Jérôme Guedj face au procès en « amitié maçonnique » : quand MPI transforme la laïcité en complot

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Le 13 juillet 2026, Médias-Presse-Info publiait un article au titre chargé de sous-entendus : « Ces amis de la franc-maçonnerie veulent “sanctionner les atteintes à la laïcité” ». Derrière l’apparence d’une information politique se déploie un procédé ancien : suggérer qu’une proximité réelle ou supposée avec la Franc-Maçonnerie suffirait à disqualifier une mission républicaine.

À quelques jours du 14 Juillet, l’occasion est belle de rappeler que la laïcité n’est ni une arme contre les religions ni la propriété secrète des Loges. Elle est la condition juridique de la liberté de toutes les consciences.

Médias-Presse-Info : qui parle ?

Avant d’examiner l’accusation, il faut identifier celui qui l’énonce.

Médias-Presse-Info, généralement désigné par le sigle MPI, est un site créé en 2013 et édité par une association portant le même nom. Son directeur de la publication est Pierre-Alain Depauw, également auteur de l’article consacré à Jérôme Guedj. Le média revendique lui-même une activité de « réinformation » et reconnaît présenter l’actualité selon « un esprit et une vision catholique ». Son financement repose notamment sur les dons de ses lecteurs. MPI n’est donc pas un média généraliste dépourvu de ligne idéologique : il assume une conception militante, confessionnelle et contre-culturelle de l’information.

Cette présentation serait incomplète sans rappeler le regard porté sur MPI par les observateurs des radicalités politiques.

Conspiracy Watch le décrit comme un site français d’extrême droite, issu de l’univers de la « réinformation » catholique et historiquement lié à la mouvance Civitas. Selon cette notice, le nom de domaine avait initialement été enregistré par un responsable de Civitas et le site a régulièrement relayé des figures, des thèmes et des récits issus des sphères conspirationnistes, notamment autour de la prétendue « judéo-maçonnerie » ou du « nouvel ordre mondial ».

Cette classification est celle de Conspiracy Watch

Elle doit être attribuée comme telle, mais elle éclaire incontestablement l’environnement idéologique dans lequel s’inscrit l’article du 13 juillet.

MPI est parfois surnommé, par ses adversaires, le « Mediapart de l’extrême droite ». La formule frappe les esprits, mais elle est sans doute trop flatteuse pour MPI. Elle laisse imaginer une équivalence de moyens, de méthodes et de travail d’investigation qui n’existe pas. MPI apparaît plutôt comme un organe militant de réinformation catholique traditionaliste, situé à l’extrême droite du paysage politique, dont la fonction première est moins d’enquêter que de proposer une interprétation idéologique des événements.

L’angle adopté sur Jérôme Guedj en fournit une illustration presque scolaire.

Une mission officielle transformée en entreprise occulte

Sébastien Lecornu

Le point de départ est pourtant parfaitement public. Par un décret du 7 juillet 2026, le Premier ministre Sébastien Lecornu a chargé le député Jérôme Guedj d’une mission temporaire portant sur « l’application, la défense et la promotion du principe de laïcité ». Cette mission est conduite avec la sénatrice Nathalie Delattre. Leur rapport doit être remis à la fin du mois d’octobre 2026.

Il leur revient d’évaluer l’organisation de la politique publique de la laïcité, de recenser les outils existants, d’examiner leur cohérence et de formuler des propositions.

La lettre de mission évoque notamment la nécessité d’élaborer un corpus commun de références et de guides, d’évaluer les dispositifs interministériels et d’étudier certaines dispositions de la loi du 9 décembre 1905 relatives à l’ordre public. Elle relève que plusieurs mesures pénales existantes sont mal connues ou très faiblement appliquées et demande aux parlementaires d’en apprécier la pertinence. Jérôme Guedj a, pour sa part, déclaré vouloir « dépassionner » le débat et lutter aussi bien contre les insuffisances des politiques publiques que contre les instrumentalisations de la laïcité.

Rien de clandestin, donc. Aucun convent secret. Aucune décision prise derrière les portes d’un Temple.

Un décret public, une mission parlementaire, une lettre du Premier ministre et un rapport annoncé

Mais sous la plume de Pierre-Alain Depauw, cette mission administrative devient la manifestation inquiétante d’un réseau d’« amis de la franc-maçonnerie ». L’article qualifie Jérôme Guedj de partisan d’un « laïcisme dogmatique », l’accuse d’« anticléricalisme » et affirme que la mission pourrait déboucher sur des sanctions contre la « présence religieuse dans l’espace public ».

RS Nathalie Delattre

Nathalie Delattre est, quant à elle, rendue suspecte en raison de l’histoire du Parti radical et de ses relations anciennes avec certains milieux maçonniques. La conclusion de MPI tombe comme un verdict : « Il faut donc s’attendre au pire. »

Ce n’est plus de l’analyse. C’est une dramaturgie de la suspicion.

La vieille mécanique de la culpabilité par association

L’article de MPI ne démontre pas que la Franc-Maçonnerie aurait commandité la mission. Il ne produit aucun document, aucune instruction, aucune intervention d’une Obédience, aucun lien institutionnel entre le décret du Premier ministre et une organisation maçonnique.

Il procède autrement : il juxtapose.

Jérôme Guedj a participé à une rencontre du Droit Humain. Il connaît des francs-maçons. Il défend une conception exigeante de la laïcité. Nathalie Delattre appartient à une famille politique historiquement attachée à la République laïque. Donc, suggère MPI, la mission serait inspirée par la Franc-Maçonnerie.

Le raisonnement est aussi fragile que révélateur

Il repose sur une confusion volontaire entre dialogue, proximité, participation à un colloque, amitié personnelle et appartenance initiatique. Or assister à une conférence organisée par une Obédience ne fait pas davantage de quelqu’un un franc-maçon que participer à un colloque dans une université catholique ne fait de lui un prêtre, ou prendre la parole dans une synagogue ne le transforme en rabbin.

Jérôme Guedj

L’article n’apporte d’ailleurs aucune preuve que Jérôme Guedj soit franc-maçon

Et quand bien même le serait-il, une appartenance associative, philosophique ou initiatique légalement exercée ne constituerait ni une faute ni une cause d’incapacité civique.

Au XVIIIe siècle comme au XXIe, il n’y a aucune honte à être l’ami de francs-maçons.

Il n’y a pas davantage de honte à dialoguer avec des catholiques, des protestants, des juifs, des musulmans, des agnostiques ou des athées. Dans une démocratie, la fréquentation de personnes appartenant à une tradition philosophique ou spirituelle ne vaut ni soumission ni allégeance.

Faire de l’amitié maçonnique une circonstance aggravante revient précisément à réactiver le vieux soupçon antimaçonnique : celui d’une influence d’autant plus redoutable qu’elle n’a pas besoin d’être prouvée.

Quand la biographie devient un catalogue de sous-entendus

Plus troublante encore est la manière dont MPI construit le portrait personnel de Jérôme Guedj.

L’article mentionne son père, présenté comme ayant dirigé une communauté juive, son passage auprès de Jean-Luc Mélenchon, son appartenance au programme des Young Leaders, son positionnement sur le sionisme ainsi que sa compagne, l’écrivaine Émilie Frèche, en insistant sur les origines séfarades ou ashkénazes abordées dans ses ouvrages.

Quel rapport ces éléments entretiennent-ils avec l’évaluation de la politique publique de la laïcité ? Aucun.

Cette accumulation ne permet ni de comprendre la mission ni d’évaluer les propositions de Jérôme Guedj. Elle compose un décor. Elle dépose, touche après touche, des marqueurs destinés à éveiller les préjugés du lectorat : judaïsme, sionisme, réseaux internationaux, Franc-Maçonnerie, élites politiques.

MPI ne formule pas explicitement la conclusion que cette juxtaposition invite à tirer

Il se contente d’en disposer les ingrédients. C’est précisément ainsi que fonctionne l’insinuation : elle ne prouve rien, mais elle laisse entendre beaucoup.

Un journaliste sérieux aurait examiné les textes, les compétences confiées aux parlementaires, le bilan des dispositifs existants et la jurisprudence relative à la laïcité. MPI préfère inventorier les relations, les origines et les fréquentations.

Il ne s’agit plus d’éclairer le citoyen, mais d’assombrir la personne.

La laïcité ne chasse pas les religions de l’espace public

Pour autant, défendre Jérôme Guedj contre les amalgames ne doit pas conduire à renoncer à toute exigence de précision. Au cours d’une table ronde, il aurait déclaré que « les convictions religieuses ne doivent à aucun moment venir dans le débat public ». Prise littéralement, cette phrase est trop générale et ne correspond pas exactement au droit français. Les citoyens, les associations et les représentants des cultes ont le droit de participer au débat public et d’y exprimer des convictions religieuses, philosophiques ou athées.

En France, ce n’est pas l’espace public qui est neutre : c’est la puissance publique

La neutralité s’impose aux administrations et aux agents des services publics dans l’exercice de leurs fonctions. Les citoyens, eux, peuvent manifester leurs convictions dans la rue et dans la société, y compris par des signes, des vêtements, des cérémonies ou des prises de parole, sous réserve du respect de l’ordre public et des restrictions particulières prévues par la loi.

La formule de Jérôme Guedj mérite donc d’être précisée : une conviction religieuse peut prendre part au débat public, mais elle ne peut s’imposer comme norme juridique à l’ensemble de la société ni dicter l’action de l’État.

Cette nuance est essentielle. Mais elle n’autorise nullement MPI à transformer la mission parlementaire en programme d’interdiction de la « présence religieuse dans l’espace public ». Les textes officiels ne disent rien de tel. Ils portent sur l’application du droit, la neutralité des institutions, la cohérence des politiques publiques, la protection de la liberté de conscience et les infractions susceptibles de troubler l’ordre public.

Sanctionner une atteinte à la laïcité ne signifie pas sanctionner une croyance. Cela signifie faire respecter les obligations précises qui découlent de la loi.

Un « Défenseur de la laïcité », pas un inquisiteur républicain

Panneau liberté égalité fraternité de la République Française
Panneau liberté égalité fraternité de la République française

En octobre 2025, Jérôme Guedj avait déposé une proposition de loi constitutionnelle visant à créer un Défenseur de la laïcité. MPI présente ce projet comme un instrument de surveillance et de sanction.

Là encore, le texte réel raconte une autre histoire.

Inspirée du Défenseur des droits, l’autorité proposée aurait pu être saisie par les citoyens, les associations et les administrations. Ses missions auraient relevé de la médiation, du conseil, de l’accompagnement, de la recommandation et, dans certains cas, de l’injonction. L’objectif affiché était d’harmoniser l’interprétation de la laïcité, de mettre fin aux réponses contradictoires des institutions et d’éviter aussi bien les renoncements que les instrumentalisations ou les stigmatisations.

La proposition rappelait que la laïcité repose sur la liberté de conscience, le respect de toutes les croyances, le libre exercice des cultes dans les limites nécessaires à l’ordre public, l’égalité devant la loi et la neutralité des administrations. Elle ne visait donc pas à établir une police de la pensée, mais à offrir un recours aux personnes confrontées à des difficultés d’interprétation ou d’application.

On peut discuter de l’opportunité d’une nouvelle autorité administrative

On peut craindre une inflation institutionnelle. On peut souhaiter que le Défenseur des droits ou les juridictions existantes soient renforcés plutôt que de créer une structure supplémentaire.

Voilà ce que serait une critique politique légitime.

Mais faire de ce projet la preuve d’un complot laïco-maçonnique relève d’une tout autre démarche.

Jérôme Guedj, un parcours au service de la chose publique

Jérôme Guedj n’est pas apparu soudainement dans le débat sur la laïcité.

Né en 1972, ancien élève de l’École nationale d’administration et membre de l’Inspection générale des affaires sociales, il travaille depuis plus de vingt ans sur les politiques sociales, la santé, le vieillissement et la solidarité. Ancien président du conseil général de l’Essonne entre 2011 et 2015, il siège aujourd’hui comme député de la sixième circonscription de l’Essonne et membre de la commission des Affaires sociales de l’Assemblée nationale.

Son itinéraire politique, commencé dans les mouvements antiracistes et poursuivi au Parti socialiste, s’est construit au contact des questions sociales, républicaines et territoriales. Son projet de Défenseur de la laïcité ne constitue donc pas une improvisation dictée par quelque officine obscure, mais l’aboutissement d’un engagement ancien et publiquement assumé.

À 450.fm, nous le voyons régulièrement, le 16 octobre, participer à la commémoration de Samuel Paty organisée par le Grand Orient de France au square Samuel-Paty, face à la Sorbonne. Sa présence n’a rien d’une réunion secrète. Elle témoigne d’une fidélité à la mémoire d’un professeur assassiné pour avoir enseigné la liberté d’expression et transmis les principes de la République.

Samuel Paty n’appartient ni à une Obédience, ni à un parti, ni à une chapelle. Sa mémoire appartient à l’École, à la République et à tous ceux qui refusent que la menace, le fanatisme ou la peur entravent la transmission du savoir.

Honorer cette mémoire en compagnie de francs-maçons ne constitue pas une faute. Ce serait plutôt l’absence d’hommage qui devrait nous interroger.

La Franc-Maçonnerie n’a pas à être reléguée hors de la cité

L’article de MPI repose sur une conception singulière du débat démocratique : les organisations religieuses pourraient défendre publiquement leur vision de la société, tandis que la présence de francs-maçons aux côtés d’élus deviendrait suspecte.

Pourquoi une conférence épiscopale, une association cultuelle ou un groupe confessionnel seraient-ils légitimes à exposer leurs positions, tandis qu’une Obédience maçonnique devrait se taire ?

Les francs-maçons sont des citoyens

Leurs Obédiences sont des associations légales. Elles organisent des conférences, produisent des réflexions et interviennent dans la cité. On peut approuver ou contester leurs positions. On peut les interroger sur leur représentativité, leurs contradictions ou leur histoire. Mais on ne peut leur dénier, sans porter atteinte au pluralisme, le droit de contribuer au débat public.

La laïcité garantit cette égalité. Elle n’accorde aucun privilège aux Loges, mais elle ne les condamne pas davantage à l’invisibilité.

Être l’ami des francs-maçons ne signifie pas recevoir des ordres d’eux. Et être franc-maçon ne retire à personne sa liberté de jugement, sa citoyenneté ou son aptitude à exercer une responsabilité publique.

Le secret de l’appartenance, lorsqu’il existe, protège une liberté personnelle. Il ne prouve aucun projet secret.

Le véritable renversement opéré par MPI.

MPI reproche à Jérôme Guedj de vouloir faire de la laïcité une idéologie oppressive. Mais l’article accomplit lui-même ce qu’il prétend dénoncer : il transforme une identité, une fréquentation ou une origine en motif de suspicion.

La laïcité sépare le citoyen de toute assignation religieuse. MPI le ramène à ses ascendances. La laïcité juge les actes. MPI suggère une culpabilité par les relations. La laïcité protège la liberté d’association. MPI rend suspecte la proximité avec une association maçonnique. La laïcité refuse qu’une croyance particulière gouverne la loi commune. MPI examine l’action publique depuis une vision catholique militante qu’il revendique lui-même.

La contradiction est profonde.

Un média confessionnel a naturellement le droit de critiquer une politique de laïcité. C’est même l’un des effets heureux de la liberté d’expression. Mais il doit alors accepter que sa propre orientation soit connue et que ses procédés soient soumis au même examen critique.

La liberté de conscience n’interdit pas la controverse. Elle exige seulement que celle-ci soit loyale.

Bonne chance, Jérôme Guedj

Nathalie_Delattre

Nous souhaitons donc à Jérôme Guedj et à Nathalie Delattre une pleine réussite dans leur mission.

Cette réussite ne se mesurera pas au nombre d’interdictions nouvelles, mais à leur capacité à rendre la loi plus claire, plus cohérente et plus protectrice. Elle supposera de rappeler que la neutralité incombe d’abord à l’État et à ses agents, que la liberté de conscience appartient à tous et que les restrictions apportées à l’expression des convictions doivent être nécessaires, proportionnées et juridiquement fondées.

Il leur faudra protéger les enseignants, accompagner les élus, former les agents publics, répondre aux citoyens, faire respecter les obligations de neutralité et lutter contre les pressions séparatistes, sans transformer la laïcité en religion civile ni en instrument d’exclusion.

La tâche est difficile. Elle est aussi indispensable.

Car la laïcité n’est pas le maillet destiné à frapper les croyances

Elle est le niveau qui place les consciences à égalité et le compas qui fixe les justes limites de la puissance publique.

Dans le Temple républicain, elle n’éteint aucune lumière. Elle empêche seulement qu’une lumière particulière prétende aveugler toutes les autres.

Jérôme Guedj possède l’expérience, la connaissance des institutions et l’attachement aux valeurs de la République nécessaires pour conduire ce travail. Nous lui souhaitons courage, discernement et succès.

Quant à Médias-Presse-Info, il lui restera à comprendre qu’en démocratie, l’amitié avec des francs-maçons n’est ni un délit ni un aveu.

C’est simplement une amitié.

Et la Fraternité, lorsqu’elle est librement consentie, demeure encore le meilleur antidote aux fabriques du soupçon.

L’article MPI de Pierre-Alain Depauw – 13 juillet 2026

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Yonnel Ghernaouti
Yonnel Ghernaouti
Yonnel Ghernaouti a été directeur de la rédaction de 450.fm, de sa création jusqu’en septembre 2024. Chroniqueur littéraire, animé par sa maxime « Élever l’Homme, éclairer l’Humanité », il a siégé au bureau de l’Institut Maçonnique de France, est médiateur culturel au musée de la franc-maçonnerie, directeur de collection chez des éditeurs maçonniques et auteur de plusieurs ouvrages maçonniques. Il contribue notamment à des revues telles que « La Chaîne d’Union » du Grand Orient de France, « Chemins de traverse » de la Fédération française de l’Ordre Maçonnique Mixte International Le Droit Humain, et « Le Compagnonnage » de l’Union Compagnonnique. Il a également été commissaire général des Estivales Maçonniques en Pays de Luchon, qu’il a initiées.

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