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Louis Joseph Nicolas André, né le 28 mars 1838 à Nuits-Saint-Georges (Côte-d’Or) et mort le 18 mars 1913 à Dijon, est un général et homme politique français. Polytechnicien, artilleur, commandant de l’École polytechnique, il est ministre de la Guerre de 1900 à 1904 dans les cabinets Waldeck-Rousseau et Combes. Républicain et positiviste, il contribue à la révision du procès Dreyfus, mais reste dans l’histoire pour l’affaire des fiches, système de renseignement sur les officiers établi avec le concours des loges du Grand Orient de France.
Un artilleur polytechnicien

Issu d’une famille aisée, catholique et orléaniste, Louis André devient positiviste sous le Second Empire, puis républicain sous l’influence de son cousin Eugène Carion. Entré à l’École polytechnique en 1857, sorti premier de l’École d’application de Metz en 1861, il sert dans l’artillerie à cheval de la Garde impériale. Capitaine en 1867, chef d’escadron en 1877, colonel en 1888, il dirige de 1881 à 1886 le cours pratique de tir de Bourges, où il met au point des méthodes de pointage du canon De Bange, puis préside la commission qui conçoit les obus à la mélinite.
Général de brigade, il commande l’École polytechnique en 1893, puis sert au Mans, au 4e corps, de 1897 à 1899, sous les ordres du général Mercier, l’un des responsables de la condamnation de Dreyfus. Il épouse en 1876 la cantatrice Marguerite Chapuy, créatrice du rôle de Micaëla dans Carmen.
Ministre de la Guerre de la défense républicaine
Nommé ministre de la Guerre en 1900 par Waldeck-Rousseau, en remplacement du général de Galliffet, il conserve son portefeuille sous Émile Combes, soit près de quatre ans et demi, une longévité exceptionnelle. Il réforme les commissions d’avancement, supprime la dot exigée des épouses d’officiers, autorise la tenue civile hors service et prépare la loi ramenant le service militaire de trois à deux ans. Il ouvre les camps du Larzac, de Mailly et de La Courtine et porte la commande de canons de 75 de 2 000 à 3 000 pièces.
À la suite d’un discours de Jaurès, il mène avec le capitaine Targe une enquête personnelle sur l’affaire Dreyfus : il établit que des pièces avaient été forgées et que les prétendus aveux du capitaine lors de sa dégradation étaient inventés. Transmis à la Cour de cassation, ces éléments ouvrent la voie à la réhabilitation de Dreyfus.
L’affaire des fiches

Pour favoriser l’avancement des officiers républicains, le cabinet du ministre organise, à partir de la fin de 1900 ou du début de 1901 et après une rencontre avec Frédéric Desmons, un fichage effectué avec l’aide des loges du Grand Orient de France dans les villes de garnison. Le capitaine Henri Mollin, officier d’ordonnance et franc-maçon, en est la cheville ouvrière, en lien avec Narcisse-Amédée Vadecard, secrétaire général de l’obédience. Les fiches portent surtout sur les pratiques religieuses ; les officiers sont classés dans les listes « Corinthe » ou « Carthage ». Quelques loges, à Périgueux, Rochefort ou Saint-Jean-de-Luz, refusent de participer.
Jean-Baptiste Bidegain, adjoint de Vadecard, copie et cède une partie des fiches ; le député Jean Guyot de Villeneuve en lit des extraits à la Chambre en octobre 1904. Lors d’une séance houleuse, le nationaliste Gabriel Syveton gifle le ministre. Contraint par Combes de démissionner en 1904, le général André est remplacé par Maurice Berteaux, et le gouvernement Combes tombe peu après. L’historien Serge Berstein dénombre 18 818 fiches établies grâce au Grand Orient, pour quelque 27 000 officiers en activité.
Le général et la maçonnerie
Wikipédia en français associe étroitement le général André au Grand Orient de France sans affirmer son appartenance ni préciser de loge ; Wikipédia en anglais le présente comme franc-maçon en s’appuyant sur trois références. Son rôle maçonnique tient surtout à cette collaboration entre son ministère et l’obédience, qui a durablement marqué l’image de la maçonnerie dans l’opinion.
Les mêmes sources soulignent qu’il a aussi promu des officiers défavorablement fichés, jugés sur leur valeur militaire, comme Lanrezac, et qu’il a fait de Joffre un général de brigade à 49 ans. En 1905, le Parti radical l’élit par acclamation à son comité exécutif.
Un épisode clé de la IIIe République
Mort à Dijon en 1913 et inhumé au cimetière des Péjoces, le général André reste attaché à l’un des épisodes les plus discutés de l’histoire maçonnique française. L’affaire des fiches a nourri l’antimaçonnisme pendant des décennies et révélé l’engagement politique du Grand Orient au temps du combat laïque, tandis que ses réformes militaires et son rôle dans la révision du procès Dreyfus restent souvent éclipsés par le scandale.
Pour aller plus loin : l’article Wikipédia consacré à Louis André.
Voir aussi dans le glossaire : Affaire Dreyfus (antimaçonnisme), Haine de la laïcité (antimaçonnisme).

