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Maât est, dans l’Égypte ancienne, à la fois une déesse et un principe : l’ordre juste du monde, la vérité et l’équilibre qui s’opposent au chaos. Représentée coiffée d’une plume d’autruche, elle sert d’étalon lors de la pesée du cœur, où le défunt doit se montrer « juste de voix ». Sans être un symbole rituel des loges, Maât est souvent évoquée par les francs-maçons, en particulier dans les rites dits égyptiens, comme image de la rectitude, de la mesure et de la justesse que l’équerre et le niveau enseignent à leur manière.
Une déesse et un principe

Le mot égyptien maât désigne à la fois la vérité, la justice et l’ordre du cosmos. Il s’oppose à isfet, le désordre, la violence et le mensonge. Personnifiée en déesse, Maât est dite fille du dieu solaire Rê et associée à Thot, le dieu de l’écriture et du calcul. Elle n’est pas une loi écrite mais une norme vivante : ce qui est conforme à Maât est ce qui maintient l’équilibre du monde.
Le pharaon a pour mission première de « faire la Maât ». Dans de nombreux temples, il est représenté présentant aux dieux une petite figure de la déesse : c’est l’offrande de Maât, qui résume toutes les autres. Les juges et les administrateurs se plaçaient eux aussi sous son autorité, car rendre la justice consistait à restaurer l’ordre juste des choses.
La plume et la pesée du cœur

La scène la plus célèbre associée à Maât est celle du jugement des morts, décrite au chapitre 125 du Livre des morts. Devant Osiris, le cœur du défunt est placé sur l’un des plateaux d’une balance, la plume de Maât sur l’autre. Anubis surveille la pesée, Thot en consigne le résultat, et la Dévoreuse, monstre composite, attend le cœur trop lourd. Le défunt prononce une déclaration d’innocence devant quarante-deux juges, énumérant les fautes qu’il n’a pas commises.
Si le cœur est en équilibre avec la plume, le défunt est déclaré maâ-kherou, « juste de voix », et peut rejoindre le monde d’Osiris. L’image a traversé les siècles : la valeur d’une vie se mesure à la légèreté d’une conscience, non au poids des honneurs.
Maât et la franc-maçonnerie
Maât n’appartient pas aux symboles rituels des grandes obédiences, mais elle est fréquemment invoquée dans les planches et les réflexions maçonniques. Les rites dits égyptiens, comme le Rite de Misraïm, apparu en Italie au début du XIXe siècle puis introduit en France, le Rite de Memphis, fondé en 1838, et leur réunion sous le nom de Memphis-Misraïm, ont largement puisé dans l’imaginaire de l’Égypte ancienne.
Les rapprochements proposés par les auteurs maçonniques relèvent de l’analogie symbolique, non d’une filiation historique :
- la plume de Maât et l’équerre : deux étalons de rectitude, l’un pour la conscience, l’autre pour la pierre ;
- la balance et le niveau : l’équilibre entre des forces opposées, comme entre les deux colonnes du Temple ;
- l’opposition entre Maât et isfet et le travail maçonnique qui consiste à mettre de l’ordre dans le chaos, à rassembler ce qui est épars ;
- la déclaration d’innocence et l’examen de conscience auquel invitent le cabinet de réflexion et les voyages de l’initiation.
Le saviez-vous ?
Dans l’écriture hiéroglyphique, le nom de Maât s’écrit souvent avec un signe en forme de socle, sur lequel repose parfois la déesse dans les représentations. Plusieurs auteurs y voient l’idée d’un fondement : l’ordre juste est la base sur laquelle tout le reste peut être bâti, une image qui parle naturellement aux bâtisseurs.
Pour approfondir
- Jan Assmann, Maât, l’Égypte pharaonique et l’idée de justice sociale, Julliard, 1989.
- Bernadette Menu, Maât, l’ordre juste du monde, Michalon, 2005.
- Paul Barguet (trad.), Le Livre des morts des anciens Égyptiens, Le Cerf, 1967.
Pour aller plus loin : l’article Wikipédia de référence.
Voir aussi dans le glossaire : Justice maçonnique, Justesse, Équerre, Niveau, Rites égyptiens, Initiation.
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