La fascisme décomplexé est de retour en Italie

De notre confrère italien leggo.it

Le 25 avril, Forza Nuova célèbre à Predappio « la fin de l’antifascisme ». « Une insulte à la Constitution. » Franc-maçonnerie, sionisme et autres thèmes : la conférence.

Un signal inquiétant pour les démocrates et les Francs-maçons

À Predappio, ville-symbole de la mémoire mussolinienne, le 25 avril 2026 prend une tournure particulièrement provocatrice. Selon plusieurs médias italiens, un colloque intitulé « La fine dell’antifascismo » est organisé en collaboration avec Forza Nuova, avec Roberto Fiore et la participation annoncée de figures de l’extrême droite européenne. Dans un pays qui célèbre ce jour-là la Libération du nazisme-fascisme, l’initiative a provoqué une vive indignation, notamment de l’ANPI, qui y voit une provocation ouverte.

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Pour un journal maçonnique, ce type d’événement n’est pas un simple fait divers italien. Il agit comme un révélateur. Là où la démocratie devrait commémorer la fin d’un régime totalitaire, certains cherchent à réhabiliter le vocabulaire, les réseaux et les imaginaires de l’extrême droite radicale. Ce déplacement du sens historique est précisément ce qui inquiète les Francs-maçons : il ne s’agit pas seulement d’un hommage ambigu, mais d’une stratégie de banalisation.

Predappio, lieu de mémoire et de provocation : le retour des anciens symboles

Predappio n’est pas une ville ordinaire. Elle est depuis longtemps associée au souvenir de Benito Mussolini et à des rassemblements nostalgiques organisés autour des anniversaires liés au fascisme. Le choix de ce lieu pour un colloque du 25 avril n’est donc pas neutre : il s’inscrit dans une logique de mise en scène politique où le symbole compte autant que le contenu.

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Les organisateurs ont annoncé la présence d’intervenants liés à des mouvements de droite extrême, y compris étrangers, dans un cadre qui entendait discuter de « justice », « mafia », « sionisme », « Massoneria » ou « États-Unis ». Cet assemblage de thèmes, typique des rhétoriques conspirationnistes, montre que l’événement ne relève pas d’un débat historique serein, mais d’une entreprise de relecture idéologique du passé.

Une offensive symbolique : la fin de l’antifascisme comme mot d’ordre

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Le titre même du colloque, « La fine dell’antifascismo », concentre la stratégie de ses promoteurs. Il ne s’agit pas seulement de contester une lecture historique, mais de délégitimer l’antifascisme comme culture démocratique fondatrice. Or, en Italie comme en France, l’antifascisme n’est pas une opinion marginale : il est le socle moral de la République née de la défaite des totalitarismes.

Les réactions des associations mémorielles et des élus italiens montrent que la ligne rouge est franchie quand l’extrême droite cesse de se présenter comme une opinion contestataire pour revendiquer une normalisation du discours fasciste. L’ANPI a dénoncé un événement « inquiétant », tandis que plusieurs responsables politiques ont rappelé que la Liberté ne se commémore pas en la retournant contre ses propres fondements.

Un miroir pour la France : pourquoi les maçons français doivent regarder l’Italie de près

Pour les Francs-maçons français inquiets de la montée du fascisme, cet épisode italien est plus qu’un fait divers étranger. Il montre comment une extrême droite peut avancer à visage de plus en plus découvert, en occupant des lieux symboliques, en saturant le débat public de thèmes identitaires et en retournant contre l’antifascisme l’accusation de dogmatisme.

En France aussi, les dérives commencent souvent par les mots. La banalisation du nationalisme autoritaire, la remise en cause de l’universalisme républicain, la désignation d’ennemis intérieurs, la confusion entretenue entre mémoire et vengeance, tout cela constitue un terrain dangereux. La Franc-maçonnerie, qui a toujours défendu la liberté de conscience, l’école laïque et la dignité humaine, ne peut que voir dans ces signaux italiens une alerte avancée.

Le rôle des réseaux extrémistes : une internationale de la nostalgie noire

L’événement de Predappio montre aussi la circulation transnationale des milieux néofascistes. La présence annoncée de figures de l’extrême droite britannique ou grecque rappelle que ces groupes ne sont pas isolés : ils fonctionnent en réseaux, échangent des mots d’ordre, se soutiennent mutuellement et réactivent des références communes.

Ce phénomène n’est pas anodin. Il donne à l’extrême droite une capacité de mise en scène internationale qui dépasse largement ses forces réelles. En se présentant comme partie d’un courant européen, elle cherche à donner du poids à ce qui n’est souvent qu’une minorité radicale mais très bruyante. C’est précisément ce type de dynamique qu’un journal maçonnique doit analyser avec rigueur, sans céder ni à la peur ni à la banalisation.

Mémoire démocratique et vigilance initiatique : la leçon du 25 avril

Le 25 avril italien commémore la chute du fascisme et la fin de l’occupation nazie. Il constitue un repère essentiel pour toute conscience républicaine. Le détourner pour en faire une tribune de réhabilitation du fascisme revient à inverser le sens même de l’histoire.

Dans la logique maçonnique, cette inversion est le signe d’un désordre plus profond : quand les symboles de la libération sont retournés contre eux-mêmes, c’est l’édifice démocratique tout entier qui se fragilise. Les Francs-maçons, en Italie comme en France, savent que l’oubli ouvre la voie à la répétition. Ils savent aussi que la vigilance n’est pas un réflexe partisan, mais une fidélité à la lumière.

Ne pas laisser le sens se renverser

L’affaire de Predappio est un avertissement. Elle montre que le fascisme n’a pas besoin de se présenter sous l’uniforme d’hier pour réapparaître dans le langage d’aujourd’hui. Il lui suffit d’occuper les lieux de mémoire, de retourner les mots et de se draper dans la provocation pour commencer son travail de normalisation.

Pour les lecteurs maçonniques, la réponse doit être claire : la défense de l’antifascisme n’est pas une nostalgie militante, c’est une exigence de civilisation. Face à la montée des extrêmes, en Italie comme en France, il revient aux hommes et aux femmes attachés à la liberté, à l’égalité et à la fraternité de maintenir le front de la mémoire.

Car lorsqu’on laisse les mots se retourner, ce sont bientôt les institutions qui vacillent.

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Charles-Albert Delatour
Charles-Albert Delatour
Ancien consultant dans le domaine de la santé, Charles-Albert Delatour, reconnu pour sa bienveillance et son dévouement envers les autres, exerce aujourd’hui en tant que cadre de santé au sein d'un grand hôpital régional. Passionné par l'histoire des organisations secrètes, il est juriste de formation et titulaire d’un Master en droit de l'Université de Bordeaux. Il a été initié dans une grande obédience il y a plus de trente ans et maçonne aujourd'hui au Rite Français philosophique, dernier Rite Français né au Grand Orient de France.

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