Driant, Émile (antimaçonnisme)

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Glossaire de la franc-maçonnerie

Émile Driant, né le 11 septembre 1855 à Neufchâtel-sur-Aisne et tué le 22 février 1916 au bois des Caures, près de Verdun, est un officier, romancier sous le nom de « capitaine Danrit » et député de Nancy de 1910 à sa mort. Gendre du général Boulanger, il quitte l’armée dans le sillage de l’affaire des fiches, fonde des ligues antimaçonniques et devient l’une des voix du nationalisme catholique. Sa mort héroïque à Verdun a largement recouvert, dans la mémoire nationale, ce versant militant.

Un officier de l’entourage de Boulanger

Émile Driant
Wikimedia Commons – Public domain

Driant est d’abord un soldat brillant, issu de la bourgeoisie provinciale. Fils d’un juge de paix, élève du lycée de Reims, il entre à Saint-Cyr en 1875 et en sort quatrième deux ans plus tard. Affecté en Tunisie, il devient officier d’ordonnance du général Boulanger, qu’il suit au ministère de la Guerre en 1886, et épouse en 1888 l’une de ses filles, Marcelle.

Il ne participe pas aux activités politiques du boulangisme, mais reçoit des arrêts en 1892 pour avoir défendu la mémoire de son beau-père dans Le Figaro. Instructeur à Saint-Cyr, puis chef du 1er bataillon de chasseurs à pied à Troyes à partir de 1896, il incarne l’officier catholique et patriote que la République radicale regarde avec méfiance.

Le « capitaine Danrit », romancier de la guerre future

Sous l’anagramme de Danrit, Driant devient l’un des auteurs les plus lus de la littérature d’anticipation militaire. De La Guerre de demain, entreprise à la fin des années 1880 et dont un volume reçoit un prix de l’Académie française, à L’Invasion noire (1894-1895) et L’Invasion jaune (1905), il publie près de trente romans en un quart de siècle. Sous-marins, ballons, guerres coloniales et invasions y servent un même message : la nation doit se préparer au conflit.

Ces récits, très marqués par les représentations raciales et coloniales de leur temps, construisent aussi une figure de l’ennemi intérieur, celui qui désarme moralement le pays. Ce thème fera le lien entre le romancier patriote et le militant antimaçonnique.

L’affaire des fiches, point de bascule

L’affaire des fiches transforme un officier mécontent en militant. En octobre 1904, le député Jean Guyot de Villeneuve révèle à la Chambre que le ministère de la Guerre du général André faisait établir, notamment par le secrétariat du Grand Orient de France, des fiches sur les opinions politiques et religieuses des officiers pour orienter l’avancement. Plusieurs milliers de fiches sont en cause ; André doit démissionner et le cabinet Combes tombe quelques semaines plus tard.

Driant manifeste publiquement son indignation, reçoit un rappel à l’ordre et se voit écarté du tableau d’avancement. Il quitte l’armée à cinquante ans, au tournant de 1905-1906, les biographies divergeant sur la date et la forme exacte du départ. Le scandale était réel ; il devient pour lui la preuve d’une mainmise maçonnique générale sur l’État.

Ligues antimaçonniques et carrière parlementaire

Rendu à la vie civile, Driant fait de l’antimaçonnisme une cause organisée. Il crée une ligue antimaçonnique pour les hommes et une ligue de Jeanne d’Arc pour les femmes. En 1906, elles fusionnent avec l’Union française antimaçonnique de Paul Copin-Albancelli pour former la Ligue française antimaçonnique, qui éclate en 1909 sur fond de rivalités personnelles ; Copin-Albancelli fonde alors sa Ligue de défense nationale contre la franc-maçonnerie.

Battu en Seine-et-Oise en 1906, Driant est élu en 1910 dans la troisième circonscription de Nancy sous l’étiquette de l’Action libérale populaire, parti des catholiques ralliés, et réélu en 1914. Membre actif de la commission de l’Armée, il défend la loi des trois ans et s’intéresse au syndicalisme « jaune » de Pierre Biétry. Son antimaçonnisme s’inscrit ainsi dans une droite parlementaire catholique, distincte de l’antisémitisme ligueur le plus virulent, sans s’en couper entièrement.

Verdun et la fabrique d’un héros

La guerre efface le militant derrière le combattant. Mobilisé à soixante ans, Driant commande en février 1916 les 56e et 59e bataillons de chasseurs au bois des Caures, en première ligne de l’offensive allemande sur Verdun. Ses hommes retardent l’ennemi pendant près de deux jours ; il est tué lors du repli, le 22 février.

Maurice Barrès contribue aussitôt à forger le mythe, Paul Deschanel prononce son éloge à la Chambre, et un mausolée est érigé au bois des Caures en 1922. Rues, promotions militaires et cérémonies annuelles entretiennent depuis la mémoire du héros de Verdun, dans laquelle le fondateur de ligues antimaçonniques n’occupe presque aucune place.

Émile Driant montre comment un scandale avéré, celui des fiches, peut nourrir une lecture totalisante de la politique républicaine. Le héros de Verdun fut aussi un entrepreneur de soupçon, et les deux mémoires ne se recouvrent pas. Honorer le soldat n’oblige pas à oublier le ligueur.

Voir aussi : Louis André (Personnalité), Émile Combes (Personnalité), Fichage antimaçonnique, Associations antimaçonniques françaises (1895-1939), Ligues antisémites et antimaçonniques, Boulangisme, Ennemi intérieur, Trahison, Catholicisme et franc-maçonnerie.

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