce scénario n’est pas si lointain. Diella, « soleil » impartial, pourrait inspirer un « Grand Architecte Virtuel » scrutant les scrutins.

À quand un tel élu en loge ? Bientôt, si l’IA prouve sa lumière sans ombre. Pour l’heure, Tirana illumine le chemin.

Quand la voix rejoint la lumière : le 1er livre maçonnique audio chez Lewis Masonic

Lewis Masonic annonce son premier livre audio. On y entend non une voix mécanique mais le timbre vivant de l’auteur, Tony Harvey, enregistré pour l’occasion, tandis que Sir David Wootton*, Past Deputy Grand Master de l’United Grand Lodge of England (UGLE), prête la sienne pour l’avant-propos. Le titre choisi n’est pas anodin : Seven Habits of Highly Successful Lodges, manuel contemporain de vitalité maçonnique, paraît désormais « à écouter ».

L’ouvrage audio est proposé à 10 £ et se télécharge via la même application que les e-books de l’éditeur.

Seven Habits of Highly Successful Lodges
Seven Habits of Highly Successful Lodges

Il y a dans cette bascule un geste fidèle à l’esprit du métier. La franc-maçonnerie est fille du Verbe plus que du papier : le souffle, la diction, la mémoire. Entendre l’auteur lui-même – plutôt qu’une imitation synthétique – redonne à la transmission sa texture orale, sa chaleur et sa responsabilité. Harvey, qui travaille depuis des années sur la gouvernance des loges et les dynamiques d’adhésion, y déroule ses « habitudes » avec la clarté pragmatique qu’on lui connaît ; le livre, déjà diffusé en version imprimée et numérique, a rencontré un public attentif dans l’Angleterre maçonnique.

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L’annonce, malicieusement, convoque l’ancêtre des voix artificielles – ces ingénieuses machines à parler qui fascinèrent l’Europe savante : l’appareil de Wolfgang von Kempelen imaginé dès 1769, auquel Charles Wheatstone donna de nouveaux accents en 1837, puis l’extravagante Euphonia de Joseph Faber montrée à l’Egyptian Hall de Londres en 1846. Quelles que soient leurs prouesses, ces automates ne remplaçaient pas l’âme qui passe par le timbre. La leçon n’a pas vieilli : le secret initiatique se murmure, il ne se synthétise pas.

Annonce publicitaire Lewis Masonic

Il faut se réjouir de voir un éditeur historique articuler ainsi tradition et usages du temps. Après des heures d’écran, la fraternité gagnait ce format « compagnon » : écouter en train, en marche, entre deux colonnes d’un jour à l’autre ; faire résonner les notions de conduite, de service, de joie en loge, que l’ouvrage promeut pour les ateliers du XXIᵉ siècle. La démarche prolonge l’écosystème numérique que Lewis Masonic a mis en place autour de ses rituels et de ses livres ; elle l’ouvre à celles et ceux pour qui la lecture visuelle est moins aisée, sans rien céder à la facilité d’une voix artificielle.

Reste à souhaiter que ce premier jalon en appelle d’autres : anthologies, classiques, études historiques, portraits de métiers ; une bibliothèque parlée où la chaîne d’union se ferait aussi chaîne sonore. À ce prix, la « littérature de loge » retrouvera sa nature première : parole partagée, souffle porté, écoute fraternelle.

Seven Habits of Highly Successful Lodges - e-book
Seven Habits of Highly Successful Lodges – e-book

En pratique : Seven Habits of Highly Successful Lodges – qui peut se traduire par Les sept habitudes des loges les plus performantes ou Les sept habitudes des loges les plus prospères ou encore Les sept habitudes des loges qui réussissent le mieux – est disponible en trois formats audio 10 £, soit 11,55 €, e-book 12,99 £, soit 15,01 € et relié 19,99 £, soit 23,09 € sur les sites de Lewis Masonic et Lewis Masonic Digital.

Nota bene : Il s’agit du premier livre audio publié par Lewis Masonic, non du premier livre audio « maçonnique » au monde – le genre existe déjà ailleurs, mais l’initiative de cet éditeur-référence mérite d’être saluée.

Lewis Masonic, un bref historique

Lewis Masonic naît sous l’enseigne A. Lewis, maison dédiée aux textes maçonniques. L’éditeur revendique une fondation en 1801, à une époque où l’imprimé rituel devient un outil d’élévation et de mémoire ; le nom « A. Lewis » évoluera plus tard en Lewis Masonic.

Les archives internes rappellent aussi la figure de John Hogg, qui donne à A. Lewis une impulsion éditoriale décisive à partir de 1864 en disciplinant la publication des rituels pour éviter les « exposés » approximatifs d’auteurs profanes. Quoi qu’il en soit, la tradition éditoriale s’y fixe : servir l’Art royal par des textes sûrs, utiles à l’instruction des loges.

La chronologie exacte varie selon les documents de la maison – on lit aussi la date 1886 comme repère fondateur – signe d’une histoire longue, faite de continuités et de passages de relais.

Un jalon clair, lui, est 1973 : A. Lewis intègre Ian Allan Publishing et prend officiellement le nom Lewis Masonic. Depuis, le catalogue s’est élargi des seuls rituels à l’ensemble des champs maçonniques (histoire, symbolisme, gouvernance, conférences).

Quant au nom « Lewis », il renvoie à l’outil opératif de levage – la louve –, symbole du fils de maçon et, plus largement, de ce qui soulève la pierre avec précision : une belle métaphore d’éditeur qui élève et soutient l’œuvre.

Aujourd’hui, Lewis Masonic demeure la référence britannique pour les rituels autorisés et un éditeur central de la littérature maçonnique anglophone, forte d’auteurs contemporains et de rééditions savantes.

Sir David Wootton, AGM GLUA
Sir David Wootton, AGM GLUA

*Sir David Wootton, né en 1950, a reçu à la Bradford Grammar School puis au Jesus College de Cambridge l’éducation exigeante qui forge les esprits de mesure. Juriste de haut vol, il devient en 1979 associé d’un cabinet international où il œuvre aux grands mouvements de l’entreprise et veille, tel un gardien de la règle, à la probité des bonnes pratiques de gouvernance.

Cité de Londres
Cité de Londres

Son goût de la Cité le conduit naturellement au gouvernement de la City de Londres : élu au Common Council en 2002 pour Farringdon Within, puis échevin de Langbourn en 2005, il portera la chaîne du Lord-maire en 2011-2012, symbole d’un service rendu à la communauté avec dignité et constance.

Dans l’Ordre, son parcours épouse la même exigence de rectitude. Senior Metropolitan Grand Warden en 2007, promu Ancien Grand Porte Glaive en 2012, il est appelé le 12 mars 2014 aux fonctions d’Assistant Grand Maître. Son itinéraire dessine une même fidélité : faire de la loi un art de la concorde et de la tradition une lumière vivante… Celle même que Lewis Masonic transmet, patiemment, depuis le XVIIIᵉ siècle.

La Loge, un monde à part !

D’un point de vue formel, une loge maçonnique, c’est à la fois un lieu et aussi le groupe d’êtres humains qui se réunissent dans ce lieu décoré pour pratiquer un rituel ! A la question « Pour quoi y faire ? » de nombreuses raisons sont évoquées ; un ancien grand-maître du Grand Orient de France, Jean-Michel Quillardet avait coutume de commencer ses interventions publiques par cette boutade :

« Souvent, on nous pose la question dans les conférences publiques : « À quoi sert la Franc-maçonnerie ? ». J’ai une réponse : la Franc-Maçonnerie cela ne sert à rien. »

Des raisons, en voici quelques-unes que l’on peut entendre ici ou là :

  • A la recherche de la vérité
  • Pour mieux se connaître
  • Pour bâtir une société fraternelle
  • Pour améliorer l’être humain et la société
  • Pour réunir ce qui est épars
  • Pour atteindre la Sagesse
  • Pour découvrir le monde des esprits
  • Pour acquérir Sagesse, Force et Beauté
  • Pour approcher le Grand Architecte de l’Univers
  • Pour comprendre les mystères
  • Pour posséder la clé du portail qui nous sépare de l’autre monde
  • Pour quitter le monde profane et accéder à la spiritualité
  • Pour retrouver l’élite de la société
  • Pour faire des affaires et devenir plus puissant
  • Pour mieux comprendre la complexité de la vie
  • Pour se préparer à mourir
  • Pour diriger le monde !
  • Porter à l’extérieur nos valeurs !

Et puis, il y a les réalités :

  • Des envies,
  • des peurs,
  • beaucoup de méfiance,
  • des ambitions
  • le goût des discours
  • le plaisir de l’entre soi
  • le refuge dans l’histoire
  • Les tentations délirantes
  • Le besoin de parader
  • L’envie d’être reconu-e,
  • La soumission à l’autorité
  • La fascination pour l’inutile,
  • Le besoin d’ordre.
  • L’envie d’aider

Une des caractéristiques de la loge maçonnique réside dans l’absence d’experts parmi ses membres. Les membres peuvent avoir des savoirs très différents mais dans la problématique de la gouvernance, le guide réside dans l’instruction fournie avec le rituel. De la sorte, il y a une réelle égalité et l’obligation de toujours négocier la prise de décision. Cela n’empêche pas que dans certaines situations l’autoritarisme est la règle mais c’est du aux personnalités présentes.

Tout cet ensemble abouti à une singularité : la loge est une association qui semble à part. Le monde brûle et la loge continue son train train quotidien !

La loge se mélange difficilement avec les autres acteurs du monde associatif. Ces membres ne se connaissent pas vraiment et ne semblent pas vouloir trop se fréquenter en dehors des rencontres mensuelles.

D’ailleurs ses membre n’aiment pas beaucoup se déclarer publiquement comme franc-maçon-ne. on sait jamais !

Si le rituel affiche des sentiments nobles, désintéressés des contingences matérielles, la loge n’en fait pas une réelle inspiration ; c’est un sujet de pinaillage entre soi-disant spécialistes. D’autres associations y attachent plus d’importance.

Si certains voudraient que les loges jouent un rôle social, la plupart du temps, cela reste une implication personnelle à la discrétion de chacun.

Parfois la loge maçonnique semble mieux fonctionner lorsque ses membres sont issus de la même corporation.

La loge est surtout un objet d’intérêt pour celles et ceux qui en ont entendu parler et l’imaginent comme un recours. Mais, du fait d’obligations financières relativement exigeantes, l’accès aux loges est réservé aux membres des classes aisées.

Les candidates et les candidats ne s’imaginent pas que la vie en loge suppose, pour être comprise et appréciée, une activité intellectuelle régulière. Comme celle-ci est assez chronophage, dans la réalité, la majorité des membres des loges ne peut la faire, de sorte qu’une certaine superficialité dans les réflexions se retrouve dans les contributions.

Le paradoxe de la loge me semble être la contradiction entre un désir d’aller vers les autres et une redoutable méfiance qui bride l’engagement ! On voudrait bien mais on se méfie quand même !

La loge peut être un lieu de bien être avec des relations simples de bienveillance. Elle peut ronronner gentiment autour de personnalités qui s’inscrivent dans son histoire.

Il y a parfois des épisodes plus difficiles avec des relations conflictuelles interpersonnelles qui aboutissent à des scissions.

Bien qu’appartenant généralement à une organisation fédérative comme l’obédience, la loge n’est pas toujours vraiment motivée par cette vie fédérale. Cela reste le domaine de quelques personnes qui s’y consacrent pour diverses raisons dont cette fameuse attirance pour les cordons qui marquent aux yeux de tous l’appartenance à l’élite des petits chefs ! Il faut dire que cela ne gêne pas trop les dignitaires car tant que les loges règlent leurs capitations, le reste peut être superflu !

La loge est plutôt discrète dans son expression médiatique

Au total, la loge est une structure sociale particulière qui peut avoir eu une histoire liée à l’implication de ses membres anciens dans des mouvements sociaux ou dans l’activité politique. L’histoire permet de ne pas se préoccuper des réalités d’aujourd’hui !

C’est essentiellement une structure de mixité sociale qui permet à des personnes d’horizons divers de se rencontrer et d’échanger. Ces rencontres et ces échanges sont conditionnés par la capacité des responsables de la loge de les organiser en dehors des tenues, ce qui n’est pas forcément souhaité. Le plus souvent, chacun de ses membres évolue à son rythme en ayant un jardin secret pas forcément partagé.

La grande tolérance permet d’y voir s’exprimer des pensées qui n’auraient pas forcément la possibilité d’être énoncées dans un autre lieu. Ce sont des moments rares dans la monotonie des redites habituelles mais ils peuvent marquer l’auditoire.

La loge c’est un monde à part où tout est quand même possible !

Chacun connait la réponse à l’interrogation « Qu’est ce qu’une franc-maçon-ne ? » « Un-e être libre dans une loge libre ! »

Même si cette liberté est souvent utilisée pour ne pas faire grand-chose, il y a une réelle potentialité qui permet au groupe humain de sortir des sentiers battus et des tentations perverses. Cela suppose bien sûr un consensus !

Cette capacité potentielle d’autoformation pourrait donner à la vie de la loge un contenu substantiel décidé de façon consensuelle pour permettre à ses membres de progresser dans différents domaines ; cela pourrait être par exemple :

  • La fraternité
  • La gestion des émotions,
  • L’harmonie du groupe
  • La problématique de la violence
  • L’engagement collectif.

La loge aurait à réfléchir sur une méthode pédagogique qui soit participative en évitant ces prestations magistrales qui endorment les ateliers.

En se référant à cette maxime de François Rabelais, « Science sans conscience n’est que ruine de l’âme ! » on pourrait imaginer une loge dynamique, vivante et intelligente qui quitterait son nuage pour revenir dans le champ de la conscience !

Il est fini le temps des « Marronniers » 

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J’ai envie de dire, on ne peut pas y échapper. Dans tous les domaines nous avons droit aux mêmes rengaines et je dois vous le concéder moi même je tombe dans le piège d’un calendrier récurrent !

Ceci dit la franc maçonnerie est aujourd’hui toute l’année sur le devant de la scène, pour nous la saison des marronniers nous la vivons en permanence et plus qu’une « ambiance récurrente type saison des marronniers ».

« je dirais plutôt que toute l’année en franc-maçonnerie nous sommes à la Foire du trône ! »

Les dépêches, les infos se sont plus de l’ordre du midi-minuit mais du 24 heures sur 24, les journaux et autres médias confondus sont présents au nom du savoir et de l’information. En tant que franc-maçon, nous nous demandons si nous allons réussir à tenir le rythme pour analyser et digérer cet afflux d’articles, d’essais, de reportages et d’informations de tous genres concernant notre franc maçonnerie.

« La foire du trône s’installe, dure et passent les saisons. »

Nous négligeons notre culture de fond au détriment de la vision d’un reportage sur la franc maçonnerie plus facile à regarder, qui reproduit toujours les mêmes schémas que notre inconscient privilégie car plus rapidement accessible. 

On chasse la difficulté qui nous pousse à analyser souvent par prétexte que nous connaissons déjà les thèmes. Alors nous allons survoler rapidement le sujet et prendre ce qui nous intéresse, on se contente d’analyses sommaires que d’autres ont conçues pour nous.

« Nous sommes dans le monde des plats préparés et prêts à consommer. » 

Notre franc maçonnerie est aux portes ou est déjà entrée dans le monde de la consommation.

À ce rythme, elle risque d’avoir une saveur proche du fast-food et bientôt nous commanderons nos planches depuis l’intérieur de notre véhicule, sur notre écran plasma qui donne accès à nos programmes situés jute à côté de la touche I.A.

Je vous décris ici un monde du type Léo Ferré qui chantait: « les hommes, ll conviendrait de les connaître assis près d’une machine à sous avec des problèmes d’hommes, des problèmes de mélancolie, alors…. » Les anciens disaient il faut que jeunesse se passe, ça ne sert à rien de se lamenter, il faut rester positif…

Pour ma part je continue à croire à l’esprit critique de l’homme et à pratiquer la dérision avec humour. Et puisque nous sommes à la foire du trône profitons de nous amuser, et de nous distraire avec toutes les attractions proposées dans la video du Grand rené ci-dessous :

La carte postale du dimanche : Le Château Saint-Antoine, bastide marseillaise et temple de lumière

Frères, Sœurs, Compagnons de route,

Dans la vallée de l’Huveaune, au cœur du 11ᵉ arrondissement de Marseille — Marselha ou Marsiho en occitan provençal —, s’élève une demeure discrète et majestueuse à la fois : le Château Saint-Antoine. Marseille, ville-préfecture des Bouches-du-Rhône et chef-lieu de la région Provence-Alpes-Côte d’Azur, est une cité aux mille visages, faite d’histoires entremêlées, de peuples et de pierres.

Le Château Saint-Antoine en reflète la destinée

Comme toutes les bastides marseillaises, il porte en lui un héritage mouvant, fait de grandeurs et de transmissions, de délaissements et de renaissances, avant de resplendir à nouveau dans un éclat inattendu.

Son histoire commence en 1762…

…lorsque l’avocat Joseph Isoard acquiert une propriété appelée « La Miniarde ». Son fils Jean-Baptiste Isoard agrandit bientôt le domaine en achetant « La Rousse » et « La Maussane » : il fait construire la partie centrale de ce qui deviendra le château. Tout au long du XIXᵉ siècle, la bastide passe entre différentes mains – Louis d’Alayer de Costemore, François Philippe, Joseph Blanc – avant de connaître, en 1907, une transformation décisive avec l’arrivée du commandant Guy de Robien.

Ce comte breton et son épouse Marguerite Halna du Fretay donnent au domaine son nom définitif : Château Saint-Antoine. Ils l’ornent d’un blason, d’une devise – « Sans vanité ni faiblesse » – et d’une chapelle dédiée à saint Antoine de Padoue. Le comte tombe au front en 1915, et la demeure entre alors dans une succession de ventes : aux industriels Fine, à l’usine d’électrochimie de la Barasse, puis à des aménageurs urbains. Abandonné, non classé monument historique, le château semblait promis à disparaître.

C’est en 2017 que survient sa résurrection

La Grande Loge de France (GLDF) en devient propriétaire et entreprend une restauration ambitieuse. En 2018, la bastide rénovée s’ouvre sur une extension moderne et fonctionnelle. Elle abrite désormais sept temples, dont un grand de 400 places, et accueille des événements culturels tels que conférences, expositions et concerts. L’ancienne bastide devient un patrimoine vivant, au carrefour de l’histoire et de l’initiation, de la Provence et de l’universel.

Vitrail, Château St-Antoine

Cette histoire n’appartient pas seulement aux archives. Elle résonne dans la littérature

Alexandre Dumas parlait des cabanons et des châteaux provençaux comme d’un art de vivre ; Stendhal voyait dans les bastides la passion dominante des Marseillais ; Victor Gelu pleurait leur disparition progressive ; et Marcel Pagnol, dans Le Château de ma mère, évoquait ces châteaux à tourelles qui jalonnaient ses chemins d’enfance, dont le Château Saint-Antoine garde encore l’écho.

Devise « Sans vanité ni faiblesse » ainsi que « ROCH BIHAN »

À l’occasion des Journées européennes du patrimoine, placées sous le thème « Patrimoine architectural » les 20 et 21 septembre 2025, la Grande Loge de France ouvrira exceptionnellement les portes du Château Saint-Antoine, joyau méconnu du patrimoine marseillais.

Le terme de joyau, en Maçonnerie, désigne moins un ornement qu’une révélation.

Comme la pierre brute que nous apprenons à dégrossir, il résulte d’un patient travail de taille et de polissage. Ainsi en est-il de cette bastide devenue château, puis laissée à l’abandon et menacée de ruine, avant de renaître dans la clarté. Aujourd’hui, ce lieu témoigne de la victoire de la lumière sur l’ombre, de l’édification sur la ruine, de la transmission sur l’oubli.

Notre-Dame de la Garde

Franchir les portes du Château Saint-Antoine, c’est pénétrer dans un espace où chaque mur, chaque voûte et chaque pierre se font mémoire et enseignement. Comme deux colonnes dressées à l’entrée du Temple, l’histoire et la modernité s’y tiennent côte à côte. L’une rappelle les origines, les familles successives, les transformations et les abandons ; l’autre affirme la vitalité d’un présent où le chantier s’est fait œuvre, où l’outil a rendu vie, où le compas et l’équerre ont retrouvé leur juste place. Dans son grand temple de quatre cents places, comme dans ses six autres salles de loge, la lumière se répand désormais à travers le vitrail signé Antoine Serra, semblable à la rosace d’une cathédrale moderne où les couleurs s’ordonnent comme les vertus.

Durant ces journées de septembre, les visiteurs pourront découvrir une exposition retraçant le travail de rénovation, contempler images et documents, écouter conférences et musiques, et surtout se laisser guider par des Frères désireux de transmettre le sens de ce lieu.

Thierry Zaveroni

Thierry Zaveroni, Passé Grand Maître, rappellera que ce patrimoine est aussi européen et universel

Il relie Marseille au grand chantier de l’humanité tout entière, où chaque pierre polie s’ajuste à la construction du Temple invisible.

Visiter le Château Saint-Antoine, c’est approcher une demeure chargée d’histoire et de symboles, rarement ouverte au public.

C’est comprendre que l’architecture n’est pas seulement technique mais langage, que les pierres ne sont pas inertes mais vivantes, et que chaque bastide marseillaise peut devenir, lorsqu’elle est élevée à sa plénitude, une image du Temple spirituel. Joyau retrouvé, joyau maçonnique, le Château Saint-Antoine est désormais un pont entre hier et demain, un lieu où le silence parle et où la lumière éclaire, une demeure profane devenue demeure initiatique, rappelant à chacun de nous qu’il est, lui aussi, une pierre vivante, appelée à prendre place dans l’édifice universel.

Informations pratiques

Horaires : 10h – 18h (sur réservation)
Adresse : Château Saint-Antoine, 10 Bd Jules Sebastianelli, 13011 Marseille
Réservations : HelloAsso / Illustrations : Wikimedia Commons

Puisse cette méditation t’accompagner en ce jour. Bon dimanche, et bons baisers de Marseille, cité phocéenne ouverte sur la mer et baignée de lumière !

Marseille, panorama

La lumière en héritage : Le Suprême Conseil de France, deux siècles d’Écossisme vivant

Nous entrons dans ce livre comme on franchit une porte de Temple, dans le silence habité où l’odeur de la cire et du bois ciré dispose l’âme au travail, et déjà des noms se lèvent comme des colonnes vivantes, des voix reviennent du fond des siècles, des regards se croisent, et nous comprenons que nous ne tenons pas seulement entre les mains un volume d’histoire mais une constellation de destins qui composent la voûte d’un Orient intérieur.

LE SUPRÊME CONSEIL DE FRANCE 1804 - 2025 Un essai biographique
LE SUPRÊME CONSEIL DE FRANCE 1804 – 2025 Un essai biographique

Le Suprême Conseil de France s’impose comme une institution vivante, traversant les époques et assurant la continuité d’une lignée écossaise, juridique et mystique, savante et fraternelle.

Publié aux Éditions Numérilivre en 2025, l’ouvrage de Jean-Pierre Thomas compte trois cent soixante douze pages et propose au lecteur une traversée de deux siècles et plus que nous lisons comme un rituel de mémoire. Nous sortons de cette lecture convaincus que la biographie, lorsqu’elle épouse le rythme d’une Tradition, cesse d’être un simple relevé de faits pour devenir une méthode de connaissance, une anamnesis, un art d’assembler des pierres dispersées afin que la lumière circule de nouveau entre elles.

Jean-Pierre Thomas a choisi la forme du portrait pour approcher le cœur de l’institution. Nous suivons les Souverains Grands Commandeurs, leurs proches, leurs pairs, leurs collaborateurs, autant de visages qui forment la chaîne d’union d’un gouvernement symbolique dont la responsabilité majeure est d’assurer l’équilibre du Rite Écossais Ancien et Accepté (REAA) sur le territoire de France. Cette responsabilité ne se résume pas à l’administration des degrés ou à la garde d’archives, elle tient d’une magistrature morale qui se reçoit et se transmet, elle suppose la juste alliance de l’autorité et du service, elle exige la probité d’un esprit et la patience d’un artisan. Au fil des pages, nous voyons se dessiner la dialectique délicate entre la verticalité initiatique et l’horizontalité fraternelle, entre la fidélité aux sources du Rite et l’attention aux circonstances historiques, entre l’unité de principe et la diversité des parcours. Cette dialectique, l’ouvrage la rend sensible par une écriture qui ne force jamais la gloire mais qui sait reconnaître l’exemplarité lorsqu’elle s’impose.

Nous avançons d’époque en époque et l’histoire générale se superpose à l’histoire du Rite. Nous entendons le fracas des mutations politiques, l’Empire qui s’installe puis s’effondre, la Monarchie qui revient puis s’éteint, la République qui s’affermit, les idéaux qui se heurtent, les guerres qui dévastent, l’Occupation qui éprouve la conscience et contraint à la clandestinité, la Libération qui demande des comptes, la reconstruction matérielle et morale qui s’ensuit. Le Suprême Conseil de France n’est jamais une tour d’ivoire, il respire avec la cité et consent à cet étrange labeur qui consiste à garder la flamme au milieu des vents contraires. Nous pensons alors au caractère initiatique de l’épreuve historique, nous y reconnaissons cette pédagogie secrète par laquelle une institution apprend à se convertir sans se renier, à se réformer sans se dissoudre, à s’ouvrir sans se perdre. L’auteur évite les simplifications commodes, il montre des hommes qui doutent, qui choisissent, qui négocient avec l’inexorable, et c’est cette humanité qui donne au livre sa densité de vérité.

Jacques Rozen Souverain Grand Commandeur du Suprême Conseil de France

La trame biographique ne se réduit pas à une galerie de portraits. Elle devient une topographie du symbolique. Ici un frère incarne la force de l’équerre, là un autre épouse l’arc du compas, ensemble ils décrivent un cercle qui protège le travail de tous. Nous voyons la rose éclore au cœur de la croix et nous savons que cette image n’est pas une figure d’esthète mais la marque d’une alchimie intérieure qui transmute l’autorité en service et la doctrine en amour de l’humain. L’Écossisme que célèbre le livre n’est pas un mot d’école, il se manifeste comme une discipline de l’esprit et du cœur, une fidélité à la promesse d’universalité que les constitutions historiques ont formulée et que les Convents successifs ont cherché à faire rayonner. Le souvenir de Lausanne nous accompagne, non comme un monument que l’on vénère, mais comme une source vive où se retrempe l’exigence d’un rite capable de parler à tous les continents de l’âme. Nous sentons combien l’idéal humaniste n’est pas un supplément de discours, il est l’armature de ces vies offertes au bien commun du rite.

La force du livre tient à la manière dont la mémoire des noms devient un instrument de discernement pour notre présent. Lire ces portraits, c’est apprendre à reconnaître ce que veut dire exercer un pouvoir sans cesser d’être frère, diriger sans s’éloigner de l’atelier, rendre des décisions et rester soumis à la loi intérieure qui nous dépasse. La biographie se fait miroir et mise au point, elle corrige notre regard, elle nous détourne des mythologies faciles, elle nous rend attentifs à ces petits gestes de probité qui font les grandes fidélités. Nous ressortons plus vigilants et plus confiants, nourris par ces existences qui n’ont pas toujours connu la gloire mais qui ont patiemment tenu la lampe, nuit après nuit, afin que la relève trouve le chemin.

La prose de Jean-Pierre Thomas possède la tenue qui convient lorsque l’on approche une institution qui touche au sacré de la conscience. Nous entendons l’érudit qui a longuement fouillé les fonds et confronté les traces, mais nous entendons surtout l’homme de Tradition, celui qui sait que les documents ne vivent pas sans l’âme qui les anime. Ce double mouvement donne au livre une allure de pierre d’angle qui soutient une façade et révèle un axe. Le choix de la biographie n’est pas un artifice, il épouse la structure initiatique elle-même, car le Rite Écossais Ancien et Accepté avance par étapes qui sont autant de métamorphoses personnelles. Chaque vie rapporte à sa manière la conquête d’une vertu, la clarification d’un devoir, l’acceptation d’un renoncement, et l’ensemble compose un itinéraire collectif qui ressemble à une montée vers un Orient intérieur. Le lecteur maçon en reçoit un bénéfice immédiat, il y puise des modèles, mais aussi des avertissements, et cet équilibre entre l’éloge et l’examen de conscience donne au livre sa grande utilité initiatique.

Jean-Pierre Thomas

Nous devons dire un mot de l’auteur lui-même, car sa trajectoire éclaire son propos. Jean-Pierre Thomas s’est imposé au fil des années comme un écrivain de la franc-maçonnerie écossaise, attentif à la rigueur documentaire et à la respiration symbolique. Plus d’une cinquantaine d’ouvrages portent sa signature, et la reconnaissance ne s’est pas fait attendre avec des distinctions venues de sphères savantes exigeantes, preuve que sa méthode sait convaincre au-delà des cercles familiers.

Nous savons son engagement durable dans la revue Points de Vue Initiatiques (PVI), où sa compétence historique s’unit à une écoute de la vie rituelle. Nous savons aussi ses responsabilités assumées dans l’orbite de la Grande Loge de France, responsabilités qui n’ont pas durci son regard, bien au contraire elles l’ont affiné par la fréquentation du réel. Avant ce livre, il a consacré un travail précieux aux Grands Maîtres de la Grande Loge de France, puis il a accompagné le bicentenaire de la Grande Loge centrale devenue Grande Loge de France, et nous comprenons qu’avec ce nouvel essai, il clôt provisoirement une trilogie qui embrasse la Maison écossaise dans sa souveraineté, sa régularité de cœur et sa continuité de service. Cette biographie implicite de l’auteur se lit en filigrane de son écriture, elle donne confiance dans la rectitude de son approche et dans la justesse de ses choix.

Le livre rappelle avec sobriété la place du Suprême Conseil de France dans l’histoire générale du Rite, notamment sa précocité au regard des structures écossaises du monde, et nous mesure combien cette antériorité n’est pas une vaine fierté. Elle oblige, elle invite à la hauteur, elle appelle à la vigilance, car ce qui fut donné au commencement doit être gardé sans crispation mais avec une fermeté douce, en gardiens de source plutôt qu’en propriétaires de fleuve. Cette conscience de l’héritage fonde une éthique de la décision, elle protège des emballements, elle dissuade des guerres de préséance. Jean-Pierre Thomas n’insiste jamais de manière appuyée, pourtant sa composition nous conduit à cette conséquence pratique. Nous lisons et nous nous sentons appelés à une sobriété de gouvernement, à une amitié de travail, à un usage mesuré du prestige, qui correspond à la vertu du Rite Écossais lorsqu’il se souvient que la dignité la plus haute consiste à s’effacer devant la lumière.

SCDF

Nous avons aimé la manière dont l’auteur laisse affleurer des détails sensibles qui donnent chair à ces existences. Une signature ferme au bas d’une décision délicate, une parole tenue quand la tempête incitait à se taire, un geste de discrétion qui a sauvé un frère, une intuition doctrinale qui a permis d’éviter une fausse querelle, ces notations ne sont jamais gratuites. Elles composent la morale concrète d’un pouvoir initiatique, elles disent que la supériorité n’est pas une hauteur mais une profondeur, une capacité à descendre en soi pour écouter ce qui doit être entendu. Cette morale nourrit la conscience du lecteur et lui rappelle que la franc-maçonnerie n’est pas un théâtre d’apparences mais une école d’humilité, où l’on apprend à régler ses passions et à ordonner ses pensées, afin que l’outil frappe juste et que la pierre prenne la forme convenable.

L’ouvrage devient alors une aide précieuse pour le travail des loges et des ateliers de hauts grades. Nous pouvons y puiser des matériaux pour des planches de réflexion, non pour répéter des notices biographiques, mais pour interroger la manière d’exercer une charge, la manière de susciter des héritiers, la manière de tenir une ligne lorsque la pression du temps rend tout vacillant. La lecture met en mouvement, elle donne envie de rectifier ce qui doit l’être, elle rend à chacun le sens de sa part dans la grande architecture. Les plus jeunes y verront des aînés qui ne se contentent pas d’être des portraits au mur, ils deviennent des compagnons de route qui parlent encore. Les plus anciens y trouveront une confirmation que la patience et la droiture finissent par porter du fruit, si l’on consent à travailler longtemps sans chercher la lumière pour soi.

Nous remercions Jean-Pierre Thomas d’avoir écrit un livre qui réhabilite la grandeur discrète. Nous sortons de ces pages avec une gratitude de disciple, car la mémoire des noms nous a rééduqués. Nous savons mieux ce qu’il faut demander à une institution écossaise, nous savons mieux ce qu’il faut lui offrir. L’ouvrage ne flatte pas, il élève. Il nous fait aimer cette tradition qui ne se paie pas de mots, qui préfère la preuve au discours, le service à l’affichage, la durée à l’éclat. Nous refermons le volume et nous entendons cette exhortation muette, continuer à tenir la lampe, continuer à faire passer le feu, continuer à faire que la chaîne ne se rompe pas.

Il demeure enfin ce sentiment d’une concorde possible entre l’exigence historique et l’ardeur initiatique. Le livre prouve que la connaissance précise des lignées n’éteint pas l’élan de l’esprit, bien au contraire elle lui donne un socle. La vérité y gagne en densité, la fraternité y gagne en justesse, la liberté y gagne en courage. Au moment où la famille écossaise se souvient de Lausanne et interroge son avenir, cette biographie du Suprême Conseil de France nous paraît une réponse de haute tenue. Elle nous enseigne que l’exemplarité n’est pas un mot de pierre mais un mouvement du cœur qui se transmet par des vies données. Nous en sortons ragaillardis dans notre désir de construire et apaisés dans notre manière d’habiter la tradition. Que ce livre circule de main en main, qu’il prenne place sur les tables de loge, qu’il soutienne des méditations discrètes, et qu’il soit pour chacun une invitation à l’ascèse fraternelle. Ainsi la mémoire deviendra avenir, et la pierre se laissera polir jusqu’au moment où la lumière passera sans obstacle.

LE SUPRÊME CONSEIL DE FRANCE 1804 – 2025 Un essai biographique

Jean-Pierre ThomasPréface de Jacques RozenSouverain Grand Commandeur du Suprême Conseil de France

Éditions Numérilivre, 2025, 372 pages, 28 €