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Le libre examen est le principe selon lequel chacun doit former son jugement par sa propre raison, en refusant l’argument d’autorité. Né dans les débats religieux de la Renaissance et de la Réforme, il est devenu au XIXe siècle la devise de l’Université libre de Bruxelles et l’un des fondements de la franc-maçonnerie dite libérale et adogmatique, en Belgique d’abord, puis dans une grande partie de la maçonnerie francophone. Il ne désigne pas une doctrine, mais une méthode : examiner, douter, confronter, sans s’interdire aucune question.
Définition

Le libre examen, calque du latin liberum examen, désigne la liberté de jugement face à toute autorité, qu’elle soit religieuse, politique ou intellectuelle. Il repose sur le rejet de l’argument d’autorité : une affirmation ne vaut pas parce qu’elle émane d’une institution ou d’un maître, mais parce qu’elle résiste à l’examen de la raison.
Le principe ne prescrit aucune conclusion. On peut, par libre examen, aboutir à la foi comme à l’incroyance. Ce qui compte est la démarche : l’indépendance du jugement et la disponibilité au doute.
Des origines religieuses
L’expression apparaît dès la Renaissance. La pensée protestante l’a revendiquée pour défendre la lecture personnelle de l’Écriture, même si les Églises réformées en ont souvent limité la portée. L’université de Leyde en avait fait sa devise. Le libre examen est ainsi passé, en quelques siècles, d’un principe de lecture religieuse à un principe général de la pensée critique.
L’Université libre de Bruxelles
En Belgique, le libre examen est indissociable de l’Université libre de Bruxelles, fondée en 1834 par les libéraux, en réponse à la création d’une université catholique la même année. Son fondateur, Pierre-Théodore Verhaegen, également Grand Maître du Grand Orient de Belgique, emploie l’expression « liberté d’examen » en 1854 et définit en 1859 l’idéal de l’université comme l’indépendance de la raison humaine.
Le libre examen est inscrit dans les statuts de l’ULB en 1894. Aujourd’hui encore, l’article premier de ses statuts organiques fonde l’enseignement et la recherche sur ce principe, défini comme le rejet de l’argument d’autorité et l’indépendance de jugement.
Libre examen et franc-maçonnerie

Le Grand Orient de Belgique a joué un rôle décisif dans cette histoire. En 1854, sous la grande maîtrise de Verhaegen, il abolit l’article de ses statuts qui interdisait aux loges de traiter de politique et de religion. En 1872, il supprime l’obligation d’invoquer le Grand Architecte de l’Univers, cinq ans avant le Grand Orient de France. Les historiens décrivent ce passage d’une attitude d’origine religieuse à une pensée non dogmatique, puis à une laïcité affirmée.
Dans la maçonnerie dite libérale ou adogmatique, le libre examen est devenu un principe cardinal : aucune vérité n’est imposée à l’initié, qui reste libre de ses convictions. La maçonnerie dite régulière, attachée à la croyance en un Être suprême, reconnaît la liberté de conscience mais dans un cadre différent.
Ce que le principe implique en loge
- Liberté de parole : chacun expose sa pensée sans être interrompu ni jugé.
- Pluralité : les convictions religieuses et philosophiques sont multiples et respectées.
- Esprit critique : les planches sont discutées et non simplement approuvées.
- Absence de dogme : les symboles se prêtent à des interprétations personnelles.
- Travail sur soi : le doute porte aussi sur ses propres certitudes.
Le saviez-vous ?
La fondation de l’ULB est célébrée chaque année à Bruxelles lors de la Saint-Verhaegen, fête étudiante du 20 novembre qui porte le nom du fondateur. Le choix d’un « saint » laïque pour une université du libre examen relève d’un humour revendiqué.
À retenir
- Le libre examen est le refus de l’argument d’autorité et la liberté de jugement.
- D’origine religieuse, il est devenu la devise de l’Université libre de Bruxelles.
- Le Grand Orient de Belgique a supprimé l’invocation obligatoire du Grand Architecte en 1872.
- Il est un principe cardinal de la franc-maçonnerie libérale et adogmatique.
Pour aller plus loin : l’article Wikipédia de référence.
Voir aussi dans le glossaire : Haine de la laïcité (antimaçonnisme), Liberté de conscience (antimaçonnisme), Fondation du Grand Orient de Belgique, 23 février 1833 (date historique), Tolérance, Humanisme maçonnique (antimaçonnisme).
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