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Depuis quelques semaines, l’actualité pointe ses projecteurs vers les Black Blocks, ces groupes masqués qui font trembler la France. Fort heureusement, ils ne s’intéressent pas au pillage de nos Loges. Ils ne collectionnent ni les maillets, ni les sautoirs, ni les fils à plomb. Pour eux, un compas reste un outil de bricolage et le pavé mosaïque, un problème de voirie. La rédaction de 450.fm a donc envoyé son plus fin limier vérifier si une variante locale ne s’était pas infiltrée dans les Loges. Grande fut sa surprise : oui, ils existent.
Ils ne viennent pas de la rue
Les Black Blocks maçonniques ne débarquent pas cagoulés, munis de cocktails Molotov et de revendications mal orthographiées. Ce serait beaucoup trop visible. Les leurs sont plus sournois : ils se déguisent à l’intérieur. Ils portent le tablier, connaissent les mots de passe, savent où se pose l’équerre et prononcent « Ainsi soit-il » avec la gravité d’un homme qui vient de sauver l’humanité.
Certains ont même passé quinze ans sur les colonnes, à côté de vous, sans jamais laisser paraître le moindre symptôme.
Puis un jour, le pouvoir arrive. Et là, transformation. Comme un Gremlin arrosé après minuit, l’agent dormant se réveille. Sauf que pour lui, l’eau n’est pas de l’eau : c’est le maillet, la Grande Maîtrise, la présidence d’une commission ou un siège au Conseil de l’Ordre. Pour les plus ambitieux, c’est même l’accès au parking réservé du siège de l’obédience, ce qui constitue, dans certains milieux, une preuve indiscutable d’élection divine.
Le Frère qui découvre sa mission

Le premier signe ne trompe jamais. Le Frère (ou la Soeur) tranquille, discret, toujours prêt à ranger les chaises et à aider au buffet, devient soudain porteur d’une mission historique. Il ne parle plus de fraternité, mais de « refondation », de « ligne droite », de « trahison des élites » et de « réveil des ateliers ». Il découvre que la Loge est malade, que l’obédience est infiltrée et que lui seul, enfin, comprend. C’est toujours le même scénario : le Frère (ou la soeur) qui n’a jamais eu d’ennemi découvre qu’il est entouré d’ennemis, et celui qui n’a jamais dirigé quoi que ce soit possède soudain un plan pour sauver la franc-maçonnerie universelle.
Ils ne cassent rien, ils récupèrent tout
Leur méthode est simple : ils ne cassent rien, ils récupèrent tout. Ils récupèrent les listes, les réseaux, les rancunes, les frustrations et les vieilles blessures. Ils récupèrent les Frères déçus, les Sœurs écartées, les anciens Vénérables qui se croient injustement oubliés et les Apprentis qui trouvent que la Loge « ne va pas assez vite ». Ils ne pillent pas les coffres ; ils pillent les cerveaux. Ils vous expliquent que le Vénérable est un tyran, que le Secrétaire cache des documents, que l’Orateur prépare un coup d’État et que vous, pauvre Frère honnête, êtes la dernière digue avant la catastrophe. Puis ils vous demandent de signer une motion. C’est là que vous comprenez que la révolution a commencé.
La sauterelle maçonnique
Le Black Block de Loge fonctionne comme une sauterelle dans un champ de blé. Il arrive en disant qu’il vient nourrir la fraternité, et il repart en ayant tout dévoré. Quand il a fini, la Loge est morte, les membres sont éparpillés et les groupes de discussion se transforment en tribunaux secrets. Les anciens amis ne se parlent plus. Les Frères se croisent au supermarché et regardent leurs chaussures avec une intensité métaphysique. Et le pire, c’est que vous ne pouvez même pas appeler l’assurance : techniquement, rien n’a été cassé. Pas de vitrine brisée, pas de feu, pas de dégât des eaux. Juste une Loge vidée de sa confiance et une Soeur qui explique, le sourire aux lèvres, qu’elle « n’a fait que révéler la vérité ».
Le maillet, arme de conquête

Chez le Black Block maçonnique, le maillet n’est pas un symbole : c’est une arme de conquête. Il ne sert pas à ouvrir les travaux, mais à ouvrir les hostilités. Dès qu’il passe dans une autre main, on ne parle plus de travail, de lumière ou de fraternité. On parle de purge, de loyauté, de ligne politique et de « ceux qui ont trahi ». Le nouveau maître des lieux découvre alors que la Loge n’est ni une entreprise, ni une armée, ni une secte, ni même un club politique. C’est un endroit où les gens viennent chercher autre chose que le pouvoir. C’est précisément là que le Black Block échoue : on peut prendre un maillet, mais on ne peut pas prendre le cœur d’une Loge.
Comment les reconnaître ?
Comment les reconnaître, alors ? Le Frère ou la soeur qui parle sans arrêt d’unité tout en divisant tout le monde. Celui ou celle qui dénonce les complots tout en préparant le sien. Celui ou celle qui veut « sauver la Loge » alors que personne ne savait qu’elle était en danger. Celle ou celui qui considère tout désaccord comme une trahison, qui a toujours un ennemi désigné mais jamais de projet concret, et qui parle de transparence tout en réunissant ses amis dans un groupe privé. Si vous croisez ce profil, méfiance. Ce n’est pas forcément un Black Block ; c’est peut-être simplement un Frère ou une Soeur qui a trop regardé de documentaires politiques. Mais s’il commence à parler de « reconquête », fuyez.
Le remède : rire et travailler
La meilleure défense n’est ni la surveillance, ni la délation, ni la création d’une commission d’enquête. C’est le rire. Rire lorsque quelqu’un annonce qu’il va « refonder » une Loge qui fonctionne déjà. Rire lorsque la grande révolution maçonnique consiste à changer l’ordre des interventions. Rire lorsque le sauveur de l’obédience n’a jamais réussi à tenir un calendrier de tenues. Puis travailler : faire des planches, accueillir les nouveaux, organiser des agapes et faire en sorte que la Loge reste un lieu où l’on vient chercher de la lumière, et non un poste de commandement. Car un Black Block FM déteste l’ennui fraternel. Il ne supporte pas les Loges où l’on discute calmement, où l’on rit et où personne ne cherche à prendre le pouvoir.
La morale de l’histoire
Les vrais destructeurs ne viennent pas toujours de la rue, le visage masqué et le bras armé. Parfois, ils viennent de l’intérieur, le visage découvert, le tablier bien noué et le sourire fraternel parfaitement réglé. Ils ne brûlent pas les temples : ils les vident. Ils ne volent pas les décors : ils volent la confiance. Ils ne détruisent pas les Loges avec des pavés, mais avec des motions, des rumeurs et des ambitions mal placées. Alors, chers Frères, chères Sœurs, si un jour quelqu’un vous dit qu’il vient sauver votre Loge, posez-lui une seule question :
« Et qu’est-ce que tu comptes construire ? » S’il ou elle répond « la vérité », « la pureté » ou « la reconquête », méfiez-vous. S’il ou elle répond « une meilleure agape » ou « une Loge où l’on a envie de revenir », alors là, peut-être, vous avez affaire à un vrai maçon.
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