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« E. d’Avesne » est le pseudonyme sous lequel le jésuite Frédéric Rouvier, né le 21 mars 1851 à Marseille et mort en 1925, probablement à Lyon, publie au tournant de 1880 des ouvrages polémiques contre la franc-maçonnerie, dont La Franc-maçonnerie au pouvoir, 1789-1880. L’identification est solidement établie : la notice d’autorité de la Bibliothèque nationale de France la fonde notamment sur le dictionnaire des anonymes et pseudonymes jésuites du P. Carlos Sommervogel, paru en 1884.
Un jésuite derrière un nom de plume
L’identification de E. d’Avesne avec Frédéric Rouvier ne relève pas de la conjecture. Elle figure dans le Dictionnaire des ouvrages anonymes et pseudonymes publiés par des religieux de la Compagnie de Jésus de Sommervogel (1884), presque contemporain des livres concernés, et la BnF l’a reprise dans sa notice, qui signale aussi la forme abrégée « E. d’A. ». Sous son vrai nom, Rouvier signe d’autres ouvrages, comme Au berceau de l’autre France, le Canada et ses premiers martyrs (1895), consacré aux missionnaires jésuites de la Nouvelle-France.
Le lieu de sa mort, Lyon, est donné avec un point d’interrogation par les catalogues ; la date exacte reste incertaine. Comme pour beaucoup de religieux polémistes du XIXe siècle, la biographie s’efface derrière la production.
Écrire contre les lois Ferry
Le pseudonyme protège un religieux engagé dans une bataille où son ordre est directement visé. En 1879, Jules Ferry dépose ses projets de loi sur l’enseignement, dont le fameux article 7 qui interdit d’enseigner aux membres des congrégations non autorisées ; les décrets de mars 1880 entraînent l’expulsion des jésuites de leurs maisons. C’est dans ce climat que paraît La Franc-maçonnerie et les projets Ferry, datée de 1879 par sa réédition récente.
Le livre soutient que la réforme scolaire n’est pas une politique républicaine parmi d’autres, mais l’exécution d’un programme élaboré en loge. L’auteur s’appuie sur des discours, bulletins et conférences maçonniques pour démontrer que les loges font de la politique, ce qui, dans le contexte d’une maçonnerie française effectivement très engagée dans la cause laïque, n’était pas faux, mais qu’il transforme en direction occulte de l’État.
« La franc-maçonnerie au pouvoir »
Le second titre élargit la thèse à près d’un siècle d’histoire. La Franc-maçonnerie au pouvoir, 1789-1880, publiée en 1880, relit la Révolution, les régimes successifs et l’avènement de la République des républicains comme une seule et même conquête maçonnique. La chronologie choisie, de 1789 à 1880, suggère une continuité que l’histoire réelle des obédiences, souvent divisées et parfois ralliées aux pouvoirs autoritaires, ne confirme pas.
Ces ouvrages ont connu une seconde vie : réimpression à la demande à partir des numérisations de la BnF en 2012, puis réédition par les Éditions de Chiré, maison de la droite catholique traditionaliste, en 2016. Ils circulent ainsi de nouveau, souvent sans appareil critique, dans les milieux qui cherchent une généalogie à leur hostilité envers l’école laïque.
Ce que l’on peut retenir
Le cas d’E. d’Avesne invite à distinguer constat et extrapolation. Que la franc-maçonnerie française des années 1870-1880 ait milité pour l’école laïque, gratuite et obligatoire, et que nombre de républicains au pouvoir aient été initiés, est un fait historique établi. Qu’elle ait gouverné la France depuis 1789 selon un plan continu relève en revanche de la construction polémique.
La production de Rouvier, encore peu étudiée pour elle-même, mériterait un examen plus complet : le catalogue de la BnF lui rattache plusieurs dizaines de notices, sous son nom et sous son pseudonyme, dont toutes ne concernent pas la franc-maçonnerie.
E. d’Avesne illustre la polémique cléricale des débuts de la Troisième République : un religieux menacé par la loi répond en désignant les loges comme le véritable législateur. Le constat d’un engagement maçonnique réel en faveur de la laïcité devient, sous sa plume, la preuve d’un gouvernement caché. Le pseudonyme masque l’auteur ; il ne masque pas le procédé.
Voir aussi : Éducation laïque, Laïcité, Haine de la laïcité, Antimaçonnisme religieux, Initiation de Jules Ferry et Émile Littré à la loge La Clémente Amitié, 8 juillet 1875 (date historique), Presse antimaçonnique, République, Catholicisme et franc-maçonnerie.

