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Les samedi 24 et dimanche 25 octobre 2026, l’Ordre Martiniste donne rendez-vous à Paris pour ses traditionnelles Journées Papus. Deux journées qui, derrière la diversité apparente de leur programme, dessinent un même chemin : le samedi, lever les yeux vers le ciel avec F.-Ch. Barlet et interroger l’astrologie comme langage des correspondances ; le dimanche, revenir à la terre, au cimetière du Père-Lachaise, pour honorer Gérard Encausse, dit Papus, exactement cent dix ans après sa disparition. Entre connaissance et mémoire, étude et transmission, verticalité du ciel et horizontalité de la chaîne humaine, ces Journées rappellent que toute tradition initiatique véritable ne demeure vivante qu’à la condition de transformer l’héritage reçu en conscience agissante.

Deux journées pour faire vivre une tradition plutôt que la commémorer
Les Journées Papus ne constituent pas une manifestation ésotérique supplémentaire dans un calendrier déjà particulièrement fourni. Elles appartiennent aux rendez-vous structurants de l’Ordre Martiniste et s’inscrivent chaque année autour du 25 octobre, date anniversaire de la disparition de Papus. Conférences, rencontres, travaux réservés aux initiés, hommage auprès de la tombe du fondateur et traditionnel « banquet Papus » composent ainsi un ensemble dans lequel la mémoire n’est jamais séparée de l’étude ni l’étude de la transmission.
L’édition 2026 met plus particulièrement en lumière deux moments publics : le samedi 24 octobre à 15 h 30, Gilles Bucherie donnera une conférence consacrée à « Barlet et l’Astrologie » ; le dimanche 25 octobre à 10 heures, les participants se retrouveront au Père-Lachaise pour rendre hommage à Gérard Encausse.

Il existe presque une dramaturgie initiatique dans cette succession. Le premier jour invite à lever le regard et à rechercher, dans l’ordre du ciel, quelque chose de cette harmonie que les traditions hermétiques ont toujours voulu pressentir derrière l’apparence des choses ; le second conduit vers la pierre funéraire, vers le souvenir des anciens et vers la question de ce que nous faisons de l’héritage qu’ils nous ont confié. Les astres puis la tombe, la connaissance puis la mémoire : non pour opposer le haut et le bas, mais pour rappeler cette antique intuition selon laquelle l’être humain se tient précisément à leur rencontre. Entre ciel et terre, entre ce qui le dépasse et ce qu’il lui appartient de construire, l’initié demeure un passeur.
F.-Ch. Barlet ou la recherche d’une architecture invisible du monde

Le samedi 24 octobre, à 15 h 30, Gilles Bucherie consacrera sa conférence à F.-Ch. Barlet et à l’astrologie. Le choix est particulièrement heureux tant Albert Faucheux, qui adopta le nom de plume de F.-Ch. Barlet, demeure l’une de ces figures sans lesquelles il est difficile de comprendre le formidable laboratoire ésotérique français de la fin du XIXe siècle.

Né à Paris en 1838 et mort en 1921, Barlet traverse presque tous les grands courants de cette époque de recherches et de recompositions spirituelles. Il fréquente la Société Théosophique, la Hermetic Brotherhood of Luxor, le mouvement cosmique de Max Théon, l’Ordre Kabbalistique de la Rose-Croix et participe, en 1891, au premier Suprême Conseil de l’Ordre Martiniste. Son chemin croise ceux de Papus, de Stanislas de Guaita et de Saint-Yves d’Alveydre ; il appartient également à cet univers intellectuel dans lequel évoluera bientôt René Guénon.

Mais Barlet intéresse précisément parce qu’il ne saurait être réduit à la figure pittoresque d’un astrologue de la Belle Époque. L’astrologie représente chez lui une composante d’une recherche infiniment plus vaste : celle d’une science des rapports, des rythmes, des nombres et des correspondances permettant de retrouver derrière la dispersion des savoirs une unité fondamentale du réel.
L’astrologie comme pensée de la relation
Il faut évidemment, pour comprendre cette démarche, oublier un instant les horoscopes de magazine, les prédictions de circonstance et toute la marchandisation contemporaine de l’astrologie. Celle qui intéresse Barlet appartient à une longue histoire intellectuelle et symbolique au sein de laquelle l’homme est envisagé dans ses rapports avec la nature et le cosmos.

Lorsqu’il dirige, à partir de 1904, La Science Astrale, Barlet entend examiner la tradition astrologique, confronter ses méthodes et rechercher ce qu’elle pourrait encore apporter à une réflexion philosophique, morale et sociale. Le vocabulaire employé appartient naturellement à son époque et ne correspond nullement au statut que la science contemporaine accorde à l’astrologie. Mais ce serait manquer l’essentiel que de juger exclusivement cette pensée à partir de sa prétention prédictive : ce qui fascine chez Barlet est moins la volonté d’annoncer l’avenir que celle de comprendre l’univers comme un système de relations.
Le ciel devient alors un livre. Une planète, un nombre ou un rythme ne valent pas isolément : ils prennent sens par les rapports qu’ils entretiennent avec d’autres réalités. Or cette intelligence de la relation rejoint l’une des grandes intuitions de toute démarche initiatique : connaître ne consiste pas seulement à accumuler des informations, mais à découvrir les liens qui unissent ce que l’apparence nous présentait comme séparé.
Le Franc-Maçon retrouvera aisément quelque chose de familier dans cette manière d’interroger le monde.
Non que martinisme et Franc-Maçonnerie puissent être confondus – leurs histoires, leurs structures et leurs finalités demeurent distinctes –, mais les deux traditions ont fréquenté certains des mêmes chercheurs et partagé, particulièrement à la charnière des XIXe et XXe siècles, une même attention au symbole, au nombre, à la transmission et à la transformation de l’être. Dans le Temple maçonnique aussi, les luminaires, les orientations, la géométrie et les proportions ne sont pas de simples accessoires décoratifs : ils constituent autant de médiations permettant d’approcher un ordre que l’œil profane ne distingue pas immédiatement.
Gilles Bucherie, revenir aux textes plutôt qu’aux légendes

Le choix de Gilles Bucherie pour évoquer Barlet prend ici toute son importance. Ancien libraire et bibliothécaire, il travaille depuis de longues années sur l’histoire des courants occultistes et plus particulièrement sur la vie et l’œuvre de F.-Ch. Barlet. Ses recherches ont notamment été conduites dans le cadre de l’École pratique des hautes études et ont donné lieu à plusieurs études, parmi lesquelles F.-Ch. Barlet, fragments d’une histoire secrète, publié chez Alcor en 2022.
Son travail possède cette qualité essentielle : il revient aux textes, aux revues, aux archives et aux réseaux intellectuels. Il permet ainsi de soustraire Barlet à l’imagerie commode du « mage » de la Belle Époque pour retrouver un homme engagé dans une véritable recherche de synthèse entre philosophie, astrologie, nombres, spiritualité, religions et organisation sociale.
Parler de « Barlet et l’Astrologie » devrait donc permettre de retrouver tout un Paris où se croisent occultisme, théosophie, hermétisme, martinisme, Rose-Croix et recherches nouvelles sur les religions. Ce Paris-là est aussi celui d’une modernité inquiète qui découvre les sciences nouvelles tout en continuant d’interroger les traditions anciennes. Certains intellectuels refusent alors de choisir entre progrès et héritage, raison et symbole, science et métaphysique ; ils cherchent, avec les limites mais aussi avec l’audace de leur époque, à reconstruire une représentation unitaire de l’homme et du monde.
Du nombre au ciel, une même quête de l’unité
L’intérêt de Barlet pour les nombres n’est pas secondaire car nombre et astrologie procèdent, chez nombre de chercheurs de cette époque, d’une même intuition : si le monde peut être compris, c’est peut-être parce qu’il possède un ordre ; et si cet ordre existe, le nombre, la proportion, le rythme et le cycle peuvent en constituer quelques-uns des alphabets.
Nous retrouvons ici une interrogation pythagoricienne autant qu’hermétique. Connaître ne signifie plus posséder l’objet étudié, mais établir des rapports ; mesurer ne signifie plus enfermer le réel dans une quantité, mais découvrir les proportions qui rendent possibles harmonie et intelligibilité.

Le Franc-Maçon pensera nécessairement au travail du Compagnon, à son rapport aux arts libéraux, à la géométrie et au nombre. Le compas trace, mesure et ordonne, mais son enseignement véritable commence peut-être précisément lorsque celui qui le tient comprend que toute mesure rencontre un jour l’incommensurable. Il ne s’agit alors plus seulement de mesurer le monde : il faut apprendre à se mesurer soi-même devant lui.
L’astrologie de Barlet devient de ce point de vue historiquement et symboliquement intéressante, non en raison d’une validité prédictive que la science moderne ne lui reconnaît pas, mais comme représentation du rapport entre microcosme et macrocosme. Derrière les planètes se dessine alors une anthropologie ; derrière les nombres, une métaphysique ; derrière les calculs, cette vieille question qui traverse les philosophies, les religions et les initiations : quelle est la place de l’homme dans l’Univers ?
Papus, cent dix ans après : quand la mémoire devient présence
Le dimanche 25 octobre, le décor change profondément. À 10 heures, les participants sont invités à se retrouver au cimetière du Père-Lachaise, porte Gambetta, rue des Rondeaux, face à l’avenue du Père-Lachaise, afin de rendre hommage à Gérard Encausse.

Cette date possède en 2026 une résonance particulière puisque le 25 octobre marque exactement le cent dixième anniversaire de la disparition de Papus, mort à Paris le 25 octobre 1916. Médecin, occultiste, auteur, fondateur de l’Ordre Martiniste et créateur en 1888 de la revue L’Initiation, Gérard Encausse repose dans la 93e division du Père-Lachaise. Son fils, le docteur Philippe Encausse, qui joua plus tard un rôle essentiel dans la renaissance du martinisme français, repose également auprès de lui.

Il existe quelque chose de profondément initiatique dans cette visite annuelle. Le cimetière est d’abord le territoire du silence, mais ce silence n’est pas nécessairement celui de l’absence. Pour celui qui sait écouter, une tombe peut devenir le lieu où la transmission se fait paradoxalement plus sensible : les titres, les dignités et les querelles s’effacent devant une interrogation infiniment plus nue – qu’avons-nous reçu, qu’en avons-nous fait et que transmettrons-nous à notre tour ?

Derrière l’occultiste, l’homme de transmission
Papus fut l’un de ces hommes auxquels une seule existence semble ne pas suffire. Médecin, auteur prolifique, conférencier, éditeur, organisateur de groupes d’études et de sociétés initiatiques, Gérard Encausse demeure indissociable de cette extraordinaire effervescence spiritualiste qui traverse les dernières décennies du XIXe siècle.
Son importance tient peut-être moins à la création d’une doctrine entièrement nouvelle qu’à sa remarquable capacité de mise en relation. Papus rapproche les hommes, les textes, les traditions et les écoles. Il écrit pour transmettre, édite pour diffuser, enseigne pour rendre accessibles des connaissances qui demeuraient souvent réservées à quelques cénacles. Son œuvre embrasse la Kabbale, le Tarot, les nombres, la magie, l’occultisme et le martinisme ; elle témoigne d’une volonté presque encyclopédique de donner une cohérence à un univers spirituel dont il pressent les filiations.
Mais réduire Papus à l’occultiste serait oublier le médecin. Lorsque survient la Grande Guerre, Gérard Encausse sert comme médecin militaire. Les témoignages de l’époque évoquent l’épuisement provoqué par son activité et une santé profondément altérée avant sa mort en 1916. Ce dernier aspect donne au personnage une profondeur supplémentaire : la recherche du monde invisible n’excluait pas, chez lui, l’obligation très concrète de servir les vivants.

Cette articulation entre savoir et service mérite d’être retenue. Une voie initiatique qui ne transformerait pas notre manière d’être au monde ne serait plus qu’un savoir supplémentaire. Or l’initiation ne vaut véritablement que lorsqu’elle descend de l’intelligence vers la conscience, puis de la conscience vers l’action.
Au Père-Lachaise, la chaîne ne s’interrompt pas
L’hommage annuel rendu à Papus dépasse ainsi largement le culte d’une personnalité. Une tradition initiatique ne peut demeurer vivante en répétant indéfiniment les gestes, les mots et les certitudes de ceux qui l’ont précédée. La fidélité véritable n’est jamais imitation servile ; elle suppose au contraire fécondité, discernement et renouvellement.
Être fidèle à Papus ne signifie donc certainement pas penser en 2026 exactement comme il pensait en 1891. La véritable fidélité consiste plutôt à poursuivre la question qu’il posa avec tant d’autres chercheurs de son temps : comment relier connaissance et transformation intérieure ? Comment empêcher la tradition de devenir simple érudition ? Comment faire de l’initiation autre chose qu’un titre, un grade ou une appartenance ? Comment mettre ce qui a été reçu au service de l’être humain ?
C’est sans doute ce que rappelle, année après année, le chemin conduisant à la 93e division du Père-Lachaise. Celui qui se recueille devant une tombe initiatique n’est pas seulement invité à regarder derrière lui. Il doit aussi regarder devant lui, parce que toute chaîne de transmission cesse d’exister lorsque l’un de ses maillons décide de conserver pour lui ce qu’il a reçu.

Deux journées, un seul mouvement : recevoir, comprendre et transmettre
Le programme des Journées Papus 2026 possède ainsi une profonde cohérence. Avec Barlet, le samedi conduit vers le déchiffrement des correspondances, vers cette vieille ambition de reconnaître dans le désordre apparent du monde une architecture susceptible de donner sens aux choses. Avec Papus, le dimanche replace cette connaissance dans la chaîne humaine de la transmission.
L’un regarde les correspondances du ciel tandis que l’autre rappelle la fraternité des hommes ; l’un interroge l’ordre invisible, l’autre la continuité visible de ceux qui reçoivent puis transmettent. Entre les deux se tient l’initié, non comme détenteur d’un secret qui le distinguerait des autres hommes, mais comme dépositaire provisoire d’une lumière dont il devra répondre.
C’est peut-être là que martinisme et Franc-Maçonnerie peuvent, sans jamais être confondus, se reconnaître dans une commune exigence. Le symbole n’a de sens que s’il transforme le regard ; le rite n’a de valeur que s’il transforme l’homme ; la tradition ne mérite d’être conservée que lorsqu’elle demeure capable de produire de la vie.

Informations pratiques
Les Journées Papus 2026 se dérouleront à Paris les samedi 24 et dimanche 25 octobre 2026. Le samedi 24 octobre à 15 h 30 aura lieu la conférence de Gilles Bucherie, « Barlet et l’Astrologie ». Le dimanche 25 octobre à 10 heures se tiendra l’hommage à Papus au cimetière du Père-Lachaise, avec rendez-vous porte Gambetta, rue des Rondeaux. Les inscriptions sont annoncées à l’adresse grands.evenements.om@ordre-martiniste.com.
Ce que la tombe ne referme pas

Il faudra donc, en ce dernier week-end d’octobre, commencer par regarder vers les étoiles avant de marcher entre les pierres du Père-Lachaise. Beau parcours pour celles et ceux qui savent que toute démarche initiatique se tient quelque part entre le ciel que l’on interroge et la terre que l’on travaille, entre l’héritage reçu et l’œuvre qui reste à accomplir.
Cent dix ans après la disparition de Papus, sa tombe demeure naturellement close, mais la question qu’il laisse derrière lui reste, elle, ouverte : que faisons-nous de la Lumière reçue ?
Car la véritable fidélité aux Maîtres passés ne consiste pas à transformer leur souvenir en relique ni à conserver pieusement leurs cendres. Elle commence lorsque, après avoir recueilli leur héritage, nous sommes capables d’en préserver la braise, de la nourrir et, lorsque vient notre tour, de transmettre le feu.
