Haine de la laïcité (antimaçonnisme)

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Glossaire de la franc-maçonnerie

La haine de la laïcité constitue l’un des ressorts les plus persistants de l’antimaçonnisme français. Elle repose sur une confusion ancienne entre liberté de conscience et hostilité au religieux. Parce que des francs-maçons ont pris part aux combats pour l’école publique, la séparation des Églises et de l’État, l’émancipation civique et la neutralité des institutions, l’antimaçonnisme a souvent présenté la laïcité comme une œuvre de destruction spirituelle. La République laïque n’est plus alors envisagée comme un cadre commun. Elle devient, dans l’imaginaire du soupçon, une machine dressée contre Dieu, contre l’Église, contre la tradition et contre les racines religieuses de la nation.

Le sens inversé de la laïcité

Laïcité et droits des femmes 1re couv

Cette lecture hostile inverse le sens même de la laïcité. Celle-ci ne vise pas à interdire la foi. Elle vise à empêcher qu’une foi particulière gouverne toutes les consciences par l’intermédiaire de l’État. Elle ne demande pas à l’homme de renoncer à sa profondeur spirituelle. Elle lui garantit au contraire de pouvoir croire, ne pas croire, changer de conviction, chercher, douter ou pratiquer, sans subir la contrainte d’une autorité religieuse devenue puissance publique. La laïcité protège la liberté religieuse autant qu’elle protège la liberté de ne pas appartenir à une religion.

L’antimaçonnisme clérical ou réactionnaire ne supporte pas cette distinction. Il confond le recul d’un pouvoir religieux avec l’effacement de toute spiritualité. Il interprète la neutralité de l’État comme une guerre contre le sacré. Il présente l’école laïque comme une entreprise de déracinement. Il voit dans la liberté de conscience une menace pour l’unité morale du peuple. La franc-maçonnerie est alors désignée comme l’atelier caché d’un monde sans transcendance, d’une cité coupée du ciel, d’une République soupçonnée d’avoir remplacé l’autel par le Temple. Cette haine de la laïcité dit beaucoup de ceux qui la portent. Elle révèle moins une défense sereine de la foi qu’une difficulté à accepter que la foi ne gouverne pas seule l’espace public.

Elle trahit souvent une nostalgie d’un ordre où l’autorité religieuse, l’autorité politique et l’autorité sociale se renforçaient mutuellement. Dans ce monde rêvé, l’unité de la société reposait sur une vérité partagée ou imposée. La laïcité vient troubler cette unité. Elle accepte que les consciences ne soient pas toutes orientées par la même source. Pour l’antimaçonnisme, cette pluralité devient déjà dissolution.

La franc-maçonnerie et la laïcité

Figures de la laïcité 2000 ans de combats

La franc-maçonnerie, lorsqu’elle défend la laïcité, ne devrait donc pas être comprise comme une force antireligieuse. Elle défend un espace où les convictions peuvent coexister sans se dominer. Elle rappelle que la conscience ne se décrète pas. Elle soutient qu’une foi imposée par la puissance publique cesse d’être une foi libre. Elle affirme que la cité n’a pas à trancher le mystère ultime, mais à garantir la paix entre ceux qui le pensent différemment.

Il faut néanmoins distinguer la laïcité de certains usages militants qui ont pu la durcir en hostilité envers le religieux. L’histoire a connu des excès, des caricatures, des crispations anticléricales parfois injustes envers la profondeur spirituelle des croyants. Mais l’antimaçonnisme exploite ces excès pour condamner le principe lui-même. Il transforme les tensions d’une histoire en preuve d’un projet caché. Il ne veut pas voir que la laïcité, dans sa noblesse, protège précisément la possibilité d’une vie spirituelle libre.

La réponse maçonnique

La réponse maçonnique n’est donc pas de faire de la laïcité une religion de substitution. Elle est de rappeler que la laïcité est un principe de paix civile, de dignité partagée et de justice entre les consciences. Elle n’éteint pas la lumière intérieure. Elle empêche seulement qu’une lumière particulière prétende aveugler toutes les autres. Elle n’abolit pas le sacré. Elle refuse que le sacré soit administré par l’État. Elle ne ferme pas le ciel. Elle ouvre un espace où nul ne peut être contraint de le nommer de la même manière.

Dans une lecture initiatique, la laïcité rejoint l’exigence du seuil. Elle ne dit pas ce que chacun doit croire en entrant dans la cité. Elle garantit que chacun puisse y entrer sans renoncer à sa conscience. Elle ne détruit pas les temples religieux. Elle empêche qu’un seul temple devienne la loi de tous. Elle crée les conditions d’une parole véritablement libre. Là où l’antimaçonnisme voit une guerre contre Dieu, le regard maçonnique peut voir une architecture de paix.

Voir aussi : Éducation laïque, Liberté de conscience, République, Anticléricalisme, Cléricalisme.

Abécédaire de trois siècles d’antimaçonnisme, Yonnel Ghernaouti

Notice extraite de l’Abécédaire de trois siècles d’antimaçonnisme de Yonnel Ghernaouti.

Pour aller plus loin

Glossaire de la franc-maçonnerie

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