La diffusion en librairie du Dictionnaire malicieux du vocabulaire maçonnique est très proche (en mai). J’en reprends pour vous, chers lecteurs, un extrait dans cet article.
Les attouchements, c’est le handshake (poignée de main) maçonnique, le petit coucou secret entre francs-maçons pour se reconnaître – un peu comme un mot de passe, mais en version main dans la main. Ça change selon les grades, et chaque niveau a son style bien à lui pour dire «Hey, t’es des nôtres.
Déjà chez les Orphiques et les Gnostiques, on se chatouillait le creux de la main pour se reconnaître – mais ça n’a pas plu à tout le monde. Les Pères de l’Église, en mode drama queens, ont crié au scandale : «C’est un mariage avec les démons.» Faut dire que ce petit chatouillis initiatique, ce n’est pas juste une poignée de main de profanes, mais un rituel précis pour se dire «T’es dans le club.» (Trois Coups Distincts, 1760, Note 11, Gilles Pasquier, p. 90).
Pour les Apprentis, l’attouchement est tout un art. Tu prends la main droite de ton frère ou de ta sœur, et hop, tu fais discrètement quelques pressions bien précises sur une partie de la main, selon le degré d’identification.

En 1745, Le Sceau rompu donne une description qui prête à sourire : «Si un maçon presse la première jointure de l’index pour reconnaître un frère, ce dernier doit presser la jointure du doigt suivant. Si c’est la deuxième jointure qu’on presse, faut passer au troisième doigt. Mais attention, on ne va jamais plus loin que le second doigt après l’index – et si un frère s’y risque, tu reviens direct à l’index.» Un vrai jeu de doigts, on dirait presque une chorégraphie.

Au REAA, l’attouchement de l’apprenti, c’est du sérieux : tu prends la main droite, tu frappes trois petits coups égaux avec ton pouce sur la première phalange de l’index, puis tu presses légèrement avec l’ongle du pouce – une sorte de «Toc-toc, c’est moi.» qui demande le mot sacré. En réponse, l’autre te donne le mot du grade, et voilà, t’es reconnu.

Pour le compagnon, on monte d’un cran.
tu tends la main droite, tu places ton pouce entre le médium et l’annulaire de l’examinateur, et ça appelle le mot de passe, Schibboleth. Ensuite, tu presses l’ongle du pouce sur la première phalange du médium, et là, l’autre doit dire le mot sacré, Jakin – un vrai dialogue codé.

Au niveau maître, l’attouchement devient une grippe amicale – une poignée de main fraternelle qui te permet de reconnaître un frère, que ce soit dans le noir ou en pleine lumière. Aujourd’hui, entre maîtres, on parle de griffe pour se saluer, une manière stylée de dire «Salut, collègue.» (Franc-maçonnerie, décryptage de sa théâtralité Solange Sudarskis, éd. Le compas dans l’œil, octobre 2025).
La griffe, c’est le signe ultime entre maîtres maçons, un handshake qui a traversé les âges et les polémiques.
La griffe, c’est aussi tout un art : tu utilises trois doigts pour former un triangle – un clin d’œil géométrique, bien sûr. Chaque doigt a sa vibe : le pouce, c’est la volonté (les Romains l’utilisaient déjà, et les catholiques le font au baptême). Chez les maçons, le pouce reste toujours écarté, prêt à agir. La griffe du Maître, c’est une entente, un jumelage, une solidarité à toute épreuve. Les cinq doigts sont tous dans le coup, comme une équipe de choc pour sceller une fraternité indestructible.

Dans les Rites des Ancients, comme au REAA (Guide des Maçons Écossais, 1814), la griffe du maître évoque la patte du lion. Le lion, c’est le symbole de la tribu de Juda, celle qui a donné David et Salomon – rien que ça. C’est un signe de force et de royauté, mais aussi un clin d’œil à Saint Marc, où le lion représente la Terre et la matérialité. On peut aussi faire un parallèle avec l’aigle, symbole de Saint Jean l’Évangéliste, qui représente l’air, le ciel, la spiritualité. En alchimie, l’aigle terrassant le lion, c’est le passage du matériel au spirituel – un vrai voyage initiatique.
Le Manuscrit Sloane (un des Anciens Devoirs, p.23) donne une description précise de la griffe du maître : «On se saisit la main droite, on appuie fort les ongles des quatre doigts sur le carpe ou l’extrémité du poignet, tout en enfonçant l’ongle du pouce entre la deuxième jointure du pouce et la troisième de l’index.» Mais certains ajoutent une touche poétique : «Le médius doit aller un peu plus loin, d’un pouce ou de la longueur de trois grains d’orge, pour toucher une veine qui vient du cœur.» Un handshake qui va droit au cœur, littéralement.
En Maçonnerie, les mains symbolisent l’union et la connaissance. C’est par les mains qu’on relève le maître, et par la parole qu’il est ressuscité.
Jean Mallinger explique le rituel : pour initier, il faut une semence de vie dans un milieu réceptif – la Chambre du Milieu de la Mère. Le néophyte ferme sa main en griffe, comme une cavité prête à recevoir le germe de vie. L’initiateur glisse son médius dans cette cavité, ferme sa griffe sur la main du néophyte, et bam : «Je te crée Maître.» (Les Secrets du Grade de Maître)
Le Catéchisme des trois coups distincts (1760) donne une vibe plus fraternelle : «Main contre main, ça veut dire que je tendrai toujours la main à un frère ou une sœur pour l’aider, tant que je peux.»
La griffe, c’est un vrai code moral. Aujourd’hui, entre maîtres, c’est la manière de se saluer.
Mais on parle aussi de grippe – un mot francisé de l’anglais «grip». Au REAA, ça désigne les attouchements d’Apprenti et de Compagnon, mais au 3e degré, grippe et griffe, c’est la même chose. Dans les rites anglo-saxons, on y associe le mot de passe Tubalcaïn, donné parfois par syllabes (tu-bal-ca-in), parfois en entier. Le Rite forestier explique : «La grippe, c’est l’union intime qui doit régner entre nous et les secours qu’on se doit mutuellement.»
Le Rituel du marquis de Gages (1763) ajoute une anecdote historique []. Avant la mort d’Hiram, les maîtres allaient chercher leur salaire le samedi dans la Chambre interne. Là, Hiram leur demandait mot, signe, attouchement, passe, et signification. L’attouchement ? «Ils prenaient Hiram par la première jointure du médius en disant Jakin, puis la deuxième en disant Boaz, puis la troisième en disant Jéhovah – nous sommes 3593 Maîtres pour ce salaire.» Après la mort d’Hiram, ces chiffres prennent un sens : trois forment, cinq composent, neuf cherchent le corps du Maître, et trois l’assassinent – un vrai thriller maçonnique.
Ces attouchements, c’est le handshake qui transforme une simple poignée de main en un vrai rituel maçonnique – alors, prêt à serrer des mains comme un pro… ou juste à jouer à «devine mon grade» avec les doigts ?
Un attouchement particulier : les cinq points parfaits qui font du simple maçon un maître maçonnique

Les Cinq Points Parfaits, c’est le bouquet final du relèvement du maître lors de la cérémonie de passage – un moment où tu passes de «simple maçon» à «star maçonnique». Ces points sont un attouchement spécial, un peu comme un high-five (« tape-m’en cinq ») initiatique, mais avec une touche de magie et de symbolisme.
Déjà chez les opératifs, ces points existaient sous le nom de Guilbrette, une vieille tradition des compagnons pour se reconnaître – un peu comme un code secret entre collègues de chantier, et ça existe encore aujourd’hui. À l’époque, on les appelait les «cinq points du Compagnonnage». Dans les rites anglo-saxons, on les nomme Cinq Points de la Fraternité, et côté francophone, ça devient les Cinq Points de la Perfection Magistrale, ou encore les Cinq Points Parfaits de la Maîtrise – autant de noms pour dire «T’es un boss maintenant.»
Harry Carr, dans The Free Mason at Work, raconte que le Manuscrit Graham est le premier à parler du redressement d’un corps dans un contexte maçonnique, avec ces cinq points. Ils tirent leur puissance de cinq origines : une divine (le Christ, la tête et la pierre d’angle) et quatre temporelles (Pierre alias Cephas, Moïse qui grava les commandements, Betsaléel le meilleur maçon, et Hiram, plein de sagesse et d’intelligence).
C’est en 1724 que des textes maçonniques mentionnent les Cinq Points Justes, mais c’est vers 1730 que la Maçonnerie traditionnelle ajoute un Mot Sacré – un mot clé qui donne aux cinq points leur caractère «parfait», en unissant l’humain et le divin.
Dans le manichéisme, ça rappelle l’esprit vivant et la mère de vie qui descendent dans les ténèbres pour sauver l’homme primordial, le hissant hors de l’abîme avec une main droite salvatrice – un vrai sauvetage cosmique.
Alors, comment ça marche ? Voici les Cinq Points Parfaits :
Tu te saisis mutuellement le poignet droit en formant la Griffe – le fameux handshake qui rugit.
Tu rapproches ton pied droit du sien, côté intérieur – un pas de danse fraternel.
Tu colles vos poitrines du côté droit – un câlin viril, mais codé.
Tu fais toucher vos genoux droits – un peu comme un check de genoux.
Tu poses ta main gauche sur son épaule droite (vers le dos) pour vous attirer l’un à l’autre, ou tu tends le bras gauche derrière lui en mode salut romain, signe de protection.
De profil, ça forme une étoile à cinq branches, symbole des Cinq Points de la Fraternité au RSE/REE – stylé, non ?
Au Rite Écossais, selon Ragon (Tuileur de la Franc-maçonnerie, 1861, p.27), ça se passe comme ça : 1) pieds droits qui se rapprochent côté intérieur ; 2) genoux droits qui se touchent et poitrines qui se collent ; 3) main gauche sur l’épaule droite pour se serrer fort ; 4) mains droites qui se saisissent en griffe pour embrasser la paume. Ensuite, chacun prononce alternativement les trois syllabes du mot sacré – un vrai duo vocal.
Au RER, ces points rappellent la sincérité, la cordialité, et l’union entre maçons, avec l’obligation de s’entraider à fond.
Au Rite Émulation, ils correspondent à cinq signes du grade : le Signe d’Horreur, le Signe de Compassion, le Signe Pénal, le Signe de Douleur et de Détresse, et le Signe d’Admiration et de Triomphe (aussi appelé Grand Signe ou Signe Royal) – un festival d’émotions.
Et ça va plus loin : comme le corps a ses sens extérieurs, l’âme a ses sens spirituels, qui correspondent aux cinq points : 1) le sens humain (l’humanité), 2) le sens moral (le bon et l’honnête), 3) le sens intellectuel (le vrai et le juste), 4) le sens esthétique (le beau et le sublime), 5) le sens religieux (le saint et le divin). Ces points, c’est une étoile qui brille dans l’âme du maître.
Les Cinq Points Parfaits te métamorphosent en corps radieux, et te transforme en étoile maçonnique.
