Quand le Rectifié franchit les Pyrénées : le GODF remet la Lettre de brevet du RER à la GLSE

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Par une publication Instagram du 6 juillet 2026, la Grande Loge Symbolique Espagnole (GLSE) annonce avoir reçu du Grand Orient de France la Lettre de brevet du Rite Écossais Rectifié (RER). Un acte de transmission, de reconnaissance et de confiance, qui ouvre pour la maçonnerie libérale espagnole une voie rituelle d’une profonde densité spirituelle.

Il y a des gestes maçonniques qui dépassent le simple protocole

Ils ne relèvent ni de l’apparat, ni de la communication institutionnelle, mais d’une véritable transmission. La remise d’une Lettre de brevet du Rite Écossais Rectifié par le Grand Orient de France à la Grande Loge Symbolique Espagnole appartient à cette catégorie d’événements discrets mais significatifs.

C’est par une publication Instagram de la GLSE, ensuite reprise sur son site officiel, que l’information a été rendue publique.

Pierre Bertinotti

Le texte indique que la remise a eu lieu le 4 juillet 2026, dans un cadre de « fraternité et reconnaissance », par Pierre Bertinotti, Grand Maître du Grand Orient de France, accompagné de Gloria Guerra Villalobos, Grande Secrétaire aux Affaires extérieures, à une délégation de la GLSE conduite par son Sérénissime Grand Maître Brenno Ambrosini et par Josep Lluis Domenech, Grand Maître adjoint des Affaires étrangères. 

Une Lettre de brevet n’est jamais un simple document

Dans le vocabulaire profane, on pourrait croire à une autorisation administrative, à un papier signé, à une formalité de chancellerie. Mais en Franc-Maçonnerie, une Lettre de brevet est tout autre chose. Elle est un acte de confiance. Elle dit : nous reconnaissons votre capacité à faire vivre ce Rite avec sérieux, fidélité et responsabilité.

La GLSE souligne d’ailleurs que cette remise reconnaît le travail « sérieux, constant et engagé » qu’elle mène depuis des années, fidèle à ses principes de liberté de conscience, de pluralité initiatique et d’ouverture fraternelle. Elle ajoute que cette Lettre de brevet ouvre une nouvelle voie de travail symbolique pour ses Sœurs et ses Frères, appelés à approfondir un rite d’une grande richesse spirituelle, éthique et traditionnelle. 

Tout est là : une patente ne transmet pas seulement un droit. Elle confie une charge. Elle demande à ceux qui la reçoivent de ne pas réduire le Rite à une forme, mais d’en préserver l’esprit.

Le Rectifié, ou le retour à l’axe

Le Rite Écossais Rectifié porte dans son nom même une leçon. Rectifier, ce n’est pas revenir en arrière. Ce n’est pas restaurer par nostalgie. C’est retrouver l’axe, redresser ce qui s’est courbé, purifier ce qui s’est obscurci, réorienter ce qui s’est dispersé.

Fixé entre 1778 et 1782, dans le sillage du Convent des Gaules et du Convent de Wilhelmsbad, le Rite Écossais Rectifié demeure l’un des systèmes maçonniques les plus exigeants par sa profondeur spirituelle, sa tonalité chevaleresque et sa volonté de faire de l’initiation une véritable transformation intérieure. Il désigne à la fois un esprit, un vocabulaire rituel, une échelle de grades et une perspective spirituelle tournée vers la réconciliation de l’initié avec sa « vraie lumière ».

Le Rectifié n’est donc pas un décor ancien. Il n’est pas une survivance pittoresque du XVIIIe siècle. Il est une voie de dépouillement et de vigilance. Sa chevalerie n’est pas celle du glaive extérieur, mais du combat intérieur. Elle invite à vaincre non l’adversaire, mais l’orgueil, la dispersion, la vanité, l’illusion de soi.

La GLSE, une obédience libérale face à une tradition exigeante

Fondée en 1980, dans le sillage du renouveau démocratique espagnol, la Gran Logia Simbólica Española occupe une place singulière dans le paysage maçonnique ibérique. Elle se présente comme une obédience mixte, libérale et adogmatique, attachée à la liberté de conscience, à l’égalité entre hommes et femmes, ainsi qu’au respect de la diversité des croyances et des convictions. 

L’arrivée officielle du Rite Écossais Rectifié dans ce cadre est donc particulièrement intéressante. Le RER, souvent associé à une forte coloration chrétienne, chevaleresque et traditionnelle, entre ici dans une obédience qui revendique la pluralité initiatique et l’ouverture fraternelle.

Cette rencontre n’est pas contradictoire, à condition de bien comprendre ce qu’est un Rite

Un Rite n’est pas une prison identitaire. Il est une méthode, une langue symbolique, une discipline intérieure. Le recevoir, ce n’est pas l’appauvrir. C’est accepter de le travailler avec rigueur, sans l’arracher à sa mémoire, mais sans non plus l’enfermer dans une lecture figée.

Le GODF, passeur de rites et gardien de transmissions

On oublie parfois que le Grand Orient de France, souvent identifié à la laïcité, à la République et à la liberté absolue de conscience, est aussi une grande maison rituelle. Le GODF rappelle lui-même la diversité des rites qui le constituent : Rite Français, Rite Écossais Ancien et Accepté, Rite Écossais Rectifié, Rite Anglais style Émulation, Rite Ancien et Primitif de Memphis-Misraïm, entre autres. 

La remise de cette Lettre de brevet à la GLSE rappelle donc que la tradition maçonnique ne se conserve pas seulement dans les bibliothèques, les archives ou les décors rituels. Elle se conserve en étant transmise. Elle demeure vivante lorsqu’elle circule de main en main, de Loge en Loge, d’obédience en obédience, dans la confiance et la reconnaissance mutuelle.

Le GODF agit ici comme un passeur. Non pas comme propriétaire jaloux d’un trésor, mais comme dépositaire d’une flamme qu’il remet à d’autres mains.

Une fraternité franco-espagnole en actes

Le texte de la GLSE insiste sur la gratitude envers le Grand Orient de France et sur le renforcement des liens historiques entre les deux obédiences. Ce point mérite d’être souligné. Entre la France et l’Espagne maçonniques, il y a une histoire faite de proximités, d’exils, de résistances, de recommencements et de fidélités.

L’Espagne sait ce que signifient l’interdiction, la clandestinité, l’effacement forcé et la reconstruction. La GLSE, née en 1980, incarne une part de ce relèvement maçonnique après la longue nuit franquiste, une institution qui se présente elle-même comme attachée à la liberté, à la pensée critique et à la fraternité dans l’Espagne démocratique. 

Dans ce contexte, recevoir du GODF une Lettre de brevet du Rite Écossais Rectifié n’est pas un simple enrichissement rituel. C’est un signe de maturité, de reconnaissance et d’ouverture. C’est aussi une manière de dire que la Franc-Maçonnerie européenne se bâtit moins par les discours que par des gestes précis, ritualisés, engageants.

La voie rectifiée comme exigence contemporaine.

À l’heure où tant de paroles se déforment, où les engagements se dissolvent, où les appartenances deviennent parfois des slogans, le mot rectification prend une force nouvelle.

Rectifier, aujourd’hui, c’est retrouver la justesse. C’est ajuster la parole à l’acte. C’est tenir debout dans un monde qui penche. C’est accepter que l’initiation ne soit pas seulement ouverture, mais approfondissement. Non pas seulement liberté, mais discipline. Non pas seulement fraternité proclamée, mais fraternité vécue.

La remise de la Lettre de brevet du Rite Écossais Rectifié à la Grande Loge Symbolique Espagnole est donc une actualité maçonnique importante.

Elle marque l’entrée officielle d’un Rite majeur dans une obédience espagnole libérale, mixte et adogmatique. Elle confirme aussi la capacité de la Franc-Maçonnerie à faire dialoguer tradition et liberté, héritage et avenir, mémoire rituelle et conscience contemporaine.

Car au fond, toute Lettre de brevet est une invitation silencieuse. Elle ne dit pas seulement : vous pouvez pratiquer ce Rite. Elle murmure surtout : soyez dignes de la Lumière que vous recevez.

GLSE, le site

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Charles-Albert Delatour
Charles-Albert Delatour
Ancien consultant dans le domaine de la santé, Charles-Albert Delatour, reconnu pour sa bienveillance et son dévouement envers les autres, exerce aujourd’hui en tant que cadre de santé au sein d'un grand hôpital régional. Passionné par l'histoire des organisations secrètes, il est juriste de formation et titulaire d’un Master en droit de l'Université de Bordeaux. Il a été initié dans une grande obédience il y a plus de trente ans et maçonne aujourd'hui au Rite Français philosophique, dernier Rite Français né au Grand Orient de France.

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