La parole du Véné du lundi : « Les indétrônables sont-ils propriétaire de leur charge ? »

« Les indétrônables sont-ils propriétaires de leur charge ? »

Les immortels du maillet

Dans certaines loges, le renouvellement, c’est comme les comètes : ça revient rarement et, quand ça arrive, ça éblouit tout le monde avant de disparaître aussitôt. Certains Vénérables ou Grands Maîtres semblent s’être fait greffer le maillet à la main — un accessoire vital qu’ils brandissent avec la ferveur de Moïse tenant ses Tables de la Loi. À croire que le jour où ils le reposeront sur l’autel, c’est leur cœur qui s’arrêtera de battre.
Mais puisqu’il faut bien poser la question : combien d’années faut-il pour confondre « mandat successif » et « droit héréditaire » ? On ne sait plus si l’élection maçonnique est un scrutin ou une cérémonie de reconduction divine.

L’indétrônable, cet animal rare (et bien nourri)

L’indétrônable ne se contente pas d’un siège : il l’a modelé à son image. Il connaît le règlement sur le bout des doigts — y compris les virgules susceptibles de lui offrir une réélection sans heurts. On le retrouve à toutes les installations, sur toutes les photos, parfois même sur les tapis de loge (au sens symbolique comme au sens domestique).
On pense évidemment à Arthur Groussier, qui multiplia ses passages à la direction du Grand Orient de France comme d’autres collectionnent les décorations. Plus récemment, le Prince Edward, duc de Kent, Grand Maître de la Grande Loge Unie d’Angleterre depuis… 1967, soit cinquante-neuf ans de règne pacifique.

Ce record absolu de stabilité institutionnelle ferait pâlir n’importe quel monarque constitutionnel. On dit qu’à Londres, son fauteuil est désormais classé monument historique.

Le secret de la longévité : la fraternité ? ou la stratégie ?

Car, soyons francs : pour durer autant, il ne suffit pas d’être « fraternel ». Il faut une méthode. Un savant dosage entre réseaux, influence, mémoire sélective et gestion diplomatique de l’ambition des autres. Et un peu de fatuité — parce qu’à force de se voir porter le cordon, on finit par croire qu’il fait partie de la peau.
Quant à ceux qui songeraient à se présenter contre ces figures tutélaires, ils sont souvent invités, avec courtoisie mais fermeté, à « travailler d’abord leur régularité » avant d’espérer une candidature. Traduction : « attends que je parte, ou mieux, que je m’évapore ». Ce qui, reconnaissons-le, peut prendre plusieurs lustres…

Propriété ou service ?

Alors, les indétrônables sont-ils propriétaires de leur charge ? À voir la durée de certaines présidences, on pourrait croire à une forme de bail emphytéotique maçonnique : transmissible de facto, résiliable de jure, mais jamais dans les faits. Pourtant, à l’origine, cette fonction devait rester un service temporaire, un acte de dévouement périodiquement confié à de nouvelles mains. Aujourd’hui, elle ressemble parfois à une carrière à temps plein, avec avantages symboliques, rang privilégié à l’Orient et — qui sait ? — quelques compensations discrètes sous forme d’arrondis fraternels.

À vous la parole, mes Frères

Alors, si quelques noms vous viennent à l’esprit — car il y en a, et pas que dans les annales — notez-les dans les commentaires. La rédaction vérifiera, bien sûr, avec toute la prudence fraternelle qui s’impose. Mais, entre nous, vous les connaissez : ces Maîtres, dirigeants, présidents… qui ne passent plus le maillet (ou le mandat), mais l’astiquent soigneusement, comme un héritage personnel. Et vous savez quoi ? Peut-être que, quelque part, on leur envie un peu cette éternité symbolique. Après tout, qui n’a jamais rêvé d’être Grand Maître… pour toujours ?

4 Commentaires

  1. Il existe une façon très simple de parer ces dérives profanes : le tirage au sort de tous les officiers, VM compris, que nous avons introduit dans notre Loge du GODF il y a 25 ans.
    Notre règlement particulier prévoit en outre que toutes les décisions importantes sont prises à l’unanimité des Maîtres et que les présentateurs de Morceaux d’architecture sont également tirés au sort en début d’année.
    Pour ceux que cela intéresse (notamment sous l’angle de la conformité avec le RG du GODF), je me tiens à leur disposition.

  2. Le maintien des mêmes aux postes à responsabilités est comme dans le monde profane, un appauvrissement par perte de vision et de perspectives. Sur notre territiore nous proposons divers outils de revivification: une Master Class pour les présidentiables toutes obédiences confondues; le refus du tourniquet 2e Sv/1er Sv/VM; les fonctions de 2eSV et 1erSV tenues par d’anciens VM ou des maçons d’expérience; etc.
    La FM doit s’interroger sur elle-même, sur ses pratiques, ses us et coutumes car à defaut elle se sclérose et devient moins progressive et attractive. Les questionnements et pistes de solutions sont venus d’un colloque interobedienciel tenu en 2024 sur le département qui a réuni plusieurs centaines de frères et de soeurs.

  3. Bonjour,
    Je suis surpris de lire cet article car, je pensais que le maximum d’années pendant lesquelles un Vénérable pouvait occuper sa charge était de trois années.
    Je travaille au sein de la GLDF depuis 8 ans et j’ai vu passer 4 Vénés.
    Le successeur du Véné étant généralement le 1er Surveillant, mais, nous avons vu à la dernière élection, un 1er Surveillant ne pas se présenter.

  4. cette transmission existe mais est rare par contre il y a une méthode plus courante la transmission au fils spirituel de l’ex VM. parfois cela se fait au grand jour je trouve ceci sain tant que cela ne devient pas héréditaire. après on trouve les US et coutumes que l’on bricole selon son intérêt.. le collège d’officier choisi un de ses membres. vous avez aussi la chambre du milieu qui peu choisir mais que l’on respecte pas forcément si cela ne convient pas au club des ex VM la loge est a eux !
    hé oui la loge et le VM dépend de ceci !!!

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Alexandre Jones
Alexandre Jones
Passionné par l'Histoire, la Littérature, le Cinéma et, bien entendu, la Franc-maçonnerie, j'ai à cœur de partager mes passions. Mon objectif est de provoquer le débat, d'éveiller les esprits et de stimuler la curiosité intellectuelle. Je m'emploie à créer des espaces de discussion enrichissants où chacun peut explorer de nouvelles idées et perspectives, pour le plaisir et l'éducation de tous. À travers ces échanges, je cherche à développer une communauté où le savoir se transmet et se construit collectivement.

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