P comme Pioche en Franc-maçonnerie

Recevez gratuitement la Lettre de 450.fm chaque soir. Je m’inscris →

Gardez cet article avec vous
Emportez-le partout en PDF, gardez-le pour toujours — et soutenez une presse libre et indépendante.
+ frais de traitement
Vous avez un code promo ?

Glossaire de la franc-maçonnerie

Dans le langage de table maçonnique, la « pioche » désigne la fourchette. Le mot appartient au vocabulaire codifié des banquets d’ordre, où le couteau devient « glaive », la cuillère « truelle », l’assiette « tuile » et le verre « canon ». Ce lexique, fixé au XVIIIe et au XIXe siècle, transpose au repas les outils du chantier et le vocabulaire de l’artillerie. Il rappelle que les travaux de table prolongent ceux du temple : même en mangeant, le maçon reste un ouvrier qui travaille, avec ses outils, les « matériaux » qu’on lui présente.

Les travaux de table

Pioche

Les maçons distinguent les simples agapes, repas fraternels qui suivent la tenue, et le banquet d’ordre, véritable tenue de table, ouverte et fermée rituellement, traditionnellement célébrée une fois l’an, souvent à la Saint-Jean d’hiver. C’est surtout dans ce cadre que s’emploie le vocabulaire codé : la table devient « atelier », les mets « matériaux » et les convives restent sous l’autorité du Vénérable.

La pioche et ses compagnons

La fourchette prend le nom de pioche, outil qui creuse et ameublit la terre avant la construction. Elle fait partie d’un ensemble cohérent d’ustensiles rebaptisés :

  • Fourchette : pioche.
  • Couteau : glaive.
  • Cuillère : truelle.
  • Assiette : tuile.
  • Verre : canon.
  • Serviette : drapeau.
  • Pain : pierre brute.
  • Sel : sable ; moutarde : ciment.

D’où vient ce langage ?

Les repas tiennent une place importante dès les débuts de la maçonnerie, qui se réunit au XVIIIe siècle dans des tavernes et des auberges. Le vocabulaire de table s’est fixé progressivement. Il emprunte à deux sources principales : le chantier (pioche, truelle, tuile, pierre brute, ciment) et l’artillerie (canon, poudre, charger, tirer). L’influence militaire s’explique par le grand nombre de loges régimentaires au XVIIIe siècle et sous l’Empire. Certains auteurs y lisent aussi des correspondances alchimiques, notamment dans la gamme des « poudres ».

Une pioche, pas une fourche

Pioche

Le choix de la pioche n’est pas indifférent. Outil des premiers travaux, celui qui ouvre le sol et prépare les fondations, il évoque l’effort initial et la pénétration de la matière. Au banquet, il rappelle que se nourrir est aussi un travail : on « dégrossit » les mets comme on dégrossit la pierre brute. Le pain lui-même est appelé pierre brute, ce qui fait du repas une image du travail initiatique.

Discipline et convivialité

Lors du banquet d’ordre, les ustensiles sont « alignés » sur la table, et les gestes, notamment ceux des santés, sont accomplis ensemble sur le commandement du Vénérable. Ce cadre n’exclut ni la gaieté ni les chants, mais il maintient la mesure. Le vocabulaire codé introduit une distance ludique avec le repas ordinaire et rappelle que l’on demeure en loge.

Le saviez-vous ?

Les chansonniers parisiens de l’Ancien Régime raillaient déjà les maçons en « chevaliers de l’estomac ». La Bibliothèque nationale de France présente une assiette en faïence fine de Choisy, vers 1830, conservée au Musée de la franc-maçonnerie, témoin de la place de la table dans la sociabilité maçonnique.

Les autres outils de la table

Pioche

La pioche n’est jamais seule. Elle s’ordonne avec le glaive, qui découpe ou « dégrossit » les mets, et la truelle, qui sert à prendre les aliments liquides ou à les étaler, comme on étale le mortier. Les assiettes sont des tuiles, les plats des plateaux, et les mets portent le nom générique de matériaux. Ce vocabulaire forme un système : chaque objet du repas trouve sa place dans le chantier symbolique. Les maçons qui découvrent le banquet d’ordre apprennent ce lexique avec amusement, et il contribue à créer une complicité joyeuse entre les convives.

À retenir

  • La pioche est la fourchette du banquet maçonnique.
  • Elle appartient à un lexique cohérent tiré du chantier et de l’artillerie.
  • Ce vocabulaire est surtout employé lors du banquet d’ordre.
  • Il fait du repas un prolongement symbolique des travaux.

Voir aussi dans le glossaire : Banquet d’ordre, Canon, Glaive, Truelle, Poudre du Liban, Santé, Plâtre.

À lire aussi sur 450.fm

Glossaire de la franc-maçonnerie
Cet article vous fait réagir ? Vous avez une information ou un témoignage à nous transmettre ?
Écrire à la rédaction
Cet article vous a plu ? 450.fm est libre et gratuit grâce à ses lecteurs. Un don, même modeste, nous aide à continuer. Soutenir 450.fm →
La Rédaction
La Rédaction
La rédaction de 450.fm publie chaque jour l’actualité des obédiences, une revue de presse internationale, des dossiers d’histoire, des chroniques et les fiches du Glossaire. Les articles signés La Rédaction sont préparés et vérifiés par l’équipe éditoriale, sous la direction de Franck Fouqueray.

Articles en relation avec ce sujet

Une info, un témoignage, une réaction ?

Écrivez à la rédaction de 450.fm, en toute confidentialité.

Contacter la rédaction

DERNIERS ARTICLES