La remise officielle des archives de la Respectable Loge Thébâh n°5 à la Grande Loge Féminine de France dépasse le simple geste patrimonial. Elle ravive une filiation essentielle entre la Grande Loge de France, les loges d’Adoption, l’Union Maçonnique Féminine de France et la première obédience maçonnique féminine française, la Grande Loge Féminine de France.

Dans la vie maçonnique, certaines remises d’archives ont la force silencieuse d’une chaîne d’union retrouvée.

Ce mercredi 20 mai 2026, au sein de la Grande Loge Féminine de France, dans le bureau de la Grande Maîtresse, s’est déroulé un moment à la fois simple, fraternel et profondément symbolique. Quelques chemises, des règlements anciens, des documents administratifs, des pièces de travail, des rituels, des traces de vies de loge, et soudain une mémoire entière reprend souffle.
La remise officielle des archives de la Respectable Loge Thébâh n°5 à la Grande Loge Féminine de France appartient à ces moments précieux où le papier devient présence, où l’histoire cesse d’être une évocation pour redevenir transmission.
Stéphane Rouxel, bibliothécaire de la Grande Loge de France, représentait la GLDF lors de cette remise

Les documents avaient été repérés au fil d’un travail de tri et de classement, notamment grâce à l’attention portée par Jacques Walch, Grand Archiviste du Suprême Conseil de France.

Mais il faut aussi rappeler le rôle discret et fraternel de Patrick Mirville, Frère de la Grande Loge de France, dont l’épouse, la Très Chère Sœur Liliane Mirville, Grande Maîtresse de la Grande Loge Féminine de France, est précisément issue de Thébâh n°5.
Cette coïncidence n’en est presque plus une

Elle ressemble à ces signes que la mémoire maçonnique sait reconnaître lorsque les filiations visibles rejoignent les fidélités invisibles.
Thébâh n°5 n’est pas une loge parmi d’autres. Née en 1935, dans ce que 450.fm avait justement rappelé comme la grande année des loges d’Adoption, elle s’inscrit dans l’élan par lequel la Grande Loge de France, après la Constitution de 1906, donna aux loges d’Adoption leur autonomie complète. Après la guerre, ces loges contribuèrent à la reconstruction d’une maçonnerie féminine souveraine. L’Union Maçonnique Féminine de France naquit en 1945, avant de devenir, en 1952, la Grande Loge Féminine de France. Le passage au Rite Écossais Ancien et Accepté en 1959 marqua ensuite un tournant majeur dans cette histoire initiatique.
Recevoir aujourd’hui ces archives, c’est donc plus que récupérer un fonds documentaire

C’est retrouver une part de la matrice. C’est permettre à Thébâh n°5, loge mère de Liliane Mirville, de renouer avec ses propres strates, ses travaux, ses visages, ses silences, ses absences aussi. Certaines archives étaient réputées perdues, certaines périodes semblaient manquer, certains noms ne subsistaient que dans des fragments. La remise vient combler une faille, non pour refermer le passé, mais pour lui rendre sa capacité d’éclairer le présent.
Il y a dans ce geste une leçon maçonnique profonde

Les archives ne sont pas des reliques silencieuses. Elles sont des pierres déposées sur le chantier de la mémoire. Elles disent les combats des femmes pour conquérir leur place dans l’Ordre, leur fidélité au travail rituel, leur persévérance dans une société qui ne leur accordait ni visibilité ni reconnaissance immédiate. Elles disent aussi ce que fut la GLDF dans cette histoire, non comme propriétaire d’une mémoire, mais comme puissance de passage, ayant accompagné l’émergence d’une obédience féminine appelée à devenir pleinement elle-même.

La Grande Loge Féminine de France, qui célébrait en 2025 ses 80 ans de lumière, de liberté et de fraternité, inscrit cette remise dans une histoire plus vaste
L’obédience a rappelé à cette occasion son attachement à la création, à la transmission, aux travaux des Sœurs et à la mémoire vivante de celles qui l’ont bâtie. Thébâh n°5 y occupe une place singulière, celle d’une loge de long cours, fidèle au travail, à la joie et à cette patience initiatique par laquelle les femmes ont fait d’un espace d’adoption une maison de souveraineté.
En remettant ces archives à la Grande Loge Féminine de France, la Grande Loge de France n’a pas seulement transmis des documents

Elle a rendu à Thébâh n°5 une part de sa lumière première. Et dans cette lumière retrouvée, nous voyons se rejoindre les Frères et les Sœurs, non dans la confusion des chemins, mais dans la reconnaissance d’une même exigence maçonnique.
Servir la mémoire, c’est encore travailler à l’avenir.
