mer 25 février 2026 - 19:02

Musique et Franc-maçonnerie : l’alchimie du son et le mystère de la création

De notre confrère expartibus.it – Par Hermes

Il existe un secret que les pierres des cathédrales murmurent à ceux qui savent tendre l’oreille au bon endroit : le monde n’est pas fait de matière, mais d’un écho qui a décidé de s’arrêter. Écrire sur la musique et la franc-maçonnerie ne se limite pas à énumérer des partitions ou à célébrer le génie de Mozart et d’autres grands musiciens ; il s’agit de comprendre comment le son est l’échelle que nous avons utilisée pour descendre dans le monde et la seule que nous puissions utiliser pour remonter.

C’est une hache qui fend la mer gelée en nous.

La création comme condensation : De l’esprit à la pierre

Il faut imaginer l’origine non pas comme une explosion, mais comme une vibration très pure, un point de lumière sonore si subtil qu’il en est inaudible.

L’ethnomusicologue Marius Schneider, dans son ouvrage de référence « La signification de la musique », nous apprend que la création est un processus de condensation sonore. Le son se propage et, à mesure qu’il s’éloigne de sa source, il ralentit. Il devient plus dense, plus lourd et plus grossier par étapes successives :

  • L’état subtil : c’est le rythme pur, l’idée, le souffle qui n’a pas encore de forme.
  • L’état fluide : c’est la mélodie qui commence à couler, l’énergie qui prend une direction.
  • L’état solide : c’est la matière.

La pierre que nous touchons, le corps que nous habitons, ne sont rien de plus que de la « musique pétrifiée ».

Dans cette vision, l’univers est une immense partition musicale où chaque objet est une note ayant perdu son mouvement originel. L’œuvre de la franc-maçonnerie consiste à redonner vie à l’immobilité, à redécouvrir la vibration vitale au cœur de la pierre brute.

Le Souffle de la Vache Cosmique : De MUA à AUM

Schneider explore une transition phonétique et spirituelle essentielle à tout rite de passage : le passage de MUA à AUM. Le MUA est le mugissement de la « Vache Cosmique », symbole archaïque de la Grande Mère, de la Nature créatrice.

C’est une émission sonore qui se propage. C’est le son de l’involution : l’esprit se projetant dans la matière, le souffle se dispersant dans le monde manifesté pour lui donner vie. C’est la vie qui advient, la force brute qui crée les formes.

L’initiation, cependant, est un processus à rebours. C’est à ce moment que le MUA se retourne et devient AUM. Cette transition représente le retour de la conscience à sa source.

Si MUA est l’émission, AUM est la réabsorption : AUM :
C’est le processus vocal qui commence par la gorge (A), passe par le palais (U) et se termine sur les lèvres et le nez (M), ramenant le son à l’intérieur, vers le silence de l’esprit.

C’est le voyage de l’initié : cesser d’être un simple produit de la nature pour devenir un bâtisseur conscient qui s’élève dans le courant sonore jusqu’au Silence Originel.

Eau corrosive : Le pouvoir hermétique du son

Femme et musique maçonnique
Femme et musique maçonnique

Dans ce contexte, la musique n’est pas seulement un plaisir esthétique, mais un acte d’alchimie intérieure. D’anciens textes hermétiques parlent d’eau corrosive, un solvant capable de dissoudre même les métaux les plus durs.

La musique agit précisément de cette manière sur les « concrétions de l’ego ». L’ego est un ensemble d’habitudes, de peurs et de mécanismes de défense qui se sont incrustés dans notre essence comme du calcaire. La musique rituelle, par sa précision géométrique, pénètre ces défenses.

1. Infiltre : pénètre là où la parole rationnelle ne peut aller.
2. Corrode : vibre à la même fréquence que nos rigidités, les brisant.
3. Résout : réduit l’ego à un état liquide, permettant à la conscience de circuler à nouveau librement.

Renouveau constant : Une musique nouvelle pour l’être éternel

Musique et Franc-maçonnerie
Musique et Franc-maçonnerie

Mais la musique n’est pas une relique à conserver sous vitrine. Elle est vivante, à l’image de l’Être qui fut, qui est et qui sera. C’est pourquoi l’harmonie doit sans cesse se renouveler. On ne saurait prétendre dissoudre la dureté du cœur contemporain en n’employant que les langages du passé.

L’être humain change, et l’instrument sonore qui le traverse doit évoluer avec lui. Rechercher une musique nouvelle, adaptée au langage de notre temps, n’est pas une trahison, mais un devoir : c’est perpétuer le rituel vibrant, capable de parler à l’homme moderne avec la même force que les bâtisseurs de cathédrales.

Le sol qui devient clavier : Dièses et bémols

Il reste une dernière image qui transforme le symbole en action. Si nous baissons les yeux, nous apercevons le sol à damier : cette dualité du noir et du blanc sur laquelle nous nous tenons, le champ de bataille de notre existence entre lumière et ombre.

Un dualisme qui n’est statique qu’en apparence. En réalité, si l’on considère le clavier d’un piano, ce sol s’est élevé, devenant un instrument. Le maçon n’est pas seulement celui qui apprend à marcher et à tenir en équilibre sur la mosaïque. Il est celui qui apprend à en jouer.

Le clavier nous apprend que la musique ne peut se composer uniquement avec les touches blanches. Une mélodie faite exclusivement de touches blanches est fade, infantile. Nous avons besoin des dièses et des bémols – ces touches noires qui représentent nos altérations, nos souffrances, nos ombres – pour créer une véritable harmonie. Le secret ne réside pas dans le choix d’une couleur, mais dans la maîtrise du toucher capable de les unir en un accord vibrant.

À chaque résonance du Pilier d’Harmonie lors d’une séance, nous assistons à une nouvelle genèse. Nous sommes des êtres de son qui avons oublié notre propre mélodie. La musique est l’appel qui nous rappelle que notre véritable patrie n’est pas seulement la pierre matérielle que nous foulons, mais le souffle qui l’anime.

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