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L’expression « Orient de… » indique, en franc-maçonnerie, la ville où une loge est établie : on dit d’un atelier qu’il travaille « à l’Orient de Paris » ou « à l’Orient de Lyon ». Cette formule, employée dans les en-têtes, les correspondances et les titres distinctifs, rattache le lieu géographique à la direction symbolique d’où vient la lumière. Elle a donné son nom au Grand Orient de France et se décline en « Orient éternel » pour évoquer les frères et sœurs disparus. Petite formule, elle condense une vision du monde.
L’Orient dans le temple

Le temple maçonnique est orienté symboliquement d’ouest en est, quelle que soit son orientation réelle. L’Orient est le côté où siège le Vénérable Maître, sous le delta lumineux, là où se lève le soleil. On entre par l’Occident et l’on progresse vers l’Orient, comme on progresse de l’ignorance vers la connaissance. Le mot « orient » vient du latin oriens, « qui se lève », participe de oriri, naître. Il porte en lui l’idée de lever du jour et de naissance.
De la salle à la ville
Par extension, la ville où se réunit la loge devient « son Orient ». Une loge parisienne est dite « à l’Orient de Paris », une loge marseillaise « à l’Orient de Marseille ». L’expression apparaît dans la France du XVIIIe siècle et s’est fixée dans l’usage des obédiences francophones. Elle signifie que la loge fait de cette ville le lieu d’où elle rayonne : chaque cité où travaille un atelier devient, symboliquement, un point de lumière.
Dans la correspondance et les actes
- Les planches et convocations sont datées « à l’Orient de… », suivi de la date, souvent selon le calendrier maçonnique.
- Les patentes et documents officiels mentionnent l’Orient de la loge à côté de son titre distinctif.
- Les annuaires des obédiences classent les loges par Orients.
- Dans le Rite Écossais Ancien et Accepté, les ateliers de perfection et certains hauts grades emploient plutôt le terme de « Vallée » pour désigner leur ville.
Le Grand Orient
Le mot a donné son nom à plusieurs obédiences. Le Grand Orient de France, constitué en 1773 à partir de la Grande Loge de France de l’époque, est le plus connu ; d’autres pays ont leur Grand Orient, comme l’Italie, la Belgique ou le Brésil. Le terme désignait à l’origine l’instance centrale, l’« orient » principal d’où procèdent les loges, par analogie avec la place du Vénérable dans le temple.
L’Orient éternel

Lorsqu’un franc-maçon meurt, on dit qu’il est « passé à l’Orient éternel ». La formule prolonge la symbolique : la mort n’y est pas présentée comme une chute dans les ténèbres, mais comme un passage vers la source de la lumière. Elle est employée dans les avis de décès des obédiences, les tenues funèbres et les hommages publiés dans la presse maçonnique, quelles que soient les convictions religieuses ou non du défunt.
Une géographie symbolique
La carte maçonnique est ainsi faite d’Orients : un réseau de villes reliées par la même orientation intérieure. Les cartes anciennes, comme la célèbre Tabula Rogeriana d’al-Idrissi au XIIe siècle, rappellent que l’orientation du monde est elle-même une convention : certaines plaçaient le sud en haut, d’autres l’est. Le mot « s’orienter », c’est-à-dire trouver l’Orient, dit bien que se situer dans l’espace a longtemps voulu dire chercher le lever du soleil. La maçonnerie a gardé ce geste.
Orient et Occident dans le parcours initiatique
Le candidat est introduit par la porte de l’Occident, les yeux bandés ; ses voyages rituels le conduisent symboliquement vers l’Orient, où il reçoit la lumière. Les Surveillants siègent du côté de l’Occident, le Vénérable à l’Orient : l’espace du temple est un chemin. Dire d’une loge qu’elle est « à l’Orient de » telle ville revient à rappeler que chaque atelier, où qu’il soit, est tourné vers la même source. L’Orient n’est pas un lieu que l’on possède, mais une direction que l’on suit, ce qui explique que la formule ait traversé les siècles et les obédiences sans changer.
Le saviez-vous ?

Les cartes médiévales dites en T dans l’O plaçaient l’Orient, et le paradis terrestre, en haut de la carte. L’expression « orienter une carte » garde la mémoire de cet usage, que la maçonnerie retrouve lorsqu’elle fait de l’Orient le sommet symbolique du temple.
À retenir
- « Orient de… » désigne la ville où une loge est établie.
- L’Orient est, dans le temple, le côté du Vénérable et de la lumière.
- Le terme a donné son nom au Grand Orient de France (1773).
- « Passer à l’Orient éternel » signifie mourir, dans le langage maçonnique.
Pour aller plus loin : l’article Wikipédia de référence.
Voir aussi dans le glossaire : Orient, Occident, Entrée d’Antoine-Émile Moulin, père de Jean Moulin, au Grand Orient de France, 1902 (date historique), Orient Céleste ou Orient Éternel (passer à l’), Sautoir de Vénérable Maître, Titre Distinctif.
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