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Dans la langue des banquets maçonniques, la pelle est la cuillère. Le mot appartient à un vocabulaire de table hérité du XVIIIe siècle, où chaque objet et chaque geste reçoit un nom emprunté au chantier ou à l’artillerie : le verre est un canon, le vin de la poudre forte, la fourchette une pioche, le couteau un glaive. Loin d’être une simple plaisanterie, ce lexique prolonge à table le travail du Temple. Il fait du repas une loge de table, avec ses santés d’obligation et sa discipline, et rappelle que la fraternité se vit aussi dans le partage.
Les agapes et le banquet d’ordre

Les maçons distinguent deux types de repas. Les agapes sont le repas fraternel ordinaire qui suit la tenue, dans la « salle humide », sans formalisme particulier. Le banquet d’ordre, ou loge de table, est un repas rituel, souvent tenu aux fêtes solsticiales : la loge y est ouverte, les places réglées, les santés portées selon un ordre fixé, et c’est là que le vocabulaire de table est pleinement en usage. Le mot agape, emprunté au grec, désignait dans le christianisme ancien le repas fraternel des premières communautés.
Un vocabulaire de table
- Pelle : la cuillère.
- Pioche : la fourchette.
- Glaive : le couteau.
- Canon : le verre ; on « charge » et « aligne » les canons.
- Poudre forte : le vin ; poudre faible ou blanche : l’eau.
- Barrique : la bouteille ; tuile : l’assiette.
- Matériaux : les mets ; mastiquer : manger ; drapeau : la serviette.
- Feu : boire ensemble lors d’une santé ; « tirer une canonnée ».
Une origine du XVIIIe siècle
Ce vocabulaire est attesté dès le milieu du XVIIIe siècle dans les divulgations françaises qui décrivent les banquets de loge. Il mêle deux registres : celui du chantier (pelle, pioche, tuile, matériaux, truelle) et celui de l’artillerie (canons, poudre, feu, charger), très présent dans une maçonnerie où les officiers militaires étaient nombreux. Les santés portées en levant ensemble le canon, puis en le reposant d’un même geste sur la table, ont gardé quelque chose d’un exercice de batterie militaire.
Pourquoi détourner les mots ?
Le lexique de table a plusieurs fonctions. Il crée une connivence et rappelle que le repas fait partie des travaux. Il maintient une discipline : on ne boit pas au hasard, mais quand une santé est annoncée ; on ne parle pas en même temps que l’orateur de table. Il marque aussi une frontière avec le monde profane, à la manière d’un argot de métier. Enfin il apporte une part de jeu et d’humour, essentielle à la convivialité fraternelle.
La pelle, outil de bâtisseur

Sur le chantier, la pelle est l’outil le plus humble : elle sert à remuer le sable, à gâcher le mortier, à déplacer les matériaux. Elle n’a ni le prestige de l’équerre ni la finesse du compas, mais sans elle rien ne se construit. Transposée à la table, elle rappelle que les gestes les plus simples, se nourrir, partager, servir son voisin, participent eux aussi de l’œuvre commune. Certains y lisent une invitation à l’humilité : le travail fraternel commence par le service.
Usages selon les rites
Le vocabulaire de table est surtout vivant dans les rites pratiqués en France et en Belgique, en particulier au Rite Français et au Rite Écossais Ancien et Accepté, où le banquet d’ordre a conservé une forme codifiée. La tradition anglaise connaît le festive board et ses toasts, avec un rituel plus sobre et sans ce lexique imagé. Les termes eux-mêmes varient légèrement d’une obédience ou d’un rituel à l’autre.
Le saviez-vous ?
Les services de table maçonniques, assiettes, verres à pied épais dits « canons de loge », couverts gravés de l’équerre et du compas, sont devenus des objets de collection. Les canons, au pied renforcé, étaient conçus pour résister aux coups frappés ensemble sur la table lors des santés, ce qui explique leur robustesse.
Agapes ordinaires et salle humide

En dehors des banquets d’ordre, les agapes ordinaires se tiennent dans la « salle humide », pièce attenante au temple où l’on dîne après la tenue. Le vocabulaire imagé y est employé plus librement, au gré des habitudes de chaque loge. C’est souvent là que les nouveaux membres découvrent la pelle et la pioche, avec l’humour qui accompagne cette initiation de table.
À retenir
- La pelle désigne la cuillère dans le vocabulaire des banquets maçonniques.
- Ce lexique mêle termes du chantier et termes d’artillerie.
- Il est surtout employé au banquet d’ordre, repas rituel de la loge.
- Il exprime connivence, discipline et convivialité fraternelle.
Pour aller plus loin : l’article Wikipédia de référence.
Voir aussi dans le glossaire : Banquet d’ordre, Canon, Poudre Forte, Pioche, Salle Humide.
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