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La réception est, dans le vocabulaire maçonnique, la cérémonie par laquelle une loge admet un nouveau membre, mais aussi celle par laquelle un frère ou une sœur accède à un grade supérieur. Le premier sens se confond avec l’initiation ; le second recouvre les augmentations de salaire, passage au compagnonnage puis élévation à la maîtrise, et les réceptions aux hauts grades. Le mot, hérité des corps de métier et des académies, souligne un double mouvement : la loge reçoit, et le récipiendaire reçoit un enseignement qu’il devra faire fructifier.
Un vocabulaire hérité

Les corporations, les confréries et les académies de l’Ancien Régime « recevaient » leurs nouveaux membres au cours de cérémonies codifiées. Les loges du XVIIIe siècle adoptent ce vocabulaire : les procès-verbaux parlent de la réception de tel profane comme apprenti, de tel apprenti comme compagnon. Celui qui est reçu est le récipiendaire. Les rituels manuscrits de l’époque sont souvent intitulés « réception d’un apprenti », « réception de maître ».
La réception d’un apprenti
Après sa demande, les enquêtes et le passage sous le bandeau devant la loge, le profane est accepté par un vote. Le jour de la cérémonie, il est conduit au cabinet de réflexion, puis préparé et introduit dans le temple. Il y accomplit des voyages symboliques, souvent rattachés aux éléments, prend un engagement, puis reçoit la lumière. Il est enfin revêtu du tablier et accueilli parmi les apprentis. Les détails varient selon les rites, mais la structure, séparation, épreuves, intégration, est commune.
Les augmentations de salaire
Les passages de grade sont appelés augmentations de salaire, par référence aux ouvriers du Temple dans la légende d’Hiram, qui recevaient un salaire selon leur grade. Le passage au grade de compagnon met l’accent sur le travail, la connaissance et les voyages ; l’élévation à la maîtrise fait revivre la légende d’Hiram. Chaque réception suppose que le frère ait été jugé prêt, souvent après la présentation d’un travail.
- Initiation : réception au grade d’apprenti.
- Passage : réception au grade de compagnon.
- Élévation : réception au grade de maître.
- Réceptions aux hauts grades, dans les ateliers propres à chaque rite.
La réception des femmes au XVIIIe siècle
Au XVIIIe siècle et sous le Premier Empire, des femmes étaient reçues dans des loges d’adoption, rattachées à des loges masculines, avec des grades et des rituels propres. Ces réceptions, parfois brillantes, réunissaient des dames de l’aristocratie et de la bourgeoisie, comme en témoignent les gravures de l’époque. Elles annoncent, de loin, la naissance des obédiences mixtes et féminines à la fin du XIXe et au XXe siècle.
Une cérémonie collective
La réception n’est pas seulement l’affaire du récipiendaire. Toute la loge y participe : les officiers tiennent leurs rôles, les frères et sœurs forment le cadre de la cérémonie. La qualité d’une réception dépend de la sobriété du jeu rituel et de l’attention portée au nouveau venu. Beaucoup de maçons disent que chaque réception ravive leur propre souvenir et renouvelle leur engagement.
Un commencement, non un aboutissement
Être reçu n’est pas atteindre un but, mais commencer un travail. La réception ouvre une période d’apprentissage, accompagnée par les surveillants, puis un nouveau cycle à chaque grade. Elle est, selon une formule courante en loge, une naissance symbolique plutôt qu’une récompense.
Dans les hauts grades
Le vocabulaire de la réception se prolonge dans les grades supérieurs. Au Rite Écossais Ancien et Accepté comme au Rite français, chaque atelier de hauts grades, loge de perfection, chapitre, aréopage ou ordre de sagesse, procède à ses propres réceptions, avec des rituels souvent plus dramatiques que ceux des loges symboliques. Certains degrés sont conférés par simple communication, sans cérémonie complète. La réception reste toutefois la forme normale de la transmission : on ne s’attribue pas un grade, on le reçoit d’autres maçons qui l’ont reçu avant soi.
Pour approfondir
- Arnold van Gennep, Les Rites de passage, Émile Nourry, 1909.
- Pierre-Yves Beaurepaire, L’Europe des francs-maçons, Belin, 2002.
À retenir
- Réception : admission dans l’Ordre ou accession à un grade supérieur.
- Pour l’apprenti, elle se confond avec l’initiation.
- Les passages de grade sont appelés augmentations de salaire.
- Le mot vient du vocabulaire des corps et académies de l’Ancien Régime.
Pour aller plus loin : l’article Wikipédia de référence.
Voir aussi dans le glossaire : Initiation, Récipiendaire, Augmentation de salaire…, Cabinet de Réflexion, Loge d’Adoption, Passage sous le bandeau, Élévation.
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