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Les rites maçonniques égyptiens forment une famille de rites de hauts grades nés au début du XIXe siècle, dans le sillage de la campagne d’Égypte et de l’égyptomanie qu’elle suscite. Inspirés des mystères supposés de l’Égypte antique, de l’hermétisme et de la kabbale, ils regroupent principalement le rite de Misraïm, introduit à Paris par les frères Bédarride vers 1814-1815, et le rite de Memphis, fondé en 1838 par Marconis de Nègre, réunis plus tard sous le nom de Memphis-Misraïm. Leurs échelles comptent jusqu’à 90 ou 99 degrés. Ils restent pratiqués, surtout en France, par de nombreuses obédiences.
Les rites égyptiens revendiquent des filiations anciennes, dont un « Rite primitif » qui aurait existé à Paris en 1721, jamais démontré, et le Rite primitif des Philadelphes de Narbonne (1779). Ils s’inscrivent surtout dans une floraison de systèmes français de la fin du XVIIIe siècle : Architectes africains (1767), Philadelphes (1780), Parfaits initiés d’Égypte (1785), Sophisiens (1801), Amis du désert (1806). Leurs sources d’inspiration sont littéraires et érudites : le Séthos de Jean Terrasson (1731), l’Œdipus ægyptiacus d’Athanasius Kircher, le Monde primitif de Court de Gébelin. Dans les années 1780, Cagliostro crée une « haute maçonnerie égyptienne » à dominante théurgique, sans lien avec une tradition égyptienne authentique.
Le rite de Misraïm serait né dans la république de Venise avant de se développer dans le royaume de Naples. Les trois frères Marc, Michel et Joseph Bédarride, anciens officiers de l’armée impériale, en fondent à Paris en 1814-1815 la première loge française attestée. Accusé de servir de couverture aux réseaux libéraux et républicains, le rite est interdit par la police de la Restauration en 1822 ; il se reconstitue en 1831. Après la mort de Michel Bédarride (1856) et une longue crise, Jules Osselin ferme la Grande Loge misraïmite en 1899.
Exclu de Misraïm, Jean-Étienne Marconis de Nègre (1795-1868) fonde en 1838 l’Ordre de Memphis, interdit en France en 1841. En 1862, il obtient la réunion de son rite au Grand Orient de France. Le rite essaime aux États-Unis, en Roumanie, en Égypte et en Grande-Bretagne, où John Yarker dirige un Souverain Sanctuaire. En 1881, sous l’égide de Giuseppe Garibaldi, devenu Grand Hiérophante, Memphis et Misraïm sont unifiés.
En France, Papus obtient de Yarker une patente en 1906 et ouvre en 1908 la loge « Humanidad », origine de l’Antique et Primitif Rite oriental de Memphis-Misraïm. Se succèdent Teder, Jean Bricaud (1918-1934), Constant Chevillon, assassiné par la Milice en 1944, puis Henri-Charles Dupont. À partir de 1960, Robert Ambelain réforme profondément les rituels ; il transmet sa succession à Gérard Kloppel en 1985.
Les échelles varient selon les époques et les branches, et les sources ne concordent pas toujours :
- Misraïm : 90 degrés, ou 99 pour l’ensemble du système
- Memphis : 99 degrés ; statuts de Marconis (1849) en trois séries
- Sériation de Bricaud (vers 1930) : maçonnerie symbolique (1-3), philosophique (4-33), hermétique et ésotérique (34-99)
- Échelle de 1934 (convent de Bruxelles) : 90 grades d’instruction et 9 grades administratifs, la plupart conférés par communication
- Échelle en 33 degrés : celle de l’accord de 1862 avec le Grand Orient et celle publiée par Yarker en 1875
À partir du 34e degré, le système prolonge le Rite écossais ancien et accepté par des degrés propres. Selon l’article de Wikipédia, Ambelain tenait seuls pour obligatoires les 9e, 18e, 30e, 32e et 33e degrés.
Ces rites cultivent une dimension ésotérique et hermétique marquée : références aux mystères antiques, à l’alchimie, à la kabbale et aux traditions chevaleresques, avec une progression qui va de la morale et de l’histoire de l’ordre vers la « haute philosophie » et le mythe religieux. Au XIXe siècle, leurs membres se sont aussi signalés par des engagements républicains, ce qui explique les interdictions de 1822 et de 1841.
Les rites égyptiens restent minoritaires dans la maçonnerie mondiale. En 2012, environ 175 loges les travaillaient en France, dont une quarantaine au Grand Orient de France, qui a réveillé en 1999 la patente égyptienne détenue depuis 1862. Leur légitimité repose sur la transmission de chartes de dirigeant à dirigeant, ce qui favorise les scissions. La crise de 1995-1998, nourrie par les débats sur la mixité, l’indépendance des loges bleues et les mandats à vie, aboutit le 24 janvier 1998 à l’éclatement de l’obédience d’Ambelain et Kloppel : naissent notamment la Grande Loge symbolique de France et la Grande Loge française masculine de Memphis-Misraïm, suivies d’une trentaine d’autres scissions et de querelles de légitimité internationales jusqu’en 2008.
- La Franc-maçonnerie égyptienne de Memphis-Misraïm, Serge Caillet, Dervy
- Maçonnerie égyptienne, rose-croix et néo-chevalerie, Gérard Galtier, Éditions du Rocher, 1989
- Les rites maçonniques égyptiens, philosophie et morale, Jean-Louis de Biasi, EDIMAF, 2001
- Encyclopédie de la franc-maçonnerie, Éric Saunier (dir.), article « Rites égyptiens » de Pierre Mollier, Le Livre de poche, 2000 (rééd. 2008)
- Les nouveaux Compagnons de la Hiérophanie, Franc d’Orelle, Éditions Lacour
Nés de l’égyptomanie et des systèmes de hauts grades de la fin du XVIIIe siècle, les rites égyptiens ont traversé deux siècles d’interdictions, de fusions et de scissions. Leurs vastes échelles de degrés, leur orientation hermétique et la fragilité de leurs filiations en font un continent original et contesté de la franc-maçonnerie, particulièrement vivant en France.
Pour aller plus loin : l’article Wikipédia consacré à ce rite.
Voir aussi dans le glossaire : Robert Ambelain (Auteur), Constant Chevillon (Personnalité), Gérard Kloppel (Personnalité), Pierre Mollier (historien), Éric Saunier (historien).



Les rites maçonniques égyptiens forment une famille de rites de hauts grades nés au début du XIXe siècle, dans le sillage de la campagne d’Égypte et de l’égyptomanie qu’elle suscite. Inspirés des mystères supposés de l’Égypte antique, de l’hermétisme et de la kabbale, ils regroupent principalement le rite de Misraïm, introduit à Paris par les frères Bédarride vers 1814-1815, et le rite de Memphis, fondé en 1838 par Marconis de Nègre, réunis plus tard sous le nom de Memphis-Misraïm. Leurs échelles comptent jusqu’à 90 ou 99 degrés. Ils restent pratiqués, surtout en France, par de nombreuses obédiences.
Les rites égyptiens revendiquent des filiations anciennes, dont un « Rite primitif » qui aurait existé à Paris en 1721, jamais démontré, et le Rite primitif des Philadelphes de Narbonne (1779). Ils s’inscrivent surtout dans une floraison de systèmes français de la fin du XVIIIe siècle : Architectes africains (1767), Philadelphes (1780), Parfaits initiés d’Égypte (1785), Sophisiens (1801), Amis du désert (1806). Leurs sources d’inspiration sont littéraires et érudites : le Séthos de Jean Terrasson (1731), l’Œdipus ægyptiacus d’Athanasius Kircher, le Monde primitif de Court de Gébelin. Dans les années 1780, Cagliostro crée une « haute maçonnerie égyptienne » à dominante théurgique, sans lien avec une tradition égyptienne authentique.
Le rite de Misraïm serait né dans la république de Venise avant de se développer dans le royaume de Naples. Les trois frères Marc, Michel et Joseph Bédarride, anciens officiers de l’armée impériale, en fondent à Paris en 1814-1815 la première loge française attestée. Accusé de servir de couverture aux réseaux libéraux et républicains, le rite est interdit par la police de la Restauration en 1822 ; il se reconstitue en 1831. Après la mort de Michel Bédarride (1856) et une longue crise, Jules Osselin ferme la Grande Loge misraïmite en 1899.
Exclu de Misraïm, Jean-Étienne Marconis de Nègre (1795-1868) fonde en 1838 l’Ordre de Memphis, interdit en France en 1841. En 1862, il obtient la réunion de son rite au Grand Orient de France. Le rite essaime aux États-Unis, en Roumanie, en Égypte et en Grande-Bretagne, où John Yarker dirige un Souverain Sanctuaire. En 1881, sous l’égide de Giuseppe Garibaldi, devenu Grand Hiérophante, Memphis et Misraïm sont unifiés.
En France, Papus obtient de Yarker une patente en 1906 et ouvre en 1908 la loge « Humanidad », origine de l’Antique et Primitif Rite oriental de Memphis-Misraïm. Se succèdent Teder, Jean Bricaud (1918-1934), Constant Chevillon, assassiné par la Milice en 1944, puis Henri-Charles Dupont. À partir de 1960, Robert Ambelain réforme profondément les rituels ; il transmet sa succession à Gérard Kloppel en 1985.
Les échelles varient selon les époques et les branches, et les sources ne concordent pas toujours :
- Misraïm : 90 degrés, ou 99 pour l’ensemble du système
- Memphis : 99 degrés ; statuts de Marconis (1849) en trois séries
- Sériation de Bricaud (vers 1930) : maçonnerie symbolique (1-3), philosophique (4-33), hermétique et ésotérique (34-99)
- Échelle de 1934 (convent de Bruxelles) : 90 grades d’instruction et 9 grades administratifs, la plupart conférés par communication
- Échelle en 33 degrés : celle de l’accord de 1862 avec le Grand Orient et celle publiée par Yarker en 1875
À partir du 34e degré, le système prolonge le Rite écossais ancien et accepté par des degrés propres. Selon l’article de Wikipédia, Ambelain tenait seuls pour obligatoires les 9e, 18e, 30e, 32e et 33e degrés.
Ces rites cultivent une dimension ésotérique et hermétique marquée : références aux mystères antiques, à l’alchimie, à la kabbale et aux traditions chevaleresques, avec une progression qui va de la morale et de l’histoire de l’ordre vers la « haute philosophie » et le mythe religieux. Au XIXe siècle, leurs membres se sont aussi signalés par des engagements républicains, ce qui explique les interdictions de 1822 et de 1841.
Les rites égyptiens restent minoritaires dans la maçonnerie mondiale. En 2012, environ 175 loges les travaillaient en France, dont une quarantaine au Grand Orient de France, qui a réveillé en 1999 la patente égyptienne détenue depuis 1862. Leur légitimité repose sur la transmission de chartes de dirigeant à dirigeant, ce qui favorise les scissions. La crise de 1995-1998, nourrie par les débats sur la mixité, l’indépendance des loges bleues et les mandats à vie, aboutit le 24 janvier 1998 à l’éclatement de l’obédience d’Ambelain et Kloppel : naissent notamment la Grande Loge symbolique de France et la Grande Loge française masculine de Memphis-Misraïm, suivies d’une trentaine d’autres scissions et de querelles de légitimité internationales jusqu’en 2008.
- La Franc-maçonnerie égyptienne de Memphis-Misraïm, Serge Caillet, Dervy
- Maçonnerie égyptienne, rose-croix et néo-chevalerie, Gérard Galtier, Éditions du Rocher, 1989
- Les rites maçonniques égyptiens, philosophie et morale, Jean-Louis de Biasi, EDIMAF, 2001
- Encyclopédie de la franc-maçonnerie, Éric Saunier (dir.), article « Rites égyptiens » de Pierre Mollier, Le Livre de poche, 2000 (rééd. 2008)
- Les nouveaux Compagnons de la Hiérophanie, Franc d’Orelle, Éditions Lacour
Nés de l’égyptomanie et des systèmes de hauts grades de la fin du XVIIIe siècle, les rites égyptiens ont traversé deux siècles d’interdictions, de fusions et de scissions. Leurs vastes échelles de degrés, leur orientation hermétique et la fragilité de leurs filiations en font un continent original et contesté de la franc-maçonnerie, particulièrement vivant en France.
Pour aller plus loin : l’article Wikipédia consacré à ce rite.
Voir aussi dans le glossaire : Robert Ambelain (Auteur), Constant Chevillon (Personnalité), Gérard Kloppel (Personnalité), Pierre Mollier (historien), Éric Saunier (historien).

