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Le plomb est, dans la tradition hermétique, le plus lourd et le plus « vil » des sept métaux, celui de Saturne, dieu du temps et de la mort. La franc-maçonnerie l’a hérité de l’alchimie comme image de l’état premier de l’être : la matière brute, opaque et pesante que le travail initiatique doit transmuer. Le mot renvoie aussi à un outil très concret du bâtisseur, le fil à plomb, qui vérifie la verticalité. Entre ces deux sens, l’un alchimique, l’autre opératif, le plomb dit à la fois la pesanteur à dépasser et la rectitude à conquérir.
Le métal de Saturne

L’alchimie, héritière de l’astrologie antique, associait chacun des sept métaux connus à un astre : l’or au Soleil, l’argent à la Lune, le mercure à Mercure, le cuivre à Vénus, le fer à Mars, l’étain à Jupiter et le plomb à Saturne. Saturne, le Kronos grec assimilé au Temps qui dévore ses enfants, est la planète la plus lente et la plus éloignée visible à l’œil nu ; il préside à la mélancolie, à la vieillesse et à la mort, mais aussi à la profondeur et à la méditation.
Le plomb, dense, terne, malléable et toxique, en est l’image métallique. Il représente dans la pensée hermétique le point le plus bas d’une échelle qui mène à l’or, métal incorruptible et solaire.
De la transmutation à l’œuvre intérieure
Le projet alchimique de « changer le plomb en or » a été très tôt lu par les hermétistes comme une allégorie de la transformation de l’homme. C’est cette lecture spirituelle que la franc-maçonnerie a retenue à partir du XVIIIe siècle, notamment dans les hauts grades d’inspiration hermétique. Le candidat est comparé au plomb : il porte en lui une lumière en puissance que le travail sur soi doit dégager.
L’image rejoint celle de la pierre brute : dans les deux cas, la matière première n’est pas méprisée, elle est le point de départ indispensable de l’œuvre. Sans plomb, pas d’or ; sans pierre brute, pas de pierre cubique.
Le cabinet de réflexion, lieu saturnien
Le plomb n’est pas un objet du cabinet de réflexion, mais l’atmosphère de ce lieu est volontiers qualifiée de saturnienne. Le crâne, les ossements, le sablier et parfois la faux rappellent la mort et le temps ; l’inscription V.I.T.R.I.O.L. invite à descendre « à l’intérieur de la terre ». Le sel, le soufre et le mercure, souvent présents, renvoient directement au vocabulaire alchimique.
Les commentateurs voient dans cette épreuve l’équivalent de l’œuvre au noir (nigredo), première phase du Grand Œuvre, où la matière se décompose avant de renaître. Le profane y médite sur sa finitude et rédige son testament philosophique : c’est la mort symbolique du « vieil homme ».
Le dépouillement des métaux

Avant d’être introduit dans le temple, le candidat est, dans la plupart des rites, invité à se défaire de ses métaux : argent, bijoux, objets métalliques. Le geste signifie l’abandon des valeurs profanes et de ce qui alourdit. On peut y lire un écho de la symbolique du plomb : l’initiation commence par un allègement.
Le fil à plomb, outil de la rectitude
Le second sens du mot est opératif. Le fil à plomb (la perpendiculaire) permet au maçon de vérifier qu’un mur est d’aplomb. Il est le bijou du Second Surveillant dans de nombreux rites, comme le niveau est celui du Premier Surveillant et l’équerre celui du Vénérable Maître. Il symbolise la droiture morale, l’exigence de verticalité et le lien entre le ciel et la terre.
Ici, la lourdeur du plomb devient une vertu : c’est parce qu’il pèse que le fil se tend et indique la verticale. La pesanteur, bien orientée, devient instrument de justesse.
À retenir
- Le plomb est le métal de Saturne dans la correspondance alchimique des sept métaux.
- Il figure l’état premier, la matière brute appelée à la transmutation.
- L’atmosphère du cabinet de réflexion est souvent dite saturnienne (œuvre au noir).
- Le dépouillement des métaux précède l’entrée dans le temple.
- Le fil à plomb, bijou du Second Surveillant dans de nombreux rites, symbolise la rectitude.
Pour approfondir : ouvrages de référence
- Serge Hutin, L’Alchimie, PUF, collection « Que sais-je ? », 1951.
- Jules Boucher, La Symbolique maçonnique, Dervy, 1948.
- Oswald Wirth, Le Symbolisme hermétique dans ses rapports avec l’alchimie et la franc-maçonnerie, 1909.
Pour aller plus loin : l’article Wikipédia de référence.
Voir aussi dans le glossaire : Cabinet de Réflexion, Alchimie, Pierre brute, Métaux, Fil à plomb, Second surveillant, Testament (philosophique).
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