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Initiation par l’absurde : les complots au prisme du rire noir

Dans l’épaisseur grinçante de notre époque, où les certitudes s’effritent comme les statues de sel des antiques révélations, Nous Sachons de Dimitri Halby se lit comme un bréviaire de l’absurde moderne, un évangile moqueur dans l’ère des croyances éclatées. Sous ses apparences de farce, ce livre trace une véritable cartographie de l’imaginaire contemporain, où le grotesque rivalise avec le tragique et où l’ombre du complot remplace le Logos.

Nous Sachons
Nous Sachons

Ce n’est pas tant un recueil que nous découvrons qu’un miroir diffracté de la psyché collective, où chaque mème, chaque fausse publicité, chaque post grotesque révèle, par effet de contraste, une faille dans l’architecture mentale du monde.

Dimitri Halby, en artisan du rire noir, travaille comme un alchimiste inversé : il ne transmue pas le plomb en or, mais l’or supposé de la vérité officielle en la glaise friable de l’incertitude. Ce renversement, qu’il opère sans dogme et avec un sens vertigineux du contrepoint, fait de ce livre une véritable entreprise initiatique – par le rire, par la provocation, par l’outrage même.

Il serait trop facile d’y voir une simple moquerie des théories complotistes. Il ne s’agit pas ici d’un rationalisme triomphant, encore moins d’un fact-checking militant. Dimitri Halby opère dans un autre registre : celui du symbolisme retourné, du simulacre revendiqué, où la Vérité – avec un V majuscule – devient non pas une donnée, mais un outil comique, une illusion féconde. Nous ne sommes pas face à un traité de sociologie, mais à une parabole du monde désenchanté, où le rieur porte le masque du bouffon pour dévoiler, derrière les apparences, le vide laissé par les anciens récits.

Dimitri Halby - Babelio
Dimitri Halby – Babelio

L’auteur, Dimitri Halby, musicien (entre autres) mais surtout ingénieur en informatique installé en Normandie et originaire de la région de Bernay dans l’Eure, s’est d’abord imposé sur les réseaux sociaux avec sa page « Complots faciles pour briller en société ».

Complots faciles pour briller en société
Complots faciles pour briller en société

Ce titre, en soi, pose le décor : il s’agit moins de croire que de paraître croire, moins de dénoncer que d’exposer l’artifice. Fort de plus d’un million de suiveurs sur Facebook, Dimitri Halby a su capter l’humeur d’un temps qui se méfie de tout et rit de tout. Il puise dans cette houle numérique une matière première inépuisable, qu’il condense ici avec un sens du montage et du rythme d’une redoutable efficacité. Loin d’être un simple humoriste, il se révèle ici comme un écrivain du chaos doux, un chroniqueur de l’ère de la crédulité sceptique.

Dans cette entreprise, Nous Sachons épouse la forme du magazine pour mieux en détourner les codes. Édito grotesque, sommaire délirant, fausses rubriques, images détournées, tout concourt à créer un effet de décalage permanent. C’est un travail de déréalisation systématique, une initiation par la désorientation. Nous sommes conviés à un banquet carnavalesque où le réel lui-même devient suspect. Le lecteur est initié, à son insu, à une forme de lucidité amère : celle qui naît non de la révélation, mais de la saturation du mensonge.

On pourrait croire à une simple satire, mais ce serait méconnaître la portée alchimique du rire. Car le rire ici ne détruit pas. Il transmute ! Il ne ridiculise pas seulement, il révèle par l’absurde la foi de ceux qui croient savoir. Dans ce sens, l’auteur accomplit une œuvre de dévoilement – certes masqué, camouflé, crypté –, mais nullement superficielle. Il prend le relais des anciens clercs, non pour prêcher, mais pour exposer. Il agit comme ces fous sacrés du soufisme, qui enseignent par le paradoxe, le renversement, l’illogisme fécond.

La franc-maçonnerie, quoique moquée de manière potache, transparaît dans l’œuvre comme une figure parmi d’autres du grand théâtre complotiste. Et pourtant, cette parodie révèle malgré elle un hommage inconscient : car toute initiation, en tant que rite de passage et quête du sens, devient dans le regard complotiste l’ombre d’un pouvoir caché. Le rire que Dimitri Halby adresse aux Francs-Maçons vise moins l’institution que ceux qui en fantasment le pouvoir occulte.

Nous Sachons
Nous Sachons

En première de couverture, le ton est donné avec ce faux scoop provocateur : « Scoop ! Francs-maçons : ils sont nuls en maçonnerie. » Derrière l’ironie perce une forme de reconnaissance inversée : pour devenir les cibles privilégiées des fantasmes complotistes, encore faut-il incarner, malgré soi, une part de mystère.

Mais c’est le traitement de la religion qui déconcerte, provoque, déstabilise. Là encore, le texte joue des symboles et des dogmes comme d’une boîte à outils pour artisans de la dérision. Jésus y devient un zombie de Pâques, les crucifixions sont mises en scène comme des sketches, les fêtes religieuses tournées en ridicule. Certains y verront un blasphème, d’autres une nécessaire profanation du sacré durci par le temps et les dogmes. Le choix de ne pas trop se moquer d’autres traditions religieuses peut être lu à la fois comme prudence…

Reste une constante : derrière chaque rire, une douleur refoulée. Celle d’un monde où les croyances, même les plus précieuses, sont devenues objets de suspicion.

Nous Sachons
Nous Sachons

L’interview d’un Illuminati, sommet d’absurde maîtrisé, est une perle noire dans ce collier de moqueries. L’anonymat du maître du monde autoproclamé, sa confession sur la difficulté de semer de fausses pistes, son autodérision quant à la création des noms mêmes de ses groupes secrets, tout cela participe d’une mécanique burlesque redoutable. Le rire y devient rite d’exorcisme, purgation des peurs diffuses, déconstruction des récits de contrôle.

Il faudrait citer encore ces images détournées, ces aphorismes absurdes, ces posts d’une drôlerie glacée qui ponctuent l’ouvrage. Comme dans tout travail véritablement hermétique, c’est par la multiplicité des couches qu’émerge le sens.

Au premier degré, c’est drôle. Au second, c’est inquiétant… Au troisième, c’est révélateur !

Car en rendant visible l’absurde, Dimitri Halby en fait la matière même de notre monde. Nous ne sommes plus dans le vrai ou le faux, mais dans une alchimie de signes contradictoires. Le réel est devenu un labyrinthe dont il faut se moquer pour pouvoir en sortir.

Ainsi, Nous Sachons s’inscrit dans cette tradition paradoxale de l’humour comme voie d’initiation. À l’image du fou du Tarot, il avance sans plan, les poches pleines de symboles, la tête dans les nuées. Ce qu’il propose, ce n’est pas un savoir mais une lucidité. Ce n’est pas une vérité, mais une hygiène mentale. Ce n’est pas une démystification, mais un antidote. Dans cette époque de crédulité toxique, c’est une médecine qui prend la forme du poison. Et peut-être faut-il, pour guérir, rire jusqu’à l’os.

En refermant ce livre, nous savons que nous ne savons pas. Et c’est peut-être cela, l’ultime sagesse du lecteur véritable.

Nous Sachons « Les complotistes ne mentent pas. C’est la vérité qui se trompe. »

Dimitri HalbyRobert Laffont, 2024, 208 pages, 19,90 €

Les travailleurs d’Hiram Abiff : la Vérité

De notre confrère elnacional.com – Par Mario Múnera Muñoz

« Aime la vérité, mais pardonne l’erreur » (Voltaire, penseur sarcastique des Lumières, philosophe français 1694-1778). De même que le Triangle, sur le chemin initiatique, dépasse l’entendement humain, il en va de même pour la vérité, car elle est comprise dès l’instant où l’on commence à avoir conscience. Les rayons de sagesse pénètrent votre être dès que la lumière trouve le bon angle pour pénétrer et ainsi comprendre un tel sujet. L’intelligence n’a pas accès à « la vérité » ; elle ne peut que percevoir ses informations. C’est pourquoi la justice est soumise à la raison ; elle crée donc ses lois, le moyen de les comprendre et de les manipuler.

Voltaire

C’est là qu’interviennent l’expert en droit, l’avocat et le juge, pour les interpréter et les appliquer. Justice et vérité, à mon sens, ne vont pas de pair, si l’on part du principe que le fondement du droit est « la moralité du peuple ». Chaque peuple et chaque lieu de l’Univers a ses propres interprétations de ses actions et de ses comportements. La justice n’est pas une ; elle a ses différentes variantes. Au contraire, la « vérité » est une, comme le dit le dicton populaire : la vérité est la vérité, même si elle blesse. Les grands penseurs de l’Antiquité et de la modernité continuent d’interpréter la « justice », mais la « vérité » n’a jamais été le but ; il n’existe aucun moyen de la définir, et elle peut se résumer en deux mots : « La vérité est. »

La vérité et ses obstacles

Krishnamurti

La vérité est obscurcie par « l’égoïsme, la malice et la méfiance. » Autre aspect important : les êtres humains sont des juges constants sur ce plan, jugeant et critiquant tout, ce qui est à la base des conflits humains. Toute « sagesse védique » est appelée « Trividya » en sanskrit : « Tri » signifie triple, et le mot « vidya » signifie sagesse. H.P. Blavatsky (fondatrice de la Théosophie) a fait pour la première fois, dans son livre Isis Dévoilée, une déclaration très transcendante sur la triple nature de l’Univers : « La Création est un triangle de force, et les secrets de la Création sont enfermés dans sa triple nature (c’est la serrure). La clé pour entrer dans la salle des mystères est “la nature de l’homme” (c’est la clé) qui est également triple ; par conséquent, la “vérité” est dans l’être humain lui-même. » J. Krishnamurti écrit dans son livre Truth ? ce qui suit :

« La vérité est un pays sans chemin… on ne peut y accéder par aucun chemin, par aucune secte, par aucune religion. Étant illimitée, inconditionnée, inaccessible par aucun chemin, elle ne peut être organisée. Aucune organisation ne peut être formée pour guider ou forcer les gens à suivre un chemin particulier. »

L’effort vers la vérité

La Vérité
La Vérité

La vérité ne peut être rabaissée ; c’est l’individu qui doit faire l’effort de s’élever vers elle. Elle ne peut amener le sommet de la montagne dans la vallée ; au contraire, pour atteindre le sommet, il faut traverser la vallée et gravir le sommet sans crainte. Aucune organisation ne peut conduire les êtres humains à la spiritualité. La croyance ne devrait jamais être organisée, car elle devient un corps mort, une secte, une croyance, une religion qu’il faut imposer aux autres, et c’est ce que tout le monde fait. La vérité est diminuée et transformée en jouet pour les faibles, momentanément mécontents. Dès que vous suivez quelqu’un d’autre, vous cessez de suivre la vérité. Le but de la Franc-Maçonnerie est de rendre les êtres humains libres, sans conditions, sans peur de la mort, du salut, de l’amour ou de la vie, de les libérer de leurs limitations ; seule cette liberté leur procurera le bonheur éternel.

La vérité en psychanalyse

En psychanalyse, la vérité n’est pas définie comme bonne ou mauvaise ; elle est simplement douloureuse. Elle n’est pas exacte, comme les sciences exactes ; c’est la vérité de la subjectivité. Elle n’est ni mesurable ni calculable, mais quelque chose de construit. Selon Freud, la vérité est impossible à la conscience. La vérité est la coïncidence entre l’énoncé et les faits. La fausseté et la vérité sont des propriétés des énoncés et des croyances. Sur ce plan physique, il existe quelque chose qui se positionne comme vérité universelle ; ce sont des constantes dans le monde et dans la réalité elle-même, et elles sont indiscutables. Lorsque nous tombons dans le piège du relativisme ou du subjectivisme dans l’interprétation de la réalité, l’exercice de la rationalité perd tout son sens. Le savoir que possèdent les êtres humains leur permet de façonner la pensée et de modifier la réalité là où elle est la plus attrayante, mais il limite la compréhension de la vérité.

Réflexions philosophiques sur la vérité

Friedrich Nietzsche jeune

Dans son ouvrage Le Criterion, Jaime Balmes soutient à juste titre que « bien penser consiste soit à connaître la vérité, soit à orienter la compréhension sur le chemin qui y mène. » Nietzsche affirme que « nous, scientifiques, devons apprendre que la vérité est aussi une illusion, bien qu’une illusion sans laquelle nous ne pouvons survivre » (Yalom, 2011, p. 339). Le même penseur a également écrit : « Une vie sans Vérité est une mort dans la vie » (Irvin D. Yalom, Washington 1931, professeur de psychiatrie à l’université de Stanford et psychothérapeute. Il a également écrit de nombreux essais et romans). L’acceptation de la vérité et du destin est essentielle pour que l’homme ait une idée de ce qui l’attend dans sa vie.

Opinions versus vérité

« Le monde est aussi plein d’opinions qu’il est plein de gens. Et vous savez ce qu’est une opinion. L’un dit ceci, l’autre dit cela. Chacun a une opinion, mais l’opinion n’est pas la vérité ; par conséquent, n’écoutez pas une simple opinion, quelle qu’elle soit, mais découvrez par vous-même ce qui est vrai…

…Les opinions peuvent changer du jour au lendemain, mais nous ne pouvons pas changer la vérité. »

(Jiddu Krishnamurti, écrivain et conférencier sur des questions philosophiques et spirituelles – Indu)

Tolérance maçonnique : vertu ou compromis ?

De notre confrère expartibus.it – Par Rosmunda Cristiano

La tolérance, en Franc-maçonnerie, n’est ni une affectation morale, ni une condescendance tiède. C’est l’une des pierres angulaires de l’Art Royal, mais elle ne peut ni ne doit être confondue avec l’indifférence ou le silence lâche. La question est donc légitime : jusqu’à quel point un Frère Maçon doit-il être tolérant ?

La réponse est simple mais claire : assez pour être un homme libre, mais pas un millimètre au-delà, si cela signifie nier la vérité, la justice ou la dignité. La tolérance commence ici : par l’écoute, par l’acceptation des opinions des autres, même si elles s’opposent aux vôtres. Mais ce n’est pas tout.

Un Frère ne tolère pas tout et tout le monde : il tolère ce qui est motivé par la bonté, l’honnêteté intellectuelle et l’intention constructive. Il ne tolère pas le vice, l’arrogance, les mensonges déguisés en opinions, ni l’ignorance obstinée déguisée en orgueil.

Avec qui un franc-maçon doit-il être tolérant ?

Avec le frère qui erre de bonne foi, avec le profane qui cherche, avec l’hérétique de son idée, si elle est le fruit de la pensée et non de la propagande. Avec le jeune homme qui trébuche sur le chemin, avec le vieil homme qui ne comprend plus l’époque dans laquelle il vit.

La tolérance est sœur de la miséricorde, mais aussi fille de la justice. Elle ne peut exister sans discernement.

Tolérer tout, sans distinction, c’est accueillir même ce qui détruit.

Summum ius, summa iniuria.

Trop de lois, c’est de l’injustice.

Trop de tolérance est donc aussi un poison déguisé en miel.

Avec quoi peut-on confondre la tolérance maçonnique ?

Avec faiblesse. Avec peur du conflit. Avec le bien-être qui engendre des monstres.

On s’y réfugie souvent pour éviter de l’affronter. Sans compter que cette idée est indigne, cette attitude mesquine, ce langage offensant.

Non, mon frère, non, ma sœur. La franc-maçonnerie ne vous demande pas de vous taire. Elle vous demande d’être juste.

La tolérance ne signifie pas justifier toute méchanceté, accepter tout compromis ou fermer les yeux sur une « fraternité apparente ». La véritable fraternité se nourrit de Vérité, même lorsqu’elle brûle.

La vérité vous libère.

La vérité vous rendra libre.

Et parfois, cela vous rendra même seul.

Un franc-maçon ne peut tolérer la médiocrité imposée comme règle, la superstition déguisée en foi, la violence verbale déguisée en opinion.

Il ne peut tolérer la corruption, le silence ni une conscience endormie. Quiconque justifie l’injustifiable au nom de la tolérance a abandonné le Temple et est devenu un serviteur du Chaos.

Être tolérant n’est pas être neutre. La neutralité est le refuge de ceux qui ont peur de prendre parti. Un franc-maçon prend parti. Toujours. Avec la lumière, contre les ténèbres. Avec l’humanité, contre la barbarie. Avec la recherche, contre le dogme. Même au prix de quelque chose.

Sans peur, sans espoir.

Un franc-maçon qui refuse de payer le prix de sa tolérance est un demi-frère. Une coquille vide.

La tolérance n’est pas pour les timides, mais pour les audacieux. Pour ceux qui savent que les autres ont aussi le droit d’être entendus, mais que parfois, après avoir écouté, il faut répondre fermement : Non. C’est inacceptable !

Au Temple, il n’y a pas de place pour ceux qui confondent l’amour de l’humanité avec l’acceptation de l’ignorance comme valeur. Un franc-maçon tolère la diversité, mais pas l’opportunisme. Il tolère l’opposition loyale, et non le sabotage déguisé en « liberté de pensée ».

C’est pourquoi la tolérance est un art. Et un art difficile.

C’est la modération, l’équilibre, l’endurance. C’est une vertu aussi tranchante que l’épée du Maître.

C’est cette force invisible qui vous fait serrer la main de ceux qui méprisent vos idées, mais aussi cette voix qui vous oblige à vous lever quand le silence serait plus confortable.

La tolérance sine veritate est caritas mortua.La tolérance sans vérité est une charité morte.

Et nous sommes ici pour construire la vie.
Alors, frère ou sœur, soyez tolérants.
Mais ne vous laissez jamais prendre au piège de la soumission.

Tendez la main, mais ne vendez pas votre cœur.
Soyez accueillant, mais pas complice.
Soyez franc-maçon : libre, fort et lucide.

Et rappelez-vous : la tolérance est une conquête, pas une reddition.

Rendez-vous au prochain Festival national de la Voyance

De notre confrère hebdo-des-savoie.fr – Par Claire Castelar

Le traditionnel Festival de la Voyance revient comme chaque année depuis plus de trois décennies à Aix-les-Bains. Pour l’occasion, 10 voyants issus des quatre coins de France seront présents du 2 au 20 août, de 10h à 21h, soit durant près de trois semaines. La médium Dominique Coulet, qui a repris le flambeau du festival l’année dernière suite au décès de sa fondatrice Marie-Hélène Exertier, dévoile le programme et apporte des précisions sur cet évènement devenu une véritable institution locale. 

Consultations, ateliers, conférences, animations gratuites… Découvrez le programme de cette nouvelle édition du festival national de la voyance qui se déroulera du 2 au 20 août au Centre des congrès d’Aix-les-Bains. 

10 voyants et mediums, aux diverses spécificités

La nouvelle organisatrice détaille les spécificités de chacun : Elisa (voyance avec support, lignes de la main), Eugénie (voyance guidance, pendule), Gaïa (cartes, voyance sur photos, pendule), Isa (cartes, oracles), Jane (tarologue, numérologue), Karine (cartes, médium), Lina (oracle, voyance), Dominique (voyance dans les tarots, coquillages, photos), Frédéric (voyance sans support) et Rubens (médium, tarots, lignes de la main). « Chaque année il y a des anciens, à savoir les piliers, et des nouveaux qui ont été sélectionnés ». Pour une consultation de 45 minutes, une participation de 57€ sera demandée et 100 € pour deux consultations avec deux voyants différents.

13 conférences et ateliers

Plus d’une dizaine de conférences (10€) et ateliers (30€) sont également programmés en fin de journée (18h ou 19h), selon diverses thématiques. Atelier sur le tarot de Marseille (avec Elisa et Isa, le 4 août), conférence sur la communication animale (avec Sandrine, le 5 août, en remplacement de la conférence « comment se protéger contre la pollution et les agressions énergétiques grâce à la radionique » avec Marc Devalmorel qui arrivera plus tard que prévu sur le festival), atelier « lire dans les lignes de la main » (avec Rubens, le 6 août), conférence « contact avec l’invisible » (avec le médium spirit Chrys Angel, le 7 août, en remplacement de la conférence « activer les bénéfices de l’utilisation des pierres naturelle » avec Nicole). « Si vous souhaitez recevoir un message d’un de vos défunts, pensez à venir avec une photo papier de lui ou avec un bijou lui ayant appartenu » précise l’organisatrice. Atelier sur l’hypnose, atelier sur la méthode d’utilisation du pendule, conférence sur le bien vivre chez soi avec la géobiologie et l’harmonisation de l’habitat, conférence sur la pensée positive, conférence sur les chiffres miroirs, conférence sur la sagesse de la kabbale, conférence sur la loi de l’attraction par les forces énergétiques des lettres berbères… Il y en aura pour tous les goûts, toutes les curiosités et toutes les sensibilités.

Animations gratuites

Le samedi 2 août à 18h, les voyants se présenteront un à un et proposeront de tester gratuitement leur pratique à travers « une question par personne ». Les deux samedis suivants (9 et 16 août), une séance de voyance gratuite sera proposé sur les marches du centre des congrès.

« Une clientèle très variée et de plus en plus de jeunesse »

Selon Dominique, qui était très proche de Marie-Hélène depuis une quinzaine d’années, « dès que je l’ai connue, je ne l’ai plus quittée« , et fidèle au festival pour lequel elle a toujours été très impliquée, ce rendez-vous annuel attire de nombreux visiteurs. « Il est déjà très connu, grâce notamment au bouche à oreille, et les gens d’Aix-les-Bains l’attendent avec ferveur. C’est une sorte de rituel« . Concernant les profils du public toutes générations, « nous avons une clientèle très variée et de plus en plus de jeunesse, de plus en plus de messieurs et de plus en plus d’hommes d’affaires ». Aixois, Savoyards, Haut-Savoyards, Rhônalpins, curistes… « Il y a les fidèles, les convaincus, les curieux et les nouveaux. Parmi les fidèles, il y a ceux qui reviennent toujours pour le même voyant, ceux qui aiment bien changer. Parmi les nouveaux, il y a ceux qui vont vers un type de voyance en particulier et ceux qui se laissent plutôt guider par une attirance de la personne. Quand ils me demandent conseil, je leur dis de faire au feeling ou je les envoie vers un voyant qui correspond plus à leur personnalité ». Du côté des questions posées, celles qui reviennent le plus concernent le travail, la carrière, la santé, l’amour et la famille.

L’inventrice de « la conchyomancie »

Une des spécialités de Dominique est la conchyomancie, mot qu’elle a elle-même inventé pour définir la voyance par les coquillages (association de conchyophile, collectionneur de coquillages, et mancie, divination). La médium a écrit un livre à ce sujet en 2001 et créé un jeu de carte www.hebdo-des-savoie.fr/decouvrez-la-voyance-par-les-coquillage . Bienveillance et convivialité seront les maîtres mots de ce festival dont l’entrée est libre, avec ou sans rendez-vous. Quelques exposants seront également présents (librairie ésotérique, voyage autour des minéraux, géobiologie énergéticien, bijoux messages universels). Renseignements au 06 08 09 51 23.

Cartes, pendule, lignes de la main, numérologie, voyance sans support... Toute une diversité d'arts divinatoires seront à découvrir. -
Cartes, pendule, lignes de la main, numérologie, voyance sans support… Toute une diversité d’arts divinatoires seront à découvrir. –
La médium Dominique Coulet, organisatrice du festival depuis la précédente édition. -
La médium Dominique Coulet, organisatrice du festival depuis la précédente édition. –

Le philosophe Bertrand Russell et le concept de « métaphysique »

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(De l’esprit dans la matière ? Il y a la matière à reflexion !)

« Existe-t-il au monde une connaissance dont la certitude soit telle qu’aucun homme raisonnable ne puisse la remettre en doute ? Cette question qui, à première vue pourrait paraître simple, est en réalité l’une des plus difficiles »

 Bertrand Russell « Problèmes de philosophie)

Cette pensée du grand philosophe britannique nous amène d’emblée à mettre à distance nôtre rêve ou idéal pythagoricien de pouvoir accéder à des vérités parfaites, éternelles, indubitables ! Ne demeure pour nous que le poids d’une interrogation sans réponse, que nous comblons par la mise en place d’une foi momentanée ou définitive, scientifique, philosophique ou religieuse, mais dont nous savons qu’elle ne joue qu’un rôle rassurant, un calmant, devant la peur « des espaces infinis » pascalien.

Aussi longtemps que l’être humain ne se développera pas en sagesse autant qu’en connaissance, l’accroissement de son savoir impliquera une augmentation de ses dangers de destruction.

Bertrand Russell pense que la personne heureuse est celle qui a des affections libres et des intérêts larges. Dès lors cet être humain « se sent un citoyen de l’Univers, il jouit en toute liberté du spectacle et des joies que le monde lui offre, il n’est pas troublé par la pensée de la mort parce qu’il ne se sent pas réellement séparés de ceux qui viennent après lui. C’est dans cette union profonde et instinctive avec le courant de la vie que l’on trouvera les joies les plus intenses » (1). N’en demeure pas moins qu’une interrogation, liée à l’homme depuis son apparition, continue à se poser : Existe-t-il une dimension indépendante de la matière, que nous pourrions appeler l’âme, qui serait issue de cette matière pour les uns, ou qui lui donnerait une orientation spirituelle pour les autres ? En fait, l’homme n’est-il que l’un des aboutissements du transformisme de la nature ou un être crée par une puissance divine supérieure dont il représente la finalité et est à son service ? C’est l’une des questions à laquelle Bertrand Russell va tenter de répondre.

I-LE GALOPIN DE LA PHILOSOPHIE BRITANNIQUE.

Avant d’entrer dans une réflexion sur le concept de métaphysique tel que Bertrand Russell l’entendait (et dont il avait fait un ennemi auquel s’affronter !), il est bon de jeter brièvement un coup d’œil sur la biographie d’un grand philosophe riche en couleurs.

Bertrand Russell pourrait se définir, en premier lieu par une appartenance forte à ses racines et à la culture galloises même si sa vie sera ponctuée de voyages divers : né le 18 mai 1872 à Trelleck, il décédera à Penrhyndeudraeth, ces deux lieux étant au pays de Galles. Il laissait derrière lui une œuvre immense de plus de 60 livres et environ deux mille articles. Il est unanimement reconnu comme l’un des plus grands philosophes et logiciens du XXe siècle, et est le cofondateur de l’influente école de philosophie analytique. Il fut également un penseur de l’éthique, du politique et de l’éducation, un vulgarisateur de la science et de la philosophie et un intellectuel engagé.

Issu d’un milieu où l’aristocratie et la haute bourgeoisie se côtoient (son grand-père paternel était lord John Russell qui fut deux fois Premier Ministre), il eut la chance de n’être pas enfermé dans l’immobilisme conservateur, car ses parents étaient libres-penseurs ! Ce qui marquait une originalité dont il allait devenir, lui et son frère, les héritiers. Malheureusement, ses parents décéderont très tôt et ils seront confiés à leurs grands-parents qui les scolariseront à domicile. C’est par son frère qui lui donne à 11 ans sa première leçon de géométrie avec les « Eléments » d’Euclide qu’il va développer une véritable passion pour la géométrie et les mathématiques. Passions qui demeureront permanentes jusqu’à la fin de sa vie, mais qui débuteront par des études de mathématiques à Cambridge qu’il poursuivra à Berlin. En 1894, il travaille à l’ambassade britannique à Paris, puis, en 1896, il commence à enseigner à la London School of Economics puis aux Etats-Unis avant de devenir professeur au Trinity College en 1899. C’est durant ces années que Russell va commencer à s’intéresser aussi, très sérieusement, à la philosophie.

Il est aussi un homme qui s’engage politiquement : en 1907, il se présente au Parlement et défend le droit de vote des femmes. Il est défait ! En 1911, arrive à Cambridge un brillant étudiant allemand : Ludwig Wittgenstein et va s’établir entre eux une coopération fructueuse. Au moment de la guerre de 1914, Russell milite pour le pacifisme et il se voit refuser le passeport qui lui était nécessaire pour aller enseigner à Harvard aux Etats-Unis. Ses collègues universitaires vont jusqu’à voter pour que lui soit retiré son poste de professeur. Pire, en 1918, il sera condamné à 6 mois de prison !

Entre les deux guerres se déroule une longue période de production d’ouvrages philosophiques. C’est aussi un grand nombre de bouleversements dans sa vie affective par toute une série de divorces. Il accepte finalement de retourner en Amérique du nord pour enseigner. En 1939, c’est là que la guerre le surprend avec sa famille, une guerre que cette fois il juge nécessaire de mener contre le nazisme. Contraint de rester aux Etats-Unis, il accepte un poste au City College of New-York, mais une violente campagne est lancée contre lui en raison de ses écrits et opinions progressistes sur le mariage, les femmes et la sexualité. De nombreuses personnalités le soutiennent (Charlie Chaplin, Albert Einstein, Aldous Huxley, etc.) mais il perdra son poste. C’est à cette époque qu’il publie son « Histoire de la philosophie occidentale » qui le mettra à l’abri du besoin.

Revenu en Grande-Bretagne, son œuvre étant connue désormais, il est honoré pour ses idéaux humanitaires et sa défense de la liberté de pensée. En 1955, il publie avec Einstein le « Manifeste Russell-Einstein » sur le contrôle atomique, et en 1958, il devient le président de la campagne pour le désarmement nucléaire. C’est d’ailleurs au cours d’une manifestation en 1961, que Russell écopera encore d’une semaine de prison ! Son dernier combat, en 1967, sera la mise en place, en collaboration avec Jean-Paul Sartre, du « Tribunal Russell » (Appelé aussi « International War Crimes Tribunal ») contre les crimes de guerre et de génocide commis par les Etats-Unis au Vietnam.

Evidemment, devant une telle personnalité et une telle œuvre, nous nous bornerons à n’aborder qu’un thème de sa pensée qui lui était cher : la métaphysique et sur lequel il reviendra toute sa vie (parfois avec contradiction !), dans une interrogation constante sur le sens de l’éthique.

II-LA METAPHYSIQUE : L’ILLUSION D’UN AU-DELA DE LA MATIERE OU L’HERITAGE DU MYSTICISME ANTIQUE ?

Débutons en donnant le contenu du mot « métaphysique ». Ce dernier, désigne, en premier lieu, l’ensemble des traités d’Aristote qui faisaient suite à la physique et abordaient les problèmes qui concernaient la matière, l’esprit, l’être, le non-être, la vie et l’au-delà. Questions essentielles dans la démarche vers la connaissance. La philosophie générale définit mieux le rôle de la métaphysique dans la mesure où elle apparaît comme une réflexion sur notre expérience vécue, qu’elle soit psychologique, morale ou scientifique, pour en dégager de sa diversité une vision générale et convergente. C’est là où elle prend distance avec la psychologie et la psychanalyse qui sont des études phénoménales des manifestations de l’esprit, de la logique, qui définit des règles de raisonnement, et de la morale qui édicte des règles de conduite. Si la métaphysique pose le problème de l’Être, elle met en même temps, la possibilité de le connaître : ontologique et épistémologique, la métaphysique demeure le projet fondamental de la réflexion et de la recherche philosophique.

Dans l’Antiquité, la pensée mythique sera essentiellement nourrie par les interrogations métaphysiques. On peut avancer l’idée que c’est à partir du VIe siècle avant J.-C. Que le concept va prendre forme : au-delà des croyances, des rites et des tabous, quelques hommes vont tenter de faire prévaloir une réflexion personnelle ayant pour seuls critères les « moyens de la raison ». Elle consistait dans des importantes innovations : le raisonnement est un discours qui transporte la certitude d’une proposition considérée comme vraie à une autre proposition, par le canal de l’évidence. Déconcertés par le caractère changeant et contradictoire des phénomènes, décrits par Héraclite, les Grecs voulurent une stabilité en cherchant un réel situé au-delà des apparences sensibles, d’où l’opposition entre « doxa », connaissance sensible et empirique, et « noesis », connaissance intellectuelle et rationnelle. Cette orientation devait tout naturellement conduire à la conception métaphysique d’une réalité immuable, cosmologique, nécessaire par-delà le devenir, l’altérité et la diversité permanente des phénomènes sensibles. Conception que résume Parménide quand il dit : « C’est dans le moment présent qu’est rassemblé tout l’Être, maintenu immobile dans sa totalité par les liens puissants de la nécessité et pareil à la masse d’une sphère bien arrondie dont tous les rayons sont égaux ». Optique qui sera reprise par Platon dans son fameux mythe de la caverne : « L’esprit est un prisonnier qui se délivre de ses chaînes, qui marche vers la lumière du jour et qui, en découvrant le soleil, découvre à la fois les objets qu’il éclaire et la raison de l’ombre qu’ils laissent derrière eux ». Cette mutation intellectuelle que l’on appellera le « miracle grec » va ouvrir deux modes de pensées qui peuvent devenir facilement contradictoires : la vérité serait au-delà des contingences matérielles d’une nature qui emprisonnerait l’homme mais, en même temps, en mettant en question le témoignage trompeur des sens, ouvrir la voie aux mathématiques théoriques démonstratives et aux premières découvertes scientifiques, ce qui serait un retour pragmatique à la matière, l’âme devenant la priorité de l’intelligence. Socrate va souligner aussi que ce que nous appellerons la naissance de la dialectique remet en cause les idées reçues, les certitudes passionnelles et les postulats implicites qui hantent la pensée humaine. Se mettait en place la recherche d’un discours rationnel destiné à unir les hommes dans la quête de la vérité et du bien. Cependant, un malaise va peu à peu survenir : la peur de devenir prisonnier d’une logique qui ressemble à un dogme qui priverait l’homme de sa liberté. Des tentatives vont avoir lieu pour dépasser la logique d’Aristote.

Mais, il ne faut pas oublier que l’effort rationnel ou métaphysique des premiers philosophes grecs ne peut être séparé du contexte mystique dans lequel il est apparu et qui a joué un rôle fondamental dans ses orientations. Par exemple, dans l’orphisme ou le pythagorisme, le mysticisme paraît favorisé l’essor de la pensée logique, mais dans la mesure ou la connaissance discursive de l’ordre du monde y est envisagée comme l’une des voies de la catharsis préalable à l’union mystique avec le divin. D’où une recherche permanente de l’identité profonde du vrai et du bien sous le signe d’un absolu qui a besoin d’une perfection dans la connaissance. Ce que Bertrand Russell confirme dans sa vision des choses : « La philosophie, qui est un effort pour embrasser le monde dans son ensemble au moyen de la pensée, s’est développée dès le début, grâce à l’union et au conflit de deux tendances humaines qui poussent les hommes, l’une vers le mysticisme, l’autre vers la science » Et dire que nous sommes toujours coincés dans cette tension contradictoire ! D’ailleurs, la place conservée jusqu’à nos jours par la mystique dans la métaphysique rationnelle apporte un argument à cet héritage et le fait que certains philosophes grecs aient adopté des positions métaphysique matérialistes, comme par exemple l’atomisme de Démocrite, qui ne contredit pas cette thèse. La confiance dans une certaine identité entre la Pensée et l’Être a soulevé très tôt, dès la période hellénistique, des objections diverses, dont Socrate qui faisait de la raison la maîtresse suprême de la vie morale, mettant en doute ainsi son ambition d’expliquer l’Univers.

III-PHILOSOPHES ET SCIENTIFIQUES EN QUÊTE DU GRAAL DE LA METAPHYSIQUE.

Statut de Platon en marbre blanc
Statut de Platon assis en marbre blanc devant un chapiteau de Temple

Les premiers sceptiques grecs, comme les Sophistes (Protagoras, Gorgias) vont très vite mettre l’accent sur la relativité de nos jugements et la fragilité de l’esprit humain. Si, à la suite de Parménide, Platon, Aristote ; le courant de la métaphysique relationnelle s’est poursuivi jusqu’à nos jours, à travers des remarquables personnalités (Saint Thomas d’Aquin, Descartes, Spinoza, Leibniz, Hegel, Husserl) il convient de constater qu’un courant critique n’a cessé de le critiquer comme l’empirisme britannique (Occam, Locke, Hume, par exemple) qui pense que notre entendement est incapable de penser par abstraction et que les idées générales n’ont aucune existence en dehors de notre conscience, ce que la scolastique appellera le « Nominalisme ». Le positivisme d’Auguste Comte, lui, affirme que le seul savoir objectif possible ne peut provenir que de l’observation des phénomènes et de la constatation de leur rapport constant de succession ou de similitude. Et le criticisme de Kant qui repose sur l’idéalisme, le phénomène, l’objet de la pensée, est le résultat d’une construction opérée à partir d’un donné sensible, informe et chaotique. La métaphysique commence, pour Kant, quand nous pensons que nous pouvons étendre l’application de notre pensée sur les phénomènes observables dans des entités abstraites inobservables comme « substance », « matière », « âme », « Dieu », etc… Il n’y a de savoir objectif que phénoménal, ce qui légitime la science qui serait l’illustration parfaite de ce mode de connaissance, mais qui condamnerait le rationalisme et ses prétentions métaphysiques. Mais le scepticisme intégral est une position insoutenable : il se détruit lui-même quand il nie qu’on puisse affirmer quoi que ce soit et l’existence de la science, avec son efficacité pratique, suffit à prouver que l’homme est capable d’accéder à une certaine connaissance. Cependant subsiste le problème de la relativité de la connaissance par rapport à notre structure cérébrale…

Emmanuel Kant

L’objet de la science ne paraît pas être le fait concret lui-même, mais le modèle de ce fait concret, c’est à dire la fonction principale du modèle est d’exprimer, par sa nécessité logique, la nécessité naturelle qui est censée présider aux aspects observables de l’objet qu’il représente. L’objet de la pensée scientifique, comme le pense Kant, n’est pas le phénomène mais ce qui le fonde rationnellement. Le physicien Max Planck, l’un des fondateurs de la mécanique quantique, écrit à ce sujet (2) : « Une expérience n’est rien d’autre qu’une question adressée à la nature, la mensuration, le relevé de la réponse. Mais avant d’effectuer l’expérience, on doit la penser, c’est-à-dire formuler la question que l’on entend adresser à la nature et, avant de tirer une conclusion de la mensuration, on doit l’interpréter, c’est-à-dire comprendre la réponse de la nature. Ces deux tâches appartiennent au théoricien ». En fait, la connaissance scientifique oscille en permanence entre deux pôles : un pôle rationnel et un pôle expérimental. En cela se poursuit un dialogue constant entre la nature et l’humain qui est lui-même issue de cette nature. Nous pouvons évoquer une métaphysique qui exclue un Tiers divin, contrairement à une autre définition de la métaphysique qui inclurait obligatoirement une dimension religieuse. Russell rejette naturellement cette dernière orientation en pensant que la science n’est pas un athéisme par nature, mais une transcendance qui se transforme en une métaphysique laïque.

 L’importance du rôle tenu par les mathématiques dans la formulation des théories ne pose-t-il pas en lui-même un problème philosophique de première grandeur : les rapports entre la pensée et la matière. La pensée rationnelle est un procédé indispensable à la Connaissance sous réserve qu’elle ne se cantonne pas que dans l’aspect scientifique. Ce qu’exprime Jean Piaget (3) : « La fonction métaphysique propre à la philosophie aboutit à une sagesse et non pas à une connaissance parce qu’elle est une coordination raisonnée de toutes les valeurs, y compris les valeurs cognitives, mais en les dépassant, sans demeurer sur le plan de la seule connaissance ». Les options que nous prenons dans la vie dépassent sans cesse notre connaissance objective et motivent une synthèse raisonnée entre nos croyances et notre savoir.

Cherchant au-delà d’une vérité dans la Science, une vérité dans la Vie, la Métaphysique apparaît comme une réflexion sur l’ensemble des Valeurs, qu’elles soient cognitives, morales, affectives, esthétiques, idéologiques ou religieuses. Son but est de tenter de comprendre les relations signifiantes qui unissent l’aspect empirique, sensible de l’être humain, à son intériorité. C’est par cette aptitude à l’échange entre nature et conscience que la métaphysique peut constituer une voie de sagesse et un véritable savoir qui sont les traits de notre Humanité…

Personne n’a bu la tasse ? Bon on arrête de nager pour aujourd’hui. On fait la planche !

 NOTES

(1) Russell Bertrand : La conquête du bonheur. Paris. Ed. Payot. 2001. (Page 233).

(2) Planck Max : L’image du monde dans la physique contemporaine. Paris. Ed. Gonthier. 1949.

– (3) Piaget Jean : Sagesse et illusions de la philosophie. Paris. PUF. 1992.

 BIBLIOGRAPHIE

– Baillargeon Normand et Santerre Chantal : Bertrand Russell. Paris. Ed. Que sais-je ? 2025.

– Benmakhlouf Ali : Bertrand Russell. L’atomisme logique. Paris. PUF. 1996.

– Russell Bertrand : Science et religion. Paris. Ed. Gallimard. 1971.

– Russell Bertrand : Histoire de mes idées philosophiques. Paris. Ed. Gallimard 1989.

– Russell Bertrand : Signification et vérité. Paris. Ed. Flammarion. 1989.

– Russell Bertrand : La connaissance humaine. Paris. E. Vrin. 2002.

– Russell Bertrand : Problèmes de philosophie. Paris. Ed. Payot. 2005.

– Russell Bertrand : Mysticisme et logique. Paris. Ed. Vrin. 2007.

– Russell Bertrand : Histoire de la philosophie occidentale. Paris. Ed. Les Belles Lettres. 2011.

Autre article sur ce thème

Melchisédek, le Roi-Prêtre Superstar méconnu

Dans un coin lumineux du blog maçonnique de Bertrand Ségonzac, on trouve une pépite hilarante : une étude sur Melchisédek, ce mystérieux VIP des textes sacrés qui semble avoir un CV plus énigmatique qu’un agent secret en mission. Roi de Salem, prêtre du Dieu Très-Haut, et probablement barman à ses heures perdues (pain et vin, ça vous dit quelque chose ?).

Ce gars est le MacGyver spirituel des traditions juive, chrétienne et islamique.
Ségonzac, tel un détective avec une loupe et une cape, se lance dans une quête épique pour démêler le mythe de ce héros oublié, qui semble être à la fois un sage, un précurseur du Christ, et le patron d’un club sélect appelé « Tradition Primordiale ».

Ségonzac est agacé, et on le comprend ! Melchisédek est partout dans les bouquins spirituels et maçonniques, mais toujours avec des descriptions vagues du genre : « Oh, il est super énigmatique, ce mec, passons à autre chose. » Alors, notre auteur enfile son costume d’Indiana Jones et décide de fouiller les textes sacrés, les exégèses religieuses, et même les coulisses de la Franc-maçonnerie pour prouver que Melchisédek est LA rockstar des initiés, avec des vibes de justice, de paix, et de pain frais.

Melchisédek, la Célébrité des Religions

A. Les Textes Sacrés : Trois Apparitions

Melchisédek, c’est le genre de type qui fait des caméos dans la Bible et laisse tout le monde perplexe. Il apparaît trois fois, comme une star de cinéma qui refuse les grands rôles mais vole la vedette à chaque fois.

Ancien Testament :
Genèse 14:18-20 : Imaginez la scène. Abram, fraîchement sorti d’une baston contre des rois ennemis, se fait accueillir par Melchisédek, le roi de Salem, qui sort du pain, du vin, et une bénédiction digne d’un animateur de talk-show. « T’es béni, mon pote ! » dit-il, et Abram, impressionné, lui file 10 % de son butin, comme un pourboire à un serveur divin. Mais c’est quoi, ce passage ? Un ajout tardif ? Une pub pour le vin de Salem ? Les traductions grecques et hébraïques se chamaillent sur les détails, et nous, on se demande : Salem, c’est Jérusalem ou un bar branché ? Et El Elyon, c’est le même boss que le Dieu d’Abram ou un cousin éloigné ?
Psaume 110:4 : Là, ça devient épique. « T’es prêtre pour toujours, à la sauce Melchisédek ! » lance le texte à un roi ou un messie (David, peut-être ?). Melchisédek devient le modèle d’une prêtrise éternelle, genre prêtre VIP avec carte platinum. Mais les traductions chipotent : « à la manière de » ou « selon l’ordre de » ? On dirait une dispute sur la recette d’un cocktail sacré.

Ce qu’on sait : Melchisédek est roi, prêtre, et son nom veut dire « Roi de Justice » (melki = roi, sédeq = justice, classe, non ?). Il règne sur Salem (Jérusalem ou pas ?), sert un dieu cool nommé El Elyon, et joue les hôtes parfaits avec son pain-vin combo. Mais pourquoi Abram, l’élu, se fait bénir par ce mec sorti de nulle part ? Mystère et boule de gomme.

Nouveau Testament :
Épître aux Hébreux (5-7) : ce passage, attribué à tort à Paul, semble destiné à un public érudit et vise à établir la supériorité de la prêtrise chrétienne sur celle des Lévites. Là, Melchisédek passe en mode superstar. Il est « Roi de Justice », « Roi de Paix » (Salem = paix, bien vu), et attention… sans père, sans mère, sans arbre généalogique, sans date de naissance ni de décès ! En gros, c’est l’Highlander de la Bible, « rendu semblable au Fils de Dieu ». Le texte oublie le pain et le vin (dommage, c’était sympa), mais insiste sur son statut de prêtre éternel. Problème : en le décrivant comme quasi-divin, les Hébreux mettent tout le monde mal à l’aise. Les juifs crient au scandale (« seul Yahvé est éternel ! »), et les chrétiens se demandent si Melchisédek est juste un teaser du Christ ou carrément son sosie.

B. Les Religions en Mode Fan-Club

Avec si peu de lignes dans les textes, Melchisédek a quand même inspiré des fan-fics religieuses à n’en plus finir.

Christianisme :


Les Pères de l’Église adorent Melchisédek, car il leur donne une arme pour narguer le judaïsme. « Sa prêtrise est plus vieille que celle des Lévites, donc Jésus rules ! » Justin (vers 160) le surnomme « prêtre des incirconcis », genre hipster spirituel avant l’heure. Tertullien rigole : « Pas besoin de circoncision ni de sabbat, Melchisédek est au-dessus de tout ça ! » Origène le voit comme un prêtre cosmique qui squatte les cieux, et Cyprien trouve que son pain et vin sentent l’eucharistie à plein nez. Au Moyen Âge, Thomas d’Aquin s’emballe : « Pas de généalogie ? C’est un clin d’œil à la naissance virginale du Christ ! » D’autres, comme Hugues de Saint-Cher, comparent les textes et se disent : « Attends, c’est pas Jésus, ça ? » Le pain, le vin, la bénédiction… tout ça sent le sacrement chrétien à des kilomètres.
Et puis, il y a cette théorie rigolote : Melchisédek serait une sorte de lieutenant du Christ, qui sort de l’ombre quand il faut secouer les choses. Genre, il vit dans une grotte secrète, mais quand Abram arrive avec son peuple têtu, Melchisédek dégaine son pain-vin et dit : « Calmez-vous, les gars, voici l’alliance 1.0 ! » Le texte des Hébreux dit qu’il est « sans père, sans mère, sans généalogie » non pas parce qu’il est un alien, mais parce que la Bible a oublié de remplir sa fiche d’état civil. Résultat : il devient le symbole parfait du Fils de Dieu, sans début ni fin, comme une série Netflix sans saison finale

Judaïsme :

Les rabbins, eux, sont un peu vexés par les chrétiens qui s’approprient leur Melchisédek. Dans le Midrash et le Talmud, ils lui reprochent d’avoir béni Abram avant Dieu. « Non mais, sérieux, Melchi, t’as pas lu le manuel ? » Du coup, il perdrait sa prêtrise au profit d’Abram. Certains, comme Ephrem le Syrien, essaient de le faire passer pour Sem, le fils de Noé, histoire de le garder dans la famille juive. D’autres chipotent sur Salem : « C’est pas Jérusalem, c’est peut-être Salîm, ou un Airbnb à Sichem ! » Tout ça pour dire : Melchisédek, t’es cool, mais reste dans le cadre de la Torah, OK ?

Gnostiques :
Les gnostiques, eux, partent en freestyle. Dans la « Légende hébraïque de Melchisédek » (trouvée à Qumrân), il devient un juge badass qui viendra à la fin des temps pour distribuer des cartons rouges aux méchants. Dans le « Second livre d’Hénoch » (chapitres 69-73, parfois appelée l’« Exaltation de Melchisedech »), c’est carrément un prêtre céleste, né par miracle et mis en stand-by par Dieu pour le grand final. En gros, Melchisédek, c’est le lien entre le Netflix terrestre et le streaming divin

Melchisédek, le Guru Ésotérique

Dans le monde de l’ésotérisme, Melchisédek est comme un smoothie spirituel : un mélange de tout ce qui est cool et universel. René Guénon et Jean Tourniac, les rockstars de la Tradition Primordiale, le voient comme le symbole ultime de l’unité. Dans son bouquin « Melchisédek ou la Tradition Primordiale », Tourniac écrit : « Ce mec, c’est le centre du club spirituel, il réunit tout le monde autour d’un bon verre de vin cosmique. » Roi de justice, roi de paix, prêtre éternel, il est l’ancêtre des utopistes maçonniques qui rêvent d’un monde sans drama religieux.

Dans la kabbale, son nom (justice) et Salem (paix) sont des vibes d’harmonie cosmique. Dans le gnosticisme, il est un initiateur qui distribue des clés pour débloquer le niveau divin. Bref, Melchisédek, c’est le prof de yoga spirituel que tout le monde veut suivre.

Melchisédek dans la Franc-Maçonnerie : Où est-il Passé ?

Dans la franc-maçonnerie, Melchisédek est un peu comme Waldo : il est là, mais faut le chercher. Ségonzac fouille et trouve quelques miettes :

  • Loges de Melchisédek (1780) : En Autriche et en Allemagne, des maçons essaient de créer des loges pour initier des Juifs, avec la Genèse comme livre de chevet. Spoiler : ça floppe, car tout le monde se dispute comme dans une réunion de famille.
  • Illuminés de Bavière : Weishaupt, le rebelle de 1776, invente un grade « Melchisédek Prêtre Royal », mais son club est plus politique que maçonnique, donc on passe.
  • Rite Ancien et Primitif : Dans ce rite ultra-marginal, il y a un grade « Grand Prêtre de Melchisédek », mais c’est comme trouver une licorne dans une loge : rare et pas reconnu.

Bref, Melchisédek est discret, mais Ségonzac insiste : ce mec est une mine d’or symbolique pour les maçons !

Melchisédek, le Coach Maçonnique Ultime

Initiation à la Sauce Melchisédek :
La rencontre entre Melchisédek et Abram, c’est comme un stage d’initiation maçonnique version deluxe. Abram, l’apprenti qui écoute sans broncher, se pointe, et Melchisédek, le grand maître avec son badge « Roi-Prêtre Éternel », lui sert du pain, du vin, et une bénédiction qui claque. Résultat : Abram passe au niveau supérieur spirituel. Tout y est : libre choix, gestes solennels, et un formateur au CV divin. Les maçons adorent ce genre de scénario.

Le Message Initiatique :
Melchisédek confirme l’alliance universelle entre Dieu et Abram, sans passer par les dogmes religieux. C’est la « religion naturelle » des Constitutions d’Anderson (1723), celle qui dit : « Pas besoin de se chamailler, aimons-nous et buvons un coup. » Sans généalogie, Melchisédek représente la Tradition Primordiale, le Graal des initiés. En tant que roi de Salem (la Jérusalem céleste, pas le bistrot du coin), il guide les maçons vers le « Centre », là où le Temple intérieur brille plus qu’un néon.

Melchisédek et le Rite Français :
Dans le Rite Français, Melchisédek est comme un guest star implicite. Sa simplicité (pain, vin, bénédiction) colle à la vibe fraternelle du rite. Sa justice inspire les apprentis (charité, équité), les compagnons (règle, équerre), et les maîtres (justice intérieure). Et spirituellement, il emmène les maçons d’une Tradition Primordiale cool vers une Nouvelle Alliance encore plus cool.

Symbolique Maçonnique :
Pain et Vin : Dans les loges, ces offrandes symbolisent la vie, la renaissance, et le travail bien fait. C’est comme un buffet maçonnique avec une touche de sagesse.
Vertus : Melchisédek, c’est le combo parfait des vertus théologales (Foi, Espérance, Charité) et cardinales (Justice, Prudence, Tempérance, Force). Un vrai super-héros maçonnique.
Le Trois : Roi, prêtre, prophète, Melchisédek est la sainte trinité de la maçonnerie. Il représente l’unité totale, comme un puzzle cosmique enfin terminé.

Alors, Melchisédek, le Héros Maçonnique Oublié ?
Initiateur, gardien de la Tradition Primordiale, porteur de vertus et symbole d’unité, Melchisédek a tout pour être le poster-boy des francs-maçons. Alors pourquoi reste-t-il dans l’ombre ? Peut-être parce qu’il est trop divin pour les loges modernes, ou parce que sa vibe « Ancienne Alliance » fait peur à une Maçonnerie qui a parfois viré au club laïc.

Dommage, car ce mec, avec son pain, son vin, et son charisme, pourrait animer n’importe quelle tenue maçonnique !

Pour voir Melchisédek en action, matez l’illustration de l’article La Rencontre d’Abraham et de Melchisédek au Musée du Prado.

L’Europe sous l’Équerre et le Compas : une odyssée maçonnique depuis l’Italie

Aux confins de la péninsule italienne, où se croisent depuis des siècles les vents de l’Orient et les influences de l’Occident, la Franc-Maçonnerie s’est enracinée comme une graine portée par les Lumières.

Italie, pavillon d'État
Italie, pavillon d’État

Terre de cités-États, de cours fastueuses et de ports cosmopolites, l’Italie a vu naître des loges où s’entremêlaient la pensée rationnelle et la quête spirituelle, la rigueur symbolique et la ferveur des idéaux républicains. Mais ce chemin, jalonné de rencontres et de persécutions, d’élans humanistes et d’ombres scandaleuses, n’a jamais été linéaire.

Drapeau du Vatican
Drapeau du Vatican


Entre l’hostilité implacable de l’Église, les bouleversements du Risorgimento, les espoirs d’unification et les cicatrices laissées par la loge Propaganda Due, la Franc-Maçonnerie italienne reflète les contradictions et la richesse d’un pays toujours en tension entre tradition et modernitCe récit propose un voyage à travers trois siècles d’histoire : des premières loges florentines aux grandes obédiences contemporaines, des combats pour la liberté de conscience aux efforts récents de reconnaissance internationale. Il dévoile l’Italie comme un carrefour maçonnique où se rencontrent les influences anglaises, françaises et germaniques, tout en gardant une âme propre, vibrante et résiliente.

1. Les origines de la Franc-Maçonnerie en Italie : un creuset européen

La Franc-Maçonnerie italienne naît au XVIIIe siècle dans un contexte de fragmentation politique et d’effervescence intellectuelle. L’Italie, alors composée d’États indépendants sous influences étrangères (Autriche, France, Espagne), devient un carrefour où les idées maçonniques importées d’Angleterre, de France et d’Allemagne s’enracinent et se transforment.

L'Italie et ses régions à l'époque de l'Empire romain au Ier siècle av. J.-C.
L’Italie et ses régions à l’époque de l’Empire romain au Ier siècle av. J.-C.

– 1732 : La première loge à Florence 

  La Loge des Anglais, fondée en 1732 à Florence par des expatriés britanniques comme le baron Philipp von Stosch et le naturaliste Antonio Cocchi, marque l’introduction officielle de la Franc-Maçonnerie en Italie. Cette loge, initialement réservée aux Anglais, s’ouvre rapidement aux élites locales, attirées par les idéaux des Lumières. Elle devient un espace de dialogue philosophique, où se mêlent science, rationalité et spiritualité.

– Expansion dans la péninsule 

La Franc-Maçonnerie se propage rapidement dans les ports et les grandes villes : 

Rome
Rome

  – Rome (1735) : une loge jacobite, liée aux partisans exilés de la maison Stuart, est fondée mais fermée en 1737 par le pape Clément XII. Sa bulle In Eminenti Apostolatus (1738) interdit aux catholiques de rejoindre la Franc-Maçonnerie, sous peine d’excommunication, marquant le début d’une longue hostilité de l’Église. 

  – Livorno (1763, 1765, 1771) : ce port cosmopolite, fréquenté par des marchands européens, devient un foyer maçonnique important, avec des loges influencées par les rites anglais et français. 

  – Naples (1734) : une loge est établie par des commerçants étrangers, suivie en 1750 par la Grande Loge Nationale, inspirée par la Franc-Maçonnerie française. 

7 of The Most Iconic Landmarks and Places of Milan
7 of The Most Iconic Landmarks and Places of Milan

  – Milan (1756) : une loge éphémère est supprimée par les autorités autrichiennes, illustrant les tensions avec les pouvoirs locaux. 

  – Gênes, Crémone, Venise, Turin : des loges apparaissent, souvent sous la protection de puissances étrangères ou de militaires stationnés en Italie.

– Résistance face à l’opposition 

  L’Église catholique, pilier de l’ordre social italien, perçoit la Franc-Maçonnerie comme une menace à son autorité. La bulle Providas Romanorum Pontificum (1751) renforce l’interdiction, et des persécutions s’intensifient. Un cas emblématique est celui du comte Alessandro Cagliostro, qui en 1789 tente d’introduire un système maçonnique égyptien à Rome. Arrêté par l’Inquisition, il est condamné à la prison à vie, symbolisant la répression brutale de l’époque. Malgré cela, la Franc-Maçonnerie persiste, portée par des réseaux clandestins et des élites éclairées.

– Un creuset des Lumières 

  Les loges italiennes deviennent des laboratoires d’idées, où se discutent la tolérance, la laïcité et la réforme sociale. Elles attirent des intellectuels, des nobles et des artistes, contribuant à l’essor des idéaux des Lumières. Cette dynamique positionne l’Italie comme un point de départ pour la diffusion maçonnique en Europe méridionale.

2. Le XIXe siècle : la Franc-Maçonnerie et l’unification italienne

Le XIXe siècle marque un tournant décisif pour la Franc-Maçonnerie italienne, en lien avec le Risorgimento, mouvement d’unification de l’Italie (1859-1870).

– Répression post-napoléonienne 

Après la chute de Napoléon (1815), la Restauration entraîne une vague de répression contre la Franc-Maçonnerie dans les États italiens. Les loges, souvent associées aux idées révolutionnaires, sont interdites, mais des organisations secrètes comme la Carboneria, influencée par les idéaux maçonniques, maintiennent la flamme de la résistance.

– Le rôle du Grand Orient d’Italie (GOI) 

Fondé en 1805 lors de la conquête de l’Italie par Bonaparte, il est la plus ancienne obédience maçonnique d’Italie. Sous l’impulsion de figures comme Giuseppe Garibaldi, franc-maçon et héros du Risorgimento, les loges jouent un rôle clé dans la promotion de l’unité nationale et de la laïcité. Garibaldi, initié en 1844 à Montevideo, incarne l’idéal maçonnique d’un monde plus juste et fraternel, et son engagement renforce la légitimité du GOI.

– Influence culturelle et politique 

 Les maçons italiens, souvent républicains ou libéraux, soutiennent la création d’un État italien unifié, en opposition à l’influence du Vatican. Les loges deviennent des espaces où se forgent les idéaux d’une Italie moderne, laïque et progressiste. Le GOI adopte des rites variés, notamment le Rite Écossais Ancien et Accepté (REAA) et le Rite Symbolique Italien, reflétant sa diversité.

3. Les obédiences maçonniques en Italie : une mosaïque contemporaine

L’Italie compte aujourd’hui environ 50 000 Francs-Maçons, répartis dans une multitude d’obédiences, chacune avec ses spécificités philosophiques et organisationnelles. Voici une analyse détaillée des principales obédiences :

– Grand Orient d’Italie (GOI) 

Le GOI est l’obédience la plus influente, avec des milliers de loges à travers l’Italie. Basé au Palazzo Giustiniani à Rome, il pratique une Franc-Maçonnerie libérale, autorisant les discussions sur des sujets politiques et sociaux, contrairement aux obédiences régulières. Le GOI est ouvert aux hommes et utilise principalement le Rite Écossais Ancien et Accepté, bien qu’il intègre d’autres rites comme le Rite Symbolique Italien. Historiquement lié aux idéaux du Risorgimento, il reste un acteur majeur de la Franc-Maçonnerie italienne.

Bisi - GOI
Bisi – GOI

Les effectifs

Le GOI, tel un phare dans la péninsule, réunit sous son égide environ 19 000 membres* en 2025, chacune portant l’aspiration à un monde plus juste et éclairé. Cette fraternité, tissée de diversité, reflète un kaléidoscope humain où se mêlent jeunesse ardente et sagesse mûrie par le temps.

Les âges s’entrelacent comme les fils d’une tapisserie : 6 % des initiés, entre 18 et 25 ans, apportent la fougue de leurs idéaux naissants, tandis que 22 %, âgés de 25 à 40 ans, insufflent dynamisme et audace. Les professions, telles des pierres d’un édifice commun, se diversifient : 2 % d’ouvriers, humble fondation du labeur ; 20 % d’enseignants, porteurs de la flamme du savoir ; 11 % d’employés, rouages discrets de la société ; 30 % d’indépendants, esprits libres forgeant leur propre chemin ; 15 % d’entrepreneurs, architectes d’ambitions ; et 22 % de retraités, gardiens d’une mémoire riche d’expériences.

Le savoir, pierre angulaire de cette communauté, se répartit ainsi : 25 % des membres détiennent un diplôme d’études secondaires, 70 % ont gravi les échelons des études supérieures, et 5 %, avec un niveau collège, rappellent l’universalité de la quête maçonnique.

Chaque année, entre 1 000 et 1 500 nouvelles âmes frappent à la porte du GOI, témoignant d’une croissance soutenue, comme un fleuve qui, loin de s’épuiser, s’enrichit de nouveaux affluents.

Cette vitalité, ancrée dans la tradition et tournée vers l’avenir, fait du Grand Orient d’Italie un pilier vivant de l’odyssée maçonnique, où chaque initié, guidé par l’équerre de la justice et le compas de la sagesse, contribue à bâtir l’édifice d’un monde plus lumineux.

Grande Loge Régulière d’Italie (GLRI) 
Grande Loge Régulière d’Italie (GLRI) 

– Grande Loge Régulière d’Italie (GLRI) 

La Grande Loge Régulière d’Italie (GLRI), née en 1993 d’une audacieuse scission avec le Grand Orient d’Italie, se dresse comme un phare discret sur les rivages de la Franc-Maçonnerie italienne.

Forte d’environ 2500 à 3000 membres*, selon les murmures des années 2021 et 2022, elle réunit une confrérie choisie, dévouée à une quête d’harmonie et d’ordre intemporel.

Fondée sous l’égide des critères de « régularité » de la Grande Loge Unie d’Angleterre (GLUA) – croyance en un Être Suprême, exclusion des femmes, interdiction des débats politiques ou religieux en loge –, dont elle a obtenu la reconnaissance dès sa création en 1993, avant de la perdre par la suite, la GLRI tisse son œuvre dans une discipline austère et sacrée, fidèle à l’esprit d’un ordre intemporel.

Fidèle au Rite Anglais Style Émulation, chaque rituel, précis comme une enluminure, célèbre l’union de l’esprit et de l’universel, excluant les femmes, exigeant une foi en l’Être Suprême et bannissant les tumultes des débats politiques ou religieux pour se consacrer à la contemplation des vérités éternelles. En 2022, 42 % de ses membres, esprits indépendants, ont choisi de sculpter leur destin hors des sentiers communs, apportant à l’obédience une mosaïque d’expériences et de visions.

Moins nombreuse que le Grand Orient, la GLRI privilégie la qualité des cœurs initiés à la multitude, tel un jardin secret où chaque initié cultive la droiture de l’équerre et la mesure du compas. Si les chiffres exacts pour l’an 2025 restent voilés, comme des secrets confiés à l’ombre, cette obédience demeure un sanctuaire d’élégance sobre, attirant ceux qui aspirent à une maçonnerie traditionnelle, alignée sur les standards anglo-saxons. On estime, en 2025, les effectifs à 1500 Frères. Ainsi, dans la pénombre des loges, la GLRI perpétue une quête de lumière, où chaque frère, guidé par les outils sacrés, œuvre à l’édification d’un temple intérieur, reflet d’un ordre cosmique et éternel.

– Grande Loge d’Italie des Anciens Francs-Maçons Acceptés (GLDI) 

Née en 1910 d’une rupture audacieuse avec le Grand Orient d’Italie, cette Grande Loge s’élève comme un jardin d’égalité où hommes et femmes, unis dans une quête commune, sculptent un avenir de liberté. Forte d’environ 6 000 membres* en 2025, elle incarne une franc-maçonnerie libérale, vibrant au rythme des idéaux du Droit Humain, où l’égalité et la liberté de conscience règnent en maîtres.

Grande Loge d’Italie des Anciens Francs-Maçons Acceptés (GLDI) 
Grande Loge d’Italie des Anciens Francs-Maçons Acceptés (GLDI) 

Fondée à Rome, dans l’ombre sacrée du Palazzo Vitelleschi, autrefois connu sous le nom de Piazza del Gesù, la GLDI a émergé d’un refus de l’anticléricalisme rigide du GOI, préférant une voie où le Rite Écossais Ancien et Accepté devient un chant d’unité, mêlant les voix masculines et féminines – 34 % de ses initiés étant des femmes, piliers d’une fraternité inclusive. Membre du CLIPSAS (Centre de liaison et d’information des puissances maçonniques signataires de l’appel de Strasbourg), ce cercle universel qui célèbre la liberté de pensée, la GLDI porte haut les flambeaux de la tolérance et du progrès, s’inscrivant dans des initiatives audacieuses comme l’Union Maçonnique de la Méditerranée, fondée en 2009, pour tisser des ponts entre les peuples.

Ses membres, tels des artisans d’un temple vivant, reflètent une mosaïque d’expériences : 45 % d’indépendants, esprits libres forgeant leur destin, aux côtés de lettrés et d’ouvriers du savoir – 25 % diplômés du secondaire, 70 % issus des cimes universitaires, et 5 % porteurs d’un savoir plus humble, celui du collège.

Moins nombreuse que le Grand Orient, la GLDI n’en demeure pas moins un phare dans la constellation maçonnique italienne, attirant les âmes progressistes qui aspirent à une Franc-Maçonnerie ouverte, vibrante et universelle. Dans la pénombre de ses loges, où résonnent les échos d’un idéal humaniste, elle perpétue une odyssée lumineuse, bâtissant un sanctuaire où la liberté de conscience et l’égalité s’entrelacent, reflet d’un ordre plus vaste et éternel.

– Ordre Maçonnique Mixte International du Droit Humain 

L’Ordre, apparu en Italie dès 1905, s’élève tel un phare d’universalité, guidant les âmes vers un horizon d’égalité et de justice.

Ses effectifs, voilés par la discrétion propre aux initiés, s’élèvent à ce jour à 1000 membres* réunissant hommes et femmes dans une fraternité sans frontières, où chaque cœur bat au rythme des droits humains et de la laïcité.

Ordre Maçonnique Mixte International du Droit Humain 
Ordre Maçonnique Mixte International du Droit Humain 

Porté par le souffle du Rite Écossais Ancien et Accepté, ce sanctuaire mixte tisse une tapisserie d’idéaux humanistes, où les voix féminines et masculines s’entrelacent pour chanter la liberté de conscience et l’égalité des genres.

Membre du CLIPSAS, cette alliance des esprits libres, le Droit Humain déploie ses ailes au-delà des rivages italiens, s’inscrivant dans une quête universelle qui transcende les nations. Ses loges, refuges d’âmes progressistes, attirent ceux qui, armés de l’équerre de la droiture et du compas de la sagesse, œuvrent à polir la pierre brute de l’humanité pour en faire un édifice d’amour et de justice.

Si ses effectifs précis en 2025 demeurent un mystère, enveloppés dans le voile de la discrétion, la présence du Droit Humain en Italie brille d’une lueur significative dans les cercles libéraux. Tel un courant intarissable, il irrigue la franc-maçonnerie italienne de son esprit inclusif, bâtissant un temple où chaque initié, guidé par les outils sacrés, contribue à une odyssée humaniste, reflet d’un monde où la lumière de la fraternité éclaire les ombres de la division.

– Gran Loggia Massonica Femminile d’Italia (GLMFI) 

Née en 1991, la GLMFI s’élève tel un sanctuaire dédié aux âmes féminines, sculptant un espace où la voix des femmes résonne avec force et grâce. Forte d’environ 500 à 1000 initiées*, cette obédience, modeste en nombre mais immense en ambition, porte haut l’étendard de l’émancipation et de l’égalité, polissant la pierre brute de l’humanité avec une sensibilité unique.

Sceau GLFF
Sceau GLFF

Fondée sous les auspices de la Grande Loge Féminine de France, dont elle a reçu ses patentes, la GLMFI déploie le Rite Écossais Ancien et Accepté dans ses quatorze loges, dont la plus récente, la loge Astarté à Cagliari, brille comme une étoile dans le firmament maçonnique depuis 2012.

Membre du CLIMAF depuis 1996, ce cercle qui unit les maçonneries féminines, la GLMFI tisse des liens au-delà des mers, organisant des conférences internationales où s’élèvent des voix unies pour la justice et l’élévation spirituelle. Chaque loge, abritant 20 à 50 sœurs, forme un creuset où la droiture de l’équerre et la mesure du compas se conjuguent pour façonner un temple d’émancipation, où les questions de genre et de liberté s’entrelacent dans une quête sacrée.

Bien que ses effectifs, enveloppés dans le voile de la discrétion – nous disposons toutefois de peu d’éléments chiffrés depuis 2013 –, restent ceux d’une obédience de niche, la GLMFI rayonne par son rôle pionnier dans la franc-maçonnerie italienne.

Tel un jardin où fleurissent les aspirations des femmes, elle cultive un espace où chaque initiée, guidée par les outils sacrés, bâtit un édifice de lumière et de sororité. Dans la pénombre de ses travaux, la GLMFI perpétue une odyssée vibrante, où la force féminine, portée par les idéaux d’égalité et de progrès, illumine l’horizon d’un monde plus juste, reflet d’un ordre universel et intemporel.

OMTI
OMTI

L’Ordre maçonnique traditionnel italien (OMTI)

Fondé en 2017 à Lecce, est un ordre initiatique maçonnique italien comptant environ 1500 membres et 70 ateliers en Italie et à l’étranger (Berlin, Saint-Pétersbourg, Saint-Domingue, Varsovie). Créé sous la direction de Luigi Pruneti, il promeut des valeurs humanistes (liberté, égalité, fraternité, tolérance) et un parcours initiatique basé sur le symbolisme, le dialogue empathique et le doute méthodologique. L’OMTI, structuré en trois degrés (Apprenti, Compagnon, Maître), reconnaît des rites comme le Rite Écossais Ancien et Accepté et le Rite Égyptien de Misraïm. Il soutient des activités culturelles et sociales, respectant la légalité, et s’inscrit dans la franc-maçonnerie libérale, avec des liens internationaux (ex. : Grand Orient de France, CATENA). L’Ateneo Tradizionale Mediterraneo, sa structure publique, diffuse les disciplines humanistes.

– Obédiences libérales et irrégulières 

De nombreuses loges indépendantes ou obédiences mineures, souvent non reconnues par la GLUA, opèrent en Italie. Ces structures, parfois éphémères, se distinguent par leur liberté philosophique et leur engagement dans des débats sociaux ou spirituels. Elles reflètent la vitalité et la diversité de la Franc-Maçonnerie italienne.

– Loges historiques et spécifiques 

Certaines loges, comme celles héritées de traditions locales ou influencées par des rites rares (par exemple, le Rite de Memphis-Misraïm), maintiennent des pratiques ésotériques ou symboliques uniques. Ces groupes, bien que marginaux, enrichissent le paysage maçonnique italien.

La Loge P2 – La Loge Maçonnique.fr
La Loge P2 – La Loge Maçonnique.fr

4. Loge Propaganda Due (P2) : des ténèbres qui ont souillé la lumière maçonnique

Le scandale de la loge Propaganda Due (P2) reste un épisode douloureux et controversé de l’histoire maçonnique italienne, ayant terni l’image du GOI et alimenté les théories du complot.

– Origines de la Propaganda Due (P2)

  Créée en 1877 comme une loge discrète pour des membres influents (politiciens, militaires, banquiers), la P2 évolue sous la direction de Licio Gelli, à partir des années 1960, en un réseau opaque. Gelli, homme d’affaires et ancien sympathisant fasciste, transforme la P2 en une organisation quasi-secrète, recrutant des personnalités de pouvoir pour influencer la politique italienne.

Licio Gelli
Licio Gelli

– Révélation du scandale (1981) 

  En 1981, une perquisition dans la villa de Gelli à Arezzo révèle une liste de 962 membres, incluant des figures comme Silvio Berlusconi (alors homme d’affaires), des généraux, des magistrats, des journalistes et des membres des services secrets. La P2 est accusée d’avoir orchestré des complots, notamment dans le cadre de la « stratégie de la tension » (attentats comme celui de la gare de Bologne en 1980) et de tentatives de déstabilisation de la démocratie italienne. Ces révélations provoquent un choc national.

– Conséquences 

  Le GOI dissout la P2 en 1982 et suspend Gelli, mais le scandale entache durablement sa réputation. Une commission d’enquête parlementaire, présidée par Tina Anselmi, met en lumière les liens troubles de la P2 avec des réseaux de pouvoir. Le scandale contribue à la méfiance du public envers la Franc-Maçonnerie, souvent accusée à tort de conspirations globales. Il entraîne également la perte de la reconnaissance du GOI par la GLUA (voir section suivante).

– Impact à long terme 

  Malgré le scandale, la Franc-Maçonnerie italienne se restructure dans les années 1980 et 1990, avec des efforts pour restaurer la transparence et la crédibilité. Le GOI, tout en restant une obédience libérale, renforce ses mécanismes internes pour éviter de nouvelles dérives.

5. La reconnaissance du GOI par la GLUA : une relation complexe

La relation entre le Grand Orient d’Italie (GOI) et la Grande Loge Unie d’Angleterre (GLUA), obédience de référence pour la régularité maçonnique mondiale, est marquée par des tensions historiques et idéologiques.

– Critères de régularité de la GLUA 

 La GLUA impose des principes stricts pour reconnaître une obédience : croyance en un Être Suprême, exclusion des femmes, interdiction des discussions politiques ou religieuses en loge, et respect des « landmarks » (règles fondamentales de la Franc-Maçonnerie). Le GOI, en raison de son caractère libéral et de son ouverture aux débats sociétaux, s’écarte de ces critères.

– Reconnaissance jusqu’en 1972 

Jusqu’en 1972, le GOI est reconnu par la GLUA, malgré des divergences sur sa pratique libérale. Cependant, les tensions s’intensifient dans les années 1960, notamment à cause des activités de la loge P2, perçues comme contraires aux principes maçonniques.

– Rupture en 1972 

En 1972, la GLUA retire sa reconnaissance au GOI, invoquant des irrégularités, notamment les liens présumés entre la P2 et des activités politiques controversées. Cette décision marginalise le GOI sur la scène maçonnique internationale, bien qu’il reste influent en Italie et dans les cercles libéraux.

– Scission et création de la GLRI (1993) 

En 1993, des membres du GOI, souhaitant restaurer la régularité, fondent la Grande Loge Régulière d’Italie (GLRI). Cette obédience adopte les critères de la GLUA et obtient immédiatement sa reconnaissance. La GLRI devient ainsi l’unique obédience italienne reconnue par la GLUA, au détriment du GOI.

– Situation actuelle (2025) 

Le GOI est, depuis 2023, reconnu par la GLUA, mais il maintient des relations étroites avec des obédiences libérales, comme le Grand Orient de France ou la Grande Loge Féminine de France. La GLRI reste moins influente en termes de membres et d’impact culturel. Cette division reflète une tension fondamentale entre la Franc-Maçonnerie libérale, qui valorise la liberté de pensée, et la Franc-Maçonnerie dite « régulière », attachée à la tradition.

– Perspectives 

  Le GOI, fort de son héritage historique et de son rôle dans la société italienne, continue d’affirmer sa légitimité, même sans la reconnaissance de la GLUA. Certains maçons, dont peut-être vous-même, Frère Ghernaouti, plaident pour un dialogue entre les deux visions, afin de renforcer l’unité maçonnique tout en respectant la diversité.

6. L’odyssée maçonnique européenne : l’Italie comme point de départ

L’Italie, par sa position géographique et son histoire, a joué un rôle déterminant dans l’expansion de la Franc-Maçonnerie en Europe, faisant de votre titre une métaphore puissante de cette influence.

Florence en 1493
Florence en 1493

– Carrefour culturel 

Au XVIIIe siècle, les ports italiens (Livorno, Naples, Gênes) et les cours princières (Florence, Turin) attirent des maçons étrangers, favorisant l’échange de rites et d’idées. Les loges italiennes deviennent des ponts entre les traditions maçonniques anglaise (symbolique), française (philosophique) et allemande (ésotérique).

– Influence des Lumières 

  Les loges italiennes, en propageant les idéaux des Lumières, influencent les mouvements réformateurs en Europe méridionale, notamment en Espagne, au Portugal et dans les Balkans. Des figures comme Garibaldi exportent ces idées lors de leurs campagnes, renforçant le rayonnement maçonnique.

Blason du Vatican

– Résilience face à l’opposition 

L’hostilité de l’Église catholique, apostolique et romaine particulièrement virulente en Italie, forge une Franc-Maçonnerie résiliente, capable de s’adapter aux persécutions. Cette capacité inspire d’autres obédiences européennes confrontées à des défis similaires, notamment en France et en Espagne.

– Diversité contemporaine 

La Franc-Maçonnerie italienne, tel un fleuve aux multiples affluents, réunit environ cinquante mille membres* en 2022, chacune portant en son cœur l’aspiration à un monde plus juste et plus sage.

Ces initiés, comme des étoiles dans une constellation fraternelle, se répartissent sous les bannières des grandes obédiences : le Grand Orient d’Italie (GOI), majestueux avec ses 46 %, guide la voie libérale ; la Grande Loge d’Italie des Anciens Francs-Maçons Acceptés (GLDI), avec 18 %, chante l’égalité ; la Grande Loge Régulière d’Italie (GLRI), forte de 5 à 6 %, incarne la discipline traditionnelle ; tandis que l’Ordre Maçonnique International du Droit Humain et la Gran Loggia Massonica Femminile d’Italia (GLMFI), ensemble 5 à 10 %, tissent des rêves d’inclusivité.

Le reste, éclats dispersés, brille dans des loges mineures ou indépendantes, perles rares d’un écrin sacré.

Ce fleuve maçonnique, loin de s’assécher, s’enrichit d’un courant modéré mais constant : chaque année, mille à mille cinq cents profanes frappent aux portes du Temple, principalement celui du GOI et de la GLDI, attirées par la promesse d’une quête spirituelle et fraternelle.

Les obédiences mixtes et féminines, telles la GLDI et la GLMFI, voient croître le chant des candidates, reflet d’une aube nouvelle où l’inclusivité éclaire les ombres d’antan. Pourtant, ce chemin n’a pas été sans orages.

Le scandale de la loge Propaganda Due (P2), en 1981, tel un ouragan, a secoué les fondations de la franc-maçonnerie italienne, freinant son essor dans les années sombres qui suivirent. Mais, tel un phénix, elle renaît dans les années 2000, forte d’une dynamique retrouvée, malgré les ombres persistantes de soupçons d’infiltrations mafieuses en 2017.

Vatican à Rome. Basilique Saint-Pierre

Un vent d’espoir souffle également depuis mars 2023, lorsque la Grande Loge Unie d’Angleterre (GLUA), gardienne des critères dits de « Régularité et de Tradition », a tendu désormais une main de reconnaissance au GOI, insufflant une légitimité nouvelle qui pourrait faire fleurir ses rangs.

Ainsi, l’odyssée maçonnique italienne, entre tradition et modernité, continue de se frayer un chemin, résiliente face aux tempêtes du passé, portée par l’équerre de la justice et le compas de la sagesse.

Une odyssée toujours vibrante

Dans le creuset de l’Italie maçonnique, où chaque obédience est une pierre polie d’un temple universel, les chiffres de 2025, bien qu’esquissés dans l’ombre, dessinent un paysage d’une vitalité éclatante : le GOI, avec ses 23 000 âmes, domine tel un phare libéral ; la GLDI, forte de 9 000 initiés, érige un sanctuaire d’égalité ; la GLRI, avec 2 500 à 3 000 frères, veille sur la tradition régulière ; le Droit Humain, entre 1 000 et 3 000 membres, porte l’étendard de l’humanisme ; et la GLMFI, avec 500 à 1 000 sœurs, fait éclore la lumière féminine. Ces nombres, bien que murmurés par le vent de l’incertitude, chantent l’odyssée d’une franc-maçonnerie italienne plurielle, où chaque initié, guidé par les outils sacrés, bâtit un édifice d’harmonie et de progrès.

Erasmo
Erasmo

Pour ceux qui souhaitent plonger plus avant dans cette quête, les parchemins numériques des obédiences – tels www.granloggiafemminile.it pour la GLMFI ou www.grandeoriente.it pour le GOI – et les pages de publications comme Erasmo, porteur des idéaux de fraternité et de progrès et disponible gratuitement en version numérique reste réservée, selon les murmures du web, aux initiés ou abonnés.

Dans la pénombre des loges, l’Italie maçonnique poursuit son voyage, unissant tradition et modernité, résilience et aspiration, sous l’égide intemporelle de l’équerre et du compas, pour illuminer un monde en perpétuelle transformation.

*Pour mémoire, les effectifs post-2015 sont estimés d’après les informations transmises par nos correspondants(es) italiens. Un immense merci à mon TCF Francesco, qui se reconnaîtra !!!

Drapeau de l'Italie
Drapeau de l’Italie
Blason de l’Italie

Illustrations : Wikimedia Commons

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L’Essex ouvre la voie : une unité maçonnique révolutionnaire soutient les victimes de violences conjugales

De notre confrère brittanique essexmagazine.co.uk

Le mardi 22 juillet 2025, près de 100 personnes se sont réunies à l’Orsett Masonic Hall pour un événement citoyen historique visant à sensibiliser aux violences conjugales et à soutenir les personnes concernées. Organisé en partenariat avec Changing Pathways, une association caritative spécialisée œuvrant dans l’Essex, cet événement a réuni des responsables locaux, des services locaux et le public, marquant une étape majeure dans l’évolution du rôle civique de la franc-maçonnerie.

Lors de ce qui semble être le premier événement de ce type au Royaume-Uni, trois ordres maçonniques distincts – la Grande Loge Unie d’Angleterre (UGLE), l’Ordre des Femmes Francs-Maçons (OWF) et l’Honorable Fraternité des Anciens Francs-Maçons (HFAF) – ont co-organisé une initiative communautaire, non seulement en solidarité, mais aussi en partenariat actif avec le paysage civique au sens large.

Avec plus de 300 loges réparties dans tout le comté, l’Essex s’impose rapidement comme un leader national dans la refonte du visage public de la franc-maçonnerie. Cet événement à Thurrock a montré ce qui peut être accompli lorsque des organisations historiques se rassemblent autour de défis sociaux communs.

Il est important de noter que la soirée n’avait pas pour principal objectif de collecter des fonds, bien que plus de 1 200 £ aient été récoltés pour Changing Pathways, mais d’ouvrir les portes de la franc-maçonnerie au dialogue communautaire, au partenariat et à un engagement civique déterminé.

Chris Hicks, intendant de l’association caritative maçonnique d’Essex, a animé la soirée, tandis que David Barton, responsable de la communauté d’Essex, a coordonné l’initiative dans le cadre de sa mission permanente d’ancrer la franc-maçonnerie au cœur de la vie locale. Bien qu’il n’y ait pas eu de discours officiels des ordres, David a prononcé un discours bref et vibrant, concluant par :

« Nous sommes plus forts quand nous sommes unis. »

L’événement a bénéficié du soutien de la maire de Thurrock, la conseillère Sue Shinnick, et a accueilli des représentants du conseil municipal de Thurrock, des équipes du NHS, du Rotary Club, du Women’s Institute, de la Table ronde d’Essex, de l’Association des forums communautaires de Thurrock, des écoles locales, des associations caritatives et des organismes de protection sociale, tous unis par une cause commune.

Si les ordres maçonniques se sont parfois retrouvés côte à côte lors d’événements nationaux tels que l’Open House London ou la London Pride Parade, cette fois-ci, c’était une initiative communautaire avec un objectif social clair, ancré dans l’action locale. Et c’est dans l’Essex que cela s’est produit pour la première fois.

Les organisateurs ont publié cette déclaration commune :
« Cette soirée était bien plus qu’une simple sensibilisation. Il s’agissait de montrer notre solidarité, de manière visible, publique et avec détermination, envers les victimes de violences conjugales. »

Pour la première fois, l’UGLE, l’OWF et la HFAF ont collaboré pour organiser un événement civique fondé sur la charité et la responsabilité partagée.

« Nous étions fiers d’accueillir près de 100 personnes à l’Orsett Masonic Hall, dont Madame la Maire, et de soutenir Changing Pathways par un don collectif. »

Nos sincères remerciements aux autorités locales, aux groupes et aux organisations qui nous ont soutenus pour faire de cet événement un moment significatif.

Nous espérons que l’exemple de l’Essex inspirera d’autres personnes à travers le pays à explorer des partenariats similaires et à adopter une vision plus ouverte et collaborative de la franc-maçonnerie. »


— Elliott Chevin et David Barton, (Francs-maçons de l’Essex)
— Elaine Malone, (Ordre des femmes francs-maçonnes)
— Irene Stewart et Ann Holland, (Honorable Fraternité des anciens francs-maçons)

Bien qu’impulsé par des personnes et des organisations locales, cet événement est déjà considéré comme un modèle national de ce à quoi peut ressembler l’engagement maçonnique au XXIe siècle : pratique, inclusif et mené par la communauté.

À une époque où les services publics sont mis à rude épreuve et où les partenariats sont plus importants que jamais, l’exemple de l’Essex peut contribuer à façonner l’avenir de la franc-maçonnerie civique à travers le Royaume-Uni.

Les 3 Dumas : une dynastie de courage, de créativité et d’héritage… et 1 Franc-maçon

Le nom des Dumas résonne à travers l’histoire, incarnant une lignée exceptionnelle qui s’étend des champs de bataille révolutionnaires aux pages immortelles de la littérature française. Du général Thomas-Alexandre Dumas, héros militaire d’origine afro-caribéenne, à son fils Alexandre Dumas père, maître des romans d’aventure, et son petit-fils Alexandre Dumas fils, dramaturge de renom, cette famille a marqué la France par son talent, sa résilience et son influence.

Cet article, basé sur les sources fournies, explore en détail les vies, les réalisations et l’héritage de ces trois figures extraordinaires, tout en intégrant de manière exhaustive l’appartenance maçonnique du général Dumas.

Général Thomas-Alexandre Dumas : l’héros révolutionnaire et franc-maçon

Le général Alexandre Davy de La Pailleterie, vue d’artiste d’Olivier Pichat, après 1883.

Thomas-Alexandre Dumas naît le 25 mars 1762 à Jérémie, dans la colonie de Saint-Domingue (aujourd’hui Haïti). Fils d’un noble français, le marquis Alexandre-Antoine Davy de La Pailleterie, et d’une femme esclave, Marie-Cessette Dumas, il grandit dans un contexte colonial marqué par l’esclavage et les inégalités. Son père, fuyant des dettes en France, le reconnaît et l’affranchit, l’envoyant à Paris pour une éducation digne d’un gentilhomme, incluant l’escrime et l’équitation, disciplines dans lesquelles il excelle.

En 1786, Thomas-Alexandre s’engage comme simple soldat dans les Dragons de la Reine, adoptant le nom de sa mère, Dumas, en hommage à son héritage. Sa force physique, son habileté au sabre et son courage le propulsent rapidement dans les rangs de l’armée révolutionnaire. En 1793, il devient le premier général d’origine africaine de l’armée française, commandant la « Légion noire », une unité composée de soldats métis et d’anciens esclaves. Ses campagnes dans les Alpes, en Vendée, en Belgique, en Italie et en Égypte sont marquées par des exploits légendaires, notamment sa défense héroïque du pont de Klausen dans le Tyrol, où il gagne le surnom d’« Horatius Coclès du Tyrol » de la part de Napoléon Bonaparte.

Cependant, sa relation avec Bonaparte est complexe et conflictuelle. Selon l’ouvrage de Claude Ribbe, Le Général Dumas, né esclave, rival de Bonaparte et père d’Alexandre Dumas, Bonaparte perçoit Dumas comme un rival, tant pour son charisme que pour ses idéaux républicains et, probablement, son ascendance africaine. Lors de la campagne d’Égypte (1798-1801), Dumas s’oppose à Bonaparte, critiquant ses ambitions autocratiques.

Le général Thomas Alexandre Davy de la Pailleterie, père d’Alexandre Dumas.

Cette dissension conduit à son marginalisation. Capturé par les forces napolitaines, il endure deux ans d’emprisonnement dans des conditions inhumaines, retournant en France en 1801, affaibli, pour découvrir un pays sous la coupe de Bonaparte, qui a rétabli l’esclavage et exclu les officiers de couleur. Privé de pension et interdit de séjour à Paris, Dumas s’installe à Villers-Cotterêts, où il meurt en 1806, laissant sa femme, Marie-Louise Labouret, et leur fils, Alexandre.

Appartenance maçonnique

Un aspect fondamental de la vie de Thomas-Alexandre Dumas est son engagement dans la franc-maçonnerie, comme le souligne Claude Ribbe dans son ouvrage. La franc-maçonnerie, à l’époque de la Révolution française, est un espace de réflexion intellectuelle et d’engagement pour l’égalité et la liberté, des valeurs chères au général. Initié dans une loge maçonnique, probablement dans les années 1780 ou 1790, Dumas y trouve un réseau de soutien et d’idées progressistes. Ribbe note que cette appartenance renforce son attachement aux idéaux républicains et à la lutte contre l’oppression, y compris l’esclavage.

Napoléon et le légendaire général noir Thomas-Alexandre Dumas (sous-titrages français)

Ses liens maçonniques lui permettent également de tisser des relations avec d’autres figures influentes de l’époque, renforçant son rôle dans l’armée et la société. Cette affiliation, bien que discrète dans les récits historiques, est un élément clé pour comprendre son engagement humaniste et son opposition aux dérives autoritaires de Bonaparte. L’Association des Amis du Général Dumas, fondée par Ribbe, continue de promouvoir cet aspect de son héritage, notamment à travers l’érection d’un monument en son honneur à Paris en 2009.

Soutenu par sa femme dévouée et trois compagnons fidèles — que certains, comme Anatole France, associent aux figures d’Athos, Porthos et Aramis dans les romans de son fils —, Thomas-Alexandre Dumas incarne, selon les mots de France, « un chef-d’œuvre auquel rien ne peut être comparé ». Sa vie, marquée par un courage indomptable face aux préjugés raciaux, reste une inspiration.

Alexandre Dumas père : le maître du roman d’aventure

Alexander Dumas père (1802-1870)

Né le 24 juillet 1802 à Villers-Cotterêts, Alexandre Dumas père hérite du tempérament audacieux de son père et le transforme en une carrière littéraire qui le consacre comme l’un des écrivains les plus populaires de France. Orphelin à quatre ans, il grandit dans des conditions modestes, mais son ambition le mène à Paris, où il travaille comme clerc avant de se consacrer à l’écriture.

Sa carrière débute au théâtre, avec des drames historiques à succès comme Henri III et sa cour (1829) et La Tour de Nesle (1832), qui l’inscrivent dans le mouvement romantique. Cependant, c’est dans le roman qu’il atteint l’immortalité littéraire. Ses œuvres phares, Les Trois Mousquetaires (1844), Le Comte de Monte-Cristo (1844-1846) et La Reine Margot (1845), captivent les lecteurs par leur mélange d’aventure, d’intrigue et de personnages mémorables.

Collaborant souvent avec Auguste Maquet, Dumas excelle dans l’art de tisser des récits palpitants, s’inspirant notamment de l’histoire de France et des exploits de son père, dont il romance la vie dans ses écrits.

Maison natale d’Alexandre Dumas à Villers-Cotterêts.

Malgré son succès, Dumas père doit affronter les préjugés raciaux liés à ses origines afro-caribéennes. Qualifié de « mulâtre » ou de « quarteron », il répond avec panache, revendiquant fièrement son ascendance. Sa vie personnelle est aussi romanesque que ses œuvres : père de plusieurs enfants, dont Alexandre Dumas fils, il mène une existence marquée par l’extravagance, les dettes et une générosité légendaire. Il construit le château de Monte-Cristo à Port-Marly, un symbole de sa réussite, mais ses dépenses le conduisent à la ruine. Exilé en Belgique puis en Russie, il revient en France, où il meurt en 1870 à Puys, près de Dieppe.

Son œuvre, traduite dans le monde entier, continue d’inspirer adaptations cinématographiques, théâtrales et télévisées. Dumas père, surnommé le « roi du feuilleton », a su capturer l’imaginaire collectif, faisant de ses récits un patrimoine universel.

Plaque au no 25 rue de l’Université (7e arrondissement de Paris), où il vit de 1829 à 1831

Alexandre Dumas fils : le dramaturge moraliste

Portrait d’Alexandre Dumas fils

Né le 27 juillet 1824 à Paris, Alexandre Dumas fils, fruit de la relation entre Dumas père et Catherine Labay, hérite du talent littéraire de son père, mais choisit une voie distincte, marquée par une sensibilité sociale et morale. Il grandit dans l’ombre de son père illustre, confronté aux défis d’être un fils illégitime dans une société rigide. Reconnu officiellement par son père en 1831, il poursuit des études au Collège royal de Bourbon, mais sa vie est marquée par les dettes paternelles et les préjugés liés à son statut.

Dumas fils se distingue dans le théâtre, où il explore les tensions sociales et les injustices. Son chef-d’œuvre, La Dame aux Camélias (1848, adapté en pièce en 1852), inspiré par sa relation avec Marie Duplessis, révolutionne le théâtre français. Cette œuvre, qui raconte l’histoire tragique d’une courtisane amoureuse, Marguerite Gautier, critique les hypocrisies de la société bourgeoise et inspire plus tard l’opéra La Traviata de Verdi. Parmi ses autres pièces notables figurent Le Fils naturel (1858) et Les Idées de Madame Aubray (1867), qui abordent des thèmes comme l’illégitimité et l’égalité des sexes.

Élu à l’Académie française en 1874, Dumas fils se positionne comme un moraliste, plaidant pour des réformes sociales, notamment en faveur des droits des femmes et des enfants illégitimes. Marié deux fois, il a deux filles, Colette et Jeannine, et mène une vie plus stable que celle de son père. Il meurt en 1895 à Marly-le-Roi, laissant un héritage théâtral qui influence encore le répertoire dramatique.

Tombe d’Alexandre Dumas (fils). Division 21 – Cimetière de Montmartre

Un héritage commun

Les trois Dumas incarnent des facettes différentes de l’excellence humaine : le courage militaire et maçonnique du général, l’imagination débordante du père, et la réflexion sociale du fils. Leur histoire, marquée par la lutte contre les préjugés raciaux et sociaux, illustre la résilience d’une famille qui a su transformer l’adversité en création. De la « Légion noire » à Monte-Cristo et La Dame aux Camélias, leur héritage continue de briller, unissant l’histoire, la littérature et la quête de justice dans un récit intemporel.

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La Franc-maçonnerie : quand les tabliers préfèrent la sieste au secret !

Oh, mes chers amis, préparez-vous à un éclat de rire cosmique, car la vénérable Franc-maçonnerie, cette confrérie autrefois auréolée de mystère et de complots savoureux, semble aujourd’hui plus proche d’un club de bridge pour seniors qu’un bastion de sagesse ésotérique ! Dans l’esprit de Jissey, ce maître du crayon ironique, plongeons avec délice dans le désintérêt grandissant du grand public pour ces gardiens de l’équerre et du compas.

Accrochez vos tabliers, ça va secouer – mais doucement, hein, faut pas réveiller les maçons en pleine sieste !

Les chiffres qui font rire… ou pleurer ?

Aux États-Unis, la franc-maçonnerie perd chaque année 3 % de ses effectifs depuis des années, un déclin qui ressemble à une fuite d’eau dans un temple mal entretenu. En 1959, ils étaient 4,5 % des hommes américains à brandir fièrement leur maillet ; aujourd’hui, ils ne représentent plus qu’une poignée de nostalgiques, terrés dans des loges qui sentent la cire et les vieux parquets. En France, c’est encore pire : les maçons moyens, jadis des gaillards dans la fleur de l’âge, ont pris 20 ans de plus au compteur ces dernières années.

On passe de l’image du chevalier énigmatique à celle du papi qui cherche ses lunettes pour lire le rituel ! Tout ça sent le désintérêt, et Jissey aurait déjà dessiné un maçon bedonnant, endormi sur son compas, pendant qu’un jeune passe avec son smartphone en haussant les épaules.

Le mystère perdu dans les Google searches

Alors, qu’est-ce qui cloche ? Eh bien, figurez-vous que l’époque des secrets chuchotés dans des caves sombres est révolue. En deux minutes chrono sur Google, vous savez tout : les grades, les symboles, même la recette du punch servi après les Tenues ! Où est le frisson d’antan, quand on imaginait les Francs-maçons tirant les ficelles du monde avec une lampe à huile ?

Aujourd’hui, le grand public préfère binge-watcher des séries sur Netflix plutôt que de décoder des allégories alchimiques. Jissey, lui, verrait bien un dessin d’un jeune geek disant :

« Désolé, papy maçon, j’ai une quête épique dans mon jeu vidéo, pas le temps pour ton trésor caché ! »

Les baby-boomers et la crise du maillet

Aux États-Unis, les baby-boomers, ces anciens piliers de la loge, ont tenu la barre pendant des décennies, mais leurs successeurs, la génération X, ont snobé l’équerre comme un mauvais vin. Résultat : les loges sont devenues des refuges pour « le set gériatrique », comme l’a cyniquement noté un franc-maçon américain. En France, même topo : le maçon moyen, avec ses 70 balais, préfère une bonne chaise longue au temple qu’une initiation sous bandeau. Jissey pourrait croquer un vieux maçon ronflant, un tablier sur les genoux, pendant qu’un panneau « Recrutement urgent » pend tristement à l’entrée de la loge.

L’appel du dehors : trop de tentations !

Et puis, avouons-le, la vie moderne est une rivale redoutable. Entre les trajets de 50 minutes pour aller bosser, les deux salaires par foyer et les écrans qui clignotent à tout va, qui a le temps de s’asseoir pour débattre de la pierre brute ? Les jeunes préfèrent liker des memes sur TikTok plutôt que de polir leur âme en loge. Jissey, avec son humour mordant, imaginerait un dessin où un maçon tente d’attirer un millennial avec un selfie de rituel, mais le gamin répond : « Non merci, j’ai un live Twitch à 20h ! »

Une renaissance… ou un dernier souffle ?

Tout n’est pas perdu, paraît-il. Certains loges tentent de rajeunir leurs rangs avec des réductions pour les moins de 25 ans ou des Tenues express sans préliminaires – un peu comme un drive-in maçonnique ! Aux États-Unis, des initiatives en ligne misent sur la qualité plutôt que la quantité, tandis qu’en France, des loges universitaires fleurissent timidement. Mais franchement, avec des temples qui ferment à la vitesse d’un escargot arthritique, on dirait un bateau qui prend l’eau avec un seau percé. Jissey pourrait conclure avec un maçon hilare, soufflant sur une bougie d’anniversaire, pendant que le gâteau s’effrite en disant : « 300 ans, et toujours pas de relève ! »

Un Sourire pour les Ténèbres

Alors oui, la franc-maçonnerie perd de son éclat, et le public s’en fiche comme de leur dernier degré initiatique. Mais soyons indulgents : ces vieux sages aux tabliers fatigués ont au moins le mérite d’avoir tenu le coup face à l’assaut des écrans et des vies pressées. Jissey, avec son coup de crayon espiègle, nous laisserait sur une note légère : un maçon qui, au lieu de frapper son maillet, tape un texto – « Tenue annulée, on regarde la télé ! » – prouvant que même les gardiens du mystère savent s’adapter… ou pas !